Bonjour tout le monde ! Merci pour vos reviews, vous m'avez gâtée cette semaine, ça me fait chaud au cœur ! Je suis ravie que vous lisiez mutuellement vos reviews et qu'une sorte de débat -ou de forum- s'installe autour de cette histoire. Ca me stimule, et je suis très « fière » de la qualité de vos échanges !
Bonne lecture !
CHAPITRE VINGT
Aveux
-Expelliarmus !
Johnson contra habilement le sort et enchaîna aussitôt avec un stupefix. Agacé, Harry le bloqua à son tour.
-Incarcerem ! Renvoya-t-il hargneusement.
-Protego!
Une nouvelle fois, Johnson était parvenu à repousser de justesse le sortilège. Forcé d'admettre que son adversaire se défendait plutôt bien, Harry s'apprêtait à pulvériser son bouclier d'un violent defodio quand son regard fut attiré par un mouvement sur sa droite. La porte de la salle de classe venait de s'entrouvrir, et quelqu'un se glissait subrepticement dans la pièce...
Harry se gifla mentalement. Il ne s'agissait que d'un étudiant réintégrant discrètement le cours après un passage aux toilettes. Pas de quoi détourner l'attention d'un duelliste en plein affrontement !
-Impedimenta ! Avait déjà lancé Johnson, profitant de l'aubaine.
Quand Harry réalisa qu'un sort l'atteignait de plein fouet, il était trop tard. Il était allongé sur le sol, à moitié sonné, et incapable de faire le moindre mouvement. Il se maudit intérieurement. Sa distraction était impardonnable.
-Eh bien, Potter ? Pas très performant, aujourd'hui ! Grogna Callaghan, le professeur de Défense, en le délivrant d'un geste rapide de sa baguette. Vous nous aviez habitués à autre chose! Qu'est-ce qui vous arrive? Essayez de vous ressaisir ! Félicitations, Johnson ! Vous êtes en progrès.
Honteux, Harry se releva et épousseta ses vêtements sous le regard triomphant de son adversaire, tout heureux d'avoir réussi à terrasser l'invincible Survivant. Son visage poupon rayonnait de fierté. Harry lui jeta un coup d'œil furieux. Il voulait bien perdre, mais pas contre cet imbécile. « Vas-y, mon lapin, ris bien fort, savoure ta victoire...tu ne perds rien pour attendre ! » songea-t-il en se promettant de lui faire mordre la poussière à la première ocasion…
Mais Harry devrait reporter sa revanche au prochain cours, car celui-ci touchait à sa fin. Durant les dernières minutes, il se contraignit à écouter attentivement les critiques et les recommandations de Callaghan, puis il sortit en maugréant de la salle de classe, flanqué d'un Ron très satisfait d'avoir eu le dessus dans toutes les joutes l'ayant opposé à ses camarades.
Le cours suivant lui parut interminable. Bennett, l'assistant chargé d'enseigner les "Premiers soins aux blessés et aux victimes", avait le don - partagé hélas par de nombreux enseignants- d'endormir systématiquement son auditoire... A croire qu'il avait pris Binns, le professeur-fantôme de Poudlard, pour modèle pédagogique ! A demi affalé sur sa table, Harry observait d'un oeil morne les inscriptions qui s'accumulaient peu à peu sur le tableau noir: consignes de sécurité, diagnostics, précautions à prendre ... Jusqu'à présent, Bennett s'était contenté d'énoncer de sa voix monocorde des principes théoriques que les étudiants étaient censés recopier. La pratique proprement dite ne serait abordée qu'en deuxième année...Bercé par ce flot continu de paroles, Harry sentit ses pensées dériver peu à peu et quitter la salle de classe pour s'orienter tout naturellement vers son principal sujet de préoccupation du moment.
Rogue...encore lui, toujours lui. L'ex-espion avait disparu dans la nuit du dimanche au lundi, et on était déjà jeudi. Harry ne l'avait plus revu depuis la désastreuse soirée ayant suivi le match de quidditch. Le lendemain matin, après une nuit blanche, le garçon avait cherché partout un message, un signe quelconque du fugitif. Il avait dû se rendre à l'évidence : Rogue était parti sans laisser de trace.
Dès le lundi, la Gazette du Sorcier avait publié en première page un article rendant compte du procès de l'ex-espion et de son acquittement. Le ministre lui-même avait tenu à témoigner devant la presse de l'engagement courageux de Rogue, évoquant à cette occasion la démarche de Harry pour faire réhabiliter son ancien professeur. D'un bout à l'autre, l'article était extrêmement élogieux. Trois portraits photographiques l'illustraient: le premier de Rogue, le second de Shacklebolt, et le dernier du Survivant, photo prise à son insu à Poudlard par un journaliste, lors de la cérémonie funèbre qui avait suivi la bataille finale.
Le lundi soir après les cours, Harry avait envoyé une lettre à Rogue. Il y joignait une copie de l'article du journal, et lui disait combien il se réjouissait de cette publication et de l'heureux aboutissement de toute l'affaire. Il ajoutait qu'il déplorait le départ précipité de son ex-professeur, et avouait attendre impatiemment de ses nouvelles…
Aucune réponse ne lui était parvenue depuis. L'homme avait-il bien reçu le courrier ? A son retour, Quito ne portait pas de message attaché à la patte. Quelqu'un s'était forcément emparé de la lettre, mais rien ne garantissait qu'il s'agît effectivement de Rogue…
Depuis, Harry était constamment préoccupé, contrarié ou distrait. Sa mauvaise humeur le rendait pénible pour son entourage. Hermione avait beau lui répéter que tout était pour le mieux, et qu'il devrait au contraire se réjouir de cette conclusion nette et radicale à une situation désagréablement ambiguë, le garçon ne parvenait tout simplement pas à tourner la page. Il n'avait plus le cœur à rien. Même le fait d'écrire à Ginny et de recevoir une longue lettre d'elle ne l'avait pas remis d'aplomb.
Bien entendu, il avait revu Félicity Smith, pendant les cours de droit ainsi qu'à l'entraînement de quidditch, la veille au soir. Les effets de l'alcool une fois dissipés, la jeune femme s'était comportée tout à fait normalement avec lui, et Harry en avait éprouvé un réel soulagement. Tout au plus lui avait-elle adressé un ou deux sourires légèrement appuyés, ou lui avait-elle chuchoté une plaisanterie en aparté durant l'entraînement, le regard pétillant de malice. Il avait pris soin de ne pas réagir à ces discrètes attentions. Malgré lui, et bien qu'il sût pertinemment que cette accusation était injustifiée, il lui reprochait insidieusement d'être la cause du départ de Rogue.
En fait, Harry ne comprenait pas lui même pourquoi sa brusque rupture avec l'homme qu'il avait sauvé de la mort l'attristait si profondément. Comme le disait Hermione, il aurait dû être satisfait que Severus se fût détaché de lui pour reprendre une vie adulte et indépendante. Harry était bien conscient qu'il s'agissait là d'une situation beaucoup plus saine et normale. Mais le garçon ressentait une étrange et inexplicable mélancolie. Il avait l'impression confuse d'avoir échoué, d'avoir raté une marche et de ce fait, d'avoir dégringolé d'un coup tout l'escalier péniblement gravi.
Rogue lui manquait. Il finit par se l'avouer. Oui, il s'était attaché à cet homme. Il avait compté entretenir avec lui une vraie relation d'estime et d'amitié. Naïvement sans doute, il avait espéré que leurs rapports trouveraient une sorte d'équilibre. En y réfléchissant avec sérieux, il comprit qu'au fond, il appréciait cet intérêt -excessif il est vrai - que lui portait Severus. La découverte à travers le journal de la personnalité étrange et passionnée de son professeur l'avait bouleversé. Et il mesurait combien la présence et l'affection de cet homme qui avait connu ses parents, aimé sa mère avec tant d'exclusivité, puis tout fait pour le protéger, lui avaient été infiniment précieuses…
Surtout, il regrettait amèrement que Rogue l'eût quitté dans de si pénibles circonstances. De lui, l'homme allait inévitablement conserver une fausse image, celle d'un garçon superficiel et hypocrite. En une seule soirée, Harry avait réussi à gâcher tout ce qui s'était construit entre eux, la compréhension, l'admiration, la complicité. Cette pensée le démoralisait.
Il devait faire quelque chose. Il fallait absolument qu'il revoie Rogue.
Le professeur de psychologie étant absent, Harry et Ron rentrèrent plus tôt que prévu square Grimmauld cet après-midi là. Harry parlait peu, écoutant d'une oreille distraite les récriminations de Ron contre Harper qui les avait maltraités une fois de plus en cours de potion. Arrivés à la maison, les garçons passèrent par la cuisine où ils firent une pause pour avaler un verre d'eau et grignoter quelques biscuits.
-On n'a pas trop de travail pour demain, il me semble, dit Harry en rinçant son verre à l'évier avant que Kreattur ait eu le temps de le lui arracher des mains. J'ai décidé de faire un saut à Gringotts pour déposer la baguette de sureau dans mon coffre. La banque ne ferme qu'à 19h, j'ai encore le temps.
-Pourquoi veux-tu faire ça ce soir ? S'étonna Ron. Il n'y a pas d'urgence !
- On est sortis plus tôt, autant en profiter pour me débarrasser de cette corvée. Je ne l'ai que trop reportée, et j'en ai marre qu'Hermione me la rappelle tous les jours!
-OK…c'est vrai que c'est l'occasion ou jamais. Tu veux que je t'accompagne ? Demanda Ron sans enthousiasme.
-Non merci, je me débrouillerai. Reste ici, Hermione ne va pas tarder à rentrer. Elle t'aidera pour le devoir de potion, et tu me fileras les tuyaux à mon retour.
Dix minutes plus tard, Harry avait transplané sur le Chemin de Traverse, face à la grand porte de bronze de la Banque sorcière. Les lourds battants en étaient hermétiquement fermés, et sur une affiche, Harry lut ces mots imprimés en lettres d'or:
« Fermeture exceptionnelle le jeudi 17 septembre pour cause d'inventaire. Que notre aimable clientèle veuille bien nous excuser pour ce désagrément. La banque rouvrira ses portes le vendredi 18 à 8h30 précises.
Signé : La direction de l'établissement, entièrement dévouée à votre service. »
Le garçon soupira, dépité. Décidément, il n'avait pas de chance ! Pour une fois qu'il trouvait le courage d'entreprendre cette démarche si ennuyeuse!
Il aurait pu flâner un moment dans les boutiques du Chemin de traverse, il faisait beau et il avait un peu de temps devant lui. Mais bêtement, il avait oublié de se munir de son masque. Dans ces conditions, pas question de se mêler à la foule qui se pressait devant les vitrines, même pour aller voir George. Il n'avait plus qu'à rentrer square Grimmauld…
Alors, il pensa à Rogue. L'homme était-il chez lui, Spinner's End ? Et si Harry en profitait pour lui rendre une petite visite ? Hermione n'était pas là pour tenter de l'en dissuader ou lui faire la morale...Il aurait une explication avec l'ex-espion, et peut-être se sépareraient-ils enfin en bons termes ?
Il y avait de fortes chances pour que l'homme fût absent de son domicile, mais après tout, Harry ne risquait rien à essayer. Ayant pris sa décision, il se concentra et transplana à nouveau.
En reprenant contact avec le sol, le garçon fit un tour d'horizon et reconnut l'impasse peu accueillante au bout de laquelle se trouvait la maison de Rogue. L'endroit était sinistre. Une haute cheminée d'usine dominait la ruelle, renforçant son aspect sombre, pauvre et miteux. Peut-être l'homme allait-il pouvoir s'installer ailleurs prochainement, maintenant qu'il n'avait plus à se cacher et que la commercialisation de sa potion de rajeunissement pourrait lui assurer de copieux revenus?
Harry avança dans la ruelle déserte, longeant des maisons de briques aux allures de bicoques abandonnées. Enfin, il s'arrêta devant la porte de Rogue. L'appréhension faisait battre son cœur…Il jeta un coup d'œil par les fenêtres du rez-de-chaussée. Les rideaux étaient tirés. Cherchant des yeux une sonnette, le garçon n'en trouva pas. Il leva le poing et frappa contre le bois. Une fois. Deux fois. Il attendit de longues minutes, puis frappa une dernière fois, là encore sans succès.
L'homme n'était pas chez lui. Déçu une fois de plus, Harry finit par tourner les talons et partit d'un pas hésitant, la tête basse. A cet instant, un léger bruit retint son attention. Il regarda vivement en arrière. Il ne rêvait pas: la porte s'était entrebâillée.
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Spinner's End, 17 septembre 1998.
Je dois tenir. Je dois être fort. Tout cela est ridicule. N'ai-je pas déjà vécu nombre de situations plus déchirantes dans ma triste et morne vie ?
J'aurais pu lui répondre. Un mot bref, un mot froid, mais un mot quand même. Je n'en ai rien fait, et c'est mieux ainsi. A quoi bon entretenir un feu destiné à s'éteindre ? Lui n'a pas besoin de moi pour vivre. En quoi aurais-je besoin de lui ?
M'éloigner définitivement de sa personne est la seule solution à mon mal-être. Rompre les liens, voilà le remède à cette dépendance néfaste et malsaine qui me ronge et me détruit.
Pourtant…pourtant…sa lettre m'a tant ému...! Mon cœur a bondi dans ma poitrine quand j'ai reconnu son hibou, tapant impatiemment du bec contre la vitre. A peine ai-je eu fini de lire ses mots simples et touchants que j'ai failli céder et me jeter sur une plume pour lui dire que je revenais, que je ne lui en voulais pas, et qu'il me manquait terriblement. Car au fond, ne suis-je pas plus heureux en sa présence ? Quand bien même il aimerait séduire toutes les femmes de la terre, quand bien même il me maltraiterait et me traînerait sans vergogne dans la boue, ne serait-il pas toujours cette source à laquelle je m'abreuve, celle qui m'a fait revivre et me maintient en vie ?
Je contemple une fois de plus sa photo, celle de l'article de la Gazette (je l'ai en double exemplaires, celui qu'il m'a lui même envoyé et celui que Shacklebolt m'a si généreusement fait parvenir). Il me fixe avec ce regard grave et songeur qui est le sien quand quelque chose le préoccupe. Sa bouche est à peine entrouverte, comme s'il s'apprêtait à me parler, et je ne puis m'empêcher de me rappeler avec un frisson combien j'ai aimé faire naître un sourire sur ces lèvres pleines... Allumer une lueur d'intérêt ou de gaîté dans ces yeux si expressifs... Travailler à ses côtés tout en observant discrètement les mouvements toujours harmonieux de ce corps que la photo ne montre pas, mais que j'imagine sans difficulté dans toute la grâce et l'épanouissement de sa jeunesse...
Hélas... C'est justement à cause de ce genre de pensées que je dois résister à la tentation de lui faire signe, ne plus chercher à le voir, refuser ses tentatives d'approche, quelque soit l'effort qu'il m'en coûte. Car ces pensées -et bien d'autres encore, moins décentes, que je ne noterai pas, car je DOIS à tout prix les oublier- me hantent jour et nuit, et je n'essaye même plus de les fuir, maintenant que je sais que je ne le reverrai plus.
Je suis un grand malade. Ma convalescence sera longue, je ne me fais aucune illusion...
Mais pas question de rechuter !
D'ailleurs, les circonstances devraient m'aider à remonter la pente. J'ai reçu ce matin une réponse de David Jacquot, mon collègue français. Enchanté de ma découverte, il a la ferme intention de m'inviter chez lui, à Paris, afin que je fasse moi-même la présentation de ma potion devant tout un auditoire de spécialistes internationaux qu'il aura réunis pour l'occasion…Il m'annonce avec enthousiasme que ma célébrité et ma fortune sont assurées. Je savais que je pourrais compter sur lui. Je vais lui écrire, tout de suite, pour lui donner mon accord. Loin de Londres, j'oublierai facilement Harry. Tout sera plus simple. Une vie nouvelle commencera enfin.
Je respire profondément, je regarde le ciel clair de septembre. Le monde est vaste…L'horizon n'est pas si sombre, et il ne tient qu'à moi de repartir d'un pied neuf.
Mon cœur se serre étrangement. Je l'avoue, je n'ai aucune envie de quitter cette ville et de fuir loin de celui qui est devenu ma raison de vivre, une obsession, une drogue. Mais il le faut. Une fois pour toutes, je dois me secouer, ensevelir le passé, la guerre, la mort... Lily… Harry…
Cette photo qui me nargue…je la brûle d'un « Incendio ». Elle se plie et se consume entre mes doigts. Le visage aimé se tord de douleur, les yeux verts me lancent un regard de reproche. C'est fini.
Tu cherches à ruser avec toi-même, Severus, misérable tricheur. Tu sais parfaitement qu'il te reste un exemplaire de ce portrait, enfoui dans un tiroir de ton bureau. Et oui…reconnais-le, tu y tiens infiniment. Jamais tu ne pourrais le détruire…
Tiens…quelqu'un a frappé à la porte, en bas…Qui cela peut-il être? Je n'irai pas ouvrir. Je n'attends la visite de personne…On frappe à nouveau…et si c'était…Non ! Severus, n'y va pas ! Résiste ! Ne cède pas !
Mon Dieu, combien j'espère que ce soit lui ! Que faire… ?
o0o0o0o0o0o
Harry revint sur ses pas. Rogue se tenait dans l'embrasure de la porte, à moitié dissimulé derrière le battant. Il le regardait fixement d'un œil sombre. Ses cheveux noirs cachaient presque entièrement son visage pâle.
-Monsieur…commença Harry, n'osant pas l'appeler d'emblée Severus.
-Que faites vous là, Potter ? Dit l'homme d'une voix sourde.
Le garçon se sentait comme pris en faute. Il rassembla son courage.
-Je…je suis venu vous voir…pour…
-Venez-en au fait. Je suis très occupé.
-J'ai besoin de vous parler, se lança enfin Harry d'un ton plus ferme. Je suis désolé de vous déranger.
La bouche de l'homme se crispa.
-Est-ce indispensable ?
Harry hésita. Une boule s'était formée au fond de sa gorge, serrée comme un nœud compact.
-Oui. C'est très important ! Dit-il faiblement.
Après un silence tendu, l'homme finit par ouvrir la porte plus franchement. Il était en pantalon et en chemise.
-Vraiment? Entrez, dans ce cas, dit-il sèchement en laissant passer Harry.
Sans un mot, il lui désigna le petit séjour-bibliothèque que le garçon connaissait déjà. Les nombreux livres avaient retrouvé leurs emplacements dans les rayonnages. Harry s'arrêta au milieu de la pièce et fit face à son ex-professeur.
-Qu'y a-t-il, Potter ? Questionna Rogue d'un ton glacial, en croisant les bras sur sa poitrine.
Harry soupira. Comme prévu, l'homme n'allait rien faire pour lui faciliter la tâche...Le garçon aurait pu évoquer sa lettre et demander à son interlocuteur s'il l'avait bien reçue, mais cela aurait pu être interprété comme un reproche, et il ne tenait pas à envenimer les choses.
-Je suis peiné que vous ayez quitté mon domicile d'une manière aussi…rapide et discrète, commença-t-il prudemment. Depuis votre départ, je n'ai pas cessé d'y penser. Vous n'avez plus donné signe de vie…J'avais peur qu'il vous soit arrivé quelque chose…
Rogue fronça les sourcils et eut une moue agacée.
-Que vouliez-vous qu'il m'arrive, Potter ?
-Vous savez bien…une attaque…un règlement de comptes…
-C'est ridicule. La plupart de nos ennemis encore vivants sont enfermés à Azkaban. Vous êtes complètement paranoïaque.
-Peut-être...En fait, j'aurais voulu que nous…prenions congé d'une façon plus…comment dire…J'ai bien senti que la soirée de dimanche vous avait déplu, et…
-Vos amis sont absolument charmants…, ricana Rogue.
-Je me suis très mal débrouillé. Je voulais vous faire rencontrer une...je veux dire, des gens, mais les invités ne pensaient qu'à s'amuser et à faire la fête …bref, je tenais à m'excuser auprès de vous pour…ma maladresse...
L'expression de Rogue se durcissait au fur et à mesure que le garçon bredouillait ses excuses lamentables. Harry trébucha sur le dernier mot, et s'arrêta. Il était bien conscient d'avoir affreusement mal engagé la conversation, mais il ne pouvait plus faire marche arrière. Rogue avait l'air excédé.
-Je pense que si quelqu'un devait s'excuser, ce serait plutôt moi, vous ne croyez pas? Lança-t-il d'un ton cinglant. Je suis parti comme un voleur. C'était très impoli de ma part.
-Vous aviez vos raisons, et je les respecte. Quant à moi, je me suis mal conduit envers vous, et je...
-En quoi vous êtes-vous mal conduit ? Coupa l'homme d'un ton toujours plus exaspéré.
Harry déglutit avec difficulté. Il ne trouvait plus rien à dire qui ne l'enfonçât davantage. Il resta muet et baissa les yeux.
-Ecoutez-moi, Potter! Reprit Rogue avec dureté. Une bonne fois pour toutes, il faut que vous vous mettiez une chose dans la tête: vous ne me devez rien. Vous m'avez sauvé de la mort. C'est largement suffisant. Et je n'ai que faire de votre pitié, de vos airs contrits et de vos excuses sans fondement.
-Mais...
-A présent que vous avez vu que je me porte comme un charme, vous pouvez repartir et me laisser à mon travail.
Harry resta un moment interdit. Puis il se souvint qu'avant de quitter Rogue, il avait encore au moins une question importante à lui poser.
-Avez vous déjà pris contact avec vos confrères pour faire connaître et breveter votre potion de rajeunissement? Dit-il précipitamment, tout en pressentant que l'homme n'allait pas tarder à l'expulser d'un sort sur le trottoir.
-Mais bien évidemment, Potter! Contrairement à vous, j'ai gardé la tête sur les épaules! Je pars prochainement pour la France où je ferai une démonstration de mon élixir de jouvence devant un public d'experts.
-Oh...formidable! Je vais raconter ça à Ron et Hermione... Ils seront aussi heureux que moi de l'apprendre.
L'entretien était clos, Harry n'avait plus de raison valable de rester. Il avança lentement et passa devant l'homme qui se tenait toujours debout, raide comme un I, les bras croisés, et le suivait de son regard noir. Le garçon allait sortir de la pièce quand Rogue prit soudain la parole.
-Avez-vous récolté de nouveaux devoirs supplémentaires de potion, depuis mon départ?
L'homme eût voulu le retenir qu'il ne s'y serait pas pris autrement. Surpris, Harry fit volte-face et le regarda attentivement. Il crut déceler une trace d'amusement dans l'expression toujours très contrôlée de son vis-à-vis. Le cœur aussitôt gonflé d'allégresse, le garçon sourit malicieusement.
-Harper n'a pas changé ses habitudes, malheureusement...Hermione est furieuse, car je l'ai sollicitée trois fois déjà depuis le début de la semaine. Elle se plaint de ne plus avoir le temps de faire son propre travail...
-Il faudrait que vous appreniez enfin à devenir autonome, Harry!
-Je le sais bien, répondit le garçon piteusement, essayant de ne pas trop montrer la joie qu'il ressentait d'avoir entendu l'homme l'appeler à nouveau par son prénom. Mais je crois qu'en potion, mon cas est totalement irrécupérable.
-C'est ce que je me suis tué à vous répéter à Poudlard, mais vous n'aviez pas l'air de vouloir me croire...
-Vous aviez raison, mais il y a manière et manière de le dire...
-Sans doute usais-je de la mauvaise...hum...Désirez vous boire quelque chose?
N'osant en croire ses oreilles, Harry scruta à nouveau son interlocuteur. Le visage de l'homme était impénétrable.
-Oh...mais... c'est que je ne voudrais pas vous importuner, murmura-t-il, embarrassé...Si vous avez du travail...
-Mon travail attendra. Thé, bierraubeurre, jus de citrouille, whisky?
-Heu...Je boirais volontiers une bierraubeurre...
-Très bien. Asseyez vous.
Comme la première fois qu'il était venu dans cette maison, Harry prit place dans le vieux canapé élimé, tandis que Rogue s'asseyait en face de lui et conjurait deux bouteilles et deux verres d'un mouvement de sa baguette. Le garçon le remercia, puis déboucha sa bouteille, se versa un verre et le porta à ses lèvres. Il ne trouvait rien à dire, et ce long silence le mettait mal à l'aise. Finalement, ce fut Severus qui le rompit.
-Pour quelle raison n'avez vous pas choisi d'entrer dans un équipe de quidditch professionnelle, Harry?
La question était inattendue, et Harry mit quelques secondes avant de répondre. Devait-il se vexer que Rogue le pense tout juste bon à voler sur un balai?
-Oh...le quidditch, pour moi, ça reste un divertissement, dit-il en haussant les épaules. Je préfère me rendre utile, d'une façon ou d'une autre.
-Ne pensez-vous pas que vous vous rendez utile, quand vous donnez des frissons d'angoisse et de plaisir à ceux qui suivent des yeux vos acrobaties ?
Non, il n'y avait pas lieu de se vexer. L'homme semblait réellement admirer les talents de Harry en matière de vol. Sans doute était-ce sa façon de lui adresser des compliments, une façon très indirecte, très tortueuse, comme toujours...
-Peut-être...mais la carrière d'un joueur de quidditch se termine à trente ans...Après...
-Après...eh bien, on vit de ses rentes...! N'est-ce pas agréable?
-Sans doute, mais ça ne m'attire pas.
-Avez vous reçu des offres d'une équipe professionnelle?
-Non, pas directement. Mais selon Olivier Dubois, les Canons de Chudley ne se feraient pas prier pour me recruter...
-Et alors? Vous faites la fine bouche?
-Pourquoi voudriez-vous me voir épouser cette carrière là plutôt qu'une autre? S'étonna Harry. N'est-ce pas au moins aussi dangereux que de devenir auror?
Rogue haussa les épaules à son tour.
-Moi, je ne veux rien du tout, Potter. Vous êtes libre de vos choix d'avenir... Mais quand on vous voit évoluer sur votre balai, on ne peut s'empêcher de penser que vous êtes idéalement fait pour ce sport.
Harry ne sut que répondre, et à défaut, il avala une pleine gorgée de bierraubeurre. Le silence se réinstalla.
-Je n'apprécie pas trop l'état d'esprit des sportifs..., grommela-t-il finalement. Ils prennent leur activité tellement au sérieux, comme si le destin de la planète en dépendait !
-Pourtant, dimanche soir, vous paraissiez très à l'aise en leur compagnie, répliqua Rogue d'un ton narquois.
-Ce sont de bons camarades...
-Et ce professeur, la fameuse poursuiveuse, est-elle également une "bonne camarade"?
Severus avait prononcé les deux derniers mots avec une insistance particulière, tout en fixant obstinément le contenu de son verre. Harry se demanda pourquoi l'homme cherchait à l'amener sur ce terrain miné. Comment le garçon devait-il répondre à une telle question?
-Non. Dit-il posément, mais il sentait la sueur coller sa chemise à son dos. C'est simplement une prof, et une partenaire sympathique au quidditch. L'autre soir, elle avait trop bu. Je ne l'avais jamais vue dans cet état ! Elle s'est bien assagie depuis, heureusement.
-Vous n'entretenez donc pas avec elle une...relation privilégiée?
-Oh non, absolument pas! C'est ma prof, elle a plus de trente ans, elle est veuve et maman d'une petite fille...
-Ce n'est pas une raison. Tout cela n'a rien de rédhibitoire, me semble-t-il...
-Pour moi, si. Et pour elle également, je pense. A vrai dire...
Harry hésita. Devait-il continuer? Après tout, pourquoi pas? Les choses seraient enfin claires entre eux.
-Continuez! Ordonna Rogue en le regardant frontalement cette fois.
-A vrai dire, j'avais espéré que peut-être... vous la trouveriez à votre goût, et réciproquement..., lança Harry comme on jette une bouteille à la mer.
La réaction de l'homme ne se fit guère attendre. Il se redressa de toute sa hauteur et lui jeta un regard brillant de ce que le garçon crut être une fureur absolue.
-Vous vous moquez de moi, Potter? Si je vous comprends bien, l'autre soir, vous...vous aviez l'intention de jouer les entremetteurs?
Harry se tassa dans le canapé.
-J'en avais vaguement le projet, murmura-t-il, mais...
A la grande surprise du garçon, Rogue éclata d'un rire sonore, au lieu de l'abreuver d'injures.
-Ahahaha!!...Incroyable!!...Excellent!!...
-Et pouvez-vous me dire ce que ça a de si comique? Dit Harry, soulagé mais aussi vaguement mortifié.
Severus hoqueta encore un peu, puis sembla se calmer.
-Rien, Harry... Rien de comique. C'est simplement que...ah, vous me surprendrez toujours!
-Très bien! De toute façon, mon projet a foiré. Je ne suis pas plus habile dans le domaine sentimental qu'en matière de potion...
Rogue repartit d'un bref éclat de rire.
-Ahahaha!! En effet! Et moi qui croyais que...Mais dites moi, Harry...Comment vous est venue cette idée loufoque ?
Sans plus réfléchir, le garçon prit le parti de la franchise, au risque de faire bondir son interlocuteur. C'était l'heure de vérité, après tout.
-Eh bien...comme je vous l'ai déjà dit, je me sens un peu coupable de vous avoir arraché à la mort contre votre gré. Aussi voudrais-je être certain que vous trouviez le bonheur dans cette vie, après avoir connu tant de malheur dans la précédente...
Severus parut de nouveau très en colère. Harry se mordit la lèvre inférieure.
-Vraiment, vous ne manquez pas de toupet! S'indigna l'homme, les sourcils levés. Vous pensiez vraiment que vous pouviez assurer mon bonheur de cette manière là?
-Je me suis très vite aperçu que mon idée ne valait rien...
Il y eut entre eux un instant suspendu durant lequel Harry fit le gros dos, s'attendant encore à une avalanche de reproches. Mais il n'en fut rien.
-Vous savez, Harry..., dit soudain Rogue sur un tout autre ton, et Harry lui trouva tout à coup une expression étrange, comme secrètement inspirée...Le bonheur tient à si peu de choses! Vous êtes tellement jeune...vous ne pouvez pas comprendre... Tenez, en ce moment même, je me sens...me croirez-vous? Je me sens heureux...
Interloqué, le garçon n'osa pas intervenir.
-Je ne puis vous dire pourquoi, continuait Severus de sa voix bizarre, mais mon bonheur est... intense. Oui, c'est le mot. Par contre, je sais aussi qu'il ne durera pas, et que dans quelques minutes, je serai à nouveau triste et insatisfait...
L'aveu était clair. C'était le Severus du journal qui se révélait enfin à lui. Profondément ému, Harry prit le parti de ne pas feindre l'incompréhension.
-Est-ce lié...d'une manière ou d'une autre...à ma présence ici...?, risqua-t-il doucement.
-Je ne voulais pas vous revoir, chuchota l'homme en accrochant son regard. Je n'ai pas répondu à votre lettre...Et pourtant, je me sens tellement mieux quand vous êtes près de moi...Harry...
Alors, Rogue se leva, et fit deux pas, contournant la table basse pour venir s'asseoir dans le canapé, près du garçon. Ce dernier l'observait avec un mélange de curiosité et d'appréhension. Les rouages de son cerveau tournaient rapidement. Que devait-il faire si l'homme devenait trop entreprenant?
-Harry, nous ne nous reverrons peut-être jamais. Sans doute vaut-il mieux d'ailleurs que nous ne nous voyons plus. Mais vous devez savoir...
Severus leva doucement une main et écarta du bout du doigt une mèche de cheveux du garçon qui lui tombait dans les yeux.
-...que vous m'êtes très cher. Vous avez lu une partie de mon journal. Vous avez compris cela, n'est-ce pas?
Harry leva le menton en signe d'acquiescement. Les doigts de l'homme descendirent lentement, suivant délicatement le contour de sa pommette, le bord de sa lèvre, avant de retomber sur le velours du canapé.
-Je n'attends rien de vous, Harry. Je sais que vous ne pouvez donner plus que ce que vous avez déjà accompli, et je ne demande rien de plus. Simplement, j'aime vous voir. J'aime sentir votre présence à mes côtés... Je vous ...
A cet instant, quelqu'un frappa trois coups sonores contre la porte d'entrée. La bouche encore ouverte pour parler, Rogue fronça les sourcils. Harry ne broncha pas. Les aveux de Severus l'avaient tellement bouleversé qu'il n'aurait pu prononcer un seul mot ni faire le moindre mouvement.
-Je vais aller voir qui c'est..., murmura l'homme. Restez là, surtout!
Il se leva et gagna l'entrée. Harry devina qu'il regardait à travers le judas aménagé dans la porte. Il y eut à nouveau des coups fermes frappés contre le battant. Rogue revint dans le salon d'un pas pressé. Il paraissait embarrassé, indécis.
-Qui est-ce? Réussit à demander le garçon d'une petite voix.
-Une vieille connaissance, grimaça Severus...J'aurais préféré que vous ne soyez pas là...
-Voulez-vous que je m'en aille? Dit Harry en se levant précipitamment.
-Non. Montez plutôt là-haut, et attendez que j'aie congédié mon visiteur. Ca ne devrait guère durer.
D'un mouvement de sa baguette, Rogue fit apparaître la petite porte dissimulée au milieu des livres, puis, d'un autre sort, il débarrassa la table basse des verres et des bouteilles. Sans attendre, Harry se dirigea vivement vers l'escalier et monta la première marche en tirant la porte derrière lui. Mais il resta tout près, l'oreille aux aguets.
Il entendit que Rogue allait ouvrir la porte donnant sur la rue. Puis il y eut un bruit de voix, un début de conversation animée dont Harry ne distinguait pas distinctement les mots. Soudain, des cris violents fusèrent, suivis de pas précipités, de bruits d'explosion et de chocs brutaux. Deux personnes ne pouvaient produire à elles seules un tel remue-ménage. N'y tenant plus, Harry ouvrit la porte à la volée et se précipita au secours de Severus, sa baguette à la main.
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Et voilà…hum…j'attends impatiemment vos réactions, bien sûr !!
Il y a de fortes chances pour que le prochain chapitre arrive avec du retard. J'ai un emploi du temps surchargé en ce moment, alors je ne peux rien garantir…Désolée !
Mélanie : Bonjour ! Alors toi, tu penses que Rogue va partir, mais qu'il ne pourra pas évacuer Harry de son esprit…hum… Peut-être Rogue est-il un peu naïf, en effet… la réponse est dans ce chapitre, bien sûr, je n'en dis donc pas plus. En tout cas, merci pour cette belle review et ton soutien, ça me fait très plaisir. A bientôt !
Mélie : « Il ne comprend rien, notre Snapounet » ? Mais qui pourrait comprendre les plans tortueux de notre survivant adoré… ? Merci pour ton mot, et j'espère que cette histoire continuera à te plaire ! Bises !
Aulandra17 : Coucou ! Merci pour ton petit message ! Le prochain chapitre sera sûrement en retard !
Odrey : Hello ! Tu comprends la réaction de Sev ? Smith est vraiment odieuse à tes yeux…et aux siens également. Que va-t-il faire ? Réponse dans ce chapitre. Merci et à bientôt !
Alienigena : Bonjour ! Je suis bien contente d'être la récipiendaire (ça se dit, ça ?) de ta toute première review sur ce site. J'espère que c'est la première d'une longue série…Car je l'ai beaucoup appréciée, cette review, ne t'inquiète pas ! Les auteurs adorent les longues critiques, surtout aussi bien écrites et argumentées. Tu analyses magnifiquement la personnalité de Severus, bravo ! Tu pense qu'il ne peut plus vraiment tomber amoureux de qui que ce soit…Moi, j'espère pour lui que si, au contraire. Bien sûr, pas de Félicity Smith, mais bon…Comme tu l'écris si bien, son amour pour Harry a quelque chose de maladif, et on ne peut se réjouir de le voir basculer dans cette obsession. Nous verrons comment tout cela va évoluer. Tu fais partie de ceux qui apprécient de ne pas savoir où va cette relation entre nos deux héros, et que les choses restent ambiguës, pas vraiment un slash, etc…C'est vrai que quand je lis des fics, je décroche souvent au moment où les choses s'installent entre les personnages (surtout dans les slash…). Quand il n'y a plus de mystère, d'angoisse, quand tout est acquis, ça ne m'amuse plus. Je dois être bizarre, mais j'ai un faible pour les relations à sens unique…mon esprit tordu, sans doute. Voilà, merci encore pour ta review, et à un de ces jours, j'espère !!
N'oubliez pas le pourboire !
