Chapitre 30 :
Une aura troublante
Senki abandonna sa forme de fauve et redevint humain. Il tomba au sol. Loz et Yazoo, qui courraient en avant, se retournèrent et soupirèrent.
« Qu'est-ce que tu fabriques ? C'est pas le moment de faire la sieste ! » dit Loz.
« J'en peux plus, je craque ! Continuez sans moi, je vous rattraperai ! Je… je suis jamais resté aussi longtemps sous cette forme, et… et ça fait trois jours qu'on court sans manger ni se reposer, c'est trop éprouvant ! »
« Comment quoi tu es toujours humain, au fond », dit Yazoo.
Loz le souleva sur ses épaules. Les trois garçons reprirent leur course vers Edge. Ils avaient reçu un appel téléphonique de Lucrécia leur annonçant que Telian était à Edge. Tandis qu'ils courraient à travers le désert, ils aperçurent bientôt la ville. Ils crurent voir un oiseau vaguement humain sortir de la ville. Ignorant qu'il s'agissait de Genesis, ils continuèrent leur course.
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Sephiroth se pencha et examina la jeune fille. Elle avait une blessure à la nuque et sa jambe droite était en miettes. Il la souleva dans ses bras et prit le chemin de la sortie de la ville. Une chance, ce séisme avait obligé les habitants à évacuer, personne ne viendrait le déranger.
Arrivé à la sortie de la ville, il aperçut la foule amassée sur sa gauche, à une cinquantaine de mètres de lui. Personne ne le voyait, il était dans l'ombre de la porte.
En voyant ces gens, et plus particulièrement Cloud qui essayait de les calmer avec ses amis, une haine sans limite se raviva en lui. Il eut envie de tuer quelques personnes avant de se télétransporter.
Tenant facilement Telian d'un bras autour de sa taille, le jeune homme tendit sa main gauche vers la foule.
« Glace niveau tro… »
« Non ! »
Surpris, il se retourna et vit la personne qui avait eu l'audace de l'arrêter. C'était une femme. Elle était bien plus petite que lui. Vêtue d'une robe de dentelle verte et de sandales noires, ses longs cheveux bruns étaient noués en une queue de cheval haute. Elle était jeune et très belle. Mais elle baissait la tête, l'air très pâle.
Sephiroth hésita un instant, mais l'image de Jenova lui revint à l'esprit. Cette petite femme était une humaine, elle appartenait à l'espèce qui avait tué sa mère, Jenova, la seule personne que Sephiroth eut jamais aimée. Il resserra son étreinte autour du corps de Telian. Il fallait qu'il s'en aille, il avait besoin du pouvoir de la jeune fille pour finir le travail de sa mère. Il dégaina Masamune et le tint au-dessus de la jeune femme, prêt à l'abattre.
Mais lorsqu'elle leva la tête vers lui, Sephiroth se figea. Elle lui ressemblait étrangement. Et le plus frappant était ses yeux, qui ne reflétaient que malheur, chagrin et douleur. Il resta immobile, incapable de bouger son épée. Que lui arrivait-il ?
La jeune femme prit la parole :
« Je vous en supplie, ne faites pas de mal à ces gens, ni à cette jeune fille. Elle est mon amie. Ou sinon… je me sentirai plus coupable encore que je ne le suis déjà. Quelle qu'en soit la raison, je vous en supplie, ne faites de mal à personne. »
Sa voix était très douce, presque inaudible.
« J'ai terriblement souffert, j'ai vécu trente-deux ans seule et abandonnée de tous. Mais Telian m'a un peu aidée à retrouver la joie de vivre. Alors, je vous en prie, ne faites pas ça. Ou alors tuez-moi, car je ne pourrai plus vivre, après vous avoir vu tuer d'autres gens. »
Sephiroth resta immobile. Il ne comprenait rien à ce que disait cette femme. Qui diable pouvait-elle être pour lui ôter tous ses moyens ? Elle dégageait la même force que Telian, douce et apaisante, dépourvue de haine. Mais à la différence de Telian, l'aura de cette femme était emplie de chagrin et de remords…
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Lucrécia resta immobile, les yeux plongés dans ceux de son fils. Elle avait peur, mais en même temps, une joie immense l'envahissait. Enfin elle le rencontrait ! C'était incroyable.
Pourtant, elle voyait qu'il n'avait rien d'un fils aimant : colère, haine, mépris, dégoût, tous ces sentiments régnaient dans ses yeux félins. Bientôt, elle n'y tint plus et elle baissa la tête, l'air résigné.
Quelques larmes coulèrent le long de ses joues. Elle attendit que le sabre s'abatte sur elle. Mais rien ne se passa. Elle risqua un nouveau coup d'œil. Elle ne vit que le mur d'enceinte d'Edge, noir et sale. Un faible sourire illumina son visage. Mais elle eut un peu peur en pensant à Telian. Qu'allait lui faire Sephiroth ?
Mais il ne l'avait pas tuée. Peut-être… peut-être y avait-il de l'espoir. Elle fut tirée de sa rêverie par une voix masculine.
« Lucrécia ? Ne t'éloigne pas, c'est dangereux », dit Vincent.
Il fut surpris quand la jeune femme se tourna vers lui avec le sourire. Elle sauta dans ses bras et s'y blottit.
« Oui, Vincent, je reste. »
Le jeune homme rougit un peu, puis sourit et lui rendit son étreinte.
« Lucrécia ! »
Les jeunes gens se tournèrent et virent Yazoo et Frongeon arriver, suivis de Loz qui portait Senki sur son dos.
« Vous êtes là », dit Vincent.
« Lucrécia… où est Telian ? » dit Yazoo.
La jeune femme baissa tristement les yeux.
« Je suis désolée, mais je n'ai pas pu l'empêcher… Il l'a emmenée. »
« Il ? Qui ça ? »
« Sephiroth. »
Senki se réveilla d'un bond sur le dos de Loz et le fit tomber avec lui sur le sol. Vincent, Yazoo et Frongeon fixèrent la jeune femme avec stupeur.
« Vous… tu… as vu Sephiroth ? » dit Vincent.
Gênée, Lucrécia se tordit les mains.
« Il… il allait tuer des gens. Et moi en première. Mais je l'ai suppliée de ne pas le faire, et… il est resté un moment sans rien faire, il m'a regardé puis il a disparu, en emportant Telian inconsciente. »
Yazoo plissa les yeux.
« Vous lui avez dit qui vous étiez ? »
« Non, je… je n'ai pas osé. Mais… je suis désolée, j'avais peur, il allait tuer des gens, et je… »
La main de Yazoo se posa sur son épaule. Le jeune homme lui sourit.
« Ça va aller, ne vous en faites pas. »
Mais il ne put s'empêcher d'éprouver de l'inquiétude, lui aussi. Est-ce que Telian s'en sortirait, toute seule ?
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Dans le rêve, Yakino se tenait face à Telian, vêtue comme pour un long voyage, avec son traditionnel kimono bleu fermé par une ceinture noire. Un serpent d'eau en argent était brodé sur la tunique, le dieu Léviathan, le dieu protecteur de la jeune femme. Son chapeau chinois pendait dans son dos, elle ne s'en séparait jamais.
Derrière Yakino ne s'étalait aucun paysage, sinon un néant gris, comme un désert de fumée.
« Tu es devenue si forte, Telian. Tu es restée l'enfant jeune et généreuse que tu as toujours été. Mais tu ne dois pas seulement te défendre. Tu dois faire plus que te battre pour survivre. »
« Plus ? Que veux-tu dire ? »
Même si Telian était heureuse de voir la jeune femme dans ses rêves, elle avait le sentiment que cela ne durerait pas longtemps. Un temps précieux s'écoulait.
« Il faut se battre pour quelque chose, Telian. Sinon tu ne vaux pas mieux que… qu'un épouvantail dans un champ de blé. Tu effraieras des corbeaux, tu pourras même les tuer, mais tu ne les vaincras jamais. Tu ne peux pas tuer tous les corbeaux du monde… »
« Alors quoi ? Je dois faire quoi ? »
« La haine n'apporte que la souffrance, Telian. Surtout pour celui qui l'éprouve. Il souffre de ce feu qui le ronge à l'intérieur. »
La Japonaise parut vouloir en dire plus, mais le vide derrière elle fut brutalement déchiré par une ombre épaisse.
« Yakino ! » cria Telian. Mais dans ce rêve, sa voix devint brusquement faible, comme écrasée par le poids de l'ombre.
« Yakino, ne pars pas ! »
« Il a fallu que je te quitte il y a déjà très longtemps. Tu as continué le travail sans moi. Et ne t'en fais pas pour Nathalie. Elle aussi pense à toi. Nous pensons à chacun de vous à chaque instant. Nous vous aimons tous ! Et toi aussi, je t'aime… »
« YAKINO ! »
Telian se jeta vers elle, mais le corps de la jeune femme devint fumée. L'adolescente ouvrit brusquement les yeux et tomba du lit où elle était allongée.
Haletante, Telian attendit que son cœur se calme. C'était plus qu'un rêve, elle en était sûre. Et cet endroit gris… Elle se souvenait y avoir erré, après que Kadaj l'ait transpercée de son sabre. Ainsi, c'était bien là que partaient les terriens. Ce n'était pas la Rivière de la Vie, il n'y avait pas cette douce lumière blanche, et ces champs de fleurs entretenus par Aéris. Yakino…
L'adolescente se retint de pleurer. La Japonaise lui manquait tant ! Elle leva les yeux au plafond et y vit une toile d'araignée. Curieux, les chambres du 7th Heaven étaient plus propres que ça, d'habitude. Et ça ne devait pas sentir le moisi !
Elle vit alors que la chambre où elle se trouvait ressemblaient à celles du manoir de Nibelheim. Telian vit que sa jambe avait été recouverte d'un bandage. Elle lui faisait encore mal, mais des soins y avaient été appliqués. Et sa tête ne lui faisait plus mal du tout.
La jeune fille se rassit sur le lit et regarda le bandage. Qui avait fait ça ? Et comment s'était-elle retrouvée ici ? Ses souvenirs étaient encore flous.
La porte s'ouvrit. Elle eut un frisson et se maudit pour sa bêtise. Évidemment, c'était lui qui l'avait emmenée.
« Tu es réveillée. Pas trop tôt. »
Telian recula contre le mur.
« Où tu m'as emmenée ? Qu'est-ce que tu veux ? Et où sont mes amis ? »
« Tes amis ? Je ne sais pas, je ne les ai pas rencontrés, sauf… l'une d'elle. »
La méchanceté parut quitter un bref instant son visage, comme au contact d'un souvenir troublant, puis il reprit son expression impassible et méprisante.
« J'ai également eu le plaisir de rencontrer ton petit-ami Kadaj. Piètre guerrier, il n'a pas tenu longtemps contre moi. »
Telian serra les draps si fort que les jointures de ses doigts blanchirent.
« Qu'est-ce que tu lui as fait ? »
« C'est moi qui pose les questions et donne des ordres, Tabhaisaver. Tu m'appartiens. »
La jeune fille grimaça de dégoût. Il ne la considérait que comme un objet.
« Que comptes-tu faire de moi ? »
Sephiroth s'approcha.
« Utiliser tes pouvoirs pour détruire cette planète et venger Mère. Et puis… »
Il se pencha et prit le menton de Telian entre son pouce et son index.
« Je t'aime bien. Tu es bien la seule personne qui ait jamais réussi à résister à ma magie, lors de notre première rencontre ici, dans ce manoir, il y a deux ans. »
Telian eut un sourire narquois.
« Comme quoi tu as aussi des faiblesses, comme les humains. »
Le visage du jeune homme prit une expression menaçante. Il leva la main et gifla Telian, puis il sortit de la pièce.
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Loz n'en pouvait plus de regarder Senki faire les cents pas au centre de la plaine dans le désert. Le groupe de garçons avait quitté Edge après la discussion avec Lucrécia, et élu domicile près d'une grotte dans les rochers. C'était plus discret, ils n'avaient pas envie de rencontrer les Turks ni Avalanche.
« Qu'est-ce qui se passe, Senki ? » dit-il.
« JE SUIS FOU DE RAGE ! Pourquoi on ne part pas à la rescousse de Telian ? »
« Tout le monde ne demande que ça, mais nous ne savons pas où chercher. Tu as une idée, toi ? »
Le rouquin secoua la tête.
« Mais nom de dieu, réagissez ! S'il arrive quelque chose à Telian, je ne serai plus un homme ! »
« Senki, calme-toi. Telian ne rejoindra pas Yakino et Nathalie. On sait ce que tu ressens », dit Yazoo.
Senki parut choqué, puis il fit la moue.
« Toi ? Tu sais ce que je ressens ? Peuh ! Es-tu déjà tomber amoureux, d'abord ? »
Yazoo fut surpris par sa question et ne trouva rien à répondre. Senki s'éloigna, désireux d'être seul. Loz regarda son frère. Tous deux échangèrent un regard triste.
Juste à ce moment, Senki revint, l'air excité.
« Ohé ! Attention, voilà l'affreux ! »
Loz et Yazoo se levèrent, la main sur leurs armes. Lorsqu'ils virent Koldor, ils se mirent en garde. Mais ils sourirent quand apparurent Soluènn, Tabun, Nosféa et surtout…
« Kadaj ! »
Le jeune homme serra ses frères dans ses bras. Senki se permit un sourire. Frongeon fourragea dans la chevelure du jeune homme.
Puis tous s'assirent. Yazoo raconta ce qui s'était passé depuis le départ de Kadaj. Puis le jeune homme raconta sa rencontre avec Sephiroth. Quand il aborda le sujet du pouvoir des Tabhaisavers, Koldor et les autres échangèrent un regard.
Finalement, Koldor se leva.
« Bon, j'y vais. »
« Koldor ? » dit Nosféa.
« Si ce crétin s'imagine que je vais le laisser porter la main sur ma petite-fille, il se fout le doigt dans l'œil jusqu'au coude. »
« Koldor, je ne doute pas que vous saurez vaincre Sephiroth », dit Kadaj. Il eut un frisson en repensant à leur première rencontre. « Mais on ne sait pas où elle est. »
« Je peux la localiser, et tous nous amener là-bas », dit Nosféa.
« Attendez, dit Frongeon. Est-ce qu'on ne devrait pas aller chercher Lucrécia ? »
« Lucrécia ? Vous l'avez vue ? Je croyais qu'elle s'était rendormie dans la grotte », dit Kadaj.
« Oui, mais elle s'est réveillée. Elle a vu Sephiroth il n'y a pas longtemps. Il ignore qui elle est, mais il semble avoir deviné quelque chose », dit Loz.
« Bon ! Assez de blabla, on y va ? » dit Koldor.
Tous se regroupèrent devant Nosféa. Ce dernier tendit les mains. Un nuage noir où s'entassaient des runes magiques apparut entre ses paumes, puis enveloppa les neuf compagnons.
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Il faisait nuit lorsque Sephiroth quitta le réacteur du mont Nibel. Il était vide, mais venir à cet endroit lui faisait toujours un certain effet. C'était ici qu'il avait rencontré sa mère pour la première fois. Il regarda l'inscription au-dessus de la porte : JENOVA. Un nom qu'il aimait plus que tout.
Mais depuis qu'il était revenu à la vie, ce nom apportait aussi une terrible douleur dans son cœur. Elle était morte, sa mère, sa déesse… Il était seul, maintenant.
Il retourna au manoir. La ville était déserte, les gens sortaient très rarement à cause des monstres et de l'ambiance lugubre qui régnait constamment dans la ville. Cette ville qu'il avait brûlée, il y avait des années…
Une fois au manoir, il monta dans la chambre. Telian était allongée sur le lit et dormait profondément. Elle avait l'air très calme.
Mais Sephiroth savait qu'elle était capable de se transformer en une puissante guerrière, elle n'était pas une adolescente comme les autres. Une Tabhaisaver, une fille venue d'une autre planète, comme Jenova.
Il ne comprenait pas pourquoi elle refusait de l'aider. Après tout, elle était comme lui, perdue dans un monde qui n'était pas le sien. Oui, mais elle avait ses amis, et ce petit imbécile de clone raté, Kadaj.
Sephiroth ne put s'empêcher de grimacer de dégoût en repensant au jeune homme. Puis il haussa un sourcil, étonné par sa propre réaction. Pourquoi pensait-il comme ça ? Était-il… jaloux ? En fait, tout cela l'irritait. Pourquoi ce petit clone était tant aimé par cette fille ? Pourquoi n'était-ce pas lui, supérieur à tous ?
En fait, il était attiré par Telian comme par un objet interdit. Doucement, avec la délicatesse d'une mère pour son enfant, il chassa une mèche de cheveux bruns sur le visage de Telian. Puis il s'assit, attendant qu'elle se réveille.
