Chapitre X
Ou comment réparer beaucoup de pots cassés
-Je... C'est pas ce que vous croyez, balbutions nous en même temps.
-Bien sûr, lance Alexia. C'est un accident absolument stupide. Mais vous voyez, moi, je ne le suis pas. Au revoir, ajoute t' elle en tournant les talons.
-Attend, Ali, demande Tybalt en la rattrapant par le bras. Il faut qu'on parle.
-Je n'ai pas l'impression que ça serve à grand chose, tu vois. Parce que je pense que même si tu me donne une très bonne raison, j'aurais énormément de mal de à te croire et à passer l'éponge. Alors si en plus tu n'en a pas...
-Je n'en ai pas. A part que j'étais bourré. Mais je ne pense pas que ce soit une raison suffisante. Et franchement, même si je te dis que j'ai eu une impulsion soudaine, je ne me convaincrai même pas moi-même. Parce que Cassie es loin de te valoir du point de vue physique, si je peux me permettre.
Que j'aime te l'entendre dire. Je suis à moitié nue dans un lit, avec ma meilleure amie qui me regarde d'un air déçu et blessé d'un côté, une copine canon et furieuse qui a l'air de vouloir m'incinérer vivante, et toi qui me descend allègrement alors que la faute est pour le moins partagée. Merci, cher meilleur ami, de l'aide que tu m'apporte. Enfin, ex-meilleur ami, je suppose...
-Bon, alors si tout es si clair, de quoi est-ce que tu veux me parler? Parce que j'aurais tendance à penser qu'au contraire, on a plus rien à se dire.
-Justement. Je voulais te le confirmer. Je pense qu'on à plus rien à faire ensemble, et que le mieux pour tous les deux serait qu'on se sépare.
-Donc en gros, tu m'a retenue pour me dire en face quelque chose qui me paraissait évident. Merci de ta touchante attention, mais tu as encore beaucoup à apprendre sur la pratique de deux qualités, apparement totalement abstraites pour toi, que sont le tact et la légèreté. Mais puisqu'on est d'accord, je vais peut-être pouvoir aller me coucher, maintenant. Tu me lâche le bras?
-Pardon, dit-il en libérant le membre en question, avant que que la brune parte sans lui lancer un regard, suivie de Julie, apparement sous le choc, et ne tenant visiblement pas à rester avec nous. Elles ont l'air d'être devenues super copines, en une soirée.
-J'ai merdé, là, annonce Tybalt en s'asseyant dépité à côté de moi, sur le lit froissé.
Je ne sais pas trop quoi lui dire. Je ne suis pas dans une position qui m'autorise la moindre remarque. Je n'ai pas le courage de lui faire remarquer qu'il adopte le langage qu'il essaie d'éradiquer de la surface planétaire. Si j'étais bonne, douce et compatissante, je le consolerai en lui disant que tout est de ma faute et qu'il n'a pas à s'en faire. Mais ce ne ne sont pas mes principales caractéristiques, et je ne suis pas la plus coupable. Alors il est hors de question que je m'écrase lamentablement.
Tybalt se prend la tête entre les mains.
-Comment je fais? Ca va faire le tour de l'école. Et puis Julie ne me parlera plus non plus.
Je dresse l'oreille. Après tout, même si Julie me méprise désormais, ça ne m'empêche pas de glaner des informations pour elle. Je veux bien avouer que je suis motivée par la perspective d'une réconciliation. Mais tout est bon à prendre dans ce genre de cas.
-Ca va te déranger tant que ça, de perdre Julie? demande-je d'un air innocent.
-Elle est super sympa, cette fille. On s'est bien amusés, tout à l'heure, à Pré-au-Lard. Elle avait l'air plus naturelle que d'habitude. En fait, je crois que c'est la première fois que je la vois se lâcher un peu.
-Effectivement, tu ne la connais pas bien. Elle n'est pas très rancunière, en général, mais elle a du être un peu choquée...
-Je suis lamentable.
-On devrait parler aussi, tous les deux. Je ne sais pas ce qui nous a pris, mais je suis désolée, et on devrait oublier et ne plus jamais recommencer.
-Pas d'accord. On devrait parler, mais pas oublier. C'est ma faute, mais je ne regrette pas. Ca m'a permis de plaquer cette chieuse perfectionniste. Bien que magnifique, je dois l'avouer.
J'ai l'impression d'être un objet, dans cette histoire. Et étant donné que je culpabilise à mort vis à vis de ma Juju, je refuse de m'être fait utiliser et de laisser monsieur Tybalt avoir la conscience tranquille sur ce plan.
-Donc en fait, tu m'embrasse, comme ça, juste parce que tu n'as pas le courage d'aller annoncer directement à ta copine que tu la laisse tomber. Je crois que tu as encore pas mal à apprendre sur la psychologie féminine, parce que en un quart d'heure, tu as réussi à blesser les trois filles que tu as vu. Bravo, dis-je avec un sourire amer.
-Ceci dit, tu n'avais pas l'air contre... Tu avais même tendance à en redemander, si je me souviens bien, dit-il, amusé.
Comble du manque de délicatesse que j'ai jamais pu entendre. J'ouvre la bouche, outrée, pour lui envoyer la vérité à la figure. Il me coupe avant que j'ai pu dire quoi que ce soit.
-Désolé, te vexe pas. C'était bête, évidemment que non, je ne t'utilise pas pour rendre les autres jalouses.
-Bon, alors s'il te plaît, explique moi pourquoi tu m'a embrassé. Parce que je ne sais plus quoi penser, je te considère comme mon meilleur ami, mais du coup, je me pose des questions, je ne comprend pas pourquoi j'ai réagi comme ça...
J'arrive à être aussi mélo, moi? Décidément, j'ai des dons cachés de comédienne.
-Désolé. En fait, je me demandais depuis quelques temps si je n'étais pas amoureux de toi. Et avec le fait que tu ai passé toute la soirée avec Morlaix et que vous aviez l'air de vous amuser comme des petits fous... J'ai eu l'impression que tu me laissais tomber, et j'ai pas aimé. Alors je crois qu'avec plusieurs verres de trop et le sexy du sortir de douche... Je suis désolé, je suis beaucoup trop possessif. Mais je pense que c'est mieux quand on est amis, non? Donc je propose qu'on reste comme avant.
-Et puis on va vivre dans les bois avec tous nos gentils petits amis les oiseaux et se nourrir de baies sauvages et de l'eau du ruisseau. C'est un peu trop idyllique, non? Perso, j'ai plutôt tendance à croire que ça va nous coller à la peau un petit moment. Mais effectivement, on peut essayer de faire comme si rien ne s'était passé. Depuis que tu as arrêté de me faire chier, ne m'interromps pas s'il te plaît, je trouve qu'on s'était pas mal rapprochés, tu étais mon meilleur pote, plus qu' Itulbo que j'aime beaucoup aussi mais qui est un peu trop introverti à mon goût, et je pense sincèrement que ce serait génial si on pouvait rester aussi liés. Mais ça va être dur. On va faire des efforts, mais ça ne sera jamais comme si rien ne s'était passé. Alors oui, tu as merdé, tu n'as pas hésité à m'embrasser sans me demander mon avis pour savoir avec certitude ce que tu éprouvait pour moi, et oui, j'ai merdé en continuant à t'embrasser, parce que ça fait six mois que je ne suis sortie avec personne et que ça me manque. Alors maintenant, on va essayer de sortir de cette merde, tous les deux, mais je suis sûre que, au moins pour moi, ça ne va pas être facile, étant donné que tu m'as refilé l'incertitude dont tu parlais tout à l'heure.
Je me suis mise à pleurer sans trop de raison vers la fin de ma tirade. Tybalt me passe le bras autour de l'épaule.
-Je suis désolé. Vraiment.
-Tu te rends compte du cucul qu'on raconte depuis tout à l'heure? demandes-je en souriant pour effacer mes larmes.
-Ouais. Je savais pas qu'on était capables de ce genre de phrases clichés. Mais ça fait du bien de les sortir, quand on les pense. C'est moins fatiguant que de les inventer soi même.
J'éclate de rire. Cette phrase représente exactement Tybalt. C'est moins fatiguant que. C'est moins fatiguant que de les inventer, c'est moins fatiguant que de faire ses devoirs soi même, c'est moins fatiguant que de ranger ses affaires, c'est moins fatiguant que d'attendre de pouvoir discerner tout seul ses sentiments. Mais je dois avouer que ça fait partie de son charme. Ca va peut-être moins dur que prévu, sachant qu'en fait et quoique j ne l'avouerai jamais, j'en ai rajouté une couche sous le coup de la colère.
Je suis donc écroulée de rire, en soutif dans les bras d'un Tybalt torse nu qui fait tout pour se faire pardonner quand nous voyons entrer Itulbo, portant Lena battant des jambes pour descendre et riant aux éclats.
Tous deux s'arrêtent en même temps en nous voyant.
-Attends, Tub, je crois qu'on dérange.
Le surnom fait redoubler mon hilarité.
-Pas du tout, dis-je entre deux éclats de rire. J'allais me coucher.
Je ramasse donc le T-shirt d' Itulbo , et m'enfuie en l'enfilant. Tybalt me rattrape et m'annonce qu'il a décidé de me raccompagner.
-Ben tiens, tu es devenu galant? Tu as peur que je me fasse agresser par un fantôme dans les couloirs?
-Pas du tout. C'est juste qu'apparemment, Itulbo et Lena ont besoin de la chambre.
-Ah...
Je laisse passer un moment.
-J'ai pas envie d'aller me coucher.
-Tss tss... Voyons, il faut dormir beaucoup, à ton âge.
-Trop drôle. En fait, j'ai surtout pas envie de rentrer dans mon dortoir. J'ai aucune envie de voir Doyle et Connely, et Julie ne voudra sans doute pas me parler.
-Tu préfère qu'on bavarde un peu? Je ne peux pas non plus rentrer dans ma chambre.
Nous nous afalons donc sur le canapé de la salle commune des Serpentards. A cette heure ci, il n'y a personne. Ce n'est si étonnant, à une heure dix du matin un samedi... deux heures après le couvre-feu.
-Tybalt, je me posais une question, vous êtes que tous les deux, dans votre dortoir?
-Officiellement, non. On a trois autres types avec nous. Mais on va dire qu'ils préfèrent dormir sur les descentes de lits de leurs amis... Sans doute pour ne pas les quitter...
-Quoi? Désolée, mais trop tôt le matin, je ne comprends pas l'ironie. Alors explique toi clairement.
-Eh bien, avoir les rejetons du nouveau Voldemort dans sa chambre, je suppose que ça ne les rassure pas. On ne sait jamais, on pourrait les Avada Kedavrariser un jour de trop grande colère...
-C'est débile!
-Eh oui, ma belle, mais c'est assez pratique aussi.
-Pff... Profiteur.
-Que veux tu, on ne se refait pas. A propos, il faut vraiment qu'on avance sur cette histoire de molduisation.
-Oui. Et c'est pas le fait que Julie soit fâchée à mort qui va nous aider.
-Elle est pas fâchée à mort, juste un peu sous le choc suite à la vue de mon beau corps musclé.
S'il savait...
-La ramène pas, tu fais rien pour, à part t'enfiler des Pâtacitrouilles toute la journée.
-C'est déjà ça. D'ailleurs, je fais dix abdos tous les soirs.
-Ah, pas aujourd'hui, à priori. Tu vas te rattraper immédiatement. Par terre.
-Quoi? Mais il est beaucoup trop tard!
-Que nenni. Il n'y a pas d'heure pour fortifier son corps.
-Bon. Tu vas voir ce que tu vas voir. Ouvre grand les yeux et admire.
Il s'allonge derechef sur le dos et commence à faire des aller-venues entre le sol et sa perpendiculaire.
-Un, compte-je pour lui. Deux... Trois... Du nerf, que diantre!
-J'aimerai, quatre... bien t'y, cinq... voir, six..., continue t'il.
Il commence à être sérieusement rouge.
-Ben je croyais que ce serait un jeu d'enfant, pour toi.
-C'en est, huit... un... neuf...
-Dix. C'est pas fameux, pour quelqu'un qui s'entraîne tous les jours.
-Bon, à toi, maintenant, lance t'il en s'effondrant sur le canapé, hors d'haleine.
-Hors de question. Je ne me vante pas de pouvoir le faire, et je peux même t'affirmer avec certitude que je ne peux pas.
-Il y a un début à tout.
-Arrête de dire n'importe quoi et va rallumer le feu, il fait froid.
-Incandesca, lâche t'il avec un vague mouvement de la baguette dans la direction de la cheminée.
Un feu immense jaillit de ce qui était des cendres il y a quelques secondes.
-Tu m'énerve. Pourquoi j'y arrive pas?
-Parce que tu es à Pouffsoufle?
-C'est bas.
-Je sais, lance t'il avec un sourire en coin. Tu boude?
-Nan.
-Menteuse.
-Je veux dormir.
-Menteuse.
-Nan, c'est vrai.
-On raconte n'importe quoi.
-Toi plus que moi. C'est toi qui as le plus bu.
-C'est pas une excuse. Et d'abord, tu t'es bien abreuvée en Bierraubeurre aussi.
-C'était pour faire boire Térence.
Tybalt perd immédiatement sa moue moqueuse.
-Tu l'appelle Térence?
-Ben oui. Il me l'a demandé.
-Et c'est une raison suffisante?
-Euh... Mais j'en sais rien, je suis fatiguée...
-Répond.
-Nan, c'est juste que j'ai pris l'habitude de l'appeler comme ça, mais à partir de demain, je le rappelle professeur.
-Ah.
-Tybalt. Tu me crois? demandes-je en le regardant dans les yeux.
-Oui oui.
-Bon, conclues-je d'un air insouciant. Je peux te dormir dessus?
Mine de rien, ça nous a rapproché, cette histoire. Je n'aurait pas osé, hier.
-Bien sûr. Vas-y.
-Merci.
Je ferme les yeux et pose la tête sur ses genoux.
-Tu te rends compte du nombre de filles qui voudraient être à ta place?
-Tu prend la grosse tête, mon chou. Et je ne pense pas que ce soit le fait de pouvoir ronfler sur tes cuisses en bavant sur ton jean qui les attire, chez toi, dis-je, les yeux toujours fermés.
-Tu ne vas pas baver sur mon jean? demande t'il, alarmé.
-C'était une métaphore. Je ne vais pas ronfler non plus, normalement.
-Ah, ouf.
Le pire, c'est qu'il vraiment soulagé, le goujat.
-Dis donc toi, merci de l'estime dans laquelle tu me tiens!
-Je rigole, troukchounette.
-Tu recommence avec ce surnom débile?
-Mais tu es la seule à qui je le donne. Je l'ai inventé pour toi.
-Trop d'honneur.
-Attends, la moitié des filles de cette école tueraient pour que je leur trouve un surnom personnalisé.
-Tu deviens limite chiant, là, avec ton ego démesuré. Tu vois, j'ai tué personne, et je dors sur tes genoux, alors si c'est pour me raconter en long en large et en travers qu'il est impossible de trouver mieux que toi dans ce monde créé pour toi, je rentre dans mon dortoir en priant pour que tout le monde dorme, réplique-je hargneusement.
Il sourit sans répondre.
-Je peux dormir tranquillement, maintenant?
-Bien sûr.
-Votre Grandeur est trop bonne.
Je ferme donc les yeux une nouvelle fois, en espérant que celle ci est définitive.
Tybalt se détend peu à peu. Apparemment, il ne va pas tarder à s'endormir, lui aussi.
Dire qu'il y a moins de vingt-quatre heures, je me moquais de Julie et de sa ponctualité...
Qu'il y a moins de douze heures, nous nous préparions ensemble à la fête de ce soir...
Qu'il y a moins de six heures, elle m'adressait des sourires encourageant pour que je ne flanche pas devant la Xième chope de Bierraubeurre de la soirée...
J'esquisse un sourire triste. Décidément, je ne suis pas gaie, ces derniers temps.
-Cassie? Tu dors?
Je ne réponds pas. Le seul moyen de m'éviter une reprise du "je suis formidable" de tout à l'heure est de lui faire croire que j'ai sombré dans les bras de Morphée.
