Chapitre 11 :

Mai raccrocha et alla dans l'application calendrier de son portable pour noter son rendez-vous qui se situait une semaine et demi d'ici plus tard. Elle n'allait pas pouvoir tenir aussi longtemps en ayant le soupçon d'avoir perdu le bébé en tête ! Elle devait savoir, mais le médecin avait d'autres consultations tout aussi importantes et cela ne servait à rien d'insister . Et Naru ? Elle ne pouvait pas lui cacher une information aussi longtemps...

Elle allait lui parler, aujourd'hui!

Elle tourna son regard vers la camionnette, mais d'abord, aider son équipe à décharger. Elle se dirigea d'un pas rapide vers le coffre ouvert et vit deux cartons. Elle en prit un et entra dans le bâtiment. En montant les escaliers elle croisa Bou-san qui descendait.

- Mai il y a Masako qui a réapparu, elle est dans le bureau de Naru si tu veux la voir !

La jeune femme eut un grand sourire, heureuse de revoir cette amie, même si leur relation était un peu compliquée. Elle alla jusqu'au local totalement enjouée et ayant momentanément oublié la future discussion compliquée avec son amant. Elle déposa son fardeau, ressortit et se dirigea vers le bureau. A quelques mètres de la porte elle remarqua que celle-ci était entrouverte. Mai pouvait entendre deux voix basses. Elle entra silencieusement puis se figea complètement, face au spectacle.

Mai sentit son cœur se briser, la respiration lui manquait, ses jambes étaient tremblantes... cependant elle réussit à faire demi tour, descendre, marcher... marcher encore et encore d'un air absent jusqu'à se retrouver chez elle. La porte d'entrée se referma bruyamment derrière elle. Elle s'effondra. Elle glissa lentement au sol, des larmes coulant silencieusement sur ses joues pâles, trop pâles puis son corps frêle fut secoué de lourds sanglots. Elle gémit, comme une supplique, avec une voix faible et tremblante.

- Pourquoi Naru...

L'image était marquée au fer rouge dans son esprit, comment, pourquoi, depuis quand ? Elle ne pouvait se défaire de ça... De Masako et Naru s'embrassant... Elle était dans un véritable cauchemar où malheureusement elle n'allait pas se réveiller pour découvrir que ce n'était que le fruit de son esprit fatigué et stressé.

Elle se noyait dans cette douleur. Mourir intérieurement. Elle avait terriblement besoin de lui. Mais lui était dans les bras d'une autre en ce moment. C'était une torture... Et les larmes ne cessaient de couler.

Elle chercha à essuyer ses joues trempées avec des gestes brusques mais c'était vain... elle ne s'arrêtait pas. Elle voulait retenir ses larmes comme pour retrouver un semblant de contrôle dans sa vie mais... elle pleura un long moment jusqu'à être épuisée, complètement inerte sur le parquet vernis.

Elle renifla et s'accrocha à une idée.

- Un mouchoir...

Elle se leva sur ses jambes tremblantes en s'appuyant sur le mur. Où ça se trouvait déjà ? Elle chercha dans le petit meuble d'entrée : pas là. Salon : idem. Chambre : un paquet vide. Elle poussa un ultime cri de rage pour ce pauvre objet.

- Putain merde !

Elle alla dans la salle de bain, chercha frénétiquement dans les tiroirs en balançant tout au sol puis finit par trouver la Saint Graal. Elle s'acharna un moment sur le paquet en poussant des jurons avant de réussir à l'ouvrir. Elle se moucha bruyamment une fois puis deux avant de jeter les papiers usagers à la petite poubelle se trouvant à côté du lavabo.

Elle se traîna ensuite jusque dans sa chambre en serrant dans son poing son nouvel ami dans l'espoir de se coucher mais la vision de ce lit lui serra le cœur. Elle les revoyait... Ces moments heureux, leurs étreintes passionnées, ses bras réconfortants... Elle regrettait tellement de lui avoir tout donné, ça faisait si mal..

Elle ne pouvait pas s'allonger dans les draps qui portaient encore son odeur, c'était au dessus de ses forces.

Direction le salon alors, en pénétrant dans la pièce elle fixa du regard le fauteuil qu'il utilisait, lui lisant un bouquin et elle qui se permettait de s'asseoir sur ses genoux il râlait mais il passait toujours une main sur son ventre pour la maintenir contre lui.

Mai retint un sanglot et alla s'allonger sur le canapé après avoir balancé le paquet de mouchoir sur la minuscule table basse. Elle se tourna vers le dossier pour ne pas à avoir àregarder le fauteuil. Malgré sa douleur et sa peine elle s'endormit rapidement.

Le soleil commençait déjà à se coucher quand elle sortit des bras de Morphée, ouvrant les yeux sur la fenêtre du salon et observa d'un air vide le ciel devenu ocre. Elle avait toute la journée à dormir. Elle se trouvait plutôt pathétique. Alors qu'elle s'était promis de rester forte après le deuil de ses parents, elle s'était effondrée...

Son ventre gargouilla et Mai soupira, elle n'avait pas vraiment faim mais elle n'allait pas se permettre de sauter des repas et s'affaiblir encore plus, alors que la période des examens arrivait. Elle se leva et se déplaça lentement vers la cuisine étroite. Elle ouvrit le frigo et grimaça en voyant le yaourt solitaire. Elle devait aller au conbini, maintenant...

Foutu journée pourrie...

Elle claqua la porte du frigo et commença à déambuler dans l'appartement pour prendre veste, clé et portefeuille avant de descendre les trois étages à pied.

Foutu immeuble sans ascenseur...

Elle frissonna, l'air frais la pénétrant jusqu'à l'os, la gelant complètement. Elle ferma sa veste épaisse et enfonça ses mains dans ses poches, cherchant la moindre particule de chaleur.

Foutu temps de février...

Elle partit en direction du conbini d'un pas rapide. Finir vite cette tâche agaçante et rentrer. Elle arriva au bout de 10 minutes, ce temps qui lui semblait court autrefois lui paraissait extrêmement long aujourd'hui. Elle en avait tout simplement marre de tout. Elle entra dans la boutique, salua d'un hochement de tête le vendeur puis fonça droit vers le rayon des bentos. Là, elle avait un peu la flemme de faire les courses pour plusieurs jours, prendre juste le repas de ce soir allait largement suffire.

Elle regarda un instant les prix, comparant, puis se demanda si elle devait prendre ce qu'elle préférait et payer plus cher ou.. elle sursauta, son portable avait vibré dans la poche de son pantalon, lui rappelant son existence. Elle l'attrapa et remarqua avec gène une quinzaine de messages non lus sur l'écran, elle tapa donc son mot de passe et les fit défiler. C' était en très grandes parties des mots d'inquiétudes tel que : "Il y a un problème princesse ? Tu es partie précipitamment sans nous dire au revoir, j'espère que tu n'es pas malade... Bou-san" ou encore " Tout va bien ? Tu étais pâle en partant. John'" Il y avait ainsi de nombreuses relances d'Ayako, Bou-san et John dont l'angoisse ne faisait que monter. La culpabilité de Mai aussi. Elle leur répondit qu'elle s'était endormie, qu'elle n'avait donc pas vu les messages et qu'elle était désolée.

Puis elle tomba sur un autre type de message... "On doit parler. Naru"

La main de la jeune femme trembla en lisant ces quelques mots, juste ça... Pas d'inquiétude, rien... juste la phrase la plus redoutée dans un couple. Des larmes lui échappèrent. Il allait lui parler de Masako... de ses sentiments pour elles... il allait la quitter après avoir avoué sa trahison. C'était un ultime poignard dans le cœur. Mais elle refusait de le voir, c'était encore trop tôt pour lui faire face.

Elle ne le verrait que si elle était sûre de ne pas craquer à sa vue.

Elle lui répondit avec cette sensation qu'elle allait étouffer dans la seconde. Son but, être naturelle.

"Désolée Naru mais je n'ai pas le temps, dans un mois je termine le lycée et je dois me consacrer à mes études un moment si je veux réussir le concours universitaire. Mai"

Elle rangea le portable, n'attendant pas une réponse, et elle essuya ses larmes pour la énième fois de la journée en reniflant. Merde, avec ces conneries elle avait oublié son nouvel ami sur la table basse... Bon ben elle devait se dépêcher de le retrouver alors, elle prit donc au hasard un bento, envoyant au diable ses précédentes réflexions sur lequel choisir. Elle repartit vers l'entrée, paya à la caisse qui était heureusement vide de clients et se mit presque à courir pour arriver à l'appartement.

En rentrant, elle se jeta sur les mouchoirs et une fois soulagée alla dans la cuisine pour jeter le papier, se laver les mains et se mettre à table. Elle s'installa donc sur petite table de pic nique, face à une chaise vide... qui était la place de Naru. Elle se mordit la lèvre et baissa la tête sur son bento.

Dans chaque pièce Naru avait laissé son emprunte, elle ne pouvait pas rester là, ce n'était plus sain. Autrefois elle avait emménagé ici pour s'éloigner de la maison gorgée de souvenirs de sa famille. Cela lui avait permis d'avancer, de panser ses plaies, faire son deuil sans être hantée. Il était sans doute temps de partir.

Elle mangea dans un silence pesant, elle qui mettait toujours de la musique pour égailler cet endroit un peu triste -elle n'avait pas le cœur à ça- tout en pensant à ce qu'elle devait accomplir demain.

Elle allait profiter du week-end qui s'annonçait pour disparaître de la vie de l'homme qui l'avait trahis. Elle toucha la clé qui pendait à son cou avec un sourire mélancolique.

"Maman, papa... Je reviens à la maison... après toutes ces années..." pensa-t-elle.

Maman... Mai manqua d'air soudainement à cette pensée et fut prise de vertige. Elle posa une main sur son ventre reprenant enfin conscience de son état. Elle était enceinte à 18 ans d'un homme qui la trompait... Elle ne pouvait pas... C'était trop pour elle... Un sanglot lui échappa, elle vacilla un instant puis bascula sur le côté, perdant connaissance.

Elle n'entendit donc pas une personne pénétrer dans son appartement et pousser un cri d'effroi en la voyant à terre. Cette personne se précipita à ses côtés, lui prit la main dans la sienne tout en posant son autre main sur son épaule.

- Mai, tu m'entends ? Serre moi la main si tu m'entends !

Aucune réaction. Et un juron.

La personne tira la tête de Mai en arrière avec douceur et lui ouvrit la bouche. Elle se pencha jusqu'à ce qu'elle soit à quelques centimètres du visage, et tourna la tête vers le ventre. A son oreille, un souffle et le ventre qui bougeait au rythme d'une respiration.

La personne poussa un soupir de soulagement, au moins elle n'avait pas à faire le bouche à bouche. Elle procéda à l'étape suivante : elle déplaça la chaise et la table qui la gênaient, positionna Mai en PLS puis pris son portable pour appeler les secours.

- Oui, je suis Matsuzaki Ayako et je me trouve au...