Bien le bonjour!
Désolée de poster ce chapitre un peu en retard, mais j'ai pris quelques jours de repos inattendus...
Disclaimer : la plupart des personnages appartiennent à Hidekaz Himaruya.
Merci pour vos reviews et vos réactions quant aux cours d'italien! Pour finir, j'ai trouvé la solution près de mon école... Vous verrez ça dans ce chapitre!
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Chapitre XII : Kings
Septembre 2004.
Un mercredi après-midi pluvieux d'automne. Ca n'a jamais motivé personne pour étudier. Pourtant, Antonio va devoir trouver un moyen pour faire travailler Lovino…
Mais faisons les choses avec ordre.
D'abord, terminer les courses. Il repasse mentalement en revue la liste qu'il a –bien évidemment– oubliée sur le frigo. Les babybels pour aller à l'école, c'est fait. Les poires, aussi. Petites bouteilles d'eau, check. Tomates, mozzarella, pâtes, confitures, lait, ok. Il parvient même à se souvenir à temps de racheter du savon, qui commence à manquer pour le bain de son petit. Il ne lui restera qu'un pain à acheter à la boulangerie en rentrant chez lui.
Il passe à la caisse, sourit à la vendeuse qui commence à le reconnaître à force de le voir venir tous les deux jours dans le petit supermarché du quartier, et règle ses achats.
Une fois dehors, ses emplettes réparties dans différents sacs, Antonio emprunte quelques rues avant d'à nouveau s'arrêter dans un commerce. Cette fois, une boulangerie. Il connaît bien le patron, maintenant, depuis le temps qu'il vit à deux rues de là. Ils discutent un peu de la météo pendant qu'il lui coupe son pain et que l'Espagnol se laisse tenter par une tartelettes aux pommes. Chez lui, il ne pratique pas la politique du dessert systématique, mais Lovino a bien droit, de temps en temps, à un petit extra gracieusement offert par la gourmandise de son père.
Enfin, un sentiment d'accomplissement dans le cœur, il rentre chez lui et range ses courses.
Il est presque quinze heures. Il a tout pile le temps d'avaler un café à son aise et de lire deux pages du roman qu'il dévore en ce moment –Les Rois Maudits, car l'histoire lui manque de temps en temps– avant d'aller rechercher Lovino à son cours d'italien.
Antonio s'engouffre dans la première rame de métro qui passe. Une station plus loin, il émerge juste en face d'un petit établissement atypique que Roderich lui a fait découvrir. A croire que les commerçants originaux et authentiques se connaissent tous.
Il s'agit ici d'un modeste restaurant qui propose des encas sains, tels quiches, mezze, salades de pâtes, pizzas et autres délicieuses recettes artisanales, mais aussi des pâtisseries faites maison et des cafés et chocolats chauds à toutes heures de la journée. Jusque là, rien d'extraordinaire hormis la qualité des produits, mais voilà le plus intéressant: tenu par une équipe internationale composée d'un Grec, d'un Italien et d'un Irlandais, le restaurant Lebetion propose aussi des cours de langues pour les jeunes, très jeunes, et moins jeunes. Les parents des enfants qui suivent les cours sont bien évidemment cordialement invités à déguster une des spécialités de la maison en attendant leurs petits bouts dans une ambiance sereine et décontractée aux forts accents méditerranéens et d'outre-mer. La musique est toujours originale, les patrons diffusant des vieux disques et d'anciens tubes de classic rock ou des morceaux en italien moins connus, mais savoureux.
C'est la deuxième fois que Lovino suit un cours d'italien là-bas. Le professeur, Romeo Vargas, est un homme affable d'une cinquantaine d'années qui a tout d'un papy gâteaux pour ses élèves. Lovino l'adore déjà. Toute la semaine, il a répété les chiffres qu'il a appris le mercredi précédent. Son enthousiasme fait plaisir à voir, surtout pour Antonio qui appréhendait un petit peu l'apprentissage d'une troisième langue. Néanmoins, le petit garçon ne semble pas perturbé le moins du monde jusqu'ici.
Antonio s'est assis dans un rocking-chair et discute avec Herakles, le Grec de la bande, lorsque Roderich passe à son tour la porte du Lebetion. Elizabeta et lui ont décidé d'inscrire Feliciano au cours aussi, car l'italien reste la langue que le petit adopté a entendue pendant les six premiers mois de sa vie, et ils estiment que, le moment venu, maîtriser son langage d'origine aidera Feli à se sentir proche de ses racines, malgré tout. Et, au moins, les deux enfants connaissaient un camarade de classe en commençant les cours, ce qui n'en rend l'affaire que plus trépidante.
A seize heures, le cours se termine. Les enfants sortent de la modeste salle de classe aménagée à l'étage et descendent les escaliers sous la surveillance de l'homme grand, brun et charmant qui leur donne cours, pour trouver leurs parents en grande conversation.
Enfin, dans le cas de Roderich et Antonio, la "grande conversation" se résume à parler calmement des affaires de la librairie puisque, faut-il le rappeler, le libraire est un homme taciturne.
Les deux papas s'inquiètent auprès de leurs progénitures du déroulement du cours et de savoir s'ils se sont amusés.
-Ils ont été impeccables! précise Romeo Vargas avec un grand sourire en ébouriffant les cheveux de Lovino.
Les mèches auburn lui tombent devant les yeux et il arbore une moue peu satisfaite, mais il ne dit rien –peut-être encore un peu trop impressionné par son professeur, qui, mine de rien, est imposant, surtout pour un garçon de six ans.
Il ne faut pas plus de vingt minutes à la petite famille pour retrouver le confort et le calme de l'appartement, et pourtant, Antonio et Lovino ne sont pas au bout de leurs peines: l'enfant doit réviser pour sa première dictée, le lendemain. Une partie de plaisir en perspective.
Après le goûter –constitué d'une des poires susmentionnées et d'un verre de lait de soja– Antonio installe le petit garçon sur le bureau paternel. Il est tout fier dans la chaise de bureau imposante, mais son sourire disparaît bien vite quand son père commence à lui dicter les mots qu'il doit mémoriser et pouvoir réécrire pour le lendemain.
C'est fastidieux. Lovino commence à comprendre les difficultés de la langue française, et pourtant, ce ne sont que des mots simples!
L'enfant étale sur le papier son écriture hésitante et encore maladroite. Il en a marre. Son crayon en main, il termine d'écrire son mot et lève des yeux boudeurs sur son père, qui sourit avec contentement.
-Bravo, Lovi. Tu vois, tu l'as écrit correctement!
Les yeux ambrés du jeune garçon s'illuminent alors, et avec plus d'enthousiasme, il se prépare pour le prochain mot que lui dictera son papa. Il s'applique, et bientôt, les dix mots sont mémorisés et impeccablement orthographiés. Antonio est soulagé. Finalement, pas de crise de larmes face à un sentiment d'impuissance et de désespoir trop lourd à porter en rencontrant la langue de Molière, et Lovino a l'air content de lui.
-C'est bien, beau travail. Tu peux aller jouer, maintenant.
L'enfant ne se le fait pas dire deux fois. Aussitôt l'autorisation donnée, il bondit de son siège et se rue sur le canapé où l'attendent son dragon Smaug et ses construction en Lego abandonnées en l'état la veille au soir.
Antonio, quant à lui, se dirige vers la cuisine où il s'affaire à leur préparer un savoureux dîner: des pâtes accompagnées d'une sauce au pecorino et d'une pointe de poivre, bien moins que dans la recette originelle pour préserver les jeunes et sensibles papilles de son fils.
oOo
Ce soir-là, Gilbert repasse à l'improviste chez eux et se laisse convaincre de rester pour manger avec ses meilleur ami et filleul. Antonio l'en remercie secrètement: l'animation qu'il provoque gardera l'esprit de Lovino occupé et loin de l'angoisse de son premier contrôle imminent.
Gilbert a entrepris une nouvelle vie ces derniers mois. Oh, il passe toujours très régulièrement à la Librairie Edelstein mais, sa thèse défendue, il n'a plus de raison d'y passer ses journées. Journées qu'il emploie à d'autres activités, d'ailleurs : il a trouvé un boulot dans un lycée début septembre, et découvre enfin les joies de l'enseignement, comme il l'avait toujours rêvé. Comme ils l'avaient toujours rêvé, pour être honnête: Antonio se destinait à la même carrière avant que Lovino ne débarque dans sa vie.
Toujours est-il que l'albinos a beaucoup de nouvelles expériences à partager, beaucoup de cours à préparer, et que, parfois, comme aujourd'hui, il est un peu dépassé par les événements. Il a passé l'après-midi à photocopier des documents traitant des guerres Napoléoniennes et en a oublié de faire des courses, de se préparer à manger, ou même d'avoir faim. Antonio, bien évidemment, l'a pris en pitié de bon cœur et lui a proposé la table pour ce soir.
Il ne tarit pas de babillages sur sa nouvelle vie. Son meilleur ami est intérieurement ravi de le voir si épanoui dans son existence actuelle: le Germanique a eu besoin de temps pour se remettre de "l'épisode Roderich" comme ils l'appellent entre eux, mais il semble rétabli maintenant. Déterminé à rester célibataire, aussi, même si Antonio lui connaît l'une ou l'autre aventure sans lendemain.
La présence de Gilbert ne donne pas du tout envie à son filleul d'aller se coucher. Il proteste même avec énergie, à coups de claquements de pied et de jurons qu'Antonio entend avec honte pour les lui avoir lui-même enseignés à son insu.
Toutefois, il suffit d'un câlin à Tonton l'Awesome pour que l'enfant accepte d'aller au lit. C'est la voix rocailleuse de l'albinos qui le berce et l'accompagne jusqu'aux bras de Morphée.
Lovino endormi, il rejoint Antonio qui fait la vaisselle. Le nouveau prof d'histoire fait comme chez lui, ouvre le frigo, et leur sert une bière à chacun. Quelques minutes plus tard, ils sont installés dans le canapé, un verre en main, et se croiraient presque revenus à leurs années de fac où la plupart de leurs soirées se déroulaient ainsi: papotes et bières. Il leur manque un effectif ce soir, mais Antonio est déjà heureux d'avoir Gilbert à ses côtés.
Après tout, les trois hommes vivent désormais des vies diamétralement différentes et suivent des chemins qui se rencontrent moins souvent. Francis a commencé à travailler dans un cabinet d'avocats l'année précédente, et est très occupé. Gilbert végétait encore dans le coin de monde d'Antonio, mais l'Espagnol sait qu'il aura moins de temps à leur consacrer, maintenant qu'il travaille et a pris sa vie en main. Il s'estime déjà chanceux de ne pas avoir été abandonné par ses amis quand il a décidé d'arrêter ses études et de quitter leur monde estudiantin.
-Pourquoi tu souris aux anges, Tonio? demande soudain Gilbert.
-Oh, pour rien. répond le jeune papa, son regard empreint de mélancolie. Je suis juste content de te voir aussi épanoui dans la vie que tu as choisie.
-J'en connais un qui regrette la carrière dont il avait rêvé… marmonne son meilleur ami.
Antonio prend le temps d'avaler une gorgée de bière.
-Ce n'est pas que je regrette. Ma vie avec Lovi me convient parfaitement, et je suis heureux, vraiment. Je ne regrette pas d'avoir laissé un rêve s'envoler pour embrasser la réalité et devenir père. Et j'adore mon emploi à la librairie. Et tu sais, je donne cours à Lovino maintenant, en quelques sortes. Tout à l'heure, je l'ai aidé à réviser, je vérifie ses devoirs… J'y prends goût, quelque part. Je ne vois pas de quoi j'aurais à me plaindre, mais… C'est vrai que l'histoire me manque. avoue-t-il à mi-voix.
Gilbert lui sourit.
-Il n'est jamais trop tard pour reprendre des études. remarque-t-il.
Antonio considère sa réponse quelques secondes.
-J'y ai déjà pensé. confie-t-il enfin. Mais ça ne sera pas pour tout de suite. Pour le moment, on a une situation stable et on s'en sort. Je veux que ça reste comme ça tant que Lovi est encore petit. C'est déjà difficile pour lui, je ne veux pas compliquer les choses avec des études, des horaires inflexibles et des examens qui me forceraient à lui consacrer moins de temps. Quand il sera plus grand, quand il sera un peu plus indépendant, pourquoi pas… Mais je ne veux pas lui infliger ça trop tôt.
-La paternité t'a rendu sage. conclue Gilbert.
-Arrête un peu de te moquer de moi, tu veux? réplique Antonio en riant.
oOo
Lovino rentre en classe en papotant avec Matthew. C'est surtout le petit Méditerranéen qui mène la conversation, puisque le blond demeure timide, mais le Canadien lui sourit et l'écoute avec attention, et le bavard des deux s'estime heureux.
La maîtresse lui intime pourtant de se taire alors qu'ils s'installent à leur bureau. Lovino s'exécute avec peine et fait la grimace –sa très célèbre moue insatisfaite. Le sourire de Matthew s'élargit. Il trouve que Lovino est drôle quand il boude.
Les deux enfants sortent leurs trousses, et la maîtresse demande aux élèves de sortir leur cahier de dictées.
C'est la première fois qu'ils vont l'utiliser. Lovino trouve l'instant assez impressionnant et pesant: il sait qu'on attend quelque chose de lui, quelque chose de plus qu'un simple exercice. Parce que cette fois "ça compte". C'est pour ça qu'il a travaillé avec son papa hier. Et son papa espère bien qu'il va réussir. Lovi quant à lui espère rendre son papa fier.
La maîtresse commence à dicter. Son crayon en main, il s'applique et trace lentement les lettres de chaque mot. A côté de lui, Matthew fait de même. La classe est silencieuse.
Enfin, l'épreuve se termine et la maîtresse ramasse les cahiers, avec la promesse de les corriger plus tard dans la journée.
oOo
Lovino est tout excité en sortant de l'école cet après-midi. Il a eu les résultats de sa dictée et est impatient de les montrer à son papa! Il ne sait pas ce que les chiffres veulent dire, mais il a bien vu qu'il n'y avait pas beaucoup de rouge sur sa copie, alors, c'est bien, non?
A la sortie de la classe, Antonio est là, bien sûr. Il discute avec Roderich et Madeleine, qui sont là pour récupérer leur progéniture, eux aussi.
-Hola, Lovi! l'accueille Antonio avec son sourire lumineux habituel. Alors, cette journée? Tu t'es bien amusé?
-Oui! assure le jeune garçon.
-Et la dictée?
-Awesome!
Roderich s'amuse de la réponse du petit Méditerranéen. Il n'en connaît pas la signification, mais il s'est approprié l'interjection fétiche de Gilbert, qui aime à la prononcer pour qualifier des événements qui se sont bien déroulés ou qu'il trouve tout simplement géniaux.
-On croirait entendre Tonton… remarque un Antonio au moins aussi attendri que Roderich.
Matthew, comme à son habitude, se montre plus discret même avec sa maman. Quant à Feliciano, que le libraire prend dans ses bras pour déposer un baiser sur son front, il a l'air encore tout endormi de sa sieste et ouvre à peine les yeux.
Après quelques minutes de discussion entre les parents, Antonio cède aux supplications muettes d'un Lovino surexcité de rentrer à la maison, et reprend le chemin de leur foyer avec son fils.
Une fois revenus à l'appartement, Antonio s'occupe de préparer le goûter du bambin, pendant que celui-ci sort de son cartable son cahier de dictées et le pose sur la table à la page de son premier contrôle, de son premier exploit. Quand l'adulte arrive avec un plateau soutenant sa tasse de café, le verre de jus d'orange de Lovino et la mousse au chocolat artisanale qu'Elizabeta lui a confié ce matin lorsqu'ils se sont rencontrés devant l'école, le jeune garçon l'attend fièrement, les yeux brillants de satisfaction et les bras croisés en une posture triomphante.
La dictée est ornée de nombreux grands V rouges et d'une mention: 10/10.
Antonio sent la fierté le gagner, lui aussi.
–C'est magnifique, Lovi! C'est parfait! Je suis fier de toi!
Il dépose un baiser sur la joue rebondie de son fils, et le serre un moment dans ses bras. L'enfant rit, puis se défait de l'étreinte pour plonger avec avidité une cuiller dans sa mousse au chocolat.
Antonio décide de ne pas en rester là et d'en profiter pour inculquer un grand principe à son fils.
-Lovi, retiens que quand tu fais des efforts, tout devient possible.
C'est à peine si l'enfant l'entend, tout appliqué qu'il est à assouvir sa gourmandise. Qu'est-ce qu'ils disent, déjà? Ah, oui.
Tel père, tel fils…
Kings est une série avec Sebastian Stan dont j'ai repris le titre parce que Lovi est un pro de la dictée, et Gilbert a repris sa vie en main comme un chef. Bref. J'avais pas d'inspiration, quoi.
Les Babybels me rappellent toujours mon enfance...
Les Rois Maudits est une série de livres écrits par Maurice Druon qui retracent l'histoire des rois de France à partir de Philippe IV le Bel, à l'époque du procès des templiers (1314).
Lebetion signifie en grec ancien petite casserole. Je trouvais ça mignon pour un petit restaurant du genre. Il est inspiré d'un vrai café qui sert des chocolats chauds et cafés à emporter et organise des cours de langues, mais aussi de yoga et de cuisine pour les enfants, qui se situe près de mon école.
J'aimais pas les dictées, je me suis vengée sur le pauvre Lovi...
Antonio cuisine des pasta cacio e pepe, une spécialité romaine si je me souviens bien.
C'est tout pour avril! On se retrouve sans faute le mois prochain et on voyagera~
