Bon ça va, un jour de retard c'est raisonnable non ? ;) Ya eu un peu moins de review que d'habitude sur le précédent chapitre, j'espère que c'est parce que vous avez de la chance, vous, d'être en vacances & pas parce que l'histoire vous lasse ...
ElsyCiel, ... "l'attente la plus difficile depuis le début de la fic" ? Hum ... Tu me donnes envie de te prouver le contraire, c'est pas bon pour vous xD Raphi5930 non s'il te plaît ne meurt pas, j'aime bien tes commentaires ^^
Aujourd'hui c'est un chapitre surtout centré sur l'intrigue & un peu moins sur le SwanQueen mais je me rattraperai laaaaargement dans les prochains chapitres, vous inquiétez pas ^^
Big Up à ma beta, RavenFeatherShadow !
Chapitre 16 :
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Emma
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Le mensonge était toujours une mauvaise idée. D'abord parce que mentir était une des premières interdictions qu'elle avait reçue. Parce que chaque fois qu'elle s'y était tentée, son père avait toujours su la remettre à sa place. Puis, plus grande lorsqu'elle avait découvert son don pour desceller les mensonges, elle avait compris qu'ils n'étaient jamais bons. Pourtant avec le temps, elle avait appris les subtilités qui lui permettaient de cacher la vérité à ses parents.
Mais ses parents restaient ... Ses parents. Mentir à Regina en revanche, c'était un tout autre risque. Et peut être était-ce parce qu'elle venait de jurer devant toute une assemblée de toujours se montrer honnête avec la Reine, mais elle n'avait pas pu retenir l'aveu. Au diable les conseils donnés par Maléfique ...
- Ma mère ? répéta la brune en face d'elle.
Quelque chose qu'elle n'avait jamais vu sur les traits de la sorcière venait de la rendre presque vulnérable. Une appréhension qui calma comme un seau d'eau, la colère qui l'avait faite crier quelques minutes plus tôt.
- Qu'est-ce que c'est que ces absurdités ? continua-t-elle comme elle ne lui offrait rien d'autre. Vous ? Vous avez rencontré ma mère ? demanda la Reine avec une incrédulité presque hautaine.
- Moi et Neal, oui, affirma-t-elle avec autant d'assurance qu'elle put.
- Quand ça ? Ici ?
- Non. Au pays des merveilles.
- C'est impossible. Comment avez-vous fait pour y aller ?
- Neal. Neal avait une potion qui permettait d'aller n'importe où, n'importe quand ... Je comptais l'utiliser pour votre fils mais ... Vous m'avez dit que ce serait impossible alors j'ai voulu rencontrer votre mère.
Elle qui s'attendait à des remontrances, eut un hoquet de surprise quand une fumée presque noire envahit son espace personnel pour dévoiler la silhouette de Regina à quelques centimètres d'elle. La blonde n'eut pas le temps de s'étonner plus longtemps, le souffle coupé lorsqu'une main glacée traversa le tissu de son costume pour s'enfoncer dans sa cage thoracique.
Avec une horreur fascinée, elle garda les yeux ouverts tandis qu'elle sentait distinctement un poing se refermer sur l'organe qui battait la chamade entre ses poumons. En face d'elle, elle eut le temps de voir les traits de la Reine s'adoucir avant que son front ne bascule brièvement contre le sien en un soulagement qui lui serra le ventre.
- Ma mère aurait pu vous arracher le cœur et vous ne vous en seriez même pas rendue compte, Emma ...
- Elle ne l'a pas fait, assura-t-elle tandis que l'autre se dégageait déjà pour aller faire courir ses doigts bagués sur une vitre dont le verre était fissuré.
- Com... Que vous a-t-elle dit ?
- Quand je suis arrivée, elle a cru que j'étais ... Que j'étais cette Miss Swan.
- Et ? poussa la brune les sourcils froncés par une réflexion intense.
- Bah je lui ai dit qu'il y avait erreur sur la personne, alors elle a voulu savoir comment est-ce que j'étais arrivée ici et puis tout s'est passé très vite ... On avait un temps limité et finalement je me suis réveillée dans votre chambre.
- C'est tout ce qu'elle vous a dit ?
- Non. Elle ... Elle avait un message.
En face d'elle, les traits de la sorcière se figèrent à nouveau d'appréhension.
- Je vous écoute ...
- Et si c'était un piège ? répéta-t-elle ses inquiétudes.
- Comment ça un piège ?
- Si le message était un piège pour vous faire du mal ?
- Parlez Emma.
Cette fois, c'était l'ordre d'une Reine et elle se sentit obligée de répondre sans tergiverser, la magie noire qui avait toute à l'heure électrifié la pièce se manifestant brièvement dans l'éclat des yeux sombres.
- Elle m'a donné un message pour vous ... Que je dois vous délivrer uniquement si vous ... Si vous vous rappelez de Storybrook ?
Bien qu'elle ait été assurée par Maléfique que Regina s'en souvenait bel et bien, quelque chose comme de l'incompréhension passa sur ses traits lorsqu'elle l'entendit visiblement prononcer le mot.
- Et ?
- Et ... Est-ce que vous vous en rappelez ?
- Vous avez conscience Emma que n'étant absolument pas au courant de ce que c'est, vous ne pouvez pas savoir si ma réponse est honnête, n'est-ce pas ?
- C'est une ville, se rappela-t-elle avec une assurance qui fit froncer les sourcils parfaitement dessinés de son interlocutrice.
- Comment savez-vous ça ?
- C'est ... C'est elle qui me l'a dit.
- Vous mentez.
- Ok, c'est Maléfique. Je suis allée la voir pour des conseils.
- Des conseils ? gronda l'autre avant de se reprendre. Qu'importe Emma ... Le message de ma mère. Quel était-il ?
- Elle voulait ... Elle voulait que je vous dise qu'elle était restée la personne qui était morte dans vos bras ... A Storybrook.
Soudain, le masque de la Reine s'estompa pour révéler une version d'elle qu'elle n'avait jamais vue. Perdue. Regina avait l'air perdu. Et brisée. Elle avait l'impression de découvrir un aspect de la personnalité de la brune tout à fait insoupçonné. Comme si elle avait pu devenir le cours de ses pensées, la sorcière tourna les talons, se protégeant de son regard pour se poster à l'une des fenêtres de la pièce.
C'était un geste qu'elle l'avait souvent vu faire en pleine réflexion et la blonde mit un moment encore avant d'oser l'approcher. Sans un mot, elle avança une main timide dans son dos, surprise du contact presque froid qui l'accueillit. Elle cherchait encore ses mots quand elle sentit le changement s'opérer dans la sorcière, dont la colonne vertébrale se redressa imperceptiblement. Elle sut avant même qu'elle ne parle qu'elle allait changer de sujet, l'écarter une nouvelle fois de ce qui la préoccupait.
- De quels conseils aviez-vous besoin que Maléfique pouvait vous donner et pas moi ?
Et peut-être parce qu'elle avait décidé de ne plus mentir ou simplement par pure envie de provoquer la Reine et faire tomber le masque d'impassibilité qu'elle était en train de se reconstruire, Emma décida de lui dire la vérité.
- J'ai demandé à Bohort de réduire l'emprise du collier que vous m'avez offert. J'avais besoin de conseils pour apprendre à contrôler ma magie.
- Quoi ?!
Le grondement la fit reculer d'un pas, impressionnée par l'aura si changeante qu'on pouvait sentir envelopper la brune.
- Vous m'avez très bien entendue. J'ai failli mourir en forêt. Il me fallait des pouvoirs pour riposter.
- Qui vous a attaquée ?
- Des bandits. Maléfique m'a appris à donner plus de force à mes parades, à mes coups. J'utilise ma magie pour atténuer les chutes, j'arrive à sauter assez haut, j'ai l'ouïe et la vue plus fines qu'avant ... Ce genre de chose. Rien de très spectaculaire.
- Il me semble pourtant vous avoir interdit de tenter à nouveau d'utiliser votre magie sans moi. Vous n'avez pas consc...
- Il ne s'est rien pass...
- Ne me coupez pas !
L'ordre claqua comme un fouet dans la pièce où les mots raisonnèrent un instant encore avant que le silence ne se réapproprie les lieux, seulement troublé par leurs respirations. Il y avait quelque chose au fond des yeux d'ébène qui lui fit comprendre qu'elle ne pourrait pas gagner le combat qu'elles avaient commencé. Où qu'aille la conversation qu'elles avaient commencé, elle ne se terminerait pas bien.
Regina était toujours en colère contre elle pour avoir ramené sa nouvelle amie au château et ne voudrait certainement pas l'écouter s'en justifier, ensuite elle lui avait avoué avoir vu sa mère et venait de lui donner un coup de grâce en lui annonçant qu'elle avait demandé à Maléfique de l'aider à utiliser sa magie.
- Pardonnez-moi, s'entendit-elle dire d'une voix basse. De vous avoir coupé la parole. Je suis fatiguée et je ne veux pas vous énerver d'avantage. Je suis sûre que nous pourrons en reparler demain.
- C'est ça, fuyez Lieutenant. C'est toujours ce que vous avez fait de mieux ...
Le titre avait été craché comme une insulte et si elle s'était apprêtée à tourner les talons pour repartir dans les quartiers de la garde, la jeune femme se figea. Ce n'était pas la première fois qu'elle sentait quelque chose lutter en elle, sa magie certainement et l'espace d'un instant, elle la laissa dominer son prochain geste, poussant la brune contre la vitre où elle avait été postée.
- C'est moi qui fuis ? gronda-t-elle pour une fois nullement effrayée par le regard meurtrier de la Reine. Quels étaient vos rapports avec Miss Swan ? Pourquoi est-ce que je lui ressemble tellement ? Est-ce que c'est un sort ? Quelqu'un de ma famille ? Où est Storybrook ? Comment se fait-il que votre mère y soit morte alors que je l'ai vue en vie ?
Les questions qui avaient fusé ne firent rien pour atténuer le regard noir qui lui était adressé, mais aucun mot ne sortit des lèvres laquées d'un rouge profond.
- C'est bien ce que je pensais. Ce n'est pas moi qui fuis, Majesté. Je nous donne simplement un peu de temps pour que vous vous remettiez de vos émotions. Je n'ai pas envie de vous entendre m'accuser à tort de ce que je n'ai pas fait ou de subir votre courroux parce que vous n'avez pas pu tout contrôler.
- Vous accuser à tort ? répéta-t-elle d'une voix dangereusement basse. Vous me laissez vous mener dans mon lit avant de fuir, vous me cachez des informations à propos de ma mère, vous affaiblissez le lien que j'ai créé entre nous au péril de votre vie et contre mon ordre exprès, vous vous ... pavanez avec une prostituée qui me ressemble et je ne devrais pas élever la voix contre vous ?
- Vous ne m'écoutez pas.
- Vous ne m'écoutez pas.
Une vague de magie la désarçonna, laissant suffisamment de temps à Regina pour inverser leurs positions et la plaquer contre la fenêtre dont la poignée en fer s'enfonça dans son dos.
- Je ne sais pas quelles idées votre mère a essayé de me mettre en tête, mais j'ai bien compris qu'il ne s'était rien passé entre vous et cette ... Fille. Il n'en reste pas moins qu'ici, vous êtes chez moi. Vous auriez du savoir quelle allait être ma réaction et me prévenir de votre brillante idée. Et pour couronner le tout alors que vous êtes sous ma responsabilité, ma protection, vous continuez à agir d'une façon totalement irresponsable.
La blonde ne répondit pas, détaillant le visage à la beauté angélique à nouveau crispé en un masque colérique.
- Bref, vous êtes jalouse, résuma-t-elle avec un sourire en coin.
- Pardon ?
- Vous avez ignoré beaucoup d'erreur que j'ai faites, celles-là ne sont pas différentes. Il n'y a pas mort d'homme. C'est donc la jalousie qui vous a poussé dans vos retranchements, mais vous essayez de noyer le poisson.
- Ou peut-être que j'ai enfin décidé de vous traiter comme une adulte et de ne plus vous pardonner vos idioties.
- Nan, vous êtes jalouse.
Sa désinvolture pinça les lèvres de la sorcière en une moue désapprobatrice qui l'hypnotisa un instant, les yeux rivés sur la cicatrice qu'elle avait envie de sentir sous sa langue. Deux doigts forcèrent son menton à se soulever et leurs regards à s'affronter. Celui de la Reine s'était encore assombri, mais elle aurait presque souri au désir qu'elle y revoyait enfin.
- Je veux que cette fille soit partie demain matin.
- Non, refusa-t-elle simplement en ignorant la tension qui refaisait surface chez la brune.
- Non ? Je crois que vous n'avez pas tout à fait conscience Emma de l...
- Non, coupa-t-elle alors qu'un poing se resserrait sur le col de sa veste de costume. Elle va rester. J'en ferai ma servante personnelle s'il le faut, mais elle restera ici.
- Et avoir une servante qui me ressemble ? Non, hors de question.
- Et hors de question qu'elle retourne dans la rue, servir de défouloir à des hommes qui fantasment sur vous ! rétorqua-t-elle tout aussi catégorique.
La phrase eut plus d'effet que ce à quoi elle s'était attendue, un éclair de compréhension passant brièvement dans les yeux d'ébènes qui la fixaient avec une nouvelle intensité. Elle eut un frisson lorsque le souffle de Regina effleura son oreille.
- Qui est jalouse là ?
D'un geste irrité, elle tenta de chasser la main qui la retenait toujours prisonnière contre la fenêtre, mais toute combativité la quitta en l'espace d'un instant lorsqu'elle remarqua la profonde fascination avec laquelle la sorcière était en train de la dévorer du regard. Les traits angéliques avaient quelque chose de dangereux, comme une façade qui menaçait de tomber pour révéler le démon qui se cachait derrière l'apparence trop parfaite.
Elle n'aurait pas pu déterminer si sa magie était en train de la prendre au piège, mais elle se sentait clairement happée par l'aura de la brune, le ventre serré par le désir qu'elle voyait parfaitement réciproque.
Pourtant, le poing qui avait froissé sa veste de costume relâcha sa pression avec une lenteur théâtrale qui l'irrita.
- Vous avez raison, vous devriez partir, nous en reparlerons demain.
- Parler est la dernière chose dont j'ai envie en ce moment Regina et je sais que vous le savez.
- Emma, croyez-moi je ne suis pas d'humeur à faire dans la douceur ...
- Et alors ? J'ai vécu dans une maison close pendant deux mois, vous pensez que je ne sais pas à quoi m'attendre ? Bon sang, j'ai même rêvé que vous vous montriez violente et ça m'a hanté pendant des jours tellement j'en avais envie ...
En face d'elle, le noir prit littéralement le dessus sur les iris d'ébène, mais elle s'écarta avec un sourire en coin lorsque la sorcière fit un pas pour combler l'espace qui restait entre elles.
- Je ne vous le répéterai jamais assez Regina, c'est vous que je veux, la Méchante Reine ne m'effraie pas, elle m'attire et je ne suis même pas sûre de vous mériter. Mais si vous avez cru que je pourrai sauter dans les bras de la première femme qui vous ressemble, aujourd'hui peut être que c'est vous qui ne me méritez pas ...
Elle aurait pu rire de l'effarement qui entrouvrit la bouche de la sorcière. Au fond, elle ne lui en voulait pas tant que ça, elle aurait certainement agit de la même manière, mais elle voulait lui prouver qu'elle aussi pouvait lui donner une leçon. Contrôlant son pas décidé pour ne pas sautiller de joie comme l'enfant qui riait en elle, la Princesse tourna les talons pour sortir de la pièce où elles s'étaient isolées, adressant un clin d'œil au Commandant resté de garde à l'extérieur.
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Emma se réveilla en sueur, manquant tomber du fauteuil où elle s'était affalée sans même se changer. Comme chaque soir, Regina était venue hanter son sommeil et elle adressa un coup d'œil nerveux à celle à qui elle avait prêté son lit. La jeune femme qui y dormait paisiblement n'avait pas l'air d'avoir été dérangée par le cri d'angoisse qu'elle avait du pousser. Cette fois, si elle tremblait ce n'était pas de désir, mais d'une peur que le rêve lui avait laissé en travers de la gorge.
Le feu qui brûlait dans l'escalier où elle s'était trouvée lui avait presque parut réel, sentant encore la chaleur étouffante et la fumée qui s'était insinuée dans ses poumons la fit tousser par réflexe. Mais pire que tout il y avait eu Regina.
Par terre, prisonnière d'une planche de bois qui avait semblé la clouer à terre là où son pied semblait former un angle étrange avec sa jambe. Malgré les cheveux courts et le costume qu'elle ne lui connaissait pas, elle n'avait eu aucun mal à reconnaître les yeux qui s'étaient plongés dans les siens en un mélange d'affolement et un appel à l'aide auquel elle n'avait pas répondu, tournant les talons. La vision lui avait parut si insupportable qu'elle s'en était réveillée. Comment pouvait-elle s'imaginer laisser la femme qu'elle aimait aux proies d'un incendie ?
Dans le lit, la jeune femme en proie à ses propres rêves eut un grondement agacé avant de se retourner pour s'installer sur le côté et elle eut un bref sourire. Quand elle l'avait vue sur la place du marché, elle avait tout de suite été révoltée. Si sa ressemblance avec la Reine n'était pas terriblement frappante, maquillée et correctement coiffée elle faisait un sosie tout à fait acceptable et elle avait imaginé avec horreur ce que certains hommes avaient du lui faire subir.
Elle qui avait pensé que la délivrer du marché aux esclaves, lui ferait plaisir avait été surprise de devoir lutter pour ne pas qu'elle se rende dans la première ville venue pour y trouver un autre maître. Elle grimaçait encore à la somme astronomique qu'elle avait du dépenser pour la garder à ses côtés.
La jeune femme avait un caractère facile et moqueur, celui de nombre de femmes qu'elle avait déjà croisées dans des auberges mais il ne lui avait pas fallu bien longtemps pour comprendre qu'elle ne l'intéressait pas. Surprise d'abord, avant de faire le lien et de passer son temps à tenter de deviner ce qui avait pu se passer entre elle et Regina à coup d'allusions mal placées, qui la faisait toujours soupirer d'une exaspération amusée.
Mais c'était elle aussi, qui avait trouvé les mots justes pour la faire revenir aux côtés de la Reine. Un soir où elle l'avait une éni !me fois défendue avec une rage mal contrôlée, des quolibets de certains hommes dans une taverne. Eva s'était impressionnée de sa ferveur, comprenant enfin la profondeur de ce qu'elle ressentait pour celle à qui elle était souvent comparée. Cette nuit-là, elles avaient longuement parlé et avec stupeur elle s'était lourdement fait réprimander par la prostituée.
" Tu dois au moins être aussi débile que ta mère, si tu penses que c'est comme ça que tu deviendras quelqu'un de bien pour la Reine. Si j'étais elle, ça ferait longtemps que je t'aurais donné une bonne leçon "
Elles s'étaient pratiquement disputées toute la soirée et si le lendemain la jeune femme était venue s'excuser pour ses paroles déplacées, Emma s'était tout de même mise en route pour le château. Chez ses parents, elle n'avait pas résisté à la tentation d'horrifier sa mère en l'amenant par la taille jusque dans sa chambre et elles avaient passé la soirée à plaisanter sur ce qu'elle était certainement en train de s'imaginer. Le lendemain, leurs petites mines froissées par le manque de sommeil et l'alcool consommé à même les bouteilles avaient eu un effet dévastateur sur Snow. Et aujourd'hui, elles partageaient à nouveau une chambre ...
Défaisant les deux premiers boutons de son chemisier, Emma se dirigea vers la petite salle de bain attenante à sa chambre de soldat. Elle avait refusé de regagner l'aile de la Reine par pure effronterie, mais savait pertinemment que tôt ou tard, elle succomberait à son luxe. A la lumière de la lune, la blonde activa la pompe qui fit couler un filet d'eau glacée dont elle but dans le creux de sa paume.
Elle eut un hoquet de surprise en se redressant, manquant avaler de travers quand elle croisa le regard de son reflet. Un peu comme s'il avait attendu de pouvoir l'observer, il n'avait pas été en train de bouger quand elle s'était relevée. Les yeux écarquillés de surprise elle avança une main tremblante vers la surface glacée où l'image n'avait toujours pas changé. Pourtant le bout de ses doigts rencontra le miroir comme d'habitude.
- Miss Swan ? s'entendit-elle chuchoter.
L'autre resta impassible, mais une colère qu'elle n'expliquait pas, s'empara de son estomac, son poing allant taper sur la glace. Comme s'il avait été fait d'eau, le reflet se brouilla de l'écho du choc qu'elle venait de lui donner, effaçant la vision pour ne laisser que celle de son propre corps secoué par une respiration saccadée.
- Sidney ! Sidney !
- Quoi, Lieutenant ?
La brume bleue avait remplacé son visage effrayé et même le ton condescendant du génie n'aurait pas pu la distraire.
- Il y avait quelqu'un dans mon miroir.
- Comment ça ?
Les sourcils froncés l'homme semblait pourtant la prendre au sérieux et en tant qu'espion, elle se doutait qu'il devait connaître les dangers d'une telle brèche dans le château.
- Là. Maintenant. Il y avait quelqu'un dans mon miroir.
- Qui ? Vous l'avez-vu ?
- Non, mentit-elle. Mais il y avait quelqu'un.
- Je ne sens rien de différent de d'habitude pourtant ...
- Et bien enquêtez ! Parce que si j'ai raison Regina va vous enfermer dans un miroir de poche et je suis sûre que le changement ne vous fera pas plaisir.
L'intéressé lui adressa un regard meurtrier avant de disparaître et elle fut soulagée de retrouver son reflet blafard. Que venait-elle de vivre ? Un instant encore, elle soutint son propre regard avant de tourner les talons et de récupérer la veste qu'elle avait simplement enlevée avant de s'endormir sur l'unique fauteuil de la chambre.
La Princesse rejoignit les écuries au pas de course, surprise d'y trouver son destrier prêt à être monté et à qui elle donna le nom de l'auberge où elle savait que ses parents étaient descendus. Malgré les menaces de Regina, ils ne se seraient certainement pas risqués à voyager de nuit et il fallait à tout prix qu'elle parle à son père.
Lancé à son galop le plus rapide, l'étalon ne mit même pas une demi-heure à rejoindre le petit village où les gardes qui patrouillaient baissèrent la tête sur son passage.
- Em... Emma ?
Réveillé à coup de poings frappés sur la porte, son père avait l'air d'un fantôme et elle se demanda brièvement si Snow lui avait fait passer une soirée exécrable.
- Oui, j'ai besoin de te parler. Immédiatement.
Le Roi sembla jeter un coup d'œil inquiet derrière lui avant d'accéder à sa requête, disparaissant l'espace d'un instant avant de sortir de la chambre enroulé dans un peignoir en velours bleu.
- Tout va bien ?
- Tu te rappelles de notre conversation quand je t'ai posé des questions à propos de cette Miss Swan ?
- Euh ... Oui.
- Tu m'as dit qu'il y avait des chances pour qu'elle soit encore en vie, n'est-ce pas ?
- Je ... Je ne sais pas Emma. Je ne suis sûr de rien.
- Est-ce qu'elle avait de la magie ? C'était une sorcière ? Comme Regina ?
- Elle avait de la magie oui, mais elle ne la maîtrisait pas comme Regina.
- Je crois qu'elle est en vie, Papa. Je l'ai vue ce soir.
- Vue ... Tu ... Tu l'as vue ?
- Oui, je sais qu'elle me ressemble.
- C'est Regina qui t'a dit ça ?
- Non. Je l'ai appris autrement, mais je sais à quoi elle ressemble et ce soir, je l'ai vue dans un miroir.
- Comme si tu te voyais toi, c'est ça ?
- Ce n'était pas moi, affirma-t-elle sûre d'elle.
En face d'elle, le Roi ne lui répondit pas, un sourire crispé sur les lèvres et une nouvelle angoisse la fit entamer les cent pas dans le couloir. Cette femme avait-elle été en train de l'espionner ? A moins que ...
- Est-ce que ... Est-ce que Miss Swan est enfermée à l'intérieur de moi ? demanda-t-elle d'une voix tremblante. Est-ce que c'est pour ça que je lui ressemble ? Est-ce que ma magie est la sienne ?
- Non Emma ... Je ... Je ne peux pas répondre à ces questions.
- Mais tu connais la vérité, n'est-ce pas ?
- Ce n'est pas à moi de te la dire. A mon sens, Regina est la seule qui a le droit de te parler de ... De cette femme. Et si elle ne le fait pas alors elle a ses raisons.
- Lesquelles ?
- Elle a peut-être peur de te faire du mal ...
- De me faire du mal ? répéta-t-elle une foule d'idées plus folles les unes que les autres se disputant le rôle de la plus plausible.
- Non, non, écoute ...
Son père s'était rapproché d'elle, une main tendue devant lui comme s'il avait été en train d'apprivoiser un animal sauvage et il mit un moment encore avant d'oser la prendre dans ses bras.
- Je sais ce qu'il y a entre toi et Regina. Ta mère est peut-être tombée dans le panneau quand tu as amenée cette fille dans ta chambre, mais j'ai vu comment tu la regardais ... Je sais que ... Que tu aimes Regina et il y a beaucoup de choses que je ne peux pas te dire, mais je peux t'assurer que cette Miss Swan, ne te fait pas d'ombre. Nous avons énormément blessé Regina. Nous les avons énormément blessées. Toutes les deux. Ta mère et moi avons fait quelque chose d'horrible et si Regina a besoin de temps pour en parler ... Donne-le-lui.
Les mots prononcés à voix basse ne firent rien pour rassurer la magie qui grondait en elle. Il était trop tard pour qu'on lui fasse changer d'avis surtout quand son père n'était même pas capable de lui parler en la regardant dans les yeux.
- Est-ce que Storybrook te dit quelque chose ? demanda-t-elle la voix presque étouffée par l'épaule où elle s'était réfugiée.
- Oui.
- Je sais que c'est une ville. Où Regina a vécu avec sa mère. Où est-ce ?
- Tu ne pourras pas t'y rendre Emma. Elle se trouve dans un autre univers.
Quelque chose comme un éclair de génie traversa son esprit l'espace d'un instant. Elle n'avait jamais entendu parler du fils de Regina. Personne ne lui avait jamais dit que la mère de Regina était morte ... Parce que tout ça s'était passé dans un autre univers.
- Est-ce que c'est vous qui avez tué Cora ?
Dans ses bras, l'homme se figea brièvement et elle connaissait la réponse avant qu'il ne la dise à haute voix.
- Ta mère. C'est ta mère qui l'a tuée.
- Là bas ? En même temps qu'Henry ?
- N... Non, pas en même temps. Avant.
- Pourquoi est-ce que je ne sais rien de tout ça ? Pourquoi est-ce que personne ne sait rien de tout ça ?
Que savez-vous de la malédiction qui a été lancée ? La voix de Cora lui revint à l'esprit et une nouvelle horreur l'assaillit, la forçant à se dégager de l'embrasse de son père.
- C'est une malédiction, réfléchit-elle à voix haute. Vous avez lancé une malédiction !
Charmant n'avait même pas besoin de le lui confirmer, l'air désolé qui s'était peint sur son visage suffisait amplement à répondre à toutes ces questions.
- Personne n'est au courant parce que personne ne sait que c'est arrivé ! Ça a dut arriver dans un autre univers, vous en avez profité pour vous débarrasser de sa mère, de son fils et de ... de la mère d'Henry. Mais toute magie a un prix, c'est ça ? Et c'était quoi ? Vous avez pensé que me faire vivre hantée par le fantôme de cette ... De cette femme était acceptable ?
- Non, ça ne s'est pas pass...
- C'est pour ça que Regina était persuadée que nous n'étions pas âme sœurs ! Parce qu'aucune malédiction ne s'est brisée quand nous nous sommes embrassées !
Quelque chose se brisa en elle, que même l'air embarrassé de son père ne put rectifier. Elle avait toujours naïvement cru que les paroles de la Reine étaient fausses, s'accrochant à ce qu'elle ressentait au plus profond d'elle. Mais s'il existait réellement une malédiction, il n'y avait aucun doute à avoir.
- Emma ...
- Et vous avez osé la faire passer pour la ... Méchante Reine ? Vous n'êtes même pas digne de régner sur qui que ce soit ...
Elle était venue en quête de réponses et peut être en avait-elle eu, mais elle qui avait cherché un quelconque réconfort n'en trouverait aucun ici. Ses parents étaient des monstres.
- Emma, je ne savais pas. Je ne savais pas ce qu'il se passerait quand ta mère m'a proposé de lancer ce sort. Ne me demande pas de t'en révéler d'avantage mais le jour où Regina te le dira ... Je veux que tu te souviennes de ça.
La blonde ne répondit pas, jetant un regard noir à celui qui la regardait les yeux noyés de larmes qu'il retenait. Dans le creux de son décolleté, elle pouvait sentir son pendentif brûler tant et si bien qu'il allait certainement marquer sa peau et elle fut tentée de l'ôter. Pour voir sa magie se déchaîner et tuer ceux qui l'avaient mise au monde. Sa mère en particulier. Mais quelque chose lui disait que libérer sa magie, c'était également s'éloigner de ce qu'elle était et pour rien au monde elle n'aurait cédé sa place à Miss Swan. Si elle devait cohabiter avec elle, si ce qu'elle pensait était vrai alors jamais elle ne prendrait le risque d'essayer de dompter ce qui sommeillait en elle.
- Partez tôt demain matin, les routes seront remplies d'hommes qui voudront votre peau.
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Elle qui s'était attendue à être confrontée pour son départ de nuit du château, fut surprise de ne recevoir qu'un simple regard ennuyé de la Reine qu'elle croisa le lendemain dans un couloir, poursuivie par un homme qui tentait de lui faire signer des papiers. L'échange la fit étouffer un rire qui déborda lorsque visiblement intentionnellement la brune fit tomber son secrétaire quelques mètres plus loin en un tourbillon de feuilles éparses.
A part ça, elle n'avait pas revu la souveraine de la journée qu'elle avait en majeure partie passée dans la cour à renouer avec les séances d'entraînement de la garde royale et à présenter Eva à ses amies. L'intéressée était d'ailleurs en grande conversation avec Ruby et Belle si bien qu'Emma se demandait ce qu'elles pouvaient être en train de se dire.
- Pas de distraction au combat, entendit-elle Graham lui rappeler avant d'accuser le coup de son poing dans sa hanche.
- Bordel, vous y allez pas de main morte ...
- Quand on monte de grade, on monte le niveau des entraînements.
- Ravie de l'apprendre.
- C'est quoi le truc avec cette fille ?
- Ya pas de truc, Commandant.
- Vous l'avez sortie d'un marché aux esclaves. Elle vous appartient ?
- Non. Certainement pas.
- Est-ce qu'elle est ... disponible pour nos hommes ?
Le craquement de son poing qui alla se loger dans son omoplate, fit se retourner plusieurs soldats qui les observèrent se remettre au combat. Elle qui avait jusque là caché l'utilisation de sa magie, se fit un malin plaisir d'utiliser ses talents pour surprendre le chef des armées. Et si elle fut touchée par deux fois par le plat de la lame qui allait certainement marquer sa peau, elle acheva leur affrontement d'un mouvement qu'elle adorait. Tournant sur elle même pour éviter le dernier coup pour lequel il s'était trop approché d'elle, la jeune femme prit appuis sur son épaule pour sauter au dessus de lui, retombant dans son dos en une pirouette où son pied droit alla faucher ses genoux.
- Sans rancune ? demanda-t-elle au chasseur une main tendue vers lui pour l'aider à se relever.
- Tu utilises de la magie. Je n'étais pas prêt.
- Tu le sauras pour la prochaine fois, le rassura-t-elle avec un clin d'œil en partant déjà dans la direction des trois femmes qui la regardaient avec une moue désapprobatrice.
- Combien de fois il va falloir te répéter de ne pas humilier tes supérieurs, Emma ? la rabroua Ruby.
- J'ai bien peur que ça ne rentre jamais.
- Qu'est-ce que c'est que ça ?
Cette fois, c'était Belle qui montrait du doigt quelque chose dans le décolleté du simple chemisier en toile noire qu'elle portait et elle eut un mouvement de recul en comprenant à quoi elle venait de faire allusion. La veille son pendentif l'avait réellement brûlée, laissant déjà une cicatrice rougeâtre là où il reposait d'habitude en une aura rassurante.
- Rien, voulut-elle éluder.
Mais Eva fut rapide plus qu'elle, ouvrant d'un geste sûr deux boutons supplémentaires pour observer avec une grimace la marque.
- Qui t'a fait ça ?
- T'es folle ou quoi ?! Personne.
- C'est le pendentif ? demanda Ruby.
- Ouais.
- Tu l'as montré à un guérisseur ?
- C'est de la magie Ruby. Il n'y a que Regina qui pourrait y faire quelque chose et je me vois mal aller lui demander.
- Me demander quoi ?
Ses yeux roulèrent tous seuls dans leurs orbites. Bien sûr, il fallait qu'elle soit là au moment où elle avait parlé d'elle.
- Le lieutenant est blessée, déclara avant elle la nouvelle habitante du château.
Le regard de la Reine ne se posa pas tout de suite sur elle, observant avec condescendance l'ancienne prostituée. Le regard sombre brûla un chemin des pieds à la tête de la jeune femme avant de reporter son attention sur le décolleté qu'elle avait creusé dans le chemisier de la blonde. Un sourcil parfaitement dessiné s'arqua en guise d'interrogation, deux doigts s'avançant vers la cicatrice qui souillait sa peau claire.
- Je demanderai à Maléfique de nous préparer quelque chose pour que votre peau ne craigne plus rien, l'informa-t-elle alors qu'elle frissonnait au contact de la magie qui la guérit instantanément.
- Merci ... Majesté.
- Je vous en prie ... Lieutenant. On ne me présente pas ?
Il y avait presque un rire dans la voix basse, mais elle ne lui faisait aucune confiance. Les yeux d'ébène racontaient toujours une toute autre histoire lorsqu'ils se posèrent sur celle qu'elle lui présenta.
- Reg ... Majesté. Je vous présente Eva, une jeune femme que j'ai sauvée le mois dernier. Eva, sa Majesté la Reine Regina ...
- C'est un honneur, déclara l'autre en s'inclinant respectueusement.
- Toujours. Vous irez vous entretenir avec mon génie, Sidney, il vous trouvera quelque chose à faire au château pour arranger tout le monde.
- Mais Emma m'avais dit que je serais sa ...
- Emma, ne commande pas encore sur mes terres Miss ... ?
- Juste Eva, Majesté. Je vous prie de m'excuser.
- Ah oui, où avais-je la tête ... Vous n'aurez qu'à appeler son nom devant n'importe quel miroir, Sidney se fera un plaisir d'être arrangeant avec vous.
- D... D'accord.
- Lieutenant, suivez-moi.
Résignée, Emma adressa un dernier regard meurtrier à ses amies avant de suivre la sorcière qui s'était déjà éloignée pour échanger quelques mots avec le Commandant. Elle attendit en silence que l'échange se soit terminé, respectueusement à distance surtout parce qu'elle n'avait pas hâte de se faire sermonner. Un signe de la main lui intima d'approcher et le pas traînant elle obéit, une main crispée sur l'arme qu'elle avait rangée dans son fourreau à la taille.
- Le Lieutenant viendra avec nous, entendit-elle Regina finir.
- Ah ? Parfait. Dois-je prévenir le conseil ?
- Non, ce sera une surprise.
- Quel conseil ? intervint-elle.
- Celui auquel vos parents vous représentent toujours. Demain, vous répéterez votre serment devant eux. Il me faut leur signature sur certains documents.
- Avec plaisir.
Dans des moments comme celui-là, la jeune femme ne pouvait s'empêcher d'admirer l'esprit tactique pour lequel la Reine était connue. Avait-elle fait en sorte de célébrer son nouveau grade deux jours avant un soir de pleine lune ? Celui où traditionnellement les familles royales se réunissaient en un Conseil où elle n'avait effectivement jamais mis les pieds. Exclue depuis des années, Regina allait vraisemblablement y faire son retour le lendemain. Et ses parents n'ayant certainement pas eu le temps de s'y rendre à cause de leur voyage ici, ne pourraient pas opposer leur veto.
- Ce soir, je veux que vous participiez à la garde du château Emma. Je serai en réunion et je ne veux pas être dérangée.
- Ok.
Le manque de formalisme étira les lèvres de la Reine en une moue qui s'accentua lorsque son regard se posa sur la peau tatouée de son bras, que les manches retroussées de son chemisier laissait largement apparaître.
- Et reboutonnez-moi ce chemisier, ordonna-t-elle d'une voix basse où grondait une menace claire.
Le sourire aux lèvres elle s'exécuta, adressant un sourire désolé à la Reine dont l'exaspération amusée qu'elle eut le temps de voir sur son visage avant qu'elle ne tourne les talons, lui mit du baume au cœur.
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Si " être de garde " pouvait s'avérer fastidieux pour nombre des soldats, ceux qui avaient le privilège de les encadrer ne s'ennuyaient pas. Loin de là. D'abord, Emma avait du participer à l'organisation des rondes et si le mécanisme semblait bien huilé, beaucoup avaient encore tendance à se rebeller contre les affectations qu'ils recevaient. Armée de sa nouvelle autorité, la blonde s'était fait un malin plaisir de rappeler à l'ordre ceux qui ne la respectaient pas sous le regard rieur de Graham.
- Alors ... Que dites vous de votre nouveau titre, Lieutenant ?
- Et bien, que je suis ravie de l'avoir.
- Et nous sommes ravis de vous recompter parmi nous.
- Je vous avais manquée ?
- Vous avez manqué à la Reine. Son humeur nous affecte tous, je suis sûr que vous en avez conscience.
L'aveu la fit franchement rire, ignorant le regard en biais de certains soldats mais quelque chose d'autre la fit frissonner, en alerte avant les autres.
- Qu'est-ce qu'il y a ? fut le premier à lui demander le chasseur.
Sa magie plus en alerte encore ces derniers jours avait tout de suite repéré celle qui la mettait toujours mal à l'aise.
- Le Ténébreux, gronda-t-elle en se levant pour sauter du balcon du premier étage où ils étaient postés.
Le pas décidé, elle s'avança jusqu'aux grilles du château qui avaient été refermées après l'arrivée du dernier des invités.
- Montre-toi Rumplestiltskin, ordonna-t-elle.
- Mais c'est qu'on développe ses sens ... susurra une voix derrière elle.
Le coup de coude qu'elle voulut donner en se retournant, passa au travers des volutes de fumée rouge qui transportèrent le magicien à quelques mètres d'elle.
- Et bien, et bien ... Que d'agressivité !
- Ne vous approchez pas de moi. Qu'est-ce que vous faites ici ? Vous n'étiez pas invité.
- Depuis quand ai-je besoin d'une invitation, Princesse ? Oh non, pardon, vous n'êtes plus une Princesse. Vous avez renoncé à ce droit. Que vous a promis Regina en échange ?
- Rien du tout. Elle n'a eu qu'à demander.
La réponse provoqua un rire chantant, qui la fit frissonner de dégoût. Il fallait qu'elle se débarrasse de lui. Avant qu'il ne fasse plus de mal à Regina.
- Comment va votre fils ?
- Pourquoi ?
- Je n'ai jamais pu m'excuser auprès de lui. J'aurais aimé le revoir.
Emma résista tant bien que mal à l'examen que le regard reptilien du sorcier fit d'elle. S'il y avait quelque chose à quoi il tenait, c'était bien son fils comprit-elle.
- Je ne lui veux aucun mal, rajouta-t-elle en tentant de cacher son exaspération.
- Je verrai ce que je peux faire, déclara-t-il simplement avant de tourner les talons.
- Hey ! Où allez-vous ?!
- Dans la salle de réunion Lieutenant et nous savons tous les deux que vous n'êtes pas à la hauteur pour m'en empêcher. De plus Regina a déjà du sentir ma magie, si elle ne voulait pas de moi, elle serait déjà sortie me le faire savoir.
C'était la vérité et elle eut une moue résignée, ordonnant aux soldats qui s'étaient postés non loin d'eux de baisser leurs armes qui seraient certainement inutiles contre lui. Et s'ils n'échangèrent plus aucun mot, Graham et elle l'accompagnèrent personnellement jusqu'aux portes de la salle où tous s'étaient réunis.
- Restez-là, je vais monter surveiller depuis un autre angle.
- A vos ordres Lieutenant, se moqua son chef avec un air entendu.
Elle ne répondit pas au trait d'humour, trop soucieuse de ce qui allait pouvoir se passer. Elle avait conscience des priorités de la Reine mais son statut de privilégiée l'empêchait parfois d'y voir clair. Elle aurait voulu être à ses côtés ce soir encore, qu'importe si même son bras droit n'y était pas, quelque chose au fond d'elle se révoltait d'avoir été mise à l'écart.
Un étage plus haut elle pénétra dans la première salle qu'elle trouva, ouvrant une fenêtre pour se faufiler sur la façade et s'asseoir à la jointure de deux des immenses épines en fer qui protégeaient le château. A quelques mètres en contrebas elle pouvait entendre la rumeur de la réunion qui s'échappait des portes fenêtres laissées entrouvertes sur le balcon et elle se fit violence pour ne pas utiliser sa magie pour comprendre ce qui se disait. Pour l'instant elle n'avait entendu aucun cri et c'était tout ce qui lui importait.
Le vent froid qui soufflait sur l'acier noir aurait presque pu être mélodieux et un instant la Princesse se perdit dans la contemplation du paysage qui était si différent de celui de son enfance. L'imposante forêt noire qui s'étendait à perte de vue était trouée d'une multitude de petites lumières, preuve des campements que voyageurs et bandits avaient du établir pour la nuit.
Le claquement d'une porte la fit sursauter, les sourcils froncés lorsqu'en bas la Reine sortit se poster au balcon, son poing allant rageusement percuter la rambarde en pierre qui trembla. Elle était prête à la rejoindre lorsqu'une deuxième silhouette fit irruption.
- Tu es bien dramatique ... se plaignait la voix de Maléfique.
- Dramatique ?! Ils sont tous plus incapables les uns que les autres.
- Ce sont des chefs de guerre, à quoi est-ce que tu t'attendais au juste ?
- Graham est plus intelligent qu'eux tous réunis ! se défendit la sorcière dont la déclaration fit naître une pointe de jalousie en elle.
- Oui. Et tu l'as nommé Commandant.
- Et quoi ? Tu suggères que ce soit lui que j'envoie ?
- Oh je ne suggère rien. Tu connais mon avis sur la question ...
- Je n'ai pas le temps d'y aller Mal ...
- Balivernes. Tu n'as pas envie. Tu crois que je m'amuse moi ? Pourtant je suis sûre que si tu venais me tenir compagnie on trouverait le moyen de rire. Tu pourrais faire peur à tout le monde et tyranniser la petite Snow ...
L'éventualité parvint à arracher un rire à la Reine mais alors qu'elle semblait s'apprêter à parler le rugissement de son animal de compagnie fit se tendre les deux femmes en contrebas avant que la blonde ne se redresse, visiblement enjouée.
- Ça barde à l'intérieur. Je vais aller leur dire que tu es en train de réfléchir auquel tuer en premier, ça devrait les calmer, déclara-t-elle d'une voix chantante avant de s'éclipser.
- Rumplestiltskin, sembla lui répondre Regina une fois que les portes se furent refermées derrière elle. Emma, sortez de là, vous allez tomber et je vais encore devoir vous sauver la vie.
Les paroles qui lui étaient adressées, la firent se recroqueviller d'instinct, honteuse d'avoir été découverte aussi facilement. La jeune femme prit quelques secondes encore avant de s'appuyer sur le rebord glissant de la façade en fer pour rejoindre le balcon d'un bond souple.
- C'est une nouvelle tactique de déploiement pour les soirs de garde ?
- Peut-être. J'y réfléchis avant de la proposer à tout le monde. Je ne sais pas si tous les soldats sont assez légers pour tenir en équilibre là-haut. Votre réunion se passe mal ?
- Je pensais trouver quelqu'un capable de siéger en mon nom lors des conseils mais ...
- Mais ce sont tous des incapables ? se moqua-t-elle en reprenant ses mots.
- Oui.
Elle ne relança pas la conversation et laissa la brune la détailler d'un air pensif, surprise quand elle lui fit signe d'approcher. Son souffle s'arrêta quelque part dans sa gorge quand les doigts bagués défirent les premiers boutons de son chemisier pour en sortir son fidèle pendentif, effleurant au passage sa peau nue.
- Il ne vous a plus fait mal ?
- Non.
- Tant mieux.
Les mots soufflés à voix basse eurent à peine le temps d'être enregistrés, avant que son esprit ne cesse d'être fonctionnel, court-circuité par la sensation des lèvres qui se posèrent sur les siennes. Si leurs derniers baisers l'avaient toujours laissée le souffle coupé, désormais habituée au désir qui se lovait entre ses reins pour plusieurs heures après l'avoir approchée de si près, elle fut étonnée du profond soulagement qui était en train de s'abattre sur elle.
Peut-être était-ce parce qu'elle avait eu peur ces derniers temps de s'être un peu plus que d'habitude attiré les foudres de la Reine, mais elle fut ravie de voir que le sentiment semblait partagé lorsque la brune poussa un soupir d'aise. Un bras passé autour de sa taille la rapprocha encore plus près du corps drapé dans une longue robe noire et dorée, et elle dut s'agripper à la rambarde lorsque la langue de la sorcière s'insinua avec une lenteur lascive dans sa bouche.
Sa main libre glissa entre elles, les ongles courts s'enfonçant dans le corset qui affinait la taille de Regina avant de remonter caresser la peau nue du décolleté outrageusement plongeant. Oubliant toute prudence ou quiconque qui aurait pu sortir de la salle, la Princesse laissa ses doigts courir sous le tissu où sa main se referma sur un sein dont la pointe taquinait déjà le creux de sa paume. Bien qu'étouffé par leur baiser, le gémissement de la brune l'enflamma d'un nouveau désir et elle dut se faire violence pour s'écarter.
- Regina, on devrait vraiment pas ... Pas ici.
- Dit-elle ...
Penaude presque, elle se dégagea une bonne fois pour toute, se forçant à garder les mains dans son dos, gratifiée par un rire qui fit éclater une bulle de bonheur quelque part dans sa poitrine. Les yeux d'ébènes la dévoraient en un examen minutieux, qui lui fit soudain se rappeler qu'elle avait à nouveau des secrets à lui cacher et la peur qu'elle ressentait à être découverte la fit certainement se trahir. A peine l'idée lui eut-elle traversé l'esprit, que les sourcils de la sorcière se froncèrent d'inquiétude. Et comme si elle avait pu lire ses pensées ...
- ... Qu'avez-vous appris ?
La voix pleine d'incertitude la peina et elle réalisa à nouveau à quel point elle aimait cette femme. A quel point elle aurait tout donné pour ne jamais la voir pleurer ou en proie à n'importe quel doute. Elle voulait faire d'elle quelqu'un d'heureux et si elle savait le travail colossal, rien n'aurait pu l'en dissuader. Avec tout ce qu'elle ressentait pour elle, comment se faisait-il qu'elles ne soient pas des âmes sœurs ? Elle ne pouvait même pas imaginer que quelque chose de plus fort puisse exister et pourtant ... Aucune malédiction ne s'était brisée.
En face d'elle, les yeux sombres la détaillaient dans l'expectative et elle eut un frisson à l'idée que peut-être c'était Regina qui ne l'aimait pas assez pour être son âme sœur. Peut-être que le problème ne venait vraiment pas d'elle ... Peut-être que quelque part ailleurs, existait quelqu'un digne de la Reine ...
- Emma ...
Son prénom tel une incantation eut le don de la faire parler, déversant le flot d'information sans pouvoir s'en empêcher.
- Je sais que mes parents ont lancé une malédiction. Je sais qu'ils ont tué votre mère et votre fils à Storybrook. Que c'est une ville dans un autre univers ... Je pense que ... Que Miss Swan est prisonnière en moi, c'est pour ça que je lui ressemble.
Un sourire triste étira les lèvres encore brillantes du baiser qu'elles avaient échangé et elle sentit des larmes brûler l'intérieur des paupières qu'elle ferma à la hâte.
- Pourquoi est-ce que vous pleurez Emma ?
- Je ne sais pas. Parce que je suis en colère. Je suis toujours en colère. Est-ce que c'est ... Elle ?
- Non. Votre magie est très puissante et amplifie vos émotions.
- Alors ce n'est pas sa magie que je ressens ?
- C'est la vôtre.
- Est-ce que ... Est-ce qu'elle risque de me remplacer un jour ?
- Qui ?
- Si elle est en moi ... Est-ce qu'elle risque de prendre ma place ?
- Pourquoi croyez-vous qu'elle est en vous ?
- Je l'ai vue.
- La nuit dernière ? C'est elle que vous avez vu vous épier dans votre miroir ? Sidney en a été affolé toute la journée ...
La brune avait presque l'air de prendre l'histoire à la plaisanterie et elle commençait à retrouver un peu de la colère qui l'avait toujours animée quand elle s'était penchée sur le sujet. De son côté, Regina ne semblait pas prête à lui donner plus d'information que ce qu'elle venait de lui révéler.
- Pourquoi est-ce que vous ne me parlez pas ?
- Parce que c'est inutile Emma. Ce serait me faire souffrir inutilement. Et vous par la même occasion. Vous ne trouvez pas que nos vies sont déjà assez compliquées ?
Que voulait-elle dire ? Qu'en parler ferait souffrir Regina et que sa peine se répercuterait sur elle ou que la vérité la mettrait personnellement mal à l'aise ?
- Regina ... La seule chose qui m'importe c'est vous. Si vous êtes à mes côtés, si vous m'assurez qu'il n'y a que moi qui compte ... Rien ne pourra me faire souffrir.
- Vous vous trompez. Mais vous aviez raison sur une chose. Je suis bien trop égoïste pour vous montrer que vous avez tort ...
Comme si elle avait senti que son amie avait besoin d'une échappatoire, la porte du balcon s'ouvrit sur la silhouette de Maléfique qui ne parut pas surprise de la voir en compagnie.
- Gina, c'est quand tu veux.
- J'arrive.
Elle ne fit pas attention au clin d'œil que lui adressa la blonde, tandis que la Reine la couvait encore d'un regard incertain.
- Demain, soyez prête à partir pour le conseil après votre petit-déjeuner. Nous arrivons en retard mais pas trop.
- Bien, lui accorda-t-elle simplement.
La sorcière lui adressa un sourire avant de s'écarter encore d'un pas, changeant d'avis la seconde d'après lorsqu'elle l'attira pour un baiser qui eut le don de dénouer son estomac où l'angoisse avait élu domicile. Sa main agrippa par réflexe l'avant bras de la brune, ses ongles griffant les éclats de pierres précieuses qui constellaient les manches de sa robe pour la retenir un instant encore quand elle recula.
- Je n'attendrai pas que vous soyez prête à m'en parler Regina. Je trouverai les réponses toute seule. Vous le savez, n'est-ce pas ?
- Je le sais oui, lui répondit-elle comme si elle s'y était toujours attendue. Faites attention en redescendant d'ici, Emma.
Le conseil la fit sourire, mais Regina se détournait déjà pour rentrer dans la salle où elle put entendre la rumeur des conversations s'évanouir.
Si ça peut vous rassurer on repasse au M au prochain chapitre & définitivement cette fois ;)
