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Histoires d'éternités


Chapitre 2 : Petit lutin à la patte folle

Publié le 16 mai 2018


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Galaxie Alpha, Péninsule de Boeshane

51e siècle

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Ces créatures étaient vraiment monstrueuses.

Protégés par un champ d'invisibilité généré par le TARDIS, Jax et le Docteur regardaient ces ... choses envahir la péninsule de Boeshane et massacrer ses habitants.

Jax avait vécu cette invasion aux premières loges, plus de vingt ans plus tôt. Mais là, il lui semblait que l'observer de loin était pire encore. Être le témoin de cette panique, au milieu de ce qui avait été un paradis sur Terre. Cette violence, cette rage destructrice. Comment de telles créatures pouvaient-elles simplement exister?

Les envahisseurs étaient arrivés sur un gigantesque vaisseau noir et sinistre qui planait au-dessus de la mer, stagnant à quelques centimètres de l'eau bleu azur. Ils avaient déferlé sur la plage comme un ouragan de hurlements, de sang et de terreur. Hébété, Jax les regarda massacrer son peuple, incendier son village, tout piétiner et tout détruire sur leur passage. Ils avaient embarqués tout ce qu'ils trouvaient. Y compris quelques enfants.

Une fois leur sinistre besogne accomplie, ils ré-embarquèrent, traînant à leur suite quelques petites silhouettes prisonnières.

Sans perdre une minute, Jax et le Docteur mirent en route le TARDIS et collèrent le vaisseau noir aux trousses.

Tant de choses tourbillonnaient dans la tête de Jax qu'il se demandait s'il n'allait pas craquer. Lui, dont les supérieurs à l'Agence avaient pourtant toujours vanté l'extraordinaire sang-froid. Mais c'était facile d'être froid et détaché quand rien de vous touchait réellement. Là, il lui était impossible d'éloigner l'idée qu'à quelques centaines de mètres, Gray était peut-être torturé par ces créatures. Peut-être qu'elles étaient en train de le tuer en ce moment-même.

Il fallait qu'il se calme.

Il s'employa à respirer calmement et profondément par le nez.

Depuis sa console de pilotage, le docteur le dévisageait intensément. Sans empathie mais sans jugement non plus. C'était un regard qui disait "Tu dois tenir bon".

Assez soudainement, le vaisseau qu'ils suivaient perdit de la vitesse et puis stoppa net, pour se mettre à flotter à l'arrêt dans un coin désert à l'extrême sud de la Galaxie.

Le docteur et Jax échangèrent un regard. Etaient-ils repérés?

Le TARDIS se figea et ses occupants en firent de même, comme si se taire et rester sans bouger pouvait empêcher leurs ennemis de les repérer.

Ils attendirent quelques minutes. Il ne se passa rien. Du moins, à l'extérieur du vaisseau noir.

-Pour ce que j'en sais, dit lentement le Docteur. Il s'agit d'un peuple de pilleurs nomades. Ils n'ont pas de terres à eux, ils se contentent de se servir sur celles des autres. Ce sont les vermines de l'univers.

Jax hocha douloureusement la tête.

-Ils n'ont pas de point d'ancrage, poursuivit le Seigneur du temps. Ils vadrouillent d'un point à un autre. Ils ont probablement stoppé ici, dans un endroit peu fréquenté, pour passer leur butin en revue.

Il se remit à pianoter sur sa console. Jax comprit qu'il lançait les commandes pour matérialiser le TARDIS directement à bord du vaisseau et se porta naturellement à son aide. Le Docteur accueillit ce copilotage comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.

Une fois la manœuvre faite, Jax passa prudemment la tête par la porte. Les lieux semblaient déserts et nus, comme un endroit qu'on n'utilise pas et où on ne se rend jamais. Les deux hommes sortirent.

-Trouve ton jeune frère et attendez-moi dans le TARDIS, Jack, ordonna le Docteur. Ne fais rien de stupide.

Puis il partit d'un pas rapide et assuré, marchant en plein milieu du couloir sans chercher à se dissimuler.

Jax le regarda s'éloigner, mi-admiratif mi-incrédule.

Mais il se reprit rapidement et partit dans le sens inverse, rasant furtivement les murs tout en pianotant à toute vitesse sur son bracelet électronique.

Les cordonnées génétiques de Gray étaient si proche des siennes qu'il ne fallut pas longtemps au bracelet pour le localiser. Jax avait à peine commencé à se diriger dans la bonne direction qu'un son atroce, à vous déchirer les tympans, raisonna dans les couloirs, lancinant comme une alarme.

Probablement l'oeuvre du Docteur.

Cette diversion était tellement efficace que Jax ne croisa personne. Heureusement parce qu'il aurait étripé sans le moindre scrupule tout ce qui aurait pu se mettre entre Gray et lui. Qu'importe sa promesse au Docteur.

Plus il se rapprochait du petit point qui clignotait sur l'écran de son bracelet, plus son cœur battait à tout rompre. Plus que quelques virages ... Gray était là, il était vivant !

Jax allait le sauver et le ramener chez eux. Bon sang, vingt ans qu'il priait pour que cet instant arrive !

Au début, lorsqu'il parvint à l'endroit indiqué par son bracelet, Jax ne vit rien. Il faisait tellement sombre dans ces couloirs qu'il parvenait à peine à voir ses propres pieds.

Puis il entendit un gémissement alors il braqua la lueur de son bracelet droit devant lui. Et c'est là qu'il les vit. Les enfants avaient été jetés dans une sorte de cage forgée à même les murs du vaisseau. Tout semblait sale dans ce vaisseau. Il était constitué d'une étrange matière organique sombre et gluante qui donnait l'impression d'évoluer dans un cauchemar.

Jax se précipita jusqu'à la cage. Il sortit de sa poche le passe-partout dont il ne se séparait jamais et en deux en trois mouvements, la porte s'ouvrit.

Un petit bonhomme aux cheveux bouclés s'était levé d'un bond dès qu'il avait aperçu la haute silhouette de Jax à l'entrée de la cage. Jax tomba à genoux et le serra dans ses bras.

-Gray... Oh Gray, sanglota-t-il. Merci ! Merci ! Merci !

-Pa... Papa ? souffla Gray.

Jax secoua la tête, des larmes roulant sur ses joues.

-Non, c'est moi, Jax.

A la lueur du manipulateur de vortex, il vit Gray lui lancer un regard incrédule.

-Je sais, sourit Jax à travers ses larmes.

Et se penchant légèrement, il lui souffla quelques mots à l'oreille. Des mots d'enfants, un code qu'eux seuls connaissaient.

-Comment... ? laissa échapper Gray.

-Je t'expliquerai plus tard, éluda Jax. Tu es blessé, petit frère? Tu peux marcher?

-Je vais bien.

Jax se redressa et balaya la cage du regard. Il y avait deux corps sur le sol. Il distingua des cheveux blonds. Il fit mine de se pencher vers eux mais Gray l'arrêta d'une pression sur le bras.

-Ils sont morts, souffla-t-il. Il ne reste qu'Ifan et moi. Viens, Ifan, dit-il en haussant légèrement la voix.

Un tout petit garçon sortit alors d'un recoin où il s'était réfugié, en traînant la patte.

-Il est blessé... murmura Gray.

-Ça va aller, dit Jax d'un ton rassurant qui s'adressait aux deux enfants à la fois.

Il ressortit de la cage, s'assura que la voie était toujours libre et cueillit le petit Ifan dans ses bras. Puis il fit signe à Gray de le suivre.

-On se tire d'ici.

Ifan se laissa attraper sans protester. Il contempla simplement Jax de ses grands yeux bleus intelligents et craintifs.

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Dans les couleurs vides et gluants, seuls raisonnaient les grands pas de Jax et les trottinements de Gray. Il n'y avait pas un bruit, pas même une rumeur lointaine. Rien que l'étourdissant silence rompu par la cavale pressée de Jax et ses protégés vers le TARDIS.

Une fois qu'ils eurent atteint le vaisseau, celui-ci les laissa complaisamment entrer. Maintenant qu'il y pensait, Jax était sûr que le Docteur était parti sans même verrouiller la porte.

Fallait-il craindre la présence d'un ennemi qui les aurait précédés ici?

Il passa prudemment la tête à l'intérieur. La gigantesque pièce principale semblait aussi vide qu'accueillante. Il y raisonnait un doux ronronnement métallique qui paraissait aussi rassurant à Jax que le silence du vaisseau ennemi était menaçant.

Ouvrant tout grand la porte, il poussa Gray à l'intérieur. Serrant toujours le petit corps tremblant d'Ifan d'un bras, il referma la porte du vaisseau de l'autre.

Le TARDIS ronronna de plus belle, comme pour les accueillir et les rassurer.

Debout au pied de l'escalier principal, Gray contemplait ce nouvel environnement, interloqué.

-Où sommes-nous?

-En sécurité, lui affirma Jax.

Il grimpa jusqu'à la mezzanine surplombant la salle de commande, déposa délicatement le petit Ifan dans un immense fauteuil au creux duquel il parut minuscule et tapota gentiment sa petite tête pleine de bouclettes brunes. Jax gardait en tête que le garçonnet avait probablement le pied foulé mais il avait d'autres sources d'inquiétude plus immédiate pour l'instant.

Ce vaisseau, dans lequel lui et les enfants étaient entrés comme dans un moulin, les protégerait-il des montres envahisseurs?

Et si le Docteur ne revenait pas, Jax serait-il capable de piloter seul cet engin ? C'était probable. Pouvait-il pour autant envisager de laisser derrière lui l'homme qui lui avait permis d'accomplir ce qu'il souhaitait le plus au monde ?

-Où sont Papa et Maman ? le pressa Gray.

-Maman est à Boeshane. Tu vas la revoir très bientôt, promit Jax.

Leur mère et sa souffrance d'être privée de son enfant, son impuissance face à son sort. Leur mère et son deuil bien trop lourd à porter. Leur mère et cette colère qu'elle avait reportée sur le seul membre de la famille encore en vie ...

A peine six mois après l'attaque de Boeshane, Jax avait quitté son île natale en ruine pour ne jamais y revenir. Il avait voyagé en clandestin et vécu comme un moins que rien avant que de bonnes rencontres et quelques coups de chance lui permettent d'entrer à l'Agence du Temps. Il ignorait ce qu'était devenue sa mère. Si elle était toujours sur Boeshane. Ni même si les boeshans avaient reconstruit l'île ou l'avaient fuie.

-Pourquoi tu es vieux ? lâcha Gray.

-Je ne suis pas vieux, contra Jax mi-vexé, mi hilare. J'ai trente-cinq ans !

En réalité, se reprit-il mentalement, il devait être plus proche des trente-sept. Il n'était toujours pas sûr du temps qu'il manquait dans sa mémoire mutilée mais il savait que cela tournait autour de deux ans. Difficile de se rappeler de son âge quand on ignorait ce qu'on avait fait ces dernières années.

-Il m'a fallu vingt ans pour te retrouver, avoua-t-il. Je t'ai cherché pendant vingt ans. Ce vaisseau, poursuivit-il en désignant le TARDIS d'un vaste geste du bras, peut voyager dans le temps.

-Et il va pouvoir nous ramener à la maison ?

-Absolument.

Jax redescendit près de la console principale.

Gray hésita un moment entre Ifan, perché sur son drôle de fauteuil et son frère, puis se décida à suivre Jax.

Le ventre contracté et la tête renversée en arrière pour glisser plus facilement, Ifan se laissa lentement tomber de son siège et suivi les deux autres, toujours en traînant la patte.

Jax activa l'écran de contrôle du TARDIS pour surveiller les alentours. En se retournant, il découvrit un Gray fasciné par la console de commande du vaisseau. Puis il avisa un petit lutin estropié qui tentait une descente périlleuse de l'escalier.

Il alla cueillir Ifan dans ses bras. L'enfant se laissa faire et pressa sa petite tête brune contre l'épaule de Jax qui en ressentit une profonde bouffée d'affection.

-Vous vous connaissiez, Ifan et toi? demanda-t-il à Gray tout en caressant la tête brune toujours nichée contre lui.

Les deux frères étaient plantés devant la console, observant d'un œil distrait un écran qui leur montrait un couloir sombre et vide.

-Je crois que ses parents habitent tout près de la plage sud, pas vrai Ifan?

L'enfant hocha fermement la tête.

Selon les souvenir de Jax, aucune des familles qui habitaient de ce côté de la péninsule n'avait survécu.

Gray sursauta et désigna du doigt le coin gauche de l'écran. Une mince silhouette se dirigeait vers eux d'un pas vif, les pans de son long manteau noir virevoltant autour d'elle.

-Pas d'inquiétude, dit Jax. C'est un ami, c'est grâce à lui que je suis ici.

Le Docteur pénétra dans son vaisseau à pas lents. La porte grinça et se referma derrière lui.

Son visage était fermé, ses yeux sombres. Mais il eut un léger sourire lorsqu'il vit Jax et les enfants.

-Deux pour le prix d'un? s'amusa-t-il.

-Voici Gray. Et Ifan.

Le Docteur se positionna près de sa console et jeta un regard interrogateur à Jax.

-Oh ... oui, lâcha ce dernier en réalisant que le Docteur attendait qu'il annonce leur prochaine destination. On retourne sur Boeshane. Six mois après l'attaque.

Le Docteur obtempéra. Jax, qui tenait toujours Ifan dans ses bras, donna des instructions à Gray pour qu'il assiste le Seigneur du temps dans son pilotage. Puis il se baissa pour que Ifan soit à hauteur de la console et puisse participer lui aussi.

Les deux enfants étaient au comble de l'excitation lorsque le TARDIS se matérialisa finalement sur Boeshane, tout près de la maison d'enfance de Jax.

A l'écran, ils virent plusieurs habitants passer des têtes anxieuses par les portes ou les fenêtres, alertés par l'apparition de ce curieux vaisseau. Jax et Ifan reconnurent leur mère à l'une des fenêtres.

-Vas-y, dit Jax à son jeune frère en l'accompagnant jusqu'à la porte.

Gray lui lança un regard un peu incertain. Face au sourire de son grand-frère, il se décida finalement. Il actionna la poignée de la porte du TARDIS et sortit sous un magnifique soleil d'été, suivi par Jax qui tenait toujours Ifan contre lui.

Il y eu un hurlement alors que Gray marchait en clignant des yeux sous la lumière vive. Une porte claqua. Et une femme se précipita en sanglotant jusqu'à tomber à genoux devant l'enfant, qu'elle serra dans ses bras à l'en étouffer.

-Mon fils ! Mon fils !

Bien vite, ils furent entourés par plusieurs dizaines de villageois. Le Docteur sortit à son tour du TARDIS et enfila une paire de lunettes de soleil.

Personne ne vint pour arracher Ifan des bras de Jax. C'était bien ce qu'il craignait.

Et puis finalement, sa mère s'avança vers lui.

Ils se dévisagèrent longuement.

Jax posa délicatement son petit fardeau sur le sol, puis fit un pas en avant.

-Salut, maman.

Elle se jeta à son cou, au grand désarroi de Jax.

Après ce qui lui parut une éternité, elle se redressa et lui caressa la joue.

-Alors c'est ... c'est vrai? C'est vraiment toi, Jax? Tu ressembles tellement à ton père, un instant j'ai cru ...

-Je sais. Gray a dit la même chose.

-Comment est-ce que tu as fait, comment est-ce possible?

Jax se retourna pour jeter un regard au Docteur. Il s'amusait à faire des grimaces à Ifan.

L'ancien agent du temps savait qu'il ne pouvait pas rester ici. En tout cas, pas maintenant.

Il ne pouvait pas se payer le luxe des retrouvailles et de la nostalgie. Pas même pour un soir. Ce n'était pas sa place.

-Il faut que tu m'écoutes, dit-il à sa mère. Je dois partir.

Elle écarquilla les yeux et ouvrit la bouche mais il leva la main pour faire taire toute protestation.

-Je vais revenir. Pour moi, ce sera probablement dans cinq minutes. Mais pour toi, dans vingt ans.

Sa mère en resta bouche-bée.

-Jax, mon fils, tu ...

-C'est ainsi que ça doit se passer, la coupa à nouveau Jax.

Il aurait voulu lui dire qu'il ne pouvait pas tricher avec sa propre ligne temporelle, qu'il devait vivre dans son propre présent, que c'était ainsi qu'allaient les règles. Celles du l'univers lui-même.

Mais tout cela, c'était du jargon d'agent du temps. Sa mère n'y comprendrait rien. Elle ne savait pas qu'il était devenu agent du temps. De toute façon, si on se fiait à l'époque, il n'était pas encore devenu agent du temps.

Il se contenta alors de l'essentiel.

-Prends soin de Gray, s'il te plaît. Dis-lui que je vais revenir. Et veille sur ce petit, aussi, dit-il en désignant Ifan qui jouait désormais avec les lunettes de soleil du Docteur, au grand dam de ce dernier.

-Evidemment, Jax, mais ...

-Je vais revenir, promit-il. A bientôt, mère.

-Attends, Jax, comment as-tu...

Mais Jax se détourna et marcha vers le TARDIS sans un regard en arrière.

Il croisa le regard du Docteur qui lui adressa un bref hochement de tête, récupéra ses précieuses lunettes et le précéda dans son vaisseau.

Un coup de tambour, un chuintement et Boeshane ensoleillée disparut.


Merci d'avoir lu !

La semaine prochaine, nous parlerons de curieuses apparitions et d'un mariage princier (et ce n'est même pas en lien avec l'actualité, je vous jure !)

A mercredi !