Ah la la, je sais, je suis trèèèèès en retard cette semaine ! Désolée, mais les journées ne faisant que 24h, je n'ai pas réussi à boucler le chapitre plus tôt. J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop…Un immense merci pour toutes vos gentilles reviews, elles sont extrêmement stimulantes, je ne le dirai jamais assez ! Je pense avoir répondu à tout le monde, et si j'ai oublié quelqu'un, n'hésitez pas à me le faire savoir.
Une très bonne lecture !
CHAPITRE QUATORZE
Cohabitation difficile
31 août 1998-square Grimmaurd .
Je commence un nouveau journal… Malheureusement, je ne peux me retenir d'écrire. C'est mon seul réconfort dans la solitude qui est la mienne. J'ai résisté pendant plus de deux mois, et voilà que je cède aujourd'hui…Mais je ne peux me confier librement qu'en ayant la certitude de ne jamais être lu par quiconque. Pas question qu'un œil indiscret vienne fureter dans ces pages, je ne me ferai pas piéger une deuxième fois. Pour cela, je prendrai toutes les précautions nécessaires, sorts de verrouillage, écriture codée, cachette secrète…
Aujourd'hui, je suis seul. Seul dans cette grande maison appartenant à Harry Potter. Par une bizarre ironie du destin, je suis venu me réfugier ici. Le fils de Lily est vivant, et m'a offert sa protection…
Oui, aussi étrange que cela puisse paraître, celui qui aurait dû mourir de la main du plus redoutable mage noir de tous les temps a survécu, une fois de plus. C'était un pari incroyablement risqué, Albus a fait ce pari, et bien entendu, il l'a gagné. Quant à moi, le serviteur de l'ombre, l'espion, j'ai été sauvé par ce garçon qui m'avait toujours haï et voyait en moi son pire ennemi après Voldemort.
Le jour où cela s'est produit, dans la cabane hurlante où le Maître m'avait convoqué, j'étais sur des charbons ardents. Je savais que Harry était là, tout près, à Poudlard. J'avais senti sa présence, invisible, aux côtés de Minerva. Minerva, contre qui je m'étais battu, et qui m'avait traité de lâche, elle aussi… En rejoignant Voldemort, bouleversé par cet affrontement, je constatai que le Maître protégeait son serpent, comme l'avait prédit Albus, le gardant près de lui, enfermé dans une bulle magique. Le moment était donc enfin venu: je devais à tout prix transmettre au garçon le message, celui de Dumbledore…Hélas, si Voldemort ne me laissait pas repartir, j'allais faillir à ma mission, sans avoir pu seulement revoir le garçon...
Quand j'ai compris que le mage noir allait me tuer, mon dernier espoir s'est écroulé. Nous avions perdu. Certes, je ne tenais pas à la vie, mais j'eusse aimé au moins pouvoir jouer mon rôle jusqu'au bout. La rage et le désespoir se sont emparés de moi, tandis que m'apparaissait le visage de la mort, avide et glacé...
Le serpent a fondu sur moi. Le Maître n'a même pas daigné me tuer de sa main, comme si cet acte l'eût sali, lui qui avait assassiné de sang froid tant d'innocents. Les crochets se sont enfoncés dans ma chair. La douleur, fulgurante, m'a inondé de sa violence brutale, et je me suis écroulé, tandis que le Maître disparaissait, m'abandonnant comme un vulgaire ustensile hors d'usage. Alors…
Alors, le garçon est apparu. Ses yeux ont croisé les miens qui, déjà, se voilaient. Dans un sursaut, je me suis accroché à la vie en même tant que j'agrippais les pans de sa veste. Il n'y avait qu'une manière de lui transmettre ce que je devais lui dire. Je n'avais plus la force de parler. J'ai libéré mes souvenirs. Mais instinctivement, je les ai sélectionnés, de manière qu'il ne puisse voir que ce qui concernait directement sa mission ultime et le rôle que j'avais moi même joué dans la guerre…
Son regard ne me lâchait pas. J'avais tant désiré cet instant ! J'étais conscient d'avoir une chance incroyable ! Moi qui n'éprouvais plus le désir de me battre, je pouvais enfin mourir en me noyant dans ce regard magnifique, si grave et si profond. Je me suis coulé dans la mort comme on cède à l'amour, avec un gémissement de volupté...
Et puis, étrangement, je suis revenu à la vie. Un jeune homme qui n'était pas Harry, et qui pourtant me semblait familier, se tenait à genoux à mes côtés. C'était incompréhensible, quelque chose n'allait pas. Soudain, en même temps que le flux vital faisait à nouveau battre mon cœur et pulsait le sang dans mes veines, j'ai réalisé que Harry, mon Harry, était parti pour se livrer à Voldemort, et qu'il allait mourir d'un instant à l'autre, si je n'agissais pas immédiatement. Je sentais que ma mission n'était pas achevée, j'avais encore un rôle crucial à jouer. Je pouvais essayer de secourir le garçon, quoiqu'en dît Albus. Comment avais-je pu accepter de l'envoyer se faire froidement assassiner, sans rien tenter pour le sauver?
Alors, voyant mon désarroi, le jeune homme inconnu et familier a arraché son masque. C'était lui, bien sûr ! ... Nous avions gagné. Il avait réussi, il s'en était sorti, et sans mon intervention. Voldemort n'était plus, vaincu par le fils de Lily ...
Dans mon état de grande faiblesse, j'ai mis un certain temps à réaliser que le garçon venait du futur : aussi improbable que cela fût, il avait remonté le temps pour m'arracher à la mort…
Parce qu'il avait lu mon journal intime…
Et en notant ces évènements, je m'aperçois que je ne comprends toujours pas. Ce n'est pas faute d'avoir cherché, pourtant. Tout seul aujourd'hui dans la maison des Black, j'ai relu les dernières pages de mes cahiers, en essayant de me mettre dans la peau de Harry découvrant ces écrits. J'étais dans un état bizarre, à la fois brûlant de fièvre et tremblant de nervosité. Comme si relire ces mots me replongeait dans l'atmosphère délétère qui régnait à Poudlard après la mort de Dumbledore…
Et je n'arrive toujours pas à comprendre.
Il aurait dû être effrayé, dégoûté. Qu'un homme de mon âge et de mon expérience montre un tel intérêt obsessionnel pour une personne si jeune, et de même sexe que lui de surcroît, voilà qui aurait dû l'alarmer, et lui paraître au mieux grotesque, au pire monstrueux. Pourtant, il m'a affirmé qu'il a bien lu ces pages. Et que ce sont elles qui l'ont amené à prendre sa décision. J'admets volontiers qu'il ne soit pas un intellectuel, mais il est loin d'être idiot…alors, pourquoi, pourquoi ?Est-il candide au point de n'avoir même pas perçu le caractère déséquilibré, excessif de mes divagations ? Je ne le crois pas.
Et plus j'y réfléchis, plus je sens la réponse m'échapper, et le mystère s'alourdir.
Car enfin, il a pris des risques inouïs pour me sauver la vie. Et non content de m'avoir tiré des griffes de la mort, il me propose de m'héberger et de tout faire pour que je sois réhabilité.
Le plus probable est qu'il se soit senti responsable de l'ingratitude de mon destin, coupable de m'avoir traité de lâche, et par sa seule existence, d'avoir fait de moi une victime impuissante.
Et dans sa frénésie toute gryffondorienne de vouloir que justice soit rendue, à n'importe quel prix, il s'est sans doute senti chargé d'une mission. Il n'en fallait pas plus pour qu'il se précipite dans cette aventure.
Mais ceci n'explique pas comment il a pu supporter sans vomir la découverte de mes pensées intimes. Est-il secrètement flatté de savoir qu'il m'obsède, que durant toute l'année passée, je n'ai pensé qu'à lui, que son absence m'a lentement, inexorablement miné de l'intérieur ? Quand je l'ai interrogé hier soir (avec trop d'insistance) à ce sujet, il m'a simplement répondu qu'il avait été étonné et « touché ». Cette expression vague et teintée de condescendance me semble bien faible, et n'explique absolument rien.
Alors bien sûr, il reste une hypothèse : le garçon s'intéresse à moi autant que je m'intéresse à lui. Mais à peine ai-je écrit ces mots, que je mesure leur stupidité. Je ne suis pas assez fou pour me bercer de ce genre d'illusions. Comment cet adolescent beau et charmant, doué et courageux, célèbre et adulé, aimé d'une jolie jeune fille dont il est évidemment amoureux, pourrait-il éprouver quoi que ce soit pour un type comme moi, de l'âge de son père, laid, désagréable, détestable à tous points de vue…
A moins que…oui, c'est en écrivant le mot « père » que je réalise soudain quelque chose : il y a deux ans, il a perdu son imbécile de parrain…Puis Albus est mort à son tour, suivi de près par le loup garou …Alors…alors peut-être Harry voit-il en moi une sorte de père de substitution ? Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ? Ce gosse n'a pas connu son géniteur (heureusement, c'est ce qui lui a permis de construire cette personnalité aussi fraîche que modeste). Mais il a évidemment souffert de ce vide affectif, et durant toute son enfance, il a cherché une figure paternelle. Il l'a trouvée successivement en Dumbledore, en Lupin, en Black. Ils lui ont tous été enlevés. Mon tour est donc arrivé. Logique.
Cette idée ne me plaît guère. A son égard, je ne me sens nullement une âme de père. Certes, il est le fils de celle que j'ai aimée, mais ce que je ressens pour lui n'a rien d'une affection « paternelle ».
Bon, le moment est venu de tirer au clair la nature de ce sentiment, justement. Je n'aime pas les grand mots, les expressions pompeuses. Comment définir ce que je ressens pour ce garçon ? Dire qu'il occupe mes pensées est un euphémisme. Dire que j'ai du plaisir à le regarder est faible en comparaison des frissons qui me parcourent lorsque nos regards se rencontrent. L'impression de félicité qui m'habite quand il se trouve près de moi et que je peux discrètement observer ses traits, ses cheveux, sa silhouette, va bien au-delà, je pense, de ce qu'éprouve un père en contemplant son fils. Il n'y a qu'un mot pour définir cela : fascination. A moins qu'« adoration» convienne mieux … ?
Hélas, je devrais bien sûr ajouter attirance, désir…Pourtant, je me refuse à entrer dans cet engrenage. Je veux résolument ignorer cette part là. Je repousse toute pensée impure, je lutte vigoureusement contre la petite voix perverse qui cherche à me faire céder et à me rendre fou, je me moleste sans pitié après ces coupables moments d'égarement durant lesquels j'ai permis à la vision fugitive de nos corps rapprochés, de ma main dans ses cheveux, de s'imposer à moi comme un délicieux appel au plaisir et au bonheur…Non ! J'aurais l'impression de trahir sa confiance, de salir irrémédiablement cette relation bancale et maladroite, pourtant déjà si chère à mon cœur.
Lily, tu peux me faire confiance. Je respecterai ton fils. Je l'adorerai secrètement, silencieusement, sans rien tenter qui puisse ternir la pureté de son âme et voiler son regard si lumineux. Je resterai celui que j'ai toujours été. Aimant sans espoir, vivant dans ses secrets et oeuvrant patiemment dans l'ombre…
Et dans ce cahier, je déverserai mes frustrations et mes petites victoires. Harry m'a suggéré de rédiger mes mémoires…c'est qu'il n'a pas compris, cet enfant, que je n'ai rien à leur dire, à tous ces sorciers assoiffés de sensationnel et de scandale. Ce qui m'intéresse, c'est l'introspection. Fouiller mes sentiments. Exorciser mon mal-être. Parler de ce qui m'obsède. Parler de lui.
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Quand Harry et Ron rentrèrent square Grimmaurd, vers 19h30, fourbus après leur première journée de cours, Hermione les attendait au salon. La jeune fille était sagement assise dans un fauteuil avec un livre, sous la lampe. Ron alla jusqu'à elle et se pencha pour l'embrasser.
-Pfff…Quelle journée ! Lança-t-il en laissant tomber sa besace sur le plancher.
-Alors, ça s'est bien passé ? Vous avez l'air épuisés !
-Ouais, ils ne nous ont pas ménagés, répondit Harry qui avait déjà pris place dans le canapé. Mais l'année promet d'être intéressante.
-C'est vrai que les profs ont l'air plutôt bien…enfin, ceux qu'on a eus aujourd'hui, les autres, forcément, on ne les connaît pas ….
-Par exemple ?
-Alors…il y a le prof de Défense, un certain Ernie Callaghan. Il est assez… impressionnant.
-Genre vétéran à la gueule cassée..., précisa Harry. Il nous a rappelé Maugrey, tu vois un peu le style du bonhomme…
-Il ne faisait pas partie de l'Ordre du phénix ?
-Aucune idée. Tu sais, on a tout juste eu le temps de se présenter, ensuite il nous a testés, et voilà, le cours était fini.
-Et les autres enseignants ?
-A part ça, on a eu cours de Droit, la prof a l'air plutôt compétente, reprit Harry.
-Et elle est mignonne, ce qui ne gâche rien…, glissa Ron avec un sourire entendu.
Hermione lui jeta un regard agacé.
-Elle vous a expliqué le contenu de ses cours ? De quoi va-t-elle vous parler, durant l'année ?
-Oh, de plein de choses…le code de déontologie des aurors…
-Le comportement éthique de tout sorcier face à aux moldus…
-Nos droits et nos devoirs en tant qu'aurors…
-Les principales lois sorcières…
-Pourquoi il faut refuser de pratiquer la Magie noire, la torture, etc….
-C'est super important, tout ça ! S'écria Hermione avec ferveur. Pour le coup, je vous envierais presque…
-Oh…je ne sais pas s'il y a de quoi…grommela Ron en faisant la grimace.
-Bon, et puis on a fini par potion, relança Harry. Là, c'était nettement moins drôle.
-Quelque chose me dit que pour obtenir un poste de prof de potion, il faut prouver qu'on sait se montrer le plus sadique et injuste possible avec les étudiants…
-Chut, Ron ! Tu oublies qui est là ! Dit doucement Hermione en jetant un regard craintif autour d'elle.
-A propos, tu as vu le professeur Rogue ? Demanda Harry à mi-voix.
-Non, pas depuis que je suis rentrée. Je suppose qu'il est dans sa chambre…
Harry fronça les sourcils.
-J'irai le voir dans cinq minutes, soupira-t-il. Et toi, Hermione, comment ça s'est passé ?
-Attendez, vous ne m'avez pas tout dit. Qui sont les autres étudiants ? Et vous êtes combien ?
-En fait, on est quinze dans notre promo de première année, répondit Ron en baillant. C'est nous deux les plus jeunes, forcément. Certains ont cinq ou six ans de plus que nous.
-Il n'y a que trois filles…
-Ouais, et le plus dommage, c'est qu'elles sont moches toutes les trois…
-Ron, tu exagères ! Protesta Hermione avec un demi-sourire. Enfin, voici au moins une nouvelle qui fera plaisir à Ginny!
-Ce qui risque de lui faire moins plaisir, c'est que toutes les filles de l'Académie semblent s'intéresser à son petit ami, y compris celles des autres années. Hein, vieux ? Ta célébrité doit y être pour quelque chose…
-Pauvre Harry…, s'apitoya Hermione, amusée. Et les profs, ils se sont comportés normalement avec toi ?
-Ouais…ils ont dû recevoir des consignes drastiques. Pas de favoritisme. Je dirais même que le prof de potion a été un peu plus vache avec moi qu'avec les autres…mais ne parlons pas de ça, ça me sape le moral. A toi de raconter ta journée, Hermione !
-Si vous y tenez, répondit la jeune fille en s'animant. J'avais donc rendez-vous avec mon directeur des études. Ca s'est très bien passé, c'est un homme charmant, assez jeune, et visiblement très brillant! Commença-t-elle en coulant un regard de biais vers Ron qui s'était renfrogné. Il a apprécié mes motivations, et nous avons organisé ensemble mon emploi du temps, au vu de mes priorités.
-Ben dis donc! S'étonna Harry. C'est du sur-mesure dès la première année!
-Il y a un tronc commun, bien sûr. Ce sont les options qui diffèrent d'un étudiant à l'autre. Et mon directeur m'a recommandé d'en prendre le plus possible, pour mettre toutes les chances de mon côté!
-Ca m'aurait étonné..., lança Ron en grimaçant. Il va te falloir un retourneur de temps, comme en troisième année!
-Tiens, un hibou ! Dit soudain Harry.
Il gagna la fenêtre et l'ouvrit. C'était un envoi spécial du ministère. Harry détacha aussitôt le message et le déroula pour le lire. Il portait l'en-tête du Magenmagot.
Cher monsieur Potter,
Pour les besoins de l'enquête ouverte aujourd'hui, 31 août 1998, et concernant le cas de Severus Rogue, nous vous prions de bien vouloir vous présenter en qualité de témoin au ministère, salle des audiences, samedi 5 septembre, à 9h précises.
En attendant de vous entendre, nous vous prions d'agréer, monsieur, l'expression de nos sentiments respectueux.
Suivaient le nom et la signature d'un greffier. Harry montra la convocation à ses amis.
-C'est pas très marrant, mais si ça peut faire avancer les choses pour Rogue, tant mieux…dit-il d'un ton incertain.
-Une audience ! S'exclama Ron. Tu vas être forcé de tout raconter !
-Tout raconter ? A quel sujet ?
-Le sauvetage, tiens…ton voyage temporel…
-Pourquoi ? Je peux servir la même version qu'au ministre, non ?
Hermione s'interposa.
-Non, Harry ! dit-elle d'un air soucieux. Ron a raison. Ils vont vouloir connaître ce qui s'est passé à la fin entre Voldemort et Rogue. Sa disculpation en dépend. Comment vas-tu présenter la chose ? Ils vont exiger des faits précis, des preuves.
Harry réfléchit un instant. Il savait qu'en remontant le temps et en se servant de surcroît de la remonteuse, interdite d'usage depuis fort longtemps, il avait transgressé les lois sorcières. Pour un futur auror, cela faisait plutôt mauvais genre. Il se voyait mal raconter son expédition devant le Magenmagot.
-Je…je ne sais pas encore. Il faut que j'en parle avec Rogue…
-De quoi devez-vous parler avec moi, Potter ? Dit soudain une voix sèche qui les fit tous trois sursauter.
Rogue entrait dans le salon, vêtu de son habituelle robe noire. Les jeunes se levèrent pour le saluer, et Harry lui montra un siège, le cœur battant. L'arrivée de l'homme l'avait surpris, il se sentait presque pris en faute, comme du temps où il traînait la nuit dans les couloirs de Poudlard et où Rogue se faisait un malin plaisir de le démasquer pour mieux le punir…
-Avez vous passé une bonne journée, professeur ? Demanda Hermione.
-Si passer des heures à déblayer une cave et à l'aménager en laboratoire peut figurer au programme de ce que vous appelez une « bonne journée », dans ce cas, oui, j'ai passé une excellente journée, miss Granger.
-Oh ! Vous aménagez un laboratoire dans la cave ?
Rogue hocha la tête d'un air narquois.
-Mr Potter m'y a autorisé.
-C'était la moindre des choses ! Intervint Harry avec un sourire.
-Mais revenons à ce dont vous parliez quand je suis arrivé dans cette pièce, Potter. De quoi deviez-vous m'entretenir ?
Harry montra le message du ministère.
-J'ai reçu une convocation au Magenmagot, comme témoin dans l'enquête vous concernant, professeur.
-Figurez-vous que j'ai également reçu une convocation, un hibou est arrivé il y a quelques heures. Je dois me présenter demain matin au département de la justice magique.
-Ah ! Demain! Moi, je ne suis convoqué que samedi.
-Evidemment ! Ils veulent m'entendre d'abord.
-En effet, c'est logique. Mais…il y a plusieurs points qui me…D'abord, ont-ils prévu un garde du corps, pour vous ?
Rogue eut un petit rire railleur.
-Un garde du corps ? Vous plaisantez, Potter ! Je suis capable de me défendre tout seul ! Et de toute façon, je ne risque rien, je sais changer mon apparence, et je transplanerai directement devant le ministère !
Harry fit une moue peu convaincue. Rogue reprit:
-Quels sont les autres points qui vous tracassent ?
Malgré lui, le garçon rougit légèrement. Il était gêné de montrer devant ses amis à quel point il se préoccupait du sort de son ancien professeur.
-Eh bien…Croyez-vous qu'ils vous laisseront repartir?
L'homme écarquilla les yeux.
-S'ils veulent me coffrer, je ne vois aucun moyen de les en empêcher...
-Ce serait...ce serait scandaleux! S'indigna Hermione.
-Oh, calmez-vous, miss Granger ! Il n'y a que les naïfs pour croire que je serai accueilli en héros.
-Vous méritez pourtant que...
-Laissez la justice faire son travail. Elle arrivera peut-être à des conclusions qui me seront favorables, sait-on jamais ?
L'ironie du ton montrait combien Rogue croyait peu à ce qu'il avançait.
-Il y a autre chose encore, professeur, reprit Harry. Il faut que nous harmonisions nos témoignages.
Rogue leva un sourcil.
-Pourquoi ? Vous pensez que nous risquons de nous contredire ?
-Eh bien…à propos de ce qui s'est passé dans la cabane hurlante…
-Alors quoi ?
-J'aimerais autant ne pas évoquer mon voyage temporel…
Rogue émit un petit ricanement.
-Pourquoi, Potter ? Vous craignez d'être mis aux arrêts pour infraction au code de déontologie des sorciers majeurs et diplômés ?
-Ce serait un comble! Protesta Ron d'un ton indigné. Harry a fait tout cela pour vous sauver!
-Quoique…Vous êtes certes majeur, Potter, mais j'oubliais que vous n'êtes pas diplômé…poursuivit Rogue, acerbe, comme s'il n'avait pas entendu la remarque de Ron.
-Je ne sais pas ce que je risque en révélant que j'ai entrepris un voyage temporel sans autorisation, mais si on pouvait éviter d'en parler, c'est sûr que ça m'arrangerait …, soupira Harry en passant une main vague dans ses cheveux en désordre.
Rogue le considéra un instant en silence.
-Qu'allez-vous raconter, dans ce cas ? Demanda-t-il d'un air curieux.
-Je ne sais pas…par exemple…Voldemort pourrait-il vous avoir jeté un sort qui ne vous aurait pas tué, mais seulement… heu… assommé, ou gravement blessé ?
-Réfléchissez, Potter! S'il s'était contenté de ce genre de sort, cela n'aurait pas suffi à assurer sa pleine domination sur la baguette de sureau !
-Je pense que si. Et de toute façon, les juges ne sont pas sensés connaître les intentions de Voldemort ! Ils peuvent penser que…qu'il a simplement voulu vous neutraliser, pour que vous cessiez de le gêner dans la bataille…
Rogue prit un air ébahi, comme si Harry n'énonçait décidément que des énormités.
-En quoi aurais-je pu le gêner ?
-Par exemple, en cherchant à protéger Poudlard, à couvrir les élèves, ou vos anciens collègues…
-Je ne me suis nullement comporté ainsi pendant la bataille, beaucoup peuvent en témoigner. Il m'a fallu jouer mon rôle jusqu'au bout. D'autre part, quand bien même l'aurais-je fait, cet argument ne tient pas, car les juges du Magenmagot savent que Voldemort m'aurait tué pour moins que cela.
-Ne peut-on pas défendre l'idée qu'il espérait encore se servir de vous dans le futur… ?
-Hum…désolé de vous contredire, Potter, mais je ne pense pas que cette version puisse les convaincre d'aucune manière…grogna Rogue d'un air sceptique.
-Moi, ça me paraît plausible…dit timidement Hermione. De toute façon, Voldemort n'est plus là pour exposer ses motivations!
-Allons donc, il faut savoir garder un minimum de crédibilité ! rétorqua Rogue d'un ton agacé. Tout le monde sait que le mage noir n'hésitait pas à tuer même les plus fidèles de ses lieutenants quand ils se mettaient en travers de son chemin. Pourquoi se serait-il contenté de me blesser ? Et puis, si j'ai bien compris, vous me demandez de déposer un faux témoignage, Potter ?
-Sur ce point là seulement…répondit Harry d'une voix mal assurée.
-Savez-vous qu'ils peuvent parfaitement user de véritasérum, si mes dires leur semblent douteux?
Le garçon soutint un moment le regard sombre de l'homme.
-Bon, très bien, ce n'est pas grave, je dirai la vérité. Déclara-t-il calmement en haussant les épaules. Avec un peu de chance, ils ne m'enverront pas à Azkaban, j'aurai droit à un traitement de faveur en ma qualité de survivant…
-Tu avais promis à Bodlock de ne pas parler de sa remonteuse ! Avertit Ron.
-Oui, mais la première fois seulement ! Souviens-toi, quand nous la lui avons rapportée, il aurait voulu au contraire rencontrer le professeur Rogue, et faire reconnaître son invention dans tout le monde magique…
-Ton témoignage peut être une bonne occasion d'aller dans ce sens ! Approuva Hermione en jetant un coup d'œil inquiet en direction de Rogue.
-N'empêche que l'usage que vous avez fait de cet objet reste illégal…dit l'homme pensivement, en fixant Harry. Vous vous êtes mis dans une situation délicate, Potter, quelle que soit votre popularité par ailleurs...
-C'est pour vous qu'il a couru tous ces risques, lança Ron une nouvelle fois d'un ton hargneux.
L'homme se tourna brusquement vers lui et le toisa avec froideur.
-Permettez-moi de vous rappeler que je ne lui avais rien demandé, Weasley!
Les oreilles de Ron avaient viré au rouge.
-Vous pourriez au moins montrer un peu de reconnaissance !
-Ron ! Lancèrent Harry et Hermione d'une même voix.
Mais il était trop tard. Rogue s'était levé et se tenait droit devant eux, raide et outragé.
-Si vous attendez de moi que je me prosterne devant Potter pour lui embrasser les pieds, vous risquez d'être déçus, martela-t-il d'un ton cassant. Que je sache, je n'ai jamais exigé de lui qu'il se lance dans cette aventure, et encore moins qu'il transgresse les lois sorcières pour parvenir à ses fins. Je ne vois pas pourquoi je devrais compromettre la véracité de mon témoignage pour le sortir de ce mauvais pas. Je vous souhaite le bonsoir !
Avec toute la morgue dont il était capable, Rogue fit demi-tour et se dirigea vers la porte d'un pas décidé. Hermione regardait Ron avec des yeux furieux. Harry se leva et courut derrière l'homme.
-Professeur ! Attendez ! Nous allons dîner !
-Je n'ai pas faim ! Vous dînerez sans moi, Potter ! Lança Rogue par dessus son épaule, sans se retourner.
Le garçon revint vers ses amis, la tête basse. Penaud, Ron s'excusa, tout en traitant Rogue de tous les noms. Selon lui, l'homme refusait obstinément de faire la moindre concession dans son témoignage, c'était de l'ingratitude pure, il n'hésiterait pas à mettre Harry en porte-à-faux vis à vis de la justice, alors que le garçon l'avait héroïquement sauvé. Hermione lui rappela l'histoire du veritaserum, puis elle tenta de réconforter Harry, arguant que Kreattur pouvait très bien faire parvenir de quoi manger à Rogue, directement dans sa chambre, et que tout s'arrangerait le lendemain…Passablement contrarié, Harry tâcha de se convaincre qu'elle avait raison.
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Rogue avait décidément un caractère de cochon. Il prenait la mouche pour un rien, et la cohabitation avec un Ron très peu diplomate paraissait impossible. Dans quelle situation embrouillée Harry avait-il mis ses amis ? Il était déprimé au point de regretter sérieusement d'avoir sauvé son ancien professeur. L'homme semblait incapable de se comporter civilement, et son incompatibilité d'humeur avec le jeune Weasley était évidente. L'idée de vivre avec ces deux-là plusieurs jours sous le même toit n'avait décidément plus rien de plaisant.
Après avoir écrit une lettre peu enthousiaste à Ginny et envoyé Quito pour la première fois en mission postale, Harry mit son pyjama. Il s'apprêtait à se coucher quand il se souvint qu'il avait oublié au salon son livre de potion. Soucieux de bien commencer l'année, il aurait volontiers relu la page qu'ils étaient sensés mémoriser pour le lendemain. Il pouvait faire venir le livre d'un accio, mais il se dit qu'il en profiterait pour passer voir Rogue et lui demander s'il avait établi une liste de matériel pour le laboratoire.
En fait, malgré ses réflexions peu amènes vis à vis de l'homme, il avait le sentiment qu'il ne parviendrait pas à s'endormir sans s'être assuré que l'ex-espion allait bien, qu'il avait mangé et qu'il était prêt à affronter sereinement le Magenmagot le lendemain matin.
Le garçon longea le couloir, gagna le salon et fouilla dans sa besace pour y prendre son livre. Puis il continua, passant devant la porte de la chambre de Ron. Il entendit un bruit léger de voix, puis le rire cristallin et gai d'Hermione. Harry sourit malgré lui. Pour une fois, ces deux là ne se chamaillaient pas, bien au contraire! Cet aspect-là au moins de la cohabitation semblait fonctionner positivement. Il reprit sa marche, le cœur un peu plus léger, et s'arrêta devant la porte de Rogue. Il y colla un moment son oreille, mais aucun son ne lui parvint. L'homme dormait-il ? Harry hésita, puis, chassant l'appréhension qui lui nouait le ventre, il prit son courage à deux mains et frappa discrètement. Il s'apprêtait à faire une nouvelle tentative quand la porte s'ouvrit d'elle-même brusquement, manquant lui faire perdre l'équilibre.
Rogue se tenait debout près du bureau, vêtu non pas de son incontournable robe noire, mais d'un souple pantalon gris et d'une chemise beige à manches courtes. Il était pieds nus, et fixait Harry, le visage pâle et inexpressif.
Le garçon réalisa qu'il voyait pour la première fois l'homme vêtu à la moldue. Dans cette tenue décontractée, Rogue paraissait plus jeune, plus proche, moins intimidant qu'à l'accoutumée.
-Que voulez vous, Potter ?
-Heu…, hésita Harry en faisant un pas dans la chambre. Je ne vous dérange pas ?
-Non. Entrez et fermez la porte.
Harry s'exécuta. Il jeta un rapide coup d'œil circulaire dans la pièce. Plusieurs livres reposaient sur la table de nuit. Il vit une plume et un encrier sur le bureau, mais aucune trace de parchemin ou de cahier.
-Je n'ai pas eu le temps de vous demander tout à l'heure si vous aviez pensé à établir une liste du matériel nécessaire pour le laboratoire…
-Il me semble que vous pourriez établir cette liste vous même, sans mon aide, Harry. A votre avis, de quoi aurons-nous besoin ?
Rogue avait approché de quelques pas, et son ton était calme, presque amical. Harry se détendit, et s'ébouriffa machinalement les cheveux.
-Heu…de chaudrons, de spatules, d'éprouvettes et de flacons. Et bien sûr, de certains produits de base, comme…
-Comme… ?
-De l'écorce de saule, des racines de rutabaga, de la poudre d'écailles de dragon, de l'extrait d'aconit….
Harry s'arrêta, à court d'inspiration. Les lèvres de Rogue dessinèrent un sourire moqueur.
-C'est tout ce qui vous vient à l'esprit ?
-Pour l'instant, oui…Je suppose qu'Hermione aurait beaucoup plus d'idées que moi, mais…
Rogue renifla, puis fit un mouvement de sa baguette. Un tiroir du bureau s'ouvrit pour laisser s'échapper une feuille qui vola jusqu'à la main de l'homme.
-Avec ce que vous proposez, nous pourrions au mieux réaliser une potion de pousse-cheveux, et encore… Hum…Voici la liste que j'ai dressée, comme vous me l'aviez demandé. Evidemment, vous n'achèterez pas tout en une fois, cela serait trop onéreux. Dans un premier temps, procurez-vous ce qui est noté comme indispensable. Vous complèterez au fur et à mesure, en fonction de vos besoins.
-Je veux qu'il y ait tout le nécessaire pour que vous puissiez vous aussi fabriquer les potions que vous désirez.
Rogue le regarda attentivement, puis haussa les épaules.
-Faites comme vous l'entendez, dans ce cas.
-Je m'en occuperai demain, après les cours. Et en rentrant ici, je descendrai à la cave pour visiter les lieux avec vous, si vous n'y voyez pas d'inconvénient…
-Je suis à votre entière disposition, Harry…répondit l'homme d'un ton légèrement narquois. Vous êtes le maître de ces lieux…
Le garçon ne réagit pas tout de suite. Il tentait de déchiffrer l'expression de son interlocuteur.
-Professeur ? Demanda-t-il pour finir, d'un ton légèrement hésitant.
-Qu'y a-t-il ?
-Avez-vous mangé ? J'ai demandé à Kreattur de vous apporter de quoi dîner, mais…
-Ne jouez pas à la mère poule, Harry, soupira Rogue. Bien sûr, que j'ai mangé. Votre elfe est parfait, il a même remporté le plateau. Ne vous inquiétez pas, je n'ai pas l'intention de mourir de faim.
-Bien. Dans ce cas, je vais vous laisser vous reposer, dit le garçon en s'apprêtant à sortir de la pièce.
-Attendez! Avant que vous partiez, je voudrais…je voudrais m'excuser, pour tout-à l'heure.
Harry ouvrit la bouche et le dévisagea fixement, incapable de dissimuler son profond étonnement.
-Vous excuser ? Bredouilla-t-il à mi-voix.
-Oui. De m'être emporté contre votre ami Weasley. Il avait raison. Vous avez entrepris de remonter le temps pour me sauver, et c'est dans ce contexte là que vous avez enfreint la loi sorcière.
Harry se troubla.
-Ca ne change rien au fait qu'il va falloir dire la vérité devant la justice, dit-il d'un ton haché. Comme vous l'avez fait remarquer, tout mensonge peut être détecté et nous porter préjudice, à moi comme à vous.
Rogue baissa la tête et fit quelques pas sur le tapis avant de s'arrêter et de relever les yeux vers Harry.
-J'ai bien réfléchi à la question, soupira-t-il, et en effet, je crois que nous n'avons pas d'autre choix. Un faux témoignage, même sur un point de détail, peut conduire à de graves conséquences.
-Je ne crains pas de dire la vérité, dit fermement Harry. Après tout, Bodlock veut la célébrité, il va l'obtenir, même si ce n'est pas de la manière qu'il rêvait…
-Vous n'avez pas peur des représailles, pour vous-même ?
Rogue le considérait attentivement, mais son expression était toujours figée, neutre. Harry haussa les épaules.
-Que peuvent-ils me faire ?
L'homme ne répondit pas tout de suite. Il refit quelques pas et vint se planter devant Harry, bras croisés.
-Heureusement pour vous, vous jouissez d'un certain prestige qui vous évitera sans doute le pire. Mais ils peuvent vous priver de votre baguette pendant une période plus ou moins longue, vous faire payer une amende rondelette, vous interdire de poursuivre vos études d'auror…je vous dis ce qui me vient à l'esprit, mais je ne suis guère versé dans le domaine de la justice magique…
Harry hésita un instant avant de répondre.
-Pour moi, l'important, c'est d'avoir réussi à vous ramener à la vie. Peu importe les sanctions, je ne regrette pas ce que j'ai fait, et si je dois payer, je payerai.
Il y eut un silence. Rogue ne le quittait pas des yeux.
-Et pour vos études ?
-Je m'en remettrai…j'irai vendre des cacahouètes…
Ils se regardèrent un instant encore, puis tous deux se mirent à rire. Dans un élan, Rogue avança d'un pas, puis s'arrêta net et joignit les mains derrière son dos.
-Vous avez bien changé, Harry.
-Changé? Dans quel sens ?
L'homme hésita un instant, puis dit doucement:
-Vous avez mûri.
Harry sourit en fronçant les sourcils.
-Ce n'est pas ce que vous m'aviez dit il y a quelques temps, quand vous étiez dans le portrait et que nous avons discuté…
-J'avais juré de vous faire regretter votre indiscrétion…Je n'ai pas pu résister à l'envie de vous voir sortir de vos gonds.
-En tout cas, ça n'a pas suffi à me faire abandonner mon projet, heureusement pour vous. Vous avez pris des risques considérables, en me maltraitant ainsi!
Rogue eut un petit rire amusé.
-Je savais ce que je faisais. Nous étions sûrs, Albus et moi, que têtu comme vous l'êtes, vous ne renonceriez pas pour si peu à vous lancer dans votre aventure...
-Hmm...pourtant, j'ai bien failli me décourager. C'est Hermione qui m'a regonflé tant bien que mal.
-Je vous croyais plus tenace...
Harry ne répondit pas, mais il eut un petit hochement de tête accompagné d'une grimace éloquente.
-Vous avez eu une journée fatigante, Harry, murmura Rogue d'une voix légèrement enrouée. Vous devriez aller vous reposer, à présent...
-Moi, ça va, mais vous, il faut que vous soyez en forme pour votre comparution...
Le garçon se détourna et se dirigea vers la porte, son livre sous le bras.
-A demain, professeur.
Rogue fit à nouveau quelques pas vers Harry, une main levée.
-Attendez ! Lança-t-il une nouvelle fois. Quel est ce livre, Harry ? Vous aviez autre chose à me demander ?
-Non. Je suis simplement venu le récupérer au salon pour relire une page avant de dormir.
-Oh ! Vous m'étonnez, Potter ! En tout cas, n'hésitez pas à me solliciter si vous avez besoin d'aide…
-Je n'hésiterai pas. Merci professeur.
-Votre première journée à l'Académie s'est bien passée?
-Très bien.
-Vous n'avez pas changé d'avis, vous êtes toujours décidé à suivre ces études ?
Harry regarda Rogue avec sérieux.
-Oui.
Le visage de Rogue restait impassible, mais un éclair traversa son regard sombre.
-Bien. A demain, Harry.
-Bonne nuit, monsieur.
o0o0o0O0Oo
23h.
Tu es un misérable. Tu es un malade. Il faut que tu partes d'ici, le plus vite possible. Que risques-tu, au juste, en retournant Spinner's End ? De te faire assassiner ?Quelle importance ?
Avec un peu de chance, dès demain, tu seras enfermé à Azkaban. Ainsi, tu ne pourras plus nuire au fils de celle que tu as aimée…
Harry vient de sortir de ta chambre. Dans son infinie candeur, il est venu de lui même te trouver, pour récupérer la liste de fournitures. Tu étais en train d'écrire quand il a frappé. Aussitôt, tu as su que c'était lui, et ton cœur a fait un bond. Avant de lui ouvrir, tu t'es dépêché de dissimuler ce cahier.
Il portait un T-shirt blanc et un short gris. Il t'a paru si jeune, si honnête, si vulnérable…Où cache-t-il sa force, sa puissance ? Ses grands yeux te fixaient avec inquiétude. Il voulait s'assurer que tu allais bien. A l'évidence, il se souciait avant tout de ton bien-être.
Et toi, à quoi as-tu pensé en le voyant ? A son bien-être ? A ses études ? A son avenir ? Non. Tu l'as mangé des yeux. Tu t'es dit que, plus que jamais, il ressemblait à sa mère, et que plus que jamais, il était charmant. Tu as réalisé aussi que dans le même temps, il te rappelait son père, et que tu avais envie de le rabaisser, et qu'il y avait de nombreuses manières de le rabaisser…Et que tu pourrais y trouver du plaisir, beaucoup de plaisir.
Toutes ces pensées contradictoires et perverses t'occupaient l'esprit tandis que vous discutiez. Pourtant, tu es si habile dans la dissimulation que vous avez réussi à avoir un échange cordial, presque détendu.
Tu es même parvenu à formuler des excuses. Tu n'avais jamais rien fait de tel, et moins avec lui qu'avec quiconque. Cela t'a coûté un certain effort, reconnaissons le, mais tu voulais voir les yeux verts briller d'étonnement et de gratitude. Et pour toi, le pire effort fut de résister à l'envie de te jeter sur lui, de le serrer dans tes bras, de caresser sa joue lisse, de…Halte !
Tu reprends ton souffle péniblement. Tu avais pourtant juré de ne pas permettre à tes pensées malsaines de s'exprimer, ni dans ta tête, ni sur les pages de ce cahier.
Hélas, l'année dernière, il était loin, et l'image que tu avais de lui était vague, brouillée. Aujourd'hui, il est constamment près de toi, en chair et en os. Tu es entouré de sa présence gracieuse et déterminée, obsédante. Comment ne pas te laisser envahir par ces pensées, comment adopter une attitude dépassionnée, distanciée ? Tu as une longue habitude du double jeu, heureusement. Mais ce combat va t'épuiser, tu devrais partir, avant qu'il ne soit trop tard et que les choses dérapent. Hélas, un unique désir t'habite désormais: rester ici, et t'enivrer de sa présence.
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Bon, ben voilà…c'est tout pour cette fois. N'oubliez pas de me faire part de vos réactions, même négatives !!
Piwi-chan : Un grand merci pour tes encouragements !
Sacabière : Merci beaucoup, et à bientôt j'espère !
