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CHAPITRE QUINZE

Résidence surveillée

-C'est fou, ce que j'ai envie d'aller en potions…

-Et moi donc !…surtout après ce cours de psycho qui m'a complètement saoulé…

-Nous décrire deux heures durant le profil type d'un criminel, je te jure…Pour toi qui as connu Voldemort, c'est sûr que ça paraît grotesque…Ce serait plutôt à toi de faire le cours !

-Salut les gars !

Harry et Ron se tournèrent vers celui qui venait d'arriver. Ils étaient assis à une table de la cafétéria, et profitaient d'une pause entre deux cours pour boire un verre. Le nouveau venu était un grand étudiant blond à la peau rose et marbrée, très costaud, qui paraissait avoir au moins vingt ans.

-Je peux m'asseoir avec vous ?

-Bien sûr ! Répondit Harry en souriant au jeune homme.

Liam Parker faisait partie de la même promotion qu'eux, bien qu'il fût un contemporain de Fred et George. Avant d'être admis à l'AFDA, il avait entamé un cursus de médicomagie, pour s'apercevoir ensuite qu'il s'était trompé de voie.

Le jeune homme commanda un café, puis s'assit à côté de Ron et en face de Harry.

-Vous avez bossé, en potion ? Moi, j'ai horreur d'apprendre par cœur, je me suis contenté de relire la page…

-Je n'ai même pas ouvert le bouquin, grogna Ron en levant les yeux au plafond. On n'est plus des gamins, franchement. Nous faire réciter des formules comme des ânes, on aura tout vu…

-Et toi, Harry ? Demanda Liam à son vis-à-vis d'un air intéressé. On dirait que Harper a une dent contre toi, tu ferais bien de te méfier…

Le garçon se rembrunit.

-Ouais, je ne sais pas pourquoi. Enfin si, je sais, il doit penser que j'ai la grosse tête, comme beaucoup l'ont cru avant lui… Pour la leçon, ben, j'ai fait comme toi, j'ai relu la page en diagonale. Le problème, c'est que j'étais allongé dans mon lit, et que j'ai piqué du nez avant d'avoir fini…

-Si cette face de babouin pouvait se dépêcher d'attraper une bonne grippe, ça nous arrangerait, maugréa Liam. Quoiqu'il serait bien capable de se concocter une potion curative et de ne pas manquer un seul cours de l'année.

-Bon, et si on parlait de choses intéressantes, pour changer ? Coupa Ron d'un ton impatient. Toi, Liam, tu es peut-être au courant…il paraît qu'il y a deux équipes de quidditch, ici, à l'AFDA ?

-Ouais, bien sûr, vous ne le saviez pas ? Une équipe de titulaires, et une autre de suppléants. Le bruit court que ce sont plutôt de bonnes équipes.

-Et qui est-ce qui joue dedans ? Des étudiants ?

-Majoritairement, mais aussi des anciens de l'AFDA, et même certains enseignants.

-Des profs ?

-Oui, comme Blake, le prof d'analyse de situations, et Smith, la prof de droit.

-Quoi, Smith ? Elle joue au quidditch ? S'étonna Harry.

-Ben oui, tu vois…elle a beau être veuve depuis deux ans, ça ne l'a pas empêchée de participer à tous les matchs.

-Veuve ? A son âge ?

-Son mari était directeur de l'AFDA . Il est mort d'une maladie grave.

-Ils ont eu des gosses ?

-C'est possible…En tout cas, avec le physique et la personnalité qu'elle a, ça m'étonnerait qu'elle ne trouve pas vite à se remarier…

-Faut d'abord qu'elle en ait envie…

Les garçons se turent un moment, digérant toutes ces informations, tout en finissant de boire leurs bierraubeurres.

-Et tu sais comment on peut en faire partie, de ces équipes ? Relança Ron, les yeux brillants.

-Aucune idée. Je ne sais pas s'ils recrutent actuellement, tu n'as qu'à t'adresser à Gordon, l'administrateur.

-Ce serait trop bien ! Tu te rends compte, Harry, depuis le temps qu'on n'a pas joué au quidditch… !

-Ca m'étonnerait qu'ils veuillent de nous, des petits nouveaux…

-Bah…on ne risque rien à essayer ! Et toi, Liam, tu n'es pas intéressé?

-Non. Cette année, je veux me consacrer exclusivement aux études. J'ai déjà perdu deux ans, je n'ai pas intérêt à me planter sur ce coup là. Mes parents ont suffisamment râlé quand j'ai décidé de quitter l'institut de médicomagie. Si je fais le moindre faux pas, ils refuseront de me prendre en charge plus longtemps.

-Apparemment, ils sont comme les miens, ils ne roulent pas sur l'or…, dit Ron, compréhensif.

-Ouais. Je n'ai même pas de quoi m'offrir un balai correct, donc tu vois, c'est pas la peine de penser au quidditch…

Ron grimaça.

-Remarque, le mien n'est pas terrible non plus…

Liam regarda sa montre en reposant sa tasse de café.

-Dîtes, les gars, je ne voudrais pas vous mettre la pression, mais le cours démarre dans moins d'une minute.

-Argh…Harper va nous tuer…, gémit Ron en pâlissant.

D'un même élan, les trois garçons se levèrent, attrapèrent leurs sacs et se ruèrent hors de la cafétéria.

o0o0o0o

La journée de cours se terminait plus tôt que la veille. Harry et Ron quittèrent l'AFDA vers 16h30, pour aller ensuite faire les courses de Rogue au Chemin de traverse. Malheureusement, le survivant avait oublié de se munir de son masque, et en sortant de la boutique de George, à qui ils étaient passés dire bonjour, ils furent soudain assaillis par une foule de badauds qui se pressaient autour d'eux, leur demandant des autographes.

Après s'être dégagés tant bien que mal, ils réussirent à se faufiler jusqu'au magasin d'articles pour potions, dans lequel ils se réfugièrent, haletants. Harry sortit sa liste de sa poche, et la mit dans les mains de l'employé. Quelques minutes plus tard, le comptoir était envahi de paquets bien emballés et ficelés. Harry paya la facture, puis les garçons tentèrent au moyen de divers sorts de réduire le volume et le poids des sacs. Ils étaient malgré tout chargés comme des baudets en arrivant square Grimmaurd. Ereintés, ils déposèrent tout dans l'entrée, et montèrent quatre à quatre au salon, espérant y trouver Hermione. Mais la pièce était vide. Harry appela Kreattur, et le vieil elfe apparut aussitôt devant lui.

-Bonsoir Kreattur. Sais-tu si Hermione est rentrée de sa journée ?

L'elfe secoua la tête négativement, faisant battre ses grandes oreilles poilues.

-Non, maître Harry. La demoiselle n'est pas encore là.

-Et le professeur Rogue ?

-Oui, maître. Monsieur Rogue est rentré en début d'après midi, accompagné par deux sorciers.

Harry et Ron se regardèrent, interloqués.

-Deux sorciers ? Mais qui sont-ils ?

-Kreattur ne le sait pas, maître. Les deux sorciers sont repartis, maître.

-Bien. Où se trouve Rogue ?

-Kreattur suppose que le professeur est dans sa chambre.

-Merci Kreattur. Nous dînerons dès qu'Hermione sera rentrée.

L'elfe inclina sa grosse tête, puis disparut.

-Je vais voir Rogue, dit Harry d'un ton décidé. Je veux savoir comment ça s'est passé pour lui ce matin, et qui sont ces deux individus qui l'ont raccompagné.

-Tu ne te vexeras pas si je reste ici ? Grommela Ron en s'allongeant à demi sur le canapé. Je crois que je vais piquer un petit roupillon.

-Au contraire, c'est parfait ! De toute façon, il vaut mieux que tu sois au salon pour accueillir Hermione !

Harry quitta le salon et longea le couloir jusqu'à la porte de son ancien professeur. Il frappa sans hésiter. La réponse de Rogue vint presque instantanément.

-Entrez !

Le garçon ouvrit. Rogue était assis à son bureau. L'homme ferma brusquement un tiroir puis se leva et vint à sa rencontre. Il était vêtu de sa robe noire, et son visage ne montrait aucune trace d'émotion.

-Potter.

-Comment allez-vous, professeur ?

-Eh bien, comme vous voyez…je vais bien.

Harry s'enhardit suffisamment pour avancer de quelques pas.

-Comment s'est passée votre comparution ?

- Mieux qu'on aurait pu le craindre. D'ailleurs, vous pouvez le constater par vous même : je ne suis pas à Azkaban.

-Kreattur m'a dit que vous étiez revenu accompagné par deux personnes ?

Rogue grimaça un sourire.

-Deux aurors, en effet, Potter. Ils m'ont fait l'honneur de m'escorter jusqu'ici.

-Pourquoi ?

-Pourquoi ? Ricana l'homme. Mais parce que la confiance règne…Ils avaient tellement peur que je disparaisse dans la nature…Je suis assigné à résidence ici même, chez vous, que ça vous plaise ou non. Et je suis privé de baguette jusqu'à nouvel ordre.

-Hein ?

-Apprenez à faire des phrases correctes, Potter, même si la carrière d'auror n'exige pas de vous un haut niveau de langage.

Bien que passablement vexé par l'ironie méchante de la réplique, Harry se contraignit à ne pas en tenir compte.

-Ils vous ont pris votre baguette ?

-Cela vous surprend ?

-Bien sûr que oui ! Pourquoi ont-ils fait cela ?

-Ce n'est pas tout ! Regardez !

Rogue leva une main et montra son poignet gauche. Un mince bracelet argenté l'enserrait étroitement.

-Qu'est-ce que c'est que ça ? Demanda Harry d'une voix blanche.

-Un bracelet de surveillance. Où que j'aille, ils peuvent me localiser grâce à cet élégant objet. On ne vous a pas encore parlé de ça, à votre Académie ? C'est pourtant la dernière innovation en matière de prévention de la récidive…

-Non, murmura Harry, horrifié. C'est atroce ! Comment ont-ils osé vous faire ça ? Est-ce qu'ils vous ont laissé vous expliquer, au moins ?

Rogue s'appuya au dossier de sa chaise et croisa les bras.

-Ma déposition n'a visiblement pas eu l'heur de les convaincre. Dit-il avec lassitude. Ils semble qu'ils aient réuni de nombreux témoins à charge, et Dumbledore n'est plus là pour me défendre.

-Mais…et…et Mc Go ?

Rogue leva un sourcil.

-Vous voulez parler sans doute du professeur Mc Gonagall, directrice de Poudlard ? Elle n'a pas encore pu témoigner. Elle n'est convoquée que vendredi.

-Mais pourquoi ne vous font-ils pas prendre dès le début du véritasérum ? Ils seraient assurés que votre déposition est véridique !

-Ce qui nous paraît logique ne l'est pas forcément pour le Magenmagot. La justice magique a des modes de fonctionnement qui nous dépassent, nous autres néophytes…Je crois que l'usage du véritasérum est réservé aux cas prêtant vraiment à controverse. Ils ne l'ont pas encore jugé nécessaire, en ce qui me concerne.

-Je ne vois pas comment ils peuvent continuer à ignorer que vous n'avez jamais cessé de travailler pour la cause de Dumbledore…

-Il faut bien vous dire une chose, Harry : quelles que soient les motivations qui m'ont poussé à agir comme je l'ai fait, je serai avant tout jugé comme responsable de mes actes…mon engagement en tant que mangemort, sincère ou non, a entraîné certaines conséquences que je ne peux nier, même si Dumbledore l'a utilisé pour servir son propre combat…

Harry se sentait de plus en plus mal. Pourtant, Rogue ne paraissait pas particulièrement affecté par ce qui lui arrivait. Probablement s'était-il attendu à quelque chose de ce genre. L'homme décroisa les bras et fit un pas vers lui.

-Peut-être aimeriez vous apprendre ce que j'ai révélé à propos de votre voyage temporel ? Dit-il d'un ton concerné.

-Ah ? Oh…non, pas particulièrement…

-Pourtant, il faut que vous sachiez que je m'en suis tenu au strict minimum. Il se trouve qu'ils étaient au courant par Lucius Malefoy que j'avais été convoqué par le Lord noir dans la Cabane hurlante. Quand ils ont voulu savoir ce qui s'y était passé, j'ai simplement raconté que Voldemort avait jeté sur moi son serpent, pour renforcer le pouvoir de sa baguette, et que vous êtes arrivé un instant après dans le but de me sauver. C'est tout.

-Ils n'ont pas exigé plus de précisions ?

-Ce n'était que ma première comparution. J'ai bien peur que lors des prochaines séances, on me demande d'être un peu plus disert sur la question…

Harry ne répondit pas.

-Allons, ne faites pas cette tête là, reprit Rogue d'un ton bonhomme, comme si c'était le garçon qui avait besoin d'être réconforté. Il n'y a pas mort d'homme, ça aurait pu être pire. Parlons de vous, ce sera plus intéressant. Vous avez passé une bonne journée ?

-Moi ?…heu…oui, ça va. Je…

-Qu'y a-t-il ?

-Ecoutez…je suis désolé…

-Désolé ? Reprit Rogue, narquois. De quoi êtes-vous désolé, Potter ?

-Eh bien…tout ce qui vous arrive…c'est de ma faute. J'aurais dû prévoir la réaction de la justice, et mieux préparer le terrain, avant de vous ramener à la vie.

-Cessez de raconter n'importe quoi, dit soudain Rogue avec brusquerie. Vous n'auriez rien pu faire du tout. Vous êtes toujours persuadé que vous êtes né pour changer le monde. Acceptez une bonne fois pour toutes que vous ne pouvez pas tout maîtriser.

Harry avala sa salive. C'était étrange. Malgré son ton sévère, Rogue semblait presque s'amuser, comme s'il n'était pas atteint par la gravité évidente de sa situation.

-Si vous voulez, je peux vous faire visiter la cave, reprit l'homme, à nouveau plus aimable. Vous me direz si vous êtes satisfait de mes aménagements. Quoique je ne puisse plus y changer grand chose, maintenant que je n'ai plus de baguette !

Soulagé par cette diversion, Harry acquiesça avec empressement, et ils gagnèrent l'escalier.

-Les fournitures sont là, dans l'entrée…, dit le garçon en montrant les paquets qui encombraient toujours le couloir. Je vais en profiter pour en descendre une partie à la cave.

Quand ils parvinrent au sous-sol, le garçon fut stupéfait de découvrir à quel point Rogue avait habilement aménagé l'espace. Toutes les saletés qui l'encombraient autrefois avaient disparu, remplacées par trois paillasses carrelées, un grand évier et une armoire vitrée.

-C'est magnifique !

-J'ai fait ce que j'ai pu avec ce que j'ai trouvé ici. Venez, nous allons installer le matériel sur les paillasses et dans l'armoire.

Avec l'aide de son ancien professeur, Harry se mit à déballer les nombreux paquets. Durant la demie heure qui suivit, ils ne dirent pas grand chose. Rogue indiquait à Harry les emplacements où il devait ranger chaudrons, ustensiles, fioles, éprouvettes et cornues.

-Vous avez finalement acheté tout ce que j'avais mis sur la liste…, constata Rogue quand le laboratoire fut organisé de manière fonctionnelle.

Ils se tenaient debout côte à côte, devant l'armoire.

-Oui, j'ai préféré tout régler en une fois.

-Je vous avais dit que ça n'était pas nécessaire…

-Oh…c'est parce que je suis paresseux ! Je n'avais pas envie de retourner à plusieurs reprises dans cette boutique. Et puis, à chaque fois que je sors sur le Chemin de Traverse, je suis assailli par les badauds. C'est vraiment pénible.

Rogue fronça les sourcils.

-Vous dites que c'est pénible, ce que j'imagine volontiers, mais cela peut-être également dangereux. Vous devez être prudent, Harry. N'importe quel fou nostalgique de Voldemort peut se jeter sur vous et vous agresser.

Harry haussa les épaules.

-Je sais, mais je ne peux quand même pas vivre barricadé chez moi.

-Il faut changer votre apparence. Vous n'aviez pas un masque qui…

-Si, c'est George Weasley qui me l'a procuré. Mais je ne pense pas toujours à l'emporter dans mes affaires.

-Coupable négligence ! N'oubliez pas que votre sécurité en dépend.

-C'est vrai. Je devrais le laisser en permanence au fond de mon sac.

Rogue approuva de la tête, puis remit distraitement en place des pinces à dissection qui traînaient sur la paillasse, avant de continuer.

-Vos journées de cours sont très chargées, dans votre Académie ?

-Heu…oui, malheureusement, sauf le mardi. Du coup, nous avons eu le temps de nous occuper des courses, Ron et moi.

-Et vous avez déjà eu cours de potion ?

-Oui, fit Harry avec un rictus dégoûté. C'est un supplice, encore pire qu'à Poudlard…

Rogue esquissa un sourire.

-Vous n'avez jamais eu de disposition particulière pour cette matière, il me semble. Comment s'appelle votre enseignant ?

-Joseph Harper. Vous le connaissez ?

Comme pris de court, Rogue hésita un instant.

-Un peu, dit-il enfin d'un ton neutre. C'est sans doute un homme très compétent.

-Et très désagréable. Il a déjà décidé que j'étais un gros tire-au-flanc bouffi d'orgueil.

-Je vois. A vous de lui prouver qu'il se trompe ! N'oubliez pas que vous n'êtes pas en possession de vos Aspics. Il doit penser que vous n'avez pas les compétences, et sans doute n'a-t-il pas entièrement tort.

-Peut-être, mais ce n'est pas une raison pour me rabaisser constamment.

Rogue ne répondit pas. Il regardait fixement Harry, au point que le garçon, mal à l'aise, se demanda s'il avait dit quelque chose de vexant à son professeur, ou si plus prosaïquement, il n'avait pas un furoncle en train de grossir au milieu de la figure. A moins que…peut-être Rogue s'était-il senti également visé, quand Harry avait reproché à Harper de « le rabaisser constamment » ?

-Dites-moi, Potter, on ne vous a jamais proposé de vous soigner la vue ? Dit tout à coup Rogue d'une voix sourde.

Surpris par l'incongruité de la question, Harry se troubla.

-La vue ? Heu…non, pourquoi ?

Rogue soupira.

-Si vous portez des lunettes, c'est sans doute parce que vous avez un défaut de vision…A moins qu'il s'agisse d'une simple coquetterie de votre part , ce qui ne me surprendrait pas!

-Ah ? Oh, non… je suis myope, depuis toujours…

-Et s'il s'avère que cette myopie peut être soignée, seriez vous prêt à prendre les mesures nécessaires ?

-Personne ne m'a jamais parlé de…

-…et bien je serai le premier, dans ce cas. Laissez-moi voir ça, coupa Rogue d'un ton autoritaire. Vous permettez ?

D'un geste précis, il saisit les lunettes de Harry et les lui retira pour les poser sur la paillasse à côté de lui. Puis il se pencha en avant et plongea les yeux dans ceux du jeune homme.

-Excusez moi…dit-il à voix basse, il faut que j'examine votre cornée.

L'homme leva une main et la passa derrière la tête de Harry, puis il l'attira vers lui, rapprochant ainsi son visage du sien. Le garçon sentait son souffle chaud sur sa peau, mais n'osait pas bouger. Leurs nez se touchaient presque.

-Ne me regardez pas, tournez les yeux vers le côté …, murmura Rogue entre ses dents. Oui, comme ça, très bien. Hmmm… je vois…Regardez en l'air ! Mouais…Vous êtes non seulement myope, mais également hypermétrope…

Il finit par lâcher la tête du garçon qui recula d'un pas, légèrement embarrassé, et rechaussa ses lunettes.

-Il existe des potions curatives qui pourraient améliorer votre vue, dit Rogue calmement. Je peux fabriquer cela ici même…On les administre sous forme de gouttes. Ensuite, tout est une question de dosage…

-C'est-à-dire que…en fait, ça ne me dérange pas, je suis tellement habitué à porter des lunettes…

-Ah, vous êtes là ! s'exclama soudain une voix claire en provenance de l'escalier.

Hermione surgit dans la cave, suivie de Ron. Souriante, elle dévisagea tour à tour rapidement Harry et Rogue. Le garçon avait fait un pas de côté, mettant plus de distance entre lui et l'homme.

-Bonsoir Harry, bonsoir professeur ! Wow, c'est magnifique ! Félicitations !

-Tu as passé une bonne journée, Hermione ?

-Excellente. Les cours sont passionnants. On est nombreux, mais je pense que je ne suis pas la plus mauvaise, je devrais pouvoir m'en sortir.

Harry échangea avec Ron un regard complice.

-C'est génial, d'avoir un labo ici ! Se réjouit à nouveau la jeune fille. On va pouvoir tester les potions, faire des essais…Quand est-ce qu'on commence ?

-Sûrement pas ce soir ! Bougonna Ron. Ou alors, vous ferez ça sans moi. Personnellement, j'en ai ma dose.

-Je vous propose plutôt d'aller manger …, lança Harry avec entrain. Je meurs de faim, je suppose que je ne suis pas le seul. Professeur, vous vous joignez à nous ?

-Comme vous voudrez, Potter.

-Ca ne vous gêne pas, si on mange dans la cuisine ?

-Je mange où vous voulez, du moment que c'est dans de la vaisselle en or!

Les trois jeunes se mirent à rire, et l'ambiance était plutôt détendue lorsqu'ils s'installèrent tous les quatre autour de la table de la cuisine, sur laquelle les attendait une magnifique salade de poissons fumés.

Durant le dîner, Hermione voulut savoir comment s'était déroulée la comparution de Rogue devant le Magenmagot. Comme Harry l'avait été avant elle, la jeune fille se montra très choquée du traitement réservé à l'ancien espion. Déjà, elle évoquait de faire un scandale dans la presse par le biais du Chicaneur. Rogue calma quelque peu ses ardeurs.

-Ecoutez, miss Granger ! Je n'ai aucune envie de faire la une des journaux, et encore moins celle du Chicaneur que de n'importe quelle autre feuille de chou.

-Je vous comprends, professeur, mais on ne peut pas accepter qu'ils vous traitent de cette manière, alors que c'est grâce à vous que la guerre a été gagnée…Il faut alerter l'opinion sur l'injustice qui vous…

-Il faut surtout leur laisser le temps ! Quand comprendrez vous cela ?

-Mais pourquoi ne consultent-ils pas le portrait de Dumbledore, bon sang ! S'écria Ron avec humeur, tout en sauçant consciencieusement son assiette avec un morceau de pain.

-Le témoignage d'un mort n'est pas considéré comme valable, Weasley, dit placidement Rogue.

-C'est ridicule, enfin ! Ca devrait être le contraire ! S'indigna Harry. Un mort n'a plus rien ni à perdre ni à gagner. Au moins, on est sûr que sa déposition est désintéressée.

-Vous avez sans doute raison, Potter, mais vous ne changerez pas le fonctionnement de la justice magique. Maintenant, parlons d'autre chose, si vous voulez bien.

Ron lança la conversation sur le quidditch. Harry et lui s'étaient renseignés, on recrutait dans l'équipe de suppléants de l'AFDA, et ils comptaient bien passer les sélections. Mais comme le sujet n'intéressait ni Hermione, ni Rogue, la discussion ne tarda pas à s'essouffler.

-Professeur, j'ai une solution pour vous ! Dit soudain Harry en levant vers Rogue des yeux lumineux.

-Une solution ? De quoi parlez vous, Potter ?

-Je n'y pense que maintenant. En fait, je pourrais vous prêter une baguette...

-Je ne vais certainement pas vous priver de la vôtre.

-Il ne s'agit pas de la mienne, mais de celle que j'ai prise à Voldemort. La baguette de sureau !

Il y eut un silence. Rogue fixait intensément Harry.

-C'est vous qui êtes en possession de cette baguette, Potter ? Dit-il enfin d'une voix sans timbre.

-Oui. Et je ne compte pas m'en servir, je vous le garantis.

Rogue ne répondit pas tout de suite. Hermione et Ron retenaient leur souffle.

-En fait, dit enfin l'homme doucement, je pense que malgré sa générosité, votre proposition ne peut me convenir. Je suis prêt à parier que si je me sers d'une baguette, le ministère en sera aussitôt informé par le biais du bracelet de surveillance.

-Oh…mais…vous n'en êtes pas sûr !

-Je ne prendrai pas le risque d'essayer. A moins que vous ne teniez à me voir enfermé à Azkaban… ?

Harry baissa les yeux en se mordant la lèvre.

-Mais dites moi, Potter…vous ne pensez pas qu'il est dangereux pour vous de détenir cette baguette ?

-Dangereux ?…Non, pourquoi ?

-Elle pourrait éveiller bien des convoitises…

-Personne ne sait qu'elle est en ma possession.

-En êtes-vous bien certain ? Vous feriez mieux de vous en débarrasser.

-Le professeur Rogue a raison, Harry, ajouta Hermione d'un ton sévère. Tu ne devrais pas conserver la baguette ici !

-Et qu'est-ce que vous voulez que j'en fasse ?

-Mettez-la à Gringotts…

-Je vais y réfléchir, coupa Harry, qui n'avait pas envie de s'occuper de cette question dans l'immédiat.

Au cours de la fin du repas, les jeunes parlèrent de leurs enseignants et de leurs nouveaux camarades. Harry jetait des regards légèrement inquiets à Rogue qui buvait du vin mais ne disait pas grand chose, semblant toutefois trouver un certain plaisir à les écouter. Le garçon était conscient que, comme il le faisait lui même, ses amis surveillaient leurs propos, évitant par exemple de dire trop de gros mots ou de critiquer ouvertement les profs. Peu accoutumé à censurer son langage, Ron était celui pour qui l'exercice semblait le plus difficile.

Le dessert était fini et la conversation commençait à s'épuiser quand Rogue se tourna soudain vers Harry et lui dit d'un ton légèrement moqueur :

-M'autorisez vous à regagner ma chambre, Potter?

-Vous savez bien que vous êtes ici chez vous, et que vous n'avez pas à me demander la permission de sortir de table…, protesta Harry en rougissant. Si je puis me permettre…quel est votre programme pour demain ?

-Demain ? Eh bien… je ne suis pas sensé bouger d'ici. Je suis à nouveau convoqué jeudi, à 9h.

-Très bien. Bonne nuit, professeur !

Rogue se leva, fit un signe de tête à la cantonade et quitta la cuisine.

o0o0o0o0o

Quelques petits coups frappés contre sa porte firent sursauter Harry au moment où il s'apprêtait à se coucher. Il était tard. Il avait longuement discuté avec Ron et Hermione, au salon, avant de gagner sa chambre. Une fois en pyjama, légèrement contrarié de ne pas avoir reçu de réponse de Ginny, il avait prévu de lire quelques lignes d'un roman que lui avait prêté Hermione avant d'éteindre la lumière.

Pieds nus, Harry alla jusqu'à la porte et l'ouvrit. Il s'attendait à trouver Ron ou Hermione, aussi fut-il étonné de voir Rogue debout devant lui.

-Puis-je vous déranger cinq minutes, Potter ? Dit l'homme à voix basse.

Intrigué, le garçon approuva de la tête et s'effaça en silence pour le laisser entrer.

Rogue fit quelques pas dans la chambre avant de se retourner vers le garçon.

-Pardonnez moi de vous importuner à une heure aussi tardive, Harry. J'ai repensé à ce que vous aviez dit à propos de vos professeurs. Il se trouve que je connais assez bien ce Harper.

-Ah oui ?

-Cela n'a rien de surprenant. Le nombre de spécialistes en potions est suffisamment réduit pour que nous nous connaissions tous. Si je vous parle de lui, c'est parce qu'il faut que vous sachiez que cet homme a été un temps séduit par les idées du Lord noir. Peut-être pas au point de devenir un mangemort, mais il a montré une certaine complaisance pour ses théories. Si Voldemort n'avait pas été en grande partie détruit en s'attaquant à vous, il y a 17 ans, Harper aurait certainement fini par rejoindre ses rangs, à l'époque.

Un peu surpris que Rogue vienne dans sa chambre à une heure aussi tardive pour lui livrer une information somme toute assez peu urgente, Harry tâcha de n'en rien laisser paraître.

-Oh…je vois. Mais…comment se fait-il que…

-En réalité, l'interrompit Rogue qui semblait légèrement mal à l'aise, je ne pensais pas vous le dire, pour ne pas vous inquiéter inutilement, et finalement, j'ai changé d'avis.

-Et comment se fait-il, reprit Harry, qu'un homme ayant un tel passé ait été nommé à un poste de professeur, à l'AFDA de surcroît ?

-Peu de gens connaissent son passé. C'est un homme habile, il a su assurer ses arrières, et rester dans l'ombre au moment favorable, quand il a senti le vent tourner.

-Et…comment pensez vous que je doive réagir à cette information ?

Rogue le regardait avec une attention soutenue, et il mit quelques secondes avant de répondre.

-Vous devez simplement être vigilant. Vous méfier de lui.

-Bonsoir, mon petit Potter ! Dit soudain une voix railleuse, dans leur dos.

Harry et Rogue se retournèrent brusquement. Phineas Nigellus venait d'apparaître dans sa toile et souriait d'un air goguenard, caressant sa barbe noire.

-Heureux de vous voir, mon garçon ! Oh…mais vous n'êtes pas seul ?

-Bonsoir Black ! Grogna Rogue d'un ton maussade.

-Tiens, tiens, tiens…Que faites vous là, mon cher Rogue ? Vous rendez visite à Potter, le soir, dans sa chambre, maintenant ?

-Je pourrais vous renvoyer la question, Black! Laissez-nous tranquilles et retournez à Poudlard. Vous ne voyez pas que vous dérangez ?

-Quoi ? Comment osez-vous me parler ainsi ? S'étrangla Nigellus. Je suis ici chez moi, contrairement à vous, permettez moi de vous le rappeler, Rogue !

-Mr Phineas, s'il vous plaît…, supplia Harry, embarrassé.

-Non, Potter, n'espérez pas de moi que je vous abandonne aux mains de cet homme sans scrupule... Croyez-vous que je sois aveugle ?

-Mr Black, vos craintes sont sans fondement…et ce n'est vraiment pas le moment de…

Phineas Nigellus prit un air menaçant.

-Que fait-il ici ? Coupa-t-il violemment. Pourquoi l'introduisez vous dans votre chambre ? A moins que…Il n'a quand même pas osé pénétrer de force ?

-Taisez-vous et disparaissez ! S'énerva Rogue, rouge de colère.

-Vous n'avez aucun ordre à me donner. Je ne suis pas dupe de votre petit jeu avec ce garçon, Rogue. Et vous Potter, écoutez-moi bien ! Vous feriez mieux de vous méfier de lui.

-Très bien, c'est donc nous qui allons sortir, dit Harry avec impatience.

Il se dirigea vivement vers la porte, suivi de Rogue. Quand ils furent dans le salon, Harry se laissa tomber dans un fauteuil et fit un geste pour inviter Rogue à faire de même, mais l'homme resta debout.

-Ce portrait est insupportable, lâcha Rogue hargneusement. Comment pouvez vous le garder dans votre chambre ?

-Il m'a bien servi il y a quelques temps, quand je voulais entrer en contact avec vous, mais il commence à me taper sérieusement sur les nerfs. Il va finir dans un placard.

-A votre place, je l'aurais détruit depuis longtemps. Mais revenons à ce dont nous parlions avant que cet imbécile intervienne. Harper ne tentera certainement rien contre vous, mais on ne sait jamais, il faut que vous restiez sur vos gardes.

-De toute façon, il est tellement odieux que je suis hyper-tendu en sa présence. Je guette le moindre de ses mouvements. Mais je ne vois pas trop ce qu'il pourrait…

-Tout peut arriver, et au moment le plus inattendu. Vous n'êtes nullement à l'abri entre les murs de cette Académie.

-Tout de même, je ne voudrais pas devenir paranoïaque…

Il avait failli ajouter « comme Maugrey Fol-oeil », mais il se retint de justesse. Il n'eût pas été très judicieux d'évoquer le souvenir du vieil auror devant Rogue.

-Vous ne serez jamais trop prudent, Harry, dit l'homme en posant les mains sur les accoudoirs du fauteuil de Harry et en se penchant vers lui, l'air sombre. N'oubliez pas que vous êtes celui qui a vaincu le Lord noir. Nombreux sont ceux qui vous haïssent secrètement. Et la société sorcière n'a pas été purgée de ses éléments déviants, vous devez en être conscient.

Harry se renfonça dans son fauteuil. Autrefois, il eût été effrayé de l'attitude de Rogue. Aujourd'hui, il était simplement intrigué.

-Vous êtes beaucoup plus en danger que moi, professeur. Dès que vous mettez le nez dehors, vous risquez d'être attaqué, et pas seulement par d'anciens mangemorts, mais par des sorciers des deux camps…

-Allons, Harry, qui s'intéresserait à moi ? Et puis de toute façon, ma vie n'a guère de valeur. Je n'ai pas votre âge…

-Votre vie a suffisamment de valeur pour que je me sois donné un certain mal pour la sauver…, protesta Harry avec véhémence.

Rogue se rapprocha encore. Ses cheveux noirs pendaient autour de son visage pâle.

-Songez d'abord à la vôtre, et je m'occuperai de rester vivant, histoire de ne pas vous décevoir…

-Vous avez intérêt ! Grinça le garçon avec un demi sourire. En tout cas, merci de m'avoir prévenu, professeur.

-Pensez-vous qu'il vous soit possible d'abandonner ce titre cérémonieux pour vous adresser à moi, Harry ? Dit Rogue en se redressant. J'avoue que je suis un peu las de l'entendre, d'autant plus que je ne suis plus votre enseignant depuis longtemps.

-Oh…oui, mais… comment dois-je vous appeler dans ce cas ? Bredouilla Harry surpris, les joues soudain empourprées…. Vous préférez « Monsieur » ?

-Laissez tomber le « monsieur » également. J'ai un prénom, certes ridicule, mais je n'ai rien d'autre à vous proposer.

Le garçon attendit quelques secondes avant de bafouiller :

-Ok, je veux bien essayer, profes…heu, je veux dire, Severus…

-Devant vos camarades, vous pouvez continuer à m'appeler comme avant. Bon, je vais vous laisser aller dormir.

Harry se leva. L'homme se tenait debout devant lui, hésitant, comme s'il avait encore quelque chose à lui dire.

-Eh bien… hum…Bonne nuit, Severus…dit doucement le garçon, s'étonnant de ne pas trouver cela si difficile à prononcer.

-Bonne nuit, Harry…dit Rogue dans un souffle.

Le garçon souriait. L'homme tourna les talons et sortit d'un pas rapide.

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1er septembre. 23h30- Square Grimmaurd.

Comment vais-je faire avec ce journal, maintenant que je n'ai plus de baguette ? Je suis fou de continuer, alors que je n'ai aucun moyen de protéger ce cahier. Pourtant, il me semble qu'étant entouré de gryffondors respectueux et loyaux, je ne risque pas grand chose. Certes, Harry s'était emparé de mon journal pour le lire, mais à l'époque, il me croyait mort. Je ne pense pas que me sachant vivant, il se fût permis une telle indiscrétion.

Mouais…On se rassure comme on peut…Je devrais également me souvenir des nombreuses fois où ces jeunes sont venus fouiller mon bureau, à Poudlard, que ce fût pour dénicher des ingrédients destinés à la fabrication de potions clandestines, ou tout simplement, pour violer sans vergogne mes secrets…

Advienne que pourra…Je ne peux me passer de l'écriture, alors, parions sur l'honnêteté légendaire des gryffondors (… ne serais-je pas en train d'en faire plutôt d'innocents poufsouffles ?)…

Aujourd'hui, une question s'impose : que me réserve l'avenir ?De quoi vont être faits les prochains jours, les mois, les années futurs ?Quand j'y songe et que j'essaye de me les représenter, je ne distingue qu'un oppressant brouillard, fait d'une accumulation de déconvenues, de défaites et d'humiliations…

…A quoi bon ? Plutôt que de perdre mon temps à esquisser un avenir tout sauf exaltant -d'ailleurs, en quoi suis-je concerné par cette notion d'avenir, moi qui devrais être mort et enterré à l'instant où j'écris ces lignes-, je ferais mieux de revenir sur les évènements de la journée…

Commençons par la soirée qui vient de s'achever…Heureusement que Phineas Black ne peut sortir de son portrait, je l'aurais assassiné sur place sans hésiter, et à main nue, puisque je n'ai plus de baguette. Quand il m'a interpellé de façon si injurieuse, l'envie m'a pris de déchiqueter sa toile, en mémoire de son descendant, ce cher Sirius Black, aussi odieux et grossier que son aïeul. De quoi se mêle t-il, ce répugnant personnage, cette misérable cloporte à l'esprit pervers ?

Allons, Severus, si tu as été aussi blessé par ses attaques, c'est parce que tu te sentais pris en faute, avoue-le… Le portrait n'avait-il pas raison ? Tu n'avais rien à faire dans la chambre de ce garçon, à cette heure là. L'histoire de Harper n'était qu'un prétexte, tu le sais parfaitement. Tu t'es creusé la tête pour trouver quelque chose à dire au gamin, tu ne pouvais supporter l'idée de te coucher sans l'avoir revu, sans avoir échangé quelques mots avec lui, en tête à tête…Tu n'avais pas eu ta dose de Potter-Evans, tu étais en manque, il te fallait le contempler encore et encore, te repaître de sa vue, graver dans ton esprit l' image de son corps à la fois gracile et vigoureux, de son visage aux traits si sensibles, de son regard extraordinaire…

Ce que tu as tenté dans la cave, avant le dîner, était tout aussi déraisonnable. Tu deviens intenable, et tu n'en es pourtant qu'à ton deuxième jour passé sous le même toit que lui.

Tu n'as pas réfléchi une seconde avant de lui enlever ses lunettes et de passer une main derrière sa tête…En cet instant, il t'appartenait. Pourtant, tu avais vraiment l'intention d'examiner ses yeux, bien qu'il soit charmant avec ses lunettes. Quelles que fussent tes intentions premières, tu aurais voulu l'embrasser que tu ne t'y serais pas pris autrement. Il t'a regardé avec surprise, il n'était même pas sur ses gardes, tant est grande sa confiance en toi. Il a quand même dû se demander quelle mouche t'avait piqué…Tu as plongé tes yeux dans les siens. Vos visages se touchaient presque, vos lèvres étaient éloignées d'à peine un millimètre. Ta main tenait sa tête, tu sentais le contact chaud et soyeux de ses épais cheveux noirs dans ta paume, sous tes doigts, et la tension de sa nuque, légèrement crispée…Son souffle léger se mêlait au tien… Tu frissonnes en pensant à cet instant suspendu où tout était encore possible. Comment eût-il réagi, si tu avais été un millimètre plus loin, et si tu avais posé tes lèvres sur les siennes ?

Heureusement, tu as réussi à t'arrêter avant de commettre l'irréparable. Il était gêné, surpris, embarrassé. Il a vite fait un pas en arrière pour s'éloigner de toi. Tu es si déplaisant ! Comment pourrait-il apprécier le moindre contact physique avec toi?

Puis Granger a surgi, elle nous a regardés attentivement, et je me demande si elle n'a pas compris quelque chose. Je dois faire attention. Cette fille est fine et intelligente, bien plus perspicace que ses deux camarades masculins. Du reste, heureusement qu'elle est là. Heureusement que Black est présent, lui aussi, finalement, aussi contrariant que cela soit…Ils seront un frein à mon comportement insensé…Ils sont là pour me brider. Qui sait ce que j'aurais déjà fait si nous étions seuls ici, Harry et moi ?

Le mieux serait que je m'en aille, mais le Magenmagot a tout mis en oeuvre pour que mon séjour ici se prolonge, et cela en dépit de ma volonté. Qu'ils aient cru ou non ce que je leur racontais, ils sont décidés à me considérer comme un homme suspect, voire dangereux. Le ministre était présent, il avait en tête ce que lui avait dit Potter, et c'est cela qui a empêché qu'on me coffre immédiatement à Azkaban. Il a voulu me laisser une chance. Mais tout semblait jouer contre moi, ils m'ont rappelé mon passé de mangemort, l'assassinat de Dumbledore, la mort de Fol-œil, l'oreille de George Weasley, le poste de directeur aux côtés des Carrow. Ils ne m'ont rien épargné, et malgré mes arguments, ils ont campé sur leurs positions. Tant que Minerva et Harry n'auront pas parlé, ils n'en bougeront pas.

Et je resterai ici.

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Bon, je ne suis pas spécialiste en ophtalmologie, vous vous en êtes sûrement rendus compte, et la petite consultation improvisée de Severus a dû vous sembler bien ridicule…

La suite…Ben, je ne sais pas quand elle sera là. Ou mercredi prochain, ou alors pas avant la semaine du 20 au 27, pour cause de départ en vacances…Si vous voulez un chapitre d'ici là, mettez moi plein de reviews, ça me stimulera !! Merci d'avance !

Mélanie : Coucou ! merci beaucoup pour ta review intelligente…Hmm…tu poses de bonnes questions. A quoi joue Harry ? Il connaît en partie les sentiments de Rogue à son égard, alors, ne joue-t-il pas avec le feu ? Et bien en fait, je pense qu'il est plus ou moins inconscient de son propre pouvoir de séduction, et c'est aussi ce qui fait son charme. Il a beau avoir lu le journal et s'interroger à ses heures perdues, il ne réalise pas que son comportement peut entraîner Severus sur une pente dangereuse. Quant à Hermione…et bien, là aussi, tu as raison, elle a deviné beaucoup de choses !

Odrey : Bonjour ! Je suis contente que l'histoire te plaise. Tu aimes le journal ? Tant mieux, parce que moi, j'adore l'écrire !!