Salut tout le monde ! Promesse tenue, le « Molly59 nouveau » est arrivé, et à l'heure, en plus ! Elle est pas belle, la vie… ???
Cette joyeuse annonce pour faire passer la suivante, nettement moins plaisante : il n'y aura pas de chapitre la semaine prochaine !
Désolée, mais je pars en vacances…(se fait toute petite). Je ferai mon possible pour vous poster la suite dès que possible, et plus vous me soutiendrez dans mes efforts, plus tôt elle sera là…
A propos, merci pour vos gentilles reviews, elles décuplent mon envie d'écrire…
Bonne lecture, j'espère que ce chapitre 9 ne vous paraîtra pas trop…indigeste !!
Chapitre 9 : La remonteuse
Disparue, la remonteuse ? Que voulait dire Bodlock ? Avait-elle été détruite? Volée ? Harry et Ginny se regardèrent, déconcertés.
-Disparu ? Articula le garçon d'une voix blanche.
-Oui, disparu…, reprit le peintre avec lassitude. Il y a des années que je ne l'ai pas revue. Je ne peux vous dire de quelle manière elle s'est volatilisée, car je n'ai pas vraiment essayé de la retrouver. Je ne m'y suis plus intéressé, voilà tout, peut-être parce qu'elle était à l'origine d'une bonne part de mes ennuis. Pourtant, c'était un bien bel objet, et je dois reconnaître que c'est une triste perte. Oui, un sacré gâchis…
Impossible ! Si près du but… La fatalité s'acharnait sur eux! Et le bonhomme qui n'avait même pas l'air sincèrement contrarié…
-Pensez-vous qu'elle soit encore dans cette maison? Ou alors…, balbutia Harry, la gorge sèche.
-Je n'en ai aucune idée, mon garçon. Le jour où, pris d'une soudaine envie de contempler une de mes œuvres magiques, j'ai voulu la revoir, il y a de cela quelques années, je n'ai pas réussi à mettre la main dessus. C'est tout ce que je peux vous dire.
-Elle aurait été volée…?
-Peut-être. J'ignore tout de ce qu'elle est devenue.
-On pourrait essayer un sort d'attraction ? Suggéra Ginny.
-Bonne idée !
Et Harry se leva d'un bond, sortant sa baguette de sa poche.
-Eh là, jeunes gens, s'interposa Bodlock en avançant d'un pas vers Harry, la main tendue. Pas question de jeter des sorts à tort et à travers chez moi ! Le ministère risquerait de détecter une empreinte magique et de venir me poursuivre jusqu'ici!
Dégoûté, Harry rangea sa baguette d'un mouvement brusque. Il avait soudain une envie pressante de renverser un pot de peinture fluo sur la tête de Bodlock.
C'était trop bête…Ce sorcier soi-disant si doué n'aurait-il pas pu veiller correctement sur ses géniales inventions ? Harry tenta de se raisonner: Rogue était vivant, c'était donc que la mission de sauvetage devait forcément réussir, avec ou sans remonteuse ! Il se débrouillerait pour trouver un retourneur de temps…Il irait supplier McGo…. Après tout, la directrice de Poudlard devait être dans le secret, elle aussi, et elle en avait bien procuré un à Hermione, autrefois ! Elle ne pouvait s'opposer au projet…Quoique…bon, Harry n'en était pas si sûr…et avec la rentrée dans trois jours…
-Dis, Papi, elle ressemble à quoi, cette remonteuse ? Demanda tout à coup la petite Gertrud, levant ses beaux yeux innocents vers son grand père.
-Pourquoi veux-tu savoir ça, mon ange ?
-Ben, il se pourrait que moi, je l'aie vue quelque part…
-Ca m'étonnerait ! Dit le vieil homme en haussant les épaules.
-Dis toujours, Papi, s'il te plaît !
- Eh bien, soupira le peintre, elle a l'apparence d'une grosse montre ancienne, en argent, avec un bracelet en cuir noir…
La petite réfléchit un instant, puis elle sauta sur ses pieds et traversa l'atelier en courant avant de se précipiter dans l'escalier. Ils l'entendirent dévaler les marches quatre à quatre.
-Je me demande quelle mouche l'a piquée…, marmonna Bodlock. Pff…à quoi bon ? De toute façon, ça ne mène à rien…
Il fit à nouveau quelques pas nerveux dans la pièce, s'arrêta quelques instants devant sa toile inachevée, puis reprit sa marche en se grattant la tête. Excédé, Harry se demanda ce qu'ils avaient de mieux à faire, Ginny et lui : quitter tout de suite cet atelier surchauffé où ils perdaient leur temps, ou bien patienter jusqu'au retour de Gertrud, leur dernier espoir.
Soudain, le peintre se tourna vers Ginny.
-Dites-moi, jeune fille, verriez-vous un inconvénient à ce que je fasse un ou deux croquis de vous, en attendant ?
Suffoqué par tant d'audace, Harry crispa les poings et se prépara à envoyer au vieux peintre une réplique bien sentie. Mais Ginny avait répondu avant lui.
-Heu… si vous voulez…, dit-t-elle calmement, sans regarder Harry.
Le garçon resta muet, mais l'expression furieuse de son visage en disait long sur ses sentiments. Aussitôt, Bodlock se dirigea vers une table montée sur tréteaux, et se saisit d'un carnet à dessin. Il revint vers eux d'un pas pressé et s'assit en face de Ginny, un morceau de fusain à la main.
-Soyez gentille, ouvrez un peu plus votre col de chemise. Voilà, parfait ! Merci bien ! Et regardez moi ! Voulez-vous essayer de sourire… ? Remarquez, vous êtes tout aussi charmante quand vous faites la moue. Oh, laissez cette mèche en place, vous êtes ravissante comme ça, un peu décoiffée. Il ne faut rien changer, surtout…
Au supplice, Harry observait alternativement le modèle et l'artiste. De temps à autre, la jeune fille jetait à son petit ami un regard mi-ennuyé, mi-amusé. Quant à Bodlock, il dessinait à une vitesse folle, et trois minutes ne s'étaient pas écoulées qu'il avait déjà tracé quatre croquis…Plein de méfiance, Harry se leva pour y jeter un coup d'œil. Il ne put s'empêcher de les trouver réussis. Bon, d'accord, l'homme avait un réel talent…et une fois de plus, le garçon réalisait à quel point Ginny était belle…Il fut pris du désir de l'attraper par la main et de l'entraîner à sa suite le plus loin possible de ce grenier pour pouvoir la serrer dans ses bras et la dévorer de baisers…
Soudain, la petite Gertrud surgit dans l'atelier, et courut jusqu'à son grand père. L'homme s'interrompit et la regarda, les sourcils froncés, le fusain en l'air. La fillette brandissait triomphalement un objet sous le nez du vieil homme.
-Regarde, Papi! Ca ne serait pas ta remonteuse, par hasard ?
Bodlock ouvrit de grands yeux, posa sur le sol carnet et fusain, puis saisit l'objet avec une lenteur et un respect presque religieux.
A cet instant, une chose étrange se produisit. Il y eut un POP sonore qui les fit tous sursauter, et ils virent apparaître un deuxième Bodlock, debout à côté du premier. Les deux peintres se regardèrent et se firent un clin d'œil complice.
-Bonjour tout le monde ! Lança à la ronde le nouveau venu, sous le regard médusé des spectateurs. Puis il leva son poignet, exhibant la même montre-remonteuse que celle qui reposait dans la main de son double. Ils le virent appuyer sur un bouton, les yeux fixés sur le cadran, puis il se volatilisa aussi vite qu'il était apparu, silencieusement cette fois.
-Alors, mes amis, qu'en pensez vous ? Rit le Bodlock qui était resté assis à sa place et qui tenait toujours l'objet apporté par Gertrud.
-C'était vous, à l'instant ? Bredouilla Ginny, estomaquée.
-Mais bien sûr, jeune fille! C'était votre humble serviteur, en provenance du futur ! Cela signifie que ma remonteuse fonctionne parfaitement, je viens de vous le prouver. Quelle heure est-il ? 16h15 ? Parfait. D'ici quelques minutes, je ferai un petit retour dans le temps, en guise de démonstration. Ce qui expliquera pourquoi nous venons de voir apparaître mon double.
Harry et Ginny étaient sans voix. Le peintre se tourna vers sa petite fille.
-Maintenant, tu vas me dire comment tu as mis la main sur ce précieux objet, ma chérie!
La fillette sourit jusqu'aux oreilles, très fière d'elle même.
-Elle était à la cave, dans le coffre à jouets, Papi ! Je l'ai toujours vue là, on jouait souvent avec, les cousins et moi…On croyait que c'était une montre normale, même si on la trouvait un peu bizarre…
-Et de quelle manière a-t-elle atterri dans le coffre à jouets ?
-J'en sais rien. C'est peut-être un des garçons qui l'a trouvée belle et qui l'a prise, sans rien dire à personne…
Pensif, Bodlock caressait du pouce le verre de la remonteuse.
-C'est vrai que je n'ai même pas pensé à questionner les enfants, quand je me suis aperçu qu'elle avait disparu…Dire qu'elle traînait dans le coffre à jouets ! Mais quand j'y songe, cela aurait pu avoir des conséquences terribles ! L'un d'eux aurait pu disparaître à jamais dans le passé !
Harry et Ginny ne purent s'empêcher de rire devant l'expression consternée du peintre. Un des gamins aurait en effet pu être tenté de manipuler tous les boutons, se retrouvant ainsi projeté dans une époque plus ou moins reculée, sans savoir ensuite comment revenir…
Très excité, Harry ressentait maintenant une envie folle de s'emparer de la remonteuse pour l'observer à loisir.
-Pouvez-vous nous expliquer son fonctionnement ? Demanda-t-il aussi calmement que possible, espérant que Bodlock avait toujours l'intention de leur prêter l'objet, maintenant qu'il avait remis la main dessus...
-Mais bien sûr, mon garçon ! Vous allez voir comme c'est astucieux. Venez donc par ici, tous les deux ! Regardez, j'attache d'abord fermement le bracelet, bien serré, comme ceci.
L'homme fixa le bracelet de cuir autour de son poignet. Le cadran était grand, et le verre en était passablement rayé, sans doute en raison des mauvais traitements que lui avaient infligés les gamins. A l'intérieur, on voyait de multiples engrenages dorés ou argentés, et plusieurs fines aiguilles étaient pointées vers ce qui ressemblait à des chiffres ou des lettres, gravés dans le métal. L'engin émettait un tic-tac régulier, comme une montre ordinaire.
-Vous voyez cette aiguille, là ? continua Bodlock tandis que Harry se penchait pour distinguer ce que l'homme lui désignait de son index maculé de peinture. Elle indique le numéro du jour dans le mois, et elle est actionnée par cette mollette. Cette autre aiguille précise le numéro du mois dans l'année, vous le voyez indiqué sur cette roue que vous pouvez faire pivoter. Quant à l'année, elle est précisée ici, et vous la changerez grâce à cette mollette-ci. Une fois que vous avez positionné vos trois aiguilles en face des bonnes encoches, vous enfoncez ce bouton, et vous vous trouvez transporté dans le passé. C'est une sécurité, vous comprenez ? Quelle que soit la position des aiguilles, rien ne se passera tant que vous n'aurez pas enfoncé ce bitoniau! Et quand vous le remettez dans sa position primitive, vous êtes ramené à votre époque, à l'instant où vous avez fait votre manipulation.
Ginny siffla, admirative. Quant à Gertrud, elle applaudit avec enthousiasme.
-Et pour indiquer l'heure ? Demanda Harry, qui essayait de garder les idées claires.
-L'heure ? Ah oui, l'heure. Si vous ne la précisez pas, vous vous trouverez transporté le jour de votre choix, mais à l'heure qu'il était au moment de votre manipulation. Si vous désirez la modifier, il faut tirer cette manette-là, et vous intéresser à ce cadran minuscule, ici. Vous positionnez vos aiguilles à l'heure de votre choix, puis vous ré-appuyez sur la manette. Compris ?
Les deux jeunes gens opinèrent du chef, bien que tout cela leur parût très compliqué, voire totalement confus.
-Ah, et…vous n'avez pas parlé du lieu…, fit remarquer Ginny.
-Comment ça, le lieu ?
-Oui, de quelle manière détermine-t-on le lieu où on veut se rendre, dans le passé ? Insista la jeune fille. Par exemple, si je veux me retrouver à Pékin, dans la Cité impériale, le 19 janvier de l'an 1045, à 18h…
-Oh…mais non, rit Bodlock, il n'y a pas de possibilité de déterminer l'endroit où vous désirez aller. Ce n'est pas une téléporteuse !! A vous de vous rendre d'abord sur le lieu de votre choix, à l'époque actuelle, et ensuite, de faire votre manipulation…Pour Pékin, je vous conseille d'y réfléchir à deux fois…
-Ah, d'accord…Oui, c'est plus logique…, murmura Harry, de plus en plus tenaillé par le désir de saisir la remonteuse pour l'analyser de plus près.
-Bon, vous voulez que je vous fasse une petite démonstration ? C'est le moment ! Il était bien 16h15, tout à l'heure, quand mon double est apparu ?
-C'est bien ça…, confirma le garçon, frémissant d'anticipation.
-Bien. Vous voyez, je ne change ni le jour, ni le mois, ni l'année, mais par contre, je tourne la manette des heures. Voilà. Et j'appuie sur le bouton. Attention !
Bodlock disparut dans un POP, pour réapparaître presque aussitôt, un sourire vainqueur sur les lèvres.
-Et voilà, tout s'est bien passé. Vous m'aviez vu, debout ici, il y a dix minutes, n'est-ce pas ? J'étais en pleine forme. Et me voici revenu sans encombre parmi vous. Qu'est-ce que vous en dites ?
Emu, Harry avala sa salive, cherchant ses mots.
-C'est extraordinaire…mais…si vous étiez remonté plus loin dans le temps, ou resté plus longtemps dans le passé, vous seriez quand même revenu dans le présent à l'instant même où vous êtes parti?
-Bien sûr ! Quelle que soit la durée ou l'époque de votre séjour dans le passé, quand vous remettez le bouton en position, vous êtes ramené à l'heure exacte où vous avez quitté le présent. Pratique, non ?
-Formidable ! Heu… mais il y a encore quelque chose que je ne comprends pas, insista Harry, les sourcils froncés. Manipuler cet objet ne laisse donc pas de trace magique ? Vous disiez tout à l'heure que vous aviez peur que nous accomplissions ici un acte de magie, à cause du ministère…
-Ahaha ! Bien vu ! Non, Harry, cela n'a rien à voir avec un quelconque sortilège jeté par une baguette, ne vous en faites pas. Avec la remonteuse, je peux me balader dans le temps incognito, personne n'en aura connaissance !
-Oh…bien ! Et…encore une question. Est-il possible de voyager dans le temps à plusieurs?
-A plusieurs ? Vous avez vraiment de drôles d'idées, mon garçon…Pour cela, il vous faudrait plusieurs remonteuses ! Et je ne suis pas près d'en fabriquer ne serait-ce qu'une deuxième, je vous le garantis !
-Je veux dire…en prenant le bras d'une autre personne, par exemple, on ne peut pas l'amener avec soi dans le passé ?
Bodlock éclata de rire.
-Certainement pas ! Il ne s'agit pas de transplanage, voyons ! Non, Harry, le voyage temporel est une aventure strictement individuelle. Mais ne vous inquiétez pas, votre petite amie n'aura pas le temps d'aller conter fleurette durant votre absence !
Le garçon se retint une fois de plus de répliquer vertement. Ce n'était pas le moment de contredire Bodlock, tout agaçant qu'il fût avec ses sous-entendus douteux.
-Heu…excusez moi de vous importuner encore un peu, mais pourriez-vous m'expliquer une dernière fois le fonctionnement de la remonteuse ?
Bodlock leva vers lui un regard moqueur.
-Je crois que ça ne sera pas inutile, en effet…Et ensuite, vous allez faire un essai à votre tour!
Le peintre se lança de bonne grâce dans de nouvelles explications, pas beaucoup plus claires que les précédentes.
-Vous avez bien compris, à présent ? Dit-il, défaisant le bracelet pour reprendre la remonteuse entre ses doigts.
-Heu…oui, je pense…, répondit Harry d'un ton mal assuré.
Il tendit la main pour prendre l'objet, mais au lieu de le lui donner, l'homme serra plus fort la remonteuse dans sa main, tout en s'écartant d'un pas. Il leva furtivement son regard gris vers Harry. Ses lèvres étaient crispées et il avait froncé ses épais sourcils.
- Au fond, je ne sais pas si…, murmura-t-il, les yeux maintenant fixés sur l'objet magique comme si, tout à coup, il n'était plus certain de vouloir s'en séparer.
Harry sentit une goutte de sueur couler entre ses yeux.
-Vous avez dit vous-même que je devais essayer de m'en servir…
Bodlock lui jeta à nouveau un regard noir, à croire que Harry s'était soudain transformé en un malfrat désireux de lui arracher son bien le plus cher.
-Je crois que…que c'était une erreur, bougonna-t-il. Je ne veux plus que…
-Ecoutez, monsieur Bodlock, coupa Harry d'un ton qu'il essaya de rendre aussi ferme que convaincant, je vous promets de vous rapporter votre remonteuse dès la mission de sauvetage accomplie.
Une lueur de folie dans le regard, Bodlock cacha ses mains derrière son dos.
-Mais qui me garantit que…que vous allez savoir vous en sortir… ? C'est un objet d'une grande valeur ! Si vous restiez bloqué dans le passé ? Et puis surtout, vous ne devez le montrer à personne…aucun sorcier ne doit savoir que cette remonteuse a repris du service…ou je risque d'avoir de très, très graves ennuis…Ecoutez, non, mon garçon, je crois que ce n'est pas raisonnable…
L'homme s'éloigna plus franchement de Harry, la main toujours fermée autour de la remonteuse. Désespéré, le garçon se retint de se jeter à genoux devant lui. Gertrud s'était désintéressée de la scène et barbouillait de peinture un morceau de toile. Quant à Ginny, elle regardait alternativement les deux protagonistes, apparemment impassible.
-Je vous promets de ne montrer cet objet à personne, Mr Bodlock! Martela Harry. Nul ne connaîtra ma mission, je serai invisible, et d'une discrétion extrême !
Le vieil homme lui jeta un regard soupçonneux, presque méprisant.
-Qui me dit que vous la mènerez à bien, votre mission ? A votre âge, vous ne pouvez pas être un sorcier expérimenté! Or, ce que vous voulez entreprendre est incroyablement ambitieux ! On ne ramène pas aussi aisément quelqu'un à la vie…Et vous ne m'avez même pas expliqué comment vous comptez vous y prendre !
Il restait une possibilité: se jeter sur l'homme et lui arracher l'objet de force…Harry se dit qu'avant d'en arriver à de pareilles extrémités, il allait tenter un dernier effort de persuasion.
-Je veux bien vous expliquer tout ce que vous voulez savoir, dit-il d'un ton aussi calme que possible. Sachez également que la personne que je m'apprête à sauver est actuellement vivante, ce qui semble assurer la réussite de ma mission, ajouta-t-il bravement, tout en sachant pertinemment qu'il s'avançait beaucoup trop, n'ayant en réalité aucune preuve réelle de son futur succès.
-Vous devez savoir que Harry n'est pas n'importe quel sorcier, intervint soudain Ginny d'une voix forte et vibrante. C'est lui qui a sauvé le monde sorcier lors de la dernière guerre. Il a vaincu Voldemort, et c'est à lui que les sorciers comme les moldus doivent d'être encore vivants et en liberté aujourd'hui.
Il y eut un silence. Bodlock regardait successivement Ginny, puis Harry. Il semblait tiraillé entre le doute et l'envie de les croire. Lentement, il refit un pas vers le jeune sorcier.
-Bon…si tout cela est exact…je veux bien vous faire confiance…, dit-il d'une voix étrangement atone, comme si quelque chose en lui s'était rompu.
Sa main tâchée de peinture se leva doucement vers Harry, et s'ouvrit avec une lenteur insoutenable. La remonteuse reposait sur sa paume. Tremblant légèrement, le garçon leva à son tour une main et saisit l'objet entre ses doigts. Il ne fut pas surpris de constater combien il pesait lourd.
Il y eut alors un nouveau POP, et ils virent avec stupeur un deuxième Harry apparaître à quelques pas du premier, les cheveux aussi en bataille que ceux de son double. Il semblait ébahi, et regardait autour de lui avec émerveillement.
-Ca marche, ça marche…, marmonnait-il en souriant, tandis que les autres le regardaient, sidérés, surtout Harry qui n'en revenait pas de voir sa propre réplique en chair et en os.
L'impression était la même que lorsqu'il avait utilisé avec Hermione un retourneur de temps, en troisième année, sauf qu'à l'époque, ils n'avaient pu s'approcher de leurs doubles...
-Oui, ça marche, et maintenant, appuyez sur ce bouton pour revenir à l'heure que vous avez quittée ! intervint Bodlock.
Très concentré, le garçon venu du futur s'exécuta, et l'instant d'après, il s'était volatilisé sous leurs yeux stupéfaits. Harry et Ginny se regardèrent avec la même impression d'avoir été victimes d'une hallucination, mais le garçon se reprit très vite. Il devait profiter des bonnes dispositions de Bodlock.
-Vous voyez, cela fonctionne également avec moi, conclut-il avec un sourire de triomphe.
Bodlock acquiesça.
-Je n'ai jamais dit que la remonteuse ne fonctionnait pas, dit-il d'un air contrit, mais quand vous serez parti, je ne serai plus là pour vous donner des indications claires et vous dire comment revenir. Enfin…si vous m'assurez que je peux avoir confiance en vos capacités…Allons, dans cinq minutes, vous ferez votre essai. Il faudra placer l'heure sur 16h30 !
Harry attacha soigneusement la remonteuse à son poignet, puis fit tourner sans difficulté les aiguilles de réglage de l'heure. Enfin, au signal, il enfonça le déclencheur.
Il eut alors une sensation proche de celle qu'on ressent au contact d'un portoloin activé. C'était comme si on l'avait attrapé par le nombril, et qu'il tournoyait dans une sorte de néant. Mais très vite, il se sentit revenu dans la pièce qu'il venait de quitter, légèrement étourdi. Ginny, Bodlock, Gertrud et lui même le regardaient, les yeux écarquillés.
-Ca marche, ça marche…, s'entendit-il dire, et il sourit malgré lui, comme il s'était vu le faire quelques instants plus tôt.
-Oui, ça marche, et maintenant, appuyez sur ce bouton pour revenir à l'heure que vous avez quittée ! dit Bodlock, exactement comme il l'avait fait juste avant.
Harry débloqua le déclencheur et se trouva ramené instantanément quelques minutes plus tard, à l'endroit qu'il avait quitté.
-Génial ! Dit-il, essoufflé, tant son rythme cardiaque s'était emballé sous le coup de l'excitation.
-N'est ce pas ? S'exclama Bodlock, soudain tout sourire. Alors, vous saurez vous en sortir, avec les aiguilles et les roues ?
-Oui, ça devrait aller…Je pense avoir compris le fonctionnement.
-Très bien. Il faut me promettre d'être très prudent…
-Je n'ai pas un tempérament suicidaire, ne vous inquiétez pas !
Bodlock posa un bras sur les épaules de Ginny, au grand déplaisir de Harry.
-N'oubliez pas que cette jeune fille est au moins aussi importante que l'individu que vous avez l'intention de ramener à la vie…, dit-il en retirant heureusement son bras avant que le garçon ait eu le temps de lui envoyer son poing dans la figure.
Ginny regardait Harry d'un air narquois. Le garçon songea qu'il devait offrir un spectacle ridicule…
-Mais bien sûr…, bougonna-t-il en rougissant. Je ne sais comment vous remercier…
-Rien de plus facile ! Avant que vous partiez, permettez-moi de tracer encore quelques esquisses de ce joli minois, et je n'aurai pas perdu mon après-midi…, répondit Bodlock d'un ton bonhomme en se baissant pour ramasser son matériel, sans même attendre l'accord de son modèle.
-Eh bien, allons-y ! soupira Ginny avant que Harry ait pu protester.
En se rasseyant, elle fit un clin d'œil goguenard à son petit ami. Ce dernier hésitait entre la joie d'être en possession de la remonteuse, et la colère que lui inspirait le comportement du peintre. Le voyant en proie à des sentiments si contradictoires, elle lui adressa une grimace comique qui semblait vouloir dire : « Tu vois à quoi je suis réduite, pour que tu puisses donner libre cours à tes caprices et exécuter tes plans stupides…? »
-Bon alors, tu as bien tout compris, Harry ? Je n'ai plus besoin de te…
-C'est bon, Hermione, tout est clair dans mon esprit.
-Tes affaires sont prêtes ?
-Eh, arrête un peu, Hermy, intervint Ron, agacé. C'est à Harry que tu parles, là, pas à un poufsouffle de première année le jour de la rentrée…
-C'est vrai, excuse-moi, Harry, je suis insupportable, je sais. Ca doit être parce que je suis moi-même horriblement stressée…
-Ne t'inquiète pas, soupira le garçon qui avait l'impression de se répéter pour la énième fois. Grâce à toi, tout est parfaitement en place. Je connais les sorts sur le bout des ongles, j'ai mis la fiole de potion curative dans la poche de mon blouson, la cape d'invisibilité est prête à reprendre du service, et la remonteuse est posée bien en évidence sur ma table, je ne risque pas de l'oublier. De toute façon, nous faisons le trajet ensemble, demain matin, n'est-ce pas ?
-Pas de problème, nous t'accompagnons à Pré-au-lard !
Quand ils étaient rentrés épuisés, Ginny et lui, de leur expédition à Merrytown, ils avaient été accueillis square Grimmauld par une Hermione et un Ron très impatients de connaître le résultat de leur escapade en pays moldu.
La remonteuse était passée de main en main, et Hermione avait demandé à Harry de lui en montrer le fonctionnement, afin de s'assurer, avait-elle expliqué, qu'il en maîtrisait bien toutes les commandes.
Puis Harry avait annoncé qu'il comptait entreprendre son voyage temporel dès le lendemain matin. Le jour de la rentrée approchait à grands pas, il devait faire vite, et plus rien ne s'opposait désormais à ce qu'il se lance dans l'aventure.
Cette déclaration avait provoqué quelques remous, puis ses amis s'étaient laissés convaincre qu'en effet, il ne fallait plus tarder.
Ron et Hermione avaient été plus que contrariés d'apprendre qu'il leur était impossible d'accompagner Harry dans son opération de sauvetage. Du coup, ils avaient longuement discuté de l'heure et du lieu précis où il devait se transporter, et des précautions à prendre pour ne pas se faire repérer par Voldemort dans la cabane hurlante. Evoquer la chose leur avait à tous donné le frisson. Hermione avait ensuite fait répéter un nombre incalculable de fois à Harry les sorts de bloque-venin et de narcoleptos, qu'il devait jeter sans les formuler pour ne pas risquer de se faire repérer, puis elle l'avait étourdi de consignes quant à la meilleure manière d'appliquer la potion curative sur la blessure de Rogue.
Quand Harry gagna enfin sa chambre, après avoir serré une dernière fois ses amis dans ses bras, il sentait son cerveau au bord de l'explosion. Il était sensé faire une bonne et longue nuit, pour être en pleine possession de ses moyens le lendemain, mais dans son état d'excitation, sachant qu'il mettrait du temps à trouver le sommeil, il ne put s'empêcher de reprendre la lecture du journal intime de Rogue là où il l'avait laissée la veille…
-Poudlard, 8 janvier 1998 :
Je viens de rentrer de la forêt de Dean... Mission accomplie. Il s'agissait cette fois de faire parvenir l'épée de Gryffondor à Harry Potter, sur ordre d'Albus, bien sûr.
Phineas Nigellus avait réussi à capter dans la conversation des jeunes fugitifs un indice concernant le lieu où ils se trouvaient, et il s'est empressé de venir m'en informer. Grand bien lui en a pris ! Tout agaçant qu'il soit, il nous aura été infiniment précieux.
Quelle épreuve ! Je suis aussi éreinté psychologiquement que physiquement.
Le plus cruel a été sans aucun doute de demeurer caché. Comme j'eusse aimé lui donner l'épée de la main à la main, croiser son regard surpris, reconnaissant, admiratif... Parler avec lui, l'écouter raconter ses difficultés, le réconforter… Le serrer dans mes bras... ! Au lieu de quoi, il a fallu que je reste dissimulé dans l'ombre des arbres, comme un réprouvé, un bandit, pire, un voyeur…
Arrivé sur les lieux, j'ai attendu des heures dans le froid et la neige que l'un d'eux sorte de leur tente invisible et du périmètre de protection qu'ils avaient pris soin de mettre en place autour d'eux. L'épée, je l'avais jetée au fond d'un étang aux eaux troubles et glacées... Albus m'avait bien fait comprendre que le garçon ne devait pas la trouver aisément, mais qu'il lui fallait la gagner au prix d'une épreuve mettant en jeu son courage et son esprit chevaleresque. Exigence toute gryffondorienne, bien sûr -comme si le malheureux n'avait pas déjà son compte d'actes de bravoure, par les temps qui courent…
D'après les dires du vieux Black, je savais qu'ils devaient être dans les parages, mais je ne pouvais ni les voir, ni les entendre. Après l'avoir maudite sur le moment, j'admire sincèrement à présent l'efficacité de leurs sortilèges de protection… Je suppose que c'était là principalement l'œuvre de Granger. Toutefois, j'étais bien ennuyé, je ne savais comment les atteindre… Il fallait absolument que je mette Harry sur la trace de l'épée ! Une idée m'est venue, enfin. Une fois bien caché, j'ai conjuré mon patronus, le même que celui de Lily, et je l'ai envoyé à leur rencontre dans la nuit. Je savais que ma biche trouverait sa cible. Et j'ai patienté de longues minutes, le cœur battant, suivant des yeux la créature qui s'enfonçait à travers le sous bois…
Puis soudain, Harry est apparu, et j'ai sursauté, car il se tenait en fait à une assez faible distance. Durant tout ce temps, j'avais été si proche de lui !!
Il faisait nuit, mais j'ai reconnu aussitôt sa silhouette qui se détachait sur la surface neigeuse, baignée de la clarté argentée du patronus. Surpris, presque effrayé d'une telle proximité, je me suis vivement écarté, faisant beaucoup trop de bruit en trébuchant dans les branches mortes du sous bois. Il n'a pourtant rien remarqué, croyant sans doute avoir entendu le pas d'une bête sauvage, ce qui n'était certes pas très loin de la vérité.
Le garçon avançait lentement, comme hypnotisé par l'apparition. La tentation était forte d'aller à sa rencontre, de le voir lever vers moi son regard extraordinaire. Je n'en ai rien fait, bien sûr, je ne devais surtout pas intervenir, il se fût aussitôt détourné de la biche et eût cherché à me tuer par tous les moyens, sans prendre la peine de m'écouter...
La baguette en l'air, le garçon hésitait, je voyais ses yeux verts briller d'une manière presque surnaturelle. Son beau visage m'a semblé amaigri, fatigué… Ses cheveux très emmêlés étaient plus longs que dans mon souvenir…Il y avait quelque chose de sauvage dans son apparence…Puis soudain, il a paru prendre une décision, et il s'est lancé plus franchement à la suite du patronus. Quel merveilleux instinct ! C'était pourtant incroyablement risqué...Comment pouvait-il savoir que cette apparition était inoffensive ? N'importe qui aurait pu l'attaquer dans ce bois, il était seul, quasiment sans défense… Décidément, ce garçon est inconscient, ou génial, ou les deux à la fois...
Je l'ai suivi à distance, sans quitter des yeux sa silhouette déliée, essayant de ne faire aucun bruit…
Lorsqu'il s'est trouvé devant l'étang, j'ai fait disparaître le patronus, et il s'est arrêté. Il a allumé sa baguette. De là où je me trouvais, je pouvais sentir sa peur, je l'ai vu lever sa baguette et regarder autour de lui. Puis il s'est approché de l'étang, et il a aperçu l'épée qui brillait dans le fond. Le diffindo qu'il a lancé a brisé la glace. Evidemment, il a tenté ensuite un sort d'attraction, qui n'a produit aucun effet. Malheureux garçon !
Alors, et ma main tremble tandis que j'écris ces mots, il a à peine hésité avant de se déshabiller. Moi qui ai toujours raillé les gryffondor et leur ridicule témérité, j'ai salué silencieusement le splendide courage de ce garçon.
Une à une, ses couches de vêtements tombaient dans la neige autour de lui. La baguette s'éteignit, mais la lune diffusait une pâle lueur qui rendait la scène encore plus étrange, fascinante.
A présent, il se dressait, pâle et mince, vêtu de son seul sous-vêtement, silhouette fantomatique dans la clarté livide de l'astre nocturne. C'était une vision tout à la fois magnifique et d'une violence extrême. De là où je me trouvais, je ne le voyais pas trembler, mais je savais que le froid s'infiltrait en lui comme un poison mortel… Je savais aussi qu'il allait sauter d'un instant à l'autre, et j'aurais voulu le retenir, lui donner moi-même cette maudite épée qui se refusait à lui…
Cependant, la tentation de courir à sa rencontre s'était évanouie. Je n'avais plus aucune envie de me trouver face à lui, sous le feu de son regard. Qu'aurait-il pensé de moi, misérable cloporte, s'il avait su que je l'observais ainsi dans sa nudité ? Non, j'étais beaucoup mieux à le guetter, transi et subjugué, depuis le couvert des arbres...
Quand il a plongé dans l'eau glacée, j'ai manqué pousser un cri d'effroi. Je sentais mon propre cœur s'arrêter de battre, tant j'étais à l'unisson avec les sensations du garçon… Et le pire est venu ensuite. Au lieu de pêcher tout simplement l'objet au fond de l'eau et de sortir ensuite, son trophée à la main, il a commencé à se débattre sous mes yeux horrifiés contre quelque chose, quelque chose que je ne pouvais voir, mais qui semblait vouloir l'étrangler. Il portait désespérément les mains à son cou… Je le voyais vaciller, chanceler, tout en essayant de se libérer de ce quelque chose qui lui enserrait la gorge. J'étais moi-même figé, pétrifié par l'incompréhension et l'angoisse.
A l'évidence, j'avais sans le savoir précipité Harry dans un piège fatal...
Puis le garçon est tombé, et il a disparu sous la surface de l'eau et de la glace. A cet instant, j'ai su ce qui me restait à faire. Je devais le sauver, coûte que coûte, quelles que fussent les conséquences de mon acte… Je me suis précipité en avant… »
-Tiens, Potter…vous êtes là, mon garçon ?
La voix légèrement nasillarde de Phineas Nigellus arracha Harry à sa lecture.
Passablement contrarié, ce dernier leva les yeux vers le tableau. L'homme le regardait, le sourire aux lèvres.
-Vous ne dites rien ? Vous avez l'air troublé. C'est encore le journal de Rogue qui vous met dans cet état ?
-Mais non, ça va…, grogna Harry d'une voix affreusement rauque.
-Ça n'a pas l'air d'aller, pourtant. Vous me donnez beaucoup de soucis en ce moment, mon petit Potter. Vous ne dormez pas assez, et je trouve que ce bon vieux Rogue vous occupe beaucoup trop l'esprit.
-Écoutez, ne vous mêlez pas de ça, sinon je serai forcé de vous déménager à nouveau ! Que diriez vous d'être accroché dans le placard à balais?
-Vous ne feriez pas une chose pareille ! Allez, avouez-le, vous ne sauriez pas vous passer de moi !
-Si vous m'importunez tous les soirs avec vos commentaires déplacés, je n'aurai plus d'autre choix !
Black eut une moue boudeuse.
-Je suis certain que vous avez trop de cœur pour me maltraiter ainsi.
-Bon, alors répondez moi sincèrement, pour une fois: pourquoi m'avez vous dit que Rogue était représenté en robe d'apparat, dans son portrait, alors qu'il porte ses vieilles robes noires, comme d'habitude ?
Surpris par la question, Phineas parut légèrement troublé, mais il eut vite fait de se reprendre.
-Nous autres habitants des portraits, nous pouvons changer de vêtement quand bon nous semble…Je suppose que pour préparer ses chères potions, Rogue préfère enfiler une tenue déjà bien éprouvée...
Harry grommela dans sa barbe. Ce filou aurait toujours réponse à tout. Il n'apprendrait rien de plus de ce côté là. Bon, quand le laisserait-il continuer tranquillement sa lecture?
-Pourquoi vous intéressez vous ainsi à Rogue, mon garçon ? Dit soudain Black en posant sur Harry un œil inquisiteur.
-Excusez-moi, mais j'aimerais être tranquille, maintenant. J'ai besoin de calme, et…
-Oh, bien, bien…J'ai compris, vous m'avez assez vu…Sachez une chose, Potter ! Moi aussi, j'ai écrit un journal, autrefois. Et je n'ai pas peur de dire que mon style était excellent. Vous en trouverez certainement un exemplaire au grenier…cela me ferait plaisir que vous alliez le lire, si toutefois cela vous intéresse…Évidemment, je ne prétends pas avoir le sombre charisme du professeur Rogue…
Nigellus inclina sèchement la tête, puis fit volte-face et sortit du portrait. Soupirant de soulagement, Harry se replongea fébrilement dans sa lecture.
« Mais alors que je n'avais pu encore quitter le couvert des arbres, une chose incompréhensible s'est produite. J'ai vu une nouvelle silhouette apparaître, sortant de l'ombre où elle se tenait elle aussi tapie, à mon insu. C'était un homme grand, costaud. L'inconnu a juré bruyamment, courant vers l'étang comme j'avais eu l'intention de le faire un instant auparavant, puis a plongé dans l'eau, volant au secours de Harry…
Ron Weasley ! C'était lui, je l'ai compris très vite, malgré ma stupeur et mon incompréhension. Que faisait le garçon caché dans le bois ? Pourquoi n'était-il pas dès le début en compagnie de son ami ? Pour quelle raison s'étaient-ils séparés ?...
Ils sont enfin sortis de l'eau, Weasley tenant l'épée d'une main et tirant de l'autre le corps inerte de Harry. J'ai craint un horrible instant que le fils de Lily fût mort, mort étranglé, mort de froid ou d'autre chose, les circonstances offrant un choix non négligeable de fins possibles. Weasley s'est laissé tomber dans la neige, toussant et crachant, le corps de Harry allongé nu à ses côtés. Pétrifié, la gorge nouée, je regardais fixement la scène qui se jouait devant moi dans le clair de lune. Alors, il m'a semblé que Harry était agité d'un sursaut imperceptible, et j'ai ressenti un tel soulagement qu'une fois encore, j'ai failli surgir du bois en courant et me précipiter sur lui pour le prendre dans mes bras et le réchauffer de mon corps.
Je n'avais pas échoué, le garçon était sauf, bien que haletant et frissonnant de froid et de douleur. Puis, tandis que Harry se rhabillait maladroitement, tremblant de tous ses membres, ils ont échangé quelques mots, et Ron a montré à son ami une chaîne à laquelle était suspendu un gros médaillon. Je l'ai compris à cet instant, c'était cette chaîne que Harry avait portée autour du cou et qui, pour une raison inconnue, avait manqué de l'étrangler…Lorsqu'il s'était dressé nu devant l'étang, je le voyais de dos et je n'avais pas remarqué l'objet sur sa poitrine…
Ils ont repris de plus belle leur discussion que je ne pouvais entendre, et elle s'est achevée par une étreinte si sincère, si intense que j'en ai éprouvé une vive jalousie. Cette démonstration évidente de leur amitié m'excluait d'autant plus, moi, celui que tous détestent, et qui est obligé d'œuvrer dans l'ombre alors que tous le prennent pour l'esclave servile de Voldemort...
Entre temps, un doute pénible s'était emparé de moi. Weasley m'avait-il vu alors que je jetais l'épée dans l'étang, puis que j'allais me cacher dans les sous-bois ? Je me suis rassuré tant bien que mal en me disant ceci : tel que je le connais, s'il m'avait aperçu, il ne serait pas resté les bras croisés à m'observer, il aurait donné l'alarme et m'aurait attaqué à sa manière peu subtile, c'est à dire frontalement.
J'en avais assez vu. Le cœur serré, bien que je fusse satisfait que l'épée fût parvenue à bon port, j'ai transplané, laissant ces garçons à leurs effusions. J'avais joué mon rôle, je n'avais plus ma place à leurs côtés…
Pourquoi cette rancœur? D'où me vient cette peine si lourde ? N'ai-je pas eu déjà mon lot de frustrations, ne suis-je pas accoutumé à la solitude, aux regards chargés de mépris et de haine posés sur mon ignoble personne ?
Pourquoi ai-je eu si peur que tu meures, Harry ? Au fond, si tu disparaissais, les choses ne seraient pas pires pour moi, au contraire…Imaginons que Voldemort soit finalement le vainqueur de cette guerre : je serais élevé au plus haut sommet de la hiérarchie, adulé, respecté par le nouveau pouvoir. Ombrage et tous les autres seraient contraints de s'incliner devant moi. Belle revanche! Alors, pourquoi, pourquoi cette angoisse de te voir échouer ? A cause de la promesse faite à Dumbledore, cet homme qui m'a toujours manipulé et a toujours refusé de me confier ses secrets, sous prétexte que le Mage noir pouvait lire en moi ? A cause de l'amour que j'ai porté à ta mère? Mais n'es-tu pas aussi le fils de ton père, cet homme que je haïssais si violemment, et qui m'a dépossédé de celle que j'aimais ? Alors, pourquoi, Harry…?
Comment en suis-je venu à tenir à toi d'une manière aussi convulsive, moi qui te détestais si radicalement il y a encore quelques mois ? »
Harry referma lentement le cahier noir, le front moite. Dans la forêt de Dean, cette nuit là, il avait été à mille lieues de soupçonner la présence de Rogue, si proche, et le terrible combat intérieur qui se livrait en lui…
Si tout se passait comme il l'espérait, il allait se trouver dès le lendemain face à l'homme qui avait écrit ces mots passionnés et désespérés, ignorant que lui, Harry, les lirait un jour…Réussirait-il à le sauver ? Saurait-il ensuite lui parler ? Trouverait-il la force de supporter le poids de son regard, tout en connaissant aussi intimement ses pensées et la nature de ses sentiments…?
Hmpff…vous avez survécu aux histoires d'aiguilles, d'engrenages et de roues dentées ? Alors, s'il vous plait, laissez moi une review, j'en aurai grand besoin pour rédiger le prochain chapitre qui s'annonce particulièrement ardu…
Alexandra Ahaha, oui, la remonteuse joue à cache-cache, pour faire enrager Harry…C'est à croire que j'aime le faire souffrir, le pauvre garçon !
BulleMerci beaucoup pour tes encouragements !
DiagonAlleyMerci pour ton message ! Tu aimes le journal de Rogue ? Tant mieux, parce que moi, j'adore l'écrire !! A tout bientôt !
