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Chapitre 7 : La machine à Histoire

Publié le 20 juin 2018


Galaxie Alpha, Péninsule de Boeshane

51e siècle

.

Sans le savoir, Zyneba avait donné beaucoup à penser à Jax. C'est donc absorbé dans ses réflexions qu'il descendit vers le bar d'Ifan.

La chaleur étouffante d'un milieu d'après-midi estival n'empêcha pas ses méninges de tourner à plein régime et il souriait en arrivant près de la plage.

De fort bonne humeur, il trouva Ifan derrière son comptoir, penché sur ce qui ressemblait à un registre. Quelques clients se doraient paresseusement la pilule au soleil sans requérir son attention.

Le Docteur pour sa part était invisible.

Jax s'assit juste devant Ifan qui leva la tête pour lui sourire.

-Zyneba dit le plus grand bien de toi, lui lança Jax.

Et Ifan perçut très bien l'allusion à peine voilée parce que son regard, de simplement amical changea pour se faire mutin.

-Ah oui? souffla-t-il en se penchant pour appuyer sur sa main, le coude posé sur le comptoir et le visage à une dizaine de centimètres de Jax.

Ce dernier sentit une chaleur monter en lui et le climat tropical de la péninsule n'y était pas pour grand-chose.

-Elle dit que tu es de ceux qui ne s'embarrassent pas du qu'en-dira-t-on mais qui ne négligent jamais le bien-être des autres. C'est vrai?

Dans les yeux habituellement clairs d'Ifan, une tache d'encre s'était formée. Il regardait désormais Jax avec une rare intensité.

-Le bien-être des autres m'importe, admit-il. Le tien, bien plus que tout autre.

-Pourquoi?

Ifan leva les yeux au ciel, comme pour dire "C'est évident, voyons !".

-Je n'ai pas envie de n'être pour toi que la sacro-sainte figure du sauveur, souffla Jax.

-Ce serait me prendre pour un être bien moins complexe que ce que je suis, rétorqua Ifan avec dans la voix quelque chose d'impertinent.

Jax lui sourit.

-Hier, tu étais un adorable petit garçon haut comme trois pommes. Aujourd'hui, te voilà un homme comme j'en ai rarement rencontré. Plus j'en découvre sur toi, plus je te veux. D'abord ta beauté, puis cette paix, cette incroyable douceur que tu as en toi et puis, la cerise sur le gâteau, monsieur n'a rien contre les jouissances du corps comme celle de l'esprit ...

Une rougeur monta aux joues d'Ifan mais il n'en perdit pas son verbe pour autant.

-Si on se fascine tant mutuellement, qu'est-ce qu'on fait encore ici à se baratiner comme deux ados à leur premier rencart ?

-C'est toi qui a un bar à faire tourner, pas moi ...

Ifan haussa les épaules comme si c'était quantité négligeable. Et en effet, il fit un petit signe à un adolescent qui était attablé pas très loin et lui lança :

-Tu veux bien prendre le relais?

Immédiatement, le jeune homme se leva et ils échangèrent leur place au bar. Ifan disparut alors derrière un rideau de coquillage tressé qui séparait le bar de l'arrière cuisine. Jax le suivit.

Il y avait un petit studio à l'étage, qui était souvent loué à des voyageurs de passage en échange de coups de main dans le bar. Actuellement, il était vide. Alors Ifan attrapa Jax par la main pour le précéder dans les escaliers. Une fois en haut, il le poussa gentiment sur le lit.

Jax se réceptionna sur les coudes et sourit au jeune homme qui grimpa au-dessus de lui, glissant ses mains sous son tee-shirt et ses lèvres sur sa bouche. Ifan avait un goût de thé, comme lui-même devait avoir, réalisa Jax. Il avait aussi celui du fruit qu'il avait partagé plus tôt dans la prairie : mer, sucre et soleil.

Cela faisait longtemps de l'ancien agent du temps n'avait pas désiré quelqu'un aussi fort.

Ils ne prirent pas leur temps, ne firent ni dans la lenteur, ni dans la douceur, sûrement parce que tous deux savaient qu'ils auraient le temps pour cela plus tard.

La fenêtre de la petite chambre était ouverte et Jax fut content de sentir un souffle d'air marin venir brièvement les rafraîchir, formant un contraste agréable avec la sueur qui recouvrait chaque centimètre de leurs peaux.

Jax adorait le sexe et il l'aimait encore plus quand il le partageait avec quelqu'un qui avait le même appétit que lui. Avoir Ifan en lui, puis être en lui à son tour. Le toucher et se sentir caressé par lui. C'était aussi fort que le retour en sa terre natale. C'était comme si Ifan ne faisait qu'un avec Boeshane et que cette dernière accueillait pleinement Jax à travers lui. Il se mit à l'aimer furieusement pour cela et pour tout le reste. Un sentiment qui ne se démentirait jamais par la suite.

Ifan était comme leur péninsule, beau et généreu. Précieux aussi. Ce que Jax ressentit en faisant l'amour avec cet homme, c'était plus que du plaisir charnel, c'était une promesse. Presque une transcendance.

Plus tard, alors que le jour déclinait, ils se rhabillèrent dans le calme, se souriant dès que leurs regards se croisaient. Jax eut l'impression que Ifan lui avait transmi un peu de sa paix intérieure.

-Comment tu fais, pour être aussi serein? lui demanda-t-il.

-Ne me pas dit pas que tu n'as jamais entendu parler de cette chose merveilleuse qui s'appelle l'endorphine ...

Jax rit.

-Non, je ne parle pas de l'instant présent, je veux dire en général. Tu as l'air tellement en paix, ça donne envie de se fondre en toi ...

-C'est ce que tu viens de faire.

Jax rit à nouveau devant le regard mutin que ses paroles avaient allumé dans le regard de son amant.

-Et je recommencerai bien volontiers, tant que tu seras d'accord !

Le sourire d'Ifan fut la meilleure des promesses.

Jax reprit son sérieux :

-Mon frère et toi, vous avez vécu la même enfance, le même traumatisme, vous avez pour ainsi dire grandi ensemble. Pourtant, il y a un tumulte en lui, presque une violence, tandis que toi, tu sembles si serein...

Ifan devient sérieux à son tour et s'assit sur lit tout en réfléchissant.

-Les luttes intérieures de Gray, je les connais mais je ne les comprends pas, avoua-t-il. Notre mésaventure commune avec les Envahisseurs a créé entre nous un lien indéfectible qui n'aurait jamais existé en d'autres circonstances. Cela a donné un point d'ancrage à une amitié qui sinon n'aurait eu aucun sens. J'aime Gray comme un frère mais la plupart du temps, je ne le comprends pas. Je ne comprenais pas ces colères d'adolescent, ni son sentiment d'infériorité d'étudiant alors qu'il était brillant et qu'en apparence tout se passait bien. Je n'ai jamais compris ce qu'il trouve à Lysandra, à part le prestige de la royauté qui n'a aucun sens pour moi.

Ifan attira Jax qui était resté debout à lui, et plongea sa tête contre son ventre qu'il embrassa.

-Je comprends comme ça doit être dur de retrouver ce frère adulte si complexe. Je me sentirais paumé à ta place.

-Ce que je ressens est pire, lui avoua Jax. Je me sens étranger. Ses histoires de mariage, l'insupportable incorrection des zéphyradites envers les boeshans et la superficialité de cette Lysandra me rendent furieux. Mais Gray me laisse froid. Une part de moi l'aime et l'aimera toujours. Mais j'ai encore du mal à l'associer avec l'enfant que je n'ai pas réussi à sauver et qui a hanté deux décennies de cauchemars.

-Mais tu l'as sauvé, Jax!

-Est-ce que tu réalises que pour moi, ce sauvetage s'est déroulé hier? Que lorsque je te disais tout à l'heure que hier encore tu étais un enfant, ce n'était pas une métaphore? Vous avez compris que la machine grâce à laquelle nous vous avons retrouvé voyage dans le temps?

Ifan hocha la tête.

-Et tu te rends compte que juste après vous avoir ramenés à Boeshane, six mois après l'invasion parce que je voulais attendre l'époque où le moi adolescent avait quitté la péninsule, nous avons refait un bon dans le temps et atterri directement hier soir, lorsque tu nous as vu débarquer, le Docteur et moi?

Ifan fit à nouveau oui de la tête.

-C'est encore un peu irréel pour moi, reconnut-il.

-Je comprends.

Jax resta un instant silencieux, puis reprit.

-Gray sera toujours mon frère, mais je ne suis plus vraiment le sien. Il m'en veut terriblement pour une absence à laquelle je ne peux rien. Et je souffre encore des années à pleurer sa perte alors qu'en réalité, il était sauf. Je ne pouvais pas rester à Boeshane avec vous lorsque je vous ai ramené. Tous, nous appartenons à notre époque. C'était déjà une profonde tricherie de ma part de vous ramener avec 6 mois de retard, mais je ne pouvais pas me permettre de croiser mon moi adolescent. Il fallait absolument que le jeune Jax ignore qu'il allait rencontrer le Docteur, sinon je ne l'aurais pas rencontré.

-Tu as eu raison de faire ainsi, lui affirma Ifan. Moi, je suis heureux des choses telles qu'elles sont.

Lorsqu'ils redescendirent dans le bar, ils y trouvèrent le Docteur confortablement installé au milieu de la salle. Devant lui trônait un exubérant cocktail, composé de pas moins de six couleurs différentes, et une sorte d'amas de sable difforme et humide qu'il avait semble-t-il posé là.

Jax s'attabla joyeusement face au seigneur du temps, entraînant Ifan dans son sillage.

-Vous l'avez trouvé, bravo ! le félicita-t-il.

Le Docteur lui adressa un grand sourire pour toute réponse et Ifan les dévisagea l'un et l'autre, perplexe.

-Trouvé quoi?

-La cause de tes tracas de ces derniers jours, lui expliqua gaiement Jax.

-Quoi, ce truc-là? Jeta Ifan, interloqué, en désignant le tas de sable.

Le Docteur et Jax hochèrent la tête de concert.

-Histoire, je suppose? dit Jax au Docteur.

Ce dernier confirma d'un hochement de tête.

-Qu'est-ce qui s'est passé, perte ou malveillance?

-Oh, un simple coup de vent selon moi.

-Évidemment, lâcha Jax avec l'air de quelqu'un qui aurait dû y penser tout seul. D'où le dysfonctionnement ...

-Hum, hum.

Mécontent, Ifan avait croisé les bras sur sa poitrine et les dévisageait tous les deux en silence. Finalement, Jax le prit en pitié et consentit enfin à lui expliquer le fin mot de l'histoire.

-Qu'est-ce qui vous a mis sur la bonne piste, Docteur? demanda-t-il en préambule. Les gamins ou le concierge?

-Le concierge, évidemment.

-Évidemment, s'amusa Jax. Je vais commencer par-là alors. Ce matin, reprit-il à l'adresse d'Ifan, le Docteur et moi sommes allés au lycée pour faire quelques recherches. Avant d'être introduit dans le centre de documentation, nous avons fait connaissance avec le concierge qui surveille seul l'établissement pendant les vacances. Il nous a tenu le crachoir pendant ...

-Deux heures environ, lâcha le Docteur sarcastique.

-Oh si peu ! le taquina Jax, d'excellente humeur. Disons pendant un certain temps. Il nous a notamment parlé des difficultés de personnel du lycée de Boeshane. Apparemment, les professeurs manquent dans pas mal de matières et pour combler ces manques, l'administration a recours à ...

-Des hologrammes ! S'exclama Ifan. Ma soeur m'en avait parlé ! Quel idiot, pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt?!

-Tu as les deux plus grands idiots de l'univers en face de toi, dit complaisamment le Docteur, prenant le relais du récit de Jax. Aucun de nous deux n'a fait le rapprochement. Ce n'est que tout à l'heure, en regroupant les faits que la lumière s'est enfin faite dans mon esprit et qu'une chronologie m'est apparue. Les hologrammes sont apparus à intervalle régulier et toujours en présence d'adolescents. Les lieux étaient différents mais semblaient suivre une continuité : d'abord la plaine, puis les dunes de sable et enfin la plage. Exactement comme aurait pu le faire un objet qui dégringolerait, poussé par un vent marin. Suivant cette logique de chute, j'ai repensé à ce qu'il y avait juste au-dessus de la plaine où est apparu le premier hologramme ...

-La colline du lycée, souffla Ifan.

-Précisément. Dans la précipitation du dernier jour de classe, quelqu'un aura laissé une fenêtre ouverte et négligé de ranger la petite machine à hologrammes. Légère, celle-ci est emportée par un coup de vent et atterrit dans une prairie où une famille pique-nique. Endommagée par la chute, la machine est sévèrement perturbée. Mais elle détecte néanmoins la présence de son public cible : des adolescents. Elle essaie alors de faire son travail et leur diffuse au hasard un cours d'Histoire. Toute la famille part à la hâte et nouveau coup de vent ! La machine s'envole jusqu'aux dunes.

-Où elle reste tranquille jusqu'à ce que les amis de Peppi la réactivent, reprit Jax.

-Puis, elle poursuit sa folle course jusqu'à la plage où elle perturbe la soirée de la jeune soeur d'Ifan.

-Pourtant, lorsque je suis allé sur la plage ce matin, je n'ai rien trouvé, avança ce dernier.

-C'est oublier une règle fondamentale qui rythme la vie des habitants de cette presqu'île depuis toujours, mon cher Ifan.

-La marée... comprit ce dernier.

Le Docteur opina du chef et leur montra ses chevilles mouillées.

-Il aura fallu mouiller le pantalon pour résoudre ce mystère ironisa-t-il. Mais quoi qu'il en soit, le problème s'était réglé de lui-même : l'eau salée a complètement fini de détraquer le fragile système. Et Boeshane va avoir besoin d'un nouveau professeur d'Histoire à la rentrée, dit-il en dévisageant Jax.

Ce dernier sursauta et une lueur s'alluma dans ses yeux. C'était l'horizon d'un avenir qui s'ouvrait devant lui.

FIN


Chères lectrice (et lecteurs ?), ce fut un immense plaisir de partager cette histoire avec vous et une joie de pouvoir lire vos réactions !

Que vous lisiez ce petit mot de la fin ce soir ou dans 10 ans (en supposant que le site existe toujours...), n'hésitez pas à me venir me dire que vous avez lu et ce que vous en avez pensé. Je réponds toujours et vous ne pouvez pas imaginer comme c'est important de savoir que nos histoires continuent à vivre un peu alors qu'on les a lâchées depuis des lustres dans le grand bain d'internet.

Dernière chose : les fans de Supernatural, restez dans le coin parce que j'ai plein de choses à partager avec vous

Un grand merci !

Kate