Bonjour ! Merci pour vos reviews (moins nombreuses cette semaine, hélas, mais vous m'aviez tellement gâtée que je me suis trèèèès mal habituée !) Ce nouveau chapitre est plutôt statique et risque de vous plaire encore moins que le précédent…J'espère que vous n'abandonnerez pas cette histoire pour autant… !!

AAAAAAAAAAAAAAAAAAA

CHAPITRE DIX HUIT

Bonnes nouvelles

Square Grimmauld, 9 septembre, 22h :

Mon procès devrait arriver à terme d'ici peu. Ce matin, comparution de Chourave et Flitwick. Je dois reconnaître qu'en bons petits soldats impeccablement dressés par Minerva, ils ont fait tout ce qu'ils ont pu pour défendre bravement ma cause. Selon leur témoignage, j'aurais passé mon temps, l'année dernière, à prendre courageusement le parti des élèves contre les Carrows, mettant tout en oeuvre pour atténuer la violence des sanctions. Ils ont été irréprochables, Minerva aurait eu de quoi être fière d'eux. Pour être honnête, je ne crois pas mériter autant de solidarité de la part de mes anciens collègues…Durant ma carrière d'enseignant à Poudlard, ai-je été un seul jour aimable avec eux ? Si cela s'est produit, je n'en ai gardé aucun souvenir…Ce dont je me souviens, en revanche, c'est de m'être allègrement défoulé sur les élèves de leurs maisons respectives, sans nuance et sans état d'âme.

Lors de leur convocation hier matin, les Malefoy se sont montrés beaucoup plus malveillants, mais je n'en attendais pas moins de leur part, et cela ne m'a guère surpris. Ils sont tous trois en liberté, ce qui est déjà scandaleux en soi. Chacun leur tour, ils ont affirmé que jusqu'au bout, j'avais disposé de toute la confiance du Seigneur des Ténèbres, que j'étais depuis des lustres son plus proche Mangemort, et que j'avais tué moi-même Dumbledore, non pas pour venir en aide à Drago, mais pour me faire bien voir du Maître et pour voler au garçon le succès de sa mission (bien sûr, ils ne savent rien de l'accord qui existait entre Albus et moi…). J'ai vu cependant, à l'expression dubitative et ironique de Shacklebolt, que ce tissu de médisances ne l'impressionnait guère.

On verra bien…Mon détachement par rapport à mon propre procès me surprend moi-même. Je devrais m'en inquiéter, mais je suis au delà de ce genre de préoccupation. Le cours des évènements est ce qu'il est, je le contemple à distance, comme si je n'en étais pas partie prenante. Si Potter est parvenu à m'arracher à la mort, il n'a pu empêcher cette dernière de me marquer de son sceau. Insidieusement, elle a gardé une partie de moi, et cette parcelle de mon âme ne me sera rendue que dans la mort elle même.

Potter, justement. Parlons en. Hier soir, nouvelle séance de travail avec lui dans le labo. Le gamin a tenu sa promesse, il est rentré de son Académie avec un devoir supplémentaire de potion (encore plus copieux que les précédents). Ferait-il vraiment exprès ? J'avoue que je me pose sérieusement la question.

Il s'agissait de réaliser un baume de cicatrisation, produit sans doute utile pour un futur auror. Comme de coutume, Harry (étrange, comme j'ai appris à aimer ce prénom), Harry, donc, s'y prenait mal. Ses doigts ne manquent pourtant pas d'adresse, mais il est distrait et impatient, il se lasse trop vite de répéter un mouvement, et tôt ou tard, on frôle l'accident ou la catastrophe. Je n'ai pu m'empêcher de saisir son poignet tandis qu'il faisait tourner sa spatule dans le liquide épais. Son geste, trop rapide, manquait de calme et de régularité. Il eût suffi que je lui en fasse la remarque, mais la tentation était trop forte…Pendant que ma grande main reposait sur la sienne, fine et presque froide, je guettais du coin de l'œil l'expression de son visage. Il gardait les yeux baissés, mais il m'a semblé que ses joues lisses et brunes avaient légèrement rosi. Je retenais ma respiration, et j'ai eu l'impression qu'il faisait de même… A l'instant où je l'ai lâché, il a levé vers moi son regard surnaturel. Il avait un drôle d'air. Préoccupé, interrogateur. Et définitivement trop sérieux, trop grave. Ses lèvres étaient serrées, comme s'il se fût apprêté à dire quelque chose de désagréable. Embarrassé, j'ai fui son regard et je me suis piteusement éloigné jusqu'à l'autre bout de la paillasse.

Il « sait ». J'en suis certain. Il a deviné ce que je ressens à son égard. Après tout, il a lu mon journal, comment n'aurait-il pas compris? Il ne peut être si naïf, si innocent. Pourtant, il ne semble pas vouloir me fuir. Il est venu me sauver de la mort, il m'a invité à venir habiter sous son toit…Alors, comment dois-je interpréter son attitude ? Est-ce abuser que d'y voir un encouragement à…

Un encouragement à quoi ? Tu vas trop vite, Severus. Il n'y a rien d'autre à comprendre que ceci : Harry Potter te respecte et ne veut pas te blesser. Peut-être a-t-il tout simplement pitié de toi ?

Pensée odieuse, insupportable. Je ne veux pas de sa compassion, je préfère encore la haine qu'il me vouait autrefois, et qui allumait un incendie dans son regard…

Pour tout dire, il serait tentant d'entrer dans son esprit pour explorer ses pensées et avoir un aperçu de ses sentiments. Mais outre le fait qu'il s'agirait d'un viol pur et simple ( n'en as-tu pas déjà commis de nombreux, des viols de ce genre, Severus… ? ), il est certain que le garçon s'en apercevrait aussitôt et m'en voudrait à mort.

Hélas, hélas…la tâche est rude…Je dois constamment me retenir de faire un geste ou un mouvement pour le toucher. C'est un combat incessant dont je ne sais si je sortirai vainqueur. Quand je vois son dos souple, son cou rond et mince que caressent ses épais cheveux noirs, tout son corps fin et plein d'aisance, j'ai envie de l'attraper, de le serrer contre moi, de le sentir ployer et frémir sous le mien. Quant à sa bouche, la bouche de James, elle est décidément fascinante, et je ne parle même plus de ses yeux dont je ne puis me détacher quand j'ai le malheur de croiser leur regard inspiré.

Le plus raisonnable serait de le fuir, d'éviter sa présence qui me trouble si intensément. Mais je ne puis. Au diable la raison! Sachant qu'il me reste si peu de temps à vivre sous le même toit que lui, je veux au contraire profiter pleinement de tous ces instants partagés…, au risque de perdre le contrôle et de commettre quelque bêtise que je regretterai ensuite amèrement.

Ce matin, avant mon départ pour le ministère, je l'ai surpris dans la cuisine en train de lire une lettre. En me voyant entrer dans la pièce, il a vivement replié le papier, comme pris en faute. Probablement était-ce un mot de sa petite amie, cela expliquerait sa gêne (mais en quoi devrait-il en être gêné ? N'est-ce pas la meilleure preuve qu'il connaît mes sentiments…? ). Un hibou de Poudlard attendait à la fenêtre qu'il voulût bien lui confier une réponse, mais Harry a gentiment congédié l'oiseau. L'air faussement décontracté, je lui ai demandé s'il avait reçu de bonnes nouvelles, et il a bredouillé une vague réponse en rougissant, ce qui m'a arraché un sourire. C'est étrange, j'éprouve toujours autant de plaisir à le mettre mal à l'aise. Sans doute parce que j'aime sentir mon pouvoir sur lui. Celui qu'il exerce sur moi est d'ailleurs bien plus puissant, hélas ...

Avec son efficacité habituelle, Granger s'est procurée un appareil photo. D'un commun accord, nous avons décidé de tester demain soir la potion de jouvence. J'en avalerai une dose suffisante pour retrouver l'apparence qui était la mienne quand j'avais à peu près l'âge de ces jeunes gens. Pas de quoi se réjouir, je sais que je n'en serai pas moins laid pour autant, et je ne compte nullement sur cette potion pour gagner les faveurs du jeune Potter. Si je voulais avoir une chance de lui plaire, il me faudrait boire quelques litres d'un élixir qui modifie à la fois l'âge, le sexe et l'apparence. Au fond, le seul remède serait d'avaler du polynectar contenant un cheveu de Ginny Weasley ! J'aurais alors tout loisir de le serrer dans mes bras et de le couvrir de baisers…

o0o0o0o0o

« Londres, 10 septembre 1998-

Ginny,

merci pour ta lettre. Je l'attendais avec impatience. Tu ne seras pas surprise si je te dis que des comme ça, tu peux m'en envoyer tous les jours… ! Mais ne t'inquiète pas, je sais bien que tu manques cruellement de temps. Ah, si on pouvait transplaner dans Poudlard, je t'assure que je serais là tous les soirs, fidèle au poste, planqué derrière la statue de la sorcière borgne (ou encore mieux, dans une salle de classe vide), pour te…heu…on va dire, te souhaiter une bonne nuit…(hmmmm…désolé, je me censure, des fois que ce cher vieux Rusard intercepterait le courrier…))

Je t'écris avant de me coucher, je suis épuisé, après une grosse journée de cours et une soirée passée à seconder Rogue dans son test de potion (Je ne crois pas te l'avoir raconté : il y a quelques jours, il a mis au point une potion de rajeunissement dans le labo de la cave, et sans baguette en plus! Trop fort, le (faux) Mangemort !!). Du coup, pour ne pas risquer de mettre quelqu'un en danger, il a tenu à jouer lui même les cobayes. Hermione avait emprunté un appareil photo à une de ses copines de promo, et elle l'a mitraillé sous toutes les coutures pendant le processus de transformation. Il fallait qu'il puisse produire des preuves, et nous étions là comme témoins, Ron, Hermione et moi.

Rogue a d'abord avalé une pleine fiole de sa potion, ce qui lui a arraché une affreuse grimace (inquiet, je lui ai demandé si c'était vraiment mauvais, et il m'a tranquillement répondu qu'à choisir, il préfère nettement boire un verre de mon "Château-Morgon"! ) Après quelques minutes, la métamorphose a commencé. Les rides s'effaçaient une à une, la peau se raffermissait. L'ombre créée par la barbe naissante disparaissait peu à peu. Ses quelques cheveux blancs reprenaient leur teinte sombre. Puis son corps s'est mis à s'affiner et à s'allonger, sans pour autant grandir, c'était vraiment saisissant. Le plus perturbant était sans doute de voir devant nous un adolescent qui ne pouvait être que Rogue, et pourtant, si différent de l'homme que nous avions l'habitude de côtoyer. Il avait soudain notre âge... et il était tel que l'ont connu mes parents.

Etrangement, je le préfère à quarante ans... Les traits de son jeune visage étaient encore plus ingrats, plus disgracieux que ceux de l'homme mûr que tu connais. J'ai réalisé que les années passant, cet homme a acquis une sorte de prestance, de dignité et de noblesse qui font oublier sa laideur. Comme quoi, vieillir ne signifie pas forcément se dégrader et s'abîmer...

Aïe, tu vas encore dire que je passe mon temps à te parler de Rogue ! Bon, avant de changer de sujet, je termine le chapitre le concernant: au bout d'une heure, il a retrouvé son apparence normale, et la transformation semble n'avoir laissé aucune séquelle. L'expérience aura donc été concluante, et nous, bon public, nous avons applaudi et poussé des hourras tonitruants. Il était très satisfait (même si, comme d'habitude, il ne le montrait guère), et il nous a dit qu'il va communiquer ses résultats à d'autres chercheurs en potion, lesquels vont certainement confirmer son succès (pourvu qu'ils n'en profitent pas pour lui voler son invention ! Mais il a l'air plutôt confiant sur ce point...). Ainsi, il devrait pouvoir faire breveter son élixir de jouvence et le commercialiser. En gros, sa fortune est assurée, ce qui me réjouit... et me soulage. En effet, son avenir était jusque là plutôt sombre, étant donné qu'il ne pouvait espérer obtenir un nouveau poste d'enseignant et qu'il n'a pas une mornille de côté. L'ayant arraché malgré lui à la mort, je m'en serais profondément voulu de le voir plonger dans la misère à peine revenu parmi les vivants...

A part ça… la vie ici suit son cours...les études sont toujours aussi éprouvantes, surtout les heures de potion avec Harper. Ce prof est vraiment détestable, il s'acharne sur moi, et tu me connais, je ne peux me retenir de lui répondre, ce qui provoque régulièrement quelques étincelles. J'espère que nous allons réussir à finir l'année sans nous entretuer. Heureusement, il y a le quidditch pour se défouler. Dubois n'a pas changé, il est peut-être encore plus cinglé qu'autrefois. Nous avons déjà un match dimanche prochain, qui opposera les deux équipes de l'Académie. Un match amical, bien sûr ! Quels que soient les résultats, nous avons décidé d'inviter tous les joueurs à venir fêter ça le soir à la maison après le match. A ce propos d'ailleurs, nous avons un plan, Hermione, Ron et moi, mais ça, je ne t'en parle pas, ou tu vas encore m'accuser de te prendre la tête avec Rogue...Heu oui, tu l'auras compris, ce plan concerne l'ex-espion de Dumbledore, encore lui, toujours lui... Mais chut, j'ai promis de me taire. En tout cas, c'est bien dommage que tu ne puisses pas te joindre à nous ce soir là, je crois que tu te serais bien amusée!

Dis donc, ces nouvelles créatures de Hagrid que tu me décrivais dans ta lettre, elles ont l'air d'être particulièrement dangereuses !...Je t'avais bien dit de ne pas choisir cette option, au risque de vexer le pauvre homme! Surtout, ne te déclare pas volontaire pour aller t'occuper de ces monstres, je ne tiens pas à ce qu'ils te défigurent! Même Hermione n'a jamais entendu parler de ces "rudges à poils longs", et franchement, ils ne me disent rien qui vaille. Je parie qu'ils frappent, qu'ils mordent ou qu'ils te lacèrent la peau avec des griffes empoisonnées! Laisse les serpentards leur faire des papouilles, et si Hagrid te fait une remarque, tu n'as qu'à lui dire que moi, le grand Harry Potter, je t'ai formellement interdit de t'en approcher!

Envoie-moi vite de tes nouvelles, et parle moi de tous les autres, Neville, Luna, Dean et Seamus...Tu pourrais même demander à Colin qu'il prenne des photos de toute la bande, et me les faire parvenir. Ce serait vraiment sympa, Ron et Hermione apprécieraient autant que moi!

Ca ne m'étonne pas, que Malefoy ne refasse pas sa septième année à Poudlard ! Cet enfoiré a dû obtenir une équivalence de diplôme en soudoyant le fonctionnaire ministériel, et je ne serais guère surpris qu'il se soit lancé corps et âme dans la finance internationale, aux côtés de son honorable père…

Tu me manques…

Je pense à toi…

Comme un malheureux, je gémis et je compte les jours jusqu'au samedi 26...

Ton vieux Harry, qui t'embrasse tendrement et te serre dans ses bras (Hum…je n'en dis pas plus, des fois que Gugusse lirait ces mots…Gare à son goût légendaire pour les châtiments corporels !) »

o0o0o0o0Oo

-Entrez!

-Oh, vous travaillez…Excusez moi, je ne voulais pas vous déranger !

-Mais non, Harry ! Entrez donc ! Vous ne me dérangez pas. Et puis je vous rappelle que vous êtes ici chez vous…D'ailleurs, je crois savoir pourquoi vous venez me voir...

-Je viens de recevoir un hibou du ministère...

-Et moi également. Que dit votre missive?

S'enhardissant, Harry avança de quelques pas dans la chambre de Rogue. Il était rayonnant et se retenait à grand peine de se jeter sur son ex-professeur pour lui serrer les mains ou lui donner une grande claque dans le dos. Seule la crainte de le choquer l'empêchait de se laisser aller.

-Eh bien...elle m'annonce que vous êtes acquitté..., bredouilla-t-il, rouge d'émotion.

Le visage de Severus resta impassible.

-C'est tout ? Demanda-t-il calmement.

-C'est déjà beaucoup, non ? Et il y a autre chose : je ne subirai moi-même aucune sanction, malgré mon voyage temporel non autorisé...

L'homme inclina brièvement la tête, puis se retourna vers son bureau et y prit un parchemin.

-Voici la lettre que j'ai reçue il y a une petite demie-heure, dit-il d'un ton posé. Elle m'apprend l'issue heureuse du procès. Je le savais officieusement depuis ce matin, mais je ne voulais pas vous l'annoncer avant d'en avoir eu la confirmation officielle, que voici !

-Formidable ! Et…votre baguette ?

-Je dois me rendre demain matin au ministère pour la récupérer.

-On vous enlèvera cet horrible bracelet de surveillance ?

-Je l'espère !

Harry secoua la tête, éperdu d'une joie qu'il n'osait toujours pas laisser éclater, de crainte qu'elle déborde et devienne incontrôlable.

- Ce verdict n'est que justice, mais je suis tellement content que ça se soit terminé ainsi, après toutes ces…

-Je le suis aussi, Harry, coupa Rogue en avançant vers le garçon, un léger sourire flottant enfin sur ses lèvres minces. Mais… expliquez-moi comment vous avez fait vous-même pour échapper aux mesures punitives… ?

-Eh bien…la lettre ne dit pas grand chose à ce sujet, répondit Harry d'un ton guilleret en ouvrant le parchemin portant le sceau du ministère. Voici ce qu'ils ont écrit : « Monsieur Potter, Nous avons le plaisir de vous informer de l'acquittement de Severus Rogue, pour lequel vous avez…bla bla bla… » Non, ce n'est pas ça. Attendez, voici ce qui concerne mon affaire: « Après avoir considéré les services que vous avez rendus ces derniers mois au monde sorcier, le Magenmagot a pris la décision de fermer les yeux sur votre infraction au code de limitation de l'usage des objets magiques non répertoriés, et par conséquent, de renoncer à vous faire subir une sanction suite à votre voyage temporel illégal. Nous attirons cependant votre attention sur le régime de faveur dont vous bénéficiez, et vous invitons vivement à ne plus jamais vous rendre coupable de ce genre de délits. Notre indulgence ne s'appliquerait pas une seconde fois. Conformément à l'article 18 du … bla bla bla… » Voilà, c'est tout. Pas mal, non ?

Rogue fit une grimace.

-C'est un sévère avertissement, Harry. Sans l'appui du ministre, vous ne vous en seriez pas si bien tiré !

-Bah, de toute façon, je ne risque pas de recommencer de sitôt ! Même s'ils ne disent rien au sujet de Bodlock et de la remonteuse, je suppose qu'ils vont vouloir remettre de l'ordre dans cette affaire et placer l'inventeur et son invention sous contrôle.

-C'est fort probable, en effet.

-Quoiqu'il en soit, pour moi, le plus important, c'est que vous soyez enfin réhabilité !

Le garçon jubilait, guettant l'expression de son vis-à-vis qu'il espérait au moins aussi réjoui que lui. Severus fit encore un pas, leva une main et la posa sur l'épaule du jeune homme.

-En somme, vous avez gagné…dit-il à voix basse.

-NOUS avons gagné ! Se récria Harry avec force. C'était votre combat à vous, au moins autant que le mien ! Ou en tout cas, je…

Harry se tut brusquement. Il s'était quelque peu rembruni. Severus renforça la pression sur son épaule.

-Finissez ce que vous avez commencé, Harry…, dit-il avec douceur.

-Je veux dire… j'espère que vous vous êtes battu, vous aussi, pour votre réhabilitation… Que vous aviez à cœur d'être enfin reconnu pour votre véritable rôle dans la guerre !

-Bien sûr, Harry, bien sûr…souffla l'homme, tout en bougeant légèrement son pouce contre la base du cou du garçon, en une sorte de caresse affectueuse. Quitte à être vivant, il valait mieux que je ne sois pas déclaré ennemi public numéro un ! Et partir pour Azkaban n'aurait pas été une fin beaucoup plus enviable que celle que m'avait réservée le Seigneur des Ténèbres…

-Ennemi public numéro un… ça me rappelle de bien mauvais souvenirs…, frissonna Harry, les yeux perdus dans le vague.

-Parce que vous l'avez été vous-même durant une période… ?

-Ouais…, acquiesça le garçon en fronçant les sourcils. Heureusement, ça n'a duré que quelques mois… Bon, mais si je m'inquiète, c'est que par moment, j'ai l'impression que…que vous êtes comme…indifférent à votre sort…Comme si vous aviez renoncé à…à…

Harry ne trouvait plus ses mots, et il se troubla sous le regard perçant de son interlocuteur. Ce dernier laissa glisser lentement sa main le long de son bras, comme à regret, avant de s'éloigner de quelques mètres.

-Vous vous trompez, Harry, je ne suis pas indifférent, et je n'ai renoncé à rien du tout. Je tiens à faire bon usage de cette nouvelle vie qui m'a été donnée grâce à vous. La preuve, c'est cette potion de rajeunissement que j'ai mise au point et qui est une réussite, cela devrait suffire à vous rassurer sur mon compte.

-Je suis impatient que vous la fassiez connaître aux experts…

-Chaque chose en son temps. Pour commencer, voyons les aspects pratiques : maintenant qu'on m'a reconnu innocent et que je vais pouvoir rentrer en possession de ma baguette, je vais aussi pouvoir retourner chez moi, Spinner's End. Demain samedi, je ne repasserai pas chez vous après être allé au ministère.

Surpris, Harry écarquilla les yeux.

-Oh…mais…il me semble que vous êtes beaucoup trop pressé ! Je comprends bien que vous vouliez rentrer chez vous, mais il vaudrait mieux attendre que l'annonce de votre réhabilitation soit parue dans la presse !

Bras croisés, Rogue se tourna vers lui et leva un sourcil.

-Comment cela ? Vous pensez sérieusement que la presse va en rendre compte ?

-Mais bien sûr ! C'est indispensable ! Sinon, vous risquez de vous faire agresser à tous les coins de rue !

-Allons, allons, vous ne croyez-pas que vous dramatisez la situation ?

-Absolument pas ! Tous voient en vous un traître, de quelque côté qu'ils soient. Seul un article en première page de la Gazette pourra y changer quelque chose, et encore, il faudra du temps ! Si le ministère ne s'occupe pas d'informer les journaux, je m'en chargerai personnellement.

-Tous les verdicts rendus paraissent au journal officiel, mais à ma connaissance, les organes de presse grand public ne s'en font pas systématiquement l'écho.

-Eh bien, moi, je vais le hurler si fort qu'ils seront bien obligés de l'entendre, vous pouvez compter sur moi !

Severus fixait intensément Harry, et il fit à nouveau quelques pas pour s'approcher de lui.

-Pourquoi prenez-vous tout cela tellement à cœur ? Demanda-t-il soudain d'une voix un peu sourde.

La question inattendue prit Harry de court.

-Parce que…, hésita-t-il en baissant les yeux,… parce que je suis responsable de votre survie, et je ne tiens pas à ce que vous soyez assassiné par un pseudo justicier mal informé à votre sujet.

Dans un élan, Rogue attrapa les deux bras de Harry au dessus des coudes et les serra, l'attirant en même temps vers lui.

-Comment puis-je vous remercier…, chuchota-t-il en se penchant vers le garçon. Vous en avez fait beaucoup…trop…Je n'ai pas encore bien compris pourquoi, alors que je me suis toujours montré si odieux envers vous.

Déstabilisé par le geste de Rogue, Harry faillit se dégager d'une secousse, mais quelque chose le retint d'agir avec autant de brusquerie. Après un instant de désarroi, il fit le choix de ne pas s'affoler. Après tout, ce n'était qu'une simple démonstration d'affection et de reconnaissance. Rien de plus naturel !

-Je ne tiens pas à ce que vous me remerciez, dit-il doucement, sans fuir le regard de son interlocuteur, mais sa voix chevrotait légèrement. Je vous l'ai déjà dit, ce qui compte pour moi, c'est que votre rôle courageux dans la guerre soit reconnu, et que vous viviez heureux dans un monde apaisé…

-Vous savez, Harry…je me suis aperçu que…que je tiens beaucoup à vous…murmura Rogue sans bouger, d'une voix si faible que le garçon l'entendit à peine. Je voudrais que vous sachiez que j'apprécie de vivre ici, et que…hum…Mais il est normal que demain, je rentre chez moi. Vous n'avez que trop…

-Mais non ! Protesta Harry, véhément. Il faut que vous restiez jusqu'au début de la semaine prochaine ! Promettez-moi d'attendre l'article de la Gazette pour rejoindre votre domicile !

L'homme semblait hésiter. Ses yeux noirs étaient plongés dans ceux du garçon, et son visage si impassible d'ordinaire paraissait étrangement ému.

-Bien…si vous y tenez…dit-il dans un souffle en lâchant les bras de Harry. Vous êtes sûr que vous supporterez ma présence deux jours de plus ?

-Evidemment ! Sachez que nous avons prévu une petite fête dimanche soir, après le match de quidditch !

L'expression de Rogue changea du tout au tout. Il plissa les yeux comme un chat et pinça les lèvres.

-Une petite fête ? De quoi s'agit-il ? Et de quel match parlez vous ?

Harry enfonça les mains dans ses poches en souriant.

-Eh bien, dimanche à 16h aura lieu le premier match amical opposant les deux équipes de l'AFDA. Je compte sur votre présence dans le public, bien sûr ! Nous avons besoin de supporters ! Et ensuite, nous fêterons ici notre victoire !

-Vous vous fichez de moi, ou quoi ?

-Pas du tout ! Vous vous demandiez comment me remercier…voilà une très bonne occasion ! Et je crois savoir que vous aimez le quidditch ! A Poudlard, je vous ai toujours vu parmi les spectateurs !

-Mais vous avez dit vous-même que je ne dois surtout pas sortir, que je risque de me faire attaquer par le premier venu !

Severus souriait, acerbe. Harry se renfrogna.

-Ah zut, c'est vrai ! Mais vous ne serez pas seul, nous serons tous là, Ron, Hermione, moi…

-C'est ça ! ricana Rogue. Pendant que vous volerez à la poursuite du vif d'or, vous aurez tout loisir de me protéger, n'est-ce pas !

-Il y aura des aurors partout !

-…qui regarderont le match et ne s'occuperont nullement de ce qui se passera dans les tribunes !

-Il y aura aussi George Weasley !

-Raison de plus pour ne pas venir ! Ce garçon a de sérieux motifs de me détester, il me semble. Il attendra la première occasion pour se venger en me jetant un sort !

Harry se mordit la lèvre.

-George ne vous en veut plus ! Il sait que …que ce qui s'est passé pour son oreille était un accident.

-N'empêche qu'il serait plus sage que j'évite de me trouver en sa présence. Je lui gâcherais son après midi…

-C'est vraiment dommage…soupira Harry, dépité. J'aurais tellement aimé que vous assistiez à ce match…

En fait, le garçon avait déjà calculé que Rogue serait impressionné par Smith, la prof de droit, dont les qualités de poursuiveuse étaient époustouflantes. Si l'homme refusait de venir, la moitié de son plan si brillant s'écroulerait lamentablement…

-Bon, j'y réfléchirai, concéda l'homme d'un ton amusé. Je n'aime pas vous voir faire cette tête là, le sourire vous va décidément beaucoup mieux. Et je suis flatté que vous teniez tant que ça à ce que je vienne vous admirer faire des acrobaties sur votre balai.

Harry rougit. L'homme n'avait peut-être pas correctement interprété son insistance à le voir venir assister au match, mais il était trop tard pour s'en inquiéter.

-Oh, oui, réfléchissez-y, lança-t-il encore avec ardeur, je vous assure que vous passerez un excellent moment ! Les deux équipes sont à la hauteur !

-Mais je n'aurai d'yeux que pour vous, Harry, vous le savez bien. Maintenant, allez vous coucher, il se fait tard, et votre week-end promet d'être chargé !

Le cœur léger, le garçon rejoignit sa chambre. Non seulement Rogue était innocenté et allait être réhabilité, mais il s'apprêtait également à faire la connaissance de Félicity Smith très prochainement, et Harry ne doutait plus que son nouveau plan réussisse aussi bien que le précédent…

o0o0o0o0o

Square Grimmaurd-11 septembre- 23h :

Le gamin vient de sortir de ma chambre. Je suis étrangement excité. Mais pas pour de bonnes raisons.

Certes, j'ai été acquitté. Excellente nouvelle. Certes, ma potion de rajeunissement est une réussite absolue. Merveilleux succès. Mais ce qui me met dans cet état d'euphorie, ce n'est pas ça. Oh non ! D'ailleurs, un succès ne vient en général pas tout seul, de même qu'un malheur s'accompagne souvent d'une suite d'autres déconvenues, toutes plus graves les unes que les autres…

Je devrais avoir honte. Car si je me sens si émoustillé, c'est parce que le garçon m'a clairement fait comprendre ce soir qu'il tient à moi, et que ma présence est importante pour lui.

Et le plus incroyable, c'est qu'il ne m'a pas repoussé. Je ne transforme pas la réalité en disant qu'il ne s'est pas écarté quand j'ai posé une main sur son épaule. Je ne rêve pas, il m'a bel et bien laissé faire quand mon doigt est venu tout naturellement caresser son cou, comme mû par une force indépendante de ma volonté…Il n'a pas cherché à m'échapper quand j'ai agrippé ses bras, il ne s'est pas retiré alors que je le tenais et l'attirais vers moi. Je suis certain que si, à cet instant, je m'étais penché pour l'embrasser, il se serait laissé faire. Et…oui, j'ai eu la force de m'arrêter avant…Pour une fois, j'ai fait preuve de sagesse, même s'il m'en a coûté un effort surhumain...

N'était-ce pas plutôt de la lâcheté ? Ai-je craint de voir à nouveau passer dans ses yeux cette défiance, ce mépris qui m'avaient tant blessé l'autre jour ?

Peut-être…Le plus rageant serait qu'il soit resté sur sa faim … Je n'ose l'imaginer, mais non, décidément, ce serait aller trop loin. Hélas, je n'oublie pas qui je suis, qui il est…

Pourtant…Il ne veut pas me laisser faire mes bagages et rentrer chez moi, Spinner's End… ! N'y a-t-il pas là matière à espérer ?

Et il tient absolument à ce que je vienne assister au match de quidditch !…Sait-il seulement qu'à Poudlard, j'appréciais par dessus tout les tournois opposant les gryffondors aux autres équipes ? Je n'en ratais pas un seul. A ceux qui s'en étonnaient (telle Minerva, ou même Albus), je prétextais que rien ne me faisait plus plaisir que de voir les gryffondors se faire battre à plate couture (ce qui n'arrivait jamais). Maintenant, je dois bien avouer que si je tenais tellement à y assister, c'est parce que les prouesses de leur jeune attrapeur me fascinaient, et que je ne me lassais pas de contempler sa silhouette gracieuse, merveilleusement agile, évoluant dans les airs devant mes yeux, défiant impunément les lois de la gravité. Subjugué, je retenais ma respiration…prêt à intervenir s'il arrivait quoique ce soit au futur Sauveur de l'humanité. Et Merlin sait que ces matchs de quidditch ont été pour lui autant d'occasions de mettre sa vie en danger. Dès sa première année, j'étais là pour le sauver. Ce salaud de Quirrell avait ensorcelé son balai…Il y eut ensuite le cognard fou, contre lequel je ne pus rien faire, puis, lors de sa troisième année, cette chute spectaculaire due à la présence des détraqueurs sur le terrain, et qu'Albus parvint à amortir in extremis…

Au quidditch, Harry m'a dès le début rappelé son père au même âge. James Potter, que j'admirais secrètement en même temps que je le maudissais… En effet, malgré moi, je voyais mon rival avec les yeux de Lily, et je pensais en moi-même qu'il était irrésistible, et qu'elle devait forcément, un jour ou l'autre, tomber amoureuse d'un être capable d'évoluer dans les airs avec tant de virtuosité. Avant même que se produise la catastrophe, je l'avais anticipée en assistant aux prouesses si remarquables de l'odieux – et fascinant- gryffondor…

Il me reste …combien ?…deux jours, trois tout au plus à passer sous le même toit que Harry, en supposant que la Gazette tarde à répercuter les résultats du procès …De quoi seront faits ces jours, ces heures ? A la simple pensée qu'ils sont comptés, je sens la tristesse m'envahir, le goût amer de la solitude et de la nostalgie m'habite déjà, alors que nous ne sommes même pas encore séparés.

Je ne dois pas gâcher une seule seconde de ces précieuses heures…Mettre au point une « stratégie » ? Inutile, grotesque…Non, il me faut être disponible, prêt à savourer le moindre de ses regards, graver en moi l'image de son visage, de son corps, le son de sa voix, de son rire…En faire un trésor que j'emporterai ensuite dans mon antre et que personne ne pourra plus dérober ou détruire …

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Une petite review ?

Odrey : Merci ! Je suis contente que tu aimes le côté sentimental du journal, parce que même en me forçant, j'aurais beaucoup de mal à contenir mes « épanchements », j'y prends trop de plaisir !! Bises et à bientôt !

Mélie : Hello ! Alors toi, tu voudrais que Severus « modère un peu moins ses ardeurs » ? Ah là là, c'est Rogue, tout de même, et son journal est une chose, la vie en est une autre. Malheureusement, il ne peut se laisser aller avec Harry comme il le fait dans son cahier intime. Bon, on verra si dorénavant, il arrive à se lâcher un peu plus ! Merci pour ton soutien, et à bientôt !