Bien le bonjour !

Disclaimer : la plupart des personnages appartiennent à Hidekaz Himaruya.

Ahlala, que le temps passe vite... Je n'ai pas vu octobre passer, pour ma part !

Concernant ce chapitre... On fait des grands pas en avant. Peut-être bien que j'ai trop tourné autour du pot dans les chapitres précédents... Bon, j'ai quand même essayé d'être subtile, mais je pense avoir misérablement échoué.

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J'espère que vous aimerez ce chapitre ! Pensez à me dire ce que vous en avez pensé ;)


Chapitre XIX : Pretty Little Liar

Août 2013.

Lovino et Matthew se sont beaucoup vus cet été-là. Avec Francis et les Bonnefoy, ils sont allés chez les grands-parents de Matthew, dans le Sud-ouest. Tandis qu'avec Antonio, ils sont partis une semaine à Madrid, chez les parents du professeur d'histoire. Antonio s'étonne d'ailleurs encore que les deux ados, après avoir tant grandi et changé depuis leur première rencontre, s'entendent toujours aussi bien. Ils sont pourtant si différents...

Lovino, personnellement, n'en a cure. Il trouve en Matthie une oreille attentive, un soutien incommensurable et de bons conseils -il espère que c'est réciproque. Tant qu'ils se sentent bien en la compagnie de l'autre, c'est le principal, non ? Certes, le Canadien n'est pas du genre à parler ouvertement de lui-même, encore moins de ses problèmes, mais... Bizarrement, à la fin de l'été, il l'a fait. Il s'est confié à Lovino.

« Lovi... Je dois te dire un truc. Je ne sais pas si tu vas, hum... Apprécier ce que je vais te dire, mais... S'il te plaît... Que ça ne change rien à notre amitié. »

« Mah ! Matthew, enfin ! Ne sois pas stupide ! Depuis quand tu as peur de me parler ? »

« J'ai pas... Peur... C'est juste que c'est délicat. »

Lovino adopte une attitude d'écoute et sourit, s'efforçant de mettre son ami à l'aise.

« Je suis amoureux... » commence le blondinet.

Lovino manque de pouffer de rire. Puis il se souvient de son propre état de gêne quand il a avoué à son père qu'il sortait avec Lili -ô temps, ô mœurs- et se retient.

« Et ? Y a rien de mal à ça ! »

« Je sais bien ! Mais... En fait... Je suis amoureux de... D'un garçon. »

La bombe est lâchée. Matthew attend son jugement. Il ne s'attend pas vraiment à être trahi -il s'agit de son meilleur ami, quand même- mais... Il appréhende quand même sa réaction.

Lovino, pour sa part, enregistre l'information comme toute autre, pas plus choqué que ça.

« Ah oui ? C'est pour ça que tu avais peur que ça change quelque chose... ? C'est stupide, tu seras toujours mon ami même si tu aimes les garçons. »

Matthew laisse échapper un soupir de soulagement.

« Merci, Lovino. Je suis... Vraiment content. »

« Tu en doutais ? »

« Non, pas vraiment, mais tu sais... Je ne me sens pas à l'aise à parler de ça avec n'importe qui. Tu connais les ados, de nos jours. »

« T'inquiète pas pour ça, Matthie, qu'ils essaient de te faire chier ! Ils devront me passer sur le corps. »

Le blond rit doucement, Lovino lui rend son sourire. Il ne se rend pas compte que, peut-être, Matthew a voulu lui faire passer un autre message. Il ne l'envisage pas une seule seconde. Et il ne réalise pas que, ce jour-là, tout en rassurant Matthew, il l'a un peu blessé en même temps.

oOo

Septembre 2013.

Antonio est... Soyons honnêtes, surexcité. Il rentre au lycée. Et à la différence de Lovino, il est surexcité. C'est son premier contrat à durée indéterminée ! Par ailleurs, il travaille désormais dans le même établissement que Gilbert. Et ça, c'est... Hé bien, « awesome ».

Antonio est parti en avance, Lovino terminait à peine de se brosser les dents. De toute façon, il ne tient pas à être catalogué comme un fils de prof dès son premier jour de lycée, ce qui ne manquerait pas d'arriver s'ils se pointaient ensemble.

Il retrouve Gilbert une heure avant le coup de cloche, devant l'entrée.

« Bonjour, amigo. »

« Salut, Gil. »

« Stressé ? »

« … Un peu ? »

« Café ? »

« Plutôt deux fois qu'une ! »

L'albinos sourit et l'emmène dans la salle des professeurs, encore relativement calme à cette heure et en ce début d'année où tous les enseignants n'ont pas encore été mobilisés. C'est un local à la décoration un peu vieillie et les murs mériteraient une couche de peinture neuve sous les cadres qui montrent des profs à la retraite depuis au moins dix ans en sortie scolaire. Deux longues tables occupent le centre et une bonne âme a eu l'amabilité de préparer du café et de disposer des croissants dans une corbeille. Gilbert adresse un salut général au petit attroupement regroupé autour de la manne, puis laisse échapper un grognement railleur :

« On voit que c'est le début de l'année. »

Antonio rit et s'approprie deux tasses avant de les remplir de café, en tendant une à Gilbert et ajoutant un nuage de lait à la sienne.

« Merci bien. » le remercie l'albinos. « Tu vas voir, il est infect. »

Antonio lève les yeux au ciel. Il avise une jolie blonde qui entre dans la salle des profs, l'air un peu perdue. La petite trentaine, elle porte un chemisier sur un pantalon beige et des talons hauts qui ne gomment pas sa petite taille. Ses yeux vifs, verts comme les émeraudes, balaient la pièce rapidement et sa moue désorientée se change vite en sourire brillant quand elle pose les yeux sur l'attroupement -et sur Antonio.

« Ah, une nouvelle. » constate Gilbert. « C'est bien, Tonio, tu seras pas tout seul ! Je suis sûr que vous vous sentez déjà proches, non ? » fait-il, goguenard, avec un clin d'œil à l'adresse d'Antonio qui s'évertue à garder la bouche fermée.

La magnifique créature s'avance vers eux et, avec son sourire qui semble cette fois un peu gêné, dit :

« Si c'est vous qui détenez le café, je pense que je vais rapidement avoir besoin de vous ! »

Antonio s'empresse de lui en servir une tasse, alors qu'elle lui tend la main. Il se sent un peu stupide au moment de répondre à son geste, car il a désormais les mains occupées. Elle sourit avec indulgence, réceptionne sa tasse. Et enfin ils peuvent se serrer la main proprement.

« Louise Schoenaerts. » se présente-t-elle.

« Antonio Fernandez Carriedo. » répond-il.

« Oh, et Gilbert Beilschmidt, puisque vous le demandez. » intervient Gilbert avec un rictus satisfait de lui. « Alors, laissez-moi deviner... Prof d'allemand ? »

« Nein. Mais je parle allemand aussi, Herr Beilschmidt. »

« J'vous aime bien. »

Elle sourit encore, mais se tourne vers Antonio.

« Et donc, on fait nos débuts ensemble ? »

« A ce qu'il semble. »

« J'enseigne le français. Et vous ? »

« Histoire. » répondent deux voix enthousiastes à l'unisson.

oOo

Matthew a été soulagé de retrouver Lovino fidèle à lui-même et que rien ne change entre eux malgré son aveu. Certes, il est un peu... Blessé que Lovino reste aveugle, mais après tout... Ça fait beaucoup d'informations à digérer. Et le blond est presque sûr que ça titille son ami, malgré tout. Ça remet pas mal de convictions en question... Il le sait, il est passé par là. Alors il a pris la résolution de laisser les choses se tasser. Il n'avait de toute façon pas l'intention de faire de son homosexualité récemment dévoilée un sujet de conversation quotidienne. Mais, après tout... A quinze ans, rien ne presse. Il a la vie devant lui. Lovino aussi. Et si jamais il doit réaliser quoi que ce soit, il sera encore temps dans six mois, un an, deux ans peut-être ? Et s'il s'avère qu'il n'y a rien à réaliser, alors... Matthew n'aura qu'à poursuivre sa route et conserver un ami. C'est tout.

Laisser faire le temps... ?

C'était ce qu'il croyait avant de rencontrer un étudiant d'échange tout droit sorti du Québec et arrivé pour six mois en France. Son voisin en cours d'anglais, Lovino étant dans un autre groupe. Est-ce l'exotisme, est-ce l'appel nostalgique de sa patrie ou leur origine commune ? Il ne saurait le dire, mais il lui semble soudain que, finalement, il n'aura peut-être pas à attendre qu'une révélation potentielle frappe son premier amour.

oOo

Vendredi 13 décembre 2013.

Lovino est médusé.

« Comment ça, tu as rendez-vous avec Eric ? »

Ils sont encore dans la cour du lycée, ils s'apprêtaient à sortir avant que Lovino s'arrête, sous le choc, après l'annonce timide que Matthew vient de lui faire.

« Oui, on... On va au cinéma, ce soir. »

« Mais... Pourquoi ? »

Matthew lève les yeux au ciel.

« Pour un rendez-vous, Lovi. »

« Tu... Veux sortir avec lui ? » demande-t-il encore, incrédule.

Il n'en revient décidément pas...

« Oui, tu veux un dessin ? Tu as oublié ce que je t'ai dit cet été ? »

« Mais non, justement, je... J'm'en souviens très bien ! Mais tu m'as dit que tu étais... »

« Amoureux d'un garçon, oui. C'est bien ce dont il s'agit. »

« Mais... Mais non, pas... Eric... Je veux dire, quand tu m'as parlé de... Quand tu m'en as parlé cet été tu m'as dit que tu étais amoureux d'un garçon. Mais tu ne le connaissais pas encore, alors c'était qui ? »

Matthew fronce les sourcils et ne sait pas quelle réponse il doit fournir. Ça l'ennuie que Lovino pose la question maintenant. Pas que ç'aurait été plus simple s'il l'avait posée de l'été, mais...

« Pourquoi tu ne me l'as pas demandé ce jour-là ? Pourquoi tu veux savoir aujourd'hui ? »

« Je... »

Lovino expire, prend le temps de se redresser et de se calmer. Il ne comprend pas ce qui se passe sous sa caboche à l'instant même, il est assez confus. Mais il demande :

« Je voulais savoir si ce garçon t'avait blessé pour que tu sois passé à autre chose. Ou si tu étais seulement passé à autre chose parce que tu as trouvé mieux. »

« Il m'a blessé, oui. On peut dire ça. Mais ça n'a plus d'importance maintenant. »

« Tu sais bien qu'il ne sera pas là pour toujours. » assène Lovino, un peu hargneux.

« Qui ? »

« Eric. »

« Et alors ? Je devrais attendre que quelqu'un d'autre se jette à mes pieds ? Je risque d'attendre longtemps. Bon week-end, Lovino. »

Avant que Lovino n'ait eu le temps de répliquer, Matthew décampe sans lui, l'abandonnant au milieu de la cour. Il ferme la bouche, qu'il avait ouverte pour répliquer une remarque bien sentie. Déterminé, il tourne le dos à Matthie qui ne se retourne pas. Ils prennent le même métro, d'habitude. Il restera encore un peu au lycée avant de partir, comme ça il est sûr de ne plus croiser personne -de ne plus croiser Matthew- et de ne pas devoir éviter qui que ce soit.

C'est stupide. Éviter son meilleur ami... ?

Il s'assied sur un banc, près de la porte du bâtiment, et passe une main sur son visage. Il faut qu'il se calme. Pourquoi se sent-il énervé, d'abord ? Bon, ok, il a eu une discussion houleuse avec Matthew, à l'instant. Mais justement parce qu'il était déjà en colère. Qu'est-ce qui l'a mis à ce point sur les nerfs ?

L'annonce de Matthew. Anodine. « Je vais au cinéma avec Eric ce soir. » Une confidence d'une chose à laquelle Matthew ne semble croire qu'à moitié tant ça lui paraît invraisemblable... Lui, à un rendez-vous. C'est la première fois que ça lui arrive, ça le stresse. C'est compréhensible. Ce qui l'est beaucoup moins, c'est la réaction de Lovino. Son cœur semble peser une tonne dans sa poitrine et se ratatiner sur lui-même alors qu'il a indéniablement envie de frapper dans un mur -mais il tient trop à ses doigts pour ça, il a prévu d'écrire ce soir...

Pourquoi ? Matthew fait ce qu'il veut de sa vie, que diable Lovino a-t-il à y redire ? Ça ne le regarde pas. Ni ce qu'il fait le vendredi soir, ni qui il voit, ni qui il aime. Tout ce qui le concerne, c'est le bien-être de son ami. Et... Il a incroyablement raté cette partie, tiens. Alors qu'il aurait dû réconforter Matthew, le mettre en confiance et lui dire que tout irait bien, il a... Brisé tous ses espoirs en lui rappelant que son jules n'était là que pour quelques mois encore. Il doit admettre qu'il ne comprend pas bien l'intérêt de sortir avec quelqu'un alors qu'on sait pertinemment que ça ne durera pas. Notez, il n'est pas très bien placé pour en juger. Ses expériences amoureuses n'ont pas brillé par leur pertinence et leur réflexion.

Pourquoi a-t-il soudain été si méchant, si hargneux ? La vérité, c'est qu'il a voulu être blessant volontairement... Sous le coup de la colère, mais ça n'excuse rien.

Et ça n'explique rien non plus ? Pourquoi a-t-il réagi comme ça ? Il devrait se réjouir de voir Matthew sortir de sa coquille, vivre sa vie. Il devrait le soutenir. Mais sous la colère inexplicable... Il se sent... Vide, tout d'un coup. Son énervement retombe et il se sent abattu comme jamais. Voilà qui est encore plus étrange.

Est-ce qu'il... Est jaloux ? Parce qu'il n'a plus l'exclusivité de Matthew ? Parce qu'il traîne avec quelqu'un d'autre que lui ? Ça n'a rien à voir, Lovino est un ami. Il n'a rien à voir avec la vie amoureuse de Matthew. Et même si c'est l'exclusivité qu'il recherche, c'est stupide de se mettre dans un état pareil maintenant... Sachant que ça fait des années que Matthew et Lovino sont amis, mais que le Canadien s'entend à merveille avec Alfred et Peter, pour ne citer qu'eux.

Alors est-ce qu'il est jaloux parce que son meilleur ami se distancie de lui ? Ou parce qu'il évolue dans sa vie amoureuse quand tous les objets de l'affection de Lovino ne lui rendent pas son intérêt ?

Il repense à leur discussion de l'été. Au coming-out de Matthew. Dire que ça ne l'a pas travaillé depuis serait un mensonge. Il a eu des doutes. Peut-être bien qu'il aurait dû demander à ce moment-là. Ça lui aurait peut-être évité bien des prises de tête... Puisqu'il n'a pas pu s'empêcher de se demander qui est -était- l'amoureux secret de Matthew. Puisqu'il n'a pas pu s'empêcher de se demander si ce n'était pas... Lui, dont Matthie était amoureux.

Mais ça n'a pas de sens, ils ne sont qu'amis, n'est-ce pas ? Meilleurs amis... Ç'aurait été trop bizarre... Et puis, vraiment ? Lovino est insupportable et Matthew est mieux placé que quiconque pour le savoir. Il n'est pas la personne qu'il faut au petit Canadien. Il est tellement maladroit qu'il en est indélicat. Il n'a pas de... De sentiments pour son meilleur ami, de toute façon. Non, Matthew doit avoir trouvé quelqu'un de bien pour lui. Si on fait abstraction de cet Eric qui ne fera que le blesser lors de son départ, même s'ils connaissent tous les deux la situation.

Depuis la fin de l'été, Lovino est secrètement convaincu que Matthew en pince -pinçait ?- pour Alfred. Il est grand, il est beau, il est drôle et enthousiaste. Ça ne peut être que lui. Alfred le parfait et l'adorable Matthew. C'est qu'ils iraient bien ensemble, cazzo.

Lovino ne se rend compte qu'alors que des larmes ont coulé sur son visage au cours de ses considérations. Il les essuie d'un revers de la main mais ne peut se résigner à se relever et à quitter le lycée.

Pour une raison inconnue, le poids de l'univers semble le clouer au sol, et maintenir son moral dans ses chaussettes par la même occasion.

oOo

Gilbert vide sa tasse de café d'un trait, victorieux. Il lâche :
« Fini ! »
Puis s'étire d'aise. Antonio lève le nez de ses corrections, l'air désespéré. Ni l'un ni l'autre ne donne cours le vendredi après-midi, ils ont donc pris l'habitude de se retrouver dans un local vide pour corriger les tests et devoirs attendant leur heure. C'est déjà ça qu'ils n'ont plus à faire le week-end. Cette semaine a été clémente pour Gil, mais lourde pour Antonio, apparemment.
« Veinard... » grommelle ce dernier.
« Tu peux le laisser comme ça, Tonio. » le rassure Gilbert. « Il est près de 17h... »
« Je sais, mais j'aimerais vraiment terminer... Pour pouvoir passer du temps avec Lovi ce week-end, plutôt que de devoir corriger. »
« Bha, soirée pizza et comédie de série B, ça compte... »
« Il est déjà rentré à l'heure qu'il est. Il s'est probablement enfermé dans sa chambre avec un scénario à plancher. » suppute Antonio, un sourire attendri revenant sur ses lèvres. « Autant qu'on s'avance tous les deux dans nos occupations respectives. Demain, je l'emmène en ville. J'ai repéré quelques expos pas mal... »
Gilbert lève les mains en signe de reddition.
« Ok, c'est votre famille ! Faites comme bon vous semble. A lundi, Tonio, te surmène pas trop. »
Il lui fait la bise avant de ranger ses copies dans une vieille besace vintage en cuir et enfile son éternel blouson.
« Bon week-end ! » le salue Antonio.
« Et courage. » conclue Gilbert en quittant la pièce.
Après quelques minutes à marcher dans les couloirs calmes à cette heure du vendredi, il regagne l'air libre et se retrouve dans la cour. Il s'apprête à aller récupérer sa moto sur le parking lorsqu'une silhouette attire son attention.
« Lovi? » s'étonne-t-il.
Le garçon -c'est bien lui- sursaute et relève la tête, passe une main furtive sur son visage -pour en chasser des... Des larmes ?-
« G-Gil! »
L'albinos accourt.
« Hé, ça va? Qu'est-ce qui t'arrive ? »
« Rien, oui, ça va ! »
« Qu'est-ce que tu fais encore là? A cette heure? Tout seul? Lovi, dis-moi. Tu t'es fait intimider? Ces terminales sont tous des crétins. Tu vas bien? »
« Oui Gil, c'est... C'est rien. Je n'ai été intimidé par personne. J'ai juste.. . Reçu un choc dur à encaisser. »
« Une mauvaise note c'est pas ton genre... »
« Nan, c'est pas ça... C'est personnel... »
Oh. Une peine de cœur. Gil jurerait voir des larmes brouiller à nouveau les yeux ambrés. Il faut y aller pour faire pleurer Lovino Fernandez Carriedo... Mais il a décidé d'en passer la raison sous silence. Alors Gilbert attendra qu'il s'ouvre sur le sujet de son propre chef.

« Ah. » lâche l'albinos. « Hé, tu sais quoi... Tu vas rentrer, te préparer un chocolat chaud du feu de dieu et te mettre sous la couette avec un bon bouquin. Ça ira mieux, tu verras. »

« Nan, ça... Ça sert à rien, ça. Franchement, t'arrives souvent à te changer les idées quand t'es tout seul ? A te forcer à penser à autre chose ? Ça t'arrive souvent de t'arrêter de ruminer de ton propre chef ? »

Gilbert le fixe un instant, son esprit rencontrant un blanc. Bon sang, il ne s'était pas rendu compte que Lovino avait grandi au point d'être désabusé par rapport aux remèdes -jadis miraculeux- de son parrain. Il se serait peut-être amusé de ce changement opéré chez son filleul, qui décidément grandit indéniablement, au point d'en devenir cynique... Mais non. La voix de Lovino demeure faible, timide et peu assurée, il retient une boule de sanglots dans sa gorge pour se montrer fort devant Gilbert. Peut-être bien qu'il n'est vraiment pas en état de rentrer seul et de passer la soirée dans la solitude avant le retour d'Antonio.

« Bha, tu sais quoi ? Comédie de série B et pizza chez moi. Ça te dit ? »

Lovino lève les yeux vers Gilbert. Ils sont décidément brillants. Mais le garçon hoche la tête et son parrain lui tend une main secourable pour le relever. Ils marchent en silence vers le parking où Gil a laissé sa moto. Il soulève le siège et en sort un casque, qu'il tend à Lovino avant d'enfiler le sien.

Ils enfourchent l'engin et l'albinos démarre. Pendant un temps, alors qu'ils prennent de la vitesse, Lovino se laisse emporter et griser par la sensation de quitter la terre, et c'est comme s'il abandonnait tous les problèmes qu'il a pu avoir dans sa vie.

C'est stupide de se mettre dans des états pareils pour si peu. Pour un simple sentiment de trahison ? Il resserre sa prise autour de la taille de Gilbert. Ses pensées lui donnent le vertige.

oOo

Gilbert a eu la décence de ne pas leur mettre une comédie romantique, mais plutôt un film d'humour douteux et ordinaire qui l'a fait bien rire, son rire si atypique ayant résonné dans son appartement une bonne partie de la soirée. Lovino a vraiment essayé de se concentrer sur le film, mais sans succès. Même la pizza lui a paru insipide.

Maintenant que le générique de fin défile sur l'écran de la télévision, Gilbert se tourne vers son filleul, assis à côté de lui dans le canapé, et constate que son humeur ne s'est pas vraiment améliorée.

« Ça va ? » demande-t-il.

Lovino acquiesce sans répondre.

« Tu veux boire quelque chose ? Un verre de lait, une bière, un... »

« Juste un verre d'eau, s'il te plaît. » répond Lovino.

L'albinos hoche la tête et se lève pour aller lui chercher ça à la cuisine. Verdammt, il n'aime pas le voir comme ça. Défait. Il lui apporte son verre d'eau, à la silhouette recroquevillée sur elle-même dans le fauteuil. Et il prend une décision, et il se lance :

« Écoute, Lovi. J'ai pas pour politique de soumettre les gens à la question quand ils ne veulent pas parler, mais... Si tu veux me dire ce qu'il s'est passé, n'hésite pas. Ça te ferait du bien d'en parler. Tu sais, pour relativiser. Je ne dis pas que les problèmes de ton âge sont sans importance, absolument pas. Mais -et c'est vrai pour tout âge- un problème qu'on garde en tête, qu'on garde pour soi, c'est toujours tout un monde. Alors que si on le laisse sortir... On voit les choses sous un autre angle. Le fait de formuler le problème tout haut permet de le cibler réellement. »

Lovino le considère avec sérieux pendant de longues secondes. Derrière les orbes ambrées, ça s'agite. Finalement, il laisse échapper un long soupir.

« J'aimerais vraiment pouvoir te dire ce qui m'a mis dans cet état. Mais j'en suis bien incapable. Je l'ignore moi-même. »

Gilbert fait la moue.

« Quelqu'un t'a blessé. »

Lovino confirme d'un signe de tête.

« Au cœur ? »

L'adolescent s'abstient de toute réponse, même physique. Mais la question qu'il pose à Gilbert ensuite vaut toutes les réponses affirmatives du monde.

« Ça finira par passer, hein ? Avec le temps ? »

Le professeur est pris de court, mais réussit à sourire et à déclamer avec naturel :

« Mais oui. Tu verras. Le temps guérit toutes les blessures, et ça va souvent plus vite qu'on ne le pense. »

Mais si Lovino semble satisfait et quelque peu rassuré de cette réponse, Gilbert pour sa part n'en croit pas un mot. Car à cette question, il a envie de hurler « non ». Le temps n'efface rien. Le hasard de la vie, peut-être. Mais le temps, non. Pas si on reste figé plus de dix ans en arrière. Pas si on se souvient distinctement d'un étreinte échangée dans une librairie et qui manque depuis, laissant un profond vide dans le cœur.

Pas si on n'arrive pas à avancer, si on reste bloqué, si on reste éperdument attaché à un visage fin encadré de mèches chocolat.

L'albinos soupire. Lovino, absorbé dans ses pensées, ne le remarque pas. Pas plus qu'il n'a remarqué les sentiments de Gilbert pour Roderich au cours des dix dernières années.

Non, le temps n'arrange rien. Pour avancer, il suffit de le vouloir. Peut-être que c'est justement ça, le problème de Gil. Il ne veut pas.


Voilà pour novembre, omg. Un chapitre assez long pour du Being a Dad...

Traductions

Pretty Little Liar : joli petit menteur (parle-t-on de Lovi ou de Gil ? That is the question... 8) - Anglais)

Nein : non (allemand)

Herr : Monsieur (allemand)

Notes

Nous avons donc Louise/Belgique qui fait son entrée ! Son nom de famille, Schoenaerts, est emprunté à un talentueux (et magnifique) acteur belge du nom de Matthias Schoenaerts. C'est un peu mon chéri national, voilà.

Concernant la remarque sur l'allemand : il s'agit d'une des trois langues officielles de la Belgique, et comme le nom est à consonance germanique et que (si je ne m'abuse) on n'enseigne pas le néerlandais en France... Gilbert peut penser qu'elle enseignera l'allemand.

Ô temps, ô moeurs est à la base une locution latine O tempora, o mores attribuée à Cicéron. Un ami à moi aussi.

Ah, oui. Eric est Québec, je l'ai nommé au hasard de mes recherches à son sujet sur Tumblr.

Merci de votre lecture, on se retrouve le 1er décembre (ohlala)

Une review, peut-être ? ;)