Hello ! Avant de vous laisser lire, je tiens à vous remercier pour toutes vos gentilles reviews, je ne dirai jamais assez combien ça me fait plaisir, et aussi, combien ça me stimule pour écrire la suite, même si je manque affreusement de temps…Les RAR des non-inscrits se trouvent en bas de page, as usual …
J'espère que vous ne serez pas trop déçus par ce petit chapitre de transition. Vous avez tous compris que je ne suis pas très dégourdie en matière de voyages temporels (dès qu'il s'agit de réfléchir sérieusement à ce genre de choses, j'attrape le tournis et BAM , j'ai le cerveau qui « bugue »), aussi, ne m'en voulez pas pour mes théories bizarroïdes sur le voyage en boucle, etc…(vous saisirez mieux en lisant).
Voilà, une très bonne lecture à tous !
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CHAPITRE ONZE
Spinner's End
Pourquoi ce satané bouton refusait-il de bouger? Harry fit une nouvelle tentative, appuyant de toutes ses forces pour le débloquer, mais rien n'y fit. Il ne réussit qu'à s'arracher la moitié de l'ongle. La mollette semblait définitivement coincée dans sa position enfoncée. Le garçon sentit tout son corps devenir moite.
-Un problème, Potter ? Dit Rogue d'un ton moqueur.
Harry releva la tête et regarda celui dont il venait de sauver la vie. Malgré sa pâleur persistante, l'homme semblait reprendre des forces à vue d'œil.
-Oh…hum…un léger contretemps. La remonteuse montre quelques signes de rébellion, mais je vais en venir à bout, soyez-en sûr!
Rogue ricana plus ou moins discrètement, tandis que Harry recommençait à s'escrimer sur le bouton. Peine perdue.
-Montrez-moi ça ! Ordonna soudain l'ex-professeur.
Le garçon leva docilement le poignet et Rogue se pencha au dessus de la remonteuse, sans toutefois faire un mouvement pour la toucher.
-Qui vous a procuré cet objet ? Demanda-t-il tout en observant attentivement le cadran.
-Heu…un certain Bodlock…c'est un ancien ami du professeur Dumbledore.
-Ce nom ne me dit rien. Le mécanisme a l'air très complexe. Attendez… il me semble que…
Après une hésitation, Rogue saisit d'une main l'avant-bras de Harry pour rapprocher le cadran de ses yeux. Ses doigts étaient glacés.
-C'est bien cela. Il y a par endroits des traces d'oxydation. Cet objet n'a pas servi durant de longues années, je présume ?
-En effet…Son inventeur l'avait égaré, il traînait au fond d'une cave…
-Bon, et bien dans ce cas, dit l'homme d'un ton cassant en lâchant brusquement le poignet du garçon, il y a deux possibilités: soit, et c'est le plus probable, cet engin est hors d'usage et vous pouvez tout de suite le mettre à la poubelle. Soit, il demande tout simplement un petit entretien, avec démontage et huilage, comme on le fait pour une montre à ressort ordinaire…
Harry se mordit la lèvre.
-Comment le savoir ? Murmura-t-il, de plus en plus ennuyé.
La situation était des plus embarrassantes: il n'avait pas prévu qu'il aurait besoin de l'aide de Rogue d'une quelconque manière. Normalement, c'était à lui qu'incombait le rôle du sauveur, et non l'inverse.
-Que vous a dit exactement ce fameux… Boldock, en mettant cet objet à votre disposition ?
-Bodlock, corrigea Harry malgré lui. Heu… A vrai dire… pas grand chose…En tout cas, il n'a pas évoqué la nécessité de huiler sa remonteuse.
-Je vois. Vous vous êtes donc précipité dans cette aventure sans aucune garantie, en n'imaginant même pas que cet objet dévoré par la rouille risquait de se bloquer?
-Bodlock m'a expliqué son fonctionnement, c'est tout, grommela Harry. Quant à la maintenance, j'avoue que…
-Vous ne changerez jamais, Potter, soupira Rogue avec une moue dégoûtée.
Harry sentit le découragement le gagner.
-J'aurais dû prendre plus de précautions, reconnut-il en essayant de garder son calme. Mais…peut-être connaissez vous un sortilège qui permette de… de dégripper les engrenages ou les molettes ?
Rogue eut un petit rire grinçant.
-Ah…je vous reconnais bien là, Potter. Vous vous lancez à l'aveugle dans des plans stupides et dangereux, et ensuite vous comptez sur les autres pour vous tirer d'affaire.
-Mon plan était si stupide que j'ai réussi à vous sauver la vie…, répliqua Harry, vexé.
Il regretta aussitôt sa répartie. Rogue s'était tendu, toutes griffes dehors.
-N'espérez pas que je vous en remercie ! Lâcha-t-il d'un ton mauvais. Je vous rappelle que je ne vous ai rien demandé, et si vous m'aviez consulté avant d'agir, je vous aurais dissuadé de vous lancer dans cette entreprise insensée, soyez-en certain !
Harry haussa les épaules, grognant qu'il n'était pas spécialement facile de consulter un homme mort -ou feignant de l'être-, puis il se remit à manipuler le bouton. L'ingratitude de son ancien professeur commençait à lui taper sérieusement sur les nerfs. Après tout, il pouvait se passer de son aide. Il n'avait qu'à attendre deux mois pour rejoindre son époque, non?
Cependant…les choses étaient-elles aussi simples? Que se passerait-il au moment où son double et lui-même se retrouveraient, le 29 août? Pourraient-ils « fusionner » et ne faire plus qu'un, un Harry unique qui retrouverait ses amis et reprendrait le cours d'une vie normale? Ou alors… y aurait-il un Potter éternellement condamné à remonter le temps en boucle, et …Oh, que tout cela était embrouillé ! Il en avait le vertige rien que d'y songer…
A côté de lui, Rogue essayait à présent péniblement de se redresser. Harry cessa de s'acharner sur la remonteuse et se leva pour lui venir en aide, mais l'homme, se tenant au mur, avait réussi à se mettre sur pieds par ses propres moyens. Il haletait, l'effort l'ayant considérablement éprouvé.
-Vous devriez boire la deuxième fiole de potion…, conseilla Harry en observant avec inquiétude le visage creusé par l'épuisement de son ancien professeur.
A bout de souffle, Rogue hocha la tête et, s'appuyant dos au mur, sortit de sa poche la deuxième fiole. Il la déboucha, puis en avala d'une traite le contenu.
-Bon…je pense que vous feriez bien de transplaner, maintenant, dit Harry doucement. Moi, je finirai par trouver un moyen de débloquer ce bouton. Après tout, peut-être qu'un sortilège de …
-Ne faites surtout pas ça ! Haleta Rogue en lui jetant un regard féroce. Vous risquez de tout détraquer, et d'être définitivement coincé dans le passé.
-Comment cela, « définitivement coincé »?
-Eh bien, il y a de fortes chances pour qu'il vous soit impossible de dépasser la date fatidique à partir de laquelle vous avez quitté votre présent. Une fois parvenu à échéance, vous reviendrez aussitôt en arrière pour me porter secours, et ainsi de suite, jusqu'à épuisement…Ce serait une véritable malédiction, Potter. Apprenez enfin qu'on ne joue pas impunément avec les voyages temporels!
Harry s'éclaircit la gorge.
-Que me suggérez vous, dans ce cas? Articula-t-il avec difficulté, la bouche sèche.
-D'abord, il faut à tout prix éviter de jeter un sort sur cet objet, qui me paraît déjà bien assez fragile et capricieux comme ça.
-Peut-être devrais-je aller trouver Bodlock, dans ce cas ? Il m'aidera à…
-Réfléchissez au moins une fois dans votre vie, Potter, interrompit Rogue, excédé. Ce Bodlock vous avait-il déjà vu, quand vous êtes allé lui emprunter sa remonteuse ?
-Heu…non. En fait, nous nous sommes rencontrés pour la première fois…dans deux mois…si vous voyez ce que je veux dire.
-Je ne suis pas idiot, Potter! Il n'est donc pas question que vous alliez maintenant solliciter les services de cet homme, en lui mettant sous le nez une remonteuse qui est sensée traîner au fond d'une cave pendant deux mois encore…A moins d'avoir la prétention de vouloir modifier ce qui est déjà accompli.
-Même en lui jetant ensuite un sort d'oubliettes ?
Rogue hésita un instant, transperçant le garçon de son regard sombre.
-N'y pensez même pas… C'est beaucoup trop hasardeux. J'ai autre chose à vous proposer. Je m'y connais moi-même un peu en horlogerie. Bien qu'étant un sorcier, j'ai toujours aimé manipuler les engrenages et les mécanismes, à la manière moldue. Et je pense avoir chez moi de quoi remettre cet objet en état.
En évoquant sa passion pour l'horlogerie, Rogue s'était radouci, et son visage s'était curieusement animé.
-De quoi réparer la remonteuse? Chez vous?
-Oui, des outils, s'impatienta Rogue. Et du lubrifiant.
-Heu…vous me proposez donc de…de venir avec vous… chez vous ? Bredouilla Harry, pas très sûr d'avoir bien compris.
-A moins que vous ayez mieux à suggérer ? Peut-être préférez-vous que nous allions tous les deux à Poudlard, bras-dessus, bras-dessous, que nous passions dire bonjour au Seigneur des Ténèbres, et que nous lui demandions de réparer cet engin?
-Non, évidemment, rit le garçon. Mais ces outils d'horloger… un sort d'attraction ne pourrait-il pas les…
-Pas à cette distance, jeune ignorant ! Vous refusez de venir chez moi?
-Pas du tout! Mais je ne voudrais pas… m'imposer…
Rogue roula des yeux.
-Si je vous fais cette proposition, Potter, c'est que je ne vois que cette solution pour vous tirer de ce mauvais pas. Cessez de faire des histoires et prenez mon bras!
Harry lâcha Rogue dès que ses pieds eurent repris contact avec le sol. Il faisait noir, mais l'homme lança un lumos et s'assura que les fenêtres étaient bien obscurcies avant d'allumer plusieurs bougies d'un ample mouvement de sa baguette.
Le garçon jeta un coup d'œil autour de lui. Il se trouvait dans une très petite pièce dont les murs étaient entièrement occupés par des étagères remplies de livres anciens aux reliures de cuir. Plutôt sommaire, le mobilier se composait d'un vieux canapé usé, d'un fauteuil bancal et d'une table au plateau couvert de poussière.
-Où sommes-nous ?
-Spinner's End, à Londres. La maison où j'ai passé mon enfance, Potter. Rien de grandiose, n'est-ce pas ?
Harry ne sut que répondre et Rogue continua sur sa lancée.
- Si vous le permettez, je vais commencer par aller me changer. Asseyez-vous, je ne serai pas long!
Non sans inquiétude, Harry le suivit des yeux tandis qu'il se dirigeait d'un pas chancelant vers une porte à peine visible au milieu des étagères à livres. Rogue l'ouvrit et disparut dans un escalier étroit. Le garçon l'entendit monter les marches avec lenteur. Renonçant à lui proposer de l'aide, de peur de se faire rabrouer, il se laissa tomber en soupirant dans le vieux canapé, et attendit en rongeant son frein.
Il avait réussi la partie la plus importante de sa mission, et cela représentait en soi une formidable victoire. Mais il sentait le doute s'infiltrer en lui au fur et à mesure que s'écoulaient les minutes. Avait-il bien fait ? Rogue n'allait-il pas s'arranger pour lui faire cruellement regretter son acte, qu'il semblait juger totalement insensé ?
Autre sujet de préoccupation: Harry parviendrait-il à rejoindre ses amis, ou était-il condamné à tourner en rond, répétant à l'infini son opération de sauvetage jusqu'à ce que mort s'ensuive ? Ne serait-ce pas une juste punition du destin contre sa folle témérité, sa prétention à vouloir corriger le cours de l'histoire en intervenant sur ce qui l'avait contrarié ou lui avait déplu?
S'arrachant à ses sombres réflexions, il se leva pour s'approcher des rayonnages qui couvraient entièrement les murs de la pièce. Le garçon fut surpris d'y voir rangés les titres les plus divers. Ouvrages de potions, sortilèges ou histoire de la magie côtoyaient des œuvres moldues, scientifiques ou littéraires, et même un nombre non négligeable de livres d'art ou de voyage. Devant une telle profusion, Hermione se fût mise à frétiller d'excitation et de plaisir. Harry était quant à lui simplement étonné de découvrir une si belle collection, et il s'interrogea sur son origine: Rogue en avait-il hérité à la mort de ses parents, ou l'avait-il lui-même constituée ou complétée au cours des années? Au fond, songea-t-il, il ne savait rien, ou pas grand chose, du passé de son professeur…Seul le journal intime lui avait révélé certains aspects de sa personnalité tenue jusque là si secrète…
Occupé à contempler des gravures de Rembrandt, Harry sursauta en entendant Rogue revenir dans la pièce. Il s'empressa de remettre l'ouvrage à sa place, se sentant légèrement fautif, mais l'homme ne lui fit aucune remarque. Levant les yeux vers lui, le garçon s'aperçut qu'il avait changé de robe, la nouvelle étant propre et tout aussi noire que la précédente. L'homme s'était également nettoyé le visage, ses mains et ses cheveux avaient retrouvé leur aspect habituel. On pouvait difficilement imaginer que quelques minutes plus tôt, la même personne baignait dans son sang, suspendue entre la vie et la mort.
-Voilà, Potter. Je suis à votre disposition. Voulez-vous boire quelque chose? Du thé? Du whisky? Autre chose ?
-Du thé, ce sera très bien, répondit Harry en se rasseyant, étonné de tant de civilité de la part de son professeur.
Agitant négligemment sa baguette, l'homme fit apparaître une théière et deux tasses qui vinrent d'elles-mêmes se poser sur la table basse, devant Harry. Puis il s'assit en face de lui, dans le fauteuil à demi défoncé. Ils se regardèrent, et il y eut un silence. Le garçon cherchait désespérément comment entamer la conversation, mais Rogue fut le plus rapide.
-Avant que je m'occupe de cette remonteuse, Harry, dit-il avec gravité, expliquez-moi tout. Je veux comprendre ce qui s'est réellement passé lors de votre confrontation avec le Mage noir.
Une fois de plus, comme par inadvertance, l'homme l'avait appelé par son prénom.
Encouragé par cette amabilité inespérée, le garçon se lança dans son récit. S'enhardissant peu à peu, il parla des horcruxes, de la mission que lui avait confiée Dumbledore et de la quête qu'il avait menée avec Ron et Hermione durant les mois précédents. Puis, après avoir avalé quelques gorgées de thé brûlant, il raconta d'une voix frémissante de quelle manière s'était déroulé le combat final, sans omettre un seul détail, mettant un soin particulier à décrire l'acte héroïque de Neville tuant Nagini, le serpent-horcruxe...
Le regard attentif que l'homme posait sur lui, tout en l'écoutant calmement, l'incitait à ne rien passer sous silence. Harry prit soudain conscience qu'en cet instant, c'était bel et bien le Rogue du journal intime qui se tenait devant lui. L'homme n'avait plus rien de commun avec l'odieux professeur qu'il avait connu autrefois, celui qui ne lui laissait jamais le temps de répondre lorsqu'il l'interrogeait et l'interrompait systématiquement pour lui retirer une multitude de points, la bouche tordue d'un rictus haineux et triomphant.
Ce Rogue-ci était à n'en pas douter un véritable ami, quelqu'un aux yeux de qui il comptait, quelqu'un qui avait pour lui de l'affection et qui le respectait…
Sans marquer aucun signe d'impatience, Rogue le laissa finir, demandant parfois une précision, tout en buvant lentement son thé, les yeux rivés sur son jeune interlocuteur.
-Et ces deux derniers mois, à quoi les avez-vous consacrés? S'enquit-il enfin en reposant sa tasse vide.
-Eh bien…il y a eu les enterrements, répondit doucement Harry, les paupières baissées. Ceux de Fred Weasley, de Remus, de Tonks… Molly et Arthur n'allaient pas très bien… J'ai passé beaucoup de temps avec mes amis.
-Je vois. Et…que comptez-vous faire maintenant ? Une septième année à Poudlard, pour passer vos Aspics?
-Heu…non. En fait… je me suis inscrit à l'Académie de formation des Aurors.
Rogue regarda Harry comme si le garçon venait de lancer une injure particulièrement ordurière.
-Quoi ? S'étrangla-t-il.
-Oui, je voudrais devenir Auror…, répéta timidement Harry, sans comprendre l'expression choquée qu'avait pris le visage blafard de son professeur.
-Vous avez vraiment perdu l'esprit, Potter, s'exclama l'homme d'une voix que l'indignation faisait trembler. Vous avez passé votre enfance et votre adolescence à courir après le danger, et vous allez continuer à vous mettre dans des situations impossibles, maintenant que le péril est derrière vous?
-Heu…disons que… je conçois mal une vie dans laquelle je ne serais pas utile à la société…
Rogue fit claquer sa langue avec agacement.
-Et de votre point de vue, il n'y a qu'une seule manière de vous rendre utile, c'est en allant vous jeter au devant des délinquants et des assassins?
-C'est-à-dire que…c'est dans ce domaine là que je me sens le plus apte, le plus capable…
-Capable ? Vous avez dit vous-même que dans l'accomplissement de votre mission, vous avez surtout eu beaucoup de chance, ricana Rogue avec amertume. Pensez-vous que pour ceux qui vous ont aidé, soutenu ou protégé, il est plaisant de voir que vous allez continuer à mettre tous les jours votre vie en danger ?
Mal à l'aise, Harry se tut. Il ne comprenait pas bien la réaction de Rogue. Ou plutôt, même s'il la comprenait, elle l'embarrassait par sa virulence exagérée.
-Vous avez bien réfléchi ? Insista l'homme à mi-voix.
-Oui…
-Vous êtes décidé, vous ne changerez pas d'avis ?
Harry secoua la tête.
-Non. Aucune autre formation ne me tente, souffla-t-il en levant vers Rogue un regard contrit, mais empreint de franchise.
-Et comment avez-vous eu l'autorisation de vous inscrire dans cette Académie (l'homme prononça ce mot d'un ton méprisant) sans avoir passé vos Aspics ?
-J'ai obtenu une dérogation. Ron est dans le même cas que moi.
Rogue parut sur le point de faire à nouveau une remarque désagréable, mais il se ravisa et haussa les épaules.
-Évidemment, j'aurais dû me douter que vous seriez accueilli partout à bras ouverts, conclut-il simplement d'un ton maussade et résigné. Avez-vous seulement songé à préparer votre rentrée ? Vous risquez de souffrir de terribles lacunes, vous en êtes conscient ?
Harry rougit.
-Je…nous avons travaillé…heu…un peu, Ron et moi…
Rogue leva les yeux au plafond et soupira à nouveau. Comme pour se retenir de lancer à nouveau une pique, il remplit pour la troisième fois la tasse de Harry. Le silence s'installa entre eux, jusqu'à ce que Harry se risque à le rompre.
-Et vous, professeur ? Glissa-t-il, estimant que la conversation avait bien assez tourné autour de son propre cas. Qu'est-ce que vous allez faire, durant ces deux mois?
Rogue renifla.
-Pourquoi me posez vous cette question ? Vous le savez mieux que moi ! Pas plus tard que tout à l'heure, vous m'avez expliqué vous-même ce que j'aurais à faire, ou plutôt, à ne pas faire.
-En fait, je ne connais qu'une partie de votre emploi du temps, se défendit Harry. Je sais que vous allez vous arranger pour apparaître dans un portrait de directeur à Poudlard, et que vous viendrez même me rendre visite square Grimmauld, invité par Phineas Nigellus… Dans son portrait, bien sûr… ! S'empressa-t-il d'ajouter en voyant les yeux surpris, puis effarés de son professeur.
-Apparaître dans un portrait… de directeur? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Vous pensez que je n'ai rien de mieux à faire, Potter ?
-Eh bien…cela devrait faire partie de la stratégie destinée à faire croire à tous que vous êtes effectivement mort. Je me laisserai moi-même prendre à cette manœuvre, et je viendrai vous proposer, par l'intermédiaire du portrait, de venir vous sauver.
Rogue resta un moment interdit, puis il eut une grimace désabusée.
-Tout cela est ridicule. Je déteste devoir me conformer ainsi à un avenir déjà tout tracé.
-Je me doute bien que ça ne sera pas très agréable. Mais ma partie n'est guère plus drôle, si ça peut vous consoler. Je dois m'assurer que tous les éléments concordent, et faire coïncider votre futur avec mon passé. Vous me suivez ? Eh bien, je vous assure que c'est une rude tâche…
-Je vous rappelle que vous vous êtes lancé là-dedans de votre propre initiative, répliqua sèchement Rogue. Mais dites-moi: cette lettre que vous avez écrite à l'intention du professeur Mc Gonagall, quel est le meilleur moment pour la lui faire parvenir ?
- D'ici deux jours, je pense que vous pourrez l'envoyer, monsieur. Vous l'avez lue ?
-Pas encore. Quand l'aurais-je fait?
-Hermione m'a aidé à la rédiger avant mon départ. Si les choses se passent comme prévu, le professeur Mc Gonagall devrait tout comprendre en la recevant, et demander au portrait du professeur Dumbledore des explications. Je suis convaincu qu'elle vous offrira ensuite sa protection sans difficulté.
Rogue leva un sourcil, puis lança un sort d'attraction. Un instant plus tard, le parchemin de Harry volait dans sa main. Il le déroula, puis le parcourut rapidement du regard. Harry se souvenait parfaitement de ce qu'il avait écrit le matin même sous le contrôle d'Hermione.
Londres, square Grimmauld, 29 août 1998
Chère professeur Mc Gonagall,
Vous allez sans doute être surprise en découvrant cette lettre. Et oui, vous avez bien lu, elle est effectivement datée du 29 août. Soyez tranquille, il ne s'agit nullement d'un canular...
Permettez-moi de prendre un peu de votre temps pour vous expliquer ce phénomène insolite et vous faire part des raisons qui m'ont poussé à vous écrire en ce jour.
Tout d'abord, apprenez que cette lettre vous est envoyée non par moi, mais par le professeur Rogue.
« Quoi ?Allez vous penser à juste titre. Comment se fait-il que Rogue, cet affreux Mangemort que je croyais décédé ou disparu, me fasse parvenir aujourd'hui un courrier signé par Harry Potter et daté du 29 août ?». Je reconnais volontiers que tout cela peut paraître légèrement embrouillé, même pour un esprit aussi éclairé que le vôtre...
Sachez que celui qui vous écrit ainsi du futur a en fait entrepris de remonter le temps grâce à un ingénieux système mis au point par un certain Adalbert Bodlock, ancien ami du professeur Dumbledore, système que je ne vous décrirai pas dans cette missive, cela nous prendrait trop de temps et nous détournerait du sujet principal.
« Pourquoi, vous dites-vous encore, pourquoi donc Harry Potter s'est-il lancé dans cette étrange aventure ?» Je vais tenter un début d'explication : ayant appris avant la fin de la bataille de Poudlard que Severus Rogue, contrairement aux apparences, était toujours resté fidèle au professeur Dumbledore et ne l'avait tué que sur son ordre et dans l'intérêt de notre mission, j'ai désiré m'intéresser de plus près au destin de cet homme courageux et injustement accusé de collusion avec l'ennemi.
En effet, sachez que Severus Rogue a toujours travaillé dans l'ombre pour notre cause, prenant soin de me venir en aide chaque fois qu'il en avait l'occasion et exécutant scrupuleusement les ordres de Dumbledore, y compris après la mort de ce dernier, et même lorsque ces ordres le mettaient lui-même en péril. En revanche, il n'a jamais pu bénéficier de la reconnaissance publique que son engagement courageux aurait dû lui garantir. Voldemort, pourtant persuadé que le professeur Rogue lui était resté fidèle, n'a rien trouvé de mieux à faire que de jeter sur lui son redoutable serpent, pensant que par ce meurtre, il se rendrait maître de la baguette de sureau, celle qui avait appartenu autrefois à Dumbledore. Caché dans la Cabane Hurlante, je fus témoin de cet assassinat, mais je ne connaissais pas encore à cet instant le rôle qu'avait joué le professeur Rogue dans la guerre…
En discutant d'abord avec mes amis, puis avec le professeur Dumbledore (par l'intermédiaire de son portrait), j'ai donc pris la décision de revenir dans le passé pour sauver Severus Rogue de la mort indigne que Voldemort lui avait réservée. Au moment où je rédige cette lettre, je n'ai pas encore entrepris mon voyage temporel, mais j'espère réussir, et si vous la recevez, c'est que je serai effectivement parvenu à mes fins et que le professeur Rogue sera bel et bien vivant. Il ne manquera pas de vous donner lui même plus de détails sur les évènements qui se seront produits au cours du sauvetage que je m'apprête à réaliser.
A l'instant où vous lisez cette lettre, le professeur Rogue est dans une situation difficile. Accusé d'avoir collaboré activement avec le Mage noir, il ne peut reparaître sur la scène publique avant d'avoir été officiellement réhabilité. Je m'apprête d'ailleurs à lancer aujourd'hui toutes les démarches en ce sens. Pour le moment, étant universellement considéré comme un homme à abattre, il est obligé de se cacher. Je vous serais extrêmement reconnaissant si vous pouviez lui offrir un asile à Poudlard dans les jours qui viennent. Il va sans dire qu'il devra y mener la vie la plus discrète qui soit, il serait même souhaitable que tous le croient morts pour l'instant.
Moi-même, je vais mettre un certain temps à concevoir mon projet de sauvetage. Ne vous étonnez pas si dans quelques jours, je (ou plutôt, mon double)vous demande l'autorisation de récupérer le coffre personnel du professeur Rogue. Je vous saurais gré de ne pas m'opposer de refus.
Bien sûr, si vous avez encore des doutes quant à l'engagement du professeur Rogue à nos côtés, n'hésitez pas à vous adresser directement au portrait du professeur Dumbledore, il vous donnera toutes les explications complémentaires, ainsi que Rogue lui-même quand vous le verrez à Poudlard.
En espérant ne pas vous avoir importunée trop longtemps avec mes explications laborieuses, je vous prie de recevoir, chère professeur, l'expression de mes sentiments respectueux
Harry Potter
Quand il eut fini de lire, Rogue roula à nouveau la lettre et la glissa dans une poche intérieure de sa robe.
-Vous êtes bien confiant dans votre pouvoir de persuasion, Potter, dit-il d'un ton aigre. Vos explications sont on ne peut plus embrouillées, je doute que Minerva s'y retrouve.
-J'espère qu'elle comprendra l'essentiel, à savoir, qu'elle doit vous porter secours…
-Mais vous semblez oublier qu'elle a passé l'année à se méfier de moi et à me haïr de toute son âme. Pensez-vous qu'elle tirera aussi facilement un trait sur ce passé ?
-Eh bien, je suppose que la lettre est suffisamment explicite…
-Et si elle pense que c'est un faux, et que c'est moi qui ai tout monté pour fuir la condamnation que je méritais et éviter Azkaban ?
-Oh, elle saura que la lettre est bien de moi ! Elle connaît mon style et mon écriture.
-Il est vrai que la pauvre femme a eu -comme moi- de nombreuses occasions de corriger vos devoirs confus, sales et bourrés d'erreurs, railla Rogue avec un sourire en coin.
-Je me suis appliqué, mais il y a quand même quelques maladresses, et pas mal de ratures. Hermione a insisté pour que je les laisse, dans un souci d'authenticité…
L'homme grimaça.
-Je ne sais pas si cela suffira. Et en admettant que vous réussissiez à la convaincre que j'ai effectivement continué à travailler pour Dumbledore, comment allez-vous vous y prendre pour me réhabiliter aux yeux du monde magique ? Y avez-vous seulement réfléchi avant de vous lancer dans cette aventure?
-Bien sûr ! Dès mon retour à mon époque, je vais prendre contact avec le ministre Shacklebolt et la presse sorcière. Je vous promets que très vite, tout le monde sera au courant de votre engagement héroïque dans la guerre.
-N'utilisez pas des termes aussi ronflants, s'il vous plaît, grogna Rogue, agacé. Souhaitons que vous saurez user de finesse et de diplomatie. Demandez conseil à votre amie Granger, elle est en général plus avisée que vous.
Décidément, Rogue ne faisait rien pour se montrer aimable. Une fois de plus, Harry prit le parti de ne pas s'en formaliser.
-J'en suis bien conscient, ne vous inquiétez pas, répondit-il placidement. Elle m'accompagnera dans toutes mes démarches…
-Bien. Vous comprendrez que, quitte à être vivant, j'aimerais autant ne pas me retrouver à croupir au fond d'un cachot à Azkaban, et je n'apprécierais guère de lire tous les jours dans la presse des propos diffamatoires me concernant.
-Je comprends parfaitement…, dit Harry doucement.
Rogue le regarda, et le garçon crut déceler dans son expression quelque chose qui ressemblait à de la bienveillance.
-A présent, donnez-moi votre remonteuse. Je vais voir ce que je peux faire pour la remettre en état.
Harry avait suivi Rogue au sous-sol. L'espace y était aménagé d'un côté en laboratoire, de l'autre, en atelier, bien plus vaste qu'on aurait pu le supposer au vu de l'emprise au sol de la maison. La magie devait être pour quelque chose dans cette anomalie architecturale.
Debout près de l'établi de bois, le garçon observait en silence l'homme assis, penché au dessus de la remonteuse. Ses longs cheveux pendaient comme des rideaux noirs autour de son visage pâle. Après avoir chaussé des lunettes d'horloger, Rogue avait réussi à ouvrir le cadran grâce à un minuscule tournevis à pointe d'or. A présent, il faisait délicatement couler une goutte d'huile à l'intérieur du mécanisme.
De longues minutes s'étaient ainsi écoulées dans un profond silence quand l'homme referma précautionneusement le boîtier, avant de retirer ses lunettes et de lever les yeux vers Harry.
-Voilà. L'engin devrait fonctionner à présent. Mais attention, il ne faut pas que le bouton se débloque avant que vous ayez attaché la remonteuse à votre bras, sinon, elle risque de disparaître toute seule en vous laissant ici, ce qui serait regrettable pour vous comme pour moi.
Harry hocha la tête et tendit une main légèrement tremblante pour reprendre la remonteuse.
-Je préfère manipuler cet objet moi-même, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, dit Rogue en adressant à Harry un regard interrogateur, comme s'il attendait une autorisation.
-Comme vous voudrez…, dit le garçon.
Remontant sa manche, il maintint le bras tendu vers Rogue, et l'homme se leva pour fixer la remonteuse à son poignet. Ses gestes étaient à la fois délicats et précis. Quand il eut fini, il garda un court instant la main du garçon dans la sienne avant de la libérer. Ils se regardèrent.
-Voilà, Potter. Maintenant, vous pouvez essayer de débloquer le bouton. Il se peut même qu'il se décoince tout seul, sans crier gare…
-Merci, professeur, souffla Harry.
Rogue se détourna brusquement pour ranger ses petits outils dans un tiroir de l'établi.
-Bien, nous pouvons remonter là-haut, à présent, dit-il lorsqu'il eut fini, invitant d'un geste le garçon à prendre l'escalier de briques.
Mais Harry ne bougea pas. Il se sentait soudain terriblement impatient de rejoindre son époque et ses amis.
-Heu... Je vais plutôt y aller tout de suite…, dit-il en posant un doigt sur le déclencheur. Je vous revois donc le 30 août ?
-Attendez, Potter, intervint Rogue à voix basse en faisant un pas en avant. Je voulais vous demander…pour mon coffre… N'est-il vraiment pas possible que je le récupère?
Ainsi, cette histoire de journal intime continue à le tourmenter…, réalisa soudain Harry, non sans éprouver une certaine compassion pour son professeur impuissant à intervenir sur un futur proche qui lui déplaisait profondément.
-Non…, souffla le garçon sur le même ton. Vous devez absolument renoncer à lui pendant ces deux mois. Je suis vraiment désolé.
L'expression douloureuse, Rogue semblait hésiter.
-Pourtant, j'aurais voulu que…, murmura-t-il d'un ton indécis. Pouvez-vous me dire ce que…Quels sont les passages du journal que vous avez lus jusqu'à présent ?
-Oh…hum... A vrai dire, je l'ai survolé du début à la fin. Lu en diagonale, si vous préférez. Vous voyez, il est trop tard, le mal est fait…
Regardant ses pieds, la mâchoire crispée, Rogue resta un moment silencieux. Puis il reprit très bas:
-Pourquoi avez-vous dit que c'est… ce que vous y avez trouvé qui vous a décidé à venir me sauver ?
Sa voix n'était plus qu'un chuchotement. Surpris par la question, Harry rougit, embarrassé, et baissa les yeux à son tour.
-J'ai été impressionné par…hum… par votre sincérité… par la force de votre engagement…
Il se tut. Rogue semblait attendre autre chose.
-Et aussi…, balbutia encore Harry, comme malgré lui.
-Et aussi ?
-Eh bien…par le fait que vous ne sembliez plus me détester comme par le passé.
Écarlate, Harry osa affronter le regard de Rogue, et il fut surpris de découvrir que le visage de l'homme s'était également empourpré. Il en fut ému et gêné.
-Écoutez, Potter, murmura Rogue précipitamment. Il m'est arrivé d'écrire dans ces cahiers des choses qui…disons, qui allaient au delà de…de ce que je pensais ou ressentais réellement. L'année scolaire passée a été une lourde épreuve, et mon journal me servait de refuge, de défouloir. Il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre.
L'occasion était trop belle, et Harry ne put résister à l'envie de titiller son professeur.
-Dois-je comprendre qu'à présent, vous ne me trouvez plus aucune ressemblance avec ma mère…?
Sous le coup de la surprise, la bouche de Rogue s'arrondit, puis se tordit.
-En effet, votre éloignement m'avait abusé, dit-il avec colère. En réalité, vous êtes aussi prétentieux et arrogant que l'était votre père.
Harry se retint de sourire.
-Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous offenser, professeur. Quoiqu'il en soit, je vous promets de vous restituer votre coffre et tout son contenu lors de votre venue chez moi pour dîner, le 30 août…
Rogue entrouvrit les lèvres pour répondre, mais ce fut l'instant que choisit le bouton déclencheur pour sortir enfin de son encoche. Avec un haut-le-cœur, le garçon se sentit brutalement arraché à la cave de Spinner's end.
Et voilà…il me semble que ce chapitre piétine, il n'a guère fait avancer l'action. J'espère que vous ne vous êtes pas trop ennuyés…quoiqu'il en soit, j'attends vos avis avec impatience !
Naste: Merci pour ta review ! On va bien voir ce que fait Harry, mais les choses ne sont peut-être pas aussi simples que tu sembles le penser, héhéhé (sadique, moi ? meuh non !) !
Morganne-bzh: Ah, oui, je reconnais que j'aime jouer avec vos nerfs, comme tu l'écris si bien…rien ne peut me faire plus plaisir que de savoir que vous êtes « accros » (bouh, la vilaine!) Et oui, merci, j'ai passé de bonnes vacances, bien que j'aie l'impression de ne pas m'être reposée, mais c'est à chaque fois comme ça, alors…
Sophie : Merci pour ta review très encourageante. As-tu réussi à patienter ? (désolée, tu n'avais pas vraiment le choix…) J'espère que tu ne seras pas trop déçue…
