Hey vous ! Non, non je ne vous ai pas abandonnés ! ( je sais, je dis toujours ça ! ) Et pourtant, ça a été dur ... Au dernier chapitre j'avais fait le choix de changer de point de vue plus tôt que je ne l'avais prévu du coup j'ai du repenser touuut celui là ... Brefff, la suite est quand même là, un immense merci à Celle qui m'a insufflé un peu d'inspiration ;)
Avant dernier chapitre si je ne m'abuse même s'il y aura sans doute un épilogue cette fois ...
Gouldo1, je peux pas répondre à tes théories pour l'instant mais ta lecture le fera pour moi ... PinGuouine j'espère que l'attente n'aura pas été si longue qu'il te faudra encore tout relire ...!
Allez, bonne lecture ! ( pas de beta & tout le tralala, comme d'hab, mes fautes sont là & je vous prie de m'en excuser )
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Emma
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Quelle idiote. Elle avait passé la dernière heure à redouter les questions que Regina pourrait lui poser sans jamais imaginer qu'elle puisse lui infliger cette forme de punition.
Quelques jours à peine depuis qu'elle l'avait ôté mais le cœur qui battait à nouveau dans sa poitrine lui donnait l'impression de la brûler de l'intérieur. Et rien à voir avec le corps qui trônait sur le sien. Les yeux d'ébène la guettaient avec une supériorité moqueuse mais ... Pas que.
Elle avait cru le voir, le deviner à demi-mots toute à l'heure avant que la sorcière ne la laisse la toucher. Les perles sombres qu'elle se rappelait totalement inexpressives étaient chargées de quelque chose de nouveau. "Je vais devoir la tuer" avait-elle dit de la femme à laquelle elle pensait qu'elle appartenait. Et c'était plus qu'une simple territorialité. Avec un peu de temps, elle se rendait compte qu'elle aurait pu percer la carapace dans laquelle était cachée la femme qui l'aimait.
Mais c'était trop tard. Même si l'envisager était tentant, il était trop tard à présent pour tout avouer. D'abord parce que la sorcière n'en aurait pas cru un mot et parce qu'elle allait bientôt avoir besoin qu'elle la déteste. Qu'Henry et Elle, la détestent.
- Vous n'auriez jamais du faire ça.
- Non ?
La brune n'avait pas l'air impressionnée, un sourcil haussé trahissant même un peu d'amusement. Elle aurait du l'écarter, la laisser là avec sa fierté mal placée et son sourire en coin mais l'instant d'après Regina s'était à nouveau penchée sur elle pour l'embrasser et le soupir de soulagement qu'elle étouffa contre ses lèvres lui fit perdre la raison. Elle même devait reconnaître que maintenant qu'elle avait retrouvé son cœur, leurs baisers avaient une nouvelle saveur mais elle ne s'était pas attendue à ce que le sentiment soit réciproque.
Visiblement, elle avait eut tort. Tort d'oublier que derrière le masque se cachait la femme qu'elle aimait et connaissait si bien. Celle qui avait passé tant d'années plongée dans une solitude forcée dont elle souffrait au quotidien. La femme à qui elle n'était pas capable de dire non.
L'affection la fit l'enserrer un peu plus étroitement un instant avant de laisser ses mains retomber dans le creux de ses reins. Sa colère avait fondu comme neige au soleil et maintenant elle ne voulait plus qu'une seule chose ...
- Qu ... Non ! Laissez-moi v...
- Laissez-moi vous faire l'amour, coupa-t-elle.
Elle ne lui laissa pas le temps de la contredire. La priver du droit de la toucher devait l'agacer au plus haut point mais elle devrait s'y faire pour quelques minutes encore. De toute manière, cela ne durerait pas bien longtemps. Regina était encore trempée, encore sensible, là où elle s'enfonça en provoquant un gémissement étouffé par ses lèvres.
Contrairement à ce qu'elle avait pu laisser présager, la brune ne fit même pas l'effort de lutter contre les doigts qui s'étaient à nouveau introduits en elle, allant jusqu'à les accompagner de ses hanches. Elle eut tout de même le droit à une brève protestation lorsqu'elle la força à reculer. Juste assez pour pouvoir se redresser et l'entraîner là où Regina se retrouvait à genoux au dessus d'elle.
Dans cette position, deux bras vinrent se nouer derrière sa nuque avec un naturel déconcertant et l'intimité la fit frissonner.
- Emma ...
Le prénom avait été prononcé contre ses lèvres et elle crut que son cœur allait exploser. Partagée entre l'envie de le ré-entendre et celle d'empêcher la brune de lui servir ce douloureux rappel, la jeune femme décida d'avaler ses prochains soupirs en un baiser.
Ce n'était pas suffisant pourtant. Quelque chose avait changé. Quelque chose dans la façon dont ses doigts se recourbaient dans ses cheveux. Quelque chose dans la façon dont tout son corps semblait vouloir se lover contre le sien. Quelque chose dans la façon dont elle tremblait comme si elle avait enfin décidé de ne plus lui cacher l'effet qu'elle avait sur elle.
L'abandon lui donnait envie de lui avouer ses sentiments mais la brune n'y aurait certainement pas cru. Comment aurait-elle pu ? Aussi s'empêcha-t-elle de commettre l'irréparable en attachant ses lèvres à la peau brûlante. Dans le cou qui lui était offert et partout où elle pouvait se glisser.
Jusqu'à ce que Regina se tende contre elle, l'orgasme lui arrachant son prénom gémit quelque part contre sa tempe. L'intéressée aurait pu en pleurer, sauvée, à temps, par le baiser dans lequel l'autre voulut étouffer son plaisir.
- Mais quel genre de sort m'avez-vous lancé, Sauveuse ?
L'intéressée garda le silence, se contentant d'observer l'autre dans la lueur du lampadaire de la rue tandis qu'elle se dégageait de leur étreinte. Ses sourcils se froncèrent tout de même lorsque la mère adoptive d'Henry porta sa main à sa bouche. Les yeux sombres se zébrèrent de violet quand les dents passèrent la barrière de la peau et Emma était prête à intervenir lorsque son amante lui tendit sa paume.
Là où elle s'était attendue à voir une plaie, pas la moindre trace de sang. La magie qu'elle avait vue briller dans les perles d'ébène semblait y avoir coulé, stagnant, là, en quelques gouttes luminescentes. Et son incompréhension devait être visible, comprit-elle au petit rire que sa confusion provoqua.
- Vous n'avez jamais fait ça ... Votre Reine et vous, n'avez jamais fait ça ...
Ce n'était pas une question mais l'affirmation était emplie d'une incrédulité qui lui donna envie de se rebeller.
- On n...
- Buvez, fut-elle coupée comme si elle avait encore le pouvoir de lui ordonner ce qu'elle voulait.
- Qu'est-ce que c'est ? exigea-t-elle d'abord de savoir.
- De l'essence magique. La mienne.
- Et qu'est-ce que c'est censé faire ?
- Un tas de choses. Vous n'en mourrez pas. Demandez à Maléf...
Elle ne la laissa pas finir son explication. Maléfique ? Quelque chose que les deux femmes avaient partagé du temps où elles étaient amantes et que Regina ne lui avait jamais proposé ? Peut-être lui fournirait-on une raison valable ultérieurement mais pour l'instant ...
Le liquide qu'elle recueillit sur sa langue sembla y mettre feu avant qu'elle le sente envahir son système comme une drogue un peu trop efficace. Soudain elle était plus consciente que jamais du contact avec le corps de son amante et l'intéressée eut un sourire en coin lorsqu'elle la fit retomber sur le matelas d'une simple poussée.
- Cela ne dure pas longtemps mais au moins je peux être certaine que vous ne penserez pas à qui que ce soit d'autre.
- Jamais, jura-t-elle.
Son serment fut accueilli par une grimace désabusée qui lui donna envie de lui prouver ses dires mais les mains qu'elle avait posées sur les hanches de la brune en furent arrachées de force. La magie utilisée réussit à la faire se cambrer, les muscles vrillés d'un plaisir qui n'avait rien de naturel. C'était tout à fait le genre de choses qu'elle voyait utilisées par la Méchante Reine ... Alors pourquoi Regina et elle ne l'avaient jamais expérimenté ?
Elle y réfléchirait. D'ailleurs, elle exigerait sûrement des explications mais pour l'heure elle était incapable de penser à autre chose que les sensations qui étaient en train de l'envahir. Regina n'avait jamais eu besoin de magie pour lui donner l'impression de prendre feu mais ce soir c'était différent. Les mains qui retracèrent ses flancs jusqu'à ses hanches y semèrent de la lave fusion et même la bouche qui se referma sur l'un de ses tétons semblait faite de feu.
La langue qui la caressa était une vraie torture, couplée aux ongles qui griffèrent lentement mais sûrement un chemin entre ses jambes et là où la brune s'était installée. " Vous n'en mourrez pas " avait-elle dit ? Elle n'en était pas si sûre ... Dans sa poitrine, son cœur manqua d'exploser lorsque les doigts effleurèrent son sexe et elle s'était tendue dans l'attente de ce qui allait suivre mais l'autre s'immobilisa.
- Vous avez peur ? devina la plus âgée. Croyez bien que si je voulais vous tuer ce serait dans d'atroces souffrances Emma ... Ce soir je n'ai qu'une seule envie et c'est celle de vous faire oublier toutes les autres.
Les paroles rassurantes firent naître un demi sourire, presque aussitôt cueilli par les lèvres qui s'emparèrent des siennes en un baiser brûlant. La magie qui avait flirté avec ses sens sembla encore prendre de l'ampleur quand les dents blanches se refermèrent sur elle pour l'enjoindre à la laisser prendre le contrôle.
Aussi peinée soit-elle par la réalisation, Regina devait très bien savoir ce qu'elle faisait et la blonde obéit donc, gémissant l'instant d'après lorsque sa langue alla caresser la sienne. Chaque mouvement aurait pu être calculé pour la mener vers l'overdose. Comme une drogue, les pouvoirs qui la transperçaient l'avait plongée dans un état second où elle était devenue dépendante du moindre contact que lui accordait l'autre.
Et bien sûr la sorcière semblait s'en amuser. Elle était sur le point d'imploser, persuadée que la seule chose qui la rattachait encore à la terre ferme était le corps lové contre le sien. Mais elle avait beau le souhaiter, se confondre en suppliques gémies d'une voix tremblante, l'autre ne cédait pas. Les doigts qui glissaient sur elle n'étaient jamais tombés en elle.
- Gina, s'il te plaît, pleura-t-elle presque en oubliant tout semblant.
Le manque de formalisme ne sembla pas déranger l'intéressée dont elle sentit le sourire contre la peau de son cou.
- Tu sais ce qui me plaît, Em-ma ? fut-elle même surprise de l'entendre surenchérir.
La sorcière avait beau eu cesser sa torture en s'immobilisant, elle n'était pas capable de répondre à haute voix et le silence qu'elle offrit fit s'écarter un tant soit peu l'autre. Les perles d'ébène trouvèrent l'océan noyé de larmes retenues tant bien que mal et la brune ne cacha pas le plaisir que lui procurait un tel spectacle.
- Toi, continua-t-elle d'ailleurs. Complètement à ma merci.
À ça, elle n'avait aucune réponse à donner. De toute manière c'était l'exacte vérité et la plus âgée s'en délecta d'autant plus, les lèvres pulpeuses se tendant en un sourire triomphant pour découvrir les dents parfaitement alignées. Elle était certaine que la torture allait reprendre lorsqu'elle la sentit sortir de son immobilisme et peut être était-ce ce que son amante avait voulu car la surprise fut d'autant plus grande quand les deux doigts qui n'avaient eu de cesse de jouer avec son clitoris s'enfoncèrent sans merci en elle.
Elle ne reconnut même pas le son qui sortit de sa bouche sous l'effet du plaisir soudain. Un va-et-vient plus tard, un autre doigt s'était joint aux deux premiers et Emma sentit son ventre exploser. L'orgasme que Regina lui avait refusé était là. Partout. Déchirant les muscles et les nerfs déjà en feu. Ses jambes sautèrent autour du corps de sa tortionnaire pour l'emprisonner à son tour mais l'intéressée n'avait pas eu l'intention de s'enfuir. Pas l'intention de s'arrêter du tout comprit-elle lorsque le mouvement ne s'arrêta pas en dépit de son pic.
- C'était ce que tu voulais, non, Emma ?
Oui. C'était ça et bien plus encore. Le petit tour de magie de la brune lui donnait envie de l'impossible. Elle voulait se noyer dans le plaisir, ne faire qu'un avec les pouvoirs qu'elle appelait à elle. "Encore" s'entendit-elle demander alors que son corps semblait déjà sur le point de la lâcher. Pourtant ce n'était pas suffisant. Pas même lorsque son amante ajouta la force de ses hanches aux vas-et-viens qui avaient transformé son premier orgasme en un plaisir presque douloureux qui n'en finissait pas.
- T... Ta magie. Je veux ta magie, trouva-t-elle la force de demander.
Un instant la sorcière sembla hésiter et l'occurence la fit gronder. Toute à l'heure c'était elle qui avait voulut sentir la sienne, elle aurait du comprendre son désir à présent.
- Ta magie ! gronda-t-elle en un ordre qui fut reçu avec une morsure dans son cou.
La douleur lui offrit un dernier regain de rébellion, surprenant la plus âgée en inversant leur position avant de manquer tomber à la renverse au dessus d'elle. Elle était uniquement retenue par des coudes qui menaçaient de céder sous son poids et la force des doigts qui continuaient leur travail en elle.
- Ta magie ... répéta-t-elle près des lèvres brûlantes qui retracèrent les siennes avant de lui donner une réponse.
- Viens la chercher.
Elle ne savait pas comment mais ses propres pouvoirs devaient savoir. Habitués à chercher le secours de ceux de son âme soeur lorsqu'ils en avaient besoin.
- Oh mon dieu ...
Dieu n'avait rien avoir là dedans mais en contrebas Regina la regarda presque comme si elle avait été un ange, ses propres iris envahis d'un tourbillon argenté qui ne lui appartenait pas. Elle pouvait sentir les pouvoirs déferler en elle en un puissant cocktail. Elle était à la fois invincible et terrassée par ce qui la fit se cambrer une dernière fois, offrant sa gorge à une main qui n'hésita pas à y emprisonner les cris qui finirent par éclater dans ses poumons.
- Hors de question que vous m'échappiez, entendit-elle murmuré près d'elle quand elle retomba sur son amante dont les lèvres caressèrent son cou meurtri.
Comme si elle en avait eu un jour la moindre intention ...
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Elle s'était endormie réalisa-t-elle avec effroi lorsqu'elle se réveilla dans les draps encore froissés. Mais la menace qu'elle s'était apprêtée à affronter dormait paisiblement à ses côtés. Mieux, dans son sommeil Regina avait même passé un bras autour de sa taille et la blonde ne put s'empêcher d'avoir un sourire.
Malgré elle, la jeune femme tendit une main pour effleurer les mèches courtes qui lui avaient manquées sans s'en rendre compte. Le contact bien que léger parvint à troubler son amante dans son sommeil et elle eut un pincement au cœur lorsque les lèvres pulpeuses s'étirèrent en un sourire inconscient.
Un instant encore, elle s'autorisa à admirer la beauté endormie, succombant une dernière fois au plaisir d'un baiser qu'elle fut surprise de se voir rendu. La réveiller était le dernier de ses projets malgré l'envie qui renaissait déjà d'aller s'enterrer sous les draps et entre ses jambes.
- Emma ...
Si elle fermait les yeux, elle pouvait presque croire à son retour dans la forêt enchantée mais la femme qui se lova un peu plus contre elle n'était pas la sienne.
- Rendors-toi, répondit-elle donc avec suffisamment de magie pour que l'ordre soit impossible à être ignoré.
Comme si elle s'en était rendue compte, les doigts de la brune se recourbèrent sur ses hanches tandis qu'elle luttait, lui arrachant un dernier frisson avant qu'elle ne se résolve à se dégager. L'instant d'après, elle avait déjà froid dans la chambre dont elle sortit en se forçant à ne pas jeter de regard derrière elle. Dans le couloir, elle ne fut pas étonnée de croiser le lynx au pelage noir qui vint se frotter à sa jambe.
- C'est toi le meilleur des gardiens, hein ? murmura-t-elle en s'accroupissant devant lui.
Il la comprenait. Emma n'en doutait plus à présent et le grondement sourd qui lui parvint, la fit sourire.
- C'est pour ça que c'est toi qui va garder ça cette fois, ok ?
Les grands yeux d'or étaient attentifs lorsqu'elle retira le cœur battant de sa propre poitrine pour l'enfoncer dans le poitrail sombre. Le poids qui avait pesé dans son estomac s'était déjà envolé et elle eut un nouveau sourire lorsque les iris de l'animal se teintèrent brièvement de sa propre magie.
- Veille sur elle, ordonna-t-elle, satisfaite de le voir immédiatement se faufiler dans la chambre qu'elle avait désertée.
Elle avait une autre pièce où se rendre. Deux portes plus loin, là où son fils ne l'entendit pas entrer, les poings fermés en un sommeil sans cauchemar. Pourtant, dans son sommeil, l'enfant s'agita soudain et elle sut qu'elle devait agir avant qu'il ne se réveille en risquant crier.
Un bras passé sous lui, la blonde appela la magie qui lui répondit tout de suite. Elle avait brièvement pensé à l'emmener dans la crypte de sa mère adoptive, mais non ... Elle n'était pas sûre de pouvoir le cacher là bas. Pas quand les pouvoirs de Regina y étaient si présents.
- Maman !
L'appel qui ne lui était pas destiné la fit raffermir un peu plus sa prise sur l'enfant qui s'était réveillé dans ses bras tandis que la fumée noire se dispersait.
- Pas celle à laquelle tu penses, répondit-elle sans émotion en déposant tout de même prudemment Henry sur un canapé en cuir avant de parcourir les environs d'un regard critique.
L'appartement était tel qu'elle l'avait imaginé. Fonctionnel et pas le moins du monde personnel. Seule la présence d'un blouson en cuir fit s'étendre ses lèvres.
- Qu'est-ce qu'on fait chez le Shérif ? demanda la voix accusatrice de son prisonnier.
- Un petit séjour loin de la Méchante Reine.
- Pourquoi ?
L'enfant avait toujours l'air suspicieux mais quelque chose d'autre brillait dans ses yeux. Un espoir qui aurait pu la faire rire. Celui de croire qu'elle pouvait encore être le héros qu'il avait tant attendu.
- Tu verras, répondit-elle sans lui accorder le moindre regard.
Son ouïe affutée avait capté les pas dans un couloir adjacent et elle ne fut pas surprise de voir le propriétaire des lieux ouvrir la porte du salon à la volée, révolver au poing pour surprendre les intrus. Un mouvement du poignet fit disparaître l'arme en un bref tourbillon de fumée noire mais l'homme reculait déjà.
- Tu as une chambre d'amis, n'est-ce pas ? interrompit-elle les excuses qui s'étaient formées sur ses lèvres.
- O... Oui, bien sûr.
- Bien. Va la préparer et enfile quelque chose, ordonna-t-elle avec un regard critique pour le seul caleçon à rayures qu'il portait.
Le Shérif eut le mérite d'avoir l'air honteux mais se contenta d'obéir, faisant déjà marche arrière pour aller s'habiller.
- Pourquoi est-ce qu'il t'obéit comme ça ?
- J'ai arraché son coeur, mentit-elle à moitié avec un sourire lorsque sa réponse provoqua un hoquet horrifié.
L'enfant sembla se recroqueviller d'avantage sur le canapé et elle ne fut pas surprise qu'il refuse de fermer un oeil durant tout le restant de la nuit où, assise dans un fauteuil de la chambre d'amis, elle avait passé une grande partie de leur temps à lui rendre son regard méfiant.
Pour un enfant de son âge, elle devait avouer qu'Henry se montrait plus coriace que ce à quoi elle s'était attendue. Aucune question n'était sortie de sa bouche, aucune menace et elle n'était pas sûre du bon présage que cela puisse représenter.
À six heures, Graham s'était levé et ils avaient tous les deux écouté ses pas dans la salle de bain avant que l'odeur du petit déjeuner qu'il avait été en train de préparer ne fasse gronder leur estomac de concert.
- Quelque chose au moins que tu auras hérité de moi ...
Sa remarque à voix basse avait beau avoir été entendue, l'enfant dont elle avait parlé ne la releva pas. Il avait l'air fatigué lorsqu'il accepta de la dépasser pour aller rejoindre la cuisine où il s'assit mais ce devait être normal après toute une nuit à veiller.
- Je vous sers quelque chose ? proposa l'ancien Commandant qui avait eu le mérite de ne poser aucune question depuis leur arrivée.
Elle allait répondre quand des coups sèchement tapés à la porte d'entrée la firent sourire. Elle pouvait sentir de là la magie qui l'avait possédée quelques heures plus tôt.
- Graham, va ouvrir la porte, choisit-elle d'ordonner en agitant une main vers Henry.
L'intéressé eut l'air de s'affoler du scintillement qui recouvrit brièvement son corps pour l'immobiliser et elle lui adressa un clin d'oeil quand le regard enfantin se fit meurtrier. Invisible, muet et paralysé dans la position où il s'était apprêté à manger, il était exactement là où elle voulait qu'il soit.
Derrière, elle, le Shérif n'eut pas le temps de finir d'ouvrir la porte, le passage forcé par la sorcière qui déboula dans la pièce avec une panique presque palpable.
- Miss Swan ...
Il y avait une myriade d'émotions dans les deux mots qui avaient franchi la barrière des lèvres pulpeuses. De l'inquiétude, l'incompréhension de la voir là, de la colère ...
- Que se passe-t-il ? demanda-t-elle en se forçant à mentir avec application.
- Henry a disparu. Il n'était pas là ce matin quand je me suis levée.
Vous non plus lisait-elle au fond du regard d'ébène qui faillit lui faire oublier pourquoi elle faisait tout ça.
- Comment ça ?
- Pas non plus chez Snow, Gold n'a rien voulu me dire ... Si son fils a mis la main dessus, je jure que ...
- Calmez-vous, il ...
- Comment voulez-vous que je me calme ?! La dernière fois qu'il avait disparu c'était pour aller vous chercher mais aujourd'hui je ne sais même pas si ... Je ne sais même pas si il a encore confiance en vous.
- J'en doute, répondit-elle honnêtement avec un regard pour l'intéressé.
- Est-ce que vous comptez m'aider ? Hier soir ... Hier soir vous aviez l'air ...
Comme si elle allait en révéler trop, la brune s'arrêta, les perles sombres s'intéressant brièvement au Shérif avant de la retrouver.
- Pourquoi êtes-vous ici ? Avec lui ?
- En quoi est-ce que cela vous regarde exactement ?
Quelque chose passa sur les traits de la sorcière. Une colère jalouse qui serra les muscles de son ventre mais la blonde se força à rester de marbre même lorsque la plus âgée se rapprocha un peu plus. D'aussi près, la voix basse ne pouvait pas parvenir aux oreilles du propriétaire des lieux mais l'enfant que sa magie retenait toujours prisonnier n'aurait aucun mal à les entendre.
- Vous avez encore retiré votre coeur n'est-ce pas ?
- Oui, répondit-elle honnêtement.
La vérité ne sembla pas jouer en sa faveur, les sourcils se fronçant en un mécontentement clair. Elle savait avant même qu'elle ouvre la bouche, qu'elle allait entendre une énième menace.
- Hier soir ne change rien Miss Swan, si j'apprends que vous avez un lien avec sa disparition ...
- Vous me tuerez ? devina-t-elle avec un sourire.
- Oui.
- Vous êtes vraiment prête à tout pour ce gamin, hein ?
- Bien sûr, siffla l'autre avec une indignation palpable.
- Mourir ? Vous mourriez pour lui ?
- Bien sûr Miss Swan, pour quel genre de mère me prenez-vous ?
Un instant l'intéressée resta silencieuse. Elle savait qu'avec un peu plus de patience, elle pourrait arracher d'autres aveux à la Reine mais elle n'était plus sûre de pouvoir les supporter. La vieille jalousie qu'elle n'aurait pas du être capable d'éprouver était en train de se faire une place dans son estomac et elle dut serrer les dents pour s'empêcher de faire la moindre remarque à haute voix. C'était complètement idiot ...
- Graham, changement de programme. Laisse tomber le commissariat, tu assisteras le Maire aujourd'hui. Tu as entendu, elle a perdu son fils.
- Et vous ? Vous n'allez rien faire ? entendit-elle s'insurger l'autre.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit, répondit-elle simplement.
Son regard resta encore fixé une éternité dans ses yeux, jusqu'à ce que les perles d'ébène trahissent un autre déplaisir et Emma ne fit rien pour l'empêcher de croire qu'elle fuyait bel et bien sa présence.
- Graham, suivez-moi, finit par aboyer le Maire en tournant les talons.
- Ses ordres sont les miens, indiqua-t-elle à l'intéressé qui attendait ses instructions.
A l'autre bout de la pièce, elle aperçut la brune lui jeter un coup d'oeil interloqué par dessus de son épaule mais elle garda les siens fixés au Shérif qui s'empressait déjà d'enfiler son blouson en cuir pour suivre le Maire. Emma attendit encore quelques secondes avant de reconstruire une barrière imperméable autour de l'appartement et libérer l'enfant du piège dans lequel elle l'avait maintenu.
- Vous êtes horrible ! s'emporta-t-il immédiatement.
L'indignation la fit sourire. C'était bien ce qu'elle attendait.
- Et tu n'as encore rien vu.
- Pourquoi vous faites ça ?
- Ce n'est pas toi qui voulais que la Méchante Reine souffre ?
- Pas comme ça ! Pas ... Je ne veux pas qu'elle souffre, je veux qu'elle soit vaincue ! Que la Malédiction soit brisée !
- L'autre jour tu n'avais pas l'air de te soucier de son bien-être dans le restaurant, tu voulais que je la tue. Et aujourd'hui, tu m'en veux de lui faire croire que tu as été enlevé ?
- Ce n'est pas pareil ! Je pensais que vous étiez ... Que vous étiez la Sauveuse. Gentille.
- J'ai le droit de tuer si je suis une gentille Sauveuse mais pas de mentir si je suis une méchante ? conclut-elle donc avec un sourire qui désarma à nouveau l'enfant.
- Ce n'est pas ce que j'ai d...
- C'est exactement ce que tu sous-entends Henry ! gronda-t-elle.
Elle avait senti la magie enfler dans ses poumons et à en croire la façon dont son fils recula contre le dossier de sa chaise, elle avait aussi du se voir dans ses iris.
- Va dormir gamin, tu n'as pas fermé l'œil de la nuit, préféra-t-elle abandonner avant d'aller s'affaler sur le canapé et s'emparer d'une télécommande qui traînait sur la table basse.
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Evidemment Henry n'avait pas suivi son conseil. C'était même elle qui s'était endormie avant lui devant une série qu'elle se rappelait avoir suivie une éternité plus tôt. Aujourd'hui les personnages tout droit sortis de vieux souvenirs lui avaient donné la désagréable impression d'avoir bien vieilli mais elle avait tout de même sombré quelque part au milieu du deuxième épisode.
- ... dans mon livre.
- Il y a de nombreuses choses qui n'apparaissent pas dans ton livre mon petit.
La voix doucereuse mit quelques secondes à traverser la brume de son sommeil mais Emma eut un sourire en reconnaissant la magie qui se mêlait à la sienne dans la pièce.
- Comme le fait que la Sauveuse soit devenue méchante ?
- Pourquoi devenue ?
- Elle n'a pas pu naître comme ça.
- Non, en effet.
La jeune femme profita du silence qui était retombé pour se redresser, son regard croisant immédiatement celui de Maléfique, nonchalamment adossée à la table à manger. La sorcière lui adressa un clin d'oeil auquel elle ne répondit pas, préférant reporter son attention sur l'enfant assis sur un fauteuil adjacent.
- Ton livre n'est qu'un ramassis de mensonges.
Un instant elle crut qu'il allait lui demander de s'expliquer mais la lueur qui était passée dans ses yeux s'éteignit presque aussitôt.
- Pourquoi es-tu là ? préféra-t-elle donc demander à l'intruse.
- Regina ratisse la ville centimètre par centimètre, je me demandais ce qu'il se passait. On avait pas parlé d'Henry.
- C'est le seul moyen.
- Pour ça aussi que tu as ôté ton coeur ? Tu n'aurais pas pu t'en prendre à leur lien s'il était encore là, n'est-ce pas ?
Les lèvres pincées, la Sauveuse ne confirma pas ses conclusions. Son amie n'en avait pas besoin. Si elle avait encore eut son cœur, Regina aurait retrouvé son fils dès qu'elle avait passé la porte ce matin là.
Et comme si penser à elle l'avait invoquée, la jeune femme eut un froncement de sourcils en entendant des éclats de voix à l'extérieur de l'appartement. Maléfique fut la première à réagir, agitant quelques doigts qui enveloppèrent Henry d'un nuage rosâtre et Emma était toujours en train d'observer, étonnée, l'animal qui était apparu lorsque la porte fut violemment ouverte.
- ... partout où je veux Graham ! s'exclamait la brune qui pénétra dans le logement avec une colère palpable.
Les yeux presque noirs les trouvèrent immédiatement en un mélange de frustration et de curiosité et elle s'apprêtait certainement à dire quelque chose lorsqu'elle fut agressée par le chiot qui se jeta sur elle. Elle aurait ri si elle avait encore eu son cœur et à ses côtés la plus âgée ne s'en empêcha pas alors que Regina tentait de comprendre pourquoi le jeune berger allemand l'accueillait avec autant d'entrain.
- Du calme, mon petit, entendit-elle vaguement Maléfique ordonner avec un rire dans la voix en allant s'asseoir non loin.
Elle ne fut pas écoutée, l'animal allant jusqu'à se tourner vers elle pour émettre un aboiement qui se voulait sûrement intimidant mais ressemblait à la protestation frustrée d'un enfant.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? finit par demander la brune en évitant de marcher sur celui qui tournait toujours autour d'elle alors qu'elle tentait de s'approcher du salon.
Emma n'écouta pas la réponse qui lui fut offerte par leur invitée, son regard glissant brièvement sur le chasseur qui s'était figé à l'entrée dans l'attente d'un ordre. Un signe de tête lui signifia qu'il pouvait les laisser seules et la blonde s'autorisa à reporter son attention sur le Maire qui s'était encore approchée. Le tailleur de ce matin n'avait pas pris un pli même s'il lui semblait que le décolleté du chemisier blanc avait été creusé d'un nouveau bouton. Non, à l'exception de la fatigue qu'elle pouvait lire sur le visage de la brune, les traits étaient toujours aussi parfaits.
Son regard dut se faire un peu trop insistant, l'intéressée qui avait été en train d'échanger avec son amie, s'interrompant juste assez pour hausser un sourcil dans sa direction. Emma se surprit à lui adresser un sourire presque las, saisissant au passage le bébé berger allemand qui s'était apprêté à sauter sur le canapé pour attirer l'attention de sa mère adoptive.
- Sage, ordonna-t-elle en un grondement empli de magie qui effraya suffisamment l'autre pour lui soutirer un chouinement apeuré.
- Eh bien, on ne peut pas dire que vous ayez la fibre maternelle Miss Swan ...
- Des nouvelles d'Henry ? préféra-t-elle changer de sujet sans vraiment le faire.
- Introuvable.
Les quatre syllabes firent bouger quelque chose au fond de ses entrailles et elle se félicita d'avoir pensé à ôter son coeur. En face d'elle, Maléfique lui adressa un sourire entendu comme si elle avait pu deviner ses pensées et elle la laissa prendre la suite, les dents serrées en attendant que la désagréable sensation disparaisse.
- Où avez vous cherché ?
- Partout. Aucune magie ne le repère.
- Et de la magie rouge ?
La Sauveuse dut ravaler un grondement en entendant la proposition. Les protections qu'elle avait placées autour de la maison étaient solides mais elle n'était pas sûre qu'elles résistent à une forme avancée de magie rouge. Mais c'était sans doute pour ça que Regina était là, comprit-elle quand l'intéressée se tourna vers elle comme si elle avait attendu ce moment.
- Eh bien, Miss Swan ...
La jeune femme ne la poussa pas à continuer. Si elle faisait preuve d'un tant soit peu d'hésitation c'était sûrement parce que le sang d'une sorcière n'était pas un ingrédient facile à obtenir. On avait plutôt l'art de se battre en duel pour l'obtenir et Emma était certaine que la brune s'y était préparée.
- Si vous voulez avoir l'occasion de me prouver que vous tenez à Henry, c'est le moment Miss Swan.
Répété, le Miss Swan commençait à l'agacer. Hier soir la sorcière lui avait douloureusement rappelé qu'elle savait très bien prononcer son prénom mais elle se doutait qu'elle ne le réentendrait pas de si tôt.
- Qui vous a dit que j'y tenais ?
Son trait d'humour ne fut pas apprécié et ses doigts se crispèrent dans la fourrure de l'animal qu'elle avait maintenu à ses pieds quand en face d'elle les pupilles se zébrèrent de violet.
- Malgré ce que vous dites, je ne crois pas que vous ayez compris qui je suis Miss S...
- Je sais parfaitement qui vous êtes Regina Mills, siffla-t-elle en se retenant de se lever comme une enfant en colère. Qu'êtes vous prête à donner pour un peu de mon sang ?
- Dites votre prix, fut-elle surprise de l'entendre répondre sans tergiverser.
En contrebas, le berger allemand émit un son à mi chemin entre l'aboiement et le pleur qui attira le regard d'ébène et la prit suffisamment au dépourvu pour qu'elle réponde sans prendre le temps de réfléchir.
- Promettez que personne d'autre que moi ne vous touchera plus jamais.
Postée sur l'autre canapé, Maléfique eut un ricanement qu'elle ignora, préférant continuer d'observer la brune qui eut le mérite de ne pas sembler désarçonnée.
- Y compris lorsque votre Reine sera de retour ?
- Jusqu'à ce que la mort nous sépare.
- Oh Emma, intervint leur comparse, si j'avais su que je pourrais enfin être témoin je me serais sûrement habillée autrement !
Cette fois elle ne parvint pas à ne pas répondre au sourire en coin que portait la sorcière. Les rares fois où elle s'était laissée emporter par le fantasme de leur mariage, elle devait avouer que Maléfique avait toujours tenu le rôle de témoin mais tel n'avait pas été le cas ...
- Très bien.
L'accord lui fit perdre le sourire. Elle ne s'était pas attendue à une capitulation aussi rapide mais la brune levait déjà un sourcil hautain qui lui rappela qu'elle lui avait avoué qu'elle comptait tuer son âme sœur. Si elle acceptait si facilement, c'était sûrement parce qu'elle estimait que la concurrence ne durerait pas bien longtemps.
- J'attends, la pressait déjà la mère adoptive de son fils l'instant d'après.
Elle ne répondit pas tout de suite, le regard clair se perdant sur celle qui les observait toujours avec amusement. Le dragon lui adressa un signe de tête en guise d'encouragement et elle consentit à tendre sa main, frissonnant malgré elle lorsque l'autre s'en empara pour écorcher sa paume d'un ongle et d'un peu de magie.
La mère adoptive d'Henry n'attendit pas une seconde avant de lancer le sort pour lequel elle était venue jusqu'ici et Emma raffermit sa prise sur le chiot à ses côtés lorsqu'une puissante vague de magie inonda l'appartement du Shérif. Mais aussi vite était-elle apparue, aussi vite disparut-elle, chassée par une électricité statique qui mourut en un grondement de rage.
Quelque chose s'insurgea en elle lorsque la brune tomba à genoux sur le tapis en fausse fourrure, aussitôt assistée par Maléfique dont l'inquiétude n'était pas feinte.
- Il n'est pas là, l'entendit-elle se désoler. Où l'ont-ils emmené Mal ? Où est mon fils ?!
Les questions noyées de larmes contenues s'étaient peu à peu teintées de colère et Emma se força à intervenir avant que l'autre ne capitule.
- Relevez-vous, ordonna-t-elle. Une Reine n'a rien à faire à genoux.
- Je ne suis pas une Reine, Miss Swan. Je suis une mère à qui on a enlevé son enfant !
La réplique s'était chargée d'une magie qu'elle connaissait bien. Celle qui manquait jusque là à la brune, celle qu'elle avait sûrement appris à maîtriser en même temps que la perte de son enfant dans la forêt enchantée et le souvenir la fit grimacer. Et elle n'était pas la seule comprit-elle en voyant son expression reflétée sur le visage de Maléfique qui n'attendit pas d'autorisation pour aider sa meilleure amie à se relever.
- Je ne peux pas rester, ne fut-elle pas surprise de l'entendre déclarer.
- Qu... Quoi, pourquoi ? Tu ... Tu as une idée, une ...
- Non, ma chérie. Je ne peux pas rester parce que contrairement à d'autres, j'ai encore un cœur qui ne supporte pas de te voir souffrir et crois moi, j'ai eu ma dose.
- Mais je ...
Comme si toute combativité l'avait quittée, la sorcière ne fit rien pour empêcher l'autre de s'enfuir en un nuage de fumée rosâtre, retombant dans un silence où la Sauveuse craignait de voir apparaître des larmes.
- Vous devriez rentrer chez vous Regina.
- Pourquoi ? Le voir dans toutes les pièces ? Etre déçue de ne pas voir ses chaussures dans l'entrée ?
- Ressaisissez-vous ! gronda-t-elle cette fois.
L'ordre lui était tout autant adressé qu'à elle. Même sans cœur, elle était encore tiraillée par l'envie de consoler son âme sœur et la nécessité de la forcer à la détester. La situation ne pouvait pas durer. Elle agirait dès demain décida-t-elle alors autant porter le coup de grâce au plus vite.
- Vous êtes plus qu'une simple mère éplorée, arrêtez de jouer la comédie et ressaisissez-vous !
- La comédie ? répéta l'autre avec une rage palpable. Qu'est-ce que vous pouvez y comprendre de toute manière hein ? Vous avez abandonné votre fils lorsqu'il n'avait pas quelques heures, ne venez pas me parler d'être mère ! C'est vous qui jouez la comédie depuis votre arrivée ici.
- Je ne l'ai jamais caché, répondit-elle en s'efforçant de rester calme malgré la magie noire qui appelait la sienne.
- Mais vous cachez autre chose, n'est-ce pas ?
- Quel dommage que vous n'ayez pas pensé à poser la question lorsque vous aviez mon cœur dans la main.
Dans la pièce l'air se fit plus dense, le plafonnier grésillant brièvement tandis que sur le canapé, le chiot s'agitait au point de se remettre à gronder. Emma se contenta d'esquisser un sourire quand la plus âgée se rapprocha.
- Croyez moi Miss Swan, j'y penserai la prochaine fois. Histoire d'être bien certaine d'avoir toutes les raisons pour lesquelles je dois le réduire en cendre.
- Il n'y aura pas de prochaine fois, Mills.
A en croire le léger haussement de sourcil, l'intéressée devait avoir donné un tout autre sens à sa déclaration et Emma dut se forcer à reculer lorsqu'elle fit un dernier pas en avant. Elle le regretta presque l'instant d'après quand la sorcière ne parvint pas à masquer une surprise peinée.
- Vous me demandez de renoncer à toute autre personne juste pour avoir le plaisir de vous refuser à moi ?
La mâchoire serrée, la jeune femme hésita de longues secondes avant de se rapprocher. Elle avait beau ne pas avoir son cœur, elle s'interdisait tout de même de succomber à l'envie qui la taraudait en présence de leur fils. Aussi se contenta-t-elle de se pencher sur celle qui continuait de l'observer avec méfiance.
Il aurait été si facile de l'embrasser et lui rappeler à quel point il était impossible qu'elle envisage de se passer d'elle, mais non ...
- Ecoutez-moi bien, Regina Mills.
La pause qu'elle marqua lui valut quelques battements de cils qui auraient fait battre son cœur un peu plus fort s'il avait été là.
- Vous êtes une idiote si vous pensez un instant que je raterais la moindre occasion de vous toucher.
Elle avait murmuré les mots contre les lèvres pulpeuses, laissant la force de sa magie s'y insinuer en un cocktail qu'elle savait intoxiquant. D'ailleurs la brune eut presque l'air de chavirer, une main allant froisser les pans de sa chemise. Pourtant ce fut elle qui osa s'approcher un peu plus pour la tenter.
- Qu'est-ce que vous attendez dans ce cas ?
Un instant elle s'autorisa à profiter de la caresse des lèvres encore maquillées contre les siennes. Elle aurait voulu pouvoir la transformer en un véritable baiser, voulu porter la sorcière jusque dans la chambre d'amis ou mieux celle de Graham ... Histoire d'y créer de meilleurs souvenirs que ceux qu'elle devait y avoir. Elle se serait même contentée de la prendre, là, sur un des canapés en cuir usé ou sur le comptoir de la cuisine, mais non ...
- Pas tant que le problème de votre fils n'est pas réglé, refusa-t-elle donc avec un nouveau pas en arrière.
La distance lui permettait à peine de respirer.
- Aidez-moi et nous le retrouverons plus vite.
Demander de l'aide devait lui coûter et pourtant la brune n'avait pas hésité.
- Ce sera réglé demain, promit-elle avant de pouvoir s'en empêcher.
- Donc, vous savez quelque chose !
- Il y a beaucoup de choses que je sais et que vous ignorez Regina. Vous n'avez pas besoin de tout savoir mais je vous promets que demain, tout sera fini.
- T... Tout ?
La promesse lui avait échappée elle aussi. Vingt quatre heures c'était peu pour accomplir le miracle auquel elle pensait mais cela devrait suffire.
- Tout, répéta-t-elle donc.
Si elle ne pouvait pas comprendre l'étendue de son serment, l'autre sembla en saisir l'honnêteté. Aussi, fut-elle gratifiée d'un de ces rares sourires où filtrait une gratitude sincère et toute la lassitude qu'elle s'était jusque là efforcée de cacher. Et dire que quelques minutes plus tôt, elle avait été en train de lui promettre de broyer son cœur ...
- Vous devriez rentrer vous reposer Regina. Et puis on ne sait jamais ... Si Henry revenait, je suis sûre qu'il aimerait vous y trouver.
Elle n'eut pas le droit à une réponse à haute voix, acceptant le simple hochement de tête qui lui fut adressé avant que la silhouette qu'elle aimait tant ne disparaisse en un nuage de fumée violette.
Un instant elle resta immobile avant de se tourner vers le chiot toujours assis sur le canapé qu'elle avait quitté peu de temps auparavant. Un simple mouvement du poignet lui redonna apparence humaine et elle étouffa un rire lorsque l'enfant, surpris, tomba à même le sol. L'humour ne fut pas partagé et elle se rembrunit en apercevant le regard noir qui lui fut adressé.
Henry alla jusqu'à refuser la main qu'elle lui tendit pour se redresser et Emma s'attendait à recevoir le venin qu'il déversa avant même qu'il n'ouvre la bouche.
- J'avais tort. Vous êtes encore pire que ma maman si vous arrivez à la duper comme ça. J'espère qu'elle trouvera votre cœur et vous tuera.
- Et qui te sauvera d'elle, gamin ?
- Moi. Ce sera moi le héros cette fois.
Cette fois, le petit rire lui échappa, sûrement mal interprété par l'enfant qui tourna les talons pour aller claquer la porte de la chambre d'amis où elle le laissa seul.
.
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Elle ne trouva pas le sommeil cette nuit là non plus, observant celui de l'enfant qui lui paraissait si fragile dans le grand lit qu'il occupait. Henry avait obstinément refusé de lui adresser la parole mais elle n'avait plus rien à lui dire. Le coup fatal serait porté autrement se répétait-elle en faisant tourner la lame d'une dague que lui avait confiée Maléfique dans la soirée.
Le soleil venait de se lever et tout était prêt. Il ne lui manquait plus que le retour de Regina qui ne devrait pas tarder ... Mais en attendant, elle avait senti une magie qu'elle détestait roder autour de l'appartement de Graham, à peine rassurée à l'idée que le fils du Ténébreux s'y intéresse plutôt qu'au manoir où elle avait renvoyée sa Reine.
Les coups frappés à la porte qui donnait sur le salon la firent sourire. Pourtant, elle se hâta d'enfiler un autre masque. Elle avait heureusement appris de la meilleure et elle parvint à cacher le fond de sa pensée lorsqu'elle alla ouvrir le battant en bois marron qui lui révéla celui qu'elle avait hâte de tuer.
- Mais qui voilà ...
- Oh je suis certain que tu avais flairé mes pouvoirs bien avant que je n'aie la politesse de frapper à cette porte.
- Ton odeur pestilentielle tu veux dire ?
L'insulte le fit sourire et Emma ne put s'empêcher d'en éprouver une certaine déception. Depuis qu'il avait accueilli les Ténèbres, ce genre de remarques avaient perdu de leur emprise sans qu'elle puisse y trouver un substitut.
- Pourquoi est-ce que t'es là ? gronda-t-elle donc, frustrée.
- Hier, je t'ai dit que j'hésitais entre deux options, tu te rappelles ? Eh bien j'ai trouvé. Une troisième.
- Dis moi, je meurs d'envie de savoir.
- Tu vas tuer Henry.
- Oh ? Original. Et ensuite ?
- Regina te haïra. Et ensuite, quand nous la réveillerons, elle se haïra mais quand elle aura pleuré tout son saoul, ce sera à toi de mourir. Je veux détruire tous les espoirs qu'elle peut encore avoir d'une fin heureuse.
La blonde dut se mordre la joue jusqu'au sang pour ne pas sauter sur le père d'Henry. Il était idiot de penser que Regina se contenterait de pleurer dans de telles circonstances. Mais qu'importait l'irréalisme de la situation, l'imaginer, même brièvement, réveillait des instincts meurtriers qui susurraient de douces tentations à la magie noire qui sommeillait en elle.
Oui, elle aurait du le tuer. Cela aurait certainement évité ce qui arriva ensuite.
La seconde d'après, l'autre sembla profiter de l'inattention de son courroux pour s'évaporer en un tourbillon et si elle n'avait pas eu l'ouïe assez fine pour l'entendre ricaner dans la pièce à côté, elle n'aurait jamais su qu'il venait de réapparaître dans la chambre qu'occupait Henry.
- Idiote, gronda-t-elle l'insulte dont l'aurait certainement gratifiée son âme soeur.
Evidemment, ils avaient déjà disparus quand elle se précipita là où planait encore l'odeur acre de la fumée dans laquelle ils avaient du s'envoler. La panique lui fit oublier toute précaution, suivant la signature magique sans réfléchir. Idiote, entendit-elle à nouveau quand elle réapparut au centre du village sur la place où se dressait le clocher.
Mais elle ne devait pas être la première à commettre l'impair comprit-elle à l'air abasourdi de plusieurs passants dont les yeux fixés sur ceux au centre de la rue se rabattirent sur elle.
- Henry ?
Ce n'était pas elle qui avait prononcé le prénom de son fils et la voix était la dernière qu'elle avait envie d'entendre dans un moment pareil. Snow devait avoir entendu parler de la disparition du fils du Maire à en croire son regard soulagé.
La blonde choisit d'en faire abstraction. Les yeux clairs firent le tour des passants, téléphones en main comme l'avant veille. Elle s'occuperait d'eux plus tard. Pour l'heure, elle avait un problème plus urgent à régler.
- Tu veux refaire la même chose que l'autre jour ?
- Non ... C'est un autre genre de scène que je veux rejouer.
A peine les mots prononcés, de nouvelles volutes de fumée sale avaient enveloppé les deux silhouettes et la blonde faillit sourire lorsqu'elles se dispersent pour révéler deux formes identiques. Il ne risquait pas de la duper ainsi. La puanteur de sa magie l'aurait trahi à des kilomètres à la ronde. Mais ce n'était pas ça qui lui causait problème. Elle ne savait pas très bien comment Neal avait pu apprendre la vieille ruse de son père mais lui rappeler la scène où Regina avait du se battre contre le fils qu'elle avait perdu n'était pas une bonne idée.
Sans son cœur pour la freiner, la Sauveuse n'hésita pas un instant avant de plonger vers sa cible, prenant à peine le soin d'écarter le véritable Henry tandis qu'elle allait violemment plaquer l'autre contre le premier mur venu. Le bâtiment se fissura sous l'impact et elle ignora les cris affolés des passants lorsqu'elle resserra une main de fer autour du cou gracile.
- Je ne suis pas Elle, Neal. Je n'aurais aucun mal à te réduire en miettes s'il le faut.
- Qu'est-ce que tu attends ?
Le prochain coup de poing le fit se plier en deux mais elle savait qu'il ne souffrait pas. Il fallait une bonne dose de magie pour atteindre le Ténébreux et peut-être était-ce une aubaine finalement … Le plan qu'il avait trouvé était limpide. Sûrement avait-il l'intention de faire croire à tous les citoyens qu'elle avait tué Henry avant de disparaître dans la nature avec lui. Il n'aurait plus eu qu'à se cacher pour admirer la guerre que Regina aurait mené à la blonde et l'intéressée devait avouer que le spectacle aurait certainement valu le détour ...
Mais c'était la sous estimer et en faisant ça, il lui donnait l'occasion rêvée de montrer à Henry qu'elle faisait la parfaite Méchante de son histoire désormais. La veille elle n'y avait pas pensé et quelque chose l'avait retenue de le faire devant Regina mais aujourd'hui …
La magie noire avait attendu son appel comme un chien guette le maître qui tient le bâton et cette fois le poing qu'elle envoya dans ses côtes traversa la peau aussi facilement que de la mousse. Contrairement à tous les témoins, son ennemi ne cria pas, accueillant la morsure de ses pouvoirs avec un sourire en coin.
- Ce qu'on aurait pu faire ensemble Emma … Ta magie et la mienne, eut-il même le culot de s'émerveiller.
- Ta magie ? se moqua-t-elle. Il n'y a rien à toi Neal. Ce n'est pas ta magie. Ce sont les Ténèbres et c'est à elles que tu appartiens, pas l'inverse.
Ce furent les seuls mots qu'elle consentit à échanger avec lui avant de le saisir par la peau du cou pour l'envoyer voler sur la tour du clocher avec une force qui démolit tout un pan du bâtiment. Impassible, la blonde observa l'édifice gronder comme un animal en peine. L'horloge fut la première à tomber, le grand cercle allant fracasser le bitume de la rue où de nouveaux cris se firent entendre. Emma arrêta sa course d'un geste de la main, peu désireuse de devoir utiliser ses pouvoirs pour soigner quiconque se serait trouvé sur son chemin.
Et puis son attention était ailleurs. Les pouvoirs du Ténébreux empuantissaient toujours l'air frais du matin et elle guettait son prochain mouvement quand le bâtiment gronda un peu plus. Elle devait avouer qu'il faisait une vision bien héroïque lorsqu'il ouvrit la porte principale à la volée. Le visage en sang, un os de l'épaule à nu en une fracture ouverte qui aurait du lui faire mal. Elle en adressa même une moue impressionnée au véritable Henry qui observait le spectacle dans les bras de son institutrice.
Le voir si près de la femme qu'elle considérait comme responsable de tous ses problèmes la fit changer d'humeur. La magie noire y fit écho, se défoulant en de longs ligaments huileux qui agrippèrent le sommet de la tour pour la casser comme un jouet d'enfant. Mais la tonne de pierre qui s'était écroulée sur la silhouette enfantine avait beau eu faire trembler toute la ville, elle ne suffirait pas à l'arrêter.
Déjà, les gravas s'étaient mis à bouger et Neal, toujours honteusement déguisé, se dégageait des débris avec un ennui palpable.
- C'est tout ce dont tu es capable ?
Emma ne répondit pas, retroussant ses manches en silence avant de s'emparer d'une des deux dagues qui ornaient sa ceinture. Celle du Ténébreux dont la présence dans ses mains fit apparaître le fidèle tatouage autour de son avant bras.
- Et maintenant tu comptes appeler mon père à la rescousse, c'est ça ?
Non. L'idée était tentante mais aujourd'hui elle était presque certaine que le voir mourir de la main de quiconque d'autre que Regina ou la sienne ne la satisferait jamais pleinement. Et puis mourir n'était pas au programme. Pas tant que son âme soeur n'avait pas retrouvé ses souvenirs. En revanche, elle savait que la dague était porteuse de tant de magie noire, qu'elle infligeait de terribles douleurs et l'entendre crier devrait suffire. Pour l'instant.
Bien évidemment, elle aurait préféré entendre sa voix et non pas celle d'Henry quand elle porta le premier coup mais elle s'en contenterait décida-t-elle. Neal avait beau eut faire face à la rue quand il était jeune, il n'en restait qu'un petit voleur à l'arrachée. Rien à voir avec le soldat entraîné qu'elle avait été dans l'armée de Regina. Aussi ne faisait-il pas le poids, parvenant à peine à bloquer quelques coups grâce à des réflexes fournis par sa magie. En quelques secondes, elle avait déjà enfoncé la lame tordue dans diverses parties du corps enfantin et ces plaies là n'avaient pas l'air de vouloir se refermer.
- Henry !
La voix court-circuita quelque chose dans son esprit embué par la magie noire. Regina. Avait-elle été avertie par quelqu'un ou s'était-elle uniquement rendue sur place à cause du raffut ? Première option devina-t-elle à la fumée violette qui l'entourait encore quand elle posa le regard sur elle. Peur, incompréhension et colère tournoyaient dans les orbes sombres et le spasme qui étreignit son estomac faillit se transformer en bile quand Neal osa répondre à son appel.
- Maman !
La colère la fit voir rouge, profitant de l'inattention de son adversaire pour atteindre une zone qu'elle n'avait pas encore touchée. Cette fois, elle avait envie de le tuer lorsque la lame traversa sa gorge, déchirant la trachée pour faire jaillir du sang et un cri mouillé. Et ce n'était pas pour lui qu'elle eut mal la seconde d'après quand le Maire de la ville eut un cri à mi chemin entre le désespoir et une colère qu'elle connaissait bien.
Mais la sienne était plus grande. Elle ne le savait pas encore mais son âme soeur était en train de se faire avoir par un de leurs pires ennemis et la pensée suffisait à la mettre hors d'elle.
Elle allait replonger l'arme dans le corps qu'elle tenait à sa merci lorsqu'elle fut percutée par une magie qui lui avait manquée. La surprise la prit de court et elle ne fit rien pour arrêter les épines noires qui l'avaient arrachée à son ennemi et l'envoyèrent se clouer à la devanture d'un magasin de chaussures. La douleur était secondaire. C'était son âme qui était en train de se déchirer tandis que la brune se précipitait sur la silhouette de son fils.
Sans doute n'avait-elle pas vu le véritable Henry, toujours entouré par le bras protecteur de Snow White qui semblait plus blanche que la neige. Elle était la seule à ne pas être en train de filmer ce qui se passait mais un téléphone pendait encore mollement dans l'une de ses mains et Emma comprit. C'était elle qui avait appelé Regina.
Un instant son regard caressa la figure de l'enfant qu'elle tenait contre elle. Les yeux clairs étaient écarquillés mais ce n'était pas l'horreur du spectacle qui l'avait choqué. Non, c'était de voir sa mère utiliser sa magie, le visage strié de larmes pour tenter de refermer les plaies qu'Emma avait ouvertes.
Elle était là sa solution réalisa-t-elle. Ce gamin était tellement aveugle qu'elle allait devoir lui ouvrir les yeux de la pire façon qui soit.
Insensible à la douleur, la jeune femme s'arracha aux pics qui l'avaient retenue prisonnière. Dans sa hâte, Regina ne s'était pas servie de magie rouge et à présent, Emma la voyait même peiner à utiliser de la magie blanche pour tenter de soigner celui qu'elle aurait du vouloir tuer. Sans un mot, la blonde dégagea la deuxième dague qui avait été accrochée à sa ceinture. Celle que Maléfique lui avait confiée. Réservée à la Reine qui ne la voyait même pas arriver et sursauta visiblement lorsqu'elle prit la parole.
- Ôtez-vous de mon chemin Majesté.
Le visage strié de larme brisa un autre morceau de son âme lorsqu'il fut relevé vers elle. Par terre, Neal, bien qu'il soit sûrement affaibli par la douleur qui le rongeait, faisait toujours semblant d'être aux portes de la mort.
- Vous m'aviez promis … Tout devait se terminer aujourd'hui. Mais ... Comme ça ?
- J'ai menti, répondit-elle avec facilité.
- Je vous en prie … Miss Swan, qu'est-ce qu'il vous faut ?
- Lui.
- Non. Non, je ne peux pas … Je ne peux pas vous laisser me le prendre.
- Il se vide de son sang et vous avez juste assez de magie blanche pour le maintenir en vie, mentit-elle effrontément. Qu'est-ce que vous allez faire ? Vous battre et le laisser mourir ?
Elle était déjà parvenue à la même conclusion à en croire les lèvres pulpeuses pincées pour les empêcher de trembler. Dans sa main, la dague qu'elle devait utiliser tremblait elle aussi. Il ne suffirait pas d'une seule piqure pour convaincre Henry. Elle allait devoir utiliser la force et faire mal pour remplir son rôle.
- Miss Swan … Emma, je vous en supplie.
A genoux, en larmes, la femme qu'elle aimait offrait un bien triste spectacle et Emma savait déjà qu'elle allait en souffrir le martyr lorsqu'elle devrait remettre son coeur là où était sa place. Réaliser la douleur qu'elle avait causée allait la déchirer.
- Une Reine ne supplie pas Regina. Encore moins à genoux.
- Mais je ne suis plus une Reine ! se défendit-elle avec un sanglot qui lui rappela presque mot pour mot ceux qu'elle avait eus la veille. Je ne suis plus que … Plus que sa mère. Je n'ai que ça. Que lui !
- Alors vous êtes déjà morte, trancha-t-elle.
- NON !
Elle n'attendit pas que la brune réalise qui venait de crier. Du coin de l'oeil elle pouvait déjà voir Henry se dégager de l'emprise de son institutrice mais il était trop tard. Une main glacée eut à peine le temps de s'enrouler autour de son poignet mais la lame s'était déjà profondément enfouie dans la poitrine de la sorcière. Une flamme violette vacilla dans les orbes brunes quand elle se força à tirer d'un coup sec vers le haut pour aggraver la plaie.
- MAMAN ! MAMAN, NON !
En face d'elle, la magie avait déjà fait effet et les dents serrées, elle observa les paupières lourdes tomber en un rideau définitif sur les perles d'ébène. Une larme s'en était sournoisement échappée et Emma la rattrapa d'un doigt tremblant en même temps que le corps qui s'affaissait déjà. Elle eut à peine le temps de le guider à terre avec une infinie précaution avant d'être écartée par l'enfant qui s'était rué sur elle. Deux poings vinrent la frapper mais la blonde en fit abstraction, ignorant les insultes qu'Henry prononçait certainement pour la première fois de sa vie à voix haute.
Non. Sa mission était terminée. Elle avait fait tout son possible ici. Il ne lui restait qu'à débarrasser la ville de cet immonde fumier qui reprenait peu à peu des forces et attendre ...
Tremblante toujours, la jeune femme écarta son fils pour se pencher sur la silhouette de son ex petit ami, refusant de jeter un regard en arrière lorsqu'elle les fit disparaître en un nuage de fumée plus noire que jamais.
Ce ne fut que lorsqu'elle fut réapparue dans l'ancienne antre de Maléfique qu'elle s'autorisa à hurler. Une rage contre elle même dans laquelle elle envoya Neal au fond de la cellule qui avait été préparée à l'avance. Là où la magie n'avait plus aucun effet, l'homme reprit enfin son apparence. Le voir redonna à Emma l'envie de le tuer mais les barreaux enchantés en leur temps pour son père le retiendrait jusqu'à ce que son destin soit scellé. Et puisqu'elle y était ...
- Rumplestiltskin.
Le nom grondé à voix basse invoqua sans surprise l'intéressé qui avait l'air résigné de quelqu'un qui savait ce qu'elle s'apprêtait à lui demander.
- Rentre dans ta cage, démon. Tu voulais passer du temps avec ton fils ... Fais donc. Surveille le pour moi, qu'il ne tente pas de s'échapper.
L'ordre ne fut pas discuté et elle observa l'antiquaire se téléporter derrière les barreaux qu'il ne pourrait pas franchir en sens inverse. Un instant, le temps s'arrêta et elle compta les secondes. C'était maintenant que cela devait se passer. Maintenant ou jamais ...
Henry devait avoir réalisé que la seule façon dont il pouvait devenir le Héros de son histoire était de sauver sa mère ... La mère qu'il venait de voir mourir pour lui. Evidemment, ce n'était pas le cas, la malédiction que Maléfique avait concoctée pour elle se contrecarrait facilement et le sommeil éternel aurait sans doute déjà réparé les dégâts physiques causés par la dague mais encore fallait-il qu'elle soit brisée pour briser avec elle celle que Cora avait lancée.
La vague de magie qu'elle avait guettée anxieusement déferla avec une force à laquelle elle ne s'était pas attendue. L'onde arc-en-ciel parvint même à illuminer les endroits les plus sombres de l'immense cave qui avait servi d'abri au dragon pendant des années. Sur Emma, la magie blanche porteuse de tant d'émotions n'eut qu'un seul et unique effet, la pliant en deux pour lui faire rendre le maigre contenu de son estomac.
Incapable de pleurer, elle devina que la réaction était la seule dont son corps disposait pour témoigner de sa révolte et elle tenta tant bien que mal d'ignorer le petit ricanement du père de son fils non loin d'elle. Rumplestiltskin quant à lui s'était figé en une réalisation horrifiée et Emma prit plaisir à voir les souvenirs lui revenir.
Au centre du village, il devait en être de même pour tous les autres et un instant la blonde imagina que les retrouvailles entre sa femme et leur fils devaient être émouvantes. Y penser provoqua une nouvelle vague de nausée et cette fois lorsque Neal commença à rire, ce fut son père qui se chargea de le faire taire.
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Elle s'était terrée dans l'appartement de Graham jusqu'à la nuit tombée. Le Commandant l'y avait rejoint et Emma avait accepté son étreinte et ses remerciements. Elle avait écouté son rapport. Snow avait semblé s'évanouir au moment où Henry avait posé ses lèvres sur le front de sa mère et restait jusque là dans un sommeil mortuaire. Quant aux citoyens de Storybrook, rares étaient ceux qui n'étaient pas au courant des exactions des White et plus encore ceux qui la soutenaient toujours.
Elle avait réussi.
Ils étaient de retour. Henry était de retour. Regina était de retour. Elle aurait du être avec eux, heureuse. Mais quelque chose la retenait encore à l'abri des regards. Quelque chose que sa femme devait avoir compris si elle la laissait seule pour l'instant.
La Reine aurait sans doute pu la rejoindre d'un claquement de doigt. Emma n'avait érigé aucune barrière autour de sa position mais la sorcière n'en avait pas manifesté l'intention. C'était pourtant sans doute elle qui lui avait envoyé le Lynx plus tôt dans la journée et la blonde l'avait accueilli d'une caresse mais sans la moindre envie de lui reprendre ce qu'elle avait caché en lui.
Elle n'était pas prête à supporter le poids de son coeur dans sa propre poitrine. Elle allait souffrir. Plus que de raison. Et la raison était tout ce qui lui restait pour l'instant. Ce qui lui murmurait tout bas d'oublier cet organe fragile qui ne ferait que lui apporter emportement et désolation. Heureusement, Emma n'avait jamais été du genre à écouter la voix de la raison et c'était sans doute ça qui l'avait conduite dans le jardin si bien entretenu où elle observait le manoir au clair de la lune.
Les yeux fermés, elle savoura un long moment la magie familière qui appelait la sienne. Définitivement plus potente que celle qu'avait eue Regina avant que la malédiction ne soit brisée. Celle ci s'était enrichie de mille souffrances, de mille victoires. C'était avec celle là que la sienne communiait le mieux et aussi ne fut-elle pas surprise que la brune détecte sa présence malgré les précautions qu'elle avait prise.
Emma garda les yeux fermés quelques instants encore malgré le regard qu'elle sentait peser sur elle et les pouvoirs qui lui criaient de se précipiter sur celle qui devait l'avoir attendue toute la journée. Et son coeur avait beau ne pas être là, quelque chose éclata dans sa poitrine lorsqu'elle finit par abandonner le ciel chargé de lourds nuages pour s'intéresser à la maîtresse des lieux. Comme toute à l'heure, une larme avait échappé aux perles d'ébène mais celle qui l'examinait n'avait pas l'air de vouloir s'en cacher et elles continuèrent un long moment à se dévisager avant que la plus âgée ne fasse le premier pas.
La blonde n'aurait pas pu. Même si elle l'avait voulu, il lui semblait que tout son corps s'était paralysé, immobilisé en une attente nerveuse où elle expira un tout premier souffle quand une main fraiche, presque froide, effleura sa joue.
- Bonsoir mon amour ...
Et elle était persuadé que les trois mots l'auraient faite pleurer si elle avait eu le courage de remettre son coeur là où il devait être. À la place, Emma serra les dents, sa mâchoire aussitôt caressée de quelques doigts.
- Comment va Henry ? demanda-t-elle d'une voix qu'elle ne reconnaissait pas.
La question provoqua un petit rire, étouffé derrière un pincement de lèvres que la jeune femme évita, préférant observer les nouvelles perles salines qui cascadaient sur les joues de la brune.
- Il est là, fut la réponse qui la fit froncer les sourcils.
Si un instant elle avait cru qu'elle faisait allusion à sa présence avec elles, elle comprit bien assez vite qu'il n'en était rien. Il était là. Vivant. Elle allait sûrement trouver autre chose à dire quand elle fut réduite au silence d'un doigt posé sur ses lèvres. Docile, elle se résolut donc à attendre tandis que l'autre abandonnait son visage.
Un instant les doigts frais s'arrêtèrent sur son cou et elle ne commenta pas la magie qui effaça les dernières traces qui restaient de sa tentative d'étranglement. Déjà, Regina continuait son chemin plus bas et s'emparait de sa main gauche. Un simple miroitement fit apparaître un objet qu'elle connaissait bien et pourtant la brune hésita, cherchant son regard et sa permission.
- Oui. Bien sûr que oui, s'empressa-t-elle d'affirmer.
C'était tout ce que l'autre avait attendu pour enfiler l'anneau qui lui avait manqué ces derniers jours et la blonde réprima un frisson lorsque la magie blanche s'insinua en elle. Cette fois au moins, son estomac vide ne fit pas mine de vouloir se retourner mais elle eut un nouveau sursaut lorsque derrière elles, une lumière s'éclaira dans le Manoir. Regina y porta immédiatement son regard et la jeune femme eut un sourire lorsqu'elle remarqua tout ce qui transpirait de la sorcière qui fixait la façade avec l'attention d'un aigle.
Jamais plus personne ne se mettrait sur leur chemin. Ensemble, elles allaient être invincibles. Pas besoin de la magie des Ténèbres pour ça. Elles aussi, elles les anéantiraient. La perte d'Henry avait peut être propulsé Regina vers une puissance inédite mais le retrouver, maintenant, la portait sur de nouveaux sommets. Elle pouvait le sentir à la façon dont tout le quartier, toute la ville, bourdonnait de sa magie aux aguets. Et son admiration avait du être visible, comprit-elle quand l'intéressée se retourna pour lui adresser un haussement de sourcil.
- J'avais oublié ...
- Oublié quoi ?
- Que j'étais tombée amoureuse ici aussi. De la façon dont tu aimais tant Henry.
En face la brune eut l'air de chercher ses mots de longs instants, les perles d'ébène la fixant avec une nouvelle incertitude avant d'oser formuler ses doutes à haute voix.
- Comment ... Comment est-ce que tu peux sembler si sincère sans ton coeur ?
La question la fit ricaner malgré elle. Regina aurait du savoir pourtant maintenant que la malédiction était brisée.
- Parce que je t'aime non seulement de tout mon coeur mais aussi de toute mon âme, répondit-elle avec un haussement d'épaules.
- Oh, Emma ...
Il y avait un reproche qu'elle connaissait bien dans la façon dont sa femme avait prononcé son nom. Celui de ne pas lui laisser la liberté d'être en colère contre elle et la blonde aurait pu en rire. Au lieu de ça, la Sauveuse se contenta de tourner les talons pour éviter le regard qui la connaissait si bien et plonger le sien dans le ciel orageux. Elle faillit sursauter lorsqu'une main se posa délicatement sur son bras.
- Dis moi ... Dis moi ce que je peux faire.
- Je ne sais pas.
- Je n'ai pas le pouvoir de te forcer Emma mais tu me manques. La femme que j'aime me manque.
Les aveux si sincères, la vulnérabilité qu'elle ne prenait même pas la peine de dissimuler retournèrent quelque chose dans sa poitrine vide.
- J'ai peur, avoua-t-elle donc à son tour.
- De quoi ? Tu n'as pas le droit d'avoir peur. Je suis là.
- Je vais avoir mal. Je ... Je vais souffrir de t'avoir fait souffrir.
- Tu as fait tellement plus que ça Emma ...
Elle le savait. Mais cette fois la peur était plus forte. Elle était lâche. Comment pouvait-elle l'être quand se tenait à ses côtés la femme la plus courage qu'elle connaissait ? Par habitude, la jeune femme abandonna la contemplation des nuages pour s'intéresser aux iris sombres qui la fixaient avec intensité. Regina n'avait pas pris le temps de se changer, démaquillée, toujours enroulée dans un peignoir en satin et certainement pieds nus à en juger par la façon dont son visage était relevé pour pouvoir la dévisager.
Elle était belle.
- Tu es belle.
- Parce que tu es là pour me regarder.
La réponse du tac-o-tac la surpris assez pour arracher un sourire à la brune. Regina n'avait pas besoin de son regard pour se sentir belle mais elle avait tout de même eut l'air sincère et à défaut de pouvoir tomber à ses genoux pour lui déclarer son amour, la blonde combla la distance qui était demeurée entre elles. Les lèvres pulpeuses se plièrent à sa volonté et elle avala le soupir de soulagement de la sorcière avec avidité. Aucun rapport avec leurs précédents baisers à Storybrook. Même lors de leur dernière nuit, quand elle avait cru desceller des sentiments chez le Maire. Cette fois, l'amour, le véritable, était bien là.
Ce fut elle qui gémit la première lorsque leurs langues se retrouvèrent mais la brune tremblait comme une feuille quand elle parvint à passer deux mains sous les pans de son peignoir et étreindre le corps si fragile. Tout son être la réclamait, leur magie chantant à l'unisson et elle était prête à lui faire l'amour, à essayer, malgré l'absence de son coeur, quand elle fut arrêtée d'un seul geste.
- Emma ...
La main qui s'était posée sur sa joue avait une douceur que les yeux brillants de désir n'avaient plus.
- Non ? devina-t-elle donc.
- Pas tant que je ne sentirai pas un coeur battre là dedans.
Deux doigts avaient caressé une portion du décolleté creusé dans son chemisier et elle eut une grimace. Le ton avait été sans appel et elle savait que Regina ne céderait pas. Elle avait raison dut-elle s'avouer mais cela ne l'empêchait pas de lui en vouloir. Elle aurait eu besoin de pouvoir retrouver sa femme sous des draps, le réconfort de celle qui la connaissait si bien et le plaisir libérateur qu'elle savait lui donner.
Les dents serrées, elle résista donc à la caresse de la main sur sa mâchoire tendue. Au lieu de ça, elle préféra puiser dans le désir frustré qui nouait son estomac et brûlait ses reins. En face, la sorcière sembla le deviner. Les perles d'ébènes s'assombrirent, la tension palpable y faisant tonner un orage où elle aurait voulu se précipiter.
- Très bien, concéda-t-elle à la place d'une voix basse. Je me contenterai de t'entendre crier dans mes fantasmes pour l'instant.
- Fais donc.
- Compte sur moi.
En face d'elle, les lèvres pleines tressaillirent d'un sourire contenu, le désir se teintant d'une affection plus profonde.
- Bonne nuit Regina, s'empressa-t-elle donc de dire en faisant déjà un pas en arrière.
- Bonne nuit mon amour, lui fut-il répondu avec tant d'assurance qu'elle dut lutter contre la magie qui voulait la retenir à ses côtés pour parvenir à s'enfuir en un nuage de fumée.
.
.
Bien qu'elle sache sûrement où elle se trouvait, Regina ne l'avait pas dérangée dans la crypte où elle avait trouvé refuge pour le restant de la nuit et le matin qu'elle passa enroulée dans des draps réchauffés par le félin qui s'y prélassait avec elle.
Pourtant, le répit avait été de courte durée, le battement monocorde des cœurs dans la pièce adjacente bientôt troublé par un bruit de pas qu'elle n'eut aucun mal à reconnaître. Elle ne fit pas l'effort de bouger pour l'enfant qui s'introduisit dans la pièce sur la pointe des pieds comme s'il n'était pas trop tard pour ne pas la réveiller.
- M... Ma ? l'entendit-elle finalement demander précautionneusement.
Ma ... Parce qu'il n'arrivait pas vraiment encore à l'appeler maman. Mais pourtant c'était exactement ce qu'elle était. Combien de temps avait-elle passé à l'ignorer dans la forêt enchantée ? Au point que l'instinct maternel manque de disparaître ...
- Ta mère sait que tu es là gamin ?
- Oui.
- Et elle n'a rien dit ?
- Non. Juste que si tu voulais, il y avait un repas qui t'attendait à la maison.
À la maison ... Allaient-ils tous vivre sous le même toit maintenant ? Le manoir n'était pas un château mais Emma ne pouvait pas se l'imaginer autrement.
- Et tu es venu me transmettre ce message ou bien il y a autre chose ?
- Maman m'a dit pourquoi tu ne voulais pas remettre ton cœur.
- C'est bien. Je suppose ... Qu'elle te dise tout.
- Pas tout.
Les yeux rivés au plafond, la jeune femme eut un sourire en sentant le lit s'affaisser là où l'enfant venait de s'asseoir. A ses côtés, le félin émit un grondement boudeur dans son faux sommeil.
- Pose tes questions, devina-t-elle au silence gêné qui s'était installé.
- Elle ne veut pas me raconter ... Pour vous deux.
Le sujet la fit sortir de sa torpeur, se redressant juste assez pour voir Henry jouer avec ses propres doigts. La nervosité qu'il ne savait pas cacher était peut être la raison pour laquelle la brune n'avait pas parlé d'elles ...
- Nous deux ? répéta-t-elle donc prudemment en s'adossant un peu plus confortablement à la tête du lit où le lynx la rejoignit l'instant d'après en roulant sur lui même pour chercher son contact.
- Hier soir ... Hier soir je vous ai vues devant la maison.
Sûrement parce qu'elle n'avait pas son cœur, l'information la fit à peine sourciller mais si elle l'avait appris, Regina avait du s'affoler. Elles n'avaient jamais parlé de la façon dont elles annonceraient la nouvelle à leur fils et la blonde eut un sourire avant de déclarer :
- Ta mère et moi sommes âmes sœurs. C'est notre amour véritable qui m'a redonné mes souvenirs dans la forêt enchantée.
Le hoquet de surprise auquel elle eut le droit la laissa de marbre et elle observa l'enfant froncer les sourcils, les yeux perdus quelque part au dessus de son épaule comme s'il tentait de comprendre ce qu'impliquait ce qu'elle venait de lui révéler. Quelques secondes suffirent à la lasser, abandonnant son lit en un bond que le lynx imita à sa suite.
- Comment est-ce que tu es tombée amoureuse d'elle ? entendit-elle pourtant demandé d'une petite voix derrière elle.
- Comment ?
- Elle ... Tu étais la Princesse de la forêt enchantée et elle ... La Méchante Reine. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Elle t'a kidnappée ?
L'éventualité la fit ricaner.
- La seule fois où ta mère m'a kidnappée, j'avais dix huit ans et je le lui avais demandé.
L'anecdote fit briller quelque chose au fond des yeux de l'enfant. Une curiosité qu'elle connaissait bien. L'histoire le fascinait. Il n'était pas rebuté par l'idée d'un amour entre ses deux mères, il était curieux.
- Raconte-moi votre histoire, demanda-t-il d'ailleurs.
- Une autre fois peut-être gamin. Je ne pense pas qu'elle ait la même saveur tant que je n'ai pas mon cœur.
- Quand est-ce que tu comptes le remettre ? Ta place est à la maison. A nos côtés. Maman t'attend pour punir Snow et m... Mon père.
Lui même avait l'air d'avoir du mal à prononcer ce titre qu'il ne méritait pas mais le fait qu'il soit conscient du besoin de punir ces deux là lui redonna espoir.
- Et tu es d'accord avec ça ? Les punir ?
- Je veux savoir ce qu'ils ont fait avant mais, oui, je crois.
- Ce qu'ils ont fait ...
Ça, elle pouvait raconter. Pas besoin d'un cœur pour retranscrire les horreurs qu'avait endurées Regina à cause d'eux, les privations, les journées et les nuits enfermée dans sa chambre le ventre noué à douter de tout ... Elle se souvenait très bien des batailles menées, des insultes, de la froideur de Snow devenue un simple pantin des Ténèbres ... Des efforts déployés pour mettre fin à leur histoire, des tentatives de meurtre ...
- Mais alors, la seule véritable responsable c'est ... C'est la magie noire ? sembla conclure l'enfant à la fin de son récit.
Il n'avait rien comprit déplora-t-elle en un soupir. Elle l'entendit presque déglutir lorsqu'elle tendit une main dans le vide. La magie noire répondit à son appel comme une vieille amie, crépitant en une force menaçante autour de ses doigts. Elle ne lui en voulut pas de se figer quand elle fit volte face pour s'emparer de sa main et les faire disparaître en un nuage de fumée noire.
La rue où ils réapparurent était en pleine effervescence et sans la voir, Emma sentit la magie de son âme sœur non loin. Elle ne savait pas pourquoi elle n'avait pas encore réparé les dégâts que son combat avec Neal avait causé. Tout était-il qu'une dizaine de personne s'activaient à nettoyer la zone où la bibliothèque n'était presque plus qu'un amas de béton et de verre. Les yeux clairs finirent par tomber sur le Maire aux côtés de Belle. Bien sûr, elle n'était pas la seule à pouvoir repérer son âme sœur à distance et les iris d'ébène l'attendaient déjà avec curiosité mais elle choisit de les ignorer pour le moment.
- Ouvre les yeux Henry.
Elle n'attendit pas de voir s'il obéissait, elle savait qu'il serait attentif.
La magie n'avait pas toujours été instinctive mais ces dernières années, tout comme l'amour qu'elle éprouvait pour Regina, elle l'avait sentie grandir en elle, se lover dans chaque cellule de son corps, l'intoxiquer jusqu'à la considérer comme une part d'elle. Aussi n'hésita-t-elle pas avant de s'accroupir, une main effleurant le goudron encore mouillé d'un récent orage. Les pouvoirs ne se firent pas prier, fusant dans les fissures qui défiguraient encore la route.
Comme tous les autres à présent, la Sauveuse observa l'électricité noire crépiter jusqu'au bâtiment où les ouvriers s'écartèrent quand les gravats furent soulevés. Certains devaient se souvenir de ce qu'il s'était passé la veille comprit-elle lorsqu'elle en vit s'affoler. Mais cette fois la magie n'avait aucune intention destructrice. Les bennes se vidèrent de leur contenus tandis que le bâtiment se reconstruisait lentement mais sûrement en un bruit de ferraille et de pierres roulées.
- Ma ...
Elle tremblait réalisa-t-elle en entendant son inquiétude mais sa main se crispa un peu plus sur le goudron pour finir le travail. Les muscles de son avant bras la brûlaient lorsqu'elle redirigea son attention sur le clocher qui gisait en plein milieu de la rue. Elle avait presque l'impression de pouvoir sentir la tonne de pierre sur ses épaules mais soudain le poids se fit moins lourd et les yeux clairs sautèrent à quelques mètres lorsqu'elle reconnut la magie que lui offrait sa femme. Dans son tailleur noir, la mère adoptive d'Henry l'observait pourtant avec un avertissement qu'elle choisit d'ignorer.
Elle eut une grimace lorsque quelque chose claqua dans son bras. Un muscle, un tendon ou un os, elle ne savait pas. Mais quelque chose qui rendit les dernières secondes de sa prouesse infiniment plus douloureuses. Elle avait le sourire pourtant lorsque l'édifice retrouva son aspect habituel sous le regard interloqué de tous les citoyens. Un mouvement de la main effaça les derniers vestiges du chaos qu'elle avait créé et le clocher choisit de sonner la demie heure comme pour clôturer son tour de magie. Dans le ciel, les derniers nuages furent chassé d'un coup de vent pour révéler un soleil rassurant.
- Tu vois petit ? reprit-elle en se tournant vers l'intéressé. Pas une once de magie blanche.
Elle eut presque du mal à se relever, appelant encore sa magie pour réparer son bras qui la lançait et faire apparaître le livre de contes qui leur était familier.
- Il ne suffit pas d'avoir de la magie blanche pour être un héros Henry. Et avoir de la magie noire ne transforme pas forcément quelqu'un en méchant de l'histoire.
Sans son coeur, elle eut du mal à trouver tous les souvenirs nécessaires mais elle parvint tout de même à caresser la couverture en cuir de l'ouvrage qui s'épaissit d'une bonne centaine de pages.
- Seule l'intention compte, gamin. Tu voulais la vraie histoire ... La voilà.
- Emma ...
Son prénom la fit frémir mais elle lutta pour ne pas se retourner et affronter la désapprobation de son âme soeur.
- Snow White, Neal, Gold ... Tous ces gens étaient déjà corrompus par quelque chose avant que la magie noire ne les envahisse. Elle n'a fait que révéler leurs vraies natures ... Tandis que ... Tandis que des gens comme ta mère ... Comme moi ... L'utilisons comme un simple outil, une part de nous même qui n'a pas le pouvoir de nous corrompre parce que ... Parce que nous sommes conscientes qu'il existe des choses, des gens, qui méritent que nous ne basculions pas dans les Ténèbres.
Voilà. Pour quelqu'un qui n'avait pas de coeur, c'était tout de même assez bien tourné pensa-t-elle. Et à en croire les larmes qui brillaient sur les joues de son fils, ce devait être le cas.
- Et toi, tu es exactement ce genre de personne.
- Qui méritent qu'on se batte pour elle ?
- Oui.
Les larmes se transformèrent en sanglots et elle dut écarter le livre qu'elle avait tendu lorsqu'il se jeta sur elle pour l'étreindre. Ils n'avaient pas encore parlé de ce qu'elle lui avait fait endurer pour parvenir à ses fins ces derniers jours mais c'était un début d'excuses ... Instinctivement, elle referma un bras autour de lui, l'autre restant ballant le long de son flanc. Il aurait pu servir à attirer celle qui vint poser une main dans son dos mais elle se l'interdit.
- Rentre à la maison, s'il te plaît, entendit-elle murmuré contre son oreille.
- Bientôt, promit-elle pourtant à voix haute.
Parce qu'elle avait beau s'attendre à la douleur qui suivrait, elle ne pouvait plus supporter de vivre sans son coeur. Lui seul était la garantie de leur fin heureuse alors tant pis si elle souffrait de devoir réaliser à quel point elle avait blessé ses proches. Tant pis pour la douleur. En son temps, la Reine avait enduré bien pire pour eux alors pourquoi ne pas se montrer à la hauteur d'en faire autant ?
- Mais je dois d'abord faire quelque chose, reprit-elle en se détachant du contact des deux seules personnes qu'elle savait véritablement aimer.
La sorcière devait brûler de lui demander ce qu'elle s'apprêtait à faire comprit-elle à la façon dont les lèvres pulpeuses se pincèrent mais elle ne lui offrit aucun élément de réponse. La blonde se contenta de pousser le livre contre la poitrine de leur fils, attendant à peine qu'il s'en empare pour s'éloigner de quelques pas.
- Bonne lecture Henry.
- Emma ...
- Promis Majesté, le contenu est tout public, rajouta-t-elle avec un sourire à l'intention de celle qui ne semblait pas d'accord avec ce qu'elle avait fait.
Son trait d'humour ne fut accueilli que d'un froncement de sourcils qu'elle se rappelait adorer. Vraiment, maintenant, elle avait hâte de retrouver son coeur.
- Il sait, rajouta-t-elle avec un haussement d'épaules désolé.
La surprise qui entrouvrit les lèvres qu'elle rêvait sous les siennes la fit carrément rire mais elle choisit de disparaître en un nouveau nuage de fumée avant d'être sermonnée.
.
.
Elle avait encore le sourire aux lèvres lorsqu'elle réapparut dans l'immense cave. Là où sa magie avait emmené le Ténébreux et son fils la veille. Elle pouvait sentir de là l'odeur toxique de leurs noirceurs combinées. Un mélange presque aussi tentant que celui de leurs dagues mais rien d'assez puissant pour briser la cage qui les maintenait prisonniers.
- Messieurs ... s'annonça-t-elle inutilement.
Tout comme elle avait conscience de leur présence avant de les voir, ils devaient avoir sentit son apparition quelques secondes plus tôt. Pourtant aucun d'eux ne fit l'effort de la saluer et elle eut un nouveau sourire en constatant que s'ils ne pouvaient s'échapper, ils devaient avoir tenté de se blesser mutuellement. Après tout, la haine qu'éprouvait Neal pour son père était réelle. Le mage reposait, à moitié effondré contre un mur, la main sur son ventre dont les entrailles menaçaient de se déverser sur le sol boueux.
Avaient-ils passé leur temps à se battre ? ne put-elle s'empêcher de se demander tandis que son regard glissait sur le plus jeune dont le visage portait de nombreuses griffures. L'éventualité la ravissait.
- Ne vous inquiétez pas, tout est bientôt fini, commença-t-elle pourtant, faussement rassurante.
- Tu vas nous tuer alors ? railla le plus jeune.
- Regina et moi y réfléchirons demain.
- Regina et moi ? Tout ce que je vois, moi, c'est que tu as choisi de ne pas remettre ton cœur à sa place.
- Ça, c'est pour votre dernière leçon ...
Dans son coin, Rumplestiltskin émit un gargouillement avant de cracher du sang dans le mélange de terre et d'eau où il était assis. Dans quelques heures, ses pouvoirs auraient restauré son corps mais en attendant, il avait l'air de vieillard à l'agonie.
- Rumple ... Toi qui croyais avoir aimé Belle, regarde.
Elle ne se risqua pas à approcher suffisamment pour être à leur portée mais la Sauveuse s'autorisa quelques pas de plus pour être sûre qu'aucun d'eux ne manquerait le spectacle lorsqu'elle tendit sa main devant elle. Elle pouvait encore sentir la magie de son âme sœur couler dans ses veines et la fumée violette qui flirta avec ses doigts le confirma. Le feu qu'elle avait appelé dans le creux de sa paume n'était pas le sien et elle eut un sourire en croisant le regard noir du Ténébreux.
- Je n'ai pas mon cœur et pourtant je suis encore capable d'utiliser notre Amour Véritable. Est-ce que tu vois maintenant à quel point vous n'avez jamais eu votre chance face à nous ?
- Je ne peux pas croire que vous soyez là uniquement pour vous moquer. Que voulez-vous ?
- J'ai promis à ma femme de tuer ton fils Rumple. Quand nous nous reverrons et à moins qu'elle ne trouve une punition plus adaptée, tu perdras ton fils.
- Et ?
- Avant d'en arriver là, j'ai une question à poser que je ne veux pas qu'elle entende ...
- Je croyais que vous ne vous cachiez rien ?
- Je veux que tu me dises ce qu'il est arrivé à Cora quand elle a lancé la malédiction, continua-t-elle en ignorant la remarque du plus âgé.
- Elle a broyé son cœur.
- Ce n'est pas ma question. Je veux savoir s'il y a une possibilité qu'elle soit encore en vie grâce aux pouvoirs qu'elle a volé aux Ténèbres.
La question sembla le prendre de court et un instant l'indifférence qu'il avait feinte s'estompa au profit d'une sincère curiosité.
- Possible, sembla-t-il avouer. Mais que reste-t-il d'un corps habité par les Ténèbres et dénué de cœur ?
- Et si j'arrivais à trouver un cœur pour elle ?
- Cora n'a pas d'âme sœur. Le sort auquel vous pensez ne marcherait pas. Et c'est sans parler du fait que je ne suis même pas sûr que la faible quantité de Ténèbres qu'elle ait absorbée soit suffisante pour la maintenir en vie.
Il n'y avait aucune trace de mensonge dans la réponse qui venait de lui être donnée mais la Sauveuse fit tout de même apparaître la dague dans son poing. Juste pour être sûre.
- Est-ce que ce que tu viens de dire est l'entière vérité Rumplestiltskin ? Tu ne me caches rien ?
- Rien concernant le sujet.
Sous entendu qu'il en existait bien d'autres dans lesquels le Ténébreux avait ses secrets. Mais elle s'y était attendue et pour l'heure l'immensité de ses tromperies ne l'intéressait pas.
- Bien, accepta-t-elle donc en ignorant le regard interloqué que lui lança Gold.
- Bien ? répéta d'ailleurs son fils.
- Ce n'était qu'une visite de courtoisie. A quoi est-ce que tu t'attendais Neal ? Une dernière volonté ? Un dernier cadeau ?
- Rien de tout ça.
Il avait presque l'air d'accepter son sort et son manque de réaction la fit s'approcher d'avantage quitte à prendre des risques. Elle garda les yeux rivés aux siens pour s'accroupir devant lui. Même si près, il était difficile de voir l'homme qu'elle avait aimé sur ce visage déformé par les Ténèbres. Pourtant, il était bien là et Emma dut le traquer de longs instants avant de parvenir à trouver sa véritable douleur sous le masque que la magie lui faisait porter.
- Où est ta dague ? demanda-t-elle simplement.
- Tu ne peux pas me forcer à le révéler.
- Tu ne veux plus mourir ? Tu sais très bien que tu n'as plus aucune chance ...
- Tais-toi.
- Non, refusa-t-elle en se redressant pour faire quelques pas en direction du Ténébreux qui avait observé leur échange avec aigreur.
- Comme moi, l'entendit-elle lui dire avant même qu'elle n'ait posé la question.
Elle aurait douté de la véracité des dires si dans sa cage, Neal n'avait pas bondi sur l'intéressé. La blonde le figea en plein saut d'une simple main levée. Elle ne savait pas très bien pourquoi Gold avait livré cette information sans le moindre remord mais l'homme continuait à les observer plongé dans une sorte de mutisme qui la fit grimacer. Ce n'était pas dans cet état d'esprit qu'elle les voulait.
Mais elle ne ferait pas la difficile ... Hors de question de refuser ce qui lui était offert sur un plateau. Aussi n'hésita-t-elle pas une seconde avant de l'attirer et plonger sa main dans le corps du père d'Henry. Expérience inédite, elle grimaça à nouveau lorsque ses doigts s'enfoncèrent dans les organes brûlants, la force qu'elle avait appliquée cassant quelques côtes avant qu'elle ne trouve le manche ornementé qu'elle avait cherché.
Retirer la dague lui valut un hurlement de douleur qui vrilla momentanément ses tympans mais seule restait la satisfaction de tenir le nouvel artefact dans sa main. Baelfire y était inscrit en lettres noires comme l'était Rumplestiltskin sur celle qu'elle tenait dans l'autre main. La Sauveuse s'était attendue à ce que les Ténèbres exercent leur habituelle tentation mais rien ne se passa et elle profita du répit pour se hâter de glisser l'arme à sa ceinture.
- Passez une bonne soirée Messieurs, s'excusa-t-elle avec un pas en arrière.
Le Ténébreux s'était rapproché de son fils, à genoux à ses côtés pour tenter d'éponger l'hémorragie qu'elle avait créée et elle sut qu'elle aurait eu pitié d'eux si elle avait encore eu son cœur ...
.
.
Comme la veille, le jardin dans lequel elle apparut à la nuit tombée était désert à l'exception de l'animal qu'elle y avait cherché. Couché à quelques pas des marches du perron, le lynx parvenait tout de même à conserver l'air menaçant d'un réel gardien des lieux.
- Salut toi, appela-t-elle pour que les yeux d'or se braquent sur elle.
Fidèle à lui même, le félin sortit sans attendre de son immobilité pour venir se frotter à ses jambes, allant jusqu'à se dresser sur ses pattes arrières et parvenant à lui donner un coup de tête sous le menton.
- Aïe, fais attention gros maladroit !
Bien que dilué, son ordre fut obéi, la bête se laissant docilement retomber à terre pour l'observer dans l'attente de ce qui allait suivre.
- Tu as quelque chose qui m'appartient mon grand, tu te rappelles ?
S'il ne pouvait pas opiner de la tête, l'intéressé se redressa un tant soit peu pour lui présenter son poitrail et elle ne put s'empêcher de caresser le pelage soyeux de longues secondes avant de plonger sa main à la recherche de l'organe qu'elle retira avec précaution.
- Merci d'avoir veillé sur lui. Et sur Regina.
Sa gratitude fut largement ignorée, comme si l'animal avait pu s'en offenser et Emma l'observa, un sourire aux lèvres, se détourner et bondir avec grâce dans un arbre qu'il utilisa pour rejoindre le petit balcon de la chambre de Regina.
- Allez, il est temps, chuchota-t-elle dans le silence de la nuit.
Le courage dont elle manquait pour monter les quelques marches du perron lui fut insufflé par la magie qui ouvrit pour elle la porte d'entrée. La maîtresse des lieux savait donc qu'elle était là ... Elle eut un nouveau sourire en constatant que son cœur battait la chamade dans le creux de sa main mais la sensation acheva de la convaincre de faire le premier pas.
Ses jambes tremblantes la menèrent jusque dans la cuisine et alors qu'elle s'était apprêtée à la trouver vide, elle fut surprise d'y voir son âme sœur en train de ranger de la vaisselle. L'action anodine la déstabilisa complètement. Ces dernières années, Regina ne s'était pas approché d'une cuisinière et encore moins en sa présence ...
- Quelque chose à boire ? A manger ? lui proposa d'ailleurs l'intéressée sans se retourner.
- Non. J'apporte un cadeau à ma Reine.
Elle n'attendit pas que l'intéressée lui réponde pour se laisser tomber à genoux, tendant devant elle la main qui avait encore tenu son cœur battant. D'instinct, elle fit également apparaître dans l'autre les deux dagues qu'elle avait désormais en sa possession mais l'offrande ne sembla pas faire réagir celle à qui elle était destinée.
Le bruit des talons aiguilles mit quelques secondes encore avant de retentir sur le sol en marbre et la blonde eut un soupir de soulagement en sentant une magie familière la forcer à relever la tête et les yeux vers celle qui l'observait avec un air interdit.
- Il n'y a plus de Reine, Emma ...
- Q... Quoi ? bafouilla-t-elle.
C'était bien sa Reine pourtant qu'elle voyait la toiser avec une distance qu'elle savait forcée.
- Nous sommes à Storybrook ici. Il n'y a pas de Lieutenant, pas de Reine. Il y a un Maire, son Shérif et leur fils. Est-ce que tu es prête à le voir ? Parce que sans ça il est inutile de remettre ton cœur pour l'instant.
- Non ! Enfin oui. Oui, bien sûr que j'y suis prête ! Je le vois déjà, je ... Je sais, tout ça. C'est pour ça que je suis là.
Un instant la brune sembla considérer son honnêteté et elle fut surprise de la voir reprendre sans se préoccuper du cœur qu'elle lui tendait toujours.
- Et ces dagues ? Pourquoi sont-elles là ?
- Il est temps qu'ils payent pour ce qu'ils nous ont fait. Neal, Gold et Snow White ... Mais ce sont des choses que nous devons faire ensemble.
- Tu sais pourtant ce qu'il s'est passé la dernière fois que j'ai été en contact avec les deux dagues. Pourquoi les ramener ?
Et c'était ça, comprit-elle. La méfiance qu'elle n'avait jusque là pas expliquée était finalement tout à fait justifiée.
- Regina ... Je ... Nous n'étions pas ensemble la dernière fois.
- Je n'étais pas non plus avec toi quand tu t'en es emparée et tu n'avais même pas ton cœur Emma ... Qu'est-ce que je suis censée en conclure ?
- Que ... Que tu es plus sensible à la magie noire que moi ? répondit-elle honnêtement en espérant ne pas blesser la brune.
La suggestion lui valut un pincement de lèvres agacé mais Emma n'en démordit pas. Elle resta de longues secondes encore à genoux devant elle et sa femme avait beau le nier, c'était bien la position d'un soldat face à sa Reine. Aussi fut-elle obligée de retenir un soupir de soulagement lorsque l'autre finit par sortir de son immobilité pour se rapprocher d'elle et passer une main sous son menton.
- Eloigne-les de ma vue pour l'instant Emma. C'est toi que je veux.
Comment ne pas obéir ? Des volutes de fumée noire avait déjà fait disparaître les armes l'instant d'après, ne lui laissant qu'un coeur palpitant à tendre à son âme soeur.
- Il est à toi.
La brune ne fit pas mine de la contredire et dans sa paume, l'organe eut une dernier soubresaut avant qu'une main aux ongles laqués de rouge ne s'en empare.
- Tout, est à moi, ici, murmura-t-elle même.
L'affirmation avait été prononcée les yeux rivés sur ce qui battait à présent la chamade dans le creux de sa main et Emma attendit religieusement que les perles d'ébène la retrouvent l'instant d'après.
- Sauf moi, fut-elle surprise de l'entendre reprendre. Tu sais à qui j'appartiens ?
- Moi, comprit-elle avec orgueil.
Et peut-être avait-ce été qu'une tactique de diversion mais le tour fonctionna. Emma ne s'était pas attendue à la force qui plongea en elle pour y déposer ce qu'elle avait ôté quelques jours plus tôt. Le hoquet de surprise mourut sur les lèvres qui s'emparèrent des siennes et toute l'horreur qu'elle s'était apprêtée à éprouver fut anéantie par le baiser auquel elle eut le droit. Amour, désir, soulagement. Tout cela l'avait envahie sans laisser la moindre place pour la peur et la souffrance auxquelles elle s'était attendue.
- Toi, confirma la Reine contre elle.
Ah, et un peu d'orgueil encore.
Wesh. Bien ou bien ? Vous la sentez arriver la fin de cette épopée ?!
Je suis pas encore totalement fixée sur ce qui doit arriver à nos deux Ténébreux du coup ... Si vous avez des idées, je suis preneuse. Idem pour le sort de Snow ... Voulez-vous que nos héroïnes fassent preuve d'un tant soit peu de compassion ou ... pas du tout ? ^^
Je vous écoute, à vos commentaires my dears !
