17 juillet 1936
Cela faisait bientôt quatre heures que les deux hommes avaient commencé à nettoyer ce fameux grenier, renommé " Antre du Démon Poussière " par Romano qui s'était donné pour mission de détruire ce démon sous les yeux attendris de Spain.
Il n'avait pas vu Romano agir et sourire ainsi depuis des années. En même temps depuis l'indépendance des Italies et leur unification, les rares interactions de Spain et Romano étaient durant les meetings internationaux où l'Italien se forçait de rester courtois et sérieux, sauf lorsque son frangin et un certain allemand étaient dans les parages. Romano ne se sentait pas à l'aise lorsqu'il riait en public et être auprès de Spain n'aidait pas. Leurs emplois du temps étaient surchargés pendant ces réunions, les occasions de parler d'autre chose que du boulot étaient rares mais au fur et à mesure des années, bloqués dans cette grande salle entourés par des centaines de pays, Romano et Spain parvenaient à profiter de chaque moment à deux. Ils étaient toujours assis côte à côte afin de pouvoir discuter lorsqu'une dispute générale éclatait, souvent provoquée par le trio légendaire, America, England et France. Dans les couloirs entre deux réunions, sauf lorsque les deux crétins de meilleurs amis de Spain venait prendre l'espagnol en otage pour faire on ne sait quelle crasse au pays de leur choix, ils étaient toujours ensemble et en rentrant dans leurs pays respectifs, ils faisaient tout leur possible pour éloigner ce moment fatidique où leurs routes devaient se séparer. Les deux avaient beaucoup de mal à se l'avouer, en particulier Romano, mais ils étaient meilleurs amis, entièrement dépendant de l'autre, Spain était la seule personne qui pouvait voir Romano sous son vrai jour et inversement même si d'un côté, Romano n'aimait pas montrer qu'il pouvait redevenir un gamin heureux le temps d'un instant et Spain n'aimait pas montrer son impuissance et son inquiétude envers certains problèmes.
Ce déménagement fut comme une bénédiction pour Spain, bientôt en proie à une guerre qui ne s'annonçait pas des plus courtes, il avait bien besoin d'un dernier moment de bonheur avec son meilleur ami, un moment à rigoler, de discuter de tout et de rien dans leur petit monde, dans cette pièce figée dans le temps. Quand la pièce fut enfin plus propre qu'un sou neuf, les deux hommes s'écroulèrent sur le parquet étincelant, contemplant leur petit miracle.
- Quand tu te décides à bosser tu peux vraiment faire des merveilles Romano !
- Vu l'état de cette pièce, c'était pas une volonté de la nettoyer, c'était une nécessité ouais. Dès que ta gueguerre se termine tu me feras le plaisir d'être mon serviteur pendant deux siècles minimum. répliqua le jeune homme plein de fierté en s'étirant contre le sol.
- Bien entendu, c'est la moindre des choses mais pour le moment..
Prenant Romano par surprise, Spain l'attrapa par le bras pour le faire rouler jusqu'à lui, le forçant ainsi à se poser contre son torse.
- Qu'est ce que..
- Je vais enfin l'avoir ma siesta avec mon cher Romaa ! dit Spain remplit de joie en caressant tel un chat la chevelure de l'Italien qui bizarrement ne se débatait pas tant que ça.
- Je veux bien rester contre toi mais tu as intérêt à tout de suite lâcher mes cheveux si tu veux pas que je te balance par la fenêtre.
- Bien bien ! Je t'ai dans mes bras c'est le principal !
Spain lâcha les cheveux de Romano pour se contenter d'entourer le corps de l'Italien de ses bras. Romano ne disait rien, sans doute trop gêné d'avoir accepté cette position ridicule : dormir sur le sol contre Spain. Il parvint néanmoins à se retourner, son dos désormais posé contre le torse de son ami, et examina la pièce désormais vide, ne restant que les peintures et sculptures fixées aux murs. Une toile attirait particulièrement l'oeil curieux du jeune homme.
Cette toile occupait une grande partie d'un des murs. Elle représentait un panoramique de Madrid coloré de diverses nuances maronnées comme une photographie sepia. Au beau milieu de la toile, un bâtiment se distinguait clairement entre les champs et la forêt qui faisait penser à n'importe quel patelin d'Andalousie de nos jours. Il était là L'Alcazar Royal, le fameux palais que Romano avait toujours connu du temps où il vivait avec Spain. Il était immense, bien plus que celui dans lequel ils se trouvaient allongés en ce moment. Sa couleur assez banale, sa forme élancée et sa place assez ridicule dans l'imposante toile qui mettait plus en avant les paysages environnant du palais faisait croire qu'il était minuscule mais que nenni. Combien de foisRomano s'était perdu dans ses longs couloirs, en particulier la nuit où il se prenait tout les murs car l'éclairage était pitoyable ? Il en avait vécu des moments traumatisants dans cette grande bâtisse, mais voir cette toile lui rappelait également les bons moments, la culture des tomates durant des journées entières, la découverte des environs, l'élevage de taureaux, les longues courses poursuites dans les couloirs lorsque Spain touchait la boucle de Romano ou que Romano ne faisait pas correctement ses corvées.
Une première larme,
Puis deux, trois et rapidement les joues de l'Italien se retrouvèrent trempées par cette eau salée que le jeune homme ne pouvait retenir plus longtemps. Même en cachant son visage avec son bras, Spain le remarqua, il n'était pas très futé mais loin d'être aveugle.
- Oy Roma ! ¿qué pasa?
- Je crois que je deviens nostalgique.
- Aww, cette peinture te rappelle le bon vieux temps avec ton cher et tendre Boss Spain ?
- La ferme. Tu sais très bien qu'en tant que Boss tu étais pathétique.
Les quelques larmes de Romano s'arrêtèrent rapidement pour laisser place à un léger sourire de la part de l'Italien et que l'Espagnol lui rendit avec plaisir.
- File moi ton bouquin bizarre, j'ai envie de le lire !
- Oooh Roma veut une histoire avant de dormir !
- Attention, ma tête est bien positionnée pour briser ta mâchoire crétin !
- Bien bien !
Spain optempéra finalement, se forçant à se lever, il attrapa le livre qui se trouvait près des boîtes empilées dans le couloir. Il retrouva rapidement Romano pour se replacer correctement contre le jeune homme, enlaçant son torse avec tendresse. Le livre était vraiment lourd, Cela contenait presque 300 ans d'histoire. Ce journal était aussi grand que la tête de Romano, décoré et protégé par une épaisse couverture de cuir orné de divers messages stupides laissés par les deux autres membres du trio stupide dont Spain faisait partie. Romano commença à le feuilleter. Il ne se concentrait pas sur les extraits de journal de bord, ces derniers étaient écrits en espagnol et même en le parlant couramment, l'Italien n'avait pas envie de se fatiguer à traduire tout en déchiffrant l'écriture illisible de Spain. Il était surtout fasciné par les dessins, peintures, croquis et autres gribouillages contenus à l'intérieur, tous de Spain. Certains étaient vraiment à couper le souffle, comme ceux qui représentaient les nombreux lieux que l'ancien pirate avait visité. On avait une plage paradisiaque par ici, le coup de crayon soigné donnait de la texture au moindre grain de sable, la mer était azur et étincelante, rien à voir avec la Méditerranée et les détails et couleurs apportés à ce Lambi donnait à Romano l'envie de l'extraire du livre tant il faisait vrai. Il y avait également une immense caraque par là, nommé La Santa Marià, Spain en était particulièrement nostalgique, cet imposant géant de bois aux grandes voiles déployées esclave de la bonne volonté de l'océan était le premier bateau l'ayant conduit au Nouveau Monde. Il restait bien d'autres paysages que Romano n'avait jamais vu autre part que dans les livres. Le jeune homme était fasciné par les voyages, en particulier les voyages en mer. Quand Spain avait fait de lui son laquais, la piraterie était encore très pratiquée et quand il rentrait de ses expéditions chargé de trésors de l'autre monde et d'histoires plus incroyables les unes que les autres, Romano avait grandit dans l'espoir de voir tout ça de ses propres yeux. Malheureusement tout ne s'est pas passé comme prévu. Même après son indépendance il n'avait jamais eu l'occasion de partir bien loin. Page après page, les dessins étaient de plus en plus magnifiques, un dessin cependant faisait tâche au milieu des autres. Des gribouillis grossiers, Romano avait beau tourner le livre dans tout les sens, il ne parvenait pas à savoir s'il s'agissait d'un vieux sandwich ou d'une plage.
- Bah Alors Spain on s'est laissé allé ?
- C'est pas moi qui ai dessiné ce chef d'oeuvre malheureusement.
- Déconne pas c'est ton écriture l... depuis quand tu parles italien d'ailleurs ? T'es pas fichu de dire Buongiorno sans prononcer tes un million de R imaginaires.
Sur un coin du dessin il était en effet écrit " Con te partiro ". Romano pointait bien cette écriture qui possédait d'ailleurs une faute d'orthographe, Spain avait écrit un J à la place du R.
- Hey bien je t'assure que cette sublime plage des Caraibes qui ressemble plus à une plage des Iles Sandwich qu'aux belles côtes de Puerto Rico a été dessiné par un adorable petit italien.
- C'est moi qui ait dessiné cette horreur ?
Romano savait que lui et le dessin faisait deux mais à ce point. C'était son frangin le petit prodige des arts après tout. Spain ressera doucement son étreinte contre Romano pour finalement déclarer ceci.
- Tu m'en as tant parlé de ces paysages étant enfant. Tu trouvais toujours un moyen de te planquer dans une boîte de tomates pour essayer de rejoindre mon navire. Tu avais même essayé de te déguiser en pirate avec ta fausse moustache alors que tu n'étais pas plus haut que trois oranges.
- Tu m'emmeneras ?
- Quoi ?
- Quand ta guerre à la con sera terminé.. Tu m'emmeneras voir Puerto Rico et d'autres endroits ?
Spain avait du mal à en croire ses oreilles, Romano qui lui proposait de partir en voyage tout les deux. L'étreinte de l'espagnol contre le torse du plus jeune était si forte que Romano en devenu presque bleu.
- Romano si tu savais comme je suis heureux !
- LACHE MOI PUTAIN JE VAIS CREVER !
- Oh désolé ! Spain lâcha d'un coup le corps de son ami, levant les mains en l'air, comme un enfant après une bétise pour faire croire son innocence.
- T'es pas obligé de me lâcher, juste ne m'étouffe pas s'il te plaît !
Spain acquieça puis entoura de nouveau Romano de ses bras alors que les deux continuaient d'admirer ce gribouillis sans nom.
- Tu sais pourquoi j'ai écris " Con te partiro " ?
- Hm ?
- Enfant.. tu me disais aussi que tu voulais découvrir le monde que tu ne connaissais que grâce à mes histoires, mais tu disais vouloir voyager seul, sans moi. C'est pour ça que ta proposition m'a rendu si heureux. En écrivant " Con te partiro " cela signait une promesse, je te ferais découvrir les Caraïbes, l'Amérique latine, les, îles isolées mais paradisiaques, et ce tour du monde on le fera quand enfin nos nations ne seront plus confrontés aux guerres, pauvreté et autres conflits qui nous forcent à rester chez nous.
- Avec ta guerre civile c'est sûr que je vais l'avoir mon tour du monde !
- Romano !
- Hum ?
- Donne moi ta main ?
- Pourquoi fa..
- Je t'en supplie !
Romano leva les yeux au ciel en grognant, exaspéré par le comportement bien solennel de l'espagnol. Il finit par donner sa main à Spain en se retournant pour croiser le regard brillant de son ami. Celui-çi avait l'air sérieux pour une fois. Cela peut être considéré comme une qualité mais dans le cas de Spain, être sérieux était étroitement lié à un autre trait de sa personnalité que Romano redoutait. Romano eut un discret mouvement de recul une fois installé sur les genoux de Spain mais son regard ainsi que son visage plus étincelant que les murs de son palais ne laissaient nul doute, l'ancien Spain n'était plus.
- !Por ti volaré !
Romano examina un instant son ami. Son exclamation sonnait presque comme une question, comme s'il attendait l'approbation de Romano avant d'être sûr de lui. Romano en a tant rêvé de ce tour du monde.
- Tu sais.. je t'ai proposé ça car je sais que tu connais bien l'endroit. Ne crois pas que ça m'enchante plus que ça de voyager avec toi, j'ai juste besoin d'un guide.
- Ah Romano ! toujours aussi adorable !
- La ferme et continue de tourner les pages.
- Si, Si !
La prochaine page contenait finalement un passage écrit capable d'intéresser les deux hommes.
- Regarde Roma, c'est le réçit de quand tu es venu vivre chez moi.
- " Le démon s'habille en toile de jute. " Raffiné comme titre, crétin !
- Ah ah désolé, c'était mes sentiments du moment j'imagine, tu sais que maintenant je t'ad..
- Zitto ! Je lis !
Malgré la réticence de Romano face au titre, il s'était empressé de commencer sa lecture d'un texte de presque vingt pages, l'arrivée de Romano dans sa vie avait visiblement inspiré l'espagnol à l'époque. Spain lisait alors par dessus l'épaule de l'Italien silencieux, concentré dans sa lecture.
Les minutes passèrent et les informations avec. L'ancien mariage entre Spain et Autriche, la façon dont il avait " refourgué " Romano à Spain, le premier mot de Spain face à l'horreur en face de lui " El Cuco ". Cela donnait un ensemble assez comique. Spain se souvint que la venue de Romano ne lui avait pas plu au début mais avec du recul, Autriche lui avait offert le plus beau des trésors, bien plus beau que les montagnes d'or et de bijoux qu'il avait amassé au fil de ses siècles de gloire. La main de Spain se mit inconsciemment à caresser les cheveux de Romano qui bizarrement ne réagissait pas tant que ça. Sa lecture devait vraiment le passionner. Spain continua de traverser les vagues de mots en jouant avec la chevelure de l'italien jusqu'à buter sur une phrase " Comment rendre ce déchet utile ? "
- Je.. je parle de Romano ? Se dit Spain à lui-même.
Plus la lecture avançait plus il comprenait qu'il parlait bien de Romano " ce gamin est inutile ". " sans intérêt " " Je pourrais peut être m'en servir pour.. "
Spain referma sans un mot et sans geste brusque le livre. Non parce que son contenu ne l'avait pas énervé, au contraire. Le contenu l'avait choqué, Il n'eut même pas la force de tout lire. toute sa force était comme partit de son corps. tremblant, son bronzage de cultivateur de tomates était entièrement effacé, remplacé par un teint blafard. La canicule insoutenable espagnole ne pouvait rien changer, de longues et effroyables sueurs froides envahirent la peau du jeune homme et son sourire avait mit les voiles pour laisser la place à une expression d'épouvante et de dégoût.
- Je me souviens maintenant pourquoi j'avais planqué ce livre de malheur..
Il tourna légèrement son regard vers le jeune homme dans ses bras. Pourquoi était-il si silencieux ?
- Son visage doit être rouge de rage, si je croise son regard je peux dire adieu à mes régions vitales.
Prudemment, Spain inclina doucement son torse pour pouvoir faire face à Romano et le regard bouillonnant de l'entité la plus effrayante sur Terre. Son silence devenait bien trop inquiétant et pesant pour l'ignorer, comme ce moment de grand calme avant une catastrophe. Fermant les yeux afin de retarder le plus possible leur face à face, son coeur battait si fort que même le coup de boule qu'il s'apprêtait à prendre n'allait pas lui faire aussi mal. " Pitié Romano parle, je veux t'expliquer ! " Il ouvrit enfin les yeux et se retrouva nez à nez au Démon des Pouilles.. endormi.
- Il dort ? Bon sang ! Quel idiot, ne me fais plus jamais peur comme ça.
Note de l'auteur
Ciao Ciao tout le monde !
Voilà donc le 2e chapitre de la fiction Con te Partiro, j'espère que vous l'aurez apprécié.
Je vais essayer de tenir un rythme d'un chapitre tout les 3 semaines, étant en période d'examens, j'ai peu de temps pour écrire mais je vais faire de mon mieux pour vous fournir des chapitres de qualité supérieure lol.
Je vous souhaite une bonne journée ensoleillé et de gros poutous sur vos joues ~
