*** Chapitre 2 ***
FLASHBACK
Bonnie déposa son sac à dos sur le tapis roulant qui s'avançait vers les portiques de sécurité. Elle présenta son passeport déjà bien chargé de tampons et timbres à l'officier des douanes. Il le consulta attentivement, dévisagea la jeune femme puis vérifia le billet qu'elle lui présentait avec un demi sourire. En prenant son temps, l'homme examina attentivement les documents administratifs avant de le lui rendre :
"- Buen viaje señorita" finit-il par lâcher en espagnol en lui rendant les objets.
Bonnie le remercia d'un signe, saisit son sac et avança dans la salle d'embarquement déjà surpeuplée. Elle observa l'environnement un instant. A l'extérieur, la chaleur suffocante de Buenos Aires provoquait des mirages çà et là sur la piste où les avions, dans un ballet incessant décollaient et atterrissaient à seulement quelques minutes d'intervalle, le tout savamment orchestré par les yeux et les oreilles de la tour de contrôle qui trônait non loin du terminal dans lequel la sorcière se trouvait. Autour d'elle la salle était envahis par divers touristes venus des quatre coins de la planète et quelques hommes et femmes d'affaire, le regard vissé à leur smartphone ou à leur tablette, pianotant quelques rapports ou instructions. Elle trouva, néanmoins, une place assise entre une adolescente le regard vissée à son portable et un homme d'une quarantaine d'années. Plutôt bel homme, le regard bleu azur, il lui adressa un chaleureux sourire en décalant ses affaires pour qu'elle puisse prendre place. Elle lui sourit en retour et détourna son attention vers un point devant elle et lâcha un soupir tout en esquissant un sourire en coin et hochant la tête. Son voisin, l'observant du coin de l'oeil, s'interrogea une seconde avant d'entamer la conversation dans un espagnol parfait. Bonnie secoua la tête lui faisant comprendre qu'elle ne parlait pas cette langue, l'inconnu changea alors de registre pour opter pour l'anglais :
« - Vous voyagez seule mademoiselle ? Savez-vous que ce n'est pas très prudent ? »
Bonnie ne répondit pas tout de suite, légèrement agacée par le sous-entendu de l'homme. Puis elle regarda à nouveau devant elle, sourit plus franchement avant de lui répondre :
« -Mais qui vous a dit que j'étais seule ? » Demanda t-elle avec l'air le plus innocent possible tout en focalisant son attention sur le pantalon que portait l'inconnu ou, plus précisément, la poche de celui-ci dans lequel se trouvait son téléphone portable qui se mit soudainement à grésiller et émettre une fumée blanchâtre à l'odeur âcre. L'homme sauta sur ses pieds en sortant l'objet désormais sans vie. Geste qui n'a pas été réfléchit car il eut pour conséquence d'attirer l'attention de deux militaires en charge de la sécurité aéroportuaire. Sans ménagement, ils saisirent l'homme par les bras et l'entrainèrent avec eux.
Bonnie ne put s'empêcher de sourire un peu plus franchement qu'elle l'aurait voulu.
« - Ah ! Love, c'est pas bien du tout ça ! » lui rétorqua le fantôme du bel italien avec qui elle partageait chacun de ses voyages. En réponse, la sorcière lui lança un sourire espiègle. Il y avait bien trop de monde autour d'elle pour se lancer dans une discussion avec Enzo.
Une hôtesse de l'air annonça l'embarquement immédiat des passagers à destination de Sydney. Bonnie saisit son sac, ses documents de vol, et se plaça dans la file d'attente, tenta d'ignorer les regards lourds de sous entendus d'Enzo. Elle passa le dernier contrôle et s'avança dans le couloir mouvant permettant l'accès à l'avion où une seconde hôtesse lui saisit son billet avant de lui indiquer son siège avec un sourire parfait.
Elle se laissa tomber sur le fauteuil qui n'était pas aussi confortable que le prétendait la compagnie, mais ça conviendrait. Elle avait connu bien pire que cela.
Ces dix dernières années, Bonnie avait enfin pu réaliser ses rêves, SON rêve : vivre. Vivre pour elle, vivre pour satisfaire sa soif de curiosités, vivre pour s'abreuver de cultures. Profiter de chaque instant de liberté. La mort d'Enzo avait réveillé ce besoin en elle : la vie est trop courte pour ne pas en profiter, pour rester dans un coin de Virginie toute sa vie durant. Sac sur le dos et passeport en poche, elle avait parcouru le monde. S'arrêtant quelques mois par ci ou par là, profitant des rencontres pour exercer ses dons, et peaufiner ses sorts. Elle n'en avait pas honte, elle pouvait affirmer qu'elle avait de grands pouvoirs, mais des pouvoirs tellement différents de ceux qu'elle avait pu lire dans les livres. Même dans ceux de sa grand-mère ou du professeur Shane. Bien loin de tout ça. Elle avait pu observer les moines au Tibet déjouer la gravité ou capables de prouesses avec leurs corps, uniquement en ayant le contrôle sur leur esprit. Elle avait pu assister aux rites shamaniques au cœur de la jungle congolaise au cours desquels les hommes étaient pris de telles transes qu'ils pouvaient développer un don d'ubiquité. Elle avait pu voir les prouesses des marabouts antillais, capables de tutoyer la mort et de faire renaître les hommes de leurs cendres.
Son dernier voyage l'avait conduit en Amérique du Sud où, disait-on, les Anciens détenaient les secrets de leurs ancêtres Mayas. Bonnie s'était d'abord rendue dans les vallées Calchaquies où les touristes peuvent admirer de magnifiques sites antiques. Mais c'était pas ce qu'elle souhaitait dans un premier temps. Une minutieuse enquête la conduit au cœur des montagnes vers un village retiré de toute forme de civilisation. Communiquant uniquement par des gestes ou des dessins, elle finit par rencontrer le chef du village qui, une fois qu'elle fut jaugée et jugée, l'initia à un certains nombres de savoirs anciens. Son but était simple. Elle voulait savoir comment dompter la Mort. Chose impossible pour toute sorcière répondant à la Nature. Mais beaucoup moins lorsqu'il s'agit de Forces allant bien au-delà de tout cela. L'Ancien ne lui apporta pas la réponse qu'elle cherchait. Refusant de la livrer en pâture à des Etres avec lesquels il ne fallait pas jouer. Bonnie fut déçue mais remercia chaleureusement le vieil homme. Il en fallait plus à la jeune sorcière pour se décourager. Et elle avait encore d'autres personnes à rencontrer, d'autres rites à apprendre, d'autres connaissances à absorber. C'est avec des résolutions plein la tête qu'elle s'assoupit, la tête collée au hublot de l'appareil tandis que celui-ci amorçait son décollage vers les Terres Australes.
Le voyage, bien que très loin, se passa relativement bien. Quelques secousses et autres turbulences, mais rien qui n'empêcha la jeune femme d'oublier son objectif. Lorsqu'elle atterrit à Sydney, elle suivit la file des passagers, fatiguée par les heures passées sans bouger. Elle alla récupérer ses bagages (enfin, son sac) sur le tapis roulant et sortit de l'aéroport après être passée par la douane. Un rituel auquel elle se pliait sans rechigner. Le fait d'entendre parler sa langue un peu partout autour d'elle lui mit du baume au cœur. Elle avisa la file de taxis qui attendaient les clients et se dirigea vers l'un d'eux. Tout en remerciant le chauffeur pour l'aide qu'il lui apportait, elle lui demanda de se rendre dans l'hôtel le plus proche. Elle avait un cruel besoin de prendre une douche et de dormir dans un lit confortable. Le chauffeur la déposa devant un petit hôtel d'un quartier cosy de Sydney. Après avoir fournit les renseignements nécessaires, Bonnie saisit la carte d'accès tendue par la réceptionniste et se dirigea vers l'ascenseur qui desservait les chambres. Il ne devait pas y en avoir plus d'une trentaine à en juger par les portes devant lesquelles elle passait scrutant attentivement les numéros inscrits dessus. N°36, enfin. Elle fit jouer la carte et pénétra dans une petite suite. Parfait. Un bain plus tard, elle ne se fit pas prier pour rejoindre Morphée.
Le lendemain, elle n'émergea de son sommeil qu'en début d'après-midi. Trop tard pour le petit-déjeuner, tant pis. Bonnie choisit plutôt de faire un peu de tourisme après avoir prit un bain revigorant et s'être vêtue rapidement d'un jean et d'un tee shirt. Elle ouvrit la carte touristique de la ville qu'elle étala sur son lit. Elle n'eut pas besoin de se concentrer fortement pour appeler Enzo qui apparu assis sur le meuble, à ses côtés en souriant :
« - Alors Love, quel est le programme aujourd'hui ?
- Hum … j'ai envie de voir... l'opéra bien sûr, l'aquarium également. J'ai envie de profiter un peu pour me promener au hasard des rues. J'aimerais aussi rencontrer les aborigènes.
- Je ne crois pas que c'est ici que tu pourras trouver une réponse à ta question, argumenta t-il en arquant un sourcil, un sourire narquois accroché aux lèvres
- Non, enfin … j'imagine que ce n'est pas à Sydney, mais je sais que quelque part, elle existe cette réponse... Il faut que j'aille davantage au cœur du pays … Pas l'Ayers Rocks, mais plutôt … Elle tourna la carte pour révéler une carte détaillée de l'île, en promenant son index, elle s'arrêta sur un point … Là ! Enzo se pencha vers elle et lu le nom de l'endroit pointé par Bonnie :
- Southern Tanami Indigenous Protected Area ?
- Oui, c'est une réserve aborigène …
- Tu ne pourras pas y entrer comme ça Love …
- Hum … tu as raison … Je vais me renseigner »
Elle replia précieusement sa carte et la mit dans son sac à dos, au préalable vidé de tout effet non indispensable à la journée et descendit à la réception demander quelles étaient les possibilités d'accès à la Réserve. Il lui fallait, bien entendu, une autorisation gouvernementale. Autant dire des jours et des jours de procédure, des documents impossibles à fournir et le tout pour se voir refuser l'accès. Bonnie n'avait pas ce temps et encore moins la patience nécessaire. Elle enrageait intérieurement. Mais il fallait bien plus pour la dissuader d'aller au bout des choses. Enzo apparut à ses côtés. Il avait le don de la calmer immédiatement. Bien décider à profiter de chaque chose, elle opta pour une journée de pause. Une journée comme elle les aimait, de nonchalance, de décontraction. Elle suivit la masse des touristes qui visitaient les principaux lieux de la ville. Errant, se laissant totalement portée par le courant. Profitant tout simplement.
La jeune femme resta une semaine à Sydney avant de reprendre son périple et de partir pour le nord de l'île. Elle avait entendu parler d'Alice Springs, c'était donc là que ses pieds l'amèneraient ou plutôt l'avion qu'elle préféra à un interminable voyage en train. C'était une petite ville, comparé à Sydney, et, à plus d'un égard, lui rappelait sa ville natale. En plus sauvage. Plus … outback … Cette pensée, bien que joyeuse, fit naitre un brin de nostalgie en elle. Cela faisait dix ans qu'elle avait quitté la Virginie. Même si elle y étouffait, cette ville lui manquait un peu. Ses amis aussi. Parfois, elle se demandait ce qu'ils étaient devenus. Elle se plaisait à leur inventer une vie. Les premières années, elle correspondait avec Elena et Caroline, mais, doucement, les e-mails ne furent plus aussi nombreux pour complètement disparaître.
Bonnie soupira et choisit un petit hôtel pour y établir son « camp de base » pour les jours à venir et projeta, une fois débarrassée de la fatigue et la transpiration du voyage, de visiter The Alice, comme on nommait parfois la ville de façon plus familière. Elle n'eut pas à chercher bien longtemps. Le premier bar dans lequel elle pénétra présenta une forte population de Natifs. Cependant, elle estima très rapidement que le taux d'alcoolémie avancé des personnes présentes serait un réel obstacle. Elle soupira, commanda un café et s'installa à une table libre. Bonnie remarqua un homme assis dans le fond qui ne cessait de l'observer. Agacée, elle finit par se lever et aller voir le malotru.
« - Je peux vous aider, monsieur ? Demanda t-elle en le fixant dans les yeux
- Vous … tenta l'homme légèrement désarçonné par l'audace de la jeune femme. Vous venez d'arriver en ville ?
- On ne peut rien vous cacher !
- Vous recherchez quelque chose, n'est ce pas ? Ou bien quelqu'un peut être ? Demanda t-il
- Et en quoi cela vous regarde ?
- Je vous demande pardon, je ne me suis pas présenté, je suis Peter, guide touristique
- Et moi je ne suis pas intéressée, répondit-elle en tournant les talons
- Vous voulez entrer dans les réserves du nord ?
- Comment savez-vous ce que je veux ? Demanda t-elle intriguée
- Ce n'est pas tr ès compliqué, c'est ce que veulent la plupart des touristes …
- Ah … Ah oui, bien sur. Et bien, disons que je suis comme tout le monde alors … soupira t-elle
- Je sais comment entrer …
- Moi aussi, mais je n'ai pas d'autorisation
- Qui vous a parlé de ça ? Venez avec moi ! »
Bonnie se méfiait de l'étrange personnage que l'on aurait dit tout droit sortit de Crocodile Dundee, mais elle ne pouvait pas laisser passer la moindre opportunité. Elle saisit son sac et suivit le guide tout en gardant tous ses sens en éveil. Il l'entraîna vers la place principale où quelques cafés s'étaient établis. Il lui présenta les lieux, leur histoire, dans un flot de paroles qui n'intéressaient pas la jeune femme. Ils se dirigèrent vers l'un des coins les plus retirés où un petit snack avait élu domicile. Il n'y avait que trois tables, l'une d'elle était occupé par un homme d'un âge avancé, occupé à savourer un sandwich duquel dépassait des frites. La couleur de son teint, sa physionomie ne laissait aucun doute quant à l'origine ethnique de l'inconnu : c'était un aborigène. Peter s'assit en face de l'homme attablé qui releva la tête et émit un soupir en reconnaissant la personne perturbant son déjeuner.
« - Tu veux quoi Peter ? Demanda t-il en reprenant une bouchée
- Bill, cette jeune femme ici présente veut entrer dans les réserves, tu crois que tu pourrais … L'homme ci-nommé ne répondit pas, jeta un coup d'oeil à son interlocuteur avant de poser son regard sur l'étrangère. Il y eut un grand silence tout à coup. L'homme semblait sonder son âme.
- Non !
- C... Allez, fais un effort Bill !
- Jamais une sorcière pénètrera dans la réserve … Conclu t-il en reprenant son repas
- Qu'est ce que … Commença Bonnie étonnée de la réponse du vieil homme
- Je suis désolé mademoiselle, je ne pourrais malheureusement pas vous y faire entrer, ne faites pas attention, souffla t-il, le vieux Bill est un peu siphonné. Vous souhaiter voir le reste de la ville ? Visite gratuite ! lui fit Peter en se levant et en feignant un clin d'oeil auquel elle ne prit même pas attention.
- Non merci, monsieur, excusez-moi... demanda t-elle le plus poliment possible en s'adressa à l'ancien qui avait terminé son sandwich et se levait à présent.
- Vous êtes sourde ? J'ai dis non ! S'écria t-il en fronçant les sourcils tout en quittant la place à grandes enjambées
- Attendez ! Monsieur ! L'interpella t-elle en se lançant à sa poursuite. Comment savez vous que …
- Que vous êtes une sorcière ? Ce n'est pas très compliqué à lire dans votre âme mademoiselle Benett ..
- Qu... Hein ?! Non attendez ! J'ai besoin de vous ! J'ai besoin de réponses ! Dit-elle en lui agrippant le bras. Aussitôt une décharge électrique lui parcouru le bras la forçant à lâcher prise.
- Ne me touchez pas sorcière ! S'écria t-il en s'arrêtant à sa hauteur
- Mais … vous … vous êtes quoi … un sorcier ?
- Ne m'insultez pas mademoiselle !
- Mais … qu'êtes-vous alors ? Comment savez-vous qui je suis ?
- Je vous l'ai dis, je l'ai lu dans votre esprit, grommela t-il en reprenant à nouveau son chemin
- Attendez monsieur ! S'il vous plaît ! J'ai besoin d'aide !
- Vous, les sorcières, vous avez toujours besoin d'aide, et vous provoquez des catastrophes sans vous soucier de qui ou quoi que ce soit !
- Je vous en prie, je vous en supplie ! Aidez-moi ! J'ai parcouru le monde entier pour trouver une réponse à ma question...
- Vous êtes bien prétentieuse mademoiselle Benett, le monde est monde, mais vous ne pouvez en aucun cas le parcourir dans son intégralité. Le monde est multiple ! Je ne sais même pas pourquoi je vous dis ça, vous êtes incapable de comprendre quoi que ce soit !
- Vous vous trompez monsieur ! Je peux apprendre …
- Alors commencez par écouter ! S'écria t-il en accélérant le pas. Etonné de ne pas entendre les pas de Bonnie derrière lui, l'homme s'arrêta et se retourna pour voir la jeune femme, le regard noir et plein de défi.
- Si vous prétendez si bien me connaître, lisez, lisez en moi, et vous verrez toute la sincérité de mes paroles et de mon désir...
- Je … Commença Bill déstabilisé pendant quelques secondes. Il porta alors son regard sur son interlocutrice et la sonda de nouveau. Vous souhaitez l'impossible mademoiselle, dit-il plus doucement après quelques instants de silence.
- Je sais que ça ne l'est pas …
- Nul ne peut ramener les morts à la vie sans en payer de lourdes conséquences, murmura t-il
- Je le sais, et je suis prête à tout subir.
- Vous avez déjà fait l'expérience de ce genre de conséquences en manipulant l'Expression, continua t-il en la sondant de nouveau
- Cette forme de magie ne m'a été enseignée que dans un but, servir le mal, ce n'est pas ce que je veux. S'il vous plaît monsieur, je sais qu'il existe des rites. Des rites aborigènes. Je …
- Vous ne savez pas de quoi vous parlez !
- Alors enseignez-moi !
- Vous me demandez là quelque chose qui …. Commença t-il, mais devant l'air résigné de Bonnie, il soupira. Ecoutez je … Bon, retrouvez moi à cette adresse, demain matin, dit-il en griffonnant une adresse sur un bout de papier qu'il sortit de sa poche.
- Merci ! Merci beaucoup monsieur !
- Ne me remerciez pas tout de suite, je suis pas sur de ce que cela va donner
- Peu importe... merci ! A demain ! Cria t-elle alors qu'il s'éloignait de nouveau
- Oui oui .. c'est ça » répondit-il sans se retourner
Finalement, la journée n'avait pas été inutile … Bonnie, regagna son hôtel en souriant. Même s'il s'agit d'une impasse, au moins, elle avançait chaque jour un peu plus au fur et à mesure de ses rencontres.
Le lendemain matin, elle donna le bout de papier griffonné par Bill à un chauffeur de taxi. Celui-ci prit connaissance de l'adresse, lui jeta un coup d'oeil et hocha la tête en le lui rendant. Un quart d'heure plus tard, le véhicule s'avança dans un des quartiers les plus anciens de la ville. On pouvait même y voir de nombreuses références au passé minier de la ville et des environs. Le chauffeur s'arrêta devant une maison aux volets clos, les murs étaient défraichis. Devant l'antique demeure, un jardinet envahis de mauvaises herbes qui lui arrivaient à mi cuisse. Pendant un court instant, elle pensa que le vieil aborigène s'était joué d'elle et lui avait donné une fausse adresse. Mais à bien y regarder, il y avait des signes de vie sur le perron, une tasse ébréchée contenant un breuvage apparenté à du café, un journal sur lequel reposait une pipe encore fumante. Un bruit de porte qui claque venant de l'intérieur de la maison fit sursauter la jeune femme. Quelques instants plus tard, le vieux Bill apparu dans l'encadrement. En la voyant, il soupira :
«- J'avais espéré que vous changiez d'avis … commença t-il
- Jamais ! Fit-elle en souriant
- Très bien, entrez, l'invita t-il en la précédant à l'intérieur de la maison. Je vois que vous n'êtes pas venue seule … lança t-il sans se retourner en poussant une porte récalcitrante qui donnait dans ce qui s'apparentait à un salon et qui faisait aussi office de cuisine visiblement.
- Pardon ?
- Une présence vous suit, hier aussi d'ailleurs …
- Vous … pouvez le voir ?
- Bien sûr que non ! Il est lié à vous ! Souffla t-il comme s'il s'agissait d'une évidence.
- Je .. c'est pour lui que...
- Je m'en doute coupa t-il en s'asseyant dans un fauteuil qui ne semblait pas avoir connu d'aspirateur récemment à en juger par le nuage de poussière que Bill souleva. Il l'invita à faire de même sur un canapé dans un état similaire.
- Vous pouvez m'aider ? Demanda Bonnie en ne prenant pas attention au désordre ambiant.
- Je le pourrais … Mais vous êtes bien trop pressée mademoiselle. Vous aimez l'art aborigène ?
- J'ai pu en apprécier les détails au musée de Sydney dernièrement
- Avez-vous déjà vu quelque chose comme cela ? Demanda Bill en se levant et en allant chercher, sur une étagère un globe sur lequel des milliers de points étaient peints. Il posa l'objet devant Bonnie, sur la table basse surchargée de divers documents poussiéreux.
- Je ne crois pas c'est … magnifique ! Répondit Bonnie en observant les multiples dessins que formaient les points.
- En effet... Mais regardez... Regardez.. bien... Voila, regardez, observez... souffla t-il tandis que le regard de Bonnie se perdait dans les détails et son souffle se fit régulier. Mademoiselle Bennett ? Demanda t-il après quelques instants. La jeune fille sursauta.
- Pardon, j'ai eu... un moment d'absence. Qu'est ce que c'est que cet objet ?
- Il servait aux chamans à explorer l'esprit des gens...
- C'est comme ça que vous avez pu … hier …
- Non... enfin, oui et non. Au début, l'usage du globe est indispensable, on finit par s'en passer par la suite.
- Excusez moi, mais en quoi cela va m'aider ?
- Vous êtes toujours aussi pressée ? Il faut pouvoir vous concentrer, vous focaliser sur votre esprit, sur la présence qui vous suit. Vous devez sentir, REssentir …
- Comment faire ça ?
- Méditer mademoiselle, retrouvez vous avec vous même, avec votre présence... »
Durant les dix dernières années, Bonnie avait du se livrer à d'instances séances de méditation. Elle ne fut pas surprise de la demande de l'homme. Elle prit une grande respiration et ferma les yeux.
« - Ouvrez votre esprit à tout, servez vous de vos pouvoirs pour ouvrir votre conscience, votre œil, l'oeil de votre esprit … Laissez le vous guider vers votre présence ... Je ne vous le cache pas, cela prendra du temps, il va vous falloir explorer des mondes inconnus, êtes vous prête à cela ?
- Je le suis souffla t-elle sans ouvrir les yeux pour autant
- Bien ! Dit Bill en se levant et en posant son pouce sur le front de la jeune fille. Une décharge parcouru son corps. Si brutale, qu'elle ouvrit les yeux et son esprit se trouva littéralement propulsé hors de son corps. Elle voulu crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche, elle observa le monde autour d'elle. Tout semblait déformé, les couleurs étaient exagérément vives, les sons trop forts, elle avait l'impression que son crâne allait exploser. Une silhouette sombre se détacha alors devant ses yeux. Elle prit forme petit à petit pour devenir Enzo. Toujours incapable de parler, celui ci se contenta de lui sourire, et posa une main sur sa joue. Un contact qu'elle sentit, elle pouvait sentir la chaleur, la douceur de sa peau. Tout d'un coup tout s'arrêta et elle pu à nouveau parler tandis qu'elle se retrouvait à nouveau dans le salon de Bill.
- Mais qu'est ce qui s'est passé ?! S'écria t-elle tandis qu'elle s'accrochait à l'accoudoir miteux du canapé
- J'ai forcé votre œil à s'ouvrir, répondit Bill
- Mais, j'ai senti Enzo, comment est-ce possible ?!
- Il est dans un monde tout ce qu'il y a de plus concret pour qui sait le voir. Si vous arrivez à le saisir, à lui parler, alors vous pourrez le ramener …
- C'est … aussi simple ?
- Ouvrez votre œil, exercez vous, et ensuite nous verrons. Pour l'heure, vous n'êtes pas prête. » Conclut-il en se levant tout en l'invitant à prendre congés.
Bonnie hocha la tête et sortit de l'antique demeure. Elle fit quelques pas à l'extérieur et se retourna :
« - Attendez, vous avez parlez de conséquences ...
- J'espérais que vous me le demandiez … Une vie pour une vie mademoiselle, c'est une règle fondamentale …
- Qu'est ce que vous voulez dire ? »
L'homme se contenta de la regarder. Voyant qu'elle n'aurait pas de réponse. Bonnie rebroussa chemin et regagna son hôtel.
Les jours suivants ne furent que de multiples séances de méditation. Elle essayait vainement d'entrouvrir son œil. Un matin, elle crut qu'elle avait réussi lorsqu'à nouveau, une silhouette se présenta à elle. Mais il ne s'agissait pas d'Enzo, il s'agissait d'une jeune femme, visiblement âgée d'une trentaine d'années. Elle se regardèrent quelques secondes quand l'inconnue l'appela :
« - Bonnie ? Bonnie Bennett ?
- … ?
- Est-ce que vous êtes Bonnie Bennett ? Redemanda la jeune femme
- Oui, répondit-elle, étonnée de n'avoir pas perdu l'usage de la parole
- Je me nomme Freya. Freya Michaelson lui dit-elle dans un sourire qu'elle voulait chaleureux
- Michaelson comme dans... Klaus Michaelson ?
- Précisément. Je suis sa sœur ainée.
- Vous connaissez pas le téléphone ? Vous faites jamais rien simplement dans votre famille …
- Je ne pouvais pas prendre le risque que tu me raccroches au nez. Bonnie, j'ai besoin de toi pour aider mon frère à retrouver sa fille, répondit Freya en ignorant la pique de Bonnie et passant immédiatement au tutoiement
- Pardon ? Demanda Bonnie visiblement perdue
- Eh bien, pour faire simple, Klaus est possédé par une sorcière aux pouvoirs immenses. Elle l'empêche de pouvoir rester auprès de sa fille, Hope. Je dois l'aider. Ma famille a besoin de moi.
- Cette enfant ne se portera peut être pas plus mal sans un père comme lui …
- Détrompe toi, Klaus a beaucoup changé. Et une fille a besoin de son père...
- Et … elle n'a pas de mère ?
- Hayley doit remettre en ordre la Nouvelle-Orléans après le départ de ma famille. Elle ne peut pas aller plus d'une fois par mois voir sa fille, pour son bien mais surtout pour sa sécurité.
- Hayley... Comme dans Hayley la louve ? Et elle est où cette enfant ?
- Elle est … en sécurité pour le moment, à Mystic Falls ... Mais j'ai besoin de toi pour exorciser ma famille. Cette entité nous sépare depuis dix ans, je ne le tolèrerai pas davantage. Répliqua Freya, les yeux lançant des éclairs de colère
- Mais que fait-elle à Mystic Falls ? De tous les endroits sur terre, c'est là bas que vous avez choisit de la mettre mais pourquoi ?
- Je ne peux pas encore tout t'expliquer mais sache juste que je pense que tu devrais être contente de faire ce voyage …
- Je … je n'aiderais pas Klaus... Mais... j'aiderais Hope. Aucune enfant ne doit grandir sans ses parents … répondit Bonnie en soupirant, nostalgique des moments passés avec ses propres parents. Qu'attends-tu de moi ?
- Le rituel est presque prêt, je dois aller chercher mes frères et sœur aux quatre coins du monde. Je vais avoir besoin de toi le plus rapidement possible. Il faut parvenir à convaincre Klaus.
- C'est pas ton rôle ça ?
- Je suis dans un avion à destination de Paris, je vais chercher Elijah. Prends le premier avion pour Londres.
- Londres ! C'est là que Klaus se trouve. Je t'enverrais l'adresse par téléphone dès que j'atterris en France.
- Et je suis sensée lui dire quoi ?
- Ne t'inquiète pas, je t'enverrai toutes les instructions très vite.»
La silhouette de Freya s'estompa. Bonnie ouvrit les yeux un peu sonné par l'expérience qu'elle venait de vivre. Elle regarda autour d'elle pour reprendre connexion avec la réalité. C'était un rêve. Cela ne pouvait être que ça. Les voyages, la fatigue, les méditations, tout cela avait du altérer sa perception des choses. Satisfaite de son idée, elle se dirigea vers sa salle de bain pour prendre une douche. Elle n'en sortit qu'une bonne demie heure plus tard lorsqu'elle entendit son téléphone sonner. En fronçant les sourcils, elle se dirigea vers l'appareil. Elle avait un message :
«Sois à9h00 à l'Espresso Bar du Regent's park, Londres. Ne sois pas en retard. Freya »
C'était donc pas un rêve. Après des années passées loin de tout ça, la voilà re retour. Son passé la rattrapait de nouveau. Elle soupira et se concentra quelques secondes pour faire apparaître Enzo :
« - C'est une sage décision Love, cette enfant a besoin de toi. Mais sois prudente … Ne fais pas confiance aux Michaelson …
- Je le sais, ne t'inquiète pas. Et je ne le fais pas pour Klaus. Mais pour Hope. Et puis … Freya me devra un service ... » lui répondit-elle en souriant.
Elle réunit ses affaires et prit son passeport en main, appela un taxi et lui demanda de la déposer à l'aéroport.
