Bonjour à tous ! Voici le nouveau chapitre, en temps et en heure !! J'avoue que j'avance un peu à l'aveuglette pour cette fic, contrairement aux précédentes. J'espère pouvoir continuer à publier chaque jeudi. Pour cela, j'ai besoin de vos commentaires et de votre soutien, comme toujours ! Merci donc pour vos reviews qui m'encouragent, me stimulent, et m'aident à trouver de l'inspiration…
Place à la suite…
CHAPITRE CINQ
Première confrontation
-Harry ! J'ai vu les Lovegood ! Ils connaissent le fameux Bodlock !
Ginny venait de lui ouvrir la porte du Terrier et lui annonçait la grande nouvelle tandis qu'il la serrait dans ses bras.
Trois jours s'étaient écoulés depuis que le garçon avait exposé son idée à ses amis, et malgré leur manque d'enthousiasme pour son plan de sauvetage, ils s'étaient lancés de bonne grâce dans les recherches que nécessitait la mise en œuvre du projet.
Bien entendu, Hermione s'occupait des sortilèges et potions, deux domaines qui la passionnaient. Elle avait emprunté une montagne de livres à la Grande Bibliothèque Sorcière du Chemin de Traverse. Depuis lors, elle était plongée du matin au soir dans leur lecture, prenant fébrilement des notes, installée dans le salon du square Grimmaurd aménagé pour l'occasion en confortable bureau.
De leur côté, Harry, Ron et Ginny avaient interrogé le plus discrètement possible un nombre non négligeable de membres de leur entourage au sujet du mystérieux Adalbert Bodlock. Les parents Weasley ne le connaissaient pas, George n'avait jamais entendu parler de lui, pas plus que Lee Jordan, Percy, Bill ou Fleur, ni aucun de ceux à qui ils s'étaient adressés jusque là.
« Si c'est un vieil ami de Dumbledore, on devrait plutôt interroger tante Muriel, ou Elphias Doge… », avait suggéré Ron. « Pourquoi pas Xenophilius Lovegood, tant qu'on y est ? », avait renchéri Harry avec une grimace, tout en déplorant qu'il n'existât pas d'annuaire d'enregistrement des sorciers, l'équivalent du bottin téléphonique moldu.
-En fait, il doit exister quelque chose de ce genre, avait-il ajouté après un moment de réflexion, mais ça doit être sous clef au Ministère, comme les fiches signalétiques d'Ombrage, de sinistre mémoire... J'espère qu'elles ont été détruites !
-Ouais…si un inventaire des sorciers sert à les identifier par la « pureté » de leur sang…il vaut mieux qu'il n'y en ait pas !
Ginny était intervenue à son tour, les yeux brillants.
-Attendez, vous deux ! La plupart des sorciers passent par Poudlard, et tous les élèves y sont enregistrés…
-Oui, mais les registres sont conservés là-bas…Tu te vois y retourner pour mener l'enquête ?
-Pourquoi pas ? S'était interposé Harry. Je pensais y aller, de toute façon !
Et il s'était promis de le faire très prochainement, non seulement pour trouver une trace du mystérieux Bodlock, mais aussi, pour affronter le portrait de Rogue, dont il n'avait pas eu de nouvelle depuis la deuxième visite de Dumbledore…La directrice n'était pas encore prévenue de sa venue. Son intention était de la contacter par cheminée, puis de transplaner aussitôt à Pré-au-lard, s'il obtenait son accord.
Ginny s'éloigna de lui et le regarda attentivement.
-Qu'est-ce que tu as ? Tu as l'air bizarre.
Le garçon fit quelques pas dans le séjour avant de se retourner vers elle, les traits tirés. Il enleva ses lunettes pour se frotter les yeux et bailla avant de répondre.
-Moi ? Non…J'ai simplement mal dormi…
-Oh ? Pourquoi ? Encore le journal de Rogue ?
-Peut-être bien…
-Eh…Tu devrais arrêter ! Non seulement tu fais des nuits blanches, mais il te vient des idées complètement saugrenues après l'avoir lu…
Harry eut un petit rire sans joie.
-Maintenant que j'ai commencé, j'irai jusqu'au bout…
-Et tu seras épuisé et déprimé pour la rentrée…c'est ça que tu veux ?
-Quand tu auras lu son journal, tu comprendras pourquoi je ne peux plus m'arrêter…, grommela Harry en se dirigeant vers la table de la cuisine pour se servir un café. Maintenant, dis-moi, pour les Lovegood !
Ginny le rejoignit et se mit à débarrasser la table.
-Luna est venue dîner ici avec son père, hier soir. En rentrant de chez toi, Ron, Hermione et moi, nous les avons trouvés attablés avec les parents. A tout hasard, je leur ai demandé s'ils avaient entendu parler d'un certain Adalbert Bodlock. Et figure toi que le père de Luna l'a très bien connu ! Il était ravi de m'en parler !
Harry avala d'une traite le fond de sa tasse de café. Il se sentait déjà un peu plus vaillant.
-Alors, c'est qui, ce bonhomme ? Dit-il en reposant la tasse.
-Un vieil original, un sorcier très doué qui a été mis au ban de la société il y a bien longtemps après avoir refusé de détruire un objet qu'il avait inventé et qui a été jugé dangereux par le Ministère.
-Et quel était cet objet ?
-C'est là que ça devient intéressant. Il a découvert un système pour remonter le temps…
-Ah ! C'est donc ça ! Dumbledore ne s'est pas moqué de moi! Ce type a mis au point un retourneur ?
-Pas exactement. D'après Xenophilius, il s'agit d'une espèce de montre que tu mets au poignet, et sur laquelle tu affiches la date et l'heure auxquelles tu veux remonter, au moyen d'une espèce de mollette. Bref, un système très précis, très efficace.
-Génial ! Pourquoi a-t-il été forcé de le détruire ?
-Parce que lorsqu'il a voulu le faire breveter, l'engin a mal fonctionné, et l'utilisateur n'est jamais revenu.
-Ah…et c'était dû à quoi ?
-On n'en a jamais rien su, forcément. Le testeur s'est peut-être plu dans les temps anciens et a préféré y rester, ou il a été assassiné par des brigands là où il a atterri… Mais depuis, Bodlock a prouvé à plusieurs reprises que son système fonctionnait. Cependant, le Ministère n'a rien voulu savoir et en a interdit l'usage.
-Et qu'est devenu ce Bodlock ?
-Apparemment, il a pris ses cliques et ses claques, et il s'est exilé dans le monde moldu…
-Aïe…c'est ennuyeux…et Xenophilius sait-il où on peut le trouver ?
-Non. Il ne l'a pas vu depuis des années.
Harry se laissa tomber sur une chaise.
-Il va donc falloir lancer des recherches côté moldu, grogna-t-il en s'étirant. Espérons qu'il n'ait pas changé de nom.
Ginny approcha, et Harry lui ouvrit les bras. Elle vint s'asseoir sur ses genoux.
-C'est toi, le spécialiste des moldus…, murmura-t-elle en se penchant vers lui pour l'embrasser.
Il entoura sa taille fine de ses mains.
-J'en sais plus que toi et Ron, mais je ne suis pas un spécialiste. De toute façon, à quoi bon, si Rogue ne veut même pas venir me parler ?
-Il n'a toujours pas daigné faire une apparition dans le portrait de Phineas Black ?
-Eh non…
Elle sourit d'un air coquin.
-Peut-être qu'il viendrait, si c'était pour me voir, moi…
-Pour te voir? Comment ça ?
-Il a toujours eu un petit faible pour moi…si je me plante devant le portrait en nuisette, peut-être que…
-Eh… ! qu'est-ce que tu racontes ! S'indigna Harry en la serrant plus fort.
Elle rit de bon cœur.
-A quoi bon se donner tout ce mal, en effet, reprit-elle d'un ton léger, si à terme, il refuse de te faire plaisir en acceptant de « ressusciter» ?
-Ne te moque pas de moi, Ginny. Tu sais quoi ? Je crois que je n'ai pas envie de tenir compte de son avis. Par fierté, il dira toujours non. Il y a des gens qu'il faut sauver contre leur gré.
-Tu es complètement fou, mon pauvre Harry…, chuchota-t-elle en plongeant une main dans ses cheveux indisciplinés. Et puis, je vais finir par être jalouse. Tu ne penses plus qu'à Rogue.
-Je suis peut-être fou, dit-il sans relever la fin de sa remarque, mais je m'en voudrais trop de ne pas avoir essayé. Dis-moi, où sont Ron et Hermione ? Et tes parents ? La maison a l'air déserte.
-Les deux amoureux sont partis faire un tour dans les prés. Hermione a besoin de prendre l'air avant de courir chez toi se plonger dans ses chers bouquins. Quant aux parents, ils profitent du congé de papa pour rendre visite à Andromeda, la mère de Tonks. Maman voulait voir le petit Teddy.
-Mon filleul…
-Oui, ton filleul. Nous irons le voir, nous aussi, un de ces jours ?
-Dès que possible.
-Demain, je vais avec papa et maman au Chemin de Traverse, pour les courses de rentrée.
-C'est vrai qu'il va bien falloir s'en occuper…quelle poisse !
-Moi, j'adore ça, au contraire ! Et je veux m'assurer que maman ne m'achètera pas une affreuse robe complètement démodée ! Dis, je compte sur toi pour venir avec nous !
Harry fit la grimace.
-Je pensais aller à Poudlard. Mais bon, je veux bien, après tout… Simplement, j'en profiterai pour faire un saut côté moldu, si tu n'y vois pas d'inconvénient.
-J'aimerais bien t'accompagner…
-Tu crois ? J'ai peur que tu ne puisses pas tout faire, les essayages, les bouquins, les glaces chez Florian Fortarome, plus la visite en pays moldu…
Ginny fronça le nez, réfléchissant.
-Ouais, tu as raison, il vaut mieux que je te laisse y aller tout seul, pour cette fois. Il y aura d'autres occasions, j'espère !
-Un jour, je t'emmènerai visiter le Londres moldu. Tu ne seras pas déçue.
-De toute façon, il faudra bien rencontrer l'extraordinaire inventeur Adalbert Bodlock !
-Tiens, tiens, je croyais que tu nous trouvais cinglés, moi et mes idées …
-Peut-être, mais c'est comme ça que je t'aime. D'ailleurs, je dois être cinglée moi aussi, pour arriver à te supporter…
Il lui attrapa ses longs cheveux roux et les tira légèrement en guise de représailles. Elle rit, et en cet instant, tandis que leurs lèvres se joignaient, Harry se sentait merveilleusement heureux et insouciant, bien loin du personnage complexe et tourmenté qui lui occupait l'esprit depuis plusieurs jours…
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« Poudlard- 2 Septembre.
La rentrée tant redoutée est maintenant derrière moi, j'ai réussi à prononcer ce fameux discours, reprenant toutes les inepties que j'avais déjà servies au journaliste de la Gazette.
Le banquet a eu lieu, pénible mascarade à laquelle mes collègues se sont prêtés de mauvaise grâce, attentivement surveillés par les Carrow qui guettaient le moindre écart de conduite des uns et des autres, élèves comme professeurs. Les amis de Potter étaient présents eux aussi, descendus avec les autres du Poudlard Express quelques heures auparavant: Londubat, Finnigan, Mac Millan, Ginevra Weasley, Lovegood et bien d'autres…(seuls les nés-moldus manquent à l'appel, comme Dean Thomas, qui n'est pourtant pas plus bête qu'un autre…). Ils ont l'air mornes et désorientés en l'absence de leur idole et de ses deux acolytes. Je ne suis pas loin de penser comme eux : sans Dumbledore et sans Potter, Poudlard a perdu une bonne part de son attrait…
Je reconnais volontiers avoir toujours été impopulaire auprès des élèves, sauf peut-être parmi mes serpentards. A vrai dire, je n'ai jamais désiré susciter l'affection de ces enfants, et d'ailleurs, mon rôle d'espion exigeait de moi un comportement froid et distant vis-à-vis d'eux, comportement que j'ai poussé bien souvent jusqu'à la cruauté. A présent, ils me regardent tous avec ce même air de vouloir m'assassiner à la première occasion. Heureusement qu'ils en sont incapables, freinés par leurs principes moraux ou leur couardise ! Et aucun ne peut rivaliser avec Harry, dont les yeux flamboyaient de haine et d'insoumission lorsque nos regards se rencontraient. Lui seul était assez audacieux pour oser lever sa baguette contre moi…
Le bon côté de ma nouvelle situation, c'est que je n'ai plus à assurer un quelconque enseignement, et j'évite autant que possible les élèves. Cependant, il m'arrive d'en croiser quelques uns dans les couloirs, groupes bruyants qui se taisent brusquement à mon approche (j'ai toujours adoré les mettre mal à l'aise). D'autre part, je suis tenu d'être présent aussi souvent que possible aux repas dans la grande salle. Là, je ne peux échapper à leurs innombrables regards de défi. Il y a quelque chose d'effrayant dans l'unanimité de cette colère dirigée contre moi. Je n'en ai pas peur, mais elle me pèse terriblement. Je sens qu'insidieusement, elle m'use et me détruit à petits feux.
Depuis hier, je me suis surpris plusieurs fois à observer la fille Weasley. Elle est jolie, gracieuse et fière, vaguement provocante. Comme je l'ai déjà écrit, je lui trouve à elle aussi quelque chose de Lily, et la ressemblance ne se limite pas à la couleur des cheveux. Curieuse coïncidence, cette enfant a souvent les yeux levés vers moi, l' expression menaçante ou alors simplement pensive. Je suis tenté, en croisant son regard, de la soumettre à la légilimencie. Pense-t-elle à Harry ? Lui manque-t-il ? Son esprit est-il plein d'images de lui, de leurs douces étreintes ? Sait-elle où il se cache en ce moment ?
Un de ces jours, je trouverai l'occasion de m'introduire au plus profond de ses pensées pour y mener discrètement la plus indiscrète des investigations !
Devant moi, sur mon bureau, repose la photo de Lily que j'ai trouvée dans la chambre de Black, lors de mon dernier passage square Grimmaurd. A côté, également sur le bureau, un morceau d'une lettre écrite de sa main, portant une formule affectueuse (en réalité, adressée à Black), et sa chère signature…La photo n'est pas complète, je l'avais rageusement déchirée en deux, car aux côtés de Lily figuraient James et le bébé. Cette vision de leur bonheur familial m'était insupportable. Du reste, je ne voulais pas prendre en considération ce Harry d'un an, joufflu et rieur, gâté et adulé par son père. Il ressemble trop à James, avec son sourire béat et son air vainqueur. L'image de lui que je veux conserver, c'est celle de l'adolescent de seize ans, avec ce visage mince et inquiet, mangé par de magnifiques yeux verts hérités de sa mère...
J'ai d'autres photos encore à portée de main. Voici quelques temps, Albus m'a appris que c'est dans ce bureau directorial que se trouvent rangés les albums de l'école. Au fil des ans, toutes les promotions ont ainsi été immortalisées, depuis l'invention de la photographie sorcière. Après avoir passé des heures à feuilleter les albums et avoir trouvé, entre autres, celui dans lequel figurait Jedusor au temps de sa brillante jeunesse, j'ai extrait des rayonnages l'album concernant la promotion 1960 : sept belles photos de groupe, parmi lesquelles j'ai eu vite fait de repérer ma chère Lily (et malheureusement, quelques indésirables à ses côtés, la serrant de plus en plus près au fur et à mesure qu'avancent les années). Mon propre visage est hideux, je le ferais disparaître si j'en avais les moyens. Il m'est encore plus odieux que les faces grimaçantes des fameux « maraudeurs ».
Je me suis préoccupé ensuite de la promotion 80, celle de Harry. Sur les prises de vue, Granger et Weasley ne sont jamais bien loin… comme lui, ils se transforment d'année en année. Je mets côte à côte les photos de la mère et du fils, je les analyse, je les compare…Là où la ressemblance est la plus frappante, c'est entre la Lily de cinquième année et le Harry de sixième…Non seulement ils ont les mêmes yeux, mais leurs expressions sont identiques, cette manière de fixer l'objectif d'un air distrait, comme s'ils se prêtaient à l'exercice tout en ayant tout autre chose en tête…Et prodige de l'hérédité, le charme particulier de la mère est allé habiter les traits et la silhouette du fils…
A noter : Phineas Nigellus est venu me voir il y a quelques heures, furieux, hors de lui. Il se plaint de Hermione Granger (qu'il s'obstine à nommer « la sang-de-bourbe », à mon grand déplaisir), l'accusant d'avoir décroché son portrait de sa place pour l'enfermer dans un petit sac, afin qu'il ne puisse plus espionner les trois fugitifs. Quand j'ai questionné l'animal au sujet de cette fameuse place qu'il regrette tant d'avoir quittée, il m'a avoué tout de go avoir été auparavant suspendu… dans la chambre de Harry ! Non seulement il n'en a pas honte, mais il tient absolument à retrouver cet emplacement là, plutôt qu'aucun autre ! L'air de rien, je lui ai demandé pour quelle raison il était si attaché à cette place. Il ne s'est nullement troublé, mais m'a répondu mot pour mot qu'il aimait observer le jeune Potter, surtout à son insu, que c'est un garçon tout à fait charmant malgré sa mauvaise éducation…Il offre sans le savoir un spectacle des plus agréable et divertissant ! Tant de cynisme m'a laissé pantois ! (J'aimerais pouvoir être aussi franc…et avouer sans rougir que je me posterais volontiers moi aussi en observation dans la chambre de Potter! Au bout du compte, le pervers, c'est bien moi !)
Vais-je devoir continuer longtemps encore à jouer ce rôle misérable de directeur de Poudlard à la botte de Voldemort ? Et toi, Harry, jusqu'à quand resteras-tu enfermé dans la sombre maison des Black ? Combien de temps tiendront les protections ? Cette pourriture de Fletcher ne va-t-il pas se faire à nouveau acheter pour quelques gallions ou un peu d'alcool, et vous trahir, tes amis et toi ?
J'imagine la maison soudain envahie de Mangemorts triomphants…Des sorts anti- transplanage ont aussitôt été jetés, vous interdisant toute fuite. Affolé, tu t'es réfugié là haut, dans la chambre de Black, mais très vite, tes ennemis t'ont trouvé et acculé. Les sorts d'attaque fusent de toute part, les meubles volent en éclats. Les Mangemorts ont pour consigne de te prendre vivant. Ils ont tué brutalement tes deux amis qui gisent dans leur sang, quelque part à l'étage inférieur. Malgré ta résistance farouche, les brutes parviennent enfin à te désarmer. Te voici ligoté, à leur merci. Ils te crachent à la figure, se moquent de toi, t'insultent et te souillent de diverses manières alors que tu es étendu à leurs pieds. Tes yeux brillent de colère et de terreur. Puis l'un d'eux touche sa Marque, sur son avant-bras. Le Maître va arriver, il va les féliciter, et il va te prendre pour t'emmener, à moins qu'il ne t'achève sur place après t'avoir encore un peu plus humilié devant ses adorateurs …Et moi, je serai reclus ici, impuissant, sans avoir pu te révéler ce que tu dois savoir… Mais de toute façon, tu n'auras pas d'autre choix que de te laisser mourir entre ses mains ignobles...
Non, ce n'est pas possible. Ceci ne peut, ne doit pas arriver ! Il faut te donner le temps. Albus a parlé de tâches que tu dois accomplir avant le moment ultime. Quelles sont elles ? Quand les auras-tu achevées ?Pourquoi ne peut-on pas te venir en aide ? Et moi, je dois surveiller le serpent du Maître…Bon sang, où se trouve-t-il actuellement, ce monstre qui hante mes pires cauchemars ?
Saturée, ma tête va exploser. Je ne peux plus supporter ces doutes, cette incertitude…Je vais finir par haïr Albus, enfermé comme un sphinx dans son portrait, se refusant à me révéler quoi que ce soit de la mission du garçon. Dieu, j'ai besoin d'agir, l'attente est insoutenable ! Qui viendra mettre fin à cette torture de tous les instants ... »
Harry lâcha le cahier et souffla, essayant d'évacuer la tension qui s'était accumulée dans ses membres au fil de sa lecture. Le lendemain du jour où Rogue avait noté ces mots terribles, Hermione, Ron et lui avaient lancé leur expédition au Ministère afin de récupérer le médaillon…et ils n'avaient pu ensuite rentrer square Grimmaurd…Ils étaient bien loin alors d'imaginer dans quelles affres se débattait Rogue au même moment, et combien celui qu'ils considéraient comme leur pire ennemi se préoccupait de leur sort.
Le garçon s'étira, bailla et regarda sa montre. 23h40. Il était temps de se coucher. Ses amis étaient partis depuis longtemps. Il se retira derrière son paravent et commença à se déshabiller. C'était la solution qu'il avait trouvée pour échapper au regard indiscret de Phineas Nigellus, qui pouvait apparaître à tout moment dans son portrait…Harry avait finalement préféré modifier l'ameublement plutôt que de changer de chambre. En effet, il ne voulait à aucun prix manquer une éventuelle visite de Dumbledore, ou même de Nigellus, au cas où ce dernier aurait des informations à lui transmettre au sujet de Rogue.
Le garçon venait d'enlever sa chemise pour enfiler le Tee-shirt qui lui servait de haut de pyjama quand il crut entendre un léger raclement de gorge. Il tressaillit. Bien qu'il n'eût pas fini de se changer, il sortit précipitamment de derrière le paravent et s'approcha du tableau, pieds nus, refermant sa ceinture à la hâte.
Son cœur manqua un battement. Severus Rogue se tenait debout au premier plan, bras croisés, nullement en costume d'apparat mais dans ses habituelles robes noires, ses longs cheveux sombres tombant autour de son visage maigre et blafard. Il le regardait, l'expression indéchiffrable.
-Pr…professeur Rogue… ? Bredouilla Harry, soudain écarlate, tout en notant la présence à l'arrière-plan de Phineas Black, assis dans un fauteuil, l'air à la fois triomphant et moqueur.
-Potter…, répondit simplement Rogue en faisant un léger signe de tête, ses minces yeux noirs dévisageant Harry avec intensité.
-Vous avez…heu…vous êtes venu…Finalement, vous…
-Comme vous pouvez le constater, je suis venu, en effet, s'impatienta l'homme, le visage dur. Mais ne croyez pas que ce soit de gaieté de cœur ! Si j'ai accepté, c'est parce que le harcèlement dont j'étais victime de la part du professeur Dumbledore m'était devenu insupportable.
Paradoxalement, Harry se sentit soulagé. Rogue se montrait tel qu'il l'avait connu, désagréable, acerbe, injuste. Rien ne semblait avoir changé. Et le garçon savait comment réagir face à ce Rogue là, celui qui lui était familier.
-Je m'apprêtais à venir vous rendre visite à Poudlard…, dit-il néanmoins avec prudence, réfrénant son envie de lancer une pique.
-Quand j'ai appris que vous feriez le déplacement, rétorqua Rogue d'un ton méprisant, j'ai pris les devants sans plus attendre. Je ne tenais pas à ce que vous perturbiez les préparatifs de rentrée du professeur Mc Gonagall.
-Je vous remercie, professeur, dit Harry avec une civilité teintée d'ironie. Et je vous dois des explications. Si je me suis permis de tout mettre en œuvre pour vous rencontrer, c'est que je tenais à…
-Parlez normalement, Potter. Je n'ai pas le temps d'écouter vos discours ampoulés.
-Pas le temps? Vous avez pourtant l'éternité devant vous…, répliqua le garçon, vexé d'avoir été coupé dans ses laborieux préliminaires.
-Je n'ai nullement l'intention de gaspiller mon éternité à prêter l'oreille à vos ridicules formules de politesse, Potter. Venons-en au fait. Que voulez-vous, au juste ? Qu'avez vous à me dire, pour être allé jusqu'à perturber le repos de tous les défunts directeurs de Poudlard et me contraindre ainsi à quitter -bien malgré moi- le bureau directorial?
-N'exagérons rien, je n'ai dérangé que Black et Dumbledore…, grogna Harry.
-…qui ont alerté tous les autres portraits et semé la panique dans le bureau, au grand dam de la directrice. Mais surveillez votre langage, Potter. Il semble que vous ayez déjà oublié toute notion de respect: dites plutôt le professeur Black et le professeur Dumbledore.
-Excusez-moi, marmonna Harry, mais je croyais que vous trouviez mes formules de politesse ridicules…Et puis, le professeur Dumbledore m'avait dit qu'on ne pouvait exercer une contrainte sur un mort, il m'avait promis de ne pas vous importuner…
-Laissons cela. Je suis ici maintenant, dites ce que vous avez à dire, et finissons-en !
Le garçon s'éclaircit la voix.
-Hum…Bon, si je vous ai demandé de venir, c'est que je désirais…heu… vous parler.
Rogue soupira, apparemment excédé.
-Vous en avez pour longtemps ?
Comment l'homme pouvait-il être aussi odieux ? Quelle différence entre le Rogue du journal et ce Rogue là, celui que Harry avait toujours connu, celui qui le détestait franchement et ne s'en cachait pas! Pourtant, l'ex-professeur n'avait plus aucune raison de se comporter ainsi, à présent! Pourquoi continuait-il à jouer ce rôle ? Sans doute ne pouvait-il plus faire autrement, l'habitude était trop bien ancrée en lui…
-Oui, j'en ai pour un moment, professeur, dit simplement Harry. Vous devriez vous asseoir.
Un rictus étira les lèvres minces de Rogue.
-Je vous répète que je n'ai pas de temps à perdre avec vous, Potter. Faites vite, et ensuite, j'aurai moi aussi deux mots à vous dire.
Ce fut au tour de Harry de soupirer. Pourquoi fallait-il que Rogue lui rendît la tâche si difficile ?
-Bien. Voilà, reprit-il, se forçant au calme. J'aimerais que vous sachiez que…que je regrette infiniment de vous avoir traité de…de lâche. Je ne savais pas …j'ignorais tout de… du rôle que vous aviez accepté, choisi de jouer dans cette…
Il s'arrêta, cherchant ses mots, les joues empourprées. Rogue restait impassible.
-C'est tout, Potter ? Dit-il finalement d'un ton froid.
-Non…non, ce n'est pas tout, fit précipitamment Harry. J'ai un projet.
L'ex-professeur leva un sourcil.
-Vous avez un projet ? Voyez vous cela ! Et en quoi vos projets me concernent-ils ?
Harry devait se dépêcher. Bientôt, il n'aurait plus le courage d'ajouter un mot, et Rogue ne reviendrait jamais le voir, il le savait pertinemment. C'était sa dernière chance.
-Ce projet là vous concerne tout particulièrement, dit-il avec effort, tout en soutenant le regard glacial de l'homme. J'ai l'intention de remonter le temps pour vous sauver la vie.
-Quoi ?
-Je n'aurai pas la force de me répéter, professeur. Je pense que vous m'avez bien compris. J'ai simplement besoin de votre accord.
Il y eut un silence qui s'éternisa. Harry observait anxieusement le visage de Rogue…S'il avait pu parler du journal intime…et… et s'il en parlait, après tout ?
-Vous perdez la tête, Potter, dit soudain Rogue d'un ton sec. D'où vous est venue cette idée stupide ?
Le fameux projet, élaboré et mûri en secret, paraissait tout-à-coup farfelu, vidé de toute légitimité. Harry se sentit misérable.
-J'ai pensé que vous n'aviez jamais eu l'occasion de…je veux dire…dans votre vie, la chance ne vous a pas souri et…
Harry était conscient de ne pas utiliser les bons mots, il savait que son comportement paraissait ridicule et puéril. Les mâchoires de Rogue s'étaient contractées, et on pouvait sentir la colère l'envahir comme une vague irrépressible. Alarmé, Harry se tut et serra les poings, se préparant à la tempête.
-De quoi vous mêlez vous, petit imbécile ? Explosa Rogue, les yeux étincelants. Que j'aie eu ou non de la chance de mon vivant ne vous regarde pas ! Mon destin n'appartient qu'à moi, je ne suis pas un jouet entre vos mains. Ce n'est pas parce que vous, vous avez réussi à échapper à la mort par je ne sais quel tour de passe-passe, que vous avez le droit de vous amuser avec la vie ou la mort de ceux qui vous entourent !
-Mais…je…
-Vous rendez vous compte de ce que vous vous apprêtiez à faire ?
-J'y ai beaucoup réfléchi, et…
-N'en parlons plus ! Je mettrai votre folie sur le compte de votre jeunesse, bien qu'il faille s'étonner qu'après tout ce que vous avez vécu, vous soyez encore si immature. Et maintenant, j'ai moi aussi quelque chose à vous dire. J'ai appris par Minerva que vous êtes entré en possession de mon coffre ?
Harry avala péniblement sa salive.
-C'est exact, dit-il d'une petite voix, consterné à la fois par le fait que Rogue eût si vite déclaré son malheureux projet comme nul et non avenu, et par la tournure dangereuse que prenait la conversation.
-Qu'en avez vous fait, Potter ?
-Heu…il se trouve ici, dans le salon.
-Vous l'avez ouvert ?
-Pas…pas encore…, mentit le garçon sans réfléchir.
-Parfait. Je vous interdis de l'ouvrir ! Il a été protégé par des sortilèges puissants, mais je crains que les agents du Ministère les aient levés. Or, je serais absolument furieux que quelqu'un ose fouiller mes affaires et violer mon intimité. Vous m'avez bien compris ?
-Heu…oui, professeur, mais…
-Le mieux est que vous détruisiez ce coffre, avec tout ce qu'il contient.
-Oh…mais… n'est-ce pas dommage ? J'aurais voulu garder un souvenir de…
-Cessez de dire n'importe quoi, Potter, et faites ce que je vous dis. Je suis mort, je n'ai pas de descendants, je n'ai aucun héritage à léguer, ni matériel, ni spirituel. Le contenu de ce coffre n'a aucun intérêt, je suis bien placé pour le savoir.
-Pourtant, vous avez été…
-Une fois pour toutes, promettez-moi de détruire ce coffre, Potter, coupa Rogue, les yeux luisant d'un éclat menaçant.
Alors, Harry se ressaisit. Il n'était plus un enfant, après tout.
-Non, je suis désolé, dit-il d'un ton ferme, mais je ne peux pas vous le promettre.
Rogue tapa du pied.
-Je vous l'ordonne !
Le garçon pensa au journal, aux mots pathétiques dont il était rempli. Le vrai Rogue était dans ces mots. S'enhardissant, il fit un pas en avant.
-Vous êtes mort, professeur Rogue ! Dit-il d'un ton calme et assuré. Vous n'êtes plus en mesure de me donner des ordres !
La rage sembla défigurer les traits ingrats du professeur.
-Insolent !
-Ecoutez ! Je vais mener à bien mon projet, vous allez revivre, et ensuite, vous pourrez m'ordonner tout ce que vous voudrez, je vous obéirai au doigt et à l'œil, et avec plaisir !
L'expression de Rogue se transforma soudain en une sorte d'effroi intense, proche de la panique.
-Potter, vous ne pensez pas ce que vous dites !
-Si ! Et d'ailleurs, je sais pourquoi vous voulez que je détruise votre coffre.
Rogue se tut, mais il pâlit jusqu'à en devenir blême.
-Dans ce coffre, il y a votre journal intime ! Continua Harry, impitoyable.
Comme atteint par une gifle, l'homme dans le portrait vacilla et tituba jusqu'à rencontrer le rebord du cadre contre lequel il prit appui, haletant.
-Vous m'avez menti ! Co…comment avez vous osé…, balbutia-t-il d'une voix blanche.
-Je regrette de vous avoir menti, professeur. Je l'avoue, j' ai lu une bonne partie de vos cahiers.
-De quel droit avez vous fait une chose pareille…
Toute force semblait avoir quitté Rogue. Il paraissait sur le point de mourir une seconde fois.
-Votre journal est admirable…, murmura Harry en approchant encore du portrait.
-Arrêtez vous ! Restez où vous êtes ! cria l'homme affolé en tendant les bras comme pour l'empêcher d'avancer.
-Je suis désolé...
Le corps plié en deux, Rogue avait recouvert son visage de ses mains. Puis tout soudain, il fit demi tour et disparut du tableau.
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Et voilà…soyez sympas, n'oubliez pas de reviewer, je compte sur vous!
DiagonAlley : Merci de rester fidèle, et de poster aussi vite tes commentaires, ça fait vraiment plaisir ! Alors comme ça, tu trouves que « mon » Harry aurait dû aller à serpentard ? Hahaha !! Pourquoi pas, il est assez rusé quand il s'y met, tu as raison ! Peut-être qu'il arrivera à s'entendre avec Rogue, dans ce cas ? Bises et à bientôt !
Morganne-bzh : Bonjour ! Tu penses donc que Rogue va refuser le plan de sauvetage de Harry ? Quelle clairvoyance ! Je n'en dis pas plus, il faut lire le chapitre pour les éclaircissements. Merci encore pour ta review, et… à bientôt j'espère !
Ki : Ahaha ! Ton petit mot m'a bien fait rire ! Au fond, c'est toi qui as raison. Harry est proprement devenu fou !! On verra s'il devient raisonnable dans la suite de cette histoire, mais va-t-il perdre son côté téméraire ? Merci encore pour ton message !
Alexandra : Le plan de Harry se précise, en effet. Mais il semble très hasardeux, tu ne trouves pas ? La première confrontation avec Rogue dans ce chapitre. Merci à toi, et à tout bientôt !
A vos claviers !!
