Lors de la descente du train, Rogue avait dû se faire violence pour ne pas traverser le quai en direction du wagon où Harry avait disparu. En réalité, il amorça le mouvement mais fut arrêté par Minerva, qui lui lança un regard un peu trop perspicace.

« Venez Severus, nous devons préparer nos maisons respectives, n'est-ce pas ? »

Il regarda brièvement autour de lui pour confirmer sa théorie : ni Filius ni Pomona. C'était donc bien une excuse pour l'empêcher de retourner vers Harry. Il en faisait sans doute trop… Il parvint malgré tout à voir la tignasse rousse de Ron et baissa les yeux. A ses côtés, son protégé… Son « Rogue Potter », qui souriait.

Soulagé, il accepta de suivre Minerva, en se demandant s'il ne ferait pas mieux de mettre son chapeau pour qu'on arrête de le dévisager. Ce n'était que des cheveux, et ça avait l'air d'être l'évènement le plus important de l'année.

Il monta dans l'une des calèches, après avoir brièvement caresser caressé les deux sombrals qui la tiraittiraient. Minerva le suivait des yeux sans un mot, et cela dura pendant quelques minutes avant que, enfin, elle ne dise ce qu'elle avait en tête.

« Vous avez changé, Severus, depuis que vous avez adopté Harry. »

Il tourna les yeux vers elle, assez surpris, mais les détourna rapidement. Il n'avait pas envie d'avoir cette conversation… Cependant, il semblait que tout le monde avait décidé de le coincer pour lui parler de choses gênantes. Le coiffeur, le train, et à présent la calèche. Etaient-ils encore nombreux à vouloir lui faire la morale ?

« J'imagine, finit-il par répondre.

- Ce n'est pas une mauvaise chose… Surtout pour vos cheveux. »

Il fronça les sourcils et lui lança un regard désapprobateur. Il se passerait très bien de ce genre de commentaire mais, là encore, il préféra simplement balayer le problème de ses pensées. Elle avait sans doute raison : il avait changé. En bien, sans doute.

Professeurs et Directeur étaient installés dans la grande salle depuis une dizaine de minutes lorsque les élèves de deuxième à septième années se joignirent à eux. Il fallut encore un quart d'heure environ pour que les enfants de onze ans, terrifiés, se glissent à leur tour dans la salle.

Ils laissaient tous leur regard aller et venir entre le ciel artificiel, les tables, les professeurs, et le tabouret qui serait leur plus grosse épreuve de l'année, à leurs yeux.

Rogue se redressa un peu, cherchant des yeux le jeune Harry, le seul de tous ces premières années pour lequel il nourrissait une réelle inquiétude. Dans quelle maison irait-il ? Incontestablement, Gryffondor était celle qui lui correspondait le plus, mais le choixpeau… Il était parfois cruellement imprévisible.

Les premiers élèves passèrent dans le plus grand silence. Ils furent répartis, les uns après les autres. Silence, clameurs. Silence, clameurs. Puis soudain, un silence plus lourd encore.

« Harry Potter. »

Minerva le regarda, sans sourire, bien trop consciente de devoir faire attention à ne pas exprimer trop intensément son affection. Severus, lui, s'était largement redressé, tendant légèrement le cou pour être sûr d'entendre ce qui se produirait, à ce moment… Allait ilAllait-il suivre la voix voie de sa mère, et de son père, en rejoignant Gryffondor ?

Harry, frêle, minuscule, s'assit sur le haut tabouret, ajustant nerveusement sa robe sur ses genoux étroits.

Ses poings crispés, sa tête rentrant dans les épaules, il sembla rencontrer quelques difficultés à supporter le contact du chapeau. Comme si sa vie entière allait se décider maintenant… La pression pour Rogue était tout aussi insoutenable.

Gryffondor. Est-ce qu'il irait à Gryffondor ? Est-ce qu'il demanderait Gryffondor ? Severus ne lui avait jamais caché l'identité de ses parents, ni la façon dont ils étaient morts. Uniquement les traitements que son père lui avait fait subir, et peut-être avait-il oublié de mentionner que cette longue amitié avec Lily, avait cesser cessé une nuit, devant le tableau de la Grosse Dame.

« Pas à Gryffondor… »

C'était un murmure… Un simple murmure, répété comme un mantra. Severus sentit tout son corps s'enivrer d'une chaleur intense, une fierté… Une fierté si stupide ! Serpentard le rapprocherait de Jedusor ! Serpentard le mènerait sur le chemin d'une grandeur qu'il ne pourrait…

Il se redressa pour l'arrêter au moment exact où la voix du Choixpeau tonna :

« Serpentard ! »

Severus ferma les yeux, accusant le coup, mais fut bien obligé de rendre son sourire à Harry lorsqu'il croisa son regard. Il se laissa retomber, espérant que son excès de zèle n'ait pas été remarqué dans la tension ambiante.

Il y croyait peu, après avoir vu les dégâts causés par une simple coupe de cheveux.

Serpentard. Il se rapprocherait donc forcément de Drago… Le garçon n'était pas mauvais en soi. Simplement… Il n'était pas de la bonne famille. Harry aurait été bien mieux avec le jeune Weasley… Tellement mieux… Il se força à chasser ces pensées.

Il passa le reste de la répartition dans un épais brouillard d'appréhension et de questionnement, par instant chasser chassé par le sourire de Harry, là-bas, à la table des Serpentards. Ce n'était qu'un détail insignifiant, mais il était à la place exacte où lui-même s'asseyait, à l'époque…

Il vit le jeune Drago le rejoindre, et s'asseoir à ses côtés. Il ne doutait pas que Lucius lui ait demandé de se rapprocher du jeune Harry… Mieux valait attaquer maintenant, tant qu'il était naïf, n'est-ce pas ? Comme d'habitude, Weasley fut envoyé à Gryffondor, et il en serait sans aucun doute de même pour sa sœur lorsque le temps serait venu.

Le repas fit son apparition, mais il mangea sans grande conviction. Il sentait encore des regards pesants, aussi bien du côté des professeurs que des élèves. Au bout d'un moment, lassé, il se laissa simplement aller contre le dossier de sa chaise en baladant son regard sur les élèves de Serpentard.

Il les classifiait. De celui qui avait le plus de chances de rejoindre Jedusor, à celui qui en avait le moins. Harry était évidemment tout en bas de cette liste, bien loin de tous ces idiots qui croyaient qu'être à Serpentard leur donnait le droit de devenir agressifs, blessants, idiots… A quel moment les valeurs si précieuses de Salazar s'étaient-elles perdues ? Il y en avait eu peu qui soient réellement louables, et au final seule une avait perduré : l'absence de nés moldus.

Lorsque le repas fut achevé, Severus se leva, son regard toujours sur Harry, puis sur le préfet de la maison, un jeune garçon de quinze ans, à l'air dégingandé et perpétuellement perdu.

Il prit la tête des jeunes Serpentards, et les guida le long de la table, jusqu'à la sortie. En se dépêchant, il arriverait avant eux et… Il chassa l'idée. Non, menacer Drago n'était pas une solution valable. Il tenta quand même d'amorcer un mouvement, mais la voix d'Albus, basse et douce, l'arrêta.

« Severus ? Nous avons une longue discussion qui nous attend… »

Il avait ce petit sourire satisfait, qu'il lui faisait toujours quand il savait qu'il l'empêchait de faire quelque chose de regrettable, et le punissait en lui infligeant une de ses morales assommantes. Toutes ces histoires à propos de la force de la magie blanche, pure de toute intention malsaine… la magie blanche n'avait pourtant pas sauvé Lily.

« Mais elle a sauvé Harry… »

La réponse intérieure, écho des paroles lointaines de Dumbledore, lui serrèrent serra le cœur. Etait-il mal que, parfois, il regarde Harry en se demandait demandant si Lily aurait été épargnée si elle n'avait pas tenté de le protéger ? Sans aucun doute.

Il se retrouva bientôt dans le bureau de Dumbledore, et se laissa tomber sur la chaise qui faisait face à celle du Directeur, sans faire mine d'être fort, puissant, déterminé… Il était simplement inquiet et abattu, et puisqu'Albus le savait déjà, il était totalement inutile de le lui cacher.

« « Pas à Gryffondor ». »

Il se crispa un peu en relevant ses yeux d'un noir profond vers lui.

« J'espérais avoir mal entendu.

- Qu'avez-vous raconté à ce garçon ?

-Rien, se défendit-il. Je lui ai dit que sa mère était une sorcière formidable, pure et plus courageuse que n'importe qui d'autre. Que son père fût un joueur de Quidditch comme on en voyait peu dans un siècle, et qu'il aurait eu une grande carrière s'il n'avait pas choisi d'écouter son courage en combattant Tom. »

Albus le fixa un long moment, et Severus savait exactement ce qu'il pensait. Cette manie de l'appeler Tom le dérangeait. Dumbledore l'appelait par le titre qu'il s'était donné, une marque de respect pour sa puissance, mais aussi une marque de sa volonté à le combattre. Il ne comprenait pas que Severus veille tant à le rendre humain, aux yeux de Harry.

C'est là qu'il comprit sur quoi allait porter cette conversation, et il s'en énerva brusquement. Lorsqu'il se releva, son siège glissa en grinçant sur le sol de pierres, s'écartant de quelques centimètres.

« Comment pouvez-vous insinuer une chose pareille !

- Je n'ai rien dit, Severus…

- Ne me prenez pas pour un imbécile ! Je n'ai rien à voir avec ce que la maison Serpentard représente à présent !

- En effet… Et j'ai toujours pensé que, si vous n'aviez pas expressément demandé cette maison, vous auriez été envoyé à-

- Silence ! coupa-t-il sèchement. »

Et le silence tomba, en effet. Pendant quelques secondes, il n'y eut rien d'autre que l'électricité entre le regard bleu perçant d'Albus, et les yeux noirs, sombres et égarés, de Severus.

« Je crois, reprit Dumbledore d'un ton calme, que tout comme moi, tu respectes Lord Voldemort.

- Vous faites fausse route.

- Attendez, tempéra le directeur en levant légèrement sa main droite. Laissez-moi finir, Severus. Je crois que vous respectez sa force, et le courage, l'intellect, qu'il porte dans sa quête. A une autre époque, vous auriez suivi Gellert, car vous aimez suivre ceux qui portent haut leur conviction…

- Où voulez-vous en venir ? »

Dumbledore sourit faiblement, entre amusement et impatience : c'était ainsi, il aimait voir l'expression de ceux à qui il faisait l'un de ses discours.

« Vous voulez mettre au profit de grandes convictions, votre courage, votre ruse, votre intelligence, et votre bienveillance. Vous êtes un parfait exemple de ce qu'est Poudlard… Hélas, vous avez fait l'erreur de croire que votre maison déciderait de votre avenir.

- Arrêtez de tourner autour de votre propos, je doute que votre but soit de me dire que j'appartiens à toutes les maisons !

- Non, sourit le vieil homme. Je voudrais simplement vous dire que Harry, très vite, combattra avec de grandes convictions. Il aurait aura alors besoin de votre courage, de votre ruse, de votre intelligence, et de votre bienveillance. »