Bonjour tout le monde ! Mille mercis pour vos nombreuses reviews qui m'ont comblée, et poussée à écrire la suite en un temps record ! J'espère que je n'ai oublié personne dans mes réponses, si c'était le cas, n'hésitez pas à me le signaler.
Avant de vous laisser lire le chapitre, un petit mot de pub…Vous êtes plusieurs à publier vous mêmes des fics sur ce site, et quand j'ai un peu de temps (c'est-à-dire rarement), je cours faire un tour pour lire vos productions. Je me permets de signaler à votre attention la fic de Keira48 : « Journal d'un serpentard » (je vais la mettre dans mes auteurs favoris, ça sera plus facile à trouver). C'est le récit de la sixième année à Poudlard vue par les yeux de Drago, et c'est à la fois drôle et tragique. Mettez lui des reviews, elle le mérite largement ! Pour l'avoir vécu, je ne sais que trop ce que c'est que d'attendre désespérément les commentaires de lecteurs qui s'obstinent à rester silencieux…
CHAPITRE DOUZE
Retrouvailles et visite au ministère
En reprenant pied, Harry fut surpris de se trouver plongé dans une obscurité totale. Il s'était naïvement attendu à voir devant lui, dans le demi-jour que laissait filtrer la seule fenêtre non condamnée de la cabane hurlante, ses trois amis souriants, ravis de l'accueillir. Or, il était entouré de ténèbres épaisses, comme dans un tombeau...
Soudain, il comprit.
Bien sûr, comment n'y avait-il pas songé plus tôt ? La remonteuse l'avait certes ramené à son époque, mais dans la cave de Spinner's End, et non au premier étage de la cabane hurlante… N'ayant pas une connaissance précise du fonctionnement de l'engin, Rogue n'avait pas pu le mettre en garde. Et Harry, pourtant informé par Bodlock des caractéristiques de la remonteuse, ne s'était pas méfié. Il aurait dû transplaner d'abord dans la cabane hurlante avant de toucher au bouton…qui n'avait d'ailleurs pas attendu son autorisation pour se débloquer de lui-même.
Bon. Ce n'était pas bien grave, il n'avait plus qu'à se dépêcher de transplaner pour rejoindre ses amis. En effet ces derniers, ne le voyant pas revenir, devaient être au bord de la panique.
A cet instant, Harry crut entendre un bruit étrange, inattendu. Surpris, il tendit l'oreille. Non, il ne se trompait pas: des voix assourdies résonnaient à l'étage supérieur.
Il se trouvait chez Rogue. Peut-être le propriétaire des lieux était-il présent, en compagnie d'une ou plusieurs autres personnes? Piqué par la curiosité, Harry alluma sa baguette, se fraya un passage entre l'établi et la paillasse envahie de chaudrons et d'ustensiles divers, puis grimpa quelques marches afin de se rapprocher de la source sonore.
-…ne trouvera rien, je te dis ! Tonnait une rude voix d'homme que Harry identifia comme n'appartenant pas à Rogue.
Il y eut un bruit sourd. Un objet pesant venait de tomber sur le plancher.
-Le chef sera furieux. Il est persuadé que Rogue est vivant, répondit une voix féminine.
-Il est peut-être vivant, mais il ne crèche pas ici. Il n'y a aucun indice, rien.
Harry entendit d'autres échos de chute. Tout semblait indiquer que les intrus étaient occupés à jeter violemment par terre les précieux livres de Rogue.
-On a fouillé l'étage, le grenier, la cuisine, toutes les pièces… Tu m'accorderas que cette bicoque semble abandonnée depuis longtemps. Et on n'a pas trouvé un seul objet de magie noire.
-Ouais, mais je suis certaine qu'il y a une cave, rétorqua la femme d'un ton catégorique. Il y en a dans toutes ces maisons, elles sont toutes bâties sur le même plan ! Je te dis qu'on a mal cherché. Rogue est un malin ! Si ça se trouve, il se planque tout simplement au sous-sol. Et s'il a quelque chose à cacher, il l'aura forcément mis dans une pièce secrète.
-Bon, ben, dans ce cas, continuons à inspecter ces murs …Il doit y avoir un accès, et logiquement, ça devrait être par ici…
Les pas se rapprochaient de la porte contre laquelle Harry avait plaqué son oreille. Le garçon se souvint que, lors de sa venue quelques instants (ou mois!) plus tôt, Rogue avait en effet prononcé une formule magique pour révéler l'accès au sous-sol. Or ces personnes, sans doute expertes en sorts de détection, risquaient de découvrir rapidement la porte de la cave…
Harry n'avait aucune envie d'être surpris chez Rogue, et encore moins dans sa cave secrète. Il était grand temps de filer. Craignant que son transplanage ne s'accompagne d'un POP trop sonore, il se dépêcha de redescendre silencieusement la volée de marches, tout en priant pour que les individus occupés à inspecter les lieux n'aient pas posé sur la maison de Rogue des sorts anti-transplanage.
Mais il eut beau se concentrer et murmurer la formule adéquate, rien n'y fit. A l'évidence, les enquêteurs avaient pris leurs précautions et il ne pourrait quitter ces lieux en transplanant. Harry sentit ses entrailles se nouer. Il lui fallait absolument sortir au plus vite de la maison de Rogue. Mais pour cela, il devait monter au niveau supérieur…
Il entendait les bruits de voix se rapprocher. Les intrus n'allaient pas tarder à découvrir la porte de la cave. Harry se souvint que sa cape d'invisibilité était roulée au fond de son sac à dos. Le cœur battant, il s'empressa de l'enfiler, et se plaqua contre le mur, au bas de l'escalier.
Un instant après, il y eut une exclamation de triomphe, et l'accès à la cave s'ouvrit brutalement.
-Ah, tu vois bien, il y a des marches…j'avais raison ! Glapit la femme d'une voix rendue stridente par l'excitation.
Les deux inspecteurs se mirent à descendre lentement l'escalier. Apparemment, ils étaient sur leurs gardes. Harry retint son souffle.
Ils s'éclairaient de leurs baguettes, et en parvenant dans la cave, ils semblèrent rassurés de n'y trouver personne. Sans doute avaient-ils redouté d'avoir à se battre contre le propriétaire des lieux. En découvrant l'atelier et le laboratoire de Rogue, ils poussèrent divers cris et exclamations d'allégresse. Ils auraient quelques pièces à conviction à rapporter à leur chef, et leur prime risquait de s'arrondir. A travers sa cape, Harry distinguait leurs silhouettes, haute et massive pour celle de l'homme, plus menue pour la femme. Ils portaient l'uniforme des aurors. Pris d'une soudaine frénésie, ils se mirent à tout renverser, ouvrant les tiroirs, jetant à terre les cornues et les éprouvettes, manipulant sans précaution les précieux ustensiles de Rogue.
Profitant du vacarme ainsi créé, Harry se glissa dans l'escalier et gagna prestement le rez-de-chaussée. Il traversa à pas légers le séjour vandalisé, et trouva sans difficulté le couloir d'entrée de la maison. La porte donnant sur la rue ne résista pas longtemps à son alohomora. Il avait inévitablement fait du bruit, mais les aurors n'avaient sans doute rien entendu du fond de leur sous-sol. Haletant, le garçon s'éloigna rapidement, toujours dissimulé sous sa cape.
Enfin, dans la pauvre impasse déserte, il trouva un recoin sale et humide dans lequel il se glissa pour arracher sa cape à l'abri d'éventuels regards moldus. Dès qu'il l'eut rangée dans son sac, il respira profondément et transplana.
Une seconde plus tard -et à son grand soulagement-, il reprenait contact avec le sol mal équarri de la cabane hurlante. Il fut aussitôt accueilli par des cris de surprise et de joie. Ses amis se précipitèrent sur lui, manquant le jeter à terre.
-Harry ! Enfin ! On n'y croyait plus ! S'exclama Ginny, les yeux encore brouillés de larmes.
-Qu'est-ce que tu as fabriqué, mon vieux ? Dit Ron en lui donnant une vigoureuse claque sur l'épaule. Ca fait dix minutes que tu es parti ! On allait plier bagage, la mort dans l'âme…
-Tu avais changé de lieu, c'est ça ? Analysa Hermione, l'œil inquisiteur. Tu avais quitté la cabane hurlante ?
-Bien vu, Hermione. Ne vous inquiétez pas, je vais tout vous expliquer…, souffla Harry en essuyant de la manche son front moite.
Il se sentait passablement étourdi et complètement vidé de son énergie.
-Dis-nous d'abord l'essentiel. Tu as réussi à sauver Rogue?
Harry se ressaisit et regarda Hermione avec un bonheur mélangé de fierté. Sa gratitude pour la jeune fille risquait de l'étouffer s'il ne la remerciait pas immédiatement.
-Oui, j'ai réussi, claironna-t-il, triomphant. Ou plutôt, je devrais dire : nous avons réussi. Car si Rogue est vivant, c'est avant tout grâce à toi, Hermione. Je ne te dirai jamais assez ma reconnaissance.
La jeune fille rougit de plaisir. Quant à Ginny et Ron, ils entamèrent une danse de la victoire, achevant de faire fuir ventre-à-terre tous les rats traînant encore dans les environs.
-Attendez, là…je n'y comprends plus rien…, fit remarquer Harry avec étonnement. Vous deux, vous n'étiez pas censés vous réjouir de la résurrection de Rogue !
-On a gagné, on a gagné…, continuaient à psalmodier les deux Weasley, en se trémoussant et en claquant dans les mains.
-Tu sais, Harry, dit fébrilement Hermione, on était tellement angoissés durant ces dix minutes où on ne t'a pas vu revenir, que là, il faut qu'on laisse exploser notre joie. Et puis au final, je crois que tout le monde avait pris ton projet à cœur, malgré les premières réticences…
Harry se mit à rire joyeusement. Il se sentait si soulagé, après les heures de tension qu'il venait de vivre!
-Bon, je vous raconterai chez moi comment ça s'est passé, lança-t-il quand ses amis se furent un peu calmés. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y a pas une minute à perdre. Des aurors sont en ce moment même en train d'inspecter la maison de Rogue. Ils ont tout fichu en l'air pour trouver des indices permettant de mettre la main sur lui et de le jeter à Azkaban. Il est grand temps que nous fassions les démarches de réhabilitation!
Une heure plus tard, Harry, Hermione et Ron se présentaient devant les portes du ministère de la Magie. Ginny était quant à elle rentrée au Terrier, attendue par Molly qui tenait à ce qu'elle prépare sérieusement sa rentrée imminente à Poudlard. La jeune fille avait promis à Harry de revenir le lendemain passer sa dernière journée de vacances avec lui.
Heureusement, il n'était plus question de mettre les deux pieds dans un siège de toilettes pour pouvoir accéder à l'Atrium. La porte principale du bâtiment était gardée par deux hommes en uniforme, postés chacun d'un côté, et qui contrôlaient simplement l'identité de ceux qui demandaient à pénétrer dans les lieux.
-Je suis Harry Potter, voici mes amis Hermione Granger et Ron Weasley, annonça simplement le survivant d'un ton ferme. Nous désirons avoir un entretien avec le Ministre.
Le factionnaire les dévisagea, stupéfait. Harry vit ses yeux se fixer sur sa cicatrice, toujours bien apparente sur son front. Puis, s'étant reprit, l'homme balbutia:
-Ttt…Très bien, Mr Potter. Vous…vous pouvez entrer. Premier étage. On s'occupera de vous.
Les trois jeunes gens traversèrent le grand hall. Ils constatèrent avec plaisir que l'horrible statue de pierre noire, représentant deux sorciers hautains assis sur un amas d'esclaves moldus, avait disparu. Elle était remplacée par celle d'un grand et vieux magicien à longue barbe qui pouvait figurer aussi bien Merlin que Dumbledore.
Parvenus dans le petit hall, ils se postèrent devant les grilles dorées et attendirent qu'un ascenseur voulût bien s'arrêter devant eux. Personne ne leur prêtait attention, et ils en furent soulagés. L'atmosphère paraissait incroyablement plus sereine et détendue que lors de leur dernière venue au ministère, lorsqu'ils s'étaient introduits clandestinement sous polynectar, à la recherche d'Ombrage et du médaillon.
Arrivés au premier niveau, ils sortirent de la cabine et firent un pas dans le couloir feutré, au sol recouvert d'une épaisse moquette. Aussitôt, un sorcier mince, vêtu de rouge et portant des petites lunettes, surgit devant eux et leur barra le passage.
-Vous désirez?
-Heu…nous sommes…, bégaya Harry, soudain pris de court. Hum…Voilà, je suis Harry Potter. Mes amis et moi aimerions avoir un entretien avec le Ministre.
Le garçon espérait que son nom suffirait à lui ouvrir toutes les portes. L'homme ne répondit pas tout de suite, mais les scruta tour à tour d'un air soupçonneux.
-Un entretien avec le Ministre? Vous avez rendez-vous?
-Heu…à vrai dire, non, répondit Harry, essayant de paraître sûr de lui. Il s'agit d'une urgence.
-Je crains que le Ministre ne puisse vous recevoir, dit l'homme d'un air important. Il est extrêmement occupé aujourd'hui. Peut-être devriez-vous prendre rendez-vous auprès de sa secrétaire, le Ministre examinera votre…
A cet instant, une belle porte laquée s'ouvrit brusquement juste derrière l'homme, et un grand sorcier noir apparut, vêtu d'une élégante robe grise, un dossier sous le bras. Il paraissait préoccupé et ne remarqua pas immédiatement la présence des trois jeunes.
-Je vais au quatrième, Robert ! Tu ne…oh…mais…je ne me trompe pas ! C'est Harry, et ses amis Ron et Hermione ! Tu ne l'as pas reconnu, Robert ? Harry Potter peut venir me voir quand il veut, il le sait bien, voyons!
Le Ministre fit trois pas vers les jeunes gens et tendit la main à Harry, souriant de toutes ses dents, très blanches dans son visage sombre. Visiblement embarrassé, le dénommé Robert s'éloigna, se postant à nouveau près de la porte de l'ascenseur, sans pour autant les quitter des yeux.
Kingsley les fit entrer tous trois dans son bureau, et après un rapide échange de nouvelles de part et d'autre, il les informa qu'il ne disposait que de très peu de temps, étant attendu à une réunion de la première importance.
-Dis-moi quel bon vent t'amène, Harry?
Le garçon le regarda avec gravité.
-Je vais essayer de faire vite. En fait, nous venons vous demander de réhabiliter officiellement Severus Rogue.
Le Ministre mit quelques secondes avant de réagir.
-Severus Rogue ? Répéta-t-il simplement.
Harry avait longuement discuté avec ses amis de la meilleure manière de s'y prendre pour présenter leur requête au ministre, mais tout à coup, il n'avait plus aucun mot à sa disposition. Dans un sursaut de volonté, il se retint d'appeler Hermione à son secours.
-Oui. Severus Rogue est vivant, reprit-il d'un ton haché, et je tiens à faire savoir à tout le monde sorcier qu'il a toujours défendu notre cause et combattu à nos côtés.
Kingsley regarda Hermione, puis Ron, comme pour avoir confirmation que Harry n'était pas devenu fou. Les deux jeunes gens hochèrent vigoureusement la tête pour marquer leur adhésion au discours de leur ami.
-Commençons par le commencement, Harry, dit finalement le Ministre d'une voix qu'il s'efforçait de garder neutre. Tu affirmes que Rogue est vivant? Comment le sais-tu?
-Il se cache actuellement à Poudlard. Lors de la dernière bataille, Voldemort a tenté de le tuer, sans succès. Blessé et affaibli, Rogue a repris peu à peu des forces. S'il s'en est sorti, c'est parce que le professeur Mc Gonagall lui a offert sa protection.
Shacklebolt fronça les sourcils.
-Pourquoi Minerva ne m'en a-t-elle rien dit?
-Je pense qu'elle attendait que je fasse moi-même la démarche.
-Pour quelle raison? Pourquoi toi, Harry?
Le garçon était décidé à ne pas évoquer le voyage temporel et le sauvetage de Rogue. Il allait devoir jouer serré.
-Eh bien…parce que… je suis celui qui est le mieux placé pour défendre la cause du professeur Rogue.
Kingsley eut l'air interloqué.
-Je croyais pourtant savoir que tu ne portais pas Rogue dans ton cœur ! C'est même toi qui as révélé à tous de quelle manière il a assassiné Albus.
-C'est justement pour cela que mon témoignage est crédible, reprit Harry avec plus de force. Il est vrai que j'ai accusé Rogue, et en effet, c'est bien lui qui a tué le professeur Dumbledore. Mais en fait, c'était Dumbledore lui-même qui lui avait ordonné de le faire, il s'agissait d'un arrangement entre eux deux, répondant à des motifs que je pourrai vous exposer quand vous me le demanderez. Rogue n'a jamais cessé de suivre les instructions de Dumbledore et de soutenir notre cause, même s'il se faisait passer pour un mangemort afin de conserver la confiance de Voldemort.
Le front plissé et l'expression dubitative, le ministre s'apprêtait à répondre, quand Hermione prit vivement la parole.
-C'est aussi le professeur Dumbledore qui l'a encouragé à accepter le poste de directeur de Poudlard. Il pouvait ainsi protéger les élèves contre les Carrow…
-Et c'est encore Rogue qui a fait secrètement parvenir à Harry l'épée de Gryffondor, renchérit Ron précipitamment, pour qu'il puisse accomplir sa mission!
Kingsley les dévisageait maintenant tour à tour, visiblement abasourdi.
-Et pourquoi as-tu attendu si longtemps pour nous faire toutes ces révélations, Harry ? Dit-il après un silence en posant ses deux paumes à plat sur le bureau.
Le garçon hésita un court instant.
-Il fallait…que je reconstitue moi-même le puzzle.
-Hmm…il est fâcheux que je n'aie pas le temps de m'entretenir plus longuement avec vous. Nous allons devoir tirer tout cela au clair, c'est tellement surprenant! Nous soupçonnions depuis quelques temps que Rogue était vivant, en effet, mais nous étions à mille lieues d'imaginer qu'il avait pu rester fidèle à Dumbledore.
-On peut même dire qu'il s'est comporté en héros…, lança Harry avec passion.
Kingsley fronça les sourcils.
-Tu n'y vas pas un peu fort, mon garçon?
-Non. Il a couru des risques énormes, et tout cela dans le secret, en supportant la haine et le mépris de tous.
Le Ministre se leva, et les trois jeunes se sentirent obligés d'en faire autant.
-Bien…écoutez…le mieux est que je prenne rendez-vous avec Minerva. Je pense qu'elle m'en apprendra beaucoup elle aussi. A présent, je vais devoir vous…
-Heu…monsieur le Ministre, intervint Harry d'un ton pressant. Pardonnez moi d'insister, mais je voudrais simplement…en fait, il y a urgence! Le professeur Rogue ne peut pas se cacher indéfiniment. Il faudrait faire connaître de manière officielle son engagement réel dans l'Ordre du Phénix. S'il sort maintenant au grand jour, il risque d'être pris à partie par n'importe qui et…
-Tu dois comprendre, Harry, qu'une enquête doit impérativement être menée. Je vais m'adresser à Minerva dès la sortie de cette réunion que je ne peux annuler, et nous allons aviser ensemble de ce qu'il convient de faire. Le plus souhaitable serait que Rogue vienne se présenter à la justice magique, et qu'il explique lui-même clairement son cas. Le Magenmagot fera comparaître des témoins, dont tu pourras faire partie si tu le désires, bien évidemment.
-J'ai peur que…, commença Harry.
-Il faudrait également envoyer un communiqué officiel à la presse, dès que l'innocence du professeur Rogue aura été prouvée ! S'écria Hermione d'une voix frémissante.
Levant une main en signe d'apaisement, Kingsley sourit.
-Je comprends votre passion, mes jeunes amis, mais je suis absolument désolé, tout ceci demande du temps, et à présent, je suis obligé de vous reconduire. Ne vous inquiétez pas, si ce que vous dîtes est exact, il ne sera pas difficile de le prouver, et tout sera fait pour que Rogue soit réhabilité. Mais pour l'instant, il serait prématuré de faire une annonce officielle.
Shacklebolt marcha d'un pas décidé vers la porte et l'ouvrit. Il n'y avait plus à discuter. Les trois jeunes gens sortirent du bureau ministériel et serrèrent la main du Ministre dans le couloir, avant de reprendre l'ascenseur.
Harry se sentait déçu et contrarié. Lui qui avait espéré que le cas de Rogue serait définitivement réglé pour le 30 août, c'est-à-dire le lendemain, il réalisait un peu tard que sa réhabilitation ne coulait pas de source et allait demander beaucoup plus de temps qu'il ne l'avait imaginé. Jusque là, l'homme serait en danger, et donc obligé de se faire très discret. Harry devinait que ce malheureux contretemps ne serait pas vraiment du goût de l'ancien maître des potions…
Bien cher Harry,
Vous ne serez pas surpris que je réponde aujourd'hui à votre courrier daté du 29 août (c'est-à-dire d'aujourd'hui), mais que je reçus fin juin, comme vous l'aviez prévu bien entendu. Je crois savoir que votre entreprise de voyage temporel et de sauvetage a été couronnée de succès, et je m'en réjouis pour vous comme pour le professeur Rogue. Je tiens à vous féliciter pour ce beau succès magique, quelle que soit par ailleurs mon opinion -plus réservée, je ne vous le cache pas- quant au choix que vous avez fait d'intervenir sur le cours du destin pour le « corriger » à votre convenance…
Comme vous me l'aviez écrit, le professeur Dumbledore m'a confirmé -par l'intermédiaire de son portrait- que Severus Rogue avait tenu jusqu'au bout sa promesse de lui rester fidèle et de vous protéger… J'avoue avoir été en proie au scepticisme le plus profond, mais lorsque Severus s'est présenté à Poudlard, deux jours après m'avoir fait parvenir votre missive, je l'ai accueilli sans faire de difficulté, et nous avons eu un long entretien qui, tout compte fait, a fini par me convaincre.
Peu de personnes ont été mises au courant du séjour de Severus parmi nous à Poudlard. Pour sa sécurité, il n'a guère quitté les souterrains, d'autant plus que le Château était en travaux, et qu'il ne fallait à aucun prix que les ouvriers ou maîtres d'œuvre s'aperçoivent de sa présence.
Malgré ces mesures de précaution, il est sorti à de rares occasions, lorsque cela s'avérait nécessaire. Ainsi, il est apparu dans un portrait de directeur afin de vous donner le change. Comme vous le savez, nous avons en quelque sorte dû jouer la comédie, pour que vous soyez incité à entreprendre votre voyage temporel. Je vous avoue que je n'approuvais pas tout à fait cette aventure, sachant qu'elle comportait des risques importants, mais je ne pouvais rien faire pour m'y opposer: la présence vivante de Severus à nos côtés et le récit qu'il nous avait fait de votre entreprise de sauvetage ne laissait aucun choix possible: vous deviez remonter le temps pour aller à son secours… Evidemment, nous avons tous eu très peur le jour où vous vous êtes mis à douter, ayant compris que si Severus était présent dans un portrait, c'était qu'il était mort, et que donc, votre opération de sauvetage était vouée à l'échec… Albus a tenté de vous convaincre malgré tout de ne pas vous décourager. Lui comme Rogue ne voulaient pas tout vous révéler, de crainte que vous fassiez ce voyage temporel par nécessité, pour vous conformer à un avenir déjà déterminé. Vous avez été comme d'habitude à la hauteur de leurs espérances. Sans doute aviez-vous découvert de votre côté qu'il est possible pour un sorcier expérimenté de figurer dans un portrait, et même de circuler d'un portrait à l'autre, sans pour autant avoir perdu la vie?
A présent, Severus est sur le point de quitter l'école, ce qui est préférable pour lui en raison de l'arrivée imminente des élèves. Il va rejoindre son propre domicile, mais je ne vous cache pas que sa vie risque d'être assez difficile dans les premiers temps. Avez-vous accompli les démarches permettant de le réhabiliter aux yeux du monde sorcier ? Quoiqu'il en soit, je suis à votre entière disposition, qu'il s'agisse de témoigner devant la justice ou de vous apporter une aide quelconque.
En vous souhaitant une bonne rentrée à l'Académie de formation des aurors, je vous prie de croire, cher Harry, en mes sentiments les plus affectueux.
Votre dévouée
Minerva Mc Gonagall.
Harry montra la lettre à ses amis. Le hibou de Poudlard sautillait impatiemment sur la table, réclamant de quoi manger et, accessoirement, un message de réponse. Ils l'avaient trouvé frappant du bec à la fenêtre à leur retour du ministère.
Depuis sa cage, Quito l'observait fixement d'un œil sombre et jaloux.
Avec l'aide d'Hermione, Harry rédigea aussitôt une courte lettre qu'ils accrochèrent à la patte du rapace avant de le renvoyer à son expéditrice.
Chère professeur Mc Gonagall,
Permettez-moi de vous dire pour commencer combien je vous suis reconnaissant de m'avoir fait confiance et d'avoir accepté d'offrir au professeur Rogue un asile durant ces deux derniers mois. Lors de ma venue à Poudlard, vous avez tous été de parfaits comédiens, je tenais à vous complimenter à ce sujet. Et je vous soupçonne même de vous être bien amusés à mes dépends!
Je dois cependant vous avertir que les démarches de réhabilitation vont prendre un certain temps. Je reviens tout juste d'une rencontre avec le Ministre, et ce dernier va prendre contact avec vous dans les prochaines heures pour tirer cette affaire au clair (c'est du moins ce qu'il m'a assuré). En attendant, il serait souhaitable que le professeur Rogue prolonge d'une journée son séjour à Poudlard. En effet, je crois savoir que son domicile de Spinner's End a été fouillé (voire vandalisé) et se trouve actuellement placé sous surveillance. Auriez-vous l'amabilité de lui rappeler que je l'attends dès demain pour dîner square Grimmaurd ? Il pourra y passer autant de jours et de nuits que nécessaire, je pense qu'il n'y courra aucun risque, mis à part celui de devoir me supporter...
Bien à vous
Harry Potter
-Alors, ce Bodlock ? Il vous a bien accueillis? Lança Hermione avec curiosité, levant les yeux du gros livre dans lequel elle était plongée depuis le départ des garçons pour Merrytown.
C'était le soir du même jour. Sachant que le temps lui était compté, Harry avait tenu à se débarrasser aussi vite que possible de la remonteuse, et Ron l'avait accompagné en pays moldu, curieux de voir à quoi ressemblait le vieil inventeur.
-Il n'en revenait pas, que Harry lui rapporte déjà sa remonteuse…, dit Ron en prenant place dans le fauteuil à côté d'elle.
-Ouais, je suis bien content d'avoir réglé cette affaire tout de suite, c'est toujours ça de moins à gérer dans les jours qui viennent, ajouta Harry tout en conjurant trois bièraubeurres d'un geste de sa baguette. Figure-toi, Hermione, que cette espèce de barbouilleur du dimanche était très déçu que Ginny ne soit pas venue avec moi, reprit-il avec une moue dégoûtée. Il aurait voulu à tout prix faire son portrait, il était convaincu qu'on lui devait bien ça, en échange de service rendu…
-Du coup, je lui ai proposé de prendre la pose à la place de ma sœur…
-Mais l'idée n'a pas eu l'air de l'enchanter, gloussa Harry. Je me demande bien pourquoi?
Hermione éclata de rire devant la figure faussement mortifiée de Ron.
-Et il t'a demandé si sa remonteuse a correctement fonctionné, je suppose, reprit-elle plus sérieusement à l'adresse de Harry.
-Evidemment ! Du reste, il n'a guère paru ému quand je lui ai appris que le déclencheur s'était bloqué. Il m'a simplement demandé comment j'avais fait pour revenir, à croire qu'il s'était attendu à ce que je reste définitivement dans le passé. Visiblement, ça ne l'aurait pas dérangé.
-Drôle de gaillard…un vrai danger public ! Tu lui as expliqué que Rogue avait des talents en horlogerie?
- Oui, forcément, et en apprenant qu'il avait réussi à la remettre en marche grâce à une simple goutte d'huile, Bodlock s'est littéralement enflammé...
-Il voulait à tout prix qu'on lui fasse rencontrer Rogue, continua le jeune Weasley. Et du coup, il s'est persuadé lui même qu'il a tout intérêt à réintégrer le monde magique et à faire reconnaître son invention géniale!
-Il se voit déjà célèbre, faisant la une des journaux. Et comme par hasard, il compte sur moi pour témoigner en sa faveur…
-Un de plus ! Tu n'en es plus à un témoignage près, mon vieux.
-C'est dingue, le nombre de sorciers qui comptent sur toi pour leur redorer le blason…
-Ca ne fait que deux pour l'instant, heureusement, soupira Harry en passant une main lasse dans sa tignasse ébouriffée. Pfff…cette journée a été interminable, je crois que je ne vais pas tarder à aller dormir. Vous restez ici, ou vous revenez demain avec vos affaires?
Ron regarda sa montre.
-Il est tard, c'est vrai. Ce soir, je rentre au Terrier…et je reviens t'envahir demain matin, Ginny m'aidera à déménager mon barda.
-Et moi, je file chez mes parents, je ne les ai pas beaucoup vus ces derniers temps. Et puis j'ai encore pas mal de cartons à emballer pour mon installation chez toi, Harry.
Fourbu après cette journée éprouvante, Harry était enfin allongé sur son lit. Avant de s'endormir, il tenait à lire la dernière partie du journal de Rogue. Il lui faudrait en effet le restituer à son propriétaire dès le lendemain, en supposant que l'homme honorerait son invitation à dîner, ce que le garçon espérait de tout cœur…Il ouvrit le dernier cahier et le plaça dans le cercle de lumière de sa lampe de chevet. L'écriture était encore plus serrée et nerveuse que sur les pages précédentes.
-Bonsoir, Potter! Comment allez-vous, mon jeune ami?
Harry tressaillit au son de la voix légèrement nasillarde de Phineas Nigellus. L'homme lui souriait de son portrait, son visage à la barbe noire à peine visible dans la demie pénombre.
-Hum…j'allais bien, jusqu'à ce que vous apparaissiez sans crier gare…, grommela Harry en se redressant de mauvaise grâce dans son lit.
Décidément, cet homme avait l'art de s'imposer aux moments les plus mal choisis.
-Ne vous plaignez pas, mon garçon ! Que diriez-vous, si vous étiez comme moi, condamné à voyager éternellement d'un portrait à l'autre? Sachez que vous êtes ma seule distraction, mon petit Potter. Je ne vous cache pas qu'il est plus agréable de venir vous rendre visite ici plutôt que de tenir compagnie à toutes les vieilles barbes qui ornent les murs du bureau directorial de Poudlard.
-Vous êtes le bienvenu…, murmura Harry avec effort, en baillant et en regardant sa montre.
-Bon, je vois que vous êtes fatigué. Je crois savoir que vous avez eu une journée chargée… Dites-moi, avant que je vous laisse tranquille, vous devez être content de vous, si je ne m'abuse?
-A quel propos ?
-Votre petit périple dans le passé…
-Vous voulez parler du sauvetage du professeur Rogue ? Oui, j'ai toutes les raisons d'être satisfait…
Nigellus renifla.
-Cet homme a bien de la chance. Je ne sais pas ce qu'il vous a fait, ni comment il s'y est pris, pour que vous vous soyez ainsi apitoyé sur son sort, mais j'aurais bien aimé, moi aussi, qu'un brillant jeune homme comme vous vienne me tirer des griffes de la mort!
-Le professeur Rogue l'a bien mérité, sa mort était… trop injuste!
-Etes vous en train de sous-entendre que moi, je n'en aurais pas été digne?
-Mais non, absolument pas! Je ne peux pas juger, je ne connais pas les circonstances de votre mort à vous…
-Vous n'êtes toujours pas monté au grenier chercher mes écrits?
-Heu…non, je n'en ai pas eu le temps jusqu'à présent…
-Je vois. Ca ne vous intéresse guère, avouez-le ! Ne vous en faites pas, je ne m'en formaliserai pas, je sais à quel point les jeunes peuvent être insouciants et ingrats... Mais quand même, vous devez m'expliquer: Rogue a-t-il été un professeur particulièrement attentionné à votre égard?
-Attentionné? Rogue? Sourit Harry. Heu…non, pas précisément…
-Peut-être alors est-ce un homme généreux, intelligent… attachant?
-Oh…eh bien…oui, on peut dire ça comme ça.
Sceptique, Nigellus leva un sourcil.
-Vous me surprenez. Du peu que je connaisse de lui, je dirais qu'il est plutôt renfermé, désagréable, acariâtre, aigri, doté d'un physique peu avantageux…bref, qu'il n'a rien de charmant ni de séduisant.
Harry sentit que sa réserve de calme s'épuisait rapidement.
-Je ne prétends pas qu'il soit séduisant, s'énerva-t-il, je dis simplement qu'il s'est comporté en héros et qu'il ne méritait pas le sort cruel qui eût été le sien si je n'étais pas intervenu!
-Bien, bien…ne vous fâchez pas. Et avant que je vous fiche la paix, admettez que j'ai joué mon rôle avec brio dans cette affaire.
Harry grimaça un sourire.
-Vous vous êtes bien fichu de moi, oui!
-Mais non, Potter, mais non, protesta Nigellus avec un petit gloussement satisfait. Il fallait que vous pensiez que Rogue était mort, n'est-ce pas?
-Non, je ne vois vraiment pas pourquoi! Vous auriez pu me le dire dès le début, qu'il était vivant parce que j'étais effectivement remonté dans le passé, et que j'avais réussi à le sauver! Je serais parti confiant et bien préparé.
-Je n'ai fait que suivre les instructions de Dumbledore et de Rogue, mon cher. L'un et l'autre tenaient à vous voir patauger dans les marécages de l'incertitude. Le premier, parce qu'il aime les énigmes, les mystères et les épreuves ridiculement gryffondoriennes. Le deuxième…
Nigellus marqua un temps d'arrêt.
-Le deuxième…?
-Le deuxième, parce qu'il voulait se venger de vous.
-Se venger de moi…?
-Eh bien oui, vous faire regretter d'avoir osé lire son journal, jeune innocent! Pensiez-vous que cet homme vous pardonnerait facilement votre grossière indiscrétion ?
Harry ne répondit pas.
-Vous avez l'air troublé, Potter.
-Mais non…
-Bon, je vais vous laisser vous reposer.
-Bonne idée…
-Vous n'êtes qu'un garnement sans éducation…mais je ne vous en veux pas. Au moins, vous ne jouez pas de double-jeu ! Passez une bonne nuit ! A bientôt, mon jeune ami !
Nigellus disparut, et la toile reprit sa couleur grise et uniforme. Harry soupira et se laissa tomber sur son oreiller. Il médita un moment sur les propos de Black. Sans doute l'homme avait-il raison. Rogue avait promis à Harry de lui faire payer le fait qu'il se fût emparé de son journal. Et il avait tenu sa promesse…
Au bout de quelques minutes, Harry se redressa pour se pencher à nouveau sur le cahier noir.
Poudlard, 28 mai 1998.
« Il y a quelques temps, le garçon a été capturé par des rafleurs, et s'est trouvé enfermé au Manoir Malefoy. Par un de ces prodigieux tours de passe-passe dont il a le secret, il a réussi à échapper à cette bande de fous furieux… La colère du Maître a été terrible, et il a fait brutalement payer à Lucius ce nouvel échec. Je n'en ai été informé que tardivement, par Narcissa. Nous sommes passés à côté d'une horrible catastrophe. Car si Lucius et Bella avaient réussi à le garder prisonnier, le Mage noir n'en aurait fait qu'une bouchée, et je n'aurais pu intervenir à temps. Mais une fois encore, Harry a défié les lois de la logique et est parvenu à leur filer entre les doigts…
Je ne sais pas où il en est dans l'accomplissement de sa mission, de même que je ne sais rien du Maître et de la manière dont il traite son serpent actuellement. J'en ai perdu le sommeil. Toutes les nuits, je passe des heures à tourner et retourner dans ma tête les options qui s'offrent à moi. Et quand je parviens à m'endormir, je suis la proie d'épouvantables cauchemars que je préfère oublier, mais qui me laissent épuisé et désespéré.
Je sens confusément la date fatidique approcher. Bientôt, le moment sera venu pour moi de transmettre au garçon le message d'Albus.
Comment vais-je m'arranger pour me trouver en sa présence? Je n'en ai pas la moindre idée. Viendra-t-il à Poudlard? Ce serait le plus simple, évidemment, mais pourquoi diable ferait-il une chose pareille?Dois-je alors chercher à prendre contact avec lui, aller à sa rencontre? Sans doute, mais comment, où, quand…?
Je me vois face à lui. Il est attaché, ou bâillonné, ou plus probablement les deux à la fois, car comment pourrait-il en être autrement? Jamais il n'accepterait de m'écouter lui parler sans chercher à me tuer par tous les moyens. Il faudra donc que je vienne à bout de lui, d'une manière ou d'une autre.
Un duel nous aura sans doute opposés l'un à l'autre. Je l'imagine amaigri, hâve, épuisé par la vie de bête traquée qu'il mène depuis des mois maintenant... Mais également considérablement endurci, et aguerri dans l'art d'attaquer et de se défendre. A l'évidence, ma partie ne sera pas aisée, il me faudra déployer tout mon savoir faire pour venir à bout de sa résistance acharnée…
Cette perspective me fait peur, en même temps qu'elle me plonge dans une sorte d'étrange fébrilité, que je ne m'explique pas, et que je ne veux pas m'expliquer.
Il est donc à présent devant moi, soumis, humilié, furieux. Ses magnifiques yeux verts me transpercent de leur regard sauvage. Comment serai-je capable de lui parler calmement?
Je respire, profondément, je tente d'éteindre le feu qui me dévore. En fait, que dois-je lui dire? Tout simplement ceci : « Cher Harry, vous êtes à ma merci, mais s'il n'en tenait qu'à moi, vous seriez libre depuis longtemps. Hélas, le destin ne tient pas compte de nos inclinations et de nos désirs, il nous dépasse largement, et nous devons nous soumettre à sa volonté. Sachez donc qu' il est temps pour vous d'aller vous présenter devant votre ennemi et de vous offrir à lui sans résistance. En effet, ce monstre doit d'abord vous tuer pour pouvoir ensuite mourir lui-même. Car comme vous vous en doutiez peut-être, il y a en vous une parcelle de son âme, et cette parcelle doit absolument être détruite. Si vous vous opposez à lui, si vous refusez de mourir de sa main, si vous cherchez à le contrer d'une quelconque manière, vous lui garantissez l'immortalité et vous condamnez définitivement le monde magique à l'esclavage et à la perdition…»
Oui, Severus. C'est à toi qu'incombe le rôle agréable d'annoncer à Harry Potter sa sentence de mort. Comment te regardera-t-il après cela? Va-t-il te croire? Mais oui, certainement. C'est tout à fait le genre de choses qu'il sera prêt à croire, lui, le vaillant Gryffondor habitué à porter sur ses épaules tout le malheur du monde et à se sacrifier la tête haute...
Avant cela, tu lui auras révélé ton action dans cette guerre et ta fidélité à Albus. Il t'aura écouté contre son gré, puisque tu l'auras ligoté et rendu muet, et il t'aura cru ou non, peu importe. Tu lui auras dit que tu as fait tout cela pour sa mère, et pour lui. Il te regardera avec des yeux horrifiés, pleins de mépris et de dégoût. Et quand il aura compris qu'il lui faut accepter de mourir de la main de Voldemort, peut-être… va-t-il s'effondrer(momentanément), malgré son courage…
Ou alors…
…peut-être, peut-être, qui sait, voudra-t-il se débarrasser de ses liens pour courir se jeter à ton cou?… Personne ne t'interdit d'imaginer cela, et de te repaître de cette vision. Car ne seras-tu pas la dernière personne bien disposée envers lui qu'il verra avant d'aller à l'abattoir?
Peut-être va-t-il même fondre en larmes? Alors, tu déferas ses liens, tu prendras dans tes bras son corps brisé, tu chuchoteras à son oreille des mots de réconfort… tu sécheras de tes doigts ses joues trempées, tu…
Non ! Je n'ai pas le droit d'imaginer une telle scène…non, je n'en ai aucunement le droit. Harry ne m'appartient pas, il ne m'appartiendra jamais. C'est la mort qui va prendre possession de lui, elle l'attend et se réjouit, car elle sait que son heure approche, et que sa proie ne va pas tarder à venir s'offrir à elle.
De toute façon, le plus probable est qu'il me foudroie de son regard assombri par la haine et la détermination, et dès que je lui aurai restitué sa baguette, qu' il cherche une dernière fois à me tuer avant d'aller trouver le Maître et se laisser assassiner. Je ne chercherai pas à me battre contre lui ou à lui résister. Qu'il me tue, j'en serai heureux. N'est-ce pas la plus belle mort que je puisse espérer ? Et ne l'aurai-je pas amplement méritée?
D'ailleurs, à quoi bon continuer à vivre alors que ni elle, ni lui ne seront plus de ce monde?»
Bon, Severus va-t-il honorer l'invitation de Harry ? C'est ce que nous révèlera le chapitre 13…Vos reviews sont toujours attendues avec grande impatience, et lues avec un immense plaisir. Bises à tous, et… à la semaine prochaine !
Naste : Oui, comme tu dis, Rogue est Rogue…pas facile à gérer pour Harry, mais il savait à qui il avait à faire, n'est-ce pas ? Merci pour ta review, et à bientôt !
