Bien le bonjour !

Pfiu, quel mois ! J'ai l'impression qu'il a traîné en longueur... Peut-être à cause des examens. J'espère que tout s'est bien passé pour vous si vous en avez eu.

On se retrouve pour le 22ème chapitre de BAD, qui se termine sur la 100ème page, ça y est ! Que d'émotions ! Comme toujours, merci de votre soutien, j'espère que ce chapitre vous plaira.

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Bonne lecture !


Chapitre XXII : Pushing Daddies

Mardi 4 novembre 2014.

Louise pousse la porte de la salle des profs et lance une salutation à la cantonade -politesse qui se perd dans le brouhaha. Et dire que les enseignants se plaignent d'élèves bruyants... Elle balaye la salle du regard dans l'espoir d'apercevoir les dreadlocks de Diego Suarez, le prof d'espagnol avec lequel elle a pactisé pour emmener ses élèves au théâtre le soir même. Ils ont réservé des places pour Carmen, la véritable histoire afin que les Premières qui ont choisi l'espagnol, et ceux du cours de littérature, puissent sortir et se cultiver un peu.

Elle entre plus avant dans la pièce mais ne le trouve nulle part. Étrange. Ils avaient convenu de se retrouver à 10 heures tapantes à l'entrée pour discuter des dernières modalités et qu'elle lui fournisse les tickets de ses étudiants. Elle attend plusieurs longues minutes sans qu'il n'arrive. Il ne lui a pas laissé de message... C'est qu'il va arriver ?

« Louise ? Tout va bien ? »

A l'entente de cette voix, son visage s'illumine. Elle lève les yeux de son écran et sourit sans même s'en rendre compte.

« Salut, Antonio. Tu vas bien ? »

« Moi oui, mais toi... Tu m'as l'air contrariée. »

Elle est touchée par l'inquiétude sincère qu'elle voit dans ses yeux, mais s'efforce de ne pas sautiller sur place.

« Tu n'aurais pas vu Diego, par hasard ? »

« Diego Suarez ? »

« Lui même. »

« Le prof d'espagnol ? »

« Oui... »

« Tu as rendez-vous avec lui ? »

Il y a un blanc dans l'esprit de Louise, qui envisage un instant qu'Antonio puisse se faire de fausses idées à ce sujet.

« Pour l'organisation de ce soir ! C'est un accompagnateur pour le théâtre ! » s'empresse-t-elle de répondre.

Est-ce du soulagement qu'elle voit dans les yeux émeraude de son vis-à-vis ? Elle n'ose l'espérer.

« Oh. Heu, et si tu commençais par t'asseoir et prendre un café ? »

« Bonne idée. »

Elle suit Antonio vers la place fétiche qu'occupent le professeur d'histoire et son compère, Gilbert, qu'elle salue chaleureusement, lui faisant relever la tête de l'ouvrage que l'albinos parvient à lire malgré le brouhaha environnant.

« Bien le bonjour, gente dame. » l'accueille-t-il.

« Bonjour, Gilbert ! Qu'est-ce que tu lis de beau ? »

C'est plus fort qu'elle. Dès qu'elle voit un livre lu, il faut qu'elle sache ce que c'est.

« Une Saison en Enfer. »

« Je ne savais pas qu'on lisait encore de la poésie de nos jours. » soupire-t-elle. « Ça fait chaud au cœur. »

« C'est pas mon genre, pour tout te dire. Mais j'ai un... Un ami libraire qui me conseille des trucs de temps en temps. Il apprécie Rimbaud. »

« Et toi ? »

« C'est parfois obscur, mais... »

Un raclement de gorge les interrompt. Louise se retourne pour voir Antonio lui sourire, un peu gêné, et lui tendre une tasse de café.

« Oh, merci ! »

« Des nouvelles de Diego ? » demande-t-il.

« Non... »

« Qui cherche Diego ? » relève Gilbert.

« Moi... Il accompagne la classe d'espagnol au théâtre. Je dois lui donner les tickets. »

« Ah... J'ai entendu dire qu'il a eu un accident en venant au lycée. »

Les têtes d'Antonio et de Louise s'allongent.

« Comment ça... ? »

« Il vient à l'école à vélo. Apparemment, il a été renversé par une voiture en chemin. Mais il s'en sort ! Il est allé à l'hôpital vérifier que tout allait bien. J'étais au secrétariat quand il a téléphoné pour annoncer qu'il ne viendrait pas aujourd'hui. »

« Ohlala... Il va bien, tu es sûr ? »

« Il était vivant il y a deux heures, en tout cas. »

« Je vais l'appeler pour vérifier que tout va bien. »

Louise dégaine son portable et recherche le numéro de Diego avant de l'appeler. Il faut un certain temps pour que le professeur d'espagnol décroche.

« Allô ? »

« Diego ? Bonjour, c'est Louise. J'ai entendu parler de l'accident... Comment tu vas ? »

« C'est gentil de téléphoner. Je sors de l'hosto... Deux doigts cassés et une minerve par précaution, mais je m'en sors bien dans l'ensemble. Quelques égratignures et une commotion. Heureusement que j'avais un casque ! »

« Je suis contente de t'entendre. Remets-toi bien ! »

« Merci. Ah, mince ! Pour le théâtre de ce soir, du coup... Je suis désolé, mais je suis un peu sonné quand même. »

« Oh, ne t'en fais pas pour ça. L'important, c'est que tu prennes soin de toi. »

« C'est gentil, mais ça m'embête vraiment de te faire faux-bond... »

« C'est pas comme si tu avais demandé à cette voiture de te foncer dessus, je pense... Écoute, je me charge de tout, je ne t'en tiens absolument pas rigueur, et je prends soin de tes élèves. Dors sur tes deux oreilles. »

« Mais... »

« Est-ce que je dois employer ma voix autoritaire de maman ? » demande l'enseignante avec ironie et, toutefois, la menace est bien présente.

« Certes non. Merci pour ce que tu fais, Louise. »

Ils se saluent et elle finit par raccrocher. Les deux hommes avec qui elle s'entretenait précédemment lui demandent des nouvelles, elle résume la situation.

« Tant mieux si ce n'est pas trop grave. » commente Antonio en se resservant une tasse de café.

« Oui, quand ça implique un vélo et une voiture, les accidents sont rarement folichons. » renchérit Louise.

Gilbert reste plus pragmatique.

« Tu as quand même besoin d'un second accompagnateur. » remarque-t-il. « Tu ne peux pas emmener une cinquantaine d'élèves au théâtre toute seule. »

« C'est vrai... » acquiesce Louise, à nouveau contrariée. « Je demande à la direction, à un éducateur... ? »

« Ou tu trouves un prof volontaire. » répond Gilbert en haussant les épaules.

Louise soupire et prend le temps d'avaler une gorgée du café brûlant et relativement infâme de la salle des profs.

« Qui accepterais une responsabilité, comme ça, au pied levé ? »

« Tonio. »

« Hein ? » fait élégamment l'intéressé qui s'était mis à rêvasser -ou à se poser des questions sur la nature réelle de la relation entre Louise et Diego.

« Une soirée au théâtre. » récapitule Gilbert. « Ça ne devrait pas te déplaire, je me trompe ? Et tu n'as rien de prévu. Tu as même une soirée morne en perspective, puisque notre petit soleil de Lovi y assiste, à cette pièce. »

« Heu... Oui, mais... »

« Oh, tu serais d'accord ? » se réjouit Louise. « D'autant que tu parles espagnol, non ? Ça pourrait faire l'affaire ! »

Antonio n'a pas le temps de peser le pour et le contre. Il peut être utile à Louise. Il peut lui faire plaisir et lui épargner bien des tracas. Bredouille, il répond :

« Heu, oui, d'accord. »

Gilbert, très clairvoyant, a un sourire goguenard et est très fier de son coup.

oOo

Lovino est censé retrouver Antonio à la fin des cours pour lui confier son sac à dos, qu'il n'a pas vraiment envie d'emporter au théâtre. Mais son père n'est pas au rendez-vous. Au début, l'adolescent ne s'en rend pas compte : il est avec ses amis au point de rencontre, ils discutent avec animation. Ils sont au grand complet, puisqu'Alfred et Peter, élèves du groupe d'espagnol, sont de la partie aussi, de même que Lili et Matthew qui sont quant à eux du groupe de Littérature dont Madame Vermeulen est titulaire.

Toutefois, l'heure de prendre le métro avec les autres étudiants pour se rendre au théâtre approche, et toujours aucun signe d'Antonio. Matthew suggère à Lovino de l'appeler.

« J'vais faire ça. S'il a oublié et qu'il est déjà rentré, je te jure, je le descends... » grommelle Lovino.

Son père répond presque tout de suite.

« Lovi ? Tout va bien ? »

« Laisse-moi te le demander. Qu'est-ce que tu fous ? »

« ... Ton sac. Ah, merde. »

« T'es déjà rentré... ? » se lamente Lovino.

« Non. En fait, c'est une longue histoire, mais... Je viens au théâtre avec vous. En tant qu'accompagnateur. »

« ... »

« Heu... Surprise ! »

« Cazzo. »

« Si tu veux qu'on fasse comme si on ne se connaissait pas... Je t'avoue que je n'ai pas pensé à ce détail. C'est un cas de force majeure, je n'ai pas trop réfléchi. »

« Ouais, je vois ça d'ici... Mais ne te donne pas la peine de m'ignorer. » soupire Lovino.

« Tu es prêt à me reconnaître publiquement comme ton géniteur ? Aw, Lovi, tu es trop aima- »

« Ça t'a jamais frappé que « Fernandez Carriedo », c'est pas exactement répandu, comme nom ? Tout le monde a déjà capté l'affaire. Tout le monde sait que t'es mon père. »

« Anh. Ok. »

« Ce qui est encore pire... » soupire Lovino.

Il ne compte plus le nombre de fois où il a entendu parler du « prof d'histoire trop sympa et hyper beau au charme méditerranéen irrésistible et chaud comme la braise » avant que, d'un coup de coude et d'un murmure à son passage, quelqu'un de bien informé fasse taire les fantasmes des élèves en désignant Lovino comme le fils de l'enseignant susmentionné.

Comment dire... ? C'est gênant.

oOo

Comme Lovino l'a craint, il a entendu quelques commentaires quant à sa filiation. Mais ce n'est pas le pire. Pas qu'il ait honte de son père, pas du tout : tous ses élèves l'adorent et toutes ses élèves sont folles de lui, peut-être même quelques garçons, pour ce qu'il en sait. Et puis, il sait très bien qu'il a un père exemplaire, qui a fait preuve de courage et de sens du sacrifice pour sa progéniture. Ce n'est pas l'air un peu ahuri d'Antonio ou les disputes qu'ils peuvent parfois avoir qui remettra ça en compte dans son cœur, bien que Lovino ne soit pas prêt de l'admettre. Non, ce qui est vraiment énervant, c'est l'attitude d'Antonio.

C'est plus fort que lui, Lovino l'a gardé à l'œil toute la soirée. Et franchement, il comprend que ses camarades de classe s'interrogent. Lovino sait depuis une quinzaine de jours que son père a flashé sur Louise Schoenaerts, c'est un fait. Mais, bon sang ! Il est aussi facile de lire ses sentiments sur son visage et dans son comportement à proximité de Schoenaerts que les commentaires sarcastiques de Lovino dans ses devoirs. Il recommence avec ses yeux écarquillés et remplis d'étoiles, il boit les paroles de l'enseignante comme si elle composait la prochaine pièce de Shakespeare, et... Un chiot, voilà. C'est l'impression que Lovino a face à son père qui, apparemment, est sacrément atteint. C'est amusant à voir, mais...

« Vous croyez qu'ils sortent ensemble ? »

« Ils iraient trop bien ensemble ! »

« Je croyais qu'il était gay. Tous les beaux mecs sont gays de nos jours. »

« Pff et en plus elle est géniale on peut même pas la détester... »

La rumeur s'est répandue comme une traînée de poudre lorsqu'ils ont pris le métro pour aller au théâtre. Antonio se sera penché trop fort vers Louise et l'aura fait sourire trop au goût des élèves pour que ce soit innocent. Les ados sont incorrigibles.

La pièce est sur le point de commencer, tout le groupe est installé dans le théâtre et, d'où il est assis, Lovino peut voir son père papoter avec sa collègue très joyeusement.

« Bon, Lovino. Toi qui en sais plus que nous... » commence Alfred, assis à sa droite.

« Ils sortent ensemble ou pas ? » termine Peter, à côté d'Alfred.

Lovino laisse échapper un soupir. Il n'a pas trop envie de s'étendre sur le sujet. Si lui a parfaitement conscience qu'Antonio en pince pour la jolie blonde, ça ne veut pas dire qu'il veut que ça se sache. Il comprend un peu Gilbert sur ce point, maintenant qu'il est dans le cas. Et puis, déjà comme ça, il parait que Lovino est le chouchou de la prof de littérature. Il n'a pas trop envie d'aggraver son cas.

« Mais non... » fait-il. « Ils sont collègues et s'entendent bien, c'est tout. »

« Mouais. » réplique Peter, pas convaincu. « Mais... »

« Ça ne nous regarde pas. » tranche Lil, assise à côté de Matthew, sur la gauche de Lovino.

Peter capitule. Lovino remercie secrètement Lili d'avoir abrégé son calvaire et s'amuse mentalement de l'influence que la jeune fille peut avoir sur son prétendant de toujours. Il faudrait d'ailleurs que l'un ou l'autre se décide à faire le premier pas, parce que c'en devient ridicule.

La pièce commence et les emmène dans son univers ensoleillé qui, pour deux heures, parvient à chasser le couple potentiel de tous les esprits et à transporter Lovino dans un autre monde. S'il n'a pas spécialement apprécié la nouvelle de Mérimée et qu'il a un peu de mal avec l'opéra, la pièce pour sa part vaut largement la peine d'être vue.

oOo

Il en reste rêveur pendant tout le trajet du retour vers le lycée. Une fois sur place, il comprend avec un certain déplaisir que, son cher papa jouant les accompagnateurs modèles et responsables, il va devoir attendre que tous les élèves aient été repris par leurs parents ou soient rentrés en transport en commun avant de pouvoir rentrer chez lui, lui aussi. Ses camarades l'abandonnent peu à peu. D'abord Lili, que son frère est bien entendu venu rechercher pile à l'heure pour qu'elle évite les mauvaises rencontres sur le chemin. Puis Alfred, ensuite Peter, et enfin Matthew.

Il commence à avoir vraiment froid, tout seul dans son coin. La nuit est sombre et il ne perçoit que des silhouettes qui se détachent de l'obscurité grâce aux réverbères qui baignent les environs d'une lumière orangée et peu efficace. Il enfonce les mains dans les poches de son duffle-coat et pense au bonnet qu'il a oublié dans le hall ce matin. Ç'avait été une très mauvaise idée... Il tremble un peu contre son gré et, alors que le froid de la nuit envahit ses membres, il sent la mauvaise humeur le gagner. C'est bête de finir une bonne soirée de cette façon-là.

Enfin, tous les élèves sont rentrés chez eux. Il ne reste plus que Louise et Antonio, que Lovino observe à bonne distance. Il est presque sûr qu'ils ont oublié sa présence et que l'historien ne serait pas surpris qu'il ait pris l'avance et soit rentré seul. Il aurait dû, tiens. Mais il entend déjà les questions inquiètes de son papa poule. (« Tout va bien ? Tu n'as pas fait de mauvaises rencontres ? Rho, je n'aime pas trop que tu te balades tout seul la nuit comme ça... »)

Le couple polémique du jour, s'étant retrouvé seul, est un peu gêné par cette -relative- intimité tombée du ciel.

« Merci encore d'avoir accepté. Ça m'a bien dépannée... »

« Oh, c'était un plaisir ! La pièce m'a beaucoup plu. »

« Oui, c'était vraiment bien. »

« On refera ça une autre fois, si tu veux. Sans les élèves, j'entends. »

Louise sourit, mutine.

« C'est déjà la deuxième fois que tu me promets un rendez-vous ultérieur. » lui rappelle-t-elle.

« Ah... Ah oui ? »

« Oui. » confirme-t-elle en riant. « J'espère que cette fois ce sera vraiment le cas. Bonne nuit, Antonio. Rentrez bien. »

L'emploi du pluriel semble réveiller le professeur d'histoire instantanément. Louise dépose un baiser sur sa joue avant de prendre le chemin de sa voiture. Un peu sous le choc, l'Espagnol pivote sur ses pieds vers Lovino et le rejoint avant qu'ils reprennent ensemble le chemin vers la rame de métro.

« Vous ne faites rien pour éviter que les élèves jasent, vous savez ? »

« Mais de quoi parles-tu ? » réplique innocemment son père.

Lovino s'était peut-être laissé aller à la mauvaise humeur quelques minutes plus tôt, mais le sourire de pur bonheur sur le visage de son père lui ôte toute animosité de l'esprit. Il a bien le droit d'être heureux, après tout. Qui est-il pour le priver de cette douce souffrance procurée par le fait d'être amoureux ?


Z'avez repéré les échos à SOU ? Les soupçons de Diego/Louise et Diego sur un vélo (petit péché mignon personnel) ?

Notes

Carmen, la véritable histoire est une pièce de Dominique Serron inspirée de la nouvelle Carmen de Prosper Mérimée. J'ai vu la pièce, c'était génial. Une production de 2015 mais je ne crois pas qu'elle se soit exportée jusqu'en France. En vrai, le 4 novembre 2014, je suis allée voir la pièce Dorian Gray avec l'école et c'était aussi trop bien o/

Une saison en Enfer est un recueil de poèmes d'Arthur Rimbaud. *ce qui suit en une crise de fangirl* Asdfghjjk Roderich-l'ami-libraire qui suggère du Rimbaud à Gil, ouuuuh le subtext ! *Pardon*

Pushing Daisies est une série avec Lee Pace dont j'ai allègrement saccagé le titre.

Bon mois de février à tous !