Bonjour bonjour !
D'abords, merci à tous pour vos adorables reviews !
Un chapitre plus imposant aujourd'hui, avec quelques petites notes au fil du texte qui sont mises à la fin. Surtout pour les chansons.
D'ailleurs, fêtons l'arrivée de Thatch dans l'histoire !
Disclaimer : Oda n'a pas trop à s'inquiéter de ce que je fais de ses personnages. Pour le moment...
Bêta : Neechu
RAR : Guest : Je suis contente que cette histoire te plaise ! J'espère que tu aimeras tout autant la suite !
IV : La chance
La traversée de la forêt dura encore deux jours, pendant lesquels Ace ne fit pratiquement pas de pause. Une fois à la lisière, il demanda à Truc de venir se cacher dans le col de son manteau. S'ils croisaient quelqu'un, ce serait plus discret que si elle restait sur la tête de Spade.
La fée rechigna un peu avant d'obéir, ayant une certaine confiance dans la mage de feu. Elle le sentait, même si Ace ne lui avait rien dit. On ne pouvait rien lui cacher, après tout, elle était née de la Magie.
Le chemin était désert, mais, en plissant les yeux, Ace aperçut au loin les contours de ce qui semblait être une petite ville. Il regarda où était le soleil et estima le temps qu'il restait avant que la nuit tombe. Il détermina ensuite la distance et comprit qu'il ferait mieux de se dépêcher s'il voulait arriver pendant qu'il faisait encore jour.
- Allez mon grand, encouragea-t-il Spade. Au galop.
Le cheval renâcla un peu avant d'obéir. Ace eut un sourire un peu dément en sentant le vent fouetter son visage. Il retint de justesse son chapeau de s'envoler et l'enleva avant de l'attacher avec peine au reste de ses bagages.
Le sourire d'Ace se fit plus grand quand il s'aperçut qu'au creux de son cou, Truc avait pris une intéressante couleur verdâtre. Il n'avait encore jamais rencontré personne ayant le mal de cheval.
Il fit ralentir, puis s'arrêter Spade au bout de presque une heure de course, sentant qu'il ne pourrait pas continuer très longtemps à cette vitesse. Ace descendit, reprit son chapeau puis mit au pas l'étalon. La ville n'était plus qu'à une petite demi-heure de marche. Spade pourrait récupérer un peu pendant ce temps.
Truc aussi, par ailleurs. La fée commença ainsi à reprendre des couleurs au bout d'une dizaine de minutes. Elle lui jeta alors un regard noir, peu effrayant de par sa taille, mais Ace s'excusa de ne pas l'avoir prévenue.
Ils s'approchèrent ainsi de la ville. Ace vérifia que son épée était bien dissimulée par son manteau et il resserra la sangle du luth dans son dos. Il enroula aussi solidement les rênes autour de sa main. Il ne devait être qu'un troubadour. La discrétion était de mise.
- Ne te montre pas Truc, d'accord ? chuchota Ace.
Un piaillement discret lui fit comprendre que Truc lui obéirait alors qu'ils arrivaient devant une porte gardée par des soldats couverts d'une armure légère, gravée des armoiries de la ville : deux chardons enlacés .
- Halte ! lui ordonna un des gardes.
Ace s'exécuta, stoppant Spade.
- Que venez-vous faire dans la ville de Francheronce ?
- Je suis troubadour. Je vais là où mes pas me mènent, que ce soit ici ou ailleurs, répondit mystérieusement et avec un fin sourire le jeune homme.
Le garde jeta un œil sur le luth qu'il portait et demanda à voir ses bagages. Le brun ouvrit ses sacoches pour dévoiler quelques vêtements de rechange, une couverture et un peu de nourriture.
- Très bien, vous pouvez passer. Vous devriez trouver du boulot facilement, c'est une semaine de foire. Bienvenue à Francheronce !
Ace hocha sèchement la tête et fit avancer Spade. Ils passèrent lentement les portes, le jeune homme prenant garde à ce que son épée ne cogne pas contre ses jambes ou celles de son cheval. Le bruit métallique attirerait immédiatement l'attention des deux soldats.
Il se détendit au fur et à mesure qu'il s'éloignait de la porte. Le brouhaha de la ville dissimulait bien le bruit de son épée claquant contre sa jambe. Il passa habilement entre les étalages installés de chaque côté de la rue, cherchant une auberge possédant une écurie.
Il remarqua quelques soldats qui patrouillaient. Certains portaient le même uniforme que les deux gardes à la porte, mais quelques autres arboraient un autre blason qu'il ne reconnaissait pas. Peut-être des soldats venus d'une autre ville pour aider à maintenir la paix pendant la foire.
Soudain, Ace se retrouva sur une grande place et il soupira. Traverser la place serait compliqué, vu le nombre d'étals et de marchands. Il longea les habitations et tomba par hasard sur un vendeur d'armes qui le harangua.
- Hé, le troubadour ! Ne crains-tu pas tes longs chemins sans arme ? Que dirais-tu d'un solide bâton pour te défendre ?
Ace fut tenté de l'ignorer. Seulement, poussé par la curiosité, il se rapprocha tout de même. Le marchand lui présenta plusieurs bâtons, mais un en particulier attira l'œil du jeune homme.
- Et celui-là ?
- Oh, il n'a rien de bien spécial. Le bout est renforcé par du métal, et il y a quelques gravures sur le bois, mais c'est tout.
- Je vais le prendre.
Le marchand essaya bien de le faire changer d'avis et de lui en faire acheter un plus cher, mais voyant que le troubadour n'en démordait pas, abandonna et le lui céda. Ace le paya et il reprit sa marche. Il attacha le bâton à sa selle, un sourire aux lèvres. Si le marchand avait su quelle arme il avait là, le brun n'aurait jamais eu assez de toute sa bourse pour payer !
Il avait désormais un bâton créé exprès pour résister aux flammes. Le bout était renforcé par du tantale, entrant difficilement en fusion, et les gravures étaient en fait des runes empêchant le bois de prendre feu.
Il sifflota gaiement, jusqu'à ce qu'il eut traversé la place. Là, il se trouva face à un petit campement de soldats, arborant les mêmes armoiries inconnues que tout à l'heure. Le blason lui disait vaguement quelque chose, mais Ace n'aurait pas su dire quoi.
- L'étranger, n'avance pas plus si tu tiens à la vie !
Ace sursauta à l'injonction et stoppa brutalement Spade, alors qu'un des soldats le menaçait de sa lance, l'ayant vu s'approcher d'un peu trop près.
- Veuillez m'excuser. Je ne connais pas la ville et je pensais trouver une auberge avec une écurie en traversant la place. Peut-être pourriez-vous m'aider ?
- Qu'est-ce qui pense que je vais te croi…
- Suffit, Wallem ! Qu'est-ce que c'est que tout ce raffut ?
Un homme d'une trentaine d'années, plutôt grand, sortit d'une des tentes. Il avait les cheveux bruns attachés en catogan, une barbiche noire et une cicatrice autour de l'œil gauche. Ace le catalogua tout de suite comme le commandant, au vu de sa posture et de l'ordre qu'il venait de donner.
- Désolé Prince, j'ai préféré arrêter ce jeune homme qui s'approchait un peu trop du campement. On est là pour maintenir l'ordre, et j'ai crains qu'il ne nous cherche des ennuis.
Oh, un prince donc, comprit Ace. Les armoiries lui revinrent alors en mémoire et il sut qu'il se trouvait face à un des fils du roi Newgate. Le troubadour s'inclina profondément et il retint une grimace quand Truc s'accrocha à ses cheveux pour ne pas tomber.
- Pardonnez-moi pour le dérangement, je me suis perdu et votre soldat n'a fait qu'exprimer sa méfiance.
Ace se mordit la lèvre. Il détestait s'incliner, mais il n'avait pas le choix. Il devait jouer son rôle jusqu'au bout.
- Oh. Un troubadour. Je doute que vous causiez de graves ennuis à Francheronce. Wallem, baisse ta lance.
Le soldat s'exécuta en grommelant, restant toutefois attentif aux moindres gestes du troubadour. Son supérieur demanda ensuite à Ace, sans aucune agressivité, ce qu'il cherchait avant de se perdre.
Le brun décida qu'il aimait bien ce prince, qui ne semblait pas ni avoir pris la grosse tête, ni se sentir supérieur au peuple.
- Une auberge avec une écurie pour mon cheval, Sire, répondit doucement Ace en se redressant.
- J'ai une proposition à vous faire. Sans vous, mes hommes et moi passeront sans doute une morne soirée. Je vous offre le gîte et le couvert pour cette nuit, ainsi que du foin pour votre cheval, si vous acceptez d'égayer notre repas.
- Ce serait un honneur de me produire face à un prince. J'accepte avec plaisir.
- Alors marché conclu ! Vous vous appelez ?
- Ace, Sire.
Le jeune homme repensa à Brook, le musicien de la cour de Goa, et sentant que l'absence de nom de famille ferait tâche, précisa :
- Ace Brook.
- Très bien ! Attachez donc votre cheval avec les autres et venez me rejoindre dans ma tente. Je suppose que le voyage a dû vous épuiser.
Le jeune homme hocha la tête, puis emmena Spade vers les autres chevaux. Il attacha les rênes au poteau et caressa le chanfrein de l'animal. Il le dessella et enleva ses sacs, avant de laisser Spade se coucher sur le sol. Puis, vérifiant que personne le regardait, Ace prit Truc et l'installa dans une de ses sacoches, avec une pomme pour dîner.
- Tu ne fais pas de bruit, d'accord ? Je reviens demain matin. Bonne nuit, souffla Ace avant de refermer la sacoche.
Il défit aussi rapidement son épée et la mit entre ses affaires et son cheval. Il prit sa couverture et la rabattit sur Spade, à la fois pour qu'il ne prenne pas froid et pour dissimuler son arme.
Il retourna vers les tentes et sentit les regards suspicieux des gardes sur lui. Il entra dans la tente du prince, et fut un peu surpris par l'austérité des lieux. Un simple lit de camp et une table avec une chaise où Thatch était assis.
Décidément, il aimait de plus en plus ce prince qui ne semblait pas être précieux.
- Installe-toi sur le lit. On devrait manger dans une petite heure, mais je suppose que tu aimerais te reposer un peu.
Ace tilta au tutoiement, mais laissa passer. Après tout, il était censé n'être qu'un troubadour.
- Je vais décliner la proposition, Sire. J'accorderai simplement mon luth, si cela ne vous dérange pas.
-Vas-y, ne te gêne pas pour moi. D'où viens-tu ?
Ace s'assit sur le sol et défit la bandoulière de son luth pour le passer devant lui. Il commença à l'accorder avec précaution, réfléchissant à sa réponse. Il décida de suivre le plus près possible son histoire et lâcha :
- Je suis né dans le royaume de Baterilla, mais j'ai grandi dans celui de Goa. Ma mère a réussi à me confier à de la famille lointaine avant sa mort.
- Oh, orphelin donc.
Ace acquiesça, fermant les yeux pour écouter le son des cordes alors qu'il les pinçait. Satisfait, il reposa son instrument à côté de lui pour se consacrer entièrement à l'interrogatoire du prince.
- Qui t'a appris à jouer ?
- Le musicien de la cour. Il trouvait que j'avais un certain talent. Il m'a appris à chanter, aussi.
- Aurais-je le privilège de t'entendre chanter ce soir alors ?
- Si cela vous plaît, Sire, je le ferai.
- Laisse tomber le Sire gamin, j'ai l'impression d'être vieux, grommela le prince.
Ace retint la pique qui menaçait de passer ses lèvres. Se mettre à dos celui qui lui offrait le gîte et le couvert pour cette nuit était une mauvaise idée.
- Bien, prince Thatch.
La grimace du plus âgé valait tout les discours, et cela fit sourire le jeune homme. Il l'aimait vraiment beaucoup, ce prince.
- Vous êtes de la famille Newgate, n'est-ce pas ? osa alors Ace.
Le prince se referma brusquement, comprenant où voulait en venir le troubadour.
- Quoi, toi aussi, tu es un candidat au suicide ?
- On dit que la musique adoucit les mœurs. J'aimerai bien tenter de charmer la bête.
- … Pour la princesse ?
Ace ne remarqua pas le ton presque moqueur de l'homme à cet instant, et il répondit honnêtement :
- Je n'ai aucune envie de l'épouser.
Ce qui était vrai en un sens, mais ne recelait pas l'entière vérité. Cela lui sauva la mise sans le savoir.
- Tu sais gamin, je suis capable de déceler quand on me ment. Et là, tu as toujours dit vrai. Écoute, au départ, je suis parti sauver mon… ma frangine des pattes du monstre. Accompagner deux compagnies jusqu'ici, puis aux frontières du royaume n'était qu'un ordre de mon père. Comme tu n'as aucune vu sur la princesse, je ne verrai aucun inconvénient à ce que tu m'accompagnes et tentes de charmer le dragon. À condition, évidemment, que tes talents me convainquent.
Ace retint de justesse sa mâchoire de choir au sol. Décidément, la chance lui souriait ! Il accepta vivement, espérant ne pas paraître trop suspect. Mais intérieurement, il sautait de joie.
- Au fait, toi aussi tu as appris la musique avec la théorie guidonienne [1] ? l'interrogea Thatch, pour changer un peu de sujet.
- Mon professeur était de la vieille école, alors oui. Ça faisait toujours rire une personne que je considère comme mon petit frère quand il me voyait déchiffrer des morceaux avec le principe de la main guidonienne [2].
- Je vois, sourit Thatch.
Ils furent interrompus par un soldat, qui annonça que le souper était prêt. Ace prit son luth avant de sortir de la tente, suivi par le prince. Le repas fut frugal et rapide. Bientôt, les soldats demandèrent à Ace de jouer.
Le brun sourit et s'installa le plus confortablement possible avant de pincer les cordes. Les hommes reconnurent les premières notes et bientôt chantèrent en chœur la chanson à boire :
« Qui veut chasser une migraine
N'a quoi boire toujours du bon
Et maintenir sa table pleine
De cervelas et de jambon.
L'eau ne fait rien que pourrir le poumon
Goûte, goûte, goûte, goûte, compagnon,
Vide-nous ce verre et nous le remplirons.
[…] » [3]
Les hommes finirent la chanson en riant et tapèrent dans le dos du troubadour, plus accueillants désormais que méfiants. Thatch lança un coup d'œil appréciateur au jeune homme, qui cette fois enchaîna sur une pavane.
« Belle qui tiens ma vie
Captive dans tes yeux,
Qui m'as l'âme ravie
D'un sourire gracieux,
Viens tôt me secourir
Ou me faudra mourir.
[…] » [4]
Les chants s'enchaînèrent une bonne partie de la soirée, jusqu'à ce que Thatch ordonne à ses hommes de se coucher. Ace se releva en même temps que les autres, se demandant néanmoins où il dormirait.
- Viens, lui indiqua le prince.
Ace le suivit jusqu'à sa tente et il reçut une couverture et un oreiller.
- Je ne peux que te passer ça gamin, même si tu m'as largement convaincu. Il faudra que tu dormes sur le sol.
- Alors vous m'emmènerez avec vous ?
- J't'ai dit que c'était bon gamin. Dors au lieu de poser des questions stupides.
- J'ai vingt ans, contra Ace. Je ne suis plus un gosse.
- Oh, dors et tais-toi, on dirait mes sœurs !
La réplique fit mouche, puisque le brun se contenta de grommeler. Il posa son luth sur la table après avoir demandé la permission, puis il s'installa sur le sol.
- Merci, Thatch, osa-t-il avant de fermer de les yeux.
- Pas de quoi, gamin.
L'aîné rit en entendant son cadet marmonner dans sa barbe inexistante. D'ailleurs, il se fit la réflexion que le damoiseau avait des traits fins, presque féminins pour un garçon de son âge. Encore un point sur lequel il pourrait sûrement le taquiner.
[1] théorie de Guido d'Arezzo, théoricien de la musique et auteur de plusieurs traités, Xème/Xième siècle.
[2] moyen mnémotechnique de lecture à vue pour le chant. En gros, les parties de la main représente des notes.
[3] Chanson à Boire, par Tri Yann
[4] Pavane Belle qui tient ma vie, Thoinot Arbeau, XVIème siècle. Si, si, c'est la même que dans Kaamelott (Merci Neechu :)
J'espère que ce chapitre vous a plu ! On se retrouve demain pour la suite !
Une petite review ?
