Bien le bonsoir et bonne année !

Disclaimer : la plupart des personnages appartiennent à Hidekaz Himaruya.

Et oui, je me souviens de cette fic ! Et oui, j'ai failli à ma promesse de chapitre en novembre, et en décembre... Mais je suis très touchée par votre soutien continu et j'espère que vous aimerez ce chapitre. On approche tout doucement de la fin, je prévois encore trois autres chapitres au maximum.

Bonne lecture !


Chapitre XXVII : Liar Game

Mercredi 1er juillet 2015.

On frappe doucement à la porte de la chambre de Lovino et celui-ci sursaute sur son nœud de cravate. Zut, serait-ce déjà l'heure ?

« Entrez ! » lance Lovino en se hâtant de terminer de nouer la pièce de tissu récalcitrante à l'idée de ressembler à quoi que ce soit de décent.

Mais il est rassuré quand, dans l'embrasure de la porte, n'apparaît pas son père qui voudrait l'informer de l'heure, mais bien ses chers Gilbert et Francis, qui apparemment viennent d'arriver et passent voir comment leur filleul se porte.

« Salut, Lovi ! » disent-ils à l'unisson.

« Hola. » fait l'adolescent, toujours aussi concentré.

Par habitude, ses parrains s'asseyent, l'un sur le lit, l'autre appuyé au bureau. Lovino termine son chef d'œuvre et enfin lève la tête vers eux.

« Vous allez bien ? »

« On ne peut mieux. Et toi ? » s'enquiert Francis.

« Honnêtement ? Je stresse ma vie. »

Gilbert attrape un coussin et l'entoure de ses bras avant de déclarer :

« C'est pour ça qu'on est venus te voir. »

Lovino sourit malgré tout, parce que ces deux hommes le connaissent tellement bien qu'il se rend compte, une fois de plus, combien la famille est différente des liens du sang ou des gènes. Ils ne partagent pas le moindre lien de parenté et pourtant ils sont si proches, et ils le connaissent si bien... Contrairement à sa mère qui lui a, grosso modo, légué 50% de son patrimoine génétique et rien de plus.

C'est là tout le nœud du problème, en vérité. Aujourd'hui, Lovino va dîner en compagnie de Francis, de Gilbert, d'Antonio... Et de Louise. Ils ont attendu la fin de l'année scolaire pour organiser les présentations « officielles » même si Lovino est bien au courant, et depuis longtemps, que son père fréquente sa prof, laquelle par ailleurs lui enseignera à nouveau la littérature dès septembre et pour toute la durée de sa Terminale. Séparer la vie privée de son père de sa vie d'étudiant, Lovino pense bien que ça ne sera pas un problème. Néanmoins, cette soirée qu'ils passeront ensemble le remue depuis qu'ils en ont émis l'idée. Une fois cette grande étape de l'intronisation de Louise dans la famille passée, ils vont certainement se côtoyer beaucoup plus souvent dans le cadre privé, et... Lovino qui n'a jamais connu sa mère, et jamais vraiment vécu avec une figure féminine dans sa vie, a bien peur de ne pas pouvoir gérer leur cohabitation. Or, il ne veut pas gâcher tout le bonheur de son père. D'où la crainte doublée de stress qui, en ce moment même, le tétanise et le fait littéralement trembler. Il doute que Louise soit du genre à jouer les marâtres diaboliques, mais Lovino se connaît et sait qu'il est trop vieux désormais pour supporter que quiconque s'immisce dans sa vie sans y avoir été invité. Il a peur de ne pas avoir de patience si jamais Louise commet cette erreur... Si elle décide de se comporter comme sa mère. Non, elle est sa professeure. C'est bien assez comme ça.

« Tout va bien se passer. » promet Francis. « Au moins, ce n'est pas une parfaite inconnue... »

« Oui mais si ça se passe mal et que je pourris non seulement la vie de Papa et ma vie à l'école ? »

« Hé, Lovi. Regarde-moi. » lui demande Gilbert.

Lovino s'exécute et Gilbert se lève pour lui prendre les mains.

« Tu n'es pas obligé de l'aimer pour la simple raison que ton père a jeté son dévolu sur elle. Tu comprends ? Personne ne t'en voudra si le courant ne passe pas entre Louise et toi. Surtout pas Antonio, je te le promets. »

L'adolescent acquiesce.

« Cependant, de la même façon... Tu n'es pas obligé de la détester non plus, d'accord ? Elle n'est pas là pour te pourrir la vie, et tu sais déjà que c'est une femme intéressante. Le tout est de ne pas te laisser aveugler par tes peurs... Elle ne va pas te voler ton père, tu sais. »

« Tu as raison... »

« Comme toujours ! »

Francis consulte sa montre et met fin aux auto-congratulations de Gilbert.

« Il est l'heure. » annonce-t-il.

Il contrôle Lovino de la tête aux pieds et, avec un froncement de sourcils dubitatif, il arrête Lovino qui s'avançait vers la porte de sa chambre.

« Mon dieu ! Attends, mon enfant, ta cravate est mal nouée. »

oOo

Lovino est bien loin de penser que Louise, tout comme lui, est en train de s'angoisser à fond alors qu'elle emprunte le métro puis les rues pour se rendre chez son désormais officiel petit ami. Si Antonio a déjà rencontré Henri pour sa part et si aucun problème n'est survenu à cette occasion, ça ne la rassure pas tant que ça. Après tout, Henri n'a pas dix ans... Comprend-il vraiment qui est Antonio, et quel rôle il jouera dans sa famille si par bonheur leur idylle perdure ? Elle n'est est pas tout à fait certaine. Si son fils et Antonio s'entendent bien pour le moment, c'est très certainement un signe encourageant, mais ça ne veut pas dire que tout se passera bien du côté Fernandez Carriedo. Il s'agit, d'un, d'un adolescent, avec un caractère bien trempé pour couronner le tout, et de deux, d'un élève de Louise... Elle a le don de se faciliter la vie, c'est indéniable.

Elle arrive en vue de l'immeuble où elle dînera ce soir, elle inspire profondément et abaisse les épaules en une – vaine ? - tentative de se détendre et de paraître décontractée. Elle sonne à côté du nom espagnol et n'attend pas deux secondes avant qu'on la prie chaleureusement d'entrer par la porte désormais déverrouillée. Elle gravit les escaliers à pas mesurés pour ne pas arriver essoufflée au sommet. Sa robe légère et élégante d'été volette dans son sillage alors que ses sandales à talons claquent dans les communs silencieux. Quand elle arrive au bon étage, la porte fatidique est ouverte et un bel homme brun l'attend dans l'embrasure, un magnifique sourire collé aux lèvres et une étincelle qui s'allume dans ses yeux émeraude quand il la voit. Sans qu'elle s'en rende compte, elle sourit à son tour et accélère le pas pour lui tomber dans les bras. Ils ont encore quelques mètres d'intimité à disposition avant qu'elle ne soit parachutée au milieu de cette famille atypique. Elle se dit qu'elle a deux alliés ce soir, elle connaît bien Gilbert et Antonio cela va sans dire. D'après ce qu'elle a entendu, Francis ne sera pas un problème. Ce qui l'angoisse surtout, c'est Lovino, mais elle essaie de se rassurer en se disant que leur relation prof-élève a toujours été au beau fixe et qu'il avait l'air assez content que son père se mette enfin à fréquenter quelqu'un. Espérons qu'il soit toujours dans les mêmes dispositions...

Elle franchit la porte de l'appartement à la suite d'Antonio et ils traversent un court hall d'entrée pour rejoindre la pièce principale. Au-delà de la table apprêtée et garnie pour l'occasion, les trois autres hommes de la maison lui sourient -même Lovino, ce qui est encourageant. Elle embrasse Gilbert, serre la main de Francis et enfin se tourne vers l'adolescent, qui a passé tant de temps à stresser et si peu à préparer leurs salutations. Elle tend la main par peur de se montrer trop familière avec lui, tandis qu'il tend la joue parce qu'il craint d'être trop froid en suggérant une poignée de main.

Par réflexe, ils répondent à leurs politesses respectives : il lui serre la main et elle lui fait la bise. Quand ils réalisent la méprise, ça les fait rire tous deux un peu nerveusement. Antonio prend la suite des opérations en les priant de tous s'asseoir et en énumérant les choix de boissons. Pendant qu'il prépare cela en cuisine, Gilbert se charge de démarrer la conversation en évitant soigneusement le sujet de l'école pour ne mettre personne mal à l'aise, et l'apéritif commence sans aucun faux pas.

oOo

Ils ont terminé le dessert et Gilbert profite de son Schnaps en digestif lorsque Francis prend congé de la joyeuse compagnie. Le lendemain il a une importante séance au tribunal et s'y présenter les cernes sous les yeux ne ferait guère sérieux.

Tout s'est bien passé, dans l'ensemble. Au bout d'un moment, Louise et Lovino se sont suffisamment détendus pour prendre part aux mêmes conversations et agir avec naturel. Pour le coup, le blond est fier de son filleul. Son départ suscite une vague de protestations chez Gilbert, mais Lovino se résigne et propose de le raccompagner. L'avocat salue tout le monde et se laisse reconduire par l'adolescent.

« Alors, ç'a été ? » demande ce dernier une fois qu'ils sont seuls dans le corridor.

« Oui, elle est charmante, et toi tu as été exemplaire. Qu'en penses-tu ? »

« Elle aime bien montrer qu'elle sait des choses, il me semble. » rétorque Lovino un peu durement.

« Ça doit être une déformation professionnelle renforcée par la pression de ce soir. »

« Tu ne trouves pas qu'elle a une voix agaçante ? »

« Lovino, je crois que tu lui cherches des défauts volontairement. » ricane Francis. « Tu adores cette prof, Lovi. » lui rappelle-t-il avec emphase. « Ce ne serait pas le cas si elle avait une voix insupportable. »

Lovino fait la moue et doit bien s'avouer qu'il plaide coupable.

« Tu as probablement raison... »

« Ah, quelle est la formule déjà ? Comme toujours ? »

Cette allusion à Gilbert les fait rire tous les deux et Francis prend Lovino dans ses bras avant d'ouvrir la porte.

« Merci d'être venu, Frannie. Rentre bien, sois prudent. »

« Compte sur moi. Je t'envoie un message quand je serai rentré, papa poule ! »

Lovino lui tire la langue, amusé. Francis lui adresse un dernier signe de la main et disparaît dans la cage d'escaliers. Le jeune homme quant à lui prend une pause pour respirer et se ressaisir avant de retourner au rang des gens sereinement, en s'étant imprégné des remarques de Francis.

Quand il regagne la pièce principale, Gilbert fait son dandy avec son verre à la main. Ils ont lancé le sujet de la musique et c'est l'albinos qui discourt en ce moment même.

« Personnellement je suis un adepte du rock and roll décliné dans toutes ses nuances. Je suis assez fier d'avoir pu au moins transmettre un peu de bon sens à Lovino dans ce domaine-là... Tiens, c'est moi qui l'ai emmené à son premier concert pas vrai Tonio ? »

« Exact... »

« C'est tellement loin. » réalise Lovino.

« C'est ça, rappelle-moi que je vieillis, enfonce le clou ! » ironise Gilbert. « Et toi, Louise, quel est ton style de prédilection ? »

« Hum, j'aime assez l'opéra. »

« Ah. »

« Mais pas d'inquiétude ! Je suis ouverte à la musique profane aussi. Seulement j'aime les voix puissantes. Tu sais, comme Freddie Mercury ou Jacques Brel... »

« Jacques Brel ? » relève Lovino.

« Jacques Brel. Le Belge. La grande figure des années cinquante et soixante. » ajoute Louise.

« Je ne le connais pas. » rougit Lovino.

« Oh il faut absolument que tu écoutes Amsterdam. Bowie en a chanté une version anglaise, tu la connais certainement. »

Et ainsi s'engage une conversation enjouée et passionnée principalement menée par Louise et Lovino. Gilbert et Antonio sont surtout spectateurs et partagent le même sourire de ravissement. Antonio, lui aussi, était assez anxieux à l'idée de cette soirée. Bien qu'il connaisse suffisamment Lovino et Louise personnellement pour savoir qu'ils s'entendront bien, on est jamais à l'abri de la mauvaise fois, de la part de l'un ou de l'autre. Mais les inquiétudes qui subsistaient s'amenuisent à mesure que la discussion s'allonge et que le temps passe.

oOo

Gilbert a proposé de ramener Louise chez elle en moto, car le matin est bien avancé et qu'il répugne à l'idée de la laisser rentrer seule. Lovino les a salué et est allé à la salle de bains tout de suite pour se brosser les dents et filer sous la couette avancer dans A la recherche du temps perdu -Louise a fait preuve de sollicitude à ce sujet et lui a souhaité tout le courage du monde. A présent les trois adultes sont seuls dans le hall d'entrée de l'appartement. Gilbert donne l'accolade à Antonio et annonce qu'il descend faire chauffer le moteur de son bébé, leur laissant ainsi un minimum d'intimité.

Il la serre contre lui et elle dépose un léger baiser sur ses lèvres.

« Ça s'est bien passé. » remarque-t-elle, soulagée. « Tu as une famille sympathique et accueillante. Quelle chance j'ai... »

Il sourit, dépose un baiser sur son front.

« C'est moi qui suis chanceux. »

« Tu n'as pas encore rencontré Willem. » s'amuse-t-elle.

« Je devrais en avoir peur ? »

« Non voyons. Il est spécial et paraît bourru mais ce n'est pas un mauvais bougre. Je ne l'aurais pas fréquenté sinon. On n'était juste pas faits pour vieillir ensemble, mais on s'entend sur l'éducation d'Henri et c'est tout ce qui importe. »

« Oui... Les enfants ne devraient pas avoir à pâtir des problèmes de leurs parents. »

« La mère de Lovino... Tu n'as vraiment plus jamais eu de nouvelles d'elle ? »

« Pas de façon directe. Je l'ai vue un jour à la télévision... C'était un important procès aux États-Unis, elle était avocate de la défense. Elle a ce qu'elle voulait : une carrière brillante, assez pour qu'on en parle à l'internationale, mais... »

« Mais elle a raté l'histoire de Lovino. C'est un garçon admirable, même moi je m'en rends compte et je ne le connais pas vraiment de l'intérieur. Je ne peux pas m'empêcher de trouver ça triste qu'elle ne le connaisse pas, et surtout qu'elle ne le veuille pas. »

« C'était son choix. Moi, je suis reconnaissant qu'elle me l'ait amené. Ma vie aurait été différente si je ne l'avais pas trouvée sur le seuil de la porte un beau jour, n'est-ce pas ? Je ne voudrais réécrire le passé pour rien au monde. »

« C'est pour cette philosophie que je t'aime. » avoue Louise avec un sourire qui luit dans la pénombre. « Entre autres choses. »

Il l'embrasse sans pouvoir se retenir de sourire. On entend un klaxon venu du trottoir, Gilbert les rappelle à l'ordre. Alors ils se séparent.

« Bonne nuit. A demain. »

« Bonne nuit. »

Il la regarde disparaître dans les escaliers. Il se rend à la fenêtre du salon ensuite, pour la voir grimper derrière Gilbert sur la moto. Il est rassuré qu'il ait proposé de la ramener. On ne sait jamais quelles mauvaises rencontres on peut faire à Paris, la nuit, qu'on soit à pied ou dans les transports en commun.

Il débarrasse les derniers verres qui restent sur la table, souhaite une bonne nuit à Lovino en entrebâillant la porte de sa chambre -il est bien au chaud sous les couvertures et captivé par Proust, si bien qu'il salue distraitement son père. Ce dernier gagne sa propre chambre et attend de recevoir un message de Louise, et de Gilbert, disant qu'ils sont respectivement bien rentrés pour éteindre sa lampe de chevet et se glisser dans les bras de Morphée.

oOo

Jeudi 2 juillet 2015.

Lovino se lève de bonne heure pour trouver un post-it de son père indiquant qu'il est parti faire quelques courses. Le jeune homme prend une douche avant de se glisser dans la cuisine enroulé dans un peignoir en éponge. Il se prépare un café et le boit appuyé près de la fenêtre du salon, regardant la ville s'animer sous ses pieds, fourmilière à dimension surnaturelle. Un café chaud entre les mains, un appartement paisible et rien d'autre à faire que d'attendre que le temps passe en le comblant de la façon qui lui plaira, ce doit être ça les vacances...

Il retourne dans sa chambre une fois sa deuxième tasse remplie, allume son téléphone pour y trouver un de ces adorables messages matinaux dont Matthew a le secret. Il lui répond en cherchant énormément ses mots pour un écrivain, mais se réjouit déjà à l'idée de le voir dans l'après-midi pour un verre avec Alfred, Peter et Lili.

Puis il s'assied à son bureau, ouvre son ordinateur et se rappelle d'une discussion de la veille. Il va sur YouTube et cherche Amsterdam. La voix de Jacques Brel lui donne des frissons, et il gagne un peu plus de respect encore pour Louise.

« Dio Santo ! J'adore. »


J'avoue avoir eu la flemme de relire avant de poster, mais bon. Pardonnez-moi en ce jour de l'an je n'ai pas beaucoup dormi.

Liar Game est une série dont m'a parlé momochan-ni, son titre signifie "jeu de menteur".

On se retrouve normalement le 1er février (2018!) pour le chapitre 28 !

A bientôt !