Chapitre 34 :
En souvenir d'un vieil ami
La porte du bar s'ouvrit. Reno, Tseng et Rude entrèrent. En voyant Senki, ils se mirent aussitôt sur la défensive. Ils n'avaient pas oublié sa dernière métamorphose, atrocement violente.
« Eh, vous êtes seuls ? Cloud et les autres ne sont pas là ? » dit Reno en regardant autour de lui.
« Non, nous avons trouvé le bar vide », dit Vincent.
« Hum… quoiqu'il en soit, vous devez venir avec nous. Et sans protester. Nous n'avons pas envie de combattre, ce coup-là », dit Tseng.
« Hein ? Mais et la raclée que je devais au pleurnicheur et à l'efféminé ? » protesta Reno.
Les deux frères de Kadaj fusillèrent le Turk du regard. Loz se mit à faire craquer ses jointures tandis que Yazoo caressait le manche de sa gunblade en lançant des regards assassins à Reno.
« Pourquoi on devrait vous suivre ? » dit Senki.
« En fait, seule Telian est sollicitée, puisqu'elle est une Tabhaisaver », dit Tseng.
« C'est au sujet d'Élion », dit Rude.
« Alors si vous nous donnez pas Telian, on va vous casser la figure », dit Reno.
« Vous livrer Telian ? Jamais ! » dit Kadaj.
« Tu crains grave, le gamin ! C'est pas toi notre boss, tu sais ? » dit Reno.
Vincent s'avança.
« Que veut le président, exactement ? Quel rôle voulez-vous jouer dans tout ça ? »
« Élion s'attaque à la Rivière de la Vie depuis un repaire totalement inconnu », dit Tseng. « Il y a quelques jours, un séisme a eu lieu à Nibelheim. »
Kadaj se souvint de la grotte de Lucrécia où il avait eu affaire à Sephiroth la dernière fois. En effet, il y avait eu un séisme à ce moment-là.
« Nous ignorons comment il s'y prend, poursuivit Tseng, mais nous sommes sûrs d'une chose : s'il continue, bientôt, il n'y aura plus de Rivière de la Vie, elle aura été réduite en cendres, et la planète sera bientôt dans le même état. Telian, tu as une idée de la façon dont il s'y prend ? »
« Non », dit la jeune fille.
« Ça ne change rien, tu viens avec nous, Telian ! » dit Reno.
Il fit un pas en avant, mais soudain, une explosion à ses pieds le fit reculer. Il leva les yeux vers Yazoo, qui braquait sa gunblade sur lui. Le canon de l'arme était encore fumant.
« Tu as la mémoire courte ? On ne vous laissera pas l'emmener », dit le jeune homme.
« Tseng ? » dit Reno.
Soupirant, Tseng croisa les bras.
« Le sang a déjà trop coulé. Si vous ne trouvez pas un moyen d'arrêter Élion dans trois jours, nous n'hésiterons pas à employer la manière forte. »
Et sur ces mots, il sortit, suivi par Rude puis Reno, qui était frustré de ne pas pouvoir se battre.
Lucrécia et Telian tombèrent dans des fauteuils. Elles avaient été les plus effrayées.
Le soir, Avalanche ne revint pas au bar. Vincent essaya plusieurs fois de contacter Cloud et les autres, mais le PHS sonnait toujours occupé.
Telian et Lucrécia partirent chacune dormir dans une chambre. Loz et Yazoo finirent par suivre le mouvement.
Une fois seul dans le salon, Kadaj s'assit sur le rebord d'une fenêtre et regarda la lune.
« Tu tiens à elle, à ce que je vois. »
Kadaj se tourna vers celui qui avait parlé. Les yeux rouges de Vincent percèrent l'obscurité.
« Ça te pose un problème ? » dit Kadaj, sur la défensive. Il n'oubliait pas que Vincent était le père de Sephiroth. Et maintenant qu'il le regardait, il voyait à quel point l'ex-Turk ressemblait à son fils.
« Moi, non, dit Vincent. Mais… je doute que Sephiroth apprécie ça. »
Gagné, je savais qu'il allait parler de ça ! pensa Kadaj avec un soupir.
Dans une chambre du bar, Telian se réveilla. Elle avait soif et se leva pour aller dans la cuisine prendre un verre d'eau. Une fois dans le couloir, elle entendit les voix de Kadaj et Vincent. Elle s'arrêta et s'accroupit, pour mieux écouter.
« De toute façon, je crois que ni moi ni Sephiroth n'auront une chance, quand tout sera fini », dit Kadaj.
« Comment ça ? »
« Koldor m'avait prévenu, un peu avant ton arrivée à la grotte avec Lucrécia. Quand Élion sera vaincu et la paix revenue… tous les Tabhaisavers seront obligés de partir, leur planète d'origine les emmènera. »
Telian tomba à genoux. Ses yeux se fermèrent, pour réprimer des larmes de douleur. Puis, n'y tenant plus, elle retourna dans sa chambre pour y pleurer.
Dans le salon, Kadaj avait la tête baissée. Ses cheveux argentés tombaient en cascade devant son visage crispé par la douleur.
« Kadaj… tu sais, quand Lucrécia a choisi Hojo pour mieux s'éloigner de moi… J'étais très triste, mais je me suis forcé à penser que si elle était heureuse ainsi, si la femme que j'aimais était heureuse avec un autre, alors cela ferait aussi mon bonheur, malgré tout. Toi, en plus, tu as la chance d'aimer une fille qui t'aime, elle aussi. »
Kadaj secoua la tête.
« Je ne comprends pas. Je ne comprends rien à ce que vous dites, et je m'en fiche ! Laissez-moi seul. »
Vincent soupira, puis monta dans la chambre de Lucrécia. Une fois seul, Kadaj leva les yeux vers la lune et repensa aux paroles de Vincent. Comment trouver le bonheur en étant séparé de l'être que l'on aimait ? Cela le dépassait complètement !
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Sephiroth déglutit avec peine. Devant lui se trouvait la porte de Cosmo Canyon. Il n'osait pas approcher. Pourtant, il en mourrait d'envie. Quand il était enfant, il avait été élevé par le professeur Gast à Midgar. Mais ce dernier se rendait parfois dans cette ville, il adorait y venir pour apprendre choses sur la Planète.
Et aujourd'hui, Sephiroth avait une chance de découvrir cette ville, à son tour. Il avait mis une grande cape noire pour passer inaperçu, mais cela ne suffisait pas à le rassurer. Il avait peur que les gens le reconnaissent. Ou qu'une quelconque catastrophe se produise à cause de sa venue.
Il toucha le fourreau de Masamune à sa ceinture pour se rassurer, puis s'approcha de la porte. Il vit le garde affalé sur un tabouret, la tête tombant sur sa poitrine. Il dormait. Tant mieux, Sephiroth n'avait pas du tout envie de se faire remarquer.
Une fois la porte franchie, le jeune homme traversa un petit défilé rocheux, puis arriva près de la Bougie Cosmo. Tout de suite, il se sentit mieux. Finalement, ce n'était pas si difficile. Et à cette heure, minuit passé, les gens dormaient.
Il s'approcha du feu. Il ne savait pas pourquoi, mais l'énergie que dégageaient les flammes lui faisait du bien. Il comprenait pourquoi le professeur Gast venait dans cette ville dès qu'il le pouvait.
Penser au professeur fit pourtant un peu mal à Sephiroth. Il lui manquait. Même après toutes ces années, toutes ces souffrances et ces horreurs survenues dans sa vie, il lui manquait.
Sephiroth regarda encore un instant les flammes, puis il prit l'escalier menant aux habitations élevées où résidaient les anciens de la ville.
Arrivé devant la porte d'une des maisons, il hésita. Frapper à une heure pareille ? Pour réveiller une personne âgée, par-dessus le marché !
« Je peux vous aider ? »
Sephiroth sursauta. Il se tourna vers une porte derrière lui et vit un vieillard aux cheveux blancs.
« Heu, je… je venais pour un renseignement, mais… je ne voulais pas réveiller qui que ce soit, je pensais revenir plus tard », dit rapidement Sephiroth.
Le vieil homme sourit.
« Bah, vous savez, ce vieux corps n'a plus besoin de beaucoup de repos. Je suis l'un des anciens de la ville, le vieil Hago. Mais quel genre de renseignement cherchez-vous, exactement ? »
« Les Tabhaisavers. »
En entendant ce mot, le vieillard parut attentif, concentré.
« Je vois. Entrez. »
Il disparut dans la maison. Sephiroth hésita, puis voyant que la porte demeurait ouverte depuis un moment, il entra à son tour.
L'intérieur était une véritable bibliothèque, les murs étaient couverts d'étagères de livres. Une lampe à huile était accrochée au centre du plafond, éclairant la pièce d'une douce lueur propice au calme et à l'étude.
« Donc, vous désirez en savoir plus sur les Tabhaisavers ? » dit Hago.
Sephiroth l'aperçut au bout de la pièce, assis derrière un bureau. Le jeune homme s'approcha, puis prit le siège que le vieillard lui tendait du doigt.
« Oui. Est-il possible que l'un d'eux rejette sa mission et devienne une espèce de renégat ? »
« Ce n'est pas impossible. Les Tabhaisavers naissent avec une étoile dans leur cœur. Elle est la source de leur énergie, la lumière qui leur permet de voir à travers les illusions de leurs ennemis. Mais une étoile peut aussi s'éteindre. Soit par le feu et les armes, ou… à cause du chagrin, comme un cœur brisé. »
« Un cœur brisé ? »
« Les Tabhaisavers peuvent ressentir la mort de leurs semblables et sont liés chacun à un Cetra et à une âme jumelle. Mais si jamais le Tabhaisaver perd l'un des deux, voire même les deux à la fois… l'étoile ne tarde pas à s'éteindre. Alors le Tabhaisaver est réduit à l'état d'humain et tire son pouvoir de l'ombre née en lui. »
« Je vois. »
Sephiroth se souvint du rêve qu'il avait fait, quelques jours auparavant. Telian pleurant un corps flou, toute seule au milieu de la brume. Il avait peur. Est-ce que ce rêve risquait de se produire ?
« Merci pour ces renseignements, sage Hago. Je ne vous dérangerai pas davantage. »
« Ce n'est rien. Mais faites attention, Sephiroth. »
Le jeune homme frémit.
« Vous… vous m'avez reconnu ?! ? Mais ma cape… »
Le vieil homme sourit.
« Je ne vous ai jamais vu, mais le professeur Gast m'avait souvent parlé de vous autrefois, quand vous n'étiez qu'un enfant et qu'il vous élevait à Midgar. Il vous aimait beaucoup. Vous étiez comme un fils pour lui. »
« Mais vous n'avez pas peur de moi ? » dit Sephiroth, méfiant.
Le vieil Hago fit la moue.
« Quand je vous ai vu dehors, j'ai d'abord cru que vous alliez commettre un crime, après ce qu'Avalanche m'a raconté. Mais vous vous êtes tellement excusé et fait discret, vous ne m'avez même pas menacé pour me soutirer des renseignements ! Alors je m'en tiens au jugement de Gast. De toute façon, je suis trop vieux pour combattre. Même si je le voulais, je ne pourrais rien vous faire. Et je m'en voudrais de porter préjudice au fils adoptif d'un de mes amis. »
« Ah… merci », dit Sephiroth.
Il s'inclina, puis sortit de la maison et marcha vers l'escalier pour descendre la falaise. Pourtant, il marchait tranquillement, cette fois-ci. Il se sentait étrangement léger, comme si un poids avait quitté son cœur. Il leva les yeux vers le ciel et sourit. Il ne put s'empêcher d'ôter le capuchon de sa tête. Ses longs cheveux argent s'envolèrent librement dans le vent. Il ferma les yeux, pour mieux goûter à la fraîcheur de l'air.
« Merci, professeur », dit-il dans un murmure.
Il resta encore un moment immobile, regardant le ciel passer du noir au violet. Bientôt, ce serait l'aube.
Le jeune homme remit sa capuche puis descendit le premier escalier et prit un tunnel. Il arriva devant une immense porte scellée. Il ne savait pas où elle menait, mais cet endroit lui fit un peu perdre sa bonne humeur. Il se dégageait quelque chose de malsain de cette porte.
Sephiroth allait poursuivre son chemin, quand il entendit un sanglot. Il regarda autour de lui et vit une petite ombre derrière une pile de tonneaux.
Méfiant, la main sur le manche de son sabre, il contourna les barils. C'était Sephiroth eut un flash, il crut voir Telian accroupie et pleurant. Puis l'image s'effaça. Ce n'était pas Telian, mais une petite fille en larmes. Elle avait les cheveux nattés avec un ruban rose et une robe grise.
« Ça ne va pas ? » dit Sephiroth.
L'enfant leva les yeux vers lui. Elle parut effrayée, puis fronça les sourcils.
« Vous êtes… »
Elle ne put en dire davantage, elle se remit à pleurer, les mains sur la gorge. Sephiroth s'accroupit et l'examina. Il vit du sang sur ses mains. Elle était blessée !
Se relevant, le jeune homme sortit Masamune et pointa la lame vers l'enfant. Il lui lança un sortilège de soin. La douce lumière verte s'échappa de sa lame et enveloppa la fillette, qui arrêta bientôt de pleurer.
« Ça va mieux, maintenant ? »
« Oui », dit-elle, les yeux toujours baissés.
« Qu'est-ce que tu fais là toute seule ? »
« Un méchant m'a attaquée. Élion… »
Sephiroth regarda autour de lui. Aucun ennemi en vue.
« J'ai peur ! Il va revenir ! »
« Ne t'inquiète pas, je vais m'en occuper. »
« Ce… c'est vrai ? »
« Oui. Maintenant arrête de pleurer, et dis-moi où sont tes parents, que je te ramène auprès d'eux avant d'y aller. »
« D… d'accord. »
Elle prit la main que lui tendait Sephiroth, puis le mena jusqu'à une des maisons situées en bas de la ville. Arrivé à quelques mètres de la porte, Sephiroth s'arrêta, stupéfait. La porte venait de s'ouvrir, et Barret en sortit, l'air affolé. L'enfant lâcha sa main et courut dans les bras de l'homme.
« Marlène ! »
« Papa ! »
Sephiroth fit volte-face et se dirigea vers la sortie, espérant que l'homme ne l'avait pas reconnu. Mais il avait son attention braquée sur Marlène, qu'il serrait fort dans ses bras.
« Eh, une minute ! »
Sephiroth serra les dents. Il cessa de marcher, mais ne se retourna pas.
« Vous êtes qui, vous ? Qu'est-ce qui est arrivé à Marlène ? »
« Je l'ai trouvée blessée près de la maison du vieil Hago. Je l'ai soignée puis ramenée ici. »
« Cette voix… vous… »
À ce moment, d'autres bruits de pas résonnèrent. Puis des cris.
« SEPHIROTH ? ! »
L'ex-Soldat reconnut la voix de Cloud. Évidemment, le jeune homme le reconnaîtrait n'importe où, même avec ce déguisement.
Lentement, Sephiroth fit volte-face et, avec dépit, il ôta sa cape.
« Ça faisait un bail, Cloud. »
Il vit Tifa et Youfie sortir de la maison et se figer, elles aussi, en le voyant. Puis Nanaki et Cid.
« Alors c'est vrai, tu es revenu, maudit ! » jura Cloud.
Il dégaina son épée. Sephiroth fit la moue. Il n'avait pas envie de se battre, surtout avec Élion dans les parages.
« Qu'est-ce que tu as fait ? C'est toi qui avais enlevé Marlène ? » hurla le jeune homme, furieux.
« Non, il m'a soignée ! » dit l'enfant, dans les bras de Barret.
« Quoi ? ! Toi, aider un humain ? Tu te fiches de moi, Sephiroth ? »
Soudain, avant que quiconque ait eu le temps de réagir, la terre se mit à trembler.
« La planète souffre ! Je l'entends ! » dit Nanaki.
Cloud planta son épée dans le sol et parvint à garder un certain équilibre. Mais il vit que Sephiroth avait disparu. Il regarda autour de lui et vit l'homme aux cheveux argentés courir vers l'escalier.
« Attends, toi, reviens ici ! »
Mais Sephiroth ne prêta pas d'attention à ces mots. Il courut vers la grande porte où il avait trouvé la petite fille. Une fois devant, il tira sur la poignée. Mais elle ne s'ouvrit pas. Le jeune homme plaqua sa main sur le bois. Derrière, il sentait un pouvoir familier. Élion ! Il était là, il le sentait…
Soudain, Sephiroth frémit. Une sensation familière, vieille de plus de sept ans. Il baissa les yeux et vit la pointe d'une épée qui traversait son ventre.
Il eut un flash. Ce n'était plus la paroi rocheuse de Cosmo Canyon qui l'entourait, mais les murs de métal du réacteur de Nibelheim. Il ne se tenait plus face à la porte de la grotte, mais devant le tube de verre où reposait Jenova. Puis l'image disparut. Ça avait recommencé. Cloud l'avait frappé de dos, encore une fois.
« Maudit ! » siffla Sephiroth, furieux.
Cloud allait enlever son épée, mais contrairement à l'autre fois, Sephiroth ne le laissa pas faire. Le grand guerrier lui attrapa la gorge d'une main, sans se retourner. Cloud sentit une puissante onde d'énergie toucher sa tête. Il bascula en arrière.
Sephiroth enleva lui-même l'épée de son ventre. Il plaqua ses mains sur la plaie qui se mit à saigner abondamment. Il vit Tifa qui accourrait, avec tous les autres.
Sephiroth ferma les yeux et se concentra. Il utilisa la télétransportation. Lorsqu'il ouvrit les yeux, il se tenait de l'autre côté de la porte, dans la grotte.
Il fit quelques pas, puis tomba à genoux. Il avait trop mal. Encore une fois, Cloud l'avait eu. Le guerrier gémit. Non, il ne pouvait pas mourir, il en avait plus qu'assez ! À croire que c'était une habitude chez lui, comme une malédiction…
Il tomba au sol et ferma les yeux, suppliant que quelqu'un vienne l'aider.
Loin d'ici, à Edge, dans le salon du 7th Heaven, Kadaj releva la tête. Il regarda autour de lui, intrigué. Il aurait juré avoir entendu quelqu'un l'appeler à l'aide.
