Salut tout le monde ! Deux semaines sans retard, attendez-vous à des répercutions climatiques ! Donnnnc, pour faire suite à la demande que j'avais faite dans le précédent chapitre, j'ai changé la photo cover qui correspond plus à la tournure que prend l'histoire ;) Je remercie donc tout particulièrement Bonne Ame pour me l'avoir trouvée & Mystik.7, OncerandOthers & Solveig5 qui m'en ont proposées d'autres, j'ai galéré pour choisir !

Morgane 10 chapitres quand même pas ^^ LumoSwanQueen yaura que des rapprochements à partir de maintenant & je te promets que j'arriverais à le détrôner, peut-être pas de suite, mais j'ai des idées ;) ElsyCiel, j'adore le "super méga extra supra genialissimement génial" ( compliment du mois ! ) .

Merci encore à vous tous, n'hésitez pas à m'engueuler si j'oublie de répondre à vos commentaires, parfois je crois l'avoir fait alors que non :(

Les Guest svp mettez moi au moins un surnom, une lettre, pour que je puisse vous citer !

Bref, j'arrête de vous saouler xD Enjoy my dears !


Chapitre 6 :

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Emma

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Elle était allongée lorsqu'elle se réveilla, plongée dans une obscurité rassurante et en dépit de son incompréhension, elle ne paniqua pas. Quelque chose de chaud était collé à son côté droit et l'espace d'un instant la pensée folle qu'elle était peut être dans un lit avec la Reine lui traversa l'esprit mais ses doigts effleurèrent un pelage soyeux qu'elle aurait reconnu n'importe où.

- Salut toi.

La bête émit un léger grognement lorsqu'elle osa passer un bras autour de son corps musclé pour s'y blottir un peu plus. Si elle restait immobile peut-être pourrait-elle prétendre qu'il ne s'était rien passé, qu'elle était simplement chez elle, le lendemain du tournoi, mais son estomac noué témoignait malheureusement du contraire.

Les derniers mois l'absence de la Reine dans sa vie n'avait pas atténué la fréquence des pensées qu'elle avait pour elle. Avec obstination elle s'était appliquée à obéir à sa volonté, affirmant aux yeux de tous et au grand dam de ses parents ce qu'elle était vraiment. Loin de la Princesse en belles robes de couleurs pales elle s'était acharnée à porter des pantalons, collectionnant les effronteries et les remontrances. Seul signe de vie de son ange gardien, elle avait reçu une simple lettre lui indiquant l'existence d'un passage secret dans l'un des couloirs de l'aile principale qui menait directement aux écuries. Personne n'avait encore découvert comment Ruby et elle parvenaient à s'enfuir les jours où des gardes patrouillaient chaque aile du château.

Quand elle l'avait revue elle avait senti son cœur exploser, impressionnée comme toujours par la chance qu'elle avait de côtoyer une telle femme et incapable de déterminer ce qui pouvait bien lui en avoir donné le privilège. Elle n'avait pas réfléchi quand elle avait cru sa vie en danger. Certainement avait-elle été trop hâtive à tirer des conclusions. La sorcière était connue pour entraîner elle même ses soldats, elle excellait au combat et contrairement à sa mère, le temps qui ne semblait avoir aucune emprise sur elle n'avait pas altéré ses capacités.

Non, elle n'avait pas réfléchi avant de s'interposer entre elle et le danger. Sa réaction avait étonné le soldat, lui laissant le temps nécessaire pour enfoncer la lame de son épée dans le cuir de la maigre protection qu'il portait.

Elle avait tué quelqu'un.

Alors qu'elle avait observé la brune faire visiblement l'effort de ne pas achever les adversaires qui tombaient autour d'elle avec une facilité étonnante, elle, avait commis l'irréparable.

- Bonjour Princesse.

La voix basse la fit sursauter. Depuis quand était-elle là ? Elle qui était habituée à se tendre dès que la sorcière entrait dans la même pièce qu'elle n'avait pas été capable de sentir sa présence pour la découvrir avec stupeur assise sur le rebord du lit dans lequel elle était. Elle prit le temps de l'observer, son regard glissant le long de la robe noire avant de détailler la pièce dans laquelle elle était. Teints monochromes, meubles en bois noirs et de grandes étendues de miroirs à peine réchauffées par de lourdes tentures en velours rouge sang ombrées d'or par le reflet d'un feu qui brûlait dans une immense cheminée. Nul doute sur la propriétaire des lieux.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Vous vous réveillez dans mon lit et incapable de vous souvenir de ce qu'il s'est passé ? Je suis déçue ...

Elle eut un sourire à la fausse indignation qui laçait clairement ses mots. De toute évidence elle n'avait aucun mal à deviner dans quel état elle se trouvait et avait décidé de lui changer les idées.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? répéta-t-elle néanmoins.

- C'était si gentiment demandé que je n'ai pas résisté au plaisir de vous enlever. Je pensais qu'un peu de repos ne serait pas de trop.

- Merci.

- Comment vous sentez-vous ?

Les perles d'ébène étaient fixées sur elle avec une intensité rare qui semblait happer tout le reste de la pièce, la forçant à une honnêteté qu'elle n'avait pas anticipée.

- Comme si c'était moi qu'on avait poignardée.

- Emma ...

Une main aux ongles laqués de noir s'avança vers elle avant de retomber sur le lynx qui dormait toujours à ses côtés comme si elle jugeait finalement préférable de ne pas la toucher. En face d'elle la brune semblait chercher ses mots et elle se surprit à envier la bête qui recevait l'attention des caresses de sa maîtresse.

- Je ne suis pas la mieux placée pour donner ce genre de conseils, je suis sûre que d'autres le feront mieux que moi, mais ... Vous avez agi avec la bravoure d'un véritable garde. Vous méritez votre place ici.

- Mais j'aurais pu simplement l'éloigner ...

- Est-ce que vous pensez qu'il aurait hésité à me tuer ?

- Non.

- Comment auriez-vous réagi si il avait atteint sa cible ?

- Je ... Je m'en serais voulu toute ma vie, répondit-elle avec honnêteté.

La réponse assombrit les traits parfaits de la Reine de quelque chose qu'elle ne reconnut pas.

- Je veux que vous restiez quelque jours ici. Quand vous intégrerez ma garde, vous serez obligée d'habiter l'aile du château qui lui appartient. S'il y a le moindre problème ...

- Il n'y en aura pas. Est-ce que Ruby pourra venir me voir ?

- Elle peut même venir s'installer ici si elle le désire Princesse.

- D'accord, c'est très gentil de votre part.

- Hum ... Vous devez savoir Emma, qu'un tel adjectif ne correspond absolument pas à la façon dont je traite mes soldats et rarement mes proches.

- Je suis une exception alors ?

- Peut-être. Mais ne vous attendez pas à recevoir un traitement de faveur une fois que vous serez garde.

- Je n'oserais pas.

- Bien. Je dois m'occuper de quelques détails en réunion aujourd'hui. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, demandez son aide à mon génie. Il s'appelle Sidney.

- Merci infiniment.

- Ce n'est rien.

Le regard perçant la cloua quelques secondes supplémentaires au lit dans lequel elle s'était réveillée avant que la femme ne lui adresse un léger sourire.

- Il y a une chambre d'amis de l'autre côté du couloir, installez vous quand vous vous sentirez prête.

- Et si je préfère la votre ?

La question fit marquer une pause à la brune.

- Emma ... Vous êtes si jeune. Vous ne savez même pas ce que vous demandez ...

Autour de son cou le pendentif qu'elle portait fidèlement sembla soudain peser plus que de raison et elle fut ravie de la pénombre de la pièce qui cachait son embarras.

- A mon âge vous étiez déjà mariée à mon ... Vous étiez déjà mariée.

- Justement. Ce n'est pas ce que je veux pour vous.

- Qui a parlé de se marier ?

Son audace lui valut un éclat de rire qui noua son estomac et elle dut fermer les yeux pour ne pas laisser les larmes couler.

- Reposez-v...

- Je ne suis pas fatiguée ! cria-t-elle en réveillant le félin qui dormait jusque là à ses côtés.

L'animal bondit d'un geste souple vers sa maîtresse, frottant sa tête contre le tissus de sa robe. Elle n'avait aucun mal à distinguer le conflit intérieur auquel elle était en train de se livrer mais elle n'avait pas besoin d'attendre la suite pour savoir qu'elle ne céderait pas. En dépit de tout ce qu'elle avait déjà accompli elle n'était rien de plus à ses yeux qu'une enfant qu'elle protégeait pour des raisons obscures. Une colère qu'elle ne connaissait que trop bien lui fit serrer les poings et elle se dégagea des épaisses couvertures sous lesquelles elle avait été jusque là ensevelie.

- Où sont mes chaussures ?

- Pardon ?

Quitte à passer pour une enfant, elle préférait que la Reine pense qu'elle était en train de bouder plutôt que de provoquer une crise et se voir humiliée. Elle ne l'avait peut-être jamais vue en action mais elle n'avait aucun doute sur la capacité de la Reine à détruire n'importe qui avec de simples mots.

- Mes chaussures. Où sont-elles Majesté ?

L'intéressée lui répondit d'un signe de tête en désignant un coin de la pièce où armes et bottes avaient été entreposées et elle s'en empara avec toute la dignité qu'elle put invoquer.

- Qu'êtes vous en train de faire ?

- Je m'habille.

- De toute évidence, oui. Pourquoi ?

- Pour ne pas avoir l'air d'une souillon quand j'irai demander à votre Commandant de me conduire au quartier de vos gardes.

- Je vous ai d...

- Je n'ai pas envie de rester ici. Je suis en plein forme, ma place est avec eux.

- Votre place est là où je décide qu'elle est Swan.

Le nom la figea. C'était la première fois qu'elle l'utilisait dans une de leur conversation et elle ne put s'empêcher de remarquer qu'il avait contenu plus de venin que les autres mots. Comme pour lui prouver quelque chose.

- Je crois que c'est clair. Je peux y aller ou vous voulez d'ores et déjà arracher mon cœur histoire d'être sûre que j'obéis au moindre de vos désirs ? grinça-t-elle.

- Un autre ton Princesse. Mettez vos contes à jour, je ne contrôle plus le coeur de mes soldats depuis des années, même le Commandant a le sien ! Sortez, vous le trouverez certainement en entraînement.

La tirade avait été délivrée avec un calme impressionnant, la voix basse aussi froide que la glace mais les yeux sombres brûlaient d'un feu dévastateur. De la magie qu'elle pouvait presque sentir crépiter dans l'air.

- Partez, rajouta la brune en confirmant ses suspicions.

- Est-ce que je peux vous aid...

- Maintenant !

Cette fois l'ordre avait fusé, une vague de magie la poussant vers la porte qui se referma derrière elle avec un claquement qui fissura le bois sculpté. Hébétée elle resta de longues minutes immobile à l'affût du moindre bruit qui ne vint pas, se décidant après une éternité à se mettre en marche vers les étages inférieurs. Son passage suscitait des sourires auxquels elle n'était pas habituée et elle accéléra le pas pour rejoindre le groupe d'hommes qu'elle voyait s'entraîner au corps à corps.

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À en croire les regards qu'elle reçut, il était clair que tous les gardes étaient au courant de la particularité de sa situation et si certains s'étaient montrés agréables, ils restaient pour la plupart méfiants. Certainement, leur loyauté envers la Reine leur empêchait de faire confiance à la fille de sa pire ennemie. Dans une grande salle où une collection d'armes avait été accrochée aux murs, elle s'était forcée à manger avec eux malgré le nœud qui serrait son estomac et encore timide au milieu d'une grande majorité d'hommes. Elle passa le plus clair de son repas à écouter les conversations qui se faisaient sans elle.

- Est-ce que l'arrivée de la petite veut dire que la Reine va reprendre nos entraînements ?

- Non, elle m'a fait savoir qu'elle serait occupée quelques jours, entendit-elle le Commandant informer son soldat. On ira la former en forêt.

- Qu'est-ce qu'il y a en forêt ? intervint-elle.

- Pas grand-chose. Principalement des bandits qui s'amusent.

- Je faisais déjà ça dans la forêt noire.

- On verra.

Elle allait répliquer quand elle reconnut le hurlement d'un loup au loin. Autour de la table, plusieurs hommes levèrent la tête et échangèrent des froncements de sourcils mais ce fut elle qui se leva la première, laissant l'assiette à laquelle elle avait à peine touché pour sortir de la salle et dévaler les escaliers en pierre du château. Elle ne fit pas attention aux pas qui la suivirent, elle aurait reconnu le cri n'importe où. Elle se rappelait encore de la première fois où elle l'avait entendu, les yeux brillants une nuit de pleine lune derrière la fenêtre de sa chambre.

- Ruby ! appella-t-elle une fois qu'elle fut dans les jardins moins élégants que ceux qui décoraient le parvis de l'aile principale. Ruby je suis là !

- Qu'est-ce … Attention ! entendit-elle quelqu'un crier derrière elle.

Elle ne prit pas garde à l'avertissement, se retournant vers la source du bruit qu'elle avait entendu marteler le sol tapis d'herbe. L'animal se précipita sur elle, manquant la faire tomber à la renverse et elle garda les yeux plongés dans les orbes dorés tandis qu'elles se muaient en un brun foncé.

- Emma … Tu vas bien ?

- Bien sûr … Bien sûr que je vais bien Ruby. Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Tes parents … Tes parents sont devenus fous.

- Pourquoi ? Ruby ?

Son garde du corps semblait avoir du mal à s'exprimer et ce ne fut qu'en tentant de la relever qu'elle remarqua le sang qui souillait ses mains.

- Merde. Aidez-moi !

Elle dut reconnaître l'efficacité des deux inconnus qui l'avaient suivie, s'emparant du corps frêle de son amie pour la faire rentrer dans le château.

- Emma …

- Je suis là. Amenez-là dans ma chambre s'il vous plaît. Il faut la soigner.

- On va s'en charger.

Autour de son cou le pendentif qu'elle portait vibrait en un écho du tremblement qui agitait ses mains et elle s'assit tremblante dans un coin de la chambre qui lui avait été attribuée, la vision troublée de larmes tandis qu'une femme débarrassait Ruby de ses vêtements sous le regard du Commandant. Elle y aurait vu une objection si elle n'avait pas remarqué l'expression de concentration extrême qu'il portait, les traits d'une froideur qui lui rappela celle de sa souveraine. À l'instant il n'était plus un homme mais un chef d'armée qui observait une opération. Elle se rendit compte qu'elle était en train de se mordre la lèvre quand elle sentit un gout de sang se répandre dans sa bouche. La louve n'était peut-être qu'une vulgaire opération pour eux, mais elle faisait partie du maigre nombre de personne qu'elle pouvait considérer comme sa famille.

- C'est bon, finit par la rassurer la femme qui était restée penchée au dessus de la brune. Ton amie va déjà mieux. Il y avait quelques dégâts internes qui mettrons un peu plus de temps à guérir mais ma magie a été efficace dans l'ensemble.

- Merci, répondit-elle simplement d'une voix rauque.

Elle n'avait pas su que la garde royale comportait des magiciennes, mais elle ne pouvait que s'en ravir. En silence, les autres quittèrent la pièce et elle mit quelques minutes avant de venir s'asseoir au chevet du lit encore tâché de sang, s'endormant une main dans celle de son amie.

- Emma.

Le murmure de son prénom fut suffisant pour la réveiller en sursaut, immédiatement accrochée au regard sombre qui l'observait, voilé de fatigue.

- Ruby ! Comment est-ce que tu te sens ?

- Un peu … Un peu engourdie. Où est-ce que je suis ?

- Château de Regina. Dans ma chambre. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Tes parents … Tes parents sont devenus fous. Quand j'ai voulu partir te rejoindre ils m'ont accusé d'être de mèche avec la Mé…. Avec la Reine. Ils ont lancé les gardes après moi Emma. Ils vont pas tarder à venir ici aussi.

- On les attendra.

La voix la fit sursauter. Elle n'avait pas senti la présence de l'homme qui les surveillait debout les bras croisés depuis un angle de la pièce. Le commandant avait abandonné jusqu'à sa plus petit armure au profit d'une tenue plus décontractée mais il émanait toujours de lui une assurance qu'elle enviait. Pas étonnant que Regina le choie autant.

- Vos hommes ne vont pas m'en vouloir d'apporter des ennuis ?

- Des ennuis ? sembla-t-il se moquer. Sans vouloir vous offenser mais toute votre armée ne fait pas le poids contre la garde. Nous vous serons reconnaissants pour l'exercice.

Elle eut un léger sourire, peu incline à plaisanter malgré l'état de son amie qui semblait s'être amélioré.

- Ne les tuez pas, demanda-t-elle simplement.

- Swan, vous avez voulu faire partie d'une armée. Je respecte votre naissance, mais ici vous êtes sous mes ordres et je tiens les miens uniquement de la Reine. Je ferais ce qu'elle m'ordonnera de faire.

- Je comprends.

- Laissez-nous seule si la Reine ne vous l'a pas interdit, entendit-elle Ruby demander à sa place.

Le soldat eut un sourire en coin et déplia sa silhouette massive pour passer la porte, les laissant dans un nouveau silence plus confortable.

- Comment est-ce que tu te sens ? demanda la brune cette fois.

- Je ne sais pas, avoua-t-elle.

- Tu regrettes d'être ici ?

- Non. Ma place … Ma place est ici Ruby. Je sais pas comment l'expliquer mais j'ai toujours été … attirée par cette vie. Par Elle.

- Je sais, répondit-elle simplement.

- Mais ce que j'ai fait hier après le tournoi …

- Tuer cet homme ?

- Oui.

Elle n'alla pas plus loin dans ses explications, se dégageant de l'emprise du regard qui pesait sur elle. Il avait beau ne pas contenir la moindre once de jugement, elle refusait qu'elle puisse y voir ses doutes.

- C'est normal Emma. C'est normal de se sentir comme ça.

- Je ne voulais pas le tuer.

- Je m'en doute.

- Mais j'aurais voulu s'il avait réussi à toucher Regina.

- C'est ce qui fait la différence entre être un monstre et être un soldat Emma ... Quand j'étais plus jeune ... Quand j'étais plus jeune il y a eu une période de ma vie où j'ai eu du mal à contrôler le loup et ... J'ai tué certaines personnes. Même certaines personnes que j'aimais.

- Oh ...

- Je sais ce que c'est que de commettre un crime impardonnable et d'en avoir tiré du plaisir. C'est pas ton cas mais il faut que tu acceptes que parfois ... C'est nécessaire. Parfois ce sera toi ou eux. Hier c'était elle ou lui.

- J'aurais pu le pousser.

- Ça n'aurait peut-être pas été suffisant.

Il y eut une longue minute de silence durant laquelle elle refusa de penser à l'éventualité de la mort de la Reine en tentant de réfléchir à la réaction de ses parents. Elle ne parvenait pas à déterminer ce qu'elle ressentait à l'idée du fossé qui venait de se creuser entre elle et eux.

- Qu'est-ce qu'il va se passer maintenant ? finit-elle par demander.

- Je ne sais pas. Ta mère ... Ta mère a changé.

- Comment ça ?

- Depuis que tu es née, elle n'est plus du tout la même femme qu'avant. Je ne sais pas ce qui s'est passé mais ... Il y a eu tout un tas de choses ... Etranges. Regina qui renonce à la malédiction qu'elle avait promis de lancer, tes parents qui t'ont élevée comme si la mort te guettait à chaque angle ...

- Quelle malédiction ?

- Rumplestinskin lui avait donné une malédiction. Ca n'a pas du marcher.

- Qu'est-ce qu'elle devait faire cette malédiction ?

- Priver tout le monde de sa fin heureuse, sauf elle.

La Reine avait beau l'avoir prévenue qu'elle ne faisait pas preuve de gentillesse avec tout le monde, elle avait du mal à l'imaginer recourir à de telles méthodes.

- Pourquoi est-ce qu'elle est comme ça Ruby ? demanda-t-elle avec un air de déjà vu.

Ce n'était pas la première fois qu'elle posait la question, mais la réponse qu'on lui avait toujours donnée ne la satisfaisait plus depuis des années. Regina n'avait rien à envier à la beauté de sa mère et elle avait du mal à l'imaginer jalouse de l'attention du Roi.

- Emma ...

- Je suis ici. Avec Elle. Tu crois pas qu'il serait temps de me dire la vérité ? Ou c'est mieux que je la lui réclame ?

- Regina ... Regina ne voulait pas se marier avec ton grand père, elle comptait fuir avec son âme sœur mais Snow l'a appris et a tout révélé à sa mère.

- Et ?

- Elle a tué le garçon.

- Qui ça ?

- Cora. La mère de Regina a tué son âme soeur devant elle.

L'information révolta la moindre cellule de son corps qui se releva d'un bond pour la mener jusqu'à la fenêtre qui donnait sur les jardins parsemés de torches enflammées.

- Est-ce qu'elle l'a fait exprès ?

- Qui ?

- Ma mère. Est-ce qu'elle savait ce qui se passerait ?

- Elle ne savait pas qu'il mourrait.

La colère qui était en train de serrer ses entrailles la fit amèrement sourire. Elle qui aurait tout donné pour représenter quelque chose aux yeux de la Reine apprenait qu'elle ne serait jamais son âme soeur mais trouvait encore le moyen d'en vouloir à celle qui l'avait débarrassée de la concurrence. Un frisson la parcourut et elle porta machinalement la main au pendentif aussi gelé qu'un glaçon.

- Il est tard tu devrais te reposer, finit-elle par dire à voix basse.

- Emma, ça va ?

- Non, répondit-elle simplement. Je vais aller chercher une autre chambre.

- Je peux t...

- C'est bon, repose toi.

La jeune femme ne lui laissa pas le temps de protester à nouveau, sortant de la chambre qu'on lui avait attribuée pour tomber sur le Commandant qui se tenait les bras croisés en appui sur le mur en pierre.

- On monte la garde ? railla-t-elle.

Son commentaire lui valut un regard noir mais le froncement de sourcil qui révéla son incompréhension la fit regretter la remarque. Si la Reine lui avait véritablement ordonné de monter la garde, elle ne se sentait pas le droit de se moquer de sa loyauté.

- Où allez-vous ? l'entendit-elle demander alors qu'elle rejoignait déjà les escaliers.

- Au pays des merveilles ! lança-t-elle par dessus son épaule.

Elle ne tendit pas l'oreille pour savoir s'il tenterait de l'arrêter, descendant les marches en colimaçon avant de s'enfoncer dans le dédale de haies. C'était une habitude qu'elle avait prise chez elle et si elle maîtrisait parfaitement le labyrinthe du jardin de ses parents, elle dut faire attention aux détours qu'elle pris pour ne pas se perdre, se laissant choir sur le banc qu'elle trouva en son milieu devant la fontaine qu'elle avait aperçue de sa chambre.

Quelques minutes elle se laissa bercer par le ruissellement de l'eau, uniquement dérangée par le froid qui brûlait le bout de ses doigts. Une ombre se faufila jusqu'à ses jambes et elle eut un hoquet de surprise lorsque la tête du félin vint se frotter contre sa jambe pour la marquer avant de venir se blottir à ses pieds en ronronnant.

- T'es l'atout charme de Regina c'est ça ? C'est toi qu'elle envoie quand elle veut pas s'excuser ?

- Si j'estimais avoir à m'excuser je vous assure que mes charmes seraient suffisants à vous convaincre Emma.

La voix basse la fit sursauter, dérangeant le lynx qui se re-positionna à ses pieds tandis que sa maîtresse venait s'asseoir à ses côtés. Elle ne répondit pas, incapable de trouver les mots justes et peu désireuse de se faire congédier comme elle l'avait été peu de temps auparavant. Elle eut le temps de contempler quelques secondes encore le profil de la Reine avant qu'elle ne reprenne.

- Comment va Miss Lucas ?

- On vous a pas fait un rapport ?

- On me l'a fait mais j'espérais savoir comment elle vit son ... déracinement.

- Je sais pas, on a pas parlé de ça.

- De quoi avez-vous parlé ?

- Ça vous regarde ?

Son culot arracha un rire à la sorcière qui détourna son regard des jets d'eau pour le plonger dans le sien avec amusement.

- On a parlé de ce que j'ai fait hier, finit-elle par avouer. Et de vous.

- De moi ?

- Je ... Je devrais probablement pas vous en parler.

- Vous pouvez me parler de tout Emma.

- Je sais. Je ... Je ne savais pas pourquoi ma mère et vous étiez ennemies.

- Vous ne savez toujours pas.

- Quoi, comment ça ?

- Ce que votre amie vous a dit ne peut pas être la vérité. C'est une vérité, peut-être, mais elle n'est pas au courant de l'étendue du mal qu'elle a pu me faire.

- Elle a ... Elle a fait pire que tu... Que ça ?!

- Hum, sembla-t-elle confirmer.

- Mais comment ... Comment faites-vous pour me regarder sans avoir envie de vous venger ?

Elle s'en voulut pour les larmes qui avaient commencé à brouiller sa vision, bondissant du banc pour s'éloigner de la brune.

- Swan !

Le surnom claqua dans le silence de la nuit, immobilisant tous les muscles de son corps l'espace d'un instant avant qu'elle ne tourne les talons et vienne poser un genou à terre devant la Reine. L'intéressée la détailla quelques secondes d'un regard encore plus sombre que d'habitude.

- Est-ce que vous savez pourquoi est-ce que vous venez de faire ça ? Ce qui vous pousse me croire quand je vous dit de telles choses et à venir vous agenouiller devant une autre Reine que votre mère ?

- Non, mais j'ai la conviction que c'est le bon choix.

- Et bien moi Emma j'ai la conviction que vous protéger est le bon choix. Quand je vous regarde je pense à toutes les différences que vous cultivez avec vos parents et je vous assure que votre présence m'est plus bénéfique que ce que vous ne l'imaginez.

- Pourquoi ?

- Votre magie peut-être, je sais qu'elle est compatible avec la mienne. Quand vous ne me donnez pas envie de vous étrangler, vous parvenez même à me distraire suffisamment pour me faire oublier ce qui me ronge.

- Compatible ? releva-t-elle simplement.

- Cette attraction que vous ressentez. Ce sont nos magies qui se cherchent.

- Et vous pensez que sans ça je ne serais pas ... attirée par vous.

- Oui.

La brune avait beau lui avoir répondu le regard planté dans le sien et les traits sûrs, elle descellait le mensonge en dépit de tout l'art appliqué pour le proférer.

- Vous mentez. Je sais très bien ce que je ressens pour vous et je comprendrais tout à fait que ce soit pas réciproque, mais dites moi la vérité.

Deux doigts soulevèrent son menton pour la dévisager avec un peu plus d'attention encore qu'auparavant. Elle aurait presque pu discerner de l'amusement sur le visage encore maquillé malgré l'heure de la nuit.

- La vérité Emma c'est qu'importe l'attirance que nous pourrons éprouver l'une pour l'autre, je m'emploierai à ce que vous ne gâchiez pas votre vie avec moi.

Elle lut clairement l'incompréhension de la Reine face au sourire radieux qui venait de se dessiner sur ses lèvres. Elle ne l'avait pas rejetée. Mieux que ça, elle reconnaissait ce qu'il pouvait exister entre elles.

- Alors je vais m'employer à vous prouver que vous avez tort. Je serai pas toujours une petite Princesse de dix-huit ans Regina.

- Majesté, Emma, je ne vous ai pas encore autorisée à m'appeler par mon prénom.

- Pas encore, répéta-t-elle avec un sourire.

Cette fois elle eut le droit à un véritable rire et les doigts toujours posés sur son menton y caressèrent brièvement la peau avant de se retirer.

- Trois cent hommes sont partis du royaume des White en début de journée, ils seront là demain.

- Je suis sûre que la garde royale suffira à les arrêter.

- S'il y en a un, je ne veux pas que vous participiez au combat.

- Pourquoi ?

- Parce que je ne veux tuer personne mais si quelqu'un avait le malheur de vous blesser je ne répondrais plus des mes actes.

- À quoi est-ce que ça sert que je sois dans votre armée si c'est vous qui me protégez ?

- Vous n'avez pas encore été formée. On en reparlera quand vous aurez le niveau de mes soldats.

- Comptez sur moi.

- Je n'en doute pas Princesse. Maintenant allez vous coucher, il est tard.

- Ruby dort dans mon lit. Est-ce que je peux utiliser le votre ?

- Qui vous a appris à faire la cour ?

- Personne. C'est à moi qu'on la faisait.

- Très mal apparemment.

Pourtant ses manières parvenaient presque systématiquement à arracher des sourires à la sorcière et elle ne se voyait pas du tout demander de tels conseils à son garde du corps. À ses côtés le lynx qu'elle avait dérangé plusieurs fois déjà s'étira avec toute sa grâce féline avant de s'éloigner à petits pas vers la sortie du labyrinthe. La blonde se releva, prête à suivre l'animal vers le château.

- La chambre dont je vous ai parlé à côté de la mienne est et restera disponible si vous le souhaitez.

- Merci Majesté.

- Le plaisir est pour moi.

Les mots firent tourner la jeune femme sur ses talons pour observer la Reine qui lui rendit son regard avec un intérêt innocent. Le masque avait beau être parfaitement maîtrisé, elle avait du mal à y croire.

- Ouais ... Tu parles.

- Pardon ?

- Rien. Bonne nuit Majesté.

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À son grand étonnement, elle avait passé la nuit avec le lynx, abandonnant même le confort des couvertures pour celui du pelage soyeux qui lui tint aussi chaud qu'une bouillotte. Elle avait été habituée à ne pas être perturbée par les bruits d'un château et de tous les domestiques qui pouvaient y travailler mais le lendemain matin la rumeur qui la réveilla n'avait rien de l'affairement habituel de quelques servants.

- Non mais je rêve ...

Elle avait du mal à imaginer Regina laisser un tel vacarme se produire chez elle. À ses côtés le félin émit un grondement agacé et elle ne se réveilla totalement que lorsqu'elle reconnut le timbre d'une corne de brume. Le bruit la fit se lever d'un bond pour rejoindre une fenêtre où son souffle fut coupé par le spectacle qui noircissait les étendues de plaines au delà des jardins du château.

Les soldats en armure argentée avaient beau avoir stoppé leur progression, ils ne s'empêchaient pas d'être bruyants. Les sourcils froncés elle rageait contre l'homme qu'elle voyait de là souffler dans son instrument quand une flèche fusa depuis le château pour aller s'y loger avec une précision extraordinaire. Le mouvement lui arracha un éclat de rire mais quelque chose la figea. Depuis son poste d'observation elle pouvait distinguer son père se précipiter sur l'homme qui avait lâché la corne de brume.

Elle n'avait pas envisagé la possibilité que ses parents soient là et si la présence de sa mère l'aurait encore plus mise hors d'elle, celle de son père ne faisait que l'attrister. La veille Regina lui avait affirmé qu'il n'y aurait aucun mort mais elle n'était pas sûre de ce qui se passerait si son père se décidait à défendre son honneur avec toute son ardeur.

Elle avait tourné les talons avant de s'en rendre compte, ouvrant à la volée la porte de sa chambre pour sortir dans les couloirs où une servante lui jeta un regard inquiet.

- Princesse White !

Elle n'écouta pas la voix du Commandant qui venait de l'appeler derrière elle, continuant son chemin vers les escaliers.

- Swan !

La voix de la Reine altéra sa détermination l'espace d'une seconde mais elle se força à avancer jusqu'à ce qu'un nuage de fumée n'envahisse son champ de vision, le souffle coupé lorsqu'elle fut précipitée contre la surface en pierre d'un mur.

- Vous partez ?

- Quoi ?

D'aussi prêt elle pouvait distinguer le moindre détail du visage de la femme, subjuguée par la colère qui aiguisait son regard et le rictus qui déformait les lèvres pulpeuses creusées par une cicatrice qui ne faisait que les mettre en valeur. Elle aurait du avoir plus peur qu'autre chose mais la proximité de la brune qui l'avait malmenée assécha momentanément sa bouche.

- Est-ce que vous partez ? répéta l'intéressée plus lentement.

- Comment ça ? Non ! Non je ne pars pas ! Qu'est-ce qui vous pr...

Elle qui avait cru que la réponse la soulagerait eut un hoquet de surprise lorsqu'une main se referma sur le col de la robe de chambre qu'elle avait enfilée à la va-vite pour l'approcher un peu plus d'elle.

- Alors pour votre gouverne, la prochaine fois que votre Reine vous appelle, arrêtez tout ce que vous êtes en train de faire et répondez-lui.

- B...Bien Majesté.

C'était la première fois qu'elle sentait sa colère dirigée vers elle et elle ne parvint pas à cacher la crainte qu'elle éprouvait. Comme si elle s'en était soudain rendue compte, la brune la lâcha avec précipitation.

- Qu'est-ce que vous faites dans ce cas si vous ne partez pas ? Il me semblait avoir été claire hier soir quand je vous ai dit de ne pas participer.

- Au combat uniquement. Mon père est en bas, j'aimerais lui parler. Avant.

Les yeux sombres tombèrent sur l'étendue de soie bleue qu'elle avait à peine pris le temps de fermer d'un tour de ceinture.

- Dans cette tenue ?

- Et pourquoi pas ?

- Devant une armée de rustres ? Vous plaisantez j'espère ?!

Elle n'eut pas le temps de trouver une réponse, le souffle à nouveau coupé par la magie qui s'accrocha au moindre pore de sa peau pour changer sa robe en une tenue de cavalier noire frappée du blason de Regina.

- Ah oui mon père va adorer, railla-t-elle.

- C'est fait pour. Vous avez une objection Swan ?

- Aucune ma Reine.

L'intéressée lui adressa un bref signe de tête, visiblement satisfaite de la réponse qui lui avait été donnée avant de s'écarter et mettre une distance un peu plus raisonnable entre elles.

- Que ce soit clair, si quelqu'un a le moindre geste déplacé ou si votre père a le culot d'essayer de vous enlever, l'homme que vous avez tué hier pour moi ne sera rien comparé au massacre que je ferai de toute l'armée de vos parents.

- Parfaitement clair Majesté.

Elle n'attendit pas d'ordre supplémentaire pour s'éloigner et descendre dans le hall où un garde qu'elle avait croisé la veille lui tendit les rênes de son étalon paré lui aussi de noir. Les dents serrées, elle le laissa se diriger vers l'armée, apparemment nullement impressionné par la foule à laquelle il s'apprêtait à faire face mais préféra lui intimer de s'arrêter une vingtaine de mètres avant la première ligne.

- Emma ?!

L'intéressée ne répondit pas à l'appel de son père, fixant d'un regard tranquille la marée humaine qui était venue la délivrer des griffes de la Méchante Reine et elle eut un sourire en réalisant que le regard de la sorcière qu'elle sentait peser sur elle malgré la distance était la seule raison pour laquelle elle parvenait à garder son calme. Elle avait raison, elle était loin d'être prête pour ça. Mais aujourd'hui elle se devait de prouver quelque chose.

- Emma ? C'est toi ?

Elle faillit répondre avec sarcasme quand elle remarqua le trouble apparent de son père qui se dirigeait vers elle.

- Comment ça c'est moi ? Tu veux que ce soit qui ?

- Euh ... Juste ... Juste toi.

Pourtant sa réponse semblait lui avoir enlevé un poids des épaules et elle se demanda s'il avait cru que Regina oserait prendre son apparence pour le piéger ou s'il lui cachait autre chose.

- Qu'est-ce que c'est que cette mascarade ?

- Nous sommes là pour toi Emma. Il se passe des choses ... Tu n'es pas dans ton état normal. Regina a du te lancer un sort et ta mère et m...

Avec plus d'assurance qu'elle n'en avait la jeune fille tira les rênes de son destrier, faisant taire son père lorsque le cheval se cabra en un hennissement qui sembla faire trembler l'ensemble des montures des soldats.

- Je ne veux plus jamais t'entendre dire de telles absurdités devant moi.

- Emma, tu as tué quel...

- JE SAIS CE QUE J'AI FAIT ! cria-t-elle cette fois. Et tu sais quoi ? Je le referai. Des milliers de fois. Je tuerais l'ensemble de cette putain d'armée s'il le fallait !

- Emma calme toi, tu n...

- Stop ! Je suis ici parce que je veux vous donner une chance de ne pas essuyer la plus humiliante défaite de votre existence. Je ne reviendrai pas.

- Elle ne t'offrira pas plus que nous. Tu la défends comme si elle possédait ton coeur !

- C'est le cas, répondit-elle simplement.

- Qu... Quoi ?

Le Roi porta une main à son épée et elle sentit l'air craquer autour d'elle.

- Emma, parle-moi, est-ce qu'elle a arraché ton coeur ?

Elle eut un rire et ordonna à son cheval de se rapprocher de celui de son père, ravie de la prestance qu'il dégageait aux côtés de l'étalon blanc. Tout ce qui touchait à sa Reine semblait baigner dans un océan de perfection et si elle n'était pas certaine des atrocités qu'elle avait commises dans le passé, elle aurait bien voulu croire que son titre lui avait plutôt été attribué par jalousie qu'autre chose.

- Elle n'a pas eu besoin de m'arracher le coeur pour qu'il lui appartienne Papa, murmura-t-elle. Tu es mieux placé que quiconque, regarde moi dans les yeux et ose me dire que tu n'y vois pas la vérité.

L'homme la dévisagea quelques secondes avec les sourcils froncés pourtant il lui semblait pour la première fois qu'elle était parvenue à avoir une conversation honnête avec lui.

- Ce n'est pas possible ... Regina a ... Tu ne peux pas être ... La malédiction ... C'est la faute de Rumplestinkin.

- De quoi est-ce que tu parles ?

- Tu dois rentrer avec moi.

- Tu sais très bien que je ne partirai pas. Je suis là de mon plein grès et la bienvenue mais tu devrais rebrousser chemin avant que je n'ai plus envie de me rappeler que vous êtes mes parents. Vous êtes le couple parfait bordel, faites preuve d'un peu moins d'égoïsme et choisissez-moi pour une fois !

- Ta mère ne l'acceptera pas.

Il y avait de l'incertitude dans le regard clair qui l'observait avec intensité et elle faillit sourire. Elle aimait son père. Elle l'avait toujours préféré à sa mère et aujourd'hui plus que jamais elle sentait en lui le désir de faire le bien. Mais plus rien ne l'attendait dans son royaume, elle ne survivrait pas loin de la vie qu'on lui offrait ici.

- Alors je n'ai plus de mère, annonça-t-elle simplement en faisant faire demi tour à sa monture. Ordonne à ton armée de rentrer sur vos terres avant que la mienne ne lui fasse regretter d'être venue.

Elle ne se retourna pas, gardant un trot sûr jusqu'aux portes du château qui se refermèrent derrière elle en un claquement sinistre.

- Votre armée Swan ?

- Une figure de style Commandant, se justifia-t-elle avec tout l'aplomb qu'elle put sans tenir compte de ses jambes tremblantes.

Ils étaient plusieurs gardes dans la Cour, tous bien plus impressionnants qu'elle dans leur armures frappées et leurs grandes capes rouges et noires mais son regard chercha celui de la Reine qui était restée en retrait, les yeux rivés sur une bague qu'elle portait à l'annulaire.

- Que lui avez-vous dit ? l'entendit-elle demander en dépit de sa voix basse.

- Pardon ?

- Qu'avez-vous dit à votre père ?

- Que ma famille était ici désormais.

La déclaration lui valut quelques rires satisfaits et une tape dans le dos de la part du chasseur qui avait l'air sincèrement heureux de l'accueillir dans ses rangs mais son attention resta rivée sur la sorcière qui jouait toujours avec le solitaire du bout des doigts de sa main droite. Elle faillit défaillir lorsqu'elle finit par relever son visage parfait, les yeux sombres brillant de larmes qu'elle tentait visiblement de retenir et elle dut s'agripper à l'arme qu'elle portait pour s'empêcher d'aller à sa rencontre. La vision lui était presque insupportable mais la Reine ne lui laissa pas le temps de manifester son inquiétude, battant des cils quelques secondes pour révéler une expression plus neutre.

- Graham, entraînez la moi. Je veux voir ce dont est capable notre dernière acquisition.