Hello tout le monde !! Je suis enfin rentrée de mon exil vosgien, et je reprends la publication de cette histoire. Merci à tous ceux qui ont posté une review, c'est vraiment adorable de votre part. Je vous ai envoyé une réponse très impersonnelle, j'espère que vous ne m'en voulez pas trop, c'était ça ou il n'y avait pas de nouveau chapitre ce jeudi…Je tâcherai de me rattraper la semaine prochaine !

Bonne lecture !

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

CHAPITRE DIX-SEPT

Conciliabules

-Harry, je peux te parler cinq minutes ?

Hermione se tenait devant la porte de sa chambre. Surpris, Harry la fit entrer. Ils venaient juste de se séparer après avoir passé la soirée ensemble au salon. Rogue s'était enfermé depuis longtemps dans ses appartements.

-Avec votre entraînement de quidditch, je n'ai pas pu te voir de l'après-midi, dit la jeune fille avec un sourire gêné. Maintenant, Ron est sous la douche, il en a pour un bon moment.

Intrigué, Harry fit signe à son amie de s'asseoir sur une chaise. Toujours vaguement souriante, la jeune fille ne semblait cependant pas décidée à parler. Elle croisa les mains sur ses genoux, et attendit, comme si c'était Harry qui l'avait sollicitée en premier. Le garçon était fatigué, il s'impatienta.

-Qu'est-ce qui se passe, Hermione ?

Le sourire de la jeune fille disparut. Elle toussa, passa une main dans ses cheveux ébouriffés, avant de dire d'une voix incertaine :

-Je voulais savoir...hum...combien de temps penses-tu que Rogue devra encore séjourner ici?

-Je ne sais pas..., dit le garçon, étonné par la question, tout en s'asseyant à son tour sur le bord du lit, face à son amie. Logiquement, il devrait rester aussi longtemps que sa réhabilitation n'aura pas abouti, et qu'il n'aura pas récupéré sa baguette. Pourquoi? Sa présence te gêne à ce point? A moins que tu sois venue me parler au nom de Ron?

-Non, pas du tout, Ron ne m'a rien dit à ce sujet. Finalement, il s'est plutôt bien habitué à lui. En fait...

-En fait?

Hermione détourna les yeux, l'air encore plus embarrassée.

-Hum…ce que j'ai à te dire est vraiment gênant. Je ne sais pas comment l'aborder. Tu vas sûrement m'en vouloir...

-Qu'est-ce qu'il y a ? Tu es bizarre...

Elle prit une inspiration.

-Bon...je me lance, autant être franche et te dire carrément de quoi il retourne. Ce matin, j'étais seule dans la maison, pendant que tu comparaissais avec Rogue au Magenmagot et que Ron se trouvait chez George. Je ne sais pas ce qui m'a prise, je suis allée fouiller le bureau de Rogue…

Le cœur de Harry manqua un battement.

-Quoi ? Murmura-t-il d'une voix blanche.

-…J'y ai trouvé son journal intime.

-Tu n'as pas…

-Si… je l'ai lu. Je sais, Harry, ce que j'ai fait est très... répréhensible.

A présent, les pommettes d'Hermione étaient écarlates.

-Ce...ce n'est pas possible, tu te moques de moi…

La jeune fille secoua la tête en signe de dénégation, tout en se mordant nerveusement la lèvre inférieure. Harry était consterné.

-Je n'arrive pas à y croire…comment as-tu pu faire une chose pareille ?

Son amie paraissait confuse, mais elle soutint malgré tout hardiment son regard.

-C'est bizarre, dit-elle très bas. J'ai agi en quelque sorte contre ma propre volonté. En fait, j'avais des... drôles d'idées depuis quelques temps. C'était devenu intenable, et l'occasion était trop belle. Je suis entrée dans sa chambre comme une somnambule...

-Tu es folle...

-Oui, c'est bien possible. Je suis allée jusqu'au bureau, j'ai ouvert les tiroirs et dans le dernier, il y avait un cahier noir. Le pire, c'est qu'il n'était même pas protégé!

-Evidemment, grinça Harry, Rogue n'a plus de baguette depuis plusieurs jours ! S'il a laissé son journal là, si accessible, c'est parce qu'il pensait pouvoir nous faire confiance !

-Probablement…Sauf s'il désirait plus ou moins consciemment que quelqu'un vienne le lire… ?

-Arrête de dire n'importe quoi ! Fulmina le garçon. Ecoute, Hermione, franchement, je ne te reconnais pas. Ca ne te ressemble pas, ce comportement ! Est-ce que tu te rends compte de ce que…

-Oui, Harry, coupa-t-elle d'un ton las, je suis parfaitement consciente de l'indiscrétion que j'ai commise. Mais ça y est, le méfait est accompli, il est trop tard pour le déplorer.

Le garçon serra les poings si fort que ses ongles s'enfoncèrent dans ses paumes.

-Et...et s'il s'en aperçoit ?

-Impossible. J'ai pris toutes les précautions nécessaires. Moi, j'avais une baguette, contrairement à lui. Je me suis assurée que mon passage ne laisserait aucune trace.

Il y eut un silence. Harry dévisageait son amie comme s'il avait brusquement découvert quelqu'un de totalement inconnu.

-Tu ne lui faisais pas confiance, c'est ça ? Reprit-il avec amertume. Tu ne m'as jamais cru, quand j'ai affirmé qu'il était toujours resté fidèle à Dumbledore ?

-Mais si, bien sûr que si, Harry. Il ne s'agit pas de cela. D'ailleurs, je n'ai eu accès qu'à son cahier le plus récent, commencé lors de son installation dans cette maison. Les cahiers antérieurs n'étaient pas dans le bureau. Je suppose qu'ils sont rangés dans son coffre…

-Ecoute, c'est simple, explosa Harry. Je trouve ça...écœurant... dégueulasse! Imagine que quelqu'un te fasse ça, à toi !

-Je ne laisserais pas traîner mon journal dans un endroit pareil…

-Peu importe. Je n'aurais jamais cru que tu pourrais te conduire de cette manière…, gronda le garçon en jetant un coup d'œil derrière lui pour s'assurer que Phineas Nigellus n'était pas dans son portrait.

-Ce qui aurait été vraiment dégueulasse, ç'aurait été de ne pas t'en parler. De toute façon, ce que j'ai lu dans ce cahier n'a fait que confirmer ce que je soupçonnais depuis un moment.

Harry ne dit rien. Hermione l'observait, visiblement impatiente de continuer.

-Tu ne te doutes pas de ce que c'est ? glissa-t-elle d'un ton plein d'insinuation.

-Je ne veux pas le savoir! Bon sang, ça ne me regarde pas! S'exclama Harry furieux avant de se lever et de traverser la pièce à grands pas. De toute façon, pas besoin d'aller violer l'intimité de Rogue pour deviner ce qui le chiffonne!, poursuivit-il après avoir jeté un sort de silence en direction de la porte. Je parie qu'il se désole à longueur de page d'être enfermé ici, d'être privé de sa baguette, et d'être traité par la justice comme le pire des criminels!

-Eh bien, détrompe-toi ! C'est tout le contraire! Bon, c'est vrai qu'il se sent humilié. Mais il est ravi de se trouver ici, et pour cause…

Le garçon s'arrêta net et la regarda fixement.

-Que veux-tu dire ? Il apprécie les petits plats de Kreattur ?

Hermione se mit à rire.

-Peut-être, mais il n'en parle pas dans son journal. Non, ce qu'il apprécie surtout, c'est la présence de celui qui lui offre si gentiment l'hospitalité…tu vois de qui je veux parler ?

-Hmmm…, grogna Harry en fronçant les sourcils.

-Tu le savais, n'est-ce pas ?

-Je savais quoi ?

-Que Rogue est... amoureux de toi ?

Soudain très rouge, Harry se mit à chercher des mots pour répondre à son amie, mais il n'en trouva aucun. Il se sentait piégé, ou pire, comme pris en faute. Quant à elle, elle le jaugeait du regard, amusée.

-Allons, Harry, tu as lu son journal, tu étais forcément au courant ! Ne fais pas l'innocent !

-Nn…écoute, Hermione, j'ai lu effectivement son journal jusqu'à la bataille de Poudlard, mais rien ne permettait d'affirmer que…qu'il était…heu, je veux dire…

-Peut-être n'était-ce pas aussi explicite, mais il y avait forcément des indices. Parlait-il de toi dans ses écrits ?

-Heu…oui, un peu, forcément…

-Un peu ?

-Bon, d'accord, il parlait beaucoup de moi. Il s'inquiétait de ce que j'arrive à remplir ma mission. Mais de là à dire qu'il était…heu…

-Ok, peu importe. Sache que moi, je m'en doutais depuis un bon moment. Il suffit d'observer la manière dont il te regarde…Dont il te mange des yeux, devrais-je dire. Dans son dernier cahier, c'est absolument évident, il ne voit que toi, ne pense qu'à toi, et encore, je te fais grâce des détails…

Harry regardait le plancher. Pourquoi Hermione lui disait-elle tout cela ? Cherchait-elle à le mettre mal à l'aise ? Qu'attendait-elle de lui ?

-Et comment dois je prendre cette information ? Grommela-t-il finalement après que le silence entre eux se fût prolongé.

-Je n'en sais rien ! Je voulais simplement te prévenir. Et aussi, te mettre en garde. Tu es si naïf dans ce domaine !

-En quoi devrais-je changer mon comportement ?

-Oh, écoute…je n'en ai aucune idée ! Reste toi-même ! Mais peut-être que savoir ce que je t'ai dit va changer ta manière de voir Rogue, et d'interpréter certaines de ses paroles ou de ses gestes.

Harry fit claquer sa langue avec agacement.

-J'aurais préféré ne rien savoir. Maintenant, je vais être super emprunté avec lui, et tout va être plus compliqué à gérer.

-Il valait mieux que tu sois au courant, Harry. Il ne faut pas que ton attitude à son égard prête à confusion...

-Qu'est-ce que tu veux dire?

-Que si tu te montres trop...gentil avec lui, il risque de mal le comprendre. A présent, je pense qu'il faut qu'il soit réhabilité le plus vite possible, et puis qu'il s'en aille loin d'ici, qu'il retrouve une vie normale, indépendante. S'il s'attache trop à toi, et toi à lui, ça va devenir ingérable, en effet.

-Je ne suis pas d'accord! S'enflamma Harry. J'ai une responsabilité envers lui. Ca ne suffit pas, de dire qu'il doit être réhabilité, et puis adieu, débrouille-toi mon pote ! Je l'ai ramené à la vie, mais si c'est pour qu'il sombre dans la solitude et la déprime, je ne lui aurai pas rendu service, au contraire.

-Ce n'est pas de ton ressort, Harry. Tu as fait tout ce que tu as pu, ce n'est pas à toi de le rendre heureux, il faut qu'il se débrouille tout seul comme un grand. Ou alors, c'est que tu…

La jeune fille se tut brusquement et fixa le garçon.

-Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?

-Ou alors, reprit-elle lentement, c'est que tu préfères rompre avec Ginny et...avoir une relation avec lui…

-Hein ? Tu es folle ?

-Mais atterris, Harry! S'énerva Hermione. Tu dis toi-même que tu ne veux pas l'abandonner à la solitude et que tu refuses qu'il déprime! Pour l'instant, au vu de ce que j'ai lu, il me semble qu'il n'y a pas trente-six manières!

-C'est ridicule !

-C'est toi qui es ridicule ! Tu es aveugle, tu ne vois même pas que ce type est fou amoureux et qu'il n'attend qu'un signe de toi pour…

-Pour ?

Hermione haussa les épaules et fit la moue.

-Tu comprends très bien ce que je veux dire.

-Et moi, je pense que tu exagères ! Une chose est sûre, c'est que Rogue était amoureux de ma mère. Il se trouve que je lui ressemble, OK. De là à dire qu'il est amoureux de moi, ou je ne sais quoi, il y a un monde. Je suis un garçon, pas une fille. Que je sache, il n'est pas gay, le fait qu'il ait aimé ma mère en est la preuve! Je ne vois donc pas comment il pourrait…

La jeune fille ricana.

-Encore une démonstration de ta naïveté, ou de ta mauvaise foi, je ne sais pas ce qui convient le mieux en l'occurrence. Tu sais très bien que certaines personnes peuvent être attirées par des partenaires des deux sexes, ça n'a rien d'exceptionnel.

Harry se renfrogna. Il avait déjà pensé à tout ça, Hermione avait raison, il était de mauvaise foi. Mais il refusait de réduire sa relation avec Rogue à ce schéma trop simple.

-Je suis certain que si Rogue en est arrivé là, c'est parce qu'il a vécu une période horrible durant la période où il était espion, et qu'il a toujours manqué d'amour et de reconnaissance. S'il rencontre demain une femme séduisante, il se désintéressera de moi. D'ailleurs...

-D'ailleurs?

-Eh bien, c'est justement l'idée que j'avais en tête, et je voulais vous en parler, à Ron et toi.

-Quelle idée?

-De lui faire rencontrer...quelqu'un...

-Une femme séduisante? Ohoho !! Rit Hermione. Tu veux jouer les entremetteurs, maintenant ?

-Ben oui, et pourquoi pas ? Je t'ai dit que je ne me contenterai pas que Rogue ait échappé à la mort. Il faut absolument qu'il découvre ce que c'est que le bonheur !!

-Mon pauvre Harry…j'ai bien peur que tu te fourvoies complètement. Et à qui as-tu pensé pour vivre le parfait amour avec notre ténébreux professeur ?

-Tu vas rigoler, mais bon…Felicity Smith, notre prof de droit à l'AFDA, est une femme intelligente et vraiment charmante. Et en plus, elle est veuve! Je me suis dit qu'elle ferait très bien l'affaire.

-Ahaha! Excellent! Tu oublies simplement un détail ! Il faudrait qu'elle aussi, elle soit séduite par Rogue, son nez crochu et son caractère de cochon. Ce genre de choses, ça ne se commande pas.

-Je sais…, marmonna Harry d'un air sombre, après un court silence. On ne peut qu'espérer et croiser les doigts. Mon rôle, c'est de trouver l'occasion de les faire se rencontrer, et après…advienne que pourra…D'ailleurs, Rogue sait se montrer charmant, lui aussi, quand il en a envie...

Hermione pouffa de rire.

-Je veux bien croire qu'il se montre charmant avec toi, lors de vos nombreux tête à tête…, dit-elle entre deux hoquets.

-Qu'est-ce que tu insinues ?

-Oh, rien…juste qu'il apprécie d'être seul avec toi, et que dans ce contexte là, il doit être très... empressé.

-Il se comporte normalement, je n'ai rien à lui reprocher ! Protesta Harry avec véhémence.

-Il est timide, heureusement pour toi...

Quelqu'un frappa à la porte. Ils sursautèrent l'un et l'autre.

-Entrez ! Cria Harry d'une voix tendue.

Ron apparut, en pyjama, l'air soupçonneux.

-Qu'est-ce que c'est que ces conciliabules ?

-Rien. J'avais un truc à dire à Harry, dit Hermione en se levant. Quant à lui, il veut jouer les entremetteurs.

-Hein ?

-Oui, il veut marier Rogue à une certaine Felicity Smith.

-Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

-Vas-y, Harry, explique lui ! Lança Hermione avec un grand sourire.

Harry se sentit ridicule. Sa belle idée lui paraissait soudain stupide et irréalisable. Mais il n'y avait plus d'esquive possible.

-Entre dans la chambre et ferme la porte, s'il te plaît, maugréa-t-il à l'adresse de son ami. Bon…tu es d'accord avec moi, Ron, que Smith est…heu…une femme plutôt agréable ?

-Tu veux dire qu'elle est canon ! Pourquoi ?

-Je me disais que... comme elle est veuve et que Rogue est tout seul, on pourrait peut-être s'arranger pour…

-Hein? Rogue et Smith? Ensemble?

Harry soupira et esquissa un faible sourire.

-Tu es cinglé, ou quoi ? S'exclama Ron. Quelle femme voudrait se mettre avec Rogue ? Plutôt rester veuve que de fricoter avec un type pareil !

-Là, tu as tort, Ron, se récria Hermione. Rogue n'est pas mal du tout !

-Rogue, pas mal ? Vous, les filles, vous avez vraiment des goûts bizarres !

-Demande à Harry, il pense comme moi, et ce n'est pas une fille ! Rit Hermione en faisant un clin d'œil au Survivant.

-Heu…Je pense qu'il a un certain charisme et que…

-Il a surtout un sale caractère, rétorqua Ron brutalement. S'il se montre aussi désagréable devant une femme qu'il cherche à séduire que devant nous, je vois mal comment il pourrait espérer lui plaire !

-Oh, je ne sais pas si tu es bien placé pour lui donner des leçons en la matière, fit observer Hermione avec une grimace. Du reste, il existe des femmes folles qui apprécient les hommes désagréables, j'en sais quelque chose...conclut-elle en levant les yeux au plafond.

-Bon, admettons que son caractère ne soit pas un obstacle, admit Ron qui avait le bon goût de se sentir visé. Il y a d'autres difficultés. D'abord, Harry, comment veux-tu qu'ils se rencontrent ?

Le Survivant écarta les mains en signe d'ignorance.

-Ben…je n'en sais rien. Il faut y réfléchir.

-C'est ça, lança Hermione en se dirigeant vers la porte, réfléchissez bien, tous les deux. Tu as fini d'occuper la salle de bains, Ron ? Je peux y aller ?

Cette nuit là, Harry mit du temps à trouver le sommeil. Les mots d'Hermione lui tournaient dans la tête comme une ronde infernale. Avait-elle exagéré, avait-elle vu amour et désir là où il n'y avait de la part de Rogue qu'une tendre affection pour le fils de celle qu'il avait aimée? En supposant toutefois qu'elle eût raison et que l'homme fût vraiment épris, il semblait que plusieurs chemins s'offrissent à lui, tous plus incertains les uns que les autres. Devait-il s'éloigner de Rogue, se montrer froid et distant avec lui, pour cesser d'alimenter ses sentiments et ne plus risquer de lui donner de faux espoirs ? Mais comment se comporter aussi cruellement, alors que Harry avait pris lui même l'initiative de l'arracher à une mort qui eût été pour lui un refuge et une libération ? Alors, devait-il plutôt mettre fin à sa relation avec Ginny et tout sacrifier à Rogue? Le garçon se refusait à imaginer ce que cela signifiait concrètement, mais quoiqu'il en soit, il ne pouvait concevoir un seul instant de rompre avec la jeune fille...Il était donc bel et bien dans une impasse.

Finalement, c'est en se raccrochant à son idée hasardeuse d'organiser une rencontre entre Smith et Severus qu'il parvint à trouver le calme. Il tenta de se convaincre que personne ne pouvait résister longtemps au charme de la jeune femme. Quant à elle, avec un peu de chance, elle serait fascinée par le passé complexe de Rogue et par sa personnalité aussi mystérieuse que tourmentée...

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-Si vous l'aviez vu, professeur ! Ses cheveux n'arrêtent pas de changer de couleur !

-C'est donc qu'il tient de sa mère…fit sobrement remarquer Severus en reposant son verre de vin sur la table de la cuisine.

-Oui, à sept mois, il a déjà un talent fou !

-C'est un talent inné, Potter. Votre filleul n'a pour l'instant aucun mérite à réaliser ce genre de prouesses !

-En tout cas, il t'adore, Harry, fit remarquer Hermione. Il ne pouvait pas te lâcher des yeux, c'était comique! Quand tu lui as chanté une comptine, il frétillait littéralement de plaisir …

-Pourtant, qu'est-ce que tu chantes faux ! S'exclama Ron avec une grimace. Apparemment, il ne lui manque qu'une seule qualité, à ce gosse : l'oreille musicale !

Pas du tout vexé, Harry se mit à rire. Aucune moquerie ne réussirait à ternir sa bonne humeur ce soir là. Il avait trouvé Teddy irrésistiblement attachant, et le tenir dans ses bras l'avait profondément ému. Il voulait renouveler cette expérience aussi souvent que possible. Les cris n'étaient rien en comparaison de la sensation merveilleuse que procurait ce petit corps fragile et démuni se pelotonnant contre le sien.

-Et il s'accrochait à toi, reprit Hermione d'un ton autant amusé qu'attendri, il était désespéré quand tu l'as remis dans les bras de sa grand-mère, au moment du départ. Il s'est mis à hurler, c'était à fendre l'âme…

-Et exploser les tympans…, ajouta Ron.

-Ouais…, murmura Harry en souriant, j'en étais presque gêné pour Andromeda…

-Mais qui apprécierait d' être arraché aux bras de Mr Potter ? Glissa Severus en coulant un regard de biais vers le Survivant.

Les yeux de Harry et Hermione se croisèrent brièvement. Il y eut un court silence, puis Harry s'éclaircit la voix et invita tout le monde à se resservir du gratin de courgettes.

-Et vous, professeur, vous avez passé une bonne après-midi ? S'enquit Hermione en présentant le plat à Rogue.

L'homme mit un certain temps avant de répondre.

-Je dois reconnaître que je n'ai pas vu le temps passer, grâce à ce laboratoire providentiel. Et pour une fois, mes recherches ont été fructueuses: je crois avoir trouvé une formule tout à fait intéressante.

-Oh ! Vous avez inventé une nouvelle potion ?

Rogue renifla, agacé.

-On n'invente pas de nouvelle potion, miss Granger. Même le chercheur le plus habile ne peut faire autrement que de partir d'une formule déjà découverte au cours des siècles précédents. Mais on peut encore en perfectionner certaines en modifiant les dosages ou en améliorant habilement leur processus de fabrication. On peut aussi mener à terme des essais qui n'ont jamais abouti...

-Et vous, vous avez...?

-Je pense avoir achevé la mise au point d'une formule qui avait jusqu'à aujourd'hui obstinément refusé de fonctionner sous sa forme première...

-Comment avez-vous fait, sans baguette? S'étonna Harry.

-Il m'a fallu recourir plusieurs fois à votre elfe de maison, ne serait-ce que pour allumer et entretenir le feu sous mon chaudron. Pourtant, curieusement, c'est parce que je n'avais pas de baguette que je pense avoir obtenu un tel résultat. Forcé de sortir des schémas conventionnels, j'ai usé d'une autre méthode, et elle m'a conduit au succès, du moins je l'espère!

-Formidable! S'exclama Ron, enthousiaste.

-Est-ce une potion curative? S'enquit Hermione avec curiosité.

-Non. Il s'agit d'une potion de métamorphose. Elle permet de rajeunir. Evidemment, pour vous autres jeunes gens, cela ne présente que peu d'intérêt...

-Oh! Une potion de rajeunissement? Ca n'avait jamais été inventé ? Il existait pourtant une potion de vieillissement !

-Effectivement, mais son contraire, beaucoup plus appréciable, résistait obstinément aux chercheurs. Nombreux sont ceux qui se sont cassé le nez sur sa formule. Il fallait bien sûr partir de la potion de vieillissement elle-même et, en quelque sorte, la prendre à rebours. Je ne suis pas le premier à y avoir pensé, mais mes prédécesseurs avaient tous échoué, du moins à ma connaissance...

-Vous allez pouvoir lui donner votre nom! S'exclama Hermione. Pour un élixir de jouvence, c'est appréciable!

-Cela vaut mieux qu'un poison foudroyant, en effet ! Mais il est un peu tôt pour imaginer la gloire que je pourrais en retirer, surtout qu'il subsiste un léger problème. Je n'ai pas pu encore l'expérimenter.

-Ah, zut alors! Ron, tu ne veux pas jouer les cobayes ? Plaisanta Harry.

Le rouquin écarquilla les yeux d'un air affolé.

-Hein ? Ca va pas la tête ? Et si le dosage est raté, et que je rajeunis tellement que je retourne dans le ventre de ma mère ?

-De toute façon, l'effet est limité dans le temps, coupa Rogue d'un ton sec. Et on ne peut rajeunir de plus de quelques années, à moins d'en avaler des litres.

-Vous cherchez donc quelqu'un sur qui tester vote potion, professeur ? Demanda Hermione d'un air intéressé.

-Pourquoi, vous êtes candidate, miss Granger ?

-Mais oui, volontiers ! Je suppose que pour que le test soit concluant, il faut que je j'en boive suffisamment pour redevenir enfant !

-Vous savez qu'il y a un risque, comme dans tout test de ce type.

-Quel genre de risque ?

-Eh bien…que vous ayez atrocement mal au ventre..., dit Rogue avec un rictus cruel, ou que vous ne retrouviez jamais votre apparence actuelle...ou que certains de vos organes conservent la taille réduite de ceux d'un enfant…

-Oh…alors, non, je préfère éviter ! Se récria Hermione, horrifiée.

-Mais dans de telles conditions, qui donc peut accepter de faire le cobaye ? S'inquiéta Harry.

-Sachez qu'il y a des gens dont c'est le métier. Ils se font payer pour ça. Connaissant les risques, ils les acceptent, dans l'espoir de gagner une somme rondelette, pécule dont ils profitent effectivement s'ils ne meurent pas des suites du test…

-Quelle horreur ! Glapit Hermione. Et vous, professeur, comment allez-vous faire ?

-Je vais la tester moi-même, c'est le plus simple et le moins onéreux. Mais j'aurai besoin d'aide. Il me faudra en particulier un photographe, afin qu'il y ait des preuves de la réussite de la formule.

-Comment des photos peuvent-elles constituer une preuve ?

-Dans la mesure où on ne peut prouver l'authenticité d'une photo, cela ne peut suffire, bien évidemment, vous avez raison, Weasley. Mais cela peut aider à rendre un dossier plus convaincant, et attirer l'attention des spécialistes qui demanderont ensuite à tester la formule avant de tirer des conclusions.

-Nous serons là pour vous aider, affirma Harry avec énergie. Quand pensez-vous faire ce test ?

-Vous avez un appareil photo ?

-Heu…non. Nous devrons nous en procurer un.

-Bien. Dès que vous serez équipé, nous pourrons commencer. Ensuite, je contacterai mes collègues, en particulier un ami français mondialement reconnu dans cette spécialité.

-Vous avez suffisamment confiance en lui ? Il ne risque pas de vous voler votre découverte ?

-Non, Potter, je le connais assez pour savoir que je n'ai rien à craindre de sa part. Au contraire, je suis certain qu'il me soutiendra volontiers. Grâce à ses recommandations, je pourrai peut-être faire breveter ma découverte...

o0o0o0o0o

-Harry, j'aimerais m'entretenir deux minutes avec vous, murmura Rogue à l'oreille de son hôte tandis qu'ils quittaient la cuisine et montaient l'escalier derrière Ron et Hermione.

-Heu…oui, d'accord, répondit le garçon sur le même ton. Tout de suite ?

-Quand vous voudrez, chuchota l'homme. Passez me voir dans ma chambre avant de vous coucher, si vous voulez bien. Je vous souhaite une bonne nuit ! termina-t-il plus fort à l'adresse d'Hermione et Ron, une fois arrivé sur le palier.

Faisant tourbillonner sa robe noire, Severus prit la direction de sa chambre. Les trois jeunes s'installèrent au salon et discutèrent encore à bâtons rompus une petite heure durant. Le sujet du journal intime fut soigneusement évité. Harry ne savait pas si Hermione avait informé Ron de sa regrettable indiscrétion, mais lui même ne tenait pas à ce que son ami fût mis au courant. Finalement, la jeune fille annonça qu'elle voulait relire ses cours dans sa chambre avant de se coucher, et Ron bailla à s'en décrocher la mâchoire.

-Je vais au lit, Harry…, dit-il d'une voix pâteuse. Ton filleul m'a épuisé, avec ses ruades et ses braillements. Je ne sais pas comment ont fait mes parents pour supporter sept gosses.

-Ca a dû être assez sportif…

-Je dis que c'est du masochisme…Allez, dors bien !

-Bonne nuit, vieux !

Harry attendit que le calme se fût installé dans la maison, puis il quitta le salon et se dirigea vers la chambre de son ancien professeur. Faisait-il bien de répondre à son invitation? L'homme ne risquait-il pas d'interpréter de travers la complaisance de Harry à son égard ? Le garçon pesta mentalement contre Hermione qui lui avait pollué l'esprit et décida de ne pas tenir compte de ce qu'elle lui avait dit. Après tout, il n'était pas censé connaître ce que l'ex-enseignant notait dans ses cahiers intimes, et il était résolu à en faire abstraction, quitte à jouer les naïfs.

Il frappa aussi discrètement que possible, peu désireux de faire savoir à ses amis où il se rendait au lieu d'aller se coucher. La voix de Rogue l'invita à entrer. L'homme était à demi allongé sur son lit, un livre à la main, mais il se leva dès que Harry pénétra dans la pièce et fit quelques pas à sa rencontre. Il portait un pantalon et une simple chemise gris clair aux manches relevées jusqu'aux coudes. Harry le trouva élégant et songea que Smith pourrait bien être séduite par son aspect physique. Mais il faudrait manœuvrer subtilement et suggérer à l'homme d'abandonner son éternelle robe noire, triste et trop stricte…

Debout au milieu de la pièce, le garçon interrogea Rogue du regard. Visiblement embarrassé, ce dernier croisa les bras et chercha ses mots.

-Pour commencer, Harry, je voulais vous... remercier de ne pas avoir mentionné l'existence de mon journal intime devant le Magenmagot, dit-il d'une voix sourde.

Surpris, le garçon ouvrit de grands yeux.

-Oh! Mais il ne m'est même pas venu à l'esprit d'en parler !

-Pourtant, le journal eût été une excellente pièce à conviction pour m'innocenter. Vous n'y avez pas songé?

La remarque était pertinente, et Harry se sentit idiot.

-C'est vrai que ces cahiers constituaient la meilleure preuve de votre engagement aux côtés de Dumbledore, dit-il doucement en baissant les yeux.

-En effet. Mais je préfère être condamné à perpétuité plutôt que de voir mes écrits intimes étalés au grand jour.

-De toute façon, il eût fallu que nous en discutions ensemble avant ma comparution...Je ne me serais jamais permis d'en parler sans votre accord !

-Et je vous en suis reconnaissant. Je tenais à vous le dire...

Harry approuva sobrement de la tête. Rogue reprit:

-Moi, par contre, j'ai révélé au Magenmagot votre voyage temporel.

-Vous n'aviez pas le choix...

-On a toujours le choix. J'aurais pu prendre le risque de mentir, et de raconter que vous m'aviez sauvé le jour même de la bataille finale, juste après que Voldemort eût lancé sur moi son serpent.

-Nous en avions parlé ensemble, et convenu que ce n'était guère crédible.

Severus soupira.

-Il n'empêche que je vous ai mis en péril. Vous pourriez m'en vouloir...

Harry resta un instant indécis, puis il lança d'un ton provocateur :

-C'est vrai, et d'ailleurs, je vous en veux terriblement!

Ils échangèrent un regard, et Rogue laissa échapper un petit rire.

-Vous paraissez très confiant... J'espère que vous ne subirez aucune sanction sévère par ma faute.

-Je l'espère aussi. A vrai dire, je compte un peu -beaucoup- sur le soutien du ministre.

Rogue ne répondit pas et le fixa quelques secondes avant de faire quelques pas dans la pièce.

-Ce qui est amusant, dit soudain Harry en souriant, c'est qu'il y a quelques mois, vous vous seriez au contraire réjoui de me voir soumis aux pires sanctions qui soient...

-Il y a quelques années, peut-être..., dit Rogue pensivement. Cette époque appartient au passé...

Il s'arrêta et se tourna de nouveau vers Harry. Un mince sourire errait sur ses lèvres.

-Il est vrai qu'il fut un temps où j'aimais particulièrement vous sanctionner. Je pense vous avoir donné plus de retenues à vous qu'à aucun de mes autres élèves! J'aurais dû tenir une comptabilité...

-Je ne me trompais donc pas quand il me semblait que vous vous acharniez sur moi!

-Et sans doute étiez-vous persuadé que j'usais de ce moyen pour me venger de votre père...

-Ca paraissait évident. Et c'est en partie vrai, n'est-ce pas ? Mais je trouvais ça vraiment trop injuste de votre part...

Rogue se tut, mais il sembla à Harry le voir soupirer silencieusement. De sa main droite, il jouait machinalement avec le bracelet de surveillance qui enserrait son poignet gauche.

-A présent, reprit Harry, c'est vous qui êtes traité de manière injuste...

A peine eut-il parlé qu'il s'en voulut d'avoir mis sur le même plan la situation difficile que connaissait Severus actuellement et ses propres petits déboires d'écolier. Mais l'homme ne paraissait pas choqué. Quand il reprit la parole, il avait plutôt l'air soucieux .

-J'aimerais pouvoir vous dire que mon procès est en bonne voie, et que je pourrai prochainement récupérer ma baguette et rentrer chez moi... Mais malheureusement, au point où nous en sommes, je ne peux vous donner aucune garantie dans ce sens.

-Vous savez que je suis heureux de vous héberger, et que pour moi, rien ne presse, se récria Harry. Ceci dit, je comprends bien que vous soyez impatient de voir votre rôle dans la guerre enfin reconnu à sa juste valeur...

Severus eut une moue agacée et approcha de quelques pas. Il était tout près maintenant.

-Pouvez-vous me dire, Harry, pourquoi j'ai du mal à reconnaître en vous le garçon direct et insolent que vous étiez autrefois? Depuis que je suis ici, vous n'êtes que politesse et amabilité, et j'ai le sentiment désagréable que vous jouez un rôle de composition. Je vous préfère plus sincère, même si cela m'expose à recevoir quelques coups...

-J'ai l'impression d'être sincère, protesta Harry, mortifié, et si mes paroles sonnent faux, c'est indépendant de ma volonté.

-Je ne disais pas ça pour vous blesser, dit Rogue à voix basse. Je n'aimerais pas que, pour me ménager, vous étouffiez votre personnalité si... ardente, si impulsive!

-Je n'étouffe rien du tout. Je n'ai pas besoin de me contraindre pour vous dire que votre présence ici ne me gêne pas, bien au contraire.

-Malheureusement, je suis bien conscient que c'est une charge pour vous, sans même évoquer vos amis qui doivent compter les jours qui les séparent de mon départ. Habituellement, des jeunes de vos âges apprécient de se retrouver entre eux, de recevoir leurs camarades d'étude, de s'amuser ensemble...

-Je ne peux pas parler au nom de Ron et Hermione, mais je n'ai pas l'impression qu'ils soient impatients de vous voir faire vos bagages. De toute manière, avec tout ce que nous avons vécu tous les trois ces dernières années, je pense que nous avons mûri, et notre première préoccupation n'est pas de faire la fête avec les copains à toute heure du jour et de la nuit...

-Peut-être pas faire la fête, mais simplement plaisanter librement entre vous...

-Vous ne nous empêchez pas de nous amuser...

-Je n'ai rien d'un boute-en-train, avouez-le...

Harry sourit et leva vers son ex-professeur un regard taquin.

-Un boute-en-train, peut-être pas, en effet, mais... vous ne vous fâcherez pas si je dis que vous ne manquez pas d'humour!

Rogue ne répondit pas. Il scrutait attentivement son jeune interlocuteur.

-En fait, je crois plutôt que vous allez nous manquer cruellement quand vous ne serez plus là, reprit Harry, toujours souriant, ne serait-ce que pour votre aide si précieuse dans nos devoirs de potion...

Rogue sourit à son tour, de ce sourire étrange qui n'en était pas vraiment un.

-Alors, dépêchez-vous d'entrer dans les bonnes grâces de Harper, d'ici que je m'en aille!

-S'il se comporte comme vous durant mes années à Poudlard, je crains que nos relations ne fassent qu'empirer!

Rogue fit une grimace, et se pencha vers Harry.

-Ai-je donc été un professeur si...détestable? Glissa-t-il du ton sombre et menaçant dont il usait autrefois pour terrifier ses élèves...

Harry ne put s'empêcher de frissonner.

-Oh oui, franchement, vous étiez... odieux, répliqua-t-il cependant à mi-voix, l'œil brillant d'une lueur de défi.

-Pensez-vous que vous étiez un élève modèle ? Susurra Rogue en avançant encore.

-Vous avez vous-même reconnu que vous vous acharniez injustement sur moi…

L'homme leva une main brusquement et attrapa les cheveux du garçon, dans sa nuque.

-Peut-être, dit-il entre ses dents, mais vous faisiez tout pour me pousser à bout. Vous n'étiez rien d'autre qu'un sale petit effronté !

La prise de l'homme sur la nuque de Harry se renforça, mais l'éclat pétillant de son regard contredisait la dureté de son geste et de ses paroles.

Harry entrouvrit les lèvres pour répliquer, mais il se ravisa. Les propos d'Hermione lui revinrent d'un coup en mémoire avec la violence d'une gifle. L'homme avait toujours une main dans ses cheveux, et Harry sentait son souffle caresser sa joue. Le garçon se sentit rougir, et instinctivement, il recula d'un pas, si bien que Rogue le lâcha, et s'écarta vivement, lui tournant le dos. Harry s'éclaircit la gorge, regardant sa montre.

-Je vais aller me coucher, il se fait tard..., dit-il d'une voix mal assurée tandis que Severus lui faisait face de l'autre bout de la pièce. Vous êtes à nouveau convoqué demain au Magenmagot?

-Oui, dès neuf heures, grommela l'homme d'un ton rauque, l'air maussade. Il y aura d'autres témoins, dont je ne connais pas l'identité.

-Les aurors viennent vous chercher?

-Evidemment ! A 8H30...

-J'espère que tout se passera bien, murmura Harry en fixant le tapis, mal à l'aise.

-Tout dépend de ceux auxquels je serai confronté..., répondit Severus sèchement, les mains derrière le dos. Mais allez dormir maintenant, vous avez demain une journée chargée. Et... pardonnez-moi de vous avoir importuné.

Ces nouvelles excuses semblaient sortir de mauvaise grâce de la bouche de l'homme.

-Vous ne m'avez..., commença le garçon, puis, voyant que Rogue ne le regardait plus, il se tut et se dirigea d'un pas hésitant vers la porte.

-Bonne nuit, Severus! lança-t-il avant d'appuyer sur la poignée.

La réponse que lui fit Rogue avait tout d'un grognement. Alors, pris d'une soudaine envie d'effacer l'effet désagréable qu'avait produit la courte scène qu'ils venaient de vivre, Harry se retourna et lança, gouailleur : "Et comptez sur moi pour obtenir un nouveau devoir supplémentaire en potion!", avant de sortir vivement sans attendre la réaction de l'ex-espion.

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Square Grimmauld, 6 Septembre, 23H40

Je le déteste. Ce gosse est insupportable, je ne comprends même pas comment j'ai pu m'attacher à lui ces derniers temps au point d'être obsédé par son insignifiante petite personne. Je le frapperais, je l'étriperais, je le piétinerais, je le... Ah, quel soulagement, j'ai enfin retrouvé ce soir de vrais sentiments, ceux qui m'animaient autrefois, durant toutes ces années où il fut mon élève et où son attitude prétentieuse et suffisante me mettait constamment hors de moi.

Ce soir, dans son regard, j'ai lu ce que je lisais jadis dans celui de son père, même si les yeux verts sont ceux de sa mère. J'ai lu la suspicion, la défiance, le mépris. Ca n'a duré qu'un court instant, suffisamment long cependant pour que transparaissent brutalement ses sentiments réels à mon égard.

Que s'est-il imaginé, ce sale gamin? Que j'allais l'embrasser de force ? Que je m'apprêtais à lui sauter dessus, lui arracher ses vêtements, le violenter, abuser de lui? Pourquoi m'a t-il regardé ainsi, après que j'eus saisi une poignée de ses cheveux ? Pourquoi s'est-il brusquement reculé, comme si le contact de ma main le brûlait ou lui faisait horreur? Quelles intentions m'a-t-il prêtées, au juste...?

Et sa dernière phrase, lancée comme une aumône à un misérable clochard affamé…Supposerait-il, dans son infinie arrogance, que je suis tout dévoué à son service, que je ne (re)vis que pour mieux l'aider dans ses devoirs supplémentaires?

Peut-être même ne m'a-t-il arraché à la mort que dans ce but inavouable : avoir un esclave de plus à ses pieds ?

Oh…Oh, Severus, que tu es ridicule...Tu es vraiment pitoyable. Comment oses-tu te mentir ainsi à toi-même? Tu sais parfaitement que tu ne le détestes pas, qu'il n'y a hélas plus aucune chance que tu te remettes un jour à le détester...Tu sais parfaitement aussi qu'il n'y a pas un brin d'arrogance en lui, qu'il n'est que générosité et modestie. Etais-tu si innocent quand tu lui as chuchoté à l'oreille que tu souhaitais lui parler seul à seul, dans ta chambre (loin du portrait du vieux Black) ?En te creusant ensuite les méninges pour trouver quelque chose à lui dire qui justifie le fait de l'avoir convoqué, n'étais-tu pas conscient d'aller trop loin et de filer du mauvais coton ? Alors, pourquoi cette fureur puérile ? Son désarroi, la lueur d'inquiétude dans son regard, cette soudaine défiance, ne les as-tu pas provoqués par ton comportement irresponsable? Quel besoin avais-tu d'agripper ainsi ses cheveux? N'était-il pas en droit de s'étonner, de s'offusquer, voire de prendre peur?

Bien sûr, tu n'attends rien d'autre de sa part. Tu n'as jamais espéré qu'il trouverait du plaisir à se rapprocher physiquement de toi. Alors, pourquoi es-tu surpris, blessé, outragé de sa réaction pourtant si naturelle et prévisible?

Reviens un instant sur ton passé. Par qui as-tu été physiquement attiré dans ta pauvre et triste vie? La liste est plutôt réduite: très tôt et très longtemps, la douce Lily a été au centre de toutes tes attentions. Tu ne voyais qu'elle, tu l'observais, tu la dévorais des yeux, et tu t'imaginais volontiers l'étreindre, la serrer dans tes bras, et lui faire bien d'autres choses merveilleuses et excitantes. Malheureusement, elle n'était quant à elle nullement attirée par toi, tu l'as très vite compris, et tu en as pris ton parti, du moment qu'on ne te l'enlevait pas, que tu pouvais continuer à la voir, à marcher dans son sillage, à l'approcher, à respirer son odeur et échanger quelques mots avec elle.

Tu as également beaucoup observé ceux qu'on appelait les Maraudeurs, d'abord parce que Lily traînait avec eux, et ensuite, parce que tu voulais comprendre le secret de leur succès. Toutes les filles les adoraient... surtout Black et Potter, les plus odieux, les plus charmants. Incontestablement, le physique de Black correspondait aux canons habituels de la beauté, il avait tout pour plaire et il usait et abusait de ses atouts, distribuant généreusement clins d'œil coquins et sourires enjôleurs. Pour Potter, c'était plus compliqué. Il n'était pas ce qu'on appelle communément un "beau garçon", et pourtant, tu le trouvais plus séduisant que Black... C'est vers lui que s'est tournée Lily, comme par hasard. Il y avait dans son comportement une sorte de grâce enfantine, de spontanéité, d'aisance, qui le rendaient irrésistible. Et son apparence ne manquait pas d'attrait. Avoue-le, tu lui enviais secrètement sa bouche généreuse et la ligne volontaire de sa mâchoire, ainsi que ses cheveux en bataille dont il ne semblait jamais vraiment satisfait...

Ces garçons, tu les haïssais, mais en même temps, tu éprouvais pour eux une sorte de fascination qui n'était pas si loin de ce qu'on nomme le désir... Tu le reconnais aujourd'hui, tu eus aimé leur plaire. Tu aurais adoré faire partie de leur cercle, même si tu te gaussais d'eux devant tes camarades de serpentard. La guerre entre les deux maisons était ouverte. Eux, les brillants gryffondors, te méprisaient et te harcelaient sans complexe et sans arrière-pensée. Tu leur as renvoyé leur mépris à la figure en le multipliant au centuple, ta haine était en fait exacerbée par l'envie et le désespoir ...

Aujourd'hui, c'est en Harry que tu trouves réunis les deux êtres qui t'ont le plus fasciné dans ta jeunesse... A ceux qui objecteraient que tu t'es pourtant, à la même époque, laissé séduire par Voldemort, tu pourrais répondre que le charme vénéneux du Seigneur des Ténèbres n'était qu'un piètre pis-aller, tu ne t'y es laissé prendre que par dépit, parce que ces deux là t'avaient définitivement écarté de leur vie...

Comment s'étonner, dès lors, que leur fils exerce sur toi un tel pouvoir d'attraction?

Bon, maintenant, reviens un instant sur cette fameuse dernière phrase du garçon : "Et comptez sur moi pour obtenir un nouveau devoir supplémentaire en potion!" a-t-il dit avant de sortir de ta chambre. Pourquoi ne serait-elle qu'une aumône ? N'est-elle pas simplement porteuse d'espoir ? S'il avait été vraiment choqué par ton geste ou dégoûté par ta présence, ne serait-il pas sorti en claquant la porte ? Or, il a préféré laisser entendre qu'il trouve lui aussi du plaisir à travailler avec toi, en tête-à-tête…Comment dois-tu comprendre cela ?

Quoiqu'il en soit, tu apprendras à modérer tes ardeurs. Tu te contenteras de profiter de ce qu'il veut bien te donner. N'oublie pas qu'il t'a arraché à la mort...Non que tu le lui aies demandé ni que tu l'aies jamais souhaité, mais tu lui es redevable de cela, malgré tes profondes difficultés à l'admettre. Tu ne dois en aucun cas profiter de ses bonnes dispositions envers toi et tenter de l'attirer à toi, de te l'approprier. Tu gâcherais tout ce qui s'est si laborieusement construit entre vous. Sois modeste, sois patient, sache te satisfaire de ses sourires, de ses regards, de sa simple présence auprès de toi. Ravale ta frustration et ton amertume. Ainsi, au lieu de le faire fuir, tu auras peut-être le bonheur de le garder plus longtemps à tes côtés!

Il est peu probable que ton séjour dans cette demeure se prolonge…d'ici peu, tu vas devoir partir. Si on te déclare coupable, tu iras finir ta vie à Azkaban, que le garçon le veuille ou non . Si on te reconnaît innocent, tu récupéreras ta baguette et tu devras tout naturellement rejoindre ton propre domicile. Peut-être deviendras tu célèbre grâce à cette fameuse potion que tu viens de mettre au point… ? Peut-être même gagneras-tu assez d'argent pour t'offrir un manoir, des elfes de maison et une vie de luxe et d'oisiveté… ?

Pourquoi cette perspective ne te réjouit-elle pas ?D'où vient cette étrange et lancinante mélancolie, cette impression de vide et de désespoir que tu ressens à l'idée de devoir quitter ces lieux… ?

Inutile de poser encore une fois cette question dont tu connais parfaitement la réponse…

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J'espère que vous n'êtes pas trop déçus par cette fin sans véritable suspense…pas de « cliffhanger » cette fois-ci, désolée ! En tout cas, j'attends vos avis avec impatience !!

PS : Je tiens aussi à m'excuser auprès de celles qui, parmi les reviewers, écrivent des fics et dont je ne suis pas encore venue lire le travail. Je le ferais très volontiers si j'avais du temps, mais actuellement, c'est impossible, à moins d'abandonner l'écriture de cette histoire. Ne m'en tenez pas rigueur, j'essayerai de me rattraper dès que mon emploi du temps sera un peu moins chargé (dans quelques semaines, peut-être… !)

Odrey : Merci pour ton soutien ! Je suis contente que le journal te plaise. Sans doute est-il trop sentimental, j'ai tendance à me laisser aller en l'écrivant, j'oublie parfois que Rogue n'a rien d'une midinette…Bises et à bientôt !