Hey vous ! Ca faisait un moment que j'avais pas posté un chapitre dans les temps vous avez vu ?! La honte ça en fait faire des choses ...! & puis comme vous êtes pas du tout avares en commentaires en ce moment ça me motive deux fois plus ^^

C.H.A.P comme le premier épisode de Walking Dead sérieux ?! Mais c'est un compliment de ouf que tu me fais là ! :D PinGouine ( ton pseudo est géant ) bienvenue à bord ! J'espère que tu continueras à trouver ça passionnant ! Melly pour Henry il va falloir attendre encore un petit peu ;) Lucy j'y avais pas pensé au coup d'Emma qui la fait tomber enceinte mais je me suis relue et c'est vrai qu'on pourrait le penser mais c'est pas ça tu verras ;) Gouldo1 pas de théorie ?! Je suis déçue ! ^^ ElsyCiel j'espère que ça va mieux pour toi, je suis touchée d'avoir pu te remonter un tant soit peu le moral, quoi que ce soit, sois forte :)

C'est un chapitre à plusieurs vitesses & je pense que vous m'en voudrez sur plusieurs points mais les happy end c'est comme la magie, ça a un prix ... Bonne lecture tout de même ;)


Chapitre 23 :

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Regina

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Assise dans son salon un verre à la main, Regina observait l'enfant affalé sur le canapé en essayant d'ignorer le martèlement continuel de coups frappés à la porte. Elle avait beau avoir les yeux rivés sur la silhouette familière qui était en train de regarder un dessin animé, elle n'arrivait pas à penser à autre chose qu'Emma. Emma qui lui était revenue pour lui avouer ce qu'elle avait fait. Elle avait été bête de ne pas penser à cette possibilité.

Après tout, connaissant Rumplestiltskin, quelles étaient les chances pour que sa malédiction ne soit pas parfaite ? Quel intérêt avait-il à la faire se souvenir de tout quand il aurait pu éviter son courroux ? Non, bien sûr, c'était là l'œuvre de quelqu'un d'autre ... Pour être honnête, la nouvelle l'avait sonnée. Elle qui s'était attendue à toute sorte de bêtise de la part de la jeune femme, n'avait jamais imaginé celle-ci ... Et elle ne savait pas comment y réagir.

Derrière elle, un coup frappé à la porte plus fort que les autres en fit bouger les gonds, perturbant la vision qu'elle avait comme l'eau calme qu'on aurait agitée en s'amusant à y faire des ricochets. Henry ne s'en formalisa pas, continuant à se servir dans le paquet de céréales au chocolat tandis que le film d'animation tournait sur l'immense écran plat.

- REGINA !

Le rugissement de son nom la fit sursauter, manquant renverser le cidre sur sa précieuse robe d'un rouge profond. Avec un calme apparent qu'elle n'avait pas, la brune fit courir sa langue sur ses lèvres avant de s'enfoncer un peu plus confortablement dans le cuir du fauteuil où elle s'était installée. Elle allait avaler une nouvelle gorgée de cidre lorsqu'un souffle brûlant balaya la pièce en déformant la vision de ses souvenirs. Outrée, la sorcière se retourna pour faire face à la porte qui semblait à peine résister sous les assauts d'un brasier qu'elle voyait consumer peu à peu le bois sculpté.

- Arrête ça immédiatement !

Exaspérée, la brune bondit de son poste pour ouvrir violemment le battant de la porte qui lui révéla la silhouette de sa meilleure amie. Nonchalamment appuyée au mur d'en face, la blonde observait ses ongles comme si elle avait tranquillement été en train d'attendre qu'elle sorte. Seule l'aura encore palpable de sa magie trahissait du tour qu'elle venait de lui jouer.

- Je commençais à me demander si j'allais devoir me transformer pour te faire sortir de cette pièce ...

- Ose faire sortir ton dragon dans mon château et je me ferai une nouvelle robe de tes écailles.

- Je suis sûre que ma couleur complimenterait à merveille tes yeux, mais ce n'est pas près d'arriver chérie.

- Alors repars te terrer chez toi avec Aurore et tous tes amis à quatre pattes avant qu...

- Avant que je claque la porte et aille bouder dans une réalité qui n'existe plus ? la coupa l'autre.

- Mal ...

La menace qu'elle avait clairement énoncée dans le petit diminutif de la sorcière ne parut pas être comprise, à en croire la façon dont l'intéressée se détacha soudain du mur pour la dépasser et entrer sans autorisation dans la salle. Elle eut à peine le temps de faire s'évaporer le décor, mais elle savait que son amie avait eu le temps de voir son contenu.

- Tu as bu ? lui demanda-t-elle en désignant le décanteur de cidre qu'elle avait apporté là quelques heures plus tôt.

- Pas assez pour oublier.

- Pour oublier quoi ?

- Est-ce que ... Est-ce que tu es au courant ?

- Du retour d'Emma Swan ? Oui, c'est évident, j'ai senti la vague de magie à l'autre bout du royaume.

- Hum ...

- Non, tu ne parlais pas de ça ? devina-t-elle.

- C'est à cause d'elle que je me souviens.

- De ce que tout le monde devait avoir oublié ?

- Oui. Elle l'a fait parce qu'elle pensait que je serais la seule à pouvoir les sauver. A briser la malédiction.

- Et tu l'as fait ...

- Non. La malédiction ne peut pas être brisée. Tu ne comprends pas ...

- Oh si je comprends ... Sans son intervention tu n'aurais jamais pleuré la mort de ton fils. C'est ça ?

Elle ne répondit que d'un faible hochement de tête tandis qu'autour d'elles le paysage muait à nouveau. Ce n'était pas elle qui le contrôlait, réalisa-t-elle lorsqu'elle posa les yeux sur un monceau de cadavres. Les corps de tous les habitants d'un village qui avait osé abriter Snow White, se rappela-t-elle avec une moue agacée. D'autres images défilèrent mais dans la plupart elle se voyait tuer, torturer, manipuler des innocents.

- Je sais ce que tu essaies de faire Mal. Mais cette femme est toujours en moi.

- En toi, oui. Mais ce n'est plus toi. C'est peut-être elle qui monte sur ses grands chevaux quand on ose la défier mais ce n'est plus elle, là.

Un doigt à l'ongle pointu vint s'écraser dans son décolleté là où se trouvait son cœur et elle laissa échapper un soupir dubitatif.

- Tu le sais très bien. Ton fils a fait de toi quelqu'un de bien, quelqu'un dont tu es fière, je le sais, ne me mens pas.

- Et alors ?

- Si Emma n'avait pas fait ce qu'elle avait fait, tu serais redevenue cette personne que tu n'aimes pas. Tu n'aurais jamais trouvé le bonheur avec elle.

- Et je n'aurais jamais pleuré Henry ! se rebella-t-elle en écartant la main qui était restée sur elle.

- Est-ce que ça n'en vaut pas la peine ?

- Rien ne vaut la peine de perdre son enfant, Maléfique. Tu dis ça ... Tu dis ça parce que ...

- Attention à ce que tu vas dire Regina.

L'enfant qu'avait perdu Maléfique n'était pas un sujet qu'elles avaient discuté. Lorsqu'elle l'avait appris, Regina s'était montrée présente, tentant d'être l'amie qu'elle devait être mais jamais une seule conversation n'avait été tenue sur le sujet. Pas même lorsqu'elles parlaient d'Henry. Et elle avait toujours respecté le choix de la blonde. Ce n'était pas aujourd'hui que cela devait changer.

- Excuse-moi, se reprit-elle à voix basse.

- Excuses acceptées.

- Mal ... J'ai ... Je ne sais pas quoi faire. Quoi lui dire ...

- Tu trouveras. Tu devrais peut être en parler avec ta mère. Je suis sûre que le fait qu'elle n'ait pas perdu ses souvenirs doit avoir un lien avec ce qu'Emma a fait.

- Tu penses ?

- Quoi d'autre ? Tu m'as toujours dit qu'elle ne maîtrisait pas bien sa magie ... Elle a du déborder sur ta mère en pensant à toi.

- Peut-être. Je lui en parlerai.

- Bien. Maintenant dehors.

- Tu me mets à la porte de ma propre maison ?

- Seulement de cette pièce. Te perdre dans tes souvenirs ne t'apportera rien de bon, crois moi j'ai essayé.

Il y eut un instant de flottement durant lequel les deux amies se jaugèrent d'un œil terne avant que la brune ne renonce à résister, tournant les talons pour avancer dans le couloir.

- Maj ...

- Pas maintenant Sidney, fit-elle taire le génie qui semblait l'avoir attendu dans l'un des miroirs.

- Il a fait le pied de guerre avec moi. Il avait peut être quelque chose d'important à dire.

- Emma est sous mon toit. Ma mère et toi aussi, le reste peut bien attendre.

- Je suis touchée de faire partie du petit club.

- Ne me fais pas regretter de l'avoir dit.

- Jamais.

Elle ne relança pas la conversation, ses pas la menant automatiquement vers une des pièces où elle aimait le plus s'enfermer de longues heures. Comme si elle avait été chez elle, Maléfique n'attendit aucune invitation avant de s'affaler sur l'un des immenses fauteuils en cuir. Regina préféra aller se poster à l'une des fenêtres, affrontant la lumière du jour pour la première fois depuis de longues heures.

- Quelle heure est-il ? s'entendit-elle demander tandis que ses yeux dérivaient vers la cour où plusieurs groupes de soldats s'entraînaient encore et toujours.

- Le repas de midi est passé depuis un moment déjà ...

- Hum ...

Ses yeux se plissèrent lorsqu'ils se posèrent sur la silhouette de la blonde qui fit battre son cœur la chamade. La jeune femme était assise à même le sol avec d'autres soldats, tous occupés à aiguiser la lame de leurs épées. La Reine se força à s'éloigner avant que son regard insistant ne soit perçu par Emma et elle allait parler quand une autre voix l'interrompit.

- Vous êtes sûre que votre louve n'y verra aucun inconvénient ? Vous savez qu'elle ne pourra pas être là, je n'ai jamais travaillé sur quelqu'un de son espèce, je ne sais pas si je pourrais cacher sa présence.

Elle échangea un froncement de sourcils avec Maléfique qui semblait tendre l'oreille autant qu'elle tandis que les pas se rapprochaient.

- Je le sais. Ce ne sera pas un problème mais vous ... Vous êtes sûre de pouvoir l'occ...

La bibliothécaire qui venait d'entrer dans la pièce les avait aperçues en premier, se taisant sous le coup de la surprise mais Cora la dépassa comme si de rien n'était.

- Le quoi ?

- Le ... Le ... Il y a ... Votre fille et Maléfique sont ici.

- Et ?

- Non je veux dire, ici, dans la pièce.

- Je sais Belle, ce sont des choses que des sorcières sentent. Entre autres choses ...

Cora avait prononcé ses derniers mots avec un regard en biais pour sa fille et l'intéressée haussa un sourcil interrogateur qui ne fut pas relevé par la plus âgée.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-elle finalement à haute voix par peur que la conversation ne s'arrête là sans qu'elle ait pu savoir de quoi il était question.

- C'est une histoire entre Belle et moi.

- Non, refusa-t-elle immédiatement. Je ne souhaite rien ignorer de ce qui se trame sous mon toit.

- Techniquement, ce ne sera pas sous ton toit.

- Mère, prévint-elle d'une voix où l'avertissement était clair.

- Oh s'il te plait, c'est une surprise.

Les yeux de la Reine des cœurs s'étaient fixés sur elle avec une sincérité qui lui fit froncer les sourcils et elle préféra tourner son attention vers Maléfique. Parce qu'elles avaient longtemps été complices, il ne fallut pas à l'autre plus d'une seconde pour comprendre ce qu'elle attendait d'elle, mais les efforts de la blonde furent balayés par un revers de la main de Cora.

- Et puis quoi encore ? A d'autres ce petit tour !

Sa meilleure amie ne se découragea pas pour autant, reportant son regard clair vers la bibliothécaire qui ne lui opposa aucune résistance lorsqu'elle viola le secret de ses pensées. Ce qu'elle y trouva la fit visiblement sourire et Regina eut un hoquet de surprise lorsqu'elle leva deux mains en l'air en signe de reddition.

- Mes lèvres sont scellées, déclara-t-elle à Cora.

Agacée, l'intéressée se détourna à nouveau vers la fenêtre où elle observa les bras croisés la jeune femme qui parlait avec enthousiasme à une de ses amies. Derrière, elle entendit vaguement la voix de sa mère congédier l'ex-petite amie du Ténébreux avant de se rapprocher d'elle.

- Comment vas-tu ?

- J'ai intérêt à apprécier ce que vous manigancez derrière mon dos, répondit-elle à côté.

- Nous verrons. Est-ce que tu as parlé à Emma ?

- Est-ce que ça vous regarde ?

- Moi je lui ai parlé en tout cas.

- Et ? demanda-t-elle au bout d'un moment de silence où l'autre n'avait délibérément rien rajouté.

- Elle est terrifiée à l'idée de te perdre à cause de ce qu'elle a fait.

- A juste titre, répondit-elle un peu trop vite.

La poigne de fer qui se referma sur l'un de ses bras la fit sursauter.

- Écoute-moi bien Regina, si tu oses gâcher cette chance que la vie t'offre, c'est moi qui me chargerai personnellement de te remettre les idées en place. Emma est la meilleure chose qui puisse t'arriver.

- Écoutez-vous, on croirait entendre Snow White, railla-t-elle sans pour autant oser la contredire.

- Ne joue pas aux plus malignes avec moi Regina, tu n'as pas envie que je m'en mêle pour te faire réaliser à quel point tu l'aimes.

- Je n'ai pas besoin de toi pour ça !

- Alors ressaisis-toi ! s'emporta la plus âgée.

A l'autre bout de la pièce, elle croisa le regard gêné de Maléfique qui s'empressa de détourner les yeux vers une des bagues qu'elle portait.

- Ça suffit, ordonna-t-elle cette fois sans appel.

Cora dut sentir le vent tourner et s'éloigna d'un pas en arrière, mais les yeux si semblables aux siens continuèrent à l'épier.

- Quand l'as tu autorisée à te marquer de la sorte ?

- Qu...Comment ? balbutia-t-elle, portant par réflexe une main à la trace bleuâtre qu'elle avait soigneusement effacée de son cou lorsqu'elle s'était réveillée plus tôt dans la journée.

- Non, je ne parle pas de ça, s'agaça la plus âgée. Elle a placé sa marque sur toi. Je plains quiconque tenterait de t'approcher ...

Les sourcils froncés Regina ne fit aucun commentaire lorsqu'elle se rappela de la magie qu'elle avait sentie la transpercer la veille dans les bras de son amante. Emma avait donc pris la liberté de faire d'elle sa propriété privée ...

- Je ne suis pas sûre qu'elle l'ait fait consciemment, finit-elle par répondre.

- Ça reste à voir.

Elle ne répondit pas, plissant uniquement les yeux vers sa mère pour lui signifier que la conversation était terminée.

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Il lui semblait qu'une éternité s'était écoulée depuis la dernière fois où elle avait foulé les couloirs des quartiers de la garde royale, s'amusant presque de l'effet que sa présence avait sur les soldats qu'elle croisait. Pourtant, la bonne humeur relative qu'elle avait éprouvé s'envola lorsqu'elle s'invita dans la chambre de celle qu'elle venait voir.

Assise sur le seul fauteuil de la pièce, Emma ne portait plus que son pantalon en cuir et un soutien-gorge, le bras tendu vers la jeune femme qui se tenait accroupie à ses pieds en train de dessiner quelque chose sur la peau claire à l'aide d'une plume noire. A genoux sur le lit, Eva regardait le duo avec un air attentif, mais son arrivée perturba les activités. Le blonde fut la première à se lever tel un diable jaillissant de sa boîte.

- Hey ! Qu'est-ce que tu fous j'aurais pu ...

La protestation de la petite sorcière qui était une fois de plus en train de souiller la peau de son amante, mourut en un balbutiement honteux lorsqu'elle comprit ce qui se passait. De son côté l'ex-prostituée s'était contentée de se redresser, se tenant un tant soit peu plus droite malgré sa position incongrue.

- Je croyais avoir été claire quand j'avais dit que je n'appréciais pas les tatouages ? demanda-t-elle d'une voix basse où le danger rodait.

- Vous peut-être, Regina. Moi, c'est autre chose.

Une des deux autres émit un couinement, choquée sans aucun doute par le culot dont elle osait faire preuve, mais le répondant la fit retenir un sourire. La Princesse n'aurait jamais osé lui répondre de la sorte ...

- Laissez-nous.

Elle ne se formalisa pas du coup d'œil que lancèrent les deux autres au Lieutenant avant de faire mine de s'exécuter.

- On se voit ce soir pour la suite Marine, promis.

- Oui, tu sais qu'après ...

- "L'encre sèche et on obtient pas un résultat uniforme", sembla répéter par cœur la blonde avec un sourire.

- Voilà.

Elle eut tout de même le droit à un bref salut avant que les deux ne s'enfuient et elle prit note de demander à Graham de se charger personnellement de leur trouver du travail supplémentaire pour les occuper à l'avenir.

- Habillez-vous, ordonna-t-elle une fois qu'elles furent seules.

- Pourquoi ? Trop peur de la tentation ?

- Vous n'aviez pas l'air si sûre de vous hier soir ...

- J'ai croisé votre mère entre temps.

- Qu'est-ce qu'elle vous a dit ?

- Elle m'a rappelé que l'amour véritable triomphe de tout.

La phrase ressemblait vraiment à quelque chose qu'aurait pu dire Snow White et l'incongruité de la pensée qu'elle avait pour la deuxième fois dans la journée, la fit étouffer un petit rire derrière ses dents serrées. Il y eut quelques secondes durant lesquelles elles s'observèrent en silence, avant que la plus jeune ne se décide à obéir, enfilant un débardeur qu'elle avait sans doute ôté peu de temps avant.

- Pourquoi êtes-vous là ?

La question lui avait été posée avec beaucoup plus de douceur que ce à quoi elle s'était attendue, toute trace d'insolence évaporée pour faire place à une timidité qui avait certainement trait à ce qu'elle lui avait avoué la veille.

- Pour savoir ce que vous a appris Rumplestiltskin, se décida-t-elle tout de même.

- Oh ... On va donc ignorer ce que je vous ai dit hier ?

- Pour l'instant oui, confirma-t-elle sans problème. Alors ?

En face d'elle, la Sauveuse pinça ses lèvres en une moue déçue avant de se tourner vers une armoire qu'elle ouvrit à la recherche de quelque chose à enfiler.

- Il n'existe aucun moyen de retourner à Storybrook, finit-elle par lâcher les dents serrées.

Et bien qu'elle se soit doutée de la vérité depuis longtemps déjà, l'entendre de sa bouche resserra un peu plus le nœud qui s'était formé dans son estomac depuis la veille.

- Mais ...

- Mais ? poussa-t-elle comme la suite ne venait pas.

Les bras croisés, serrés contre elle en une vaine tentative de se protéger d'elle ne savait quoi, elle observa la jeune femme boutonner un chemisier d'un noir brillant.

- Mais il existe un moyen de ramener Henry.

Cette fois, elle dut faire un pas en arrière pour trouver le soutien du mur en pierre grossière et résister à la gravité qui menaçait de l'emporter. Son malaise eut raison de tout faux semblant que la Princesse avait pu ériger à son encontre et elle la regarda bouche bée se précipiter vers elle au cas où elle tomberait bel et bien.

- C... Comment ? demanda-t-elle simplement en levant une main pour l'empêcher de l'approcher plus.

La question et le rejet eurent l'air de faire l'effet d'une douche froide sur la jeune femme qui s'immobilisa, pinçant les lèvres. Elle ne la regardait pas quand elle lui répondit.

- Si je ... Si je le conçois avec Neal.

Le "Hors de question" resta bloqué quelque part dans sa gorge et elles s'observèrent quelques secondes dans un silence lourd de sens.

- Je ... Je le ferai si c'est ce que vous voulez, rajouta la mère biologique de son fils la voix enrouée par les larmes qu'elle voyait retenues dans les yeux clairs.

- Qui vous a donné cette idée ?

- Gold m'a dit que ce serait le seul moyen de le ramener. Snow aussi ...

- Pardon ? Quand avez-vous vu votre mère ?

- Hier. Je ... J'ai attendu Gold un bon moment, on a un peu parlé et quand je lui ai demandé d'où venait ma magie noire, il m'a envoyée auprès de ma mère pour lui poser la question. Elle était ... Elle était suspicieusement agréable. Et puis elle a pété un câble.

Le vocabulaire la fit hausser un sourcil, mais avec le retour de la personnalité de Miss Swan, elle se doutait qu'elle devrait faire face à bien plus que ça ...

- Mais avant elle m'a tout de même dit que si je voulais ... Si je voulais Henry ... Même si je le voulais juste pour l'élever avec vous, il faudrait que ça se passe comme ça. Et après mon père a débarqué et elle s'est transformée en espèce de vampire, il m'a dit que c'était la faute de Gold et de la malédiction ...

- Les vampires n'existent pas, Miss Swan. Votre mère a accepté de recevoir une goutte des Ténèbres de la dague de Rumplestiltskin pour lancer la malédiction. Elle n'avait certainement pas prévu qu'une seule goutte suffirait à coloniser tout son corps et donner la possibilité à Gold de la contrôler comme un pantin. Ce n'était pas à Snow que vous avez parlé hier ...

- A Gold alors ? Gold a pris le contrôle de ma mère pour me parler ? Mais j'étais déjà en train de lui parler quand il m'a envoyée la voir ...

- S'il l'a fait, il avait ses raisons ...

Devoir réfléchir aux motifs du vieux crocodile la distraya suffisamment pour reprendre contenance, se redressant enfin avant d'avancer vers le fauteuil où elle s'installa sans cérémonie. Quel intérêt avait-il à tirer de ce petit jeu ?

- Que vous a dit Snow exactement ?

- Et bien, elle m'a demandé pard...

- Non, coupa-t-elle la jeune femme qui s'était installée en tailleur en face d'elle sur le lit. Sur quoi a-t-elle insisté ?

- Henry, lui répondit-elle simplement.

Un instant, leurs regards se perdirent l'un dans l'autre avant que la révélation ne la frappe avec une violence qui brisa l'accoudoir du fauteuil que son poing venait de serrer.

- Le bâtard ...

- Quoi ?! s'affola l'autre.

- Henry ...

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Regina, s'il vous plaît ...

Le ton de la blonde était suppliant et elle ne le comprit qu'en faisant un peu plus attention à son aura où une magie noire et instable était en train de crépiter. Visiblement, elle ne maîtrisait toujours pas ses pouvoirs que le moindre choc émotionnel pouvait chambouler.

- Si Henry est conçu aujourd'hui, il aura deux parents extrêmement puissants ce qui fera de lui un sorcier au potentiel inégalé ... Un élève de rêve pour le Ténébreux.

- Est-ce que je peux le tuer ? Est-ce que je peux tuer Gold ?

- Non, je vous l'interdit Emma et puis de toute manière je crois que ma mère lui réserve quelque chose.

- Vous savez, je crois qu'il est ... Euh ... Intéressé par elle.

L'information lui arracha un petit rire. Elle aurait donné cher pour le voir tenter quoi que ce soit.

- Au moins quelque chose dont nous pouvons nous réjouir Emma ...

- Ah bon ?

- Je l'ai entendu manigancer quelque chose avec Belle, j'ai de fortes raisons de penser qu'elle va se jouer de Rumplestiltskin et la connaissant, ce sera certainement divertissant.

A en croire la grimace dégoûtée de la blonde, elle n'avait pas hâte d'assister au spectacle et elle ne parvint pas à retenir le rire que l'expression lui arracha.

- Regina ...

- Hum ?

- Pour Henry ... Rien ne nous empêche d'avoir un coup d'avance sur Gold. Maintenant que vous avez compris ce qu'il veut, on pourrait très bien l'empêcher par tout moyen de l'obtenir. On pourrait même trouver un moyen de supprimer la magie en lui ...

- Et alors ?

- Alors ... Alors je me répète mais ... Si c'est ce que vous voulez ...

Finalement elle ne se répéta pas totalement, apparemment incapable de finir la proposition qui n'en était pas pour le moins claire. Les paroles de Maléfique et de sa mère lui revinrent à l'esprit, anéantissant toute tentative de réflexion. Elle n'avait pas besoin de réfléchir comprit-elle. La réponse était évidente ...

En face d'elle, la jeune femme fronça les sourcils lorsqu'elle se redressa pour quitter le fauteuil qu'elle avait occupé, sa confusion de plus en plus évidente à mesure qu'elle l'approchait.

- Emma ...

- O... Oui ?

Les yeux clairs étaient déjà brouillés de larmes et la tristesse qu'elle pouvait voir ternir l'éclat des iris d'un vert presque bleu lui déplut souverainement. Deux pas supplémentaires suffirent à les rapprocher suffisamment pour qu'elle puisse se saisir du menton de la blonde et l'immobiliser.

- J'ai fait le deuil de mon fils. L'enfant qui naîtrait de cette union ne serait pas lui. Je l'ai perdu Emma, je le sais. Mais vous, vous êtes là et il est hors de question que vous m'échappiez. Pas une seule fois. Et certainement pas avec lui et pour ça.

Fascinée, elle resta immobile quelques instants de plus, regardant la course d'une larme qui mourut sur ses doigts avant de se ressaisir et s'écarter de la jeune femme qui était restée hébétée.

.

.

Elle ne regarda pas derrière elle lorsqu'elle sortit de la pièce, faisant se retourner plusieurs gardes sur le bruit de ses talons aiguilles. Si quelqu'un lui avait dit qu'un jour elle choisirait Emma Swan, qu'elle choisirait qui que ce soit par dessus son fils, elle leur aurait ri au nez. Mais n'était-ce pas ce qu'elle venait de faire ? Était-ce ça l'amour véritable ? Parce qu'il n'y avait aucun doute pour la brune que son amante était la seule exception à la règle. Elle aurait même donné sa propre vie pour le savoir à nouveau vivant et en bonne santé. Elle l'aurait confiée à sa mère biologique sans avoir à y réfléchir deux fois ...

- Regina !

L'appel ne la fit pas se retourner, elle s'était doutée que la blonde finirait par sortir de la torpeur dans laquelle l'avaient plongée ses derniers mots. Elle ralentit tout de même, juste assez pour être rattrapée avant la sortie de l'aile de la garde royale, s'amusant de la surprise de la jeune femme lorsqu'un soldat s'inclina sur son passage en plus du sien.

Elle avait entendu la nouvelle rumeur qui courrait dans le château, se doutait même de sa provenance. Elle se rappelait tout à fait de la présence de la domestique lorsque sa mère avait abordé le sujet d'éventuelles fiançailles. Elle avait adressé un regard noir à Cora, mais elle n'avait rien fait pour empêcher la jeune servante de répéter ce qu'elle avait entendu. Le soir même tout le château avait été au courant et maintenant tout le monde pensait que l'affaire était pliée.

- Majesté !

- Quoi encore Sidney ? s'exaspéra-t-elle de la présence du génie qu'elle avait vu la poursuivre dans tous les miroirs qu'elle avait croisés.

- Êtes-vous au courant de la fête qu'organise votre mère ce soir ?

- Encore ?! s'exclama la blonde derrière elle.

- Oui, mentit-elle. Laissez-la.

- Mais elle est en train de faire déménager la grande salle. Elle a fait changer les lustres et organiser tout un système au plafond !

- Et alors Sidney ? Vous êtes espion, pas décorateur ...

Sa remarque lui valut un petit rire de la part de son Lieutenant et elle essaya tant bien que mal de masquer l'autosatisfaction qu'elle en tira. Dans sa prison de verre, le génie sembla vouloir rajouter quelque chose, mais elle l'en empêcha d'un mouvement de la main.

- Vous avez quelque chose à faire de votre après-midi ?

- Pourquoi ?

- Je pensais ... Je pensais qu'on aurait pu la passer ensemble ?

- Vous n'avez pas un tatouage à vous faire faire ?

- Dans la soirée.

- Ma mère organise quelque chose, vous ne vous défilerez pas pour pouvoir vous faire dessiner je ne sais quelle horreur sur votre bras.

- Ce ne sera pas une horreur. Est-ce que j'aurais le droit d'être votre cavalière ?

- Nous verrons.

Ses pas l'avaient menée jusque dans ses quartiers et elle s'immobilisa sur le seuil de la porte de sa chambre. La dernière fois qu'elle y avait été avec la Princesse, elles avaient passé la nuit sous les draps et elle eut un moment d'hésitation.

- Vous ne voulez pas que je rentre ? crut comprendre celle qui l'avait jusque là suivie.

- Non, c'est ridicule, se décida-t-elle à haute voix. Bien sûr que vous pouvez rentrer. Je vous ai promis que vous étiez la bienvenue partout désormais.

A l'intérieur, elle agita une main qui alluma un feu dans la cheminée jusque là éteinte et elle entendit l'exclamation émerveillée de la blonde lorsque le peu de désordre qu'elle avait laissé se dissipa, les draps de lit allant jusqu'à se tirer à nouveau au carré.

- C'est pas une servante qui fait ça d'habitude ?

- Rarement, je préfère que ma chambre reste mon domaine privé ... Et puis c'est pas comme si c'était un effort terrible, rajouta-t-elle en se dirigeant vers la pièce attenante qui contenait sa garde-robe.

- Vous m'apprendrez ? entendit-elle la blonde lui demander.

Un coup d'œil derrière elle lui révéla que l'intéressée avait cessé de la suivre, préférant s'asseoir sur un fauteuil devant une table basse où elle était en train de dresser un jeu d'échec auquel elle n'avait pas joué depuis des mois. Un instant la situation presque domestique la fit sourire, mais elle préféra ne pas s'y attarder.

- Si vous voulez, répondit-elle finalement ses yeux parcourant l'étendue de robes à la recherche de celle qu'elle porterait ce soir.

- Blanc ou noir ?

- Vous osez poser la question ?

- Je commence donc.

Elle ne répondit pas, ses doigts courant sur les divers matériaux avant de s'arrêter sur une robe bleue nuit ornementée d'argent. Un sourire aux lèvres, elle finit par émerger de son dressing pour aller s'installer en face de la blonde tandis qu'un de ses pions avançait tout seul sur l'échiquier.

- Ça aussi j'aimerais apprendre.

- Imaginez votre bras. Il avance vers le pion que vous voulez déplacer. Vous devez pouvoir le sentir sous vos doigts si vous voulez. Poussez-le, le tour est joué.

Emma eut un petit couinement enfantin lorsqu'elle parvint à faire avancer son chevalier et le sourire ravi qu'elle lui adressa faillit la contaminer.

- Ça vous a pas fait drôle d'être ici après Storybrook ? Toute la technologie ...

- L'eau chaude courante m'a manqué, mais j'ai résolu le problème.

- Et la musique ? Ça vous manque jamais ?

- Parfois, répondit-elle prudemment. C'est un interrogatoire ?

- J'ai l'impression d'avoir des millions de choses à vous demander ...

- Une seule partie d'échec ne suffira pas dans ce cas.

- On peut en faire plusieurs.

- Ça dépend ... Vous êtes mauvaise perdante ?

- Vous pensez me battre si facilement ?

- Oui, répondit-elle honnêtement tandis qu'un de ses fous faisaient tomber une tour qui s'était avancée un peu trop loin.

L'action eut le mérite de rembrunir la blonde quelques minutes durant lesquelles elle sembla se concentrer un tant soit peu plus sur le jeu en cours et elle ne fut presque pas surprise de la voir lui prendre plusieurs pions d'affilée. Mais la concentration n'était pas le fort d'Emma Swan ...

- Votre couleur préférée ?

- Oh vous devez vous en douter, répondit-elle avec un sourire en coin en éjectant un chevalier blanc qui finit sa course sur le tapis en fourrure à leurs pieds.

- Très bien ... Votre Disney préféré ?

- Pocahontas.

- Est-ce que vous jouez d'un instrument ?

- Du piano fut un temps ...

- Hum ... Déjà fumé ?

- Oui.

- De la drogue ?

- Fumé de la drogue ? répéta-t-elle avec un petit rire. Non, pas fumé, mais j'en ai consommé.

- Vraiment ?! Laissez-moi deviner ... Avec Maléfique.

Elle ne répondit pas, se contentant d'observer l'échiquier en réfléchissant à son prochain mouvement. Elle avait déjà deviné la tactique de la Princesse, mais pas encore décidé celle qu'elle adopterait pour lui couper l'herbe sous le pied.

- Est-ce que vous détestez vraiment mes tatouages ?

- Oui.

- Vous mentez.

- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?

- Je vous ai vue me regarder quand je me bats. Ça n'a pas l'air de vous empêcher de me dévorer du regard.

- Ils font de vous une guerrière. Ça a ses avantages, mais en général je vous préfère sans.

L'aveu provoqua un sourire triomphant et elle dut contenir pour ne pas laisser paraître sa surprise à la prochaine question.

- La première fois où vous avez eu envie de moi ?

- J'ai l'impression que votre interrogatoire est en train de prendre une autre tournure Emma ...

- Et vous n'êtes pas de taille ? la défia-t-elle clairement un sourcil arqué.

- Ici ou à Storybrook ? décida-t-elle de répondre sans ciller puisque la partie allait bientôt se terminer.

- Storybrook.

Un instant elle fit mine de réfléchir, le regard plongé dans les yeux qui pétillaient de malice. Bon sang, elle avait déjà envie de la jeter dans son lit ...

- Je vous ai trouvée digne de réchauffer mes draps dès la première fois où je vous ai vue Emma, avoua-t-elle, mais je n'ai vraiment envisagé de le faire que le jour où vous avez eu le culot de couper mon pommier. Et croyez-moi, je n'aurais pas attendu de trouver un lit. Le jardin aurait très bien pu faire l'affaire.

- Mais vous ne l'avez pas fait. Ça vous a travaillé ? Est-ce que vous vous êtes touchée le soir toute seule dans vos draps ?

- Qui vous dit que j'étais toute seule ? bluffa-t-elle pour le plaisir de voir les yeux déjà assombri de désir se nuancer d'une jalousie colérique.

- Répondez.

- Oui, mentit-elle.

En réalité, elle n'avait même pas attendu le soir. Elle était rentrée dans son bureau, avait tenté en vain de finir de corriger le budget hebdomadaire des dépenses publiques et avait fini par devoir s'enfermer dans ses toilettes privées pour soulager ses nerfs. Et en face d'elle, la blonde devait se douter de son mensonge mais ne sembla pas oser le relever. À la place, elle finit par reporter son attention sur le jeu d'échec, tombant en plein dans son piège lorsqu'elle lui annonça avec une fierté non dissimulée :

- Je prends la Reine et … Echec.

- C'est moi la Reine ici Emma ...

- Et bien, je viens de vous prendre !

- Hum ... ne put-elle s'empêcher de répondre avec une moue sceptique. Je l'aurais senti.

- J...

- Echec et mat, coupa-t-elle avant que l'autre ne rebondisse sur son sous-entendu alors qu'elle venait de faire tomber le dernier pion qui se tenait encore sur le chemin entre les siens et le Roi blanc.

Son adversaire ne prêta pas l'ombre d'une attention au plateau où elle réorganisa toutes les pièces d'un mouvement de la main. Les yeux clairs avaient été dévorés par les pupilles où elle pouvait voir danser un désir plus sombre que ce à quoi elle était habituée. Emma Swan serait-elle une amante vraiment si différente de celle à laquelle elle s'était habituée ?

Elle ne posa pas la question qui brûlait le bout de sa langue, mais elle aurait été prête à parier qu'elle n'était définitivement pas la seule femme qu'elle avait mise dans son lit ... Qui plus est, la magie qui coulait à présent librement dans son sang, la rendrait certainement plus entreprenante. Elle ne fut pas surprise par la lame de désir qui la força à croiser les jambes. Pourtant ce n'était pas ce qu'elle voulait. Leur relation ne pouvait plus continuer sur l'envie pure et simple de se sauter dessus, il leur fallait plus et que ce soit dit, pas seulement deviné au travers des larmes ou de la jalousie.

- Je crois que ça suffit pour aujourd'hui, déclara-t-elle donc après une profonde inspiration.

- Vous êtes sûre ?

Le regard de braises ne la quittait pas et elle n'avait aucun doute sur la nature de la question qui venait de lui être posée.

- Oui, répondit-elle néanmoins. Retournez voir votre amie, je crois que vous avez un tatouage à finaliser. Et soyez là ce soir.

- Comme vous voulez Majesté.

La marque de respect avait été imprégnée d'une supériorité confiante. Certainement parce qu'elle savait exactement quel effet elle était en train d'avoir sur elle mais Regina refusa de céder, agitant une main pour ouvrir la porte de sa chambre et lui signifier que son congé n'était pas à prendre à la légère. Un instant encore la blonde l'observa avec attention avant de tourner les talons et seulement lorsque les battants en bois massif se furent refermés sur elle, parvint-elle à recommencer à respirer.

Elle ne savait pas combien de temps elle tiendrait encore, ne savait pas non plus ce qu'elle attendait exactement mais quelque chose la retenait encore ...

- Pas pour longtemps, souffla-t-elle le regard baissé sur les poings qu'elle avait serrés pour s'empêcher de retenir son âme-sœur.

.

.

Elle n'avait pas du tout pris part à la préparation des festivités qui se déroulaient à l'étage inférieur, mais à en juger par le brouhaha qu'elle entendait de là, sa mère devait encore s'être dépassée. La veille, elle avait été étonnée de la cérémonie que Cora avait organisée pour " renouer quelques connaissances ", mais elle se doutait à présent qu'elle faisait part d'un plus grand plan. La Reine des cœurs avait beau aimer tenir cour, elle savait qu'elle n'aurait jamais poussé le vice à le faire plusieurs jours d'affilé pour son propre plaisir.

- Je rêve ou vous m'attendiez ?

Elle ne répondit pas, se contentant de se retourner pour contempler sa partenaire. Ses armoiries étaient brodées sur le costume noir avec l'exacte couleur de la robe qu'elle portait ce soir. De hauts escarpins d'un noir brillant étaient le seul artifice qu'elle s'était permis de porter en plus de deux diamants noirs ornant ses oreilles.

- Vous n'aviez pas parlé d'être ma cavalière ?

La réponse lui valut un sourire radieux qui éclipsa quelques secondes le personnage beaucoup plus sombre qu'elle avait apparemment décidé d'être désormais en public.

- Alors qu'attendons-nous ? A moins que vous ayez quelque chose à redire sur ma tenue ? sembla-t-elle s'inquiéter comme elle ne prenait pas le bras qu'elle lui avait tendu.

Non, elle n'avait décidément rien à redire à l'ensemble qu'elle portait mais elle se sentait d'humeur taquine. Ses doigts caressèrent l'entrelacement de cheveux blonds qui tombaient presque dans le décolleté que la jeune femme avait choisi de creuser dans un chemisier blanc avant de remonter écarter une mèche rebelle de son visage.

- Hier soir quand nous étions ensemble ...

- Oui ?

- Vous avez utilisé votre magie ...

- Il me semble oui, sans vouloir vous offenser mais je ne pense pas que j'aurais pu vous soutenir aussi longtemps ...

La confusion la fit hausser un sourcil taquin.

- Vous allez pas le prendre mal hein ?

- Que vous me trouviez trop lourde ? Non, non, enchaîna-t-elle sans lui laisser le temps de s'excuser. Hier soir, vous avez utilisé votre magie pour me marquer.

- Je ... Je ne comprends pas.

- Vous avez laissé un peu de magie à vous en moi. C'est un sort que beaucoup de gens utilisent ici. Certains mages en concoctent même sur demande à des femmes qui n'ont pas confiance en leurs époux.

- J'ai confiance en vous. Je suis désolée si ça vous offense, je n'avais même pas conscience de l'avoir fait.

- Ça m'est égal. Je n'ai aucune honte à vous appartenir. Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué tout le monde s'incline sur votre passage ici parce qu'on croit déjà que nous nous sommes promises l'une à l'autre et je n'ai pas pensé une seconde à arrêter la rumeur.

- Pourquoi ?

- Qu'importe. Mais ce soir, c'est moi qui aimerais vous marquer. D'une certaine manière ... M'y autorisez-vous ?

- Oui, lui répondit-elle immédiatement.

Elle n'avait apparemment même pas pris le temps de réfléchir à la permission qu'elle lui accordait et l'impulsivité de la chose la fit sourire. Ses doigts qui étaient restés suspendus en l'air à quelques centimètres de la peau de la jeune femme effleurèrent la courbe de son visage. Elle avait toutes sortes d'idées folles pour assouvir son désir de la faire sienne aux yeux de tous, mais elle choisit finalement la plus simple, peu désireuse de gâcher les plans que sa mère avait sans doute concocté pour la soirée avec une surprise de sa part.

Attentive, elle observa la couronne en onyx apparaître dans les cheveux blonds. Les saphirs d'un bleu presque noir qui ornaient la pierre noire taillée en un entrelacs délicat complimentaient à merveille la couleur de sa robe.

- Que vous disent vos vagues souvenirs de cours d'étiquette ?

- Seul un Roi ou une Reine déjà sacré peut se permettre de porter sa couronne lorsqu'il ou elle est invité sous le toit d'un autre souverain ... Toute autre personne, même membre de la famille royale commettrait une offense, sembla-t-elle réciter les sourcils froncés. Je n'étais qu'une Princesse et j'ai renoncé à mon titre pour vous. Qu'est-ce que vous voulez leur prouver ?

- Que vous êtes ici chez vous. Que vous êtes ma Reine.

Les lèvres de son amante s'entrouvrirent sous le coup de la surprise et elle laissa quelques secondes encore le silence s'étirer avant de lui adresser le faux sourire qu'elle réservait d'habitude aux invités.

- On y va ? demanda-t-elle en s'emparant de son bras.

Elle eut le droit à un signe de la tête et s'amusa encore longtemps en silence de la stupeur dans laquelle elle avait plongée la jeune femme, mais aussi de celle de toute l'assemblée lorsqu'elles entrèrent dans la salle.

Sidney n'avait pas plaisanté lorsqu'il avait parlé de la réorganisation lancée par Cora. La salle du trône qui servait de salle de réception s'était métamorphosée. Les yeux levés, elle nota l'absence de l'immense lustre d'habitude suspendu au centre de la pièce et aujourd'hui remplacé par un ensemble en acier qui lui fit froncer les sourcils.

- Ça te plaît ?

La voix de sa mère la ramena à la réalité, détaillant rapidement la robe rouge et or aux nombreux voiles qu'elle avait choisie de porter.

- Je veux que tout soit rentré dans l'ordre d'ici demain.

- Comme tu veux ma chérie. Très jolie couronne que vous avez là Emma.

- N'est-ce pas ? répondit l'intéressée dont elle serra le bras un instant.

Parce que c'était sa soirée, Cora ne resta pas à leurs côtés bien longtemps, se muant à la foule de gens qu'elle ne reconnaissait pas forcément. Personne de recommandable pourtant à en juger par leurs regards qu'elle sentait empli d'une malfaisance latente et l'espace d'un instant, elle se surprit à être rassurée par la présence de sa cavalière.

- Qui est-ce ? entendit-elle demander l'intéressée.

Emma avait semble-t-il repéré un homme et ne le lâchait pas de ses yeux soudain plus sombres.

- Un des fils du Roi Georges. Il vous plaît ?

- C'est vous qui lui plaisez.

- Vraiment ? feignit-elle de remarquer.

A la vérité, le Prince l'avait déjà approchée à plusieurs reprises pour tenter d'enterrer la hache de guerre entre leurs deux royaumes, mais sa proposition à peine déguisée d'un mariage l'avait toujours fait rire.

- Vraiment. Il me fusille du regard depuis que nous sommes rentrées.

- Hum ... Voilà quelque chose que nous ne pouvons pas laisser passer, n'est-ce pas mon ange ?

Le surnom parvint enfin à attirer l'attention de son amante qui détacha son regard courroucé de la silhouette de l'homme pour la dévisager avec plus de douceur.

- C'est une autorisation, Majesté ?

- Pas du tout Lieutenant. Restez sage, conseilla-t-elle avec un clin d'œil.

En face d'elle, les sourcils blonds se froncèrent d'incompréhension, mais la jeune femme finit par laisser tomber son bras le long de son flanc, la libérant de son entrave pour lui laisser le soin d'approcher le Prince qui manqua s'étouffer dans le verre d'alcool qu'il avait été en train de consommer lorsqu'il la vit.

- Majesté ! J'ai été honoré de votre invitation.

- Je n'en doute pas, répondit-elle sans révéler qu'elle n'y était pour rien. Suivez-moi, j'ai quelque chose dont j'aimerais vous parler en privé.

Les yeux clairs du jeune homme s'écarquillèrent légèrement, mais elle ne lui laissa pas le temps de se ressaisir, tournant déjà les talons pour l'entraîner sur un balcon. Dans son dos, elle sentit le regard brûlant de jalousie de son amante les accompagner jusqu'à ce qu'ils disparaissent de vue et elle eut un sourire en comprenant que l'autre ne savait pas du tout à quoi s'attendre.

- C'est à propos de la proposition que je vous ai faite la dernière fois ? demanda-t-il d'ailleurs.

Elle avait prévu une réponse, prévu la manière dont elle se débarrasserait une bonne fois pour toutes de l'attention dont elle ne voulait pas, mais un fourmillement inhabituel la fit frissonner. Une magie qui ne lui appartenait pas venait de se réveiller et elle ne put s'empêcher d'avoir un petit rire.

- On ne peut rien vous cacher, répondit-elle mielleuse et hypocrite.

A la réflexion, elle aurait peut-être du s'y attendre, l'amour véritable qu'elles partageaient était peut être de la magie blanche, mais la jalousie de la blonde et son sens aigu de la propriété semblait plutôt lui venir de la magie noire. Une magie noire qu'elle sentait bourdonner en elle, terriblement grisante.

Presque impatiente de voir ce qui allait se produire, elle ne découragea pas le Prince qui s'approcha d'elle, son frisson de dégoût certainement pris pour autre chose lorsqu'il se pencha à son oreille pour murmurer.

- Si vous saviez combien de fois j'ai rêvé de ce jour ... Un seul mot de ma part et tous les préparatifs commenceront.

- Vous m'avez l'air terriblement bien préparé ...

- Je savais bien qu'un jour ou l'autre vous ...

Céderiez devina-t-elle en haussant un sourcil à son silence soudain. En face d'elle, les yeux clairs se teintèrent de panique et elle l'observa avec intérêt porter une main à sa gorge. Insensible, elle admira le travail de la magie noire raidir chaque membre, ternir la peau jusqu'à ce que progressivement l'homme ne soit plus qu'un chef d'œuvre, une statue de pierre d'un gris profond dont l'aspect lisse reflétait les feux de la fête à l'intérieur du château.

- Majesté ?

Ses yeux lourdement maquillés de noir et d'argent papillonnèrent quelques instants avant de se fixer sur son Commandant. En costume comme à son habitude, le chef de guerre avait l'expression attentive du soldat qui s'apprête à prendre un ordre. Sans doute avait-il été témoin de la scène et elle s'autorisa à lui adresser un véritable sourire.

D'un geste désinvolte, la sorcière effleura du revers de la main la statue qui bascula par dessus la rambarde pour aller s'écraser une dizaine de mètres plus bas en une multitude de fragments.

- Oups, quelle maladroite ... Graham allez donc demander à ce qu'on nettoie la cour, je détesterais que des invités trouvent quoi que ce soit à redire sur l'entretien de mon château.

- Bien sûr ma Reine, je m'en occupe immédiatement, répondit-il sans cacher son amusement. Mais vous devriez rentrer, il y a un invité surprise.

Le sourcil interrogateur qu'elle venait de hausser ne trouva pas de réponse, son bras droit lui tournant déjà le dos pour aller remplir sa mission. Pour autant, elle n'eut pas besoin de plus de précision pour savoir quel était l'invité surprise en question lorsqu'elle re-rentra dans la salle du trône. L'air y crépitait d'une magie plus potente que lorsqu'elle en était sortie et elle ne fut pas surprise de découvrir le Ténébreux en pleine conversation avec sa mère.

A quelques mètres d'eux, Emma s'était négligemment assise sur l'un des accoudoirs de son trône, caressant distraitement la tête du Lynx qui semblait monter la garde.

- Qu'est-ce que vous avez fait de votre admirateur ? lui demanda l'intéressée quand elle l'approcha.

- Moi pas grand chose, vous en revanche ...

- Comment ça ?

- On en parlera plus tard Emma, comment se fait-il qu'il soit là ? Ma mère l'a invité ?

- Non du tout. Il est même entré en matière en lui demandant comment ça se faisait qu'il n'ait pas été invité deux fois de suite.

Certainement pour le faire venir de son plein grès, devina-t-elle. Il aurait été beaucoup plus suspect de l'inviter, au contraire. Des notes de musique commencèrent à être jouées et la Reine s'empressa de s'asseoir dans son trône, notant que la blonde ne décolla pas de l'accoudoir où elle s'était installée.

- J'en déduis que vous ne danserez pas ce soir ?

- Une autre fois peut-être, concéda-t-elle, une main remontant dans le dos de son amante pour y demeurer quelques instants.

Stupéfaite comme le fut la plupart des invités lorsqu'ils s'en rendirent comptent quelques secondes après elle, elle observa bouche bée le Ténébreux conduire sa mère vers le centre de la salle où d'autres couples avaient commencé à danser.

- C'est ça, le spectacle que vous m'avez promis ?

Elle ne répondit pas, trop attentive à ce qui se déroulait moins d'un mètre en contrebas. Cora portait un masque qu'elle lui connaissait bien. Celui d'un profond contentement hautain. Elle était fière d'elle, fière de ce qu'elle allait accomplir. Et si Rumplestiltskin pouvait le confondre avec un effet secondaire de sa présence à son bras, il se trompait lourdement. Il émanait pourtant d'eux quelque chose qui la fit frémir, une vieille complicité qui lui rappela qu'ensembles ils auraient pu accomplir l'inimaginable. Mais tout ça était fini, tenta-t-elle de se rassurer. Sa mère était de son côté.

Et comme si elle avait senti ses doutes et décidé de mettre fin à la mascarade, l'intéressée eut un mouvement discret de la main qui fit grincer des poulies quelque part au dessus d'eux. Elle avait à peine eut le temps de se crisper dans son assise, qu'Emma avait déjà bondi. Une cage de plusieurs mètres carrés s'abattit dans un grand fracas sur le sol en marbre et elle eut un frisson en remarquant que son amante venait d'écarter de justesse une jeune fille qui aurait du être écrasée par l'imposante masse de métal.

- De la magie rouge ? Qu'est-ce que ça veut dire ? entendit-elle demander le mage noir dans le silence qui s'était soudain emparé des lieux.

- Oh je ne sais pas mon vieil ami, qu'est-ce que tu crois que ça veut dire ?

Et juste comme ça, comme si elle n'avait pas été en train d'accomplir un des plus grands exploits qu'il lui ait été donné de voir, Cora plongea sa main dans la cage thoracique dont elle ressortit un organe aussi noir que le vernis qui laquait ses ongles.

- Pauvre petite chose ...

- Tu ne peux rien faire avec ça, déclara-t-il avec un faux calme tandis que la Reine des cœurs sortait de la cage à reculons.

Son corps traversa les barreaux comme s'ils n'avaient pas existé, arrêtant pourtant l'autre lorsqu'il s'y précipita à sa suite.

- Tu crois sincèrement que j'ai quelque chose à faire de toi Rumple ? Que je m'abaisserais à te demander quoi que ce soit parce que je tiens ton cœur dans ma main ?

- C'est ma dague que tu veux ? Elle n'est pas ici. Pas dans cette réalité.

- Je m'en doutais, mais elle ne m'intéresse pas non plus.

Les yeux du reptile se plissèrent et Cora sembla accompagner sa réflexion d'un sourire indulgent, lui laissant apparemment le temps de saisir ce qui était en train de se passer.

- Tu voulais que je sois là, gronda-t-il, sa voix chantante complètement oubliée. Tu voulais m'éloigner de mon château. Pourquoi ?! Je jure sur tout ce que j'ai Cora, si tu touches à Baelfire, je laisserai des ogres violer le cadavre de ta fille sous tes yeux

Charmant, nota-t-elle avec une petite grimace. Mais si sa mère ne semblait pas avoir accueilli la menace avec autre chose que du mépris, Emma quant à elle émit un grondement qui aurait pu être animal et elle ne fut pas étonnée de voir le poignard fuser pour aller s'empaler avec précision dans la gorge du Ténébreux.

- C'est un autre poignard qu'il vous faudra Swan si vous voulez faire mouche, annonça-t-il pourtant en retirant la lame avec un bruit de succion qui fit frémir l'assemblée.

- La ferme Gold ! Vous n'avez pas envie de m'énerver, je suis tout à fait capable de tenir la promesse que je vous ai faite l'autre jour ...

Regina ne put empêcher le sourire en coin qui fissura son masque impassible. Bien qu'elle n'ait aucune idée de la nature de la promesse dont parlait la blonde, elle était prête à parier qu'elle n'était pas à prendre à la légère. Les invités avaient du le saisir aussi devina-t-elle à la façon dont ils avaient reculé à mesure que la magie qui crépitait autour d'elle se faisait de plus en plus menaçante.

- Cette cage ne me retiendra pas bien longtemps. Je ne sais pas ce que tu cherches à faire Cora, mais je te promets ...

- Je te promets qu'elle te retiendra le temps nécessaire, coupa l'intéressée avec l'air de vouloir le narguer.

L'effet escompté ne se fit pas attendre, le Ténébreux s'agitant dans sa cage sous le rire moqueur de la Reine des cœurs qui tenait toujours le sien dans le creux de sa paume. Regina l'observa s'écarter encore de quelques pas pour revenir vers l'estrade où elle gravit quelques pas avant de s'adresser à la foule.

- N'ayez pas peur de ce vieux monstre de foire mes amis. Je vous l'offre pour la soirée, approchez-le il est inoffensif, il ne peut pas se servir de sa magie là dedans.

Et peut-être si sa mère avait eu des amis un peu plus recommandables, un peu moins prompts à sauter sur ce genre d'occasion, auraient-ils réfléchi à deux fois avant d'aller se moquer du plus grand sorcier que tous les univers n'aient connus, mais l'un d'entre eux s'approchait déjà.

Quelqu'un cria et tout se passa très vite. Trop vite. L'éclat de la lame qu'elle vit fuser la fit se redresser, mais elle qui s'était apprêtée à défendre sa mère sentit distinctement son cœur s'arrêter lorsqu'elle comprit qu'elle n'en était pas la cible. Quelque chose effleura sa jambe laissée nue par l'échancrure de la robe qu'elle portait et elle eut à peine le temps de voir un éclair noir jaillir sur sa droite avant d'entendre le cri qui mourut dans les chuchotements affolés des invités.

- NOOON !

Le fracas du corps qui venait de s'écrouler sur le sol en marbre raisonnait encore dans ses tympans et elle dut s'appuyer sur son trône pour ne pas tomber, les yeux déjà emplis de larmes qu'elle savait qu'elle allait avoir du mal à retenir.

- Non, non, non ... S'il te plaît.

Contrairement à elle, la blonde semblait insensible aux regards des autres, insensibles aux larmes qui cascadaient déjà le long de son visage. Paralysée, elle l'observa caresser le pelage de l'animal qui avait bondi pour tromper la trajectoire du poignard qui lui était destiné. La lame avait été lancée avec tant de force qu'elle s'était enfoncée au point que son manche ait pratiquement disparu dans la cage thoracique du félin qui ne bougeait plus. Les mains ensanglantées, son amante semblait tenter d'invoquer sa magie pour réparer les dégâts et la Reine pensa brièvement à Maléfique, mais elle savait déjà qu'il serait déjà trop tard pour l'appeler au secours.

Elle entendit vaguement le cri qui déchira le nouveau silence qui s'était fait. Celui du Ténébreux, certainement parce que Cora venait de lui montrer que si elle ne pouvait pas broyer son cœur, elle pouvait toujours lui infliger une douleur atroce. Pourtant il riait. Entre deux hurlements de douleur, les cris se transformaient en un rire qui la fit frissonner. Regina ne lui accorda pas son attention, entièrement focalisée sur son Lieutenant qui s'était apparemment résignée. Immobile encore quelques secondes, l'intéressée finit par lever les yeux, cherchant son regard avec quelque chose qui ressemblait à du désespoir.

L'échange suffit à libérer une larme qu'elle sentit tracer une route solitaire le long de sa joue. Progressivement, le temps sembla reprendre sa course normale et avec lui le tumulte de ses émotions mais Emma avait été plus rapide, ses iris clairs s'illuminant d'un halo argenté. C'était étrange comme cette couleur spectrale n'avait rien à voir avec les volutes de fumées noires qui la transportèrent devant les barreaux en métal de la cage. Rien à voir avec la magie noire qu'elle utilisa semble-t-il sans s'en rendre compte lorsqu'elle planta ses dents dans sa main pour libérer un flot de sang.

Avait-elle même conscience du degré de magie qu'elle utilisa lorsqu'elle plaqua son propre sang sur les barreaux en fer, mélangeant sa magie rouge à celle que Cora avait sans doute utilisé pour enchanter la prison du Ténébreux ? Elle eut un hoquet de surprise lorsque le métal se déforma, fusant de tous les côtés pour entraîner le prisonnier en son centre et elle fut une des rares à pouvoir retenir un cri lorsqu'il fut transpercé de toutes parts par le métal aiguisé qui le laissa suspendu, presque désarticulé à une cinquantaine de centimètres du sol.

Pourtant il riait toujours, son corps secoué par une toux ensanglantée qui coulait sur le sol en marbre.

- Cora va vous rendre votre cœur Gold et je vais lui demander de faire en sorte que vous ne puissiez jamais l'ôter. Vous savez pourquoi ? Parce qu'il n'existe rien de plus horrible que la souffrance que l'on peut s'infliger soit même. Celle qui vous rongera pour le restant de votre misérable vie. Vous ne m'aviez pas cru ? Et bien vous verrez, je vous promets qu'un jour vous supplierez quelqu'un de bien vouloir vous débarrasser de vos pouvoirs et de mettre fin à votre putain d'existence.

La menace fut suffisante à faire cesser son rire, mais l'éclat dangereux que ses yeux projetaient encore lui fit pleinement prendre conscience qu'il tenterait tout pour se venger.

- Et votre fils Gold ? J'espère que vous lui avez dit adieu ce soir en partant.

- Emma non !

Son appel raisonna dans le vide, la silhouette de son amante disparaissant déjà dans un nuage noir zébré d'éclairs tel qu'elle n'en avait jamais vu. Elle n'avait plus l'impression d'être dans son corps lorsque ses yeux balayèrent la scène devant elle, tombant sur son Commandant qui soulevait le corps sans vie de son fidèle animal de compagnie.

- Pourriture !

L'insulte qui avait brisé le silence fut la première d'une longue série, couvrant de honte le Ténébreux qui ne devait plus l'avoir été depuis bien longtemps. Figée toujours, elle l'observa encaisser les représailles stoïquement, ne perdant même pas son calme lorsque de la nourriture lui fut lancée à travers les barreaux et sur les restants du costume qu'il avait porté, déjà déchiré de toute part par le métal qui le transperçait.

Les invités se mirent à rire, divertis comme l'avait sans doute prévu Cora et peut-être avait-elle déjà trop pleuré, trop crié après la perte d'Henry mais elle n'arrivait pas à ressentir autre chose qu'une soudain lassitude, un vide immense qui la laissait engourdie. Même ses pouvoirs ne semblaient plus répondre lorsqu'elle essaya en vain à plusieurs reprises de se transporter dans ses chambres.

- Chérie ...

La voix de sa mère lui parvint comme dans un rêve et elle ne se rendit compte que ses jambes étaient en train de la porter ailleurs que lorsque les cris des invités se furent estompés. Elle fut soulagée quelques minutes plus tard d'avoir atteint ses chambres sans croiser âme qui vive dans les couloirs où elle avait déambulé. Ses quartiers lui semblaient déserts eux aussi et elle eut un frisson qui n'avait rien à voir avec les draps glacés dans lesquels elle se glissa lorsqu'elle réalisa que plus jamais elle devrait chasser son animal de compagnie de l'immense lit où il s'installait toujours en dépit de son interdiction.

Les yeux rivés sur le plafond moulé, la sorcière savait déjà qu'elle ne parviendrait pas à trouver le sommeil. D'ailleurs ce n'était pas pour ça qu'elle était là, elle n'avait tout bonnement plus l'impression de pouvoir tenir debout. Qu'était-elle devenue pour être si facilement abattue ? L'angoisse était en train de lui ronger l'estomac. Qu'était réellement partie faire Emma ? Avait-elle l'intention de tuer le père d'Henry ? Et pourquoi ne se sentait-elle pas la force de l'arrêter ?

Le silence des lieux faisait étrangement écho à la solitude qu'elle avait soudain l'impression de réellement ressentir pour la première fois depuis des années. Elle avait besoin d'Emma réalisa-t-elle, les vieux contes étaient vrais, elle ne pourrait plus tout à fait se sentir complète en son absence. Et aujourd'hui, le vide était encore plus terrible que d'habitude.

Elle n'aurait su dire exactement combien de temps s'était écoulé, la lune avait déjà tourné, illuminant à présent une partie de la chambre où elle n'avait pas pensé à fermer les rideaux. Elle était sur le point de céder et se relever pour demander à Sidney de retrouver son Lieutenant préféré lorsque la silhouette apparut en un nuage de fumée noire.

- Emma ?! s'exclama-t-elle sans parvenir à cacher tout le désespoir qui pointait dans sa voix.


Franchement ... Je suis désolée pour le Lynx. Pardonnez moi.

Sur une note plus joyeuse, j'ai aussi publié à côté de ça le premier OS d'une longue série, c'est un AU & un de mes préférés alors j'espère qu'il vous plaira ;)