Une très bonne année à tous ! J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes, que vous vous êtes bien reposés... et que vous ne m'en voulez pas trop pour cette longue coupure. Du reste, je vous avais prévenus (c'était la moindre des choses)… Et pour tout dire, j'avais la tête complètement ailleurs (et légèrement givrée, dans les montagnes de Savoie), bien loin du monde de Harry Potter!

J'avoue que j'ai eu un mal de chien à m'y remettre. Heureusement, j'ai fini par me ressaisir en perdant de l'altitude (le manque d'oxygène, ça attaque les neurones, c'est bien connu…), et me voici enfin revenue pour la suite de cette histoire.

Avant de vous laisser lire le nouveau chapitre, tout frais, tout neuf, je remercie encore chaleureusement les lecteurs qui ont fait l'effort d'envoyer une review: sachez que je les ai reçues et savourées comme autant de superbes cadeaux de Noël, et c'est bien grâce à vous si je continue à écrire!

Petit rappel (superflu, je sais ! ): les RAR des anonymes se trouvent en fin de chapitre.

Bonne lecture!!

CHAPITRE QUATRE

-L'étrange projet de Harry-

-Bonsoir Harry!

-Professeur Dumbledore!

-Je suis content de te revoir! Comment vas-tu ?

En apercevant Dumbledore dans le portrait de Phineas Nigellus, Harry s'était vivement levé et avait fait quelques pas en direction du tableau. L'ancien directeur de Poudlard le fixait avec une bienveillance attentive, voire inquiète. Harry se devait de lui répondre, et vite.

-Heu...je vais très bien, merci...

A l'arrière-plan de la toile, Harry distinguait Nigellus Black assis dans un fauteuil, des lunettes cerclées d'or posées sur le nez, apparemment plongé dans la lecture d'un vieux grimoire relié de cuir.

-Vraiment? Continua Dumbledore. Tu as bonne mine, en effet, on dirait que tu as pris le soleil...Je suis ravi que Phineas m'ait convié à venir dans son tableau. Tu me manquais!

-Oh...vous ne pouvez pas apparaître ici sans y être invité par Mr Nigellus?

-Eh non, mon garçon ! Il n'y a que lui qui puisse m'introduire chez toi. Et chose curieuse, il m'a semblé que j'étais bel et bien le premier à profiter de son hospitalité...quoiqu'il en soit, ce qu'il m'a dit à ton sujet m'a incité à ...Enfin, je suis heureux de te trouver là, et de constater que tu parais en bonne santé.

-Que vous a-t-il dit à mon sujet?

-Avant d'évoquer cette question, Harry, donne-moi de tes nouvelles. J'en ai eu quelques unes par cette chère Minerva, mais j'aimerais en apprendre plus directement de ta bouche. Tu t'es inscrit à l'Académie de formation des Aurors, c'est bien cela?

-Oui, professeur.

Dumbledore sourit et le regarda par dessus ses lunettes en demie-lune.

- Ils n'ont pas fait d'histoires pour prendre ton inscription, j'espère?

-Non, grâce aux recommandations du professeur Mc Gonagall, nous avons été admis sur dérogation, Ron et moi.

-Magnifique ! Ils vous devaient bien cela, n'est-ce pas ? Et je crois savoir également que Hermione va suivre des études de médicomagie?

-Oui, elle a bénéficié d'une dérogation, elle aussi.

-Encore heureux ! Hum…Dis moi, Harry, n'es-tu pas trop souvent seul dans cette grande maison ? Je n'oublie pas la présence de Kreattur, bien sûr, mais il me semble qu'il n'est pas réellement un compagnon pour toi, quelque soit par ailleurs son dévouement …

-Oh non, professeur! Protesta le jeune homme avec vigueur. Mes amis sont souvent ici avec moi, je passe une partie de mon temps au Terrier, et d'ailleurs, ils vont venir habiter dans cette maison dès la rentrée.

-Voilà qui me fait plaisir et me rassure, Harry. Je pense qu'il n'est pas bon que tu vives seul en ce moment.

-Pourquoi? Vous me croyez incapable de supporter la solitude?

-Il ne s'agit pas de cela ! Je connais ta force de caractère et la richesse de tes ressources intérieures. Mais je crains que tu ne traverses une période difficile. La guerre t'a certainement durement éprouvé, comme elle a éprouvé chacun d'entre nous, et dans ces moments là, on a besoin de pouvoir parler librement à une personne proche.

-Ne vous inquiétez pas pour moi, professeur. Je suis bien entouré.

Le garçon n'osa pas ajouter qu'il tenait jalousement à ses soirées en solitaire, qu'il en avait besoin pour revenir sur tous les évènements passés et les analyser avec plus de recul, sans passion. De la même façon, il se garda bien d'évoquer le journal de Rogue, dans lequel il appréciait de se plonger sans être ni dérangé, ni interrompu.

-Eh bien tant mieux, Harry, tant mieux..., répondit Dumbledore d'un ton légèrement dubitatif. Tu as la chance d'avoir des amis extraordinaires, c'est le plus important. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard, on a les amis qu'on mérite…Bon, dis moi maintenant, j'ai cru comprendre que tu désires entrer en contact avec le professeur Rogue?

Harry rougit.

-Oui, reconnut-il, regardant Dumbledore droit dans les yeux. J'ai sollicité Mr Nigellus pour qu'il l'invite dans ce tableau.

-Puis-je me permettre de te demander pourquoi tu veux parler à ce cher Severus, Harry?

Le garçon se crispa. De quoi se mêlait donc Dumbledore?

-Vous pouvez facilement comprendre pourquoi j'aimerais avoir un entretien avec lui, non? Répondit-il avec un soupçon d'agressivité.

Dumbledore soupira.

-Severus a beaucoup souffert, Harry, tu le sais, n'est-ce pas?

-Bien sûr! Si je désire lui parler, ce n'est pas pour régler des comptes avec lui, mais au contraire, pour lui dire à quel point je l'admire et le respecte.

Le regard de Dumbledore se concentra. Son expression était grave.

-J'ai peur qu'il ne soit pas prêt à entendre cela, Harry. Ses blessures sont à vif, il risque de ne pas comprendre tes intentions et de se montrer dur avec toi.

Le garçon haussa les épaules.

-J'ai l'habitude qu'il soit dur avec moi. Ca ne me fait pas peur. Je lui expliquerai...

-Il faudrait pour cela qu'il soit disposé à t'écouter, mon garçon.

-Vous lui avez parlé?

-Oui. Nous parlons beaucoup, comme tu t'en doutes. Le temps nous paraîtrait bien long si nous n'avions pas ces petites conversations entre amis.

-Et...il vous a dit qu'il ne veut pas me voir?

-Eh bien...tu sais que malgré tous mes efforts pour modifier son point de vue, Severus a toujours eu du mal à te considérer autrement que comme la réplique de ton père...

Harry se contenta de hausser les épaules en émettant un vague grognement.

-Autrement dit, il pense que vos rapports ne peuvent changer de nature, même après ce qui s'est passé et ce que tu connais aujourd'hui de son engagement dans la guerre.

-Mais enfin, c'est ridicule! Justement, je voudrais lui prouver que...

-Tu dois comprendre que Severus est un être désenchanté. Il a passé sa vie à...

-Mais je comprends très bien, et c'est la raison pour laquelle je tiens à lui parler !

-Tu penses que tu vas pouvoir atténuer sa souffrance?

-Oh... je n'ai pas cette prétention. Mais j'aimerais qu'il sache... ce que je pense de lui maintenant. Peut-être qu'il s'en fiche, mais pour moi, c'est très important.

Dumbledore resta un moment silencieux. Il observait attentivement le visage empourpré de Harry qui soutenait courageusement son regard clair.

-Bien...dans ce cas…aimerais-tu que j'essaye de le persuader d'accepter l'invitation de ce bon Phineas?

-Oh oui, professeur...si vous pouviez faire ça pour moi...mais, ne le...

Le garçon s'interrompit, cherchant ses mots.

-Qu'y a-t-il, Harry?

-Non, rien. J'aurais voulu qu'il ne se sente pas "obligé"...

Dumbledore eut un petit rire amusé.

-Ne t'inquiète pas! Il est mort, comme je le suis moi même, et dans cet état, plus personne ne peut exercer de pression sur nous, pas même un autre mort. C'est un net avantage de la condition des morts sur celle des vivants... Bien entendu, je ne te parle pas des désagréments, qui sont nombreux, sois-en bien certain ! Donc, dis-toi bien que si Rogue vient dans ce tableau pour s'entretenir avec toi, c'est que nul ne l'y aura contraint !

Harry se mit à rire à son tour.

-J'avoue que j'ai du mal à comprendre quelle sorte de morts vous êtes, vous autres habitants des portraits magiques...

-Vaste question, à laquelle je ne peux pas répondre, mon cher Harry. En attendant, je te promets de parler en ta faveur à Severus, sans rien pouvoir te garantir, bien entendu!

-Merci professeur!


Poudlard, 31 août.

Veille de rentrée. Mes collègues sont tous là à présent, et mon supplice empire d'heure en heure... Je savais que j'aurais à endurer leurs regards méprisants et haineux, mais j'avais mal évalué l'impact que cela aurait sur moi. Chacun de leurs coups d'œil mauvais, chacun des mots rares qu'ils m'adressent quand ils sont forcés de rompre le silence, me blessent profondément et durablement, entrant en moi comme autant de lames aiguisées dans une chair à vif. Pourtant, je dois parvenir à rester neutre, à ne plus frémir à chacune de ces attaques, sinon je ne tiendrai pas longtemps, et ma mission ne pourra s'accomplir.

De toutes ces rancœurs accumulées, c'est la haine de Minerva qui m'est la plus insupportable. Dieu sait à quel point j'aime et je respecte cette femme...Bien qu'elle m'en ait souvent voulu par le passé, estimant -à juste titre- que je favorisais mes serpentards contre ses chers gryffondors, elle avait pour moi une certaine estime, et me parlait même parfois avec un abandon, une franchise qui m'étaient infiniment précieux, je m'en rends compte à présent...

Aujourd'hui, elle daigne à peine me jeter de temps à autre un regard dégoûté, et je sais pertinemment qu'elle ne dira plus rien d'important ni de sincère devant moi. Chacun de ses coups d'œil soupçonneux ou dégoulinants de mépris est pour moi pire qu'une gifle. Je lui fais horreur, tout simplement. Quoi de plus naturel ?

Elle aimait tendrement Albus ... comment ne détesterait-elle pas celui qui l'a assassiné de sang froid, l'horrible traître surpris et aussitôt dénoncé par son petit Potter, ce garçon qu'elle chérit presque autant qu'elle vénérait Dumbledore ( et on la comprend, elle a toujours eu un goût sûr, cette femme digne et noble, si peu disposée à faire étalage de ses sentiments)…

En revanche, ces deux sombres crétins que sont les Carrow me vouent un respect, une adoration sans limite dont je me passerais volontiers. Détestés comme moi par les autres professeurs, ils pensent qu'en étant dans mes bonnes grâces, ils ont plus de chance d'être bien vus par le Maître ( qui les méprise comme il méprise tout le monde, à part lui-même). J'ai mis le frère, Amycus, au poste maudit, la défense contre les forces du mal, où je sais pertinemment qu'il enseignera la Magie Noire. Quant à sa brute de sœur, elle remplace Charity Burbage pour l'étude des moldus, cruelle ironie du sort ! Par ailleurs, ils tiennent à m'aider pour faire régner la discipline dans l'établissement…Je n'y vois pas d'inconvénient majeur. Après tout, ils ne peuvent être pires qu'Ombrage, et si je veux tenir dignement mon rôle de fidèle Mangemort aux yeux de tous, je ne peux faire constamment obstacle à leurs agissements au sein de l'école, tant que cela ne porte pas atteinte à la réalisation du projet ultime. Les étudiants supporteront bien quelques brimades, ils n'en concevront que plus de haine contre le Mage noir (et contre moi), ce qui ne peut que servir la Cause.

Autre chose importante: Harry Potter est maintenant square Grimmaurd. Je le sais par Phineas Nigellus Black. Ce portrait se révèle extrêmement utile, bien que son occupant soit désagréable et arrogant, comme tous les Black avant et après lui ... Je sais également de la même source que Weasley et Granger se trouvent avec Potter.

Bien-sûr, le secteur de la maison est surveillé jour et nuit par des hommes de Voldemort, mais aucun d'eux ne peut détecter le numéro douze, et encore moins y pénétrer...quant à moi, je me garderai bien de les y introduire! Je me surprends à être tenté d'aller y faire une petite incursion, histoire de voir les trois jeunes fugitifs aux abois, leur révéler mon rôle, leur venir en aide autant que possible…Non, ce genre de numéro généreux n'est pas pour moi, je ne suis ni Lupin, ni aucun de leurs amis dévoués. Je suis le traître, le maudit, le réprouvé. Ma visite les plongerait dans l'effroi, et Harry le Téméraire essayerait une fois de plus de me tuer après m'avoir traité de couard et surtout, de lâche, son insulte préférée…

Demain, donc, la grande salle va se remplir à nouveau d'élèves, et tu ne seras pas parmi eux, Harry... Ni toi, ni tes deux fidèles amis. Je ne pourrai observer à la dérobée ton visage rêveur et troublé, ni croiser fugitivement le regard de tes extraordinaires yeux verts. Ta haine ne s'ajoutera pas à celle de mes collègues, de tes camarades, de la petite Weasley qui, elle, sera là sans doute et ne manquera pas de me provoquer, avec sa franchise et son audace habituelles, traits de caractère qui font sans doute que tu l'as aimée, que tu l'aimes encore...

Demain, au cours du banquet d'accueil, je vais devoir faire un discours. Un discours devant tous ces jeunes visages levés vers moi, haineux ou défiants pour la majorité d'entre eux. Un discours par lequel il me faudra contenter les stupides Carrow, qui feront leur rapport au Maître et noteront sournoisement le moindre faux pas de ma part. Comment vais-je oser parler ainsi devant tous, avec le souvenir des discours d'Albus, pleins d'humour, de désinvolture et de charme ? Il me faudra énoncer des mots creux et pompeux, vanter les mérites de l'Ordre Nouveau...faire preuve d'un enthousiasme apparemment sincère, jouer les salauds une fois de plus, alors que je n'aurai qu'une seule envie: m'effondrer, disparaître, sombrer dans l'anéantissement...

Mon seul réconfort est de penser que tu ne seras pas là, toi, pour entendre toutes les grossières inepties que je vais devoir proférer. Et si la lumière de ton regard va me manquer cruellement, j'aurai moins de scrupules à jouer à la brute stupide tout en sachant que tu n'en es plus la victime directe, et que mon comportement ne viendra pas aggraver la haine que tu me portes...

O Lily...O Harry...quand me sera-t-il donné de revoir vos yeux, de plonger sans retenue dans l'abîme qu'ils ouvrent et révèlent, puits de douceur, de tendresse et de réconfort?


-Quoi?… Qu'est-ce que tu veux faire?

-J'ai l'intention de remonter le temps pour sauver la vie de Rogue.

Il y eut un silence.

-Tu es fou! Explosa soudain Ron.

Hermione l'incendia du regard. Puis elle se tourna vers Harry et dit avec douceur:

-Pourquoi, Harry, pourquoi voudrais-tu faire une chose pareille?

Malgré les efforts qu'elle faisait pour se maîtriser, l'incompréhension se lisait sur son visage. Harry eut le sentiment qu'elle s'adressait à lui avec précaution, comme on parle à un ami dont on vient d'apprendre qu'il est atteint d'une maladie grave. Se contraignant à garder son calme, il tenta une nouvelle fois de trouver les mots appropriés.

-Il me semble vous l'avoir déjà expliqué! En ce moment, je lis son journal intime, et je m'aperçois à quel point il a été incompris, mal-aimé, injustement méprisé...

-Et alors? L'interrompit Ginny avec brusquerie. Tu n'es pas responsable de ce qu'il a fait de sa vie. Il a payé pour ses mauvais choix, quand il est devenu Mangemort, tu le sais aussi bien que nous!

Ils étaient assis tous les quatre dans le salon défraîchi du 12, square Grimmaurd. Des bouteilles de bierraubeurre vides traînaient sur la table basse.

-Il n'a pas eu de chance, répondit patiemment Harry. Il aimait passionnément ma mère, et il se trouve qu'elle est tombée amoureuse de mon père. De plus, il était d'une famille pauvre, son père le détestait, il avait un physique ingrat, et...

-Il n'est pas le seul à avoir vécu une enfance difficile et à ne pas être avantagé par la nature, se récria vigoureusement Ron. Tous ceux qui sont dans son cas n'ont pas pour autant suivi Voldemort !

Harry soupira.

-Beaucoup l'ont suivi avec moins de raisons encore, vous le savez très bien. Etant à serpentard, il était sous influence, et il était très jeune à l'époque où il s'est engagé comme Mangemort. Il l'a amèrement regretté par la suite !

-Je suis d'accord avec toi pour reconnaître qu'il a eu un comportement héroïque à bien des égards, Harry, glissa Hermione avec prudence. Mais quelles que soient les qualités de Rogue, ça ne justifie pas que tu veuilles...heu...remonter le temps pour...

-Eh bien...j'aimerais lui donner une nouvelle chance. Qu'il vive quelques années avec le sentiment que des gens le respectent, l'admirent pour ce qu'il a fait. Qu'il ait droit, de son vivant, à une certaine reconnaissance du monde magique...

"Et surtout, qu'il puisse enfin goûter à quelque chose qui ressemblerait au bonheur"... songea Harry sans oser le dire. Mais Ron semblait avoir deviné ses pensées.

-Et pourquoi ne ferais-tu pas revenir ta mère, tant que tu y es, dit-il ironiquement, pour qu'il puisse enfin vivre une idylle avec elle sans être forcé de rivaliser avec ton père?

-Ron! S'exclama Hermione, scandalisée.

-Est-ce que tu te rends compte, Harry, ajouta à son tour Ginny, que tu parles comme si tu te prenais pour Dieu en personne, qui dispose du pouvoir de vie ou de mort sur ses créatures?

-Et puis j'insiste, renchérit Ron sans tenir compte des mimiques peu discrètes que lui adressait Hermione, pourquoi vouloir sauver Rogue, qui a passé son temps à nous persécuter plus que nécessaire, plutôt que tes parents, Sirius, Fred, Maugrey, et tant d'autres mille fois plus... plus valables que ce bâtard graisseux ...?

Harry avait déjà beaucoup réfléchi à toutes ces questions, et il s'était attendu à ce que ses amis les lui posent. Bien sûr, il savait que ses arguments étaient discutables. Il prit une profonde inspiration et se lança dans des explications hésitantes.

-Si je me sens capable de changer le destin de Rogue, c'est parce que j'étais présent à ses côtés au moment où il est mort. Et que j'aurais très bien pu le sauver, si j'avais eu la bonne potion sur moi à ce moment là. De plus, cette mort s'est produite il n'y a pas longtemps, et n'a pas eu d'incidence sur les évènements qui ont suivi. Pour tous les autres dont tu parles, Ron, ça n'aurait pas été possible. Quand mes parents ont été assassinés par Voldemort, je n'avais qu'un an. De quelle manière aurais-je pu intervenir? Pour sauver Sirius, il faudrait que je remonte le temps de plusieurs années et que je neutralise Bellatrix, mais c'est impossible car cette horrible femme a joué encore un grand rôle par la suite. Pour Fred, c'est cette terrible explosion qui l'a tué, et aucun de nous n'aurait rien pu faire pour l'empêcher, même pas Percy qui se trouvait à ses côtés. Quant à Maugrey, je ne l'ai même pas vu au moment où il a été attaqué et j'aurais été bien incapable d'intervenir en sa faveur de quelque façon que ce soit...

Il y eut à nouveau un silence pesant. Les quatre jeunes gens gardaient les yeux baissés. Harry sentait la gêne de ses amis, leur incompréhension. Peut-être en ce moment même échangeaient-ils des regards alarmés, se demandant mutuellement s'il avait vraiment perdu la raison...

-Et comment comptes-tu t'y prendre? Souffla Hermione, rompant enfin le silence.

-Eh bien...en me procurant un retourneur de temps, et en me rendant dans la cabane hurlante.

-Tu sais que les retourneurs de temps sont rares, et qu'ils sont tous sous contrôle du Ministère?

-Oui, je suis au courant.

-Alors?

-Alors...et bien, je vais essayer d'en trouver un quand même. D'ailleurs, je ne cracherais pas sur votre aide...

Ron lâcha une exclamation étouffée, et Hermione gesticula dans son fauteuil.

-Et en supposant que tu en obtiennes un, dit Ginny, que feras-tu ensuite? Tu ne peux tout de même pas empêcher Nagini d'attaquer Rogue et de le mordre!

-Bien sûr que non! Mon idée est de n'intervenir qu'après, une fois que Voldemort aura quitté la cabane, au moment où Rogue agonise en libérant ses souvenirs.

-Et de quelle manière?

Harry se leva vivement et fit quelques pas dans la pièce, soudain très excité.

-Je ne dois pas être vu par mon double et par vous deux, Ron et Hermione, puisque vous étiez également présents l'un et l'autre. Il faut donc que je sois caché sous ma cape d'invisibilité, et que je jette un sort qui stabilise l'effet du venin dans le sang de Rogue, au moment où il est mordu par le monstre. A propos, je ne sais pas s'il existe un sort de ce type, Hermione...

-En supposant que oui, que fais-tu ensuite? Questionna la jeune fille, apparemment piquée au jeu malgré elle. Il faut que l'illusion de la mort soit parfaite, non?

-Oui...heu...je ne sais pas encore...il faut qu'il meure sans mourir vraiment. Et ensuite, dès que nos doubles auront quitté la cabane hurlante, je veux...

-Tu veux verser sur sa blessure une potion de guérison, c'est ça ?

-Exactement! Sais-tu, Hermione, si on peut fabriquer une telle potion, et si Rogue serait encore récupérable à ce stade ?

La jeune fille plissa le front.

-A vrai dire, je n'en ai pas la moindre idée. Je suppose que des larmes de phénix entreraient forcément dans la composition de cette potion. Ca me paraît extrêmement difficile à réaliser. Il faut en tout cas que je fasse des recherches approfondies...

-Mais est-ce que tu es conscient, Harry, que nous commençons notre formation dans dix jours, coupa Ron, très énervé, et que dès lors, tu n'auras plus une minute à toi pour aller jouer les sauveurs ?

Son ami le regarda calmement. Il se sentait mieux depuis qu'il avait exposé son plan.

-C'est la raison pour laquelle j'aimerais régler cette affaire avant dix jours...

Le rouquin émit une sorte de gémissement désespéré. Ginny soupira bruyamment. Quant à Hermione, elle se massait les tempes d'un air soucieux.

-Je crois que tu te lances dans quelque chose qui te dépasse, qui nous dépasse tous, Harry, murmura-t-elle en levant les yeux vers lui. Mais bon, je veux bien tenter le maximum pour que tu puisses mener à bien ton projet...

Harry lui rendit son regard, puis dans un élan, il s'approcha d'elle et lui saisit les deux mains avec enthousiasme.

-Je savais que je pouvais compter sur toi, Hermione!

-Tu oublies encore quelque chose, Harry! Lança Ginny d'un ton goguenard. Rogue est bel et bien mort! Je suppose que son corps a été retrouvé et enterré. Comment veux tu faire admettre à ceux qui l'ont inhumé qu'il est encore vivant ? A moins que tu ne veuilles garder secrète sa "résurrection miraculeuse" ?

-Figure toi, Ginny, répondit Harry sans se troubler, que son corps n'a pas vraiment été retrouvé, parce qu'il n'en restait quasiment rien. A peine quelques cendres. Le venin de Nagini avait tout consumé. Ses restes ont été recueillis et placés dans une urne qui se trouve au fond du coffre qui se trouve là, devant toi.

Il y eut à nouveau un silence, que Ginny rompit d'une voix incertaine.

-Et comment peux-tu être sûr que Rogue serait heureux que tu le fasses revivre ainsi ?

-Tu as raison, je n'en suis pas sûr, dit doucement Harry après une hésitation. Il faut absolument que je parle à son portrait avant d'entreprendre quoi que ce soit.


-Harry? Ah, quelle chance, tu es là!

Assis dans son lit, vêtu d'un T-shirt blanc et d'un short de pyjama, Harry sursauta et ferma aussi discrètement que possible le cahier noir de Rogue qu'il posa sur la table de nuit.

-Professeur! S'écria-t-il en se levant d'un bond pour s'approcher du tableau. Mr Nigellus vous a permis de revenir me voir ce soir...!

Dumbledore sourit et s'assit tranquillement dans un fauteuil, au premier plan. Nigellus n'était nulle part visible.

-Oui, comme tu peux voir...D'ailleurs, heu...il te demande de l'excuser, il a préféré rester à Poudlard, mais il m'a ouvert sans difficulté l'accès à son portrait.

Ne sachant que répondre, Harry resta silencieux, attendant avidement que Dumbledore veuille bien aborder la question qui lui tenait à cœur. Il n'eut guère à patienter.

-J'ai à nouveau parlé à Severus, Harry, murmura le vieil homme avec une douceur précautionneuse qui n'annonçait rien de bon.

-Ah!...hum...et alors?

-Eh bien...pour l'instant, il ne semble pas avoir l'intention de profiter de l'hospitalité de ce cher Phineas.

Harry fronça les sourcils.

-Comprends-moi bien, Harry: Severus est persuadé que tu n'as jamais éprouvé pour lui autre chose que de la haine et du mépris. Aussi redoute-t-il d'avoir une confrontation avec toi.

-Mais sait-il que...

-Oui, ne crains rien, je lui ai dit que ton regard sur lui a radicalement changé, et que tu lui voues maintenant une admiration sans borne.

Le garçon se sentit légèrement embarrassé.

-Et...pourquoi alors ne veut-il pas venir me parler? Demanda-t-il avec gêne.

-Je l'ignore... je t'avoue que je suis moi-même quelque peu désemparé. Il a paru troublé lorsque je lui ai appris que tu tenais absolument à lui dire de vive voix ta considération et ton respect. Et puis, il s'est raidi et m'a prié de ne plus insister. Ah, Severus est un homme compliqué…

-Dans ce cas, je viendrai lui rendre visite à Poudlard. Vous pouvez le lui dire de ma part.

Dumbledore sourit.

-Excellent! Tout le monde là-bas sera content de te voir, à commencer par Minerva !

-Tout le monde, sauf le principal intéressé…

-Severus ne peut qu'être touché par ta démarche.

Prêt à ajouter quelque chose, Dumbledore sembla changer d'avis et se tut.

-J'aurais une question à vous poser! Risqua Harry avec circonspection.

-Je t'écoute.

-Savez vous s'il est possible de se procurer un retourneur de temps?

L'ancien directeur haussa les sourcils et jeta au jeune homme un regard à la fois surpris et méfiant.

-Un retourneur de temps? Mais...à quel usage destines-tu un tel objet, Harry?

Le garçon baissa les yeux.

-Je ne peux vous le dire pour l'instant.

-Tu sais, n'est-ce pas, que ces objets magiques sont très rares et qu'ils sont tous sous contrôle ministériel?

-Oui, je suis au courant.

-Dans ce cas, tu n'en obtiendras un que si tu révèles officiellement l'usage auquel tu le destines, et que tu reçois l'agrément du Ministère.

Harry releva la tête et plongea un regard de défi dans les yeux très clairs de son mentor.

-Et...savez vous s'il y a moyen de s'en procurer un d'une manière moins... officielle?

-Tu veux dire, de façon clandestine? dit Dumbledore avec un petit rire faussement choqué. Tout cela est bien mystérieux, Harry. Je ne sais pas si je te rendrais service en répondant à ta question...

-C'est donc que c'est bien possible, n'est-ce pas? Triompha le jeune homme.

-Je n'ai pas dit cela. Bien que j'aie entièrement confiance en toi, Harry, tu comprends bien que je ne peux t'en dire plus à ce sujet sans rien connaître de tes intentions.

Harry resta coi. Les yeux de Dumbledore brillaient joyeusement derrière ses lunettes.

-D'ailleurs, je suis certain que tes amis et toi saurez vous procurer un retourneur de temps par vos propres moyens, si le jeu en vaut la chandelle. Vous avez déjà fait preuve d'une ingéniosité remarquable par le passé.

Harry fit la grimace.

-Ne pouvez-vous me donner au moins une piste?

-Je t'en donnerai une si tu acceptes de me livrer au moins un indice à propos de tes projets...

-Eh bien..., hésita Harry, cherchant désespérément quelque chose à dire qui satisfasse Dumbledore sans rien révéler, il s'agit de... tester une nouvelle potion de guérison.

-Ahahaha!! Tu es habile, mon garçon... Bien. Je me contenterai de cela pour l'instant, car je ne doute pas que tes intentions soient honorables. Alors voici une piste: allez voir le vieil Adalbert Bodlock de ma part.

-Adalbert Bodlock? Mais...qui est-ce?

-Je t'ai donné une piste, rien de plus. Pour le reste, tu devras te débrouiller sans moi.

Harry soupira, tandis que le sourire de Dumbledore se renforçait.

-Je vais te laisser à présent, il est tard, et tu as besoin de te reposer. Je reviendrai te voir prochainement, si ce bon Phineas m'y autorise. Veux tu que je transmette un message à Severus?

A nouveau, une sorte de fébrilité s'empara de Harry.

-Oh...oui, bien sûr! S'exclama-t-il, réfléchissant rapidement. Dites lui que... heu... que de toutes les absurdités que j'ai pu dire ou faire depuis ma naissance, celle que je regrette le plus est d'avoir osé plusieurs fois le traiter de lâche !

Le visage de Dumbledore était grave.

-Je lui répèterai mot pour mot ce que tu viens de me dire, Harry, tu peux compter sur moi. A bientôt!

Le vieil homme disparut, laissant la toile vide et grise. Trop excité pour se coucher aussitôt, Harry fit quelques pas dans sa chambre, repassant en pensée son entretien avec Dumbledore. Qui était donc ce fameux Adalbert Bodlock ? Un sorcier du Ministère? Un vieux farfelu, ancien ami de Dumbledore, collectionneur d'objets magiques interdits ou détournés de leur fonction primitive? Pour le découvrir, Harry allait avoir grand besoin de l'aide de ses amis, et il espérait qu'ils la lui donneraient sans trop de réticence...


Voilà, c'est tout pour aujourd'hui…j'espère que vous avez lu jusqu'au bout sans vous écrouler d'ennui, le menton sur le clavier ! La semaine prochaine, si tout va bien, Harry devrait enfin parler à Rogue, mais… je n'en dis pas plus, histoire de faire monter le suspens, mouahahaha !!! Et surtout, si vous voulez la suite, n'oubliez pas de reviewer!!

DiagonAlleyMerci beaucoup pour tes compliments! Nigellus est un vrai serpentard en effet, retors et odieux à souhait ! Quant à Ginny, elle aimerait savoir ce qui se cache dans le journal de Rogue, mais Harry n'est pas décidé à le lui donner à lire pour l'instant. Et si Dumby s'en mêle…ça promet !! Une très bonne année à toi !

Morganne-bzhBonjour! Merci pour ta review ! Oui, Nigellus n'est pas très aimable, je reconnais que je ne l'arrange pas dans ma fic. C'est parce que j'adore faire souffrir ce pauvre Harry. Quant à Dumbledore, tu sauras ce qu'il a à dire en lisant ce chapitre. A bientôt !

Mephitis Merci à toi, je suis contente que ça te plaise. Peut-être à bientôt ?

AlexandraJ'espère que tu as passé toi aussi de bonnes vacances…les miennes furent agréables, bien que peu reposantes, mais c'est toujours comme ça, alors je me résigne, à force ! Merci pour tes compliments sur l'écriture, ça m'a fait plaisir !

EriawenJe t'ai répondu par mail, mais tu as dû changer d'adresse car le courriel m'est revenu…En tout cas, je suis contente que tu trouves mes persos conformes à ceux de JKR, je n'aime pas qu'on les dénature dans les fics. Mais j'ai tendance à voir un peu trop Harry comme un être vulnérable, alors qu'il s'est montré extrêmement fort dans le tome sept. J'espère que la suite continuera à te plaire ! Bises !

LefandeharryDommage que tu aies échoué à une des épreuves, mais ça n'a pas l'air trop grave, heureusement. Je te souhaite une très belle année 2008…et dis-moi, où en es-tu de ta fic « La dernière bataille » ? Vas-tu l'abandonner ? Ou as-tu d'autres idées ?

Une lectrice anonymeMerci pour ta review (je me permets de te tutoyer…) Ainsi, tu as lu « Maîtres Chanteurs », mais contre ton gré ? Je ne sais pas si je dois m'en réjouir ou en être blessée !! En tout cas, tu sembles préférer cette nouvelle histoire. C'est vrai que le personnage de Rogue est fascinant, JKR en a fait quelqu'un de complexe et de torturé qui dépasse en profondeur les autres protagonistes de ses romans. Mais je ne sais pas si je serai à la hauteur pour la suite !! A bientôt peut-être, j'espère !

Une ptite review ?