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Chapitre 1: Seule au manoir, mais pas au monde

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Ce n'était pas une expérience nouvelle pour Violette, mais la sensation était la même. Désagréable. Après avoir passé un affreux moment sur la banquette arrière coincée dans la voiture entre l'homme aux crochets et Klaus – qu'elle avait essayé de ne pas écraser contre la portière de la voiture d'un homme abominable –, la voilà à patienter dans ce bureau….

Avec l'horrible homme la tenait fermement par l'épaule alors qu'il adressait un horrible sourire teinté d'une horrible impatience au banquier pas si horrible devant eux.

Violette connaissait bien monsieur Poe, son éternelle habitude de tousser dans un mouchoir ou encore le fait qu'il n'ait été d'aucune aide face aux désastreuses aventures auxquelles les Baudelaires avaient eu à faire face.

_ Donc, dit finalement Monsieur Poe en s'essuyant la moustache. Vous êtes venus pour la fortune Baudelaire si je comprends bien.

Olaf hocha la tête.

_ Un café ? s'enquit Poe en désignant sa propre tasse. Je prends toujours le mien après le dîner. Deux cuillères de crème, pas de sucre mais un nuage de lait.

_ Nous sommes pressés, voyez-vous, coupa Olaf d'un geste de la main. Nous sommes attendus pour couper le gâteau et pour la réception.

_ Effectivement, vous êtes venus… vite après la cérémonie, nota Poe en clignant des yeux.

Le banquier toisa le couple devant lui. Violette avait encore sa robe de mariée qui lui grattait horriblement et sentait le renfermé.

_ Mais Violette, j'avoue être très étonné par ton choix, soupira M. Poe. Te marier si jeune, et avec ton tuteur de surcroît. Je croyais que tes parents t'avaient suffisamment bien élevée pour attendre avant un tel évènement et surtout pour choisir ton prétendant !

_ Monsieur Poe, commença Violette, désespérée. Le Comte Olaf est un horrible homme ! Il nous a tous trompé pour…

Aussitôt, Olaf la serra contre lui pour la faire taire, lui broyant l'épaule.

_ Oui, c'est une très méchante orpheline, vous avez raison, clama-t-il en se penchant vers Violette qui détourna la tête, alarmée. Mais que voulez-vous, je ne pouvais pas laisser trois orphelins avec une immense fortune à la rue, c'est le genre d'homme que je suis... Donc où sont les papiers à signer ?

Monsieur Poe ouvrit la bouche pour répondre et fut pris d'une nouvelle quinte de toux. Le Comte Olaf leva les yeux au ciel.

_ Est-il toujours comme ça ? marmonna-t-il à Violette.

Celle-ci ne daigna pas lui répondre. Il fallait qu'elle fasse quelque chose pour arrêter ça. Si ça continuait, elle serait coincée avec Olaf le reste de ses jours pendant que Klaus et Prunille seraient mis à la porte, ou tués. Elle avait promis à ses parents de s'occuper d'eux. Elle ne pouvait pas faillir à sa promesse.

_ Eh bien, je vais chercher le dossier tout de suite. Veuillez m'excuser…

_ Non, Monsieur Poe, s'il vous plaît, écoutez-moi…

Mais Monsieur Poe n'écouta pas et sortit de son bureau. Sitôt que la porte se fut refermée le Comte Olaf en profita pour saisir le bras de Violette.

_ Je te conseillerai de ne pas faire quoi que ce soit maintenant. Dans moins de quelques minutes, je serai propriétaire de ta fortune, ce qui me donnera le droit de faire ce que je veux des trois insectes que vous êtes. Et te rebeller ne me fera pas vous prendre en pitié.

Violette se dégagea brutalement.

_ Jamais on ne vous laissera mettre la main sur notre héritage, répliqua-t-elle. Vous êtes un homme abominable et nous ne vous laisserons pas faire.

Olaf haussa un sourire avant de glousser méchamment.

_ Vous les orphelins, vous êtes comme des cafards, dit-il. Vous ne savez pas admettre votre défaite.

Violette plissa les yeux de mépris, mais Olaf l'empoigna par l'épaule pour la coller à lui, faisant un geste de la fin vers le futur désastreux qu'il lui réservait.

_ Mais ne t'inquiète pas, claironna-t-il. Je sais prendre en pitié quand je le souhaite, parce que mon cœur est tellement grand…. Maintenant que tu es ma femme, je ferai en sorte que tu vives pour toujours avec moi dans ma maison à faire toutes ces tâches domestiques pour ton petit mari que tu aimes tant.

Violette sentit son estomac se soulever rien qu'à cette pensée.

_ Ah, me voilà, désolé pour l'attente.

Le sang de Violette se glaça alors que Poe revenait avec le dossier Baudelaire. Olaf la lâcha aussitôt, ses yeux lorgnant le dossier avec avidité. Le banquier passa devant elle, causant une ombre. Le regard de Violette se posa alors sur le lampadaire à côté du bureau de Poe. Une lampe sur pied halogène si elle se rappelait bien.

Le fil serpentait sous le bureau et branché à la multiprise.

_ Bien je vais vous expliquer la procédure, dit Monsieur Poe.

_ Je n'ai pas besoin de connaître la procédure pour dépenser l'argent, coupa Olaf en attrapant un stylo ainsi qu'une pastille de menthe. Dites-moi juste où signer.

_ Sauf qu'il y a plusieurs clauses que nous devons étudier en premier, répondit Monsieur Poe. Je veux dire, vous êtes venus ici si vite et non annoncés, je n'ai pas eu le temps de préparer le dossier convenablement. Les parents Baudelaire ont insisté pour que tous les points soient révisés.

Olaf poussa un grondement sourd mais acquiesça nerveusement.

Violette n'écoutait pas. Elle avait retiré son fidèle ruban de sa poche et s'attacha les cheveux pour dégager son front. Son cerveau tentait de calculer l'angle pour faire tomber la lampe droit sur la tasse à café bouillante de Monsieur Poe. Si elle tirait sur le fil avec son pied ce serait plus discret.

Sa position n'était cependant pas idéale. Elle était à droite d'Olaf et la lampe était dans le coin, à gauche de Monsieur Poe. Lentement, elle retira sa chaussure et jeta un coup d'œil sous la table. Les longues jambes d'Olaf prenaient toute la place. Elle allait devoir y aller en douceur pour ne pas le toucher.

_ L'alinéa 13 aussi est très important, continuait inlassablement Poe.

Le comte Olaf semblait très ennuyé par ce banquier qu'il hésitait entre étrangler. Mais il n'avait jamais été aussi proche d'avoir la fortune et s'efforçait de prendre son mal en patience. Violette enleva discrètement son bas et avança prudemment, lentement, très lentement son pied nu et blanc sous la table.

Elle hésita, mais passa sous les jambes d'Olaf, profitant de son inertie face à la lecture soporifique de Poe. Son pouce frôla le fil de la prise. Violette saisit le fil entre ses deux orteils et sentit son cœur battre. Elle n'avait qu'une chance.

Lorsque Poe se redressa, elle tira d'un coup sec.

Les Baudelaire avaient eu peu de chance dans leur vie. Il n'avait pas eu de chance d'avoir perdu leurs parents et leur maison dans un terrible incendie. Il n'avait pas eu de chance d'avoir été mis devant le comte Olaf. Il n'avait pas eu de chance de ne pouvoir prévenir la Juge Strauss des manigances de leur tuteur pour la pièce du Mariage Merveilleux.

Mais cette fois-ci, pour une fois, la chance sourit aux Baudelaires.

Et alors que la chance souriait à Violette qui tentait d'interrompre la signature d'un contrat important, la chance sourit à Klaus qui réussit à effrayer les femmes aux visages poudrées en utilisant sa connaissance des Tineola bisselliella, un nom scientifique pour désigner les mites de vêtement et leur faire croire qu'elles en étaient infestées, les incitant à se gratter inlassablement et à éveiller leur paranoïa pour se précipiter dans la boutique de vêtements au coin de la rue, tout comme la chance sourit à Prunille qui réussit à faire sortir l'homme aux crochets en vitesse pour aller chercher un breuvage en saupoudrant discrètement son hamburger de sauce chili ultra épicée, tout comme la chance sourit à ces deux hommes qui arrivèrent à intercepter à temps un message de la plus haute importante cachée dans un fortune-cookie dans le restaurant d'en face et s'en aller à bord d'un Véhicule à Destination Confidentielle.

Oui, la chance avait décidé de sourire cette fois-ci.

Car lorsque Violette tira sur le fil d'un coup sec, la lampe halogène sur pied vacilla avant de tomber sèchement sur le bureau de Monsieur Poe, renversant exactement la tasse à café bouillante contenant deux cuillères de crème, un nuage de lait et pas de sucre dont le contenu se déversa sur le fameux dossier Baudelaire.

_ Ah ! s'écria Poe.

Olaf se redressa aussitôt et ses yeux vifs scrutèrent la lampe, puis Violette. Il se rendit compte de la position de sa jambe. Dès qu'elle tenta de la rétracter, il abattit sa main aux doigts longs sur sa cuisse qu'il griffa de ses ongles sales. Violette sursauta en sentant sa longue main filiforme semblable à une araignée tenir si fermement son genou nu. Un grondement sourd sortait de sa gorge alors que Poe tentait de nettoyer les papiers.

_ Oh, ça ne va pas, ça ne va pas du tout, marmonna le banquier.

_ Ce n'est pas grave, je peux quand même les signer.

_ Oh non, la banque n'acceptera jamais les papiers ainsi, lui dit Monsieur Poe.

_ Alors allez en chercher d'autres, lança Olaf.

_ Eh bien, il faut lancer la procédure, voyez-vous, qui est très différente maintenant que les parents Baudelaire sont morts. Cela va prendre des jours, quelques semaines tout au plus.

Le visage d'Olaf semblait déformé par la fureur. Violette fit de son mieux pour ne pas le regarder.

_ Bien, lâcha le comte.

Il se leva brusquement.

_ Dans ce cas, faites au plus vite. Je vous signale qu'à cause de votre rendez-vous, nous avons dû quitter notre mariage en catastrophe, déclara-t-il sèchement.

Monsieur Poe cligna des yeux. N'était-ce pas eux qui étaient venu sans avoir pris rendez-vous ? Le comte Olaf prit toutes les pastilles et bonbons dans la coupelle qu'il fourra dans sa poche, saisit Violette par le bras et s'en alla d'un pas rapide hors du bureau.

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_ Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

La question était pertinente si on en voyait le visage cramoisi de l'homme aux crochets qui tentait de maintenir une bouteille d'eau et les femmes au visage poudrés qui arborait on ne savait pourquoi de nouveaux vêtements.

_ Désolé, boss, répondit l'homme aux crochets, contrit. Mais le hamburger de la gosse était vraiment trop épicé.

_ Et on ne voulait pas être mangées par les mites, rajoutèrent les femmes aux visages poudrées.

Olaf leva les yeux au ciel.

Violette contemplait la voiture vide.

_ Où sont Klaus et Prunille ? s'écria-t-elle, alarmée.

_ Oh, et bien, si les morveux ont décidé de s'en aller par eux-mêmes ça me fait une chose en moins à faire, lâcha Olaf. Allons-y.

Et moins d'une minute plus tard, Violette se retrouva sur la banquette arrière, coincée entre la vitre et l'une des femmes poudrées. Elle regretta de ne pas avoir son frère et sa sœur tout près d'elle alors que la voiture fonçait vers la maison d'Olaf.

Mais après tout, son frère n'avait fait que ce qu'elle lui avait dit de faire.

« Va-t'en Klaus… »

« Violette… »

« Va-t'en ! »

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_ Surprise !

La voix suraiguë d'Esmé d'Eschemizerre résonna dans tout le hall d'entrée alors qu'elle ouvrait une bouteille de rhum et lançait le bouchon en l'air comme s'il s'agissait d'une bouteille de champagne.

_ Le look pirate est in en ce moment, s'écria-t-elle, alors je suis allée prendre des quantités de rhum. Le champagne, c'est tellement out.

Olaf leva les yeux au ciel en voyant une pluie de confettis s'abattre sur eux.

Le sourire d'Esmé se figea.

_ Où est la fortune ? s'enquit-elle en les voyant.

Violette sentit la prise d'Olaf se resserrer alors qu'il la poussait devant lui.

_ Comme d'habitude, ces satanés orphelins ont décidé de saboter mes plans.

_ Ils sont juste jaloux parce que moi j'ai tout et eux rien ! C'est rien que des pifgalettes !

Cette insulte était bien connue de Violette, surtout depuis que Carmelita Spats traînait avec Esmé et Olaf. La petite fille vêtue d'un costume de pirate-cow-boy-astronaute était connue pour être particulièrement agaçante, comprendre ici sautiller partout comme une puce excitée en criant « pifgalette ! pifgalette ! » et ponctuant ses phrases de coups de sabre d'abordage.

_ N'est-elle pas adorable ? murmura Esmé d'un ton affectueux. Bon, j'imagine que je peux ranger le rhum… Cette satanée orpheline nous aura tout fait !

_ Non, sortez le rhum et tous au salon ! répliqua Olaf. J'ai besoin d'oublier cette atroce journée.

La troupe hurla de joie à l'idée de boire et se dépêcha d'aller au salon. Violette, quant à elle, sentit Olaf l'entraîner dans les escaliers.

_ Tu sais, j'envisage sérieusement de te couper la jambe pour que tu arrêtes de vouloir te mettre en travers de mes plans, dit-il en la traînant malgré sa résistance, mais j'ai malheureusement à cause de toi d'autres préoccupations.

Il ouvrit la porte d'un coup de pied, et jeta Violette dans la petite chambre qu'elle avait partagée avec Klaus et Prunille.

_ Nous aurions pu être très heureux, mais comme tu as gâché notre lune de miel je n'ai pas d'autre choix que de la reporter et réparer tes idioties.

Il éteignit la lumière sans attendre sa réponse et lança quelque chose dans le noir.

_ Bien, c'est l'heure de dormir pour toi. Réveil dès demain à l'aube.

Violette marcha d'un pas décidé vers la porte pour saisir le bras du comte et vociférer :

_ Klaus et Prunille ne m'ont pas abandonné. Et je préfère me retrouver à la rue plutôt qu'ici.

Mais Olaf la fit taire et se dégagea:

_ Tu resteras ici jusqu'à ce que j'aie la main sur ta fortune, susurra-t-il en la toisant de ses yeux méchants. Ton frère et ta sœur t'ont abandonné, tes parents sont morts… Qui d'autre à part moi, ton merveilleux mari, accepterait de prendre soin de toi ?

Et il fit claquer la porte.

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Comme précisé dans l'annonce, seuls les deux premiers chapitres seront dispo sur ffnet, puis tout le reste sera disponible sur Archive Of Our Own, mais vous pouvez toujours follower ici pour être averti quand je publie là-bas, car je publierai des annonces ^^

A bientôt et n'hésitez pas à lâcher une review !

Petite Pirate

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