Hello tout le monde! Vous m'avez si bien encouragée que j'ai réussi à venir à bout de ce chapitre (pas si court que ça!) en un temps record...Pfff...Ce n'est peut-être pas le meilleur crû, mais bon, j'ai fait ce que j'ai pu. En tout cas, merci pour votre gentillesse, elle me va droit au cœur!

Je vous rappelle qu'il n'y aura pas de chapitre la semaine prochaine, car je n'aurai pas internet. Bonne lecture !

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

CHAPITRE SEIZE

Au Magenmagot

Ginny,

Merci pour ta lettre (je n'y croyais plus… !). Apparemment, tout va bien pour toi à Poudlard, tant mieux! Que le nouveau prof de DCFM soit une femme est plutôt bon signe, en effet, du moment qu'elle ne ressemble pas à Ombrage ! Mais tu as l'air de l'apprécier, elle ne peut donc rien avoir de commun avec le vilain crapaud perfide, si cher à nos cœurs ... A part ça, j'imagine volontiers l'ambiance dans la salle commune et les dortoirs de Gryffondor, grouillant d'élèves en surnombre…Le fait que la plupart de mes contemporains refassent une 7ème année pour obtenir leurs ASPICS ne me surprend pas. Rares sont les privilégiés qui ont pu bénéficier de dérogations pour suivre des études supérieures. C'est vrai que sur ce point, nous avons eu de la chance, Ron, Hermione et moi.

Mais est-ce vraiment une chance ? Personnellement, je commence à en douter sérieusement. Ici, à l'AFDA, les cours sont durs, le niveau est très élevé, et nous souffrons à chaque instant de notre retard, Ron et moi (sauf en Défense, bien sûr, où nous sommes sans conteste les meilleurs). En potion tout particulièrement, c'est la catastrophe. Le prof est redoutable, une vraie peau de vache, et ô joie! nous le voyons presque tous les jours. Heureusement, nous disposons maintenant d'un labo à la maison, aménagé par Rogue, et nous pouvons nous exercer à nos moments perdus, sous le regard exigeant -mais juste- de notre ancien professeur (comparé à Harper, Rogue est l'incarnation même de la gentillesse et de la bienveillance!) .

A propos de Rogue, d'ailleurs, je te rassure. Dans ma précédente lettre, j'avais écrit que la cohabitation se passait mal, et que ton frère et lui ne cessaient de se bouffer le nez. Et bien figure-toi que les choses ont évolué, et que même si ce n'est pas encore le grand amour, il règne à présent entre eux une certaine entente. Disons qu'ils arrivent à se tolérer. Rogue est privé de baguette, ce qui n'améliore pas son humeur, mais il reste assez civil malgré tout, je suis même souvent surpris de ses attentions. Tu me diras qu'il me doit bien ça, mais avec lui, on pouvait s'attendre au pire! En fait, il a toujours son air acariâtre, mais ce n'est qu'une façade, et dès qu'on gratte un peu, on s'aperçoit qu'il a le cœur sur la main (je sais, ça fait bizarre d'écrire ça au sujet de Rogue). C'est vraiment un type étrange, qui gagne à être connu. Sincèrement, je commence à l'apprécier...

Son procès avance pas à pas, mais il est toujours considéré comme suspect. On est loin de le voir réhabilité, avec médaille de l'ordre de Merlin et tout le bataclan, comme je l'avais (naïvement) espéré. Vendredi, Mc Go doit faire sa déposition au Magenmagot, vous ne la verrez sans doute pas beaucoup à Poudlard ce jour là. Quant à moi, je dois comparaître samedi matin, et j'avoue que je redoute cette audience. Heureusement, je n'ai pas trop le temps d'y penser, entre les nombreuses heures de cours, les devoirs qui accaparent nos soirées, et même le quidditch (les sélections ont eu lieu cet après midi, Ron et moi avons été pris tous les deux !! Devine un peu qui est le Capitaine de l'équipe ? non, tu ne rêves pas : c'est bien ce cher vieil Olivier Dubois !!).

Hermione est encore plus occupée que nous, nous la voyons à peine (ce qui met ton frère en rogne), mais elle a l'air ravie de sa première semaine à l'institut de médicomagie. Evidemment, elle se plaint tout le temps d'avoir de « graves lacunes », et elle a encore emprunté une montagne de bouquins à la bibliothèque. Quand elle a un moment de libre, elle le passe dans le labo à expérimenter de nouvelles potions... avec son sens de l'humour légèrement décalé, elle appelle ça"sa récréation"!!

Voilà, je n'ai pas grand chose de plus à te raconter. Je pense aller dimanche avec Ron et Hermione rendre visite à mon filleul Teddy, chez sa grand mère Andromeda. Et bien sûr, je compte les jours qui me séparent du 26 septembre, jour béni où je pourrai enfin venir te voir à Pré-au-lard. Il faudra qu'on se fixe un rendez vous, mais on a encore le temps d'y penser…

Tu me manques, Ginny. Souvent, pendant les cours, je me surprends à rêver de toi au lieu d'écouter le prof (surtout en psycho, le cours le plus barbant). Rien à faire, c'est plus fort que moi. Je ferme brièvement les yeux, et je me retrouve dans la forêt près du Terrier, et tu es là avec moi, blottie dans mes bras. Alors, au lieu de me réprimander, écris-moi aussi souvent que possible, et de longues lettres, s'il te plaît! Ca comblera un peu le vide affreux que crée ton absence…

Je pense à toi et je t'embrasse tendrement

Harry

o0o0o0o

-Potter ! La formule de la potion de rétrécissement ! Dépêchez vous !

Harper le fixait de son regard glacial, et Harry avala sa salive. Bon sang, il l'avait pourtant apprise, cette foutue formule ! Rogue la lui avait même fait répéter, pas plus tard que la veille au soir.

-Heu…deux pincées de racine de belladone broyée et réduite en poudre, une mesure de queues de lucane coupées en dés, trois graines de lin, cinq grammes d'extrait d'estomac de salamandre, et…

-Et… ?

Harry cherchait désespérément le cinquième ingrédient. Inutile d'attendre une aide du côté de Ron, son voisin en savait visiblement encore moins que lui. Déjà, trois étudiants levaient la main, dont cet imbécile de Johnson qui avait toujours réponse à tout et se savait être le chouchou de Harper.

-Très bien, Potter, claqua froidement le professeur. Au fur et à mesure que passent les jours, j'apprends à vous connaître sur d'autres critères que votre renommée, et votre cas me paraît de plus en plus...navrant. Si vous croyez que pour faire un bon auror, il vous suffira de savoir jeter quelques sorts d'attaque et de défense, vous vous trompez lourdement. La science des potions est un art subtil qui n'est pas à la portée du premier venu, et qui fait partie du bagage indispensable pour tout sorcier digne de ce nom, auror ou non. Votre ignorance et votre paresse vous perdront…

Le professeur se tut et fit quelques pas, jusqu'à se trouver à un mètre de Harry. C'était un homme de petite taille aux cheveux grisonnants, coupés très courts. Il y avait quelque chose de mou et de veule dans les traits de son visage banal. Se redressant de toute sa hauteur, il toisa le garçon, abaissant sur lui un regard gris empreint de mépris.

-Etes vous incapable de mémoriser une simple formule d'un jour sur l'autre, Potter ?

Harry serra les poings sous la table. Il en avait assez d'être harcelé par cet individu déplaisant.

-A quoi bon, de toute façon ? Dit-il calmement. Nous avons d'excellents livres, je ne vois pas l'intérêt de les apprendre par cœur…

Le professeur pâlit de colère.

- Non seulement vous êtes totalement ignare, mais en plus, vous êtes d'une rare insolence, articula-t-il d'une voix tremblant d'indignation. Méfiez vous Potter, vous ne pourrez pas vivre éternellement sur votre réputation de héros. Il est temps de vous réveiller si vous voulez faire quelque chose de votre vie. Pour la peine, vous rédigerez quatre feuilles de parchemin sur les étapes de fabrication, les vertus et les effets secondaires de cette fameuse potion dont vous refusez de retenir la composition. A me rendre demain, bien sûr.

Harry lui jeta un regard noir et se laissa tomber contre le dossier de sa chaise, très abattu, tandis que l'enseignant se tournait vers Johnson, son étudiant préféré, et l'interrogeait aimablement. Ce dernier récita toute la formule sans une hésitation. Un véritable singe savant, songea Harry hargneusement.

-Sale connard…grommela Ron, suffisamment bas pour que seul son ami l'entende. Tu vas encore devoir passer ta soirée à travailler avec Rogue.

Harry ne répondit pas. D'un simple mouvement de baguette, le professeur venait d'imprimer au tableau une nouvelle formule, celle d'une potion d'invisibilité qu'ils étaient sensés fabriquer immédiatement. Non seulement il fallait la réaliser impeccablement, mais en plus, en un temps record. Il n'y avait plus une seconde à perdre…

o0o0o0o0o

-Vous êtes donc bien conscients que face à un moldu, vous ne pouvez en aucun cas avoir recours à la magie?

-Mais pourtant, on peut se servir du sort d'oubliettes, professeur…

-Aha, très bien…je l'attendais, celle là, Liam! Vous avez raison, le sort d'oubliettes existe, mais comme vous l'avez sans doute appris, il ne doit être utilisé que dans des cas extrêmes. Vous n'êtes pas sans savoir que ce sort peut entraîner des dégradations irrémédiables sur le système nerveux de celui qui en est la cible…

Harry observait rêveusement Felicity Smith, leur professeur de droit. La jeune femme était vraiment agréable à regarder, avec ses boucles blondes encadrant son visage frais, et ses grands yeux bleus à l'éclat vif et malicieux. Le garçon sentait confusément que tous les étudiants mâles de première année étaient plus ou moins sous son charme. Plus encore que son physique, sa personnalité était à l'origine de ce succès. Elle semblait toujours désireuse de voir chacun donner le meilleur de soi et elle avait le don de manier l'humour avec brio.

-Certains d'entre vous se sont-ils déjà trouvés dans la situation d'avoir recours à la magie devant des moldus?... Ou d'être simplement tentés de le faire? Evidemment, je parle de moldus ne connaissant pas l'existence de la magie...

-Moi, madame! Lança un étudiant du nom de Charles Deller. Mon père est un moldu. Bien sûr, il sait que la magie existe et il a l'habitude de la voir pratiquer, mais ses amis ne sont pas au courant, et quand ils viennent à la maison, nous devons faire attention, ma mère et moi. En plus, nous habitons un quartier moldu. C'est pas toujours évident à gérer.

-Mais vous avez su rester discrets, n'est-ce pas?

-Heu...oui, la plupart du temps. Parfois, il y a des malentendus. Par exemple, un jour, les fleurs de notre jardin ont poussé trop vite dans la nuit, parce que ma mère leur avait distraitement jeté un sort, et une voisine est venue nous demander quel engrais on utilisait. Mon père a inventé une histoire totalement farfelue de compost pourri pour ne pas éveiller ses soupçons...

Quelques rires fusèrent dans la salle et le professeur Smith opina du chef, amusée.

-Il est vrai que ça n'est pas toujours facile, approuva-t-elle, et qu'on peut être tenté de vouloir impressionner les moldus ou d'améliorer rapidement les petites choses de la vie quotidienne, sans tenir compte de leur présence. Bien, merci de votre témoignage, Charles. Quelqu'un d'autre voudrait intervenir?

Il y eut un silence, puis Johnson, le singe savant, prit la parole à son tour. Il avait deux ans de plus que Harry et Ron, ils l'avaient connu autrefois à Poudlard. C'était un ancien serdaigle, un garçon aux cheveux châtains bien peignés et au visage poupon que beaucoup trouvaient séduisant. De l'avis de Harry et Ron, il était surtout incroyablement prétentieux.

-Parfois, les moldus eux mêmes nous espionnent, et nous accusent ensuite d'être des sorciers, des êtres maléfiques, ou des malades dangereux, dit-il de sa voix sentencieuse et appliquée.

Le professeur Smith considéra le garçon d'un oeil intéressé.

-Ce genre de situations peut parfois se présenter, en effet, Arnold. Vous avez un exemple?

-Pas précisément, mais j'en ai entendu parler. Il arrive même que des moldus commettent des crimes sur l'un des nôtres, l'enferment dans leurs hôpitaux ou même dans leurs prisons.

-Allons, il ne faut pas exagérer, se récria Smith en fronçant les sourcils, cela se produit extrêmement rarement. Je crains que vous ne prêtiez attention à des rumeurs plutôt qu'à des faits réels ! Les moldus ne sont pas nos ennemis, et nous devons vivre en bonne intelligence avec eux. Il est important pour nous de bien les connaître, de rester discrets dans nos activités, et de ne jamais nous rendre coupables de la moindre nuisance à leur égard. Quelqu'un a-t-il quelque chose à ajouter, ou un témoignage, un vrai cette fois, à apporter?

Johnson se renfrogna. Smith ne lui prêta plus attention, et parcourut du regard le groupe des étudiants. Aucun d'entre eux ne semblait plus vouloir intervenir.

-Et vous, Harry? Dit alors Smith en se tournant vers le Survivant et en le regardant de ses yeux clairs et rieurs. Vous n'avez pas d'expérience dans ce domaine?

Le garçon se troubla. Il avait certes un passé chargé en matière de fréquentation de moldus, mais il n'avait pas vraiment envie d'en parler.

-Heu...commença-t-il, se sentant rougir.

-Il y a quelques années, il a gonflé sa tante moldue comme une montgolfière..., lança soudain Ron, déjà hilare à l'évocation de ce souvenir.

Harry le fusilla du regard. Son ami n'avait pas pu s'empêcher de faire son malin devant Smith. Il y eut diverses exclamations étonnées ou amusées. Le professeur de droit fixait maintenant le Survivant avec une attention renouvelée.

-Oh! Vraiment? Voulez vous nous raconter cet épisode, Harry?

Le jeune homme avala sa salive et soutint bravement le regard bleu de son professeur.

-C'est à dire que...c'était indépendant de ma volonté. Ma tante m'avait...disons qu'elle m'avait mis en colère, et...tout à coup, sans que je comprenne comment, elle s'est mise à gonfler, au point de s'envoler par la fenêtre. Je n'avais que treize ans, je ne savais pas d'où provenait ce phénomène bizarre, ni comment l'empêcher.

En revoyant la scène, Harry sourit malgré lui. Felicity Smith ne fut pas la seule à pouffer de rire. La moitié des étudiants étaient pliés en deux.

-Et...comment cet évènement fâcheux s'est-il terminé? Questionna le professeur quand son fou-rire se fut calmé.

-Mal. Le ministère a dû intervenir. Il a fallu la rattraper, puis lui jeter un sort d'oubliettes.

Smith le regarda avec gravité.

-Je vois. Je ne vous demande pas si vous avez été sanctionné...

L'air sombre, Harry ne répondit pas. Smith reprit la parole.

-On ne peut reprocher à un sorcier de treize ans d'avoir accompli involontairement un acte de magie devant un moldu ou à ses dépends. Bien entendu, il n'en est pas de même pour un sorcier adulte et diplômé. Harry avait certainement de bonnes raisons de se mettre en colère contre sa tante. Un moldu peut nous contrarier, nous pousser à bout. Nous devons cependant nous contrôler et éviter de faire appel à la magie pour résoudre notre problème ou régler le conflit en prenant le dessus... En ce qui concerne les aurors, la réglementation est extrêmement sévère, vous allez vous en rendre compte par vous mêmes. Ouvrez vos livres au chapitre quatre, intitulé: "devoirs et obligations d'un auror face aux moldus", et lisez le silencieusement. Je vous propose que nous échangions ensuite nos réflexions à ce propos.

Harry se mit à lire le chapitre, mais il était légèrement distrait. Une idée était en train de germer dans son esprit. Une idée extraordinaire, une idée folle, et il fallait absolument qu'il en parle à Ron, aussitôt que possible...

o0o0o0o0o

-Je vous ai raconté comment s'est passée ma nouvelle comparution ce matin au ministère. A vous de me dire, Potter, si vous avez besoin de mon aide pour vos travaux …

Harry grimaça un sourire, embarrassé.

-Vous allez penser que je le fais exprès, mais…j'ai quatre feuilles de parchemin à remplir pour Harper. Sur la potion de rétrécissement.

Le visage de Severus ne marqua aucune émotion.

-Je ne cherche même pas à savoir comment vous vous débrouillez pour hériter chaque jour d'une telle surcharge de travail…

-Il ne fait rien de spécial, professeur, intervint Ron vivement. Il se contente d'être Harry Potter, c'est suffisant pour que ce bâtard se déchaîne contre lui…

-Je vois. Dommage ! Je pensais que Potter jouait volontairement à l'idiot pour avoir le privilège de travailler avec moi le soir en rentrant …

Les garçons rirent de bon cœur. Ils étaient tous trois assis au salon, attendant le retour d'Hermione en buvant des bierraubeurres. Rogue posa son verre vide et fixa Harry dans les yeux.

-Je suppose que Harper attend de vous que vous décriviez en détail le processus de fabrication de cette potion, Potter. C'est un travail de longue haleine. Il vaudrait mieux vous y mettre tout de suite, et prendre des notes au fur et à mesure.

Harry soupira et passa une main dans ses cheveux déjà bien en désordre.

-Vous avez raison, c'est maintenant ou jamais. Tu viens, Ron ?

-Heu…pas tout de suite. Je descendrai tout à l'heure, avec Hermy.

Rogue avait déjà quitté son fauteuil et semblait attendre Harry.

-Je ne voudrais pas abuser de votre serviabilité, professeur…, bredouilla le garçon en levant vers Severus un regard coupable.

-Ce n'est pas comme si j'avais un programme chargé, Potter. Et vous savez bien que je me consacre volontiers à la fabrication de potions, même si je dois pour cela supporter votre présence.

-Merci, murmura Harry en passant devant lui pour gagner le couloir.

Severus le suivit, faisant au passage tournoyer sa robe noire. Ron l'observait avec étonnement. Il avait du mal à reconnaître l'insupportable, l'injuste, l'odieux professeur qui leur avait pourri la vie six années durant à Poudlard…

Une demie heure plus tard, dans le laboratoire, Harry avait préparé une bonne partie des ingrédients sous l'œil vigilant de Severus. Dans le chaudron bouillonnait un liquide sombre et épais.

-Que devez vous faire maintenant, Harry ? Questionna l'homme qui se tenait bras croisés, le dos appuyé à la paillasse la plus proche.

-Jeter les queues de lucane dans le chaudron et tourner trois fois dans le sens des aiguilles d'une montre.

-Bien ! Allez-y.

Harry s'exécuta.

-Tout en tournant, observez bien ce qui se passe. Vous noterez tout de suite la réaction sur votre parchemin, histoire de ne rien oublier.

Tandis que Harry manœuvrait lentement la spatule, le liquide prit une belle teinte violette, tout en devenant progressivement plus fluide.

-J'arrête, maintenant, professeur ?

-Comment êtes-vous sensé m'appeler ?

-Oh, pardon…heu…j'arrête de tourner, là, Severus ?

-Bien sûr, malheureux ! A moins que vous ne vouliez voir le liquide vous sauter à la figure !

Harry lâcha la spatule, et prit sa plume avant de se pencher sur le parchemin pour prendre des notes.

-Etape suivante ? Interrogea Rogue d'un ton implacable dès que le garçon eut fini.

-Heu…l'estomac de salamandre ?

Le professeur approuva sobrement de la tête.

-Prenez garde à bien le broyer avant de l'ajouter au mélange.

Harry prit le morceau de pâte qu'il avait déjà pesé, le mit dans le mortier et se mit à le pilonner consciencieusement. C'était une matière résistante et visqueuse, peu agréable à travailler. Les yeux noirs de Severus posés constamment sur lui ne lui facilitaient pas la tâche. Il sentait l'intensité de ce regard, et les soupçons qui l'avaient effleuré à la lecture du journal lui revenaient tout à coup à l'esprit. L'homme n'éprouvait-il pas pour lui un peu plus qu'une simple affection ? Cette pensée dérangeante venait contrarier le nouveau projet qui avait pris forme dans son esprit lors de son cours de droit, et dont il n'avait pas encore parlé à Ron...

Le garçon ne pouvait toutefois rien faire d'autre pour l'instant que de s'activer et de faire de son mieux pour éviter que Rogue perde trop son temps en sa compagnie. Gêné par ses cheveux qui lui tombaient dans les yeux, il rejeta d'un mouvement de tête ses mèches en arrière, mais la sueur en collait certaines à son front et à ses tempes.

-Voilà, je crois que je l'ai bien écrasée, non ?

Rogue baissa les yeux vers le mortier. Il haussa les épaules.

-Vous êtes seul juge. Mais je vous préviens: si c'est insuffisant, la réaction sera immédiate.

Harry pilonna encore la pâte gluante quelques secondes, puis, fatigué et lassé de ce geste répétitif, il leva le mortier d'un mouvement brusque et en renversa carrément le contenu dans le chaudron, se penchant aussitôt au dessus pour observer le résultat. Il perçut confusément le cri étranglé que poussait Rogue et son déplacement précipité, tandis que lui même se rejetait vivement en arrière pour éviter le geyser. Mais il était trop tard. Quelques gouttes l'avaient atteint au visage et dans le cou.

-Imbécile ! Gronda Severus en se jetant sur lui pour constater les dégâts.

Harry sentait la brûlure du produit sur sa peau. Il enleva rapidement ses lunettes. Rogue avait couru jusqu'à l'armoire et en sortait déjà une fiole et du coton.

-Quel besoin aviez-vous de verser la pâte si brutalement ? S'indigna l'homme en revenant vers lui hâtivement. Et qui vous a dit de vous pencher au dessus du chaudron ? Vous n'apprendrez donc jamais ?

-Je vais me soigner moi même, il n'y a pas de raison..., protesta Harry en amorçant un mouvement pour prendre la fiole des mains de Rogue.

-Ne dites pas n'importe quoi! Vous tenez à rester défiguré jusqu'à la fin de vos jours? Asseyez-vous, levez le menton et ne bougez plus. Et fermez les yeux, au lieu de me regarder avec cet air de chien battu !

Docilement, Harry fit comme Rogue le lui demandait. L'homme se mit à appliquer de la potion apaisante sur sa peau, frottant chacun des endroits où le produit l'avait touché. Tout en s'activant, l'ex-espion continuait à grommeler, mais la douceur de son geste contredisait la sévérité de ses propos.

-Vous savez pertinemment que je n'ai pas de baguette, et vous vous arrangez quand même pour vous mettre dans des situations impossibles, alors que je ne peux pas vous soigner correctement. Je vais finir par croire que Harper a raison, Potter. Votre cas est désespéré!

-Je sais…murmura Harry piteusement, du bout des lèvres, la tête appuyée contre le mur derrière lui.

-Taisez-vous et cessez de bouger ! Essayez de me faciliter la tâche, bon sang! Vous voulez rendre ce devoir demain matin, oui ou non ? Alors, vous allez éviter de recommencer ce genre de stupidités. Je ne peux quand même pas surveiller chacun de vos gestes.

-Hmmm…répondit Harry qui n'osait plus desserrer les dents.

Quel idiot il faisait ! Rogue avait raison, il était d'une maladresse et d'une négligence impardonnables. La fatigue ne justifiait pas tout. Parallèlement aux reproches qu'il s'adressait sans complaisance, il songeait une fois de plus que l'homme lui portait une attention légèrement excessive, et cette pensée le mettait à nouveau mal à l'aise. Mais il était trop tard pour se soustraire à ses mains douces et précises. Et il devait bien reconnaître que leur contact sur son visage et dans son cou n'était pas désagréable...

-Voilà, dit enfin Severus, après s'être appliqué dix bonnes minutes à soigner le garçon. Je pense avoir réparé les dégâts. Vous ne porterez aucune trace de cet accident. Ressentez-vous encore une brûlure quelque part?

Harry rouvrit les yeux. Severus était toujours penché au dessus de lui, l'expression inquiète.

-Non…plus rien, sourit le garçon, les joues empourprées. C'est parfait. Merci professeur… heu, Severus. Je vous promets de ne plus recommencer.

Rogue s'écarta, permettant ainsi à Harry de se lever. L'homme lui tendait ses lunettes et il les remit sur son nez.

-Bon, je vais noter l'erreur que j'ai commise et la réaction qu'elle a provoquée, dit le garçon d'un ton sérieux. Ca peut être intéressant pour mon devoir.

-Si vous n'avez pas peur de déclencher les foudres de Harper, faites donc! Après tout, ce n'est qu'une étape de la démarche expérimentale.

Severus s'éloigna pour aller ranger la fiole et le coton dans l'armoire. Au même instant, Ron et Hermione descendaient les marches et entraient dans le laboratoire.

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Square Grimmaurd-3 septembre. 23H15

Comme mardi, deux aurors m'ont raccompagné ici après ma comparution ... De toute façon, comment pourrais-je transplaner sans baguette ? Le fait d'être traité comme un malfaiteur me semble de plus en plus insoutenable. Je voudrais au moins pouvoir récupérer ma baguette et recouvrer rapidement ma liberté de mouvement. Non que j'aie des choses très passionnantes à faire. Mais cette situation est décidément trop humiliante... Je déteste être ainsi dépendant, même si cela me permet de vivre auprès de celui qui ...disons, d'un être qui m'est cher.

Cette deuxième audience s'est déroulée de la même manière que la première. Malheureusement, ils m'ont questionné sur toutes sortes de points qui leur paraissaient obscurs, et le sauvetage dans la Cabane hurlante en faisait partie. Ils ne comprenaient pas comment Harry avait pu me sauver alors qu'il était sensé être occupé simultanément avec Voldemort. J'ai donc été contraint de révéler qu'il avait remonté le temps. Ils ne s'y attendaient pas et en ont été extrêmement surpris, voire choqués. Evidemment, ils se sont mis à exiger des détails. Je m'en suis tiré en disant que je ne savais pas grand chose à ce sujet et qu'ils feraient mieux d'interroger directement le principal intéressé.

Comme ils ne laissent rien au hasard, ils se sont montrés également curieux de savoir ce qui avait pu l'amener à entreprendre ce voyage temporel. Je n'allais bien sûr pas parler du journal intime... Que racontera Harry samedi à ce propos ? Je souhaite qu'il ne fasse aucune allusion à mes cahiers... L'idée que les juges puissent demander à les lire est tout simplement impensable!

Le garçon va-t-il m'en vouloir d'avoir dévoilé une partie de la vérité? Au tribunal, j'en ai dit le moins possible, mais je l'ai quand même gravement compromis. Certes, je n'avais pas le choix, mais je me sens mal à cette idée...Pourtant, quand je lui en ai parlé tout à l'heure, il n'a pas paru particulièrement ému. Maintenant qu'il a vaincu Voldemort, il semblerait que sa confiance dans l'avenir soit plus forte que tout le reste…

Nous avons passé la soirée dans le laboratoire. Harry avait encore une fois écopé d'un devoir supplémentaire, et devait expérimenter une potion de rétrécissement. Weasley et Granger nous ont rejoints plus tard, mais nous avons eu près d'une heure à travailler en tête à tête, Harry et moi. Je ne peux m'empêcher de ricaner intérieurement: honnêtement, dois-je bénir ou maudire ce salaud de Harper, qui me donne de si belles occasions de frôler la ligne rouge...?

Sans baguette, je ne peux pas faire grand chose, si ce n'est couper des ingrédients, tourner délicatement une potion ou donner des conseils... parfois, tenir une main pour améliorer un geste... observer et critiquer. Et je ne me prive pas d'observer mon jeune apprenti (je ne sais pas s'il aimerait que je le nomme ainsi…). Je le regarde intensément tandis qu'il exécute tous ces petits gestes, j'admire l'expression sérieuse de son visage, la forme gracieuse de ses sourcils très noirs, légèrement froncés sous l'effet de la concentration, la manière dont ses mèches sombres lui tombent sur le front, ses épaules droites, ses hanches étroites, son dos souple, ses mains fines et musclées...Parfois, il lève les yeux vers moi et surprend mon regard posé sur lui. Il ne semble pas se troubler, mais me sourit, et mon cœur s'affole.

Ce soir, ce stupide garçon s'est arrangé pour transformer son chaudron en volcan, et comme il a eu la bonne idée de se pencher au dessus au moment de l'éruption, il a reçu quelques gouttes de produit corrosif sur le visage. J'ai entrepris de le soigner, passant outre ses faibles protestations ( formulées à l'évidence par acquis de conscience). Durant de longues minutes, je me suis appliqué à enduire ses brûlures de baume apaisant et cicatrisant. Les yeux clos, il se laissait faire sagement, confiant, abandonné entre mes mains expertes...J'ai honte de dire que j'y ai trouvé un plaisir intense, et que j'ai dû me faire violence pour ne pas me pencher et baiser ces lèvres paisibles, simplement offertes. Ces lèvres... ne les aurais-je pas également volontiers mordues ?Ce sont les lèvres de James, et non celles de Lily. C'est bien la preuve, s'il en fallait une, qu'il y a en moi quelque chose de déséquilibré, de malsain (rien de bien nouveau dans ce triste constat). Comment puis-je désirer soumettre ce garçon à mes caresses et au même instant, être tenté de le molester? Car les deux tendances sont en moi, bien présentes, et je me bats contre les deux à la fois...

Pour être certain que je ne négligeais aucune brûlure, il a fallu que j'écarte le col de sa chemise, que je glisse mes doigts le long de sa mâchoire si bien dessinée...Impossible de ne pas être troublé par ce contact délicieux. Quand il a enfin rouvert les yeux et m'a regardé, il m'a semblé que mon cœur s'arrêtait de battre. Je me sentais fautif (je n'avais pourtant fait que mon devoir), l'a-t-il compris? Ses joues étaient adorablement roses... Mais j'ai réussi à garder le contrôle, malgré tout. Je me maîtriserai beaucoup moins bien cette nuit, hélas, dans la solitude et la moiteur de ce lit que je ne vais pas tarder à rejoindre...

Comment tout cela va-t-il finir?

o0o0o0o0o

-Nous vous écoutons, Mr Potter. Expliquez-nous le rôle que vous avez joué dans le sauvetage de Severus Rogue, ici présent, le jour de la bataille de Poudlard.

Harry prit une profonde inspiration, se forçant au calme. Il avait décidé que le ministre assis en face de lui ne lui faisait pas peur, pas plus que tous les juges installés dans les gradins et dont les regards convergeaient unanimement vers lui.

-Le 29 août dernier, dit-il d'une voix qu'il essayait d'affermir, j'ai remonté le temps pour me trouver dans la Cabane hurlante et ramener le professeur Rogue à la vie.

Il y eut un silence qui se prolongea plusieurs secondes avant que le ministre Shacklebolt intervienne à nouveau.

-Vous avez remonté le temps…aviez-vous demandé une autorisation au ministère, Mr Potter ?

-Non.

Le ministre attendit un moment avant de reprendre d'un ton désapprobateur:

-Savez-vous que, ce faisant, vous vous mettiez hors la loi ?

-Je l'ai appris depuis. Je ne le savais pas au moment où j'ai entrepris ce voyage temporel, mentit Harry avec aplomb.

Les plumes à papote dansaient au dessus des parchemins, prenant note de toutes les paroles échangées.

-Quel système avez vous utilisé, Mr Potter ?

-Une remonteuse.

Il y eut un bruissement de voix dans les rangs des juges vêtus de robe mauves ornées d'un grand « M ».

-Je ne crois pas que cet engin soit répertorié dans le catalogue des objets magiques autorisés. Pouvez-vous nous le décrire, Mr Potter ?

-C'est une sorte de montre qu'on fixe au poignet, et qui permet de déterminer la date et l'heure du jour auquel on désire remonter, grâce à un système d'aiguilles .

-Intéressant. Où vous vous êtes vous procuré cette…remonteuse ?

-Auprès de son inventeur.

-Qui est... ?

-Heu…avant de donner son nom, j'aimerais être certain que ce monsieur ne sera pas inquiété par ma faute. Il tenait à garder l'anonymat.

-Nous ne pouvons donner aucune garantie de cet ordre, Mr Potter. Vous vous devez de nous révéler toute la vérité, comme vous en avez fait le serment, quelles qu'en soient les conséquences, pour vous même comme pour ceux qui vous ont aidé.

-Et si je refuse ?

-Non seulement vous serez sanctionné, mais le suspect Severus Rogue risque d'en subir les effets négatifs, car votre témoignage en sera discrédité. Et sachez que de toute façon, il ne sera pas difficile pour nous de retrouver ce fameux inventeur si l'enquête le nécessite, quelque soit l'endroit où il se cache.

-La personne qui m'a prêté la remonteuse n'est en rien responsable du fait que j'aie transgressé la loi. Il s'est contenté de me rendre service, sans penser à mal.

-Ce n'est pas à vous d'estimer sa part de responsabilité, Mr Potter, mais aux juges du Magenmagot. Veuillez nous donner son nom, s'il vous plaît.

Harry hésita, tenté de rejeter la demande du ministre. Puis il regarda Rogue, qui se tenait assis non loin de lui entre deux aurors comme un vulgaire malfrat, et il réalisa une fois de plus que son sort était entre ses mains. Alors, il parla d'une voix tendue.

-Cet homme s'appelle Adalbert Bodlock. C'est le professeur Dumbledore, par l'intermédiaire de son portrait, qui m'a parlé de lui et de son invention, et m'a encouragé à aller le trouver.

Harry ne craignait pas de mouiller Dumbledore. Il savait que le vieillard l'aurait incité lui même à le faire. Après tout, son ancien mentor ne risquait plus rien. Il était bel et bien mort, et le livre diffamatoire de Rita Skeeter était déjà paru depuis belle lurette...

Une nouvelle rumeur parcourut les rangs des juges. L'un d'eux leva une main. C'était un vieil homme gras et chauve. Le ministre lui donna la parole.

-Je connais ce Bodlock, s'exclama-t-il d'une voix de stentor. Son invention astucieuse avait été interdite en son temps, car jugée trop peu fiable. Depuis, il a disparu de la circulation.

-Je vois, dit le ministre. Comment l'avez vous retrouvé, Harry ?

-En faisant quelques recherches, et avec l'aide du professeur Dumbledore.

Le garçon remarqua que le ministre dissimulait difficilement un sourire. Il s'en trouva légèrement rasséréné.

-Et cet homme a accepté de vous prêter un objet dont l'usage avait été interdit ? Continua Shacklebolt comme si de rien n'était.

-Il ne voulait pas le faire. C'est moi qui ai insisté…

-Vous l'avez contraint d'une manière ou d'une autre?

"J'ai bien failli le faire", songea Harry en se souvenant des réticences insupportables du vieux peintre.

-Heu…non, quand même pas.

-Donc, il est bien complice. Etes-vous toujours en possession de l'engin ?

-Non, je le lui ai rapporté dès que je n'en ai plus eu besoin.

-Bien. Nous nous occuperons de cette affaire de voyage temporel plus tard. Maintenant, revenons au cas qui nous occupe aujourd'hui, à savoir, celui de Severus Rogue. Expliquez-nous comment vous vous y êtes pris pour le sauver à l'insu du Lord noir, Mr Potter. Une morsure de serpent n'est pas évidente à soigner !

-Heu…j'étais caché tout près, sous une cape d'invisibilité. Juste après l'attaque de Nagini, j'ai jeté un sort de bloque-venin, puis j'ai appliqué dès que j'ai pu une potion curative sur la blessure.

Le garçon aperçut du coin de l'œil certains juges qui secouaient la tête d'un air admiratif. Ils discutèrent un moment entre eux avant que le ministre tape du marteau sur la table pour ramener le calme et reprenne son interrogatoire, imperturbable.

-Une question reste entière, Mr Potter. Pourquoi avez-vous sauvé Rogue ? Comment pouviez-vous savoir qu'il était de votre côté, et non de celui du Lord noir comme nous le supposions tous ?

Légèrement déstabilisé, Harry se concentra quelques secondes avant de se lancer dans sa réponse.

-Mr Rogue m'a toujours aidé, mais en restant dans l'ombre. Par exemple, c'est lui qui m'a fourni secrètement l'épée de gryffondor, le seul objet capable de détruire les horcruxes de Voldemort. Mais ça, je ne le savais pas encore. La nuit de la bataille de Poudlard, j'étais présent avec mes amis dans la Cabane hurlante quand le Lord noir a convoqué le professeur Rogue. Il a lancé son serpent sur lui, puis il n'a pas tardé à quitter les lieux. Juste après que Voldemort soit parti, je suis sorti de ma cachette pour venir trouver Mr Rogue qui gisait sur le sol, gravement blessé. C'est alors que, sentant qu'il était entrain de mourir, il m'a transmis ses pensées et ses souvenirs. Je les ai recueillis dans une fiole, et je suis allé les lire grâce à la pensine du professeur Dumbledore. C'est là que j'ai compris le vrai rôle qu'il avait joué dans la guerre. Et plus tard, c'est ce qui m'a convaincu de remonter le temps pour revenir sur place et le sauver. J'étais simplement révolté par l'injustice de son sort !

Tout en prononçant les derniers mots, Harry échangea un rapide coup d'œil avec Rogue qui le fixait, impassible en apparence. Le garçon réalisa qu'il y avait comme un accord tacite entre eux pour ne pas évoquer le journal intime.

-Savez-vous que des pensées et des souvenirs peuvent être falsifiés, Mr Potter ? Qui vous garantissait que le suspect ne vous mentait pas, que ce n'était pas une manière de vous manipuler en vous attendrissant sur son sort ?

-Il n'était pas en état de falsifier quoi que ce soit. Je vous répète qu'il était sur le point de mourir. Il n'avait plus la force de parler. Son intention n'était pas de m'attendrir, mais de me transmettre un message de la part du professeur Dumbledore. Ce message était le suivant: je devais aller trouver Voldemort et le laisser me tuer, pour que la part de son âme qui était enfouie en moi puisse être détruite. Après avoir lu ce message dans la pensine, j'ai rejoint Voldemort, et vous connaissez la suite. Jusqu'au bout, Rogue a été au service du professeur Dumbledore et des forces du bien en général. Jamais homme n'a été plus loyal et plus courageux.

Le ministre se tourna vers son voisin, et prenant exemple sur lui, tous les juges se mirent à discuter bruyamment entre eux. Harry patientait calmement. Encore une fois, il regarda Rogue. L'homme avait baissé les paupières et attendait comme lui la conclusion du tribunal.

-Bien, reprit finalement le ministre, faisant taire les autres membres de sa voix puissante. D'autres témoins doivent encore se présenter à la barre la semaine prochaine, et il est trop tôt aujourd'hui pour délibérer. Nous avons pris bonne note de votre témoignage, Mr Potter. Il semble en accord avec celui du professeur Mc Gonagall. Nous vous tiendrons informé des débats et du verdict. Il se peut que nous ayons à nouveau besoin de vous entendre d'ici quelques temps. Quant à votre affaire de voyage temporel, je ne vous cache pas qu'elle nous préoccupe sérieusement. Sur ce point là également, nous vous informerons par courrier des décisions prises. Vous pouvez disposer.

Harry fit un signe de tête, et avant de sortir, il jeta un dernier coup d'œil à Rogue. Le visage de l'ex-espion portait toujours ce masque de froideur et de neutralité, mais Harry savait qu'il pouvait dissimuler les émotions les plus fortes...

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Ron était parti rendre visite à George au Chemin de Traverse. Quant à Harry et Rogue, ils se trouvaient au ministère, convoqués devant le Magenmagot. Hermione était donc seule square Grimmaurd, ce samedi matin là, si l'on ne tenait pas compte de la présence de Kreattur, occupé à astiquer les cuivres dans la cuisine…

Pleine d'énergie et de bonnes résolutions, elle s'était mise à travailler d'arrache-pied, mais au bout d'une heure, sa concentration baissa quelque peu d'intensité, et elle se surprit à rêvasser, le menton dans une main...

Depuis quelques temps, quelque chose l'intriguait. Elle se demandait ce qui, dans le journal intime de Rogue, avait bien pu émouvoir Harry au point de le convaincre de remonter le temps pour sauver son ancien professeur tant abhorré...Cette question la travaillait inlassablement. De plus, en observant le comportement de son ami et celui de Rogue, elle sentait confusément qu'il y avait entre eux quelque chose de mystérieux, une sorte de complicité, de non-dit dont ils étaient exclus, Ron et elle.

Ne pas savoir de quoi il retournait la contrariait profondément. Elle n'aimait pas devoir accepter qu'une partie de la réalité lui échappe, elle détestait ne pas comprendre. Evidemment, le plus simple eût été d'en parler directement avec Harry, mais l'occasion ne s'était pas présentée, ou alors, elle n'avait pas osé aborder franchement la question devant lui. Si elle avait pu lire ce journal, ne serait-ce que quelques passages, elle aurait pu se faire une idée plus précise de la vérité.

Et peut-être, avoir une confirmation de ce qu'elle soupçonnait ...

Sans trop savoir quelle force la poussait à se lever de sa chaise, elle abandonna sa plume et se trouva debout au milieu de sa chambre. Elle en sortit et emprunta silencieusement le couloir. Elle passa devant les portes du salon, puis devant celles des chambres de Harry et de Ron, pour se trouver enfin face à celle de Rogue. La grande maison était silencieuse. Hermione hésita à peine avant d'ouvrir et d'entrer dans la pièce. Après avoir refermé derrière elle, la jeune fille regarda avec curiosité autour d'elle.

Tout naturellement, elle se dirigea vers le bureau sur lequel étaient posés une plume et un encrier. Elle savait que l'homme n'avait plus de baguette. Ses affaires ne devaient pas être protégées aussi efficacement qu'en temps normal…

Un pesant sentiment de culpabilité faisait trembler les mains d'Hermione tandis qu'elle tirait les tiroirs un à un, poussée par un désir irrésistible. Elle les ouvrit tous sans difficulté. Dans l'un d'eux, elle trouva un épais cahier noir. Elle le sortit et le feuilleta. Les premières pages étaient couvertes d'une écriture serrée, bien connue. Les joues écarlates, le cœur battant d'impatience et de crainte, la jeune fille s'assit sur la chaise du bureau et se plongea avidement dans la lecture.

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Naste: Merci beaucoup, j'espère que la suite te plaira toujours !

Mélie: Oui, il faut m'envoyer des messages, il n'y a pas de meilleur stimulant ! Et non, les vacances, ce n'est pas bien pour écrire, car j'ai les enfants à la maison qui monopolisent l'ordinateur et qui viennent lire par dessus mon épaule quand j'écris, ce que je déteste ! Merci à toi et à bientôt !