Chapitre IX
Ou comment briller facilement (ou non) en soirée
Les jumeaux sont déjà aux platines, à passer "Twist and Shout" des Beatles. Ce qu'ils m'apprennent.
-Wahou, grande soeur, comme tu es belle!
Ben j'espère, quand même, vu le temps que j'ai mis à enfiler cette robe.
-Tu vas en séduire, des garçons.
Mais tant mieux, je ne demande que ça.
-Je ne sais pas quand le Professeur Morlaix va arriver, mais il va bien s'amuser. Il a dit à Rogue qu'il s'occupait de vérifier que la fête reste dans la limite du convenable.
-Mmmh, tant mieux. Bon, je veux pas t'embêter, il faut que tu t'occupe de tes autres invités. Je vais voir les garçons.
-D'accord, dis leur que je suis très contente de ce qu'ils passent.
Je me dirige donc vers la table de réglages, séparée du reste de la salle par des vitres en Plexiglas.
-Hello!
-Coucou, ma belle... Choisis un CD, m'accueille Tybalt
Ca lui prend quelques fois. Il me donne des surnoms qui ne sortent d'on ne sait où, sans qu'on sache pourquoi.
-Je sais pas, je connais rien.
-On s'en fout, il y a que des trucs bien. Prends celui que tu trouves le plus beau.
-Bon... alors celui là, dis-je en brandissant un boîtier carré avec trois pin-up dessinées dessus.
-Les Fratellis... Très bon choix.
-La meilleure, pour danser, je crois que c'est Henrietta, conseille son frère.
-Ouais, vas y. Oh non, attends, on va lancer un slow, mets Ole Black and Blue Eyes.
-Pas bête. J'y vais. Change la lumière.
Tybalt agite sa baguette et l'éclairage dancefloor se transforme en une lumière bleue claire tamisée.
-Franchement, Cassie, je crois qu'on est mieux ici que sur la piste. C'est beaucoup plus drôle de tout voir de derrière une vitre, non?
-Disons que ça permet de prendre du recul. Oh, attends, voilà mon client.
-Dis comme ça, ça fait un peu péripatéticienne.
-Intéressé? lui lancè-je avec une oeillade alanguie.
-Nan, ça va. Dépêche toi, avant que quelqu'un te le pique.
-Aucun risque. J'y vais, occupez vous de vos groupies.
Je me dirige donc à grand pas (ou du moins aussi grands que mes chaussures à talons m'y autorisent) vers mon cher professeur.
-Oh, bonjour, jeune fille. Vous êtes là aussi.
-Mmm. Sue me considère comme sa soeur.
-Drôle de famille.
-Comment est-ce que je dois le prendre?
-A vous de voir. Vous voulez boire quelque chose?
-Une Bierraubeurre. S'il vous plaît.
-Bien. Et un Firewiskhy pour moi, dit-il en s'adressant au barman.
Sue a les moyens d'embaucher un barman? Finalement, je vais peut-être me laisser adopter par ses parents.
-Vous ne devriez pas boire, à votre âge.
-C'est vous qui me l'avez proposé.
-Vous avez de la chance que je ne sois pas là en tant que professeur, Mademoiselle l'insolente, dit-il en vidant son verre d'une traite.
-Vous savez professeur...
-Je viens de vous dire que je n'étais pas professeur, ce soir.
-Comment est-ce que vous voulez que je vous appelle, alors?
-Par mon prénom. Vous appelez tout le monde par son prénom, ici, non? Alors ce soir, je suis Térence.
Pourquoi est-ce qu'à chaque fois que parle avec lui, ça tourne toujours comme ça?
-Bon, alors vous savez, Térence, je pense qu'on devrait enterrer la hache de guerre. Qu'on devrait recommence tout du début.
-D'accord. Alors ce soir, on se tutoie, vous m'appelez Térence, je vous appelle Cassandra.
-Cassie.
J'ai beau ne pas le compter parmi mes intimes, je refuse que qui que ce soit d'autre que ma grand-mère, à qui je dois respect et obéissance, ne m'appelle par ce prénom ignoble.
Julie est comme prévu en train de discuter avec Alexia, Lena n'est toujours pas arrivée, Itulbo prépare une liste de chansons à passer absolument, et Tybalt drague comme un forcené.
-Cassie, tu danse?
-D'accord, réponds-je, un peu déstabilisée par le tutoiement, en posant ma chope sur le comptoir. Vous vérifiez qu'on ne la drogue pas, barman?
Mon humour, pourtant hilarant, n'a pas l'air d'avoir le moindre effet sur cette armoire à glace.
Morlaix, pardon, Térence, me tire, jusqu'à la piste de danse où un bon nombre de couples s'entassent déjà.
Bon, ok, je dois reconnaître, il danse bien. Et c'est très agréable de danser avec quelqu'un qui danse bien. Par contre, je sens mon bustier qui glisse de plus en plus, et je vois les jumeaux morts de rire dans leur aquarium. Je vais les étriper.
-Bon, j'ai soif, on retourne au bar?
-Bien sûr. Je t'offre une nouvelle Bierraubeurre. Tant que ce n'est pas de l'alcool fort.
-Vous... Tu peux parler. Et de toutes façons, c'est pas toi qui paie.
Mmmmh, je suis décidément le prototype même de la jeune fille frêle, charmante et délicate que tout adulte sensé rêve de connaître.
-Moui, mais moi, je suis majeur. C'est donc grâce à moi que tu peux boire.
-Tu es sûr? Regarde le nombre de gamines qui se promènent chope à la main.
-D'accord, je suis vaincu. Attends, deux Firewiskhies, je dois prendre mon Anti-Ivresse.
C'est quoi la formule, déjà? Et comment je peux lui jeter de face sans qu'il s'en rende compte? Bon, plan B.
-Oh, désolée, je me suis tordu la cheville, avec ces talons de trois mètres de haut. C'est cassé?
La fiole a explosé par terre. Trois elfes de maison se fraient déjà un chemin à travers les danseurs pour venir réparer les dégâts. Mission Accomplie.
-Ca m'ennuie, j'ai tendance à boire un peu trop, en général. Mais avec ça, je crains rien, d'habitude.
-Bon, alors attends, pour me faire pardonner, je vérifie que tu ne bois pas trop, d'accord?
-D'accord, je te fais confiance.
C'est ça, mon grand, bonne idée.
-Compte sur moi. Je peux t'abandonner deux minutes, le temps d'apporter à boire aux jumeaux? Ils s'occupent de la sono depuis tout à l'heure.
-Vas-y, je t'attends.
Je traverse la salle une nouvelle fois, deux énormes chopes mousseuses à la main. Les deux garçons sont déjà entourés d'un certain nombres de récipients ayant dus contenir des alcools divers et d'un nombre au moins égal de filles.
-Eh ben alors, ma Cassichounette, tu t'amuses bien! C'est le grand amour, dis moi.
-M'en parle pas, il a décidé qu'on devait se tutoyer et s'appeler par nos prénoms. Par contre, j'ai réussis à mettre son machin hors d'usage. Vous êtes bientôt prêts?
-Relativement. Merci pour les munitions.
-Bon. Etant donné qu'il est en train de me faire des grands signes en beuglant mon nom, je crois que je vais y aller.
-Salut! A propos, j'aime beaucoup ta robe.
-Merci!
-Cassie! Je t'ai commandé une nouvelle Bierraubeurre.
-Oh, merci Prof... euh, Térence.
Décidément, ce prénom est laid. je peux presque m'estimer heureuse avec Cassandra.
-Reprenez aussi un Firewiskhy, je vous promet que je vous préviens quand vous avez trop bu.
-Puisque c'est si gentiment proposé. Et tutoies moi,
Et ainsi pendant une bonne partie de la soirée. Sans compter que Morlaix se fait de plus en plus... proche au fur et à mesure qu'il boit. Jusqu'à ce que Lena arrive et m'annonce que les groupies sont prêtes pour la plupart. Elle vient de leur dire qu'on faisait un action vérité en équipes. Même principe que l'action vérité normal, mais toute l'équipe doit faire ce qu'on lui dit de faire, ou toute l'équipe a un gage. Les jumeaux (équipe n°1) ont déjà commencer à poser des questions à leurs fans (équipe n°2). Il a été clairement stipulé que l'équipe n°2 ne peut pas demander à l'équipe n°1 de sortir avec elle, pour cause évidente de déséquilibre numéraire.
-J'arrive. Tu viens, Térence?
-Toujours pour toi, princesse.
Il commence à devenir sérieusement lourd.
Nous traversons donc encore une fois la salle, moi en talons aiguilles tirant un Morlaix ivre-mort, avec Lena écroulée de rire fermant notre glorieux cortège. Tybalt a l'air assez bourré aussi, dans son genre. Apparement, il n'y a pas que les groupies qui ont profité de la Bierraubeurre de tout à l'heure.
-Ah, professeur, vous tombez bien. Vous êtes la pièce principale de l'action des filles. Elles doivent vous embrasser, annonce Itulbo.
-Hors de question. Je n'embrasse que Cassie.
QUOI? Un gros silence pesant s'installe sur le groupe. Je l'ai peut-être fait boire un peu trop, tout compte fait. Puis Lena explose de rire, ce qui a le don de faire pouffer les groupies.
-Bon, Térence, c'est leur action, sinon elles sont obligées de se balader dans les couloirs en sous-vêtements pendant une journée entière.
-Pas de problème, répond-il, une lueur perverse dans les yeux.
-S'il te plaît, Térence, fait le pour moi.
Merlin sait s'il me coûte de dire un truc pareil.
-Oh. Alors d'accord. J'y vais.
Et de saisir aussitôt la première pour l'embrasser avec fougue. Puis la seconde. Et la suivante. Les photos pleuvent.
-Merci Térence. Mais je pense que tu devrais aller te coucher, maintenant.
-Pas du tout. Je veux passer la soirée à bavarder avec toi. Et puis il n'est que dix heures trente.
-Oui, mais je pense que tu as suffisamment occupé ta soirée, non?
-Mais Cassie...
-Vas te coucher.
-Oui maman.
Attendez, c'est pas drôle, il a l'air de me prendre vraiment pour sa mère.
-Tu viens me lire une histoire?
Ca devient pathétique.
-Euh, écoute, tu vas y arriver tout seul, non? Parce que moi, je dois aider Sue à s'occuper de ses invités.
Pieux mensonge, mais ça marche.
-Bon, ben j'y vais, alors.
Et il m'embrasse -sur la joue, ce n'est pas plus mal qu'il me prenne pour sa mère, finalement- avant de remonter vers sa chambre.
C'est alors que je vois débarquer Casey, qui, du haut de son mètre vingt, me bafouille une invitation à danser. Que j'accepte, magnanime. Ma bonté me perdra. Nous nous retrouvons sur la piste, j'ai l'impression de devoir le porter, trente centimètres de dénivelé entre un danseur et sa cavalière (surtout dans ce sens là) sont vraiment un obstacle à toute passe originale.
-Cassie, au lieu de draguer des gamins, tu veux pas aider Tybalt à tenir sur ses jambes? Julie et Alexia sont parties je ne sais où, et Itulbo est aux prises avec ses groupies, me hurle Lena.
-J'arrive. Et je me passerai de tes allusions douteuses. Désolée, Casey, mais je dois aider celui-là à bouger.
-Ah oui, ton petit ami...
Pas le courage de relever.
-Il faut le monter dans son dortoir, il aligne pas deux mots correctement, le coupe Lena.
-Bon, je m'en occupe, vas aider ton chéri.
Je passe donc un bras de Tybalt sur mon épaule et commence à traîner l'épave qu'il est devenu vers la porte. Il est écrit que je vais passer ma soirée à m'occuper de bourrés, apparement.
-En profite pas, surtout, me murmure une voix haineuse à l'oreille. Ca t'a pas suffit, un mec dans la soirée?
Je me retourne et vois Doyle m'adresser un regard méprisant. Mais je suis trop crevée pour lui répondre, Tybalt est lourd, mine de rien. D'ailleurs, il commence à faire des bruits bizarres.
-Tybalt, si tu veux vomir, attends au moins qu'on arrive aux chiottes de l'étage.
-Dis pas chiottes. C'est moche, comme mot, répond il d'une voix pâteuse.
-Ok, alors on va se diriger vers les toilettes, et là tu pourras vomir tout ce que tu veux.
-D'accord.
-C'était pas une question.
Arrêt au dessus de la cuvette, donc, avant de reprendre notre procession vers les dortoirs Serpentard.
Tybalt est encore suffisamment lucide pour se rappeler le mot de passe et monter les escaliers sans tomber. Il faut dire que je le tiens fermement. Nous arrivons péniblement dans son dortoir. Victoire!
C'est sans compter sur l'estomac de Monsieur, qui me crache dessus un mélange d'alcool et de petits fours.
-Mais c'est pas vrai, t'aurais pas ou attendre d'arriver dans ta salle de bains, non? Ma robe...
-Désolé, c'était pas voulu.
-Attends, je vais pas rentrer dans mon dortoir comme ça!
-Mais calme toi, je vais te prêter un T-shirt et un jean, ça sera suffisant.
-Ma nouvelle robe...
-J'ai dit TA GUEULE, j'ai mal à la tête.
Je me lance donc dans une bouderie tout ce qu'il y a de plus mature. C'est bizarre, il ne me parle jamais comme ça, d'habitude. J'esquisse un sourire douloureux en pensant qu'il m'appelait ma belle au début de la soirée. Je déteste me disputer avec mon meilleur ami.
-Bon, je vais prendre une douche froide, trouve-toi des fringues, me lance-t' il avant de s'enfermer dans la salle de bain.
Je commence à faire le tour de la pièce à la recherche de vêtements propres. C'est super dur. Parce que Tybalt n'est pas un exemple d'ordre et de propreté. Bon, on va se rabattre sur ceux d' Itulbo, je pense que j'ai plus de chances de trouver mon bonheur. Je finis par trouver un T-shirt noir qui m'arrive à mi-cuisses, et un jean auquel je fais un ourlet de dix centimètres pour que mes pieds aient une chance de revoir la lumière du jour.
Maintenant, enlever cette robe qui a mis une heure et l'aide de mes deux amies pour se fermer. Je m'escrime à atteindre la fermeture, quand je la sens glisser toute seule. Je me retourne et me retrouve face à Tybalt, le nez à quelques centimètres de son visage. C'est vrai qu'il est sexy avec les cheveux mouillés.
Mais à quoi est-ce que je suis en train de penser? J'ai super besoin d'un mec, en fait. Contrairement à ce que j'ai dit à Julie il y a quelques jours. Un silence de quelques secondes s'installe.
-Ah, Tybalt... Tu es sorti... merci pour la fermeture, dis-je, un peu gênée. Je... Je vais aller prendre une douche, alors... Si la salle de bain est libre.
Je prends le T-shirt et le pantalon que j'ai empruntés à Itulbo.
-Tu remercieras ton frère.
Je prends une douche -chaude. Sentir l'eau couler sur mon visage après avoir passé une soirée à danser et à boire me fait un bien fou. J'ai l'impression d'avoir mis une nouvelle peau quand j'enfile les fameux vêtements, avant de sortir de la salle de bain.
Tybalt est debout à côté de la porte, appuyé sur le mur, les bras croisés, l'air grave.
-Voilà, merci pour la douche. T'as dessoûlé? lui demande-je -plus parce que je veux avoir quelque chose à dire que parce que je suis inquiète, je dois dire.
-Mmmmh.
-Tant mieux. Bon, bonne nuit, alors, dis, je en lui tournant le dos.
Grave erreur. Il me tire en arrière et m'embrasse. Et, non, je ne vois pas de feux d'artifices ou d'étoiles, je ne sens pas que ses lèvres sont sucrées, je ne me rends pas spécialement compte qu'il embrasse comme un dieu. Je suis juste pleinement consciente que je suis en train d'embrasser mon meilleur ami, et que c'est la dernière des choses à faire. Mais c'est vrai que c'est super agréable. Je crois que je vais déconnecter ma conscience un petit moment.
-On devrait pas, me susurre t'il en reprenant sa respiration.
-C'est toi qui a commencé, réponds-je en passant mes bras autour de sa taille.
-Bon, continue t'il sur le même ton après une infime hésitation, alors on bouge du mur.
Nous nous retrouvons donc sur son lit, allongés sur les draps verts, lui au dessus de moi, assez collé-serré, même si ça ne me déplaît pas. Nous nous embrassons de plus en plus fougueusement. Je finis par sentir ses mains remonter sous mon T-shirt... son T-shirt... celui de son frère... J'en sais rien, si vous croyez que je pense à ce genre de truc en ce moment... après tout, il n'y a pas de raison que je ne m'y mette pas aussi, alors. Donc, je pose les miennes sur son torse, et commence à défaire ses boutons de chemise. Vu le peu d'espace entre nos poitrines, je dois avouer que j'ai du mal. Mais ce détail minime est loin de m'arrêter. Au bout d'un (court) moment, nous nous retrouvons tous les deux torses nus, si l'on exclue mon bustier qui tiens encore à peu près en place. Ses mains me triturent le dos de plus en plus douloureusement. Je dois avouer que les miennes ne sont pas en reste.
-Coucou,Tybalt, il paraît que tu es mala...
Julie et Alexia se tiennent dans l'encadrement de la porte, bouches bées.
