Salut tout le monde ! Voici la suite, et à l'heure, en plus ! Que demande le peuple ? En revanche, je serai peut-être moins ponctuelle pour le prochain chapitre (l'avant dernier, hem, hem…), mais à force, vous allez finir par ne plus prendre au sérieux mes avertissements !

Un immense MERCI aux reviewers ! Vous ne représentez que 7 pour cent des lecteurs (ben oui, bizarre, hein ?) et je vous en suis d'autant plus reconnaissante. Sans vous, j'aurais cessé d'écrire depuis longtemps !!

Bonne lecture, et rendez-vous en bas de page !

CHAPITRE VINGT ET UN

Expédition punitive

Grand, blond, l'expression hautaine, Lucius Malefoy se tenait campé au milieu du salon à demi dévasté. Il n'était pas seul. Harry compta quatre personnages debout à ses côtés, encagoulés et vêtus de capes noires, brandissant chacun une baguette. Acculé dans un coin, dos aux livres, ses cheveux noirs en désordre cachant à demi son visage, Severus les défiait, pâle comme la mort.

-NON !! Cria-t-il en voyant Harry surgir de sa cachette.

Tous les regards avaient convergé vers l'adolescent qui s'était arrêté net après avoir avancé de trois pas précipités dans la pièce. Malefoy le considéra en levant un sourcil et dit simplement « Potter ?» d'un air à la fois surpris et réjoui.

-Que faites-vous là ? Attaqua aussitôt le Survivant d'un ton agressif.

-Je pourrais vous renvoyer cette question…, dit Lucius d'une voix doucereuse. Mais je ne me formaliserai pas de votre grossièreté. Sachez que nous sommes venus rendre une petite visite de courtoisie à ce cher Severus…

-Une visite de courtoisie? Qui sont ces gens ? Pourquoi portent-ils des cagoules?

-Harry ! Lança Rogue d'un ton d'avertissement.

-Laisse-le donc parler, Severus…Je vois que vous êtes encore plus proches l'un de l'autre que je ne l'avais pensé, Potter et toi. C'est très touchant !

-Va-t-en d'ici, Lucius ! Dit Severus entre ses dents. Pars, tant qu'il en est encore temps !

-Pourquoi m'en irais-je, alors que je viens à peine d'arriver ? Aurais-tu peur de moi?

-Toi et tes hommes de main n'avez rien à faire ici.

-Tu ne m'offres même pas quelque chose à boire ?

-Certainement pas.

Lucius partit d'un éclat de rire sardonique.

-Tu vis dans ce misérable taudis, et tu n'as même pas de quoi régaler tes anciens amis…Peux-tu me dire quel bénéfice tu as tiré de ta trahison ?

-De quelle trahison parles-tu ?

Malefoy fit un pas en avant.

-Tu le sais parfaitement. Jusqu'au bout, tu es resté au service du Seigneur des Ténèbres, tu as tout fait pour devenir son favori, alors que moi, j'étais depuis longtemps tombé en disgrâce. Et après sa défaite, tu as retourné ta veste et tu as fait croire à tout le monde que tu avais espionné pour Dumbledore et que tu étais toujours venu en aide à Potter. Tout ça bien sûr pour échapper à Azkaban ! Mais si certains se sont laissés berner par cette ruse maladroite, je ne suis pas aussi crédule, et je…

-De quoi te plains-tu ? Tu t'en sors très bien, toi aussi !

-Mon nom est sali à jamais. Toi, par contre, le bras droit du Seigneur des Ténèbres, tu passes pour un héros ! C'est un comble !

-Tu dis n'importe quoi !

-Je dis la vérité, et tu le sais très bien. Comment peux-tu prouver que tu travaillais contre le Maître ? Si Potter n'avait pas été là pour te sauver la mise, tu…

-Mon procès est terminé, Lucius ! Si tu n'es pas satisfait du verdict, c'est aux juges qu'il faut t'en prendre, pas à moi, ni à Potter !

-Les juges et le ministre se sont laissés manipuler honteusement !, tonna Lucius en serrant celui de ses poings gantés qui ne tenait pas de baguette. Quant à vous Potter, vous êtes d'une naïveté affligeante, pour avoir cru à l'innocence de cet homme. A moins que vous ne soyez plus averti qu'il n'y paraît, et que vous ayez fait en sorte que Rogue échappe au châtiment qu'il méritait pour des raisons qui vous sont… toutes personnelles…

Malefoy avait achevé sa phrase sur un ton plein d'insinuations, l'accompagnant d'un clin d'œil égrillard, et Harry eut envie de lui cracher à la figure.

-Je sais mieux que personne à quel point Rogue mérite la liberté! S'écria-t-il, furieux. Et je me demande pourquoi vous n'êtes pas vous-même derrière les barreaux, à Azkaban !

-Parce que le Magenmagot m'a acquitté, jeune homme, grinça Malefoy d'un ton méprisant, comme il l'a fait de manière insensée pour votre cher Severus…

-Vous avez dû les payer grassement, pour qu'ils vous laissent en liberté !

Malefoy eut un rictus malveillant.

-Si je vous comprends bien, Potter, vous sous-entendez que le Magenmagot serait un tribunal constitué de juges corrompus ? Très bien, je vais aller raconter cela à la presse, ils seront très intéressés de l'apprendre.

-Racontez ce qui vous chante, mais laissez Rogue tranquille, et fichez le camp immédiatement…

-Oh ho ho !! Severus, tu autorises ce gamin à me parler sur ce ton ? Dis-moi, c'est toi, le maître des lieux…de quel droit Potter se comporte-t-il ainsi ?

-Potter fait ce qu'il lui plaît, il n'a aucun compte à te rendre. Et il a entièrement raison. Tu ferais mieux de partir.

Lucius n'avait visiblement pas l'intention d'obéir. Il croisa les bras sur sa poitrine, souriant, et toisa Harry de ses yeux gris et froids.

-Avant tout, jeune homme, vous devriez m'écouter, au lieu de prendre la défense de ce traître. Au fond, votre présence ici est tout à fait opportune, c'est l'occasion rêvée d'avoir une petite explication avec vous. Je veux bien ne pas mettre en doute votre bonne foi, mais je suis convaincu que vous vous êtes fait abuser sur toute la ligne…Je ne sais par quel moyen malhonnête cet homme est parvenu à vous convaincre de son innocence, mais moi, je peux vous garantir que jusqu'au bout, il a servi le seigneur des Ténèbres. Il était son mangemort préféré alors qu'au même moment, on me piétinait, on me traînait dans la fange. Etonnant, d'ailleurs, que le Maître ait jugé bon de placer sa confiance dans un vulgaire sang-mêlé…

-Ce sang mêlé, comme vous dîtes si bien, n'a jamais cessé de servir en secret la cause de Dumbledore ! Si Voldemort lui a fait confiance, c'est parce que Rogue était intelligent et habile, et qu'il cachait bien son jeu. La meilleure preuve, c'est que vous-même, vous n'y avez vu que du feu !!

-Non, Potter, dit Lucius en avançant lentement vers le garçon, si bien que ce dernier recula d'un pas en renforçant sa prise sur sa baguette toujours levée. Je connais Rogue depuis bien plus longtemps que vous. Vous ne soupçonnez même pas à quel point il peut être fourbe. Cet homme a manœuvré dans l'ombre pour obtenir ma disgrâce. Pourquoi ? Par simple jalousie. Parce qu'il voulait la première place pour lui-même, à côté du Maître. Il n'avait qu'une idée en tête : prendre sa revanche sur le passé, l'impureté de son sang, sa situation minable, son évidente infériorité.

-Allons, Lucius ! Tu es en plein délire ! Je n'avais que faire de la première place…, dit Rogue d'une voix lasse.

-Ne m'interromps pas ! Coupa brutalement Malefoy avant de s'adresser à nouveau à Harry. Longtemps, pour garder son poste à Poudlard, cet homme a fait croire qu'il travaillait pour Dumbledore, mais quand le Maître est revenu, il a compris où était son intérêt. Le jour où il a tué le vieux fou à la place de mon fils, il a prouvé que son but ultime était d'être distingué par le Seigneur des ténèbres comme son plus fidèle serviteur.

-Pas du tout, intervint Harry, vous ne…

-Laissez-moi finir, bon sang, vous parlerez ensuite ! Pendant la bataille de Poudlard, il s'est terré au fond d'un trou, comme un couard, et il a resurgi après la mort du Maître, la bouche en cœur, faisant croire à ses anciens collègues qu'il avait toujours oeuvré du côté du bien…Il est temps qu'il paye pour ses méfaits, ne pensez-vous pas ?

-C'est vous qui êtes d'une naïveté affligeante ! Explosa Harry, exaspéré. Vous ne savez rien, vous n'avez rien compris. Vous portez des œillères qui ne vous montrent qu'une infime partie de la réalité. Elle est bien plus complexe que ce que vous semblez penser ! Et le pire, c'est que vous vous croyez habilité à rendre la justice en vous moquant des institutions et des lois sorcières…

-Je vous interdis de me parler sur ce ton, Potter, dit Lucius entre ses dents d'une voix basse et menaçante.

Les quatre hommes masqués se raidirent. On les sentait prêts à intervenir à tout moment.

- Ne vous mêlez pas de ça, Harry ! Lança Severus dans un souffle. Lucius m'en veut personnellement, il a ses raisons, toutes excellentes sans aucun doute, et cela ne vous regarde pas. Je suis assez grand pour me défendre sans votre aide.

-Je ne m'en mêlerais pas si Malefoy avait eu le courage de venir ici tout seul, protesta Harry d'une voix que l'indignation faisait trembler. Mais comme il a jugé utile de se faire accompagner de quatre individus qui n'ont même pas la politesse de montrer leurs visages, je compte bien vous aider à le mettre à la porte.

Une fois encore, Lucius partit de ce rire méprisant que Harry jugea horripilant. Sans plus réfléchir, le garçon balança à l'homme un sort de tarentallegra. Malefoy n'eut pas le réflexe de le contrer, et ses jambes se mirent à tressaillir tandis que son rire se prolongeait et devenait incontrôlable.

Ce fut comme un signal. Les sorts se mirent à fuser de tous côtés. Les quatre personnes masquées s'en prenaient à la fois à Harry et à Severus. Rapidement libéré du maléfice, Malefoy ne tarda guère à se joindre au combat. Sa fureur était palpable, et il se rapprochait petit à petit de Harry, ce qui n'était guère difficile dans l'espace resserré que constituait le petit salon.

Les livres volaient autour d'eux comme autant de projectiles à éviter. Par endroits, le plancher se perçait de cratères, le bois déchiré se soulevant et formant de redoutables pièges et chausse-trappes sous les pieds des combattants.

Severus se battait avec sa maîtrise et son efficacité habituelles, mais il guettait simultanément du coin de l'œil ce qui se passait entre Lucius et Harry. Cette distraction lui valut d'être soudain atteint par un sort venu de sa droite, qui le désarma. Sans baguette, il fut vite jeté à terre et enserré dans une corde magique, non loin de la porte donnant sur l'entrée. Malefoy ricana bruyamment et s'en prit de plus belle au Survivant.

Le corps en sueur, tendu à l'extrême par la concentration, Harry se défendait tant bien que mal contre ses cinq assaillants. Dos au mur pour assurer ses arrières, il essayait de glisser vers Severus. Etant dans l'impossibilité de jeter des sorts d'attaque, il devait se contenter de maintenir en place un sort de protection, mais son bouclier ne tiendrait pas éternellement, et un des hommes encagoulés faisait barrage entre lui et son ex-professeur qu'il cherchait à rejoindre.

Il savait qu'il ne résisterait plus très longtemps à la violence des sorts qui se heurtaient à son rempart magique. Qu'allaient-ils devenir, Rogue et lui ? Allaient-ils mourir misérablement l'un et l'autre, après avoir été insultés et torturés par ces soi-disant redresseurs de torts ? Malefoy aurait eu sa revanche. Allait-il ensuite faire disparaître leurs corps et reprendre tranquillement sa vie de patachon, ni vu ni connu ? Il avait largement de quoi acheter le silence de ses quatre hommes de main…

Le désespoir submergea Harry comme une vague. Il n'avait plus rien à perdre. Alors, il prit sa décision.

Sans crier gare, il se jeta soudain violemment dans les jambes de l'homme qui s'interposait entre lui et Severus. Surpris, le gaillard vacilla et tomba de tout son long sur le sol. A quatre pattes, les genoux douloureux, Harry s'était déjà vivement retourné pour réactiver son protego. Les dents serrées, il se propulsa en arrière jusqu'à se trouver tout prêt de Severus. Il fallait absolument qu'il le libère, mais il ne pouvait se permettre de baisser sa garde.

Tandis que de sa main droite, il maintenait actif son sort de protection, il glissa sa main gauche dans sa poche. La baguette de sureau. Elle était là, forcément. La donner à Severus. Il devait y parvenir coûte que coûte.

-Qu'avez vous, Potter ? Continuait à glousser Malefoy qui semblait trouver ce spectacle très divertissant. Vous vous précipitez sur Rogue, et maintenant, vous vous tortillez sur lui ? Est ce à l'AFDA qu'on vous enseigne ce genre de techniques de combat très originales ?

La main de Rogue. Il fallait qu'il y glisse la baguette, sans que les autres s'en aperçoivent. Harry avait réussi à se mettre à genoux sur ses talons, Rogue -toujours ligoté- allongé contre lui, sur sa gauche. Le bras droit du garçon vibrait sous l'effort qu'il faisait pour maintenir le bouclier actif, et il avait enfin réussi à extraire la baguette de sureau de sa poche gauche.

Il jeta un bref coup d'œil à Severus, cherchant à repérer la position de sa main. Hélas, elle était inaccessible, coincée sous lui par le lien magique. Quand bien même il parviendrait à en rapprocher la baguette, l'homme ne pourrait la saisir.

Le garçon n'avait pas d'autre choix que de tenter d'abord de le libérer. Etait-il possible de lancer deux sorts différents, une baguette dans chaque main ? Certainement pas. Mais il devait tenter l'expérience…

-Lashlabask ! Cria-t-il en abaissant la baguette de sureau vers Severus, tout en maintenant sa propre baguette orientée vers ses ennemis.

Aussitôt délivré de ses liens, Rogue saisit la baguette de sureau que Harry lui tendait.

Mais le bouclier avait cédé à l'instant où Harry avait utilisé l'autre baguette. Les sorts envoyés par ses cinq adversaires convergèrent alors sur lui. Il sentit comme un choc brutal à la tête, accompagné d'une horrible déchirure au niveau de l'estomac. La douleur l'assaillit comme une violente rafale, et il s'effondra sur Rogue, incapable de faire le moindre mouvement. Le noir se fit devant ses yeux, et un silence total l'enveloppa. Il eut encore le temps de sentir qu'un bras lui enserrait fermement la taille. Il lui sembla qu'on le traînait sur plusieurs mètres, mais il n'entendait plus rien et il souffrait trop pour comprendre ce qui lui arrivait.

Le visage bouleversé de Ginny lui apparut comme une image lumineuse et fugace.

Il sut qu'il allait mourir. Un instant plus tard, il perdait connaissance.

o0o0o0o0o0o

-Vous ne me faites pas confiance, miss Granger ?

-Bien sûr que si, professeur…mais je me demandais si…à Ste Mangouste…

-Ils ne sauront pas mieux que moi s'occuper de lui. Je vais rester à son chevet toute la nuit s'il le faut, et dès qu'il reprendra ses esprits, je vous préviendrai. Allez dormir. Je pense sérieusement que ses jours ne sont plus en danger. La fièvre est tombée, sa blessure est en bonne voie de guérison, et vous m'avez fourni toutes les potions nécessaires. Je les lui administrerai en temps voulu, n'ayez crainte.

-Bien…heu…si vous avez besoin d'aide, vous savez que vous pouvez compter sur nous.

-Je sais, miss Granger. Je n'hésiterai pas à faire appel à vous en cas de nécessité.

-Dans ce cas…heu…A tout à l'heure, professeur !

Harry réalisa qu'il avait repris connaissance quand il sentit quelque chose, une main sans doute, effleurer son visage. Auparavant, il avait certes entendu la conversation entre Hermione et Severus, il avait même reconnu leurs voix, mais le sens des mots qu'ils échangeaient lui avait échappé.

Il était vivant, donc. Allongé. Dans un lit. Hermione se trouvait là. Peut-être même était-il rentré chez lui, square Grimmauld… ?

Et Severus n'était pas mort, lui non plus.

Cependant, le garçon ne parvenait pas à ouvrir les yeux. Une immense lassitude habitait son corps, il sentait à peine ses membres. Il avait l'étrange impression de flotter dans une sorte de liquide amniotique, tiède et enveloppant. Il prit conscience qu'il respirait, malgré tout, et cette activité de son corps, totalement indépendante de sa volonté, le surprit et le ravit.

-Harry ! Tu m'entends, Harry ? Souffla une voix d'homme, tout près de son oreille, tandis que des doigts chauds exerçaient une pression sur sa main inerte.

Il savait qu'il s'agissait de Rogue, mais peut-être se trompait-il ? Rogue ne l'avait jamais tutoyé. Et Harry ne se sentait pas capable de lui répondre. Il tenta de bouger les paupières et d'entrouvrir les lèvres, mais même ces gestes minuscules lui demandaient un effort trop intense.

-Tu vas vivre, n'est-ce pas ? Continuait à chuchoter Rogue d'un ton pressant. Tu n'as pas le droit de me quitter. Tu as vaincu Voldemort. Tu es passé à travers tant d'épreuves…Tu ne peux pas renoncer maintenant. Je n'accepterai jamais que par ma faute, tu…

Rogue cessa brusquement de parler, comme s'il s'était étranglé. Harry eût tant aimé le rassurer. Mais il était impuissant. Son cerveau ne trouvait pas la bonne connexion. Trop faible, sa volonté ne parvenait pas à mettre son corps en mouvement.

Puis Harry sentit qu'on retirait le drap qui le couvrait. Des mains douces et expertes déboutonnèrent sa chemise et palpèrent son cou, sa gorge, sa cage thoracique, puis, plus prudemment et précautionneusement encore, son ventre. Il ne souffrait plus. S'il n'avait ressenti cette immense fatigue, il aurait même pu affirmer qu'il se sentait bien. Apaisé, détendu, à l'abri, comme dans un confortable cocon.

-Rogue ? Encore vous ? Que faites-vous là ? Dit soudain une voix aigre qui semblait venir de très loin.

Les mains quittèrent le corps de Harry. En l'absence de ce contact réconfortant, le garçon sentit le froid sur sa peau. Heureusement, le drap vint à nouveau le recouvrir.

-Vous voyez bien ce que je fais, Black, dit la voix contrariée de Rogue. Ce garçon a été grièvement blessé. Je le soigne.

-Blessé ? Mais comment ? Et pourquoi est-ce vous qui prenez soin de lui ?

-Si je me donne la peine de répondre à vos questions, c'est uniquement parce que vous êtes l'intermédiaire entre Dumbledore et nous…Sachez que nos anciens ennemis nous ont attaqués, Potter et moi. Nous avons réussi à leur échapper, mais avant cela, le garçon a été atteint d'un maléfice d'éviscération. Il a perdu beaucoup de sang, et il est très affaibli.

-Est-il prudent de le garder ici ? Pourquoi ne l'amenez-vous pas à Ste Mangouste ?

Harry entendit Rogue soupirer.

- Il a reçu tous les soins nécessaires, dit-il d'un ton ennuyé. Il ne va pas tarder à reprendre connaissance. Cessez de m'importuner avec vos questions déplacées, Black. Tenez, vous feriez mieux de retourner à Poudlard.

-Au contraire, je vais rester là et vous surveiller. Je n'ai guère confiance en vous. Vos intentions sont troubles, vous avez un comportement suspect. N'étiez vous pas en train de tripoter ce garçon, quand je suis arrivé ?

-Qu'est-ce que vous insinuez ? Dit Rogue d'une voix retenue, mais furieuse. J'étais en train d'examiner l'état de ses blessures !

-La belle excuse ! Quoiqu'il en soit, je trouve que vous dépassez légèrement les bornes, mon cher. Il y a longtemps que je vous soupçonne d'être un peu trop empressé auprès de ce garçon.

-Allez-vous en !

-Je resterai ici si je le juge nécessaire. Commençons par le début. Je ne sais si vous aviez enchanté votre journal intime, mais depuis qu'il a commencé à le lire, Potter n'est plus le même. Si vous aviez vu avec quelle passion il le dévorait, tous les soirs !

-Ah oui, vraiment ? Questionna Severus, apparemment aussi amusé qu'intéressé.

-Parfaitement. J'en étais vert de jalousie.

-Vous, jaloux ? Et pour quelle raison, je vous prie ?

-Potter ne s'est jamais intéressé à moi. Pour ma part, je ne me lasse pas de l'observer, mais lui, il semble à peine se rendre compte de ma présence.

-Mais vous n'êtes qu'un portrait ! Que pouvez-vous attendre de lui ?

-Laissez là ce ton condescendant, Rogue. Certes, je suis mort, je ne suis plus qu'un minable portrait, comme vous le dites avec tant de délicatesse. Autrement dit, je compte pour du beurre, et encore…Mais sachez que j'ai eu moi aussi une vie bien remplie, une vie faite de conquêtes, de succès et de plaisirs. Croyez-moi, j'en ai copieusement profité, ce qui ne semble pas être votre cas, permettez-moi de vous le dire.

-Ma vie privée ne vous regarde pas.

-En effet, et d'ailleurs, elle ne m'intéresse guère. Non, en fait, je n'attends rien d'autre de ce garçon qu'un peu d'attention. La seule fois où il a exprimé le désir de me parler, c'était pour me demander de vous inviter ici, dans ce portrait ! Vous imaginez combien j'ai apprécié ! Et il m'a à peine remercié pour les services que je lui ai rendus. Oh, il suffirait pourtant de bien peu de choses pour me contenter. Pourquoi pas un petit dépoussiérage à main nue de temps en temps ? Une simple caresse suffirait…oh, j'apprécierais aussi un mot aimable accompagné d'un sourire…Par ailleurs, je suis très vexé qu'il ait installé ce paravent derrière lequel il se cache…cela témoigne d'une réelle méfiance à mon égard, que je ne mérite certainement pas !

-Vous venez de prouver le contraire.

-Pas du tout. Il faut bien quelques divertissements pour agrémenter l'éternité picturale à laquelle je suis condamné ! Même Potter est capable de comprendre ça. Notez que j'ai également beaucoup de plaisir à le voir batifoler avec sa petite amie, elle est aussi charmante que lui, et quand ils sont ensemble…

-Taisez-vous ! Interrompit Rogue brutalement. Vous me dégoûtez !

-Qu'y a-t-il ? Vous n'aimez pas que je parle de la petite amie de Potter ? Que vous le vouliez ou non, ce garçon a le droit de tomber amoureux, et d'amener ses conquêtes dans sa chambre ! C'est de son âge !

-Allez-vous en !

-Oh, comme vous prenez la mouche, tout à coup ! Je ne risque pas de vous le voler, votre précieux malade.

-Ce n'est pas « mon » malade, je n'ai jamais prétendu qu'il m'appartenait.

-Bien, bien…tant mieux. Faites attention, peut-être qu'il entend ce que nous disons.

-Ca m'étonnerait ! Il est inconscient. De plus, nous ne disons rien de mal. Enfin, moi, en tout cas.

-Moi non plus. Et Potter me connaît bien, il sait que je dis toujours ce que je pense, contrairement à vous.

-Comment ça ? Vous prétendez que je suis un menteur ?

-Allons, Rogue, je suis certain que vous le reconnaissez volontiers vous-même, des années de dissimulation ne vous ont pas habitué à la sincérité !

-Eh bien pour une fois, je vais être sincère : vous me cassez les pieds. Et ce garçon a besoin de calme.

-Ah ha ha ! Vous voulez que je m'en aille, pour pouvoir faire ce que vous désirez…hein, avouez ! Croyez-vous que je vais vous laisser seul avec lui ?

-Si vous continuez, j'arrache votre portrait et je le jette dans la cheminée ! Je suis sûr que Harry me remercierait !

-Vous n'oseriez pas ! Je vous rappelle que cette maison est celle de mes ancêtres et que cette place est précisément celle de…

Peu à peu, l'attention de Harry faiblissait. Les voix s'éloignaient, se mêlant étrangement en une lointaine et sourde cacophonie. Il se sentait à nouveau perdre pied, mais cette fois, il glissait dans une inconscience bienfaisante et réparatrice, celle du sommeil.

o0o0o0o0o0o0o

-Professeur, il a ouvert les yeux ! Regardez !

-Doucement, Weasley !

- Harry ! Tu m'entends ?

-Pas si fort, bon sang ! Vous allez provoquer une rechute !

Harry sourit faiblement. Enfin, son corps semblait à nouveau répondre aux sollicitations de son cerveau. Il vit que Ron était penché au dessus de lui et le fixait avec une joie mêlée d'inquiétude.

-Salut, vieux ! dit le rouquin. Comment tu vas ?

-Ca va…murmura Harry en cherchant Rogue du regard. L'homme se tenait debout derrière son ami, légèrement en retrait.

-Je pars pour l'AFDA, reprit Ron avec un entrain légèrement forcé. Je suppose que tu ne pourras pas suivre les cours aujourd'hui. Je t'excuserai auprès de l'administrateur.

-Quelle heure est-il ? Souffla Harry d'une voix rauque.

-Huit heures. Hermione est déjà partie, dommage, elle ne saura pas que tu as repris connaissance. A ce soir, vieux ! Repose-toi bien !

-Salut, Ron !

Le jeune Weasley serra sa main dans la sienne puis s'éloigna, et Severus s'approcha à son tour du lit. Après une hésitation, il prit place sur la chaise qui se trouvait à son chevet.

-Comment vous sentez-vous, Harry ?

Apparemment, l'homme avait renoncé au tutoiement…

-Bien…bien…un peu fatigué.

-Est-ce que vous avez mal au ventre ?

Machinalement, Harry bougea une main sous le drap et la posa à l'emplacement de son estomac.

-Non.

-Parfait. Il va falloir que vous buviez et mangiez, nous verrons comment vous parvenez à assimiler les aliments. Le maléfice d'éviscération peut avoir de lourdes conséquences, mais je pense que nous avons évité le pire…

Harry mit un certain temps à enregistrer ce que lui disait Rogue. Il commençait à réaliser que Malefoy et ses sbires ne lui avaient pas fait de cadeau…

-Severus…

-Oui, Harry…?

-J'aimerais savoir…comment vous avez fait…Je veux dire…on était chez vous, il y avait Malefoy et les autres…

-Oh…ce n'est pas le moment ! Vous êtes encore trop fatigué. Je vous raconterai tout cela quand vous…

-S'il vous plaît… !

Rogue resta coi quelques instants. Puis il soupira et se pencha vers Harry.

-Eh bien…si vous y tenez. Je vais essayer de faire vite. Vous souvenez-vous de ce moment où vous résistiez à Malefoy et sa bande, tandis que moi, j'étais désarmé, étendu à terre et ficelé de la tête aux pieds ?

-Bien sûr…

-Vous avez réussi à venir jusqu'à moi et vous m'avez délivré de mes liens, pour me donner cette fameuse baguette, la baguette de sureau, que je n'ai pas tout de suite identifiée, d'ailleurs … Vous vous rappelez ? Bien. Ensuite, vous vous êtes effondré, atteint par plusieurs sorts, dont ce fameux maléfice qui vous a…pas mal secoué. Juste à temps, j'ai réussi à conjurer un bouclier grâce à cette baguette, qui s'est montrée d'une redoutable efficacité. Puis je vous ai tiré avec moi vers la sortie.

-Vous ne pouviez pas…transplaner ?

-Non, sinon, je me serais empressé de filer avec vous, vous pensez bien ! Pour pouvoir transplaner, il eût fallu que je lève les sorts de protection posés sur la maison, et malheureusement, je ne pouvais le faire tout en maintenant le bouclier en place. Par bonheur, grâce à la puissance de cette baguette, le bouclier était large et solide. Aucun des assaillants ne pouvait le franchir ni passer derrière moi.

Severus marqua une pause. Harry ne le quittait plus des yeux. Il avait beau ne pas porter ses lunettes, il distinguait les traits de son interlocuteur, tirés par la fatigue et tendus par l'excitation.

-Quand je me suis trouvé contre la porte, reprit Rogue d'une voix altérée, j'étais coincé. Je ne pouvais l'ouvrir tout en vous tenant d'une main et en brandissant de l'autre ma baguette. Les autres se sont approchés, mais comme le couloir d'entrée est très étroit, ils ne pouvaient se tenir à plus de deux de front. Alors, je me suis baissé le plus bas possible, très rapidement, et un des sorts envoyés par nos ennemis est passé au dessus du bouclier et a littéralement pulvérisé le bois de la porte. Malefoy a hurlé de rage, mais j'étais déjà dans la rue, et en vous tenant fermement, j'ai transplané directement sur le seuil de cette demeure.

Il y eut un silence. Harry ferma un instant les yeux, puis les rouvrit et dit à voix basse :

-Vous m'avez sauvé la vie…

-Vous aviez sauvé la mienne peu de temps auparavant…De plus, je me suis servi de cette…de votre baguette. Elle vous appartient, n'est ce pas…

Harry restait sur son idée.

-Je ne compte plus le nombre de fois où vous m'avez sauvé…, dit-il rêveusement.

-Les premières fois, je l'ai fait pour Dumbledore, pour tenir ma promesse, je l'avoue…Cette fois, je l'ai fait…eh bien, pour vous… et pour moi. Oui, c'était plus égoïste qu'autre chose. Je ne voulais pas vous perdre.

Le garçon tarda à répondre. Il songeait que depuis quelques temps, le Severus du journal et celui qu'il avait en face de lui ne faisaient plus qu'un.

-En venant chez vous, hier soir, murmura-t-il enfin, je n'aurais pas imaginé que nous allions devoir livrer bataille…

-Je n'avais pas reçu une seule visite depuis mon retour, et voilà que Malefoy et vous avez eu la même idée au même moment…

-Nos intentions n'étaient pas les mêmes, heureusement.

-Je ne sais si le fait de venir chez moi était vraiment une bonne idée de votre part, mais je m'en serais voulu, s'il vous était arrivé malheur alors que vous étiez sous mon toit !

-Pourquoi avez-vous ouvert à Malefoy, quand il a frappé ? Demanda le garçon en fronçant les sourcils.

-Ses acolytes étaient dissimulés par un sort de désillusion. Je le croyais seul…

-En tout cas, vous devez admettre que j'avais de bonnes raisons d'être paranoïaque.

-En effet. J'avoue que je n'aurais jamais cru Malefoy capable de tomber aussi bas.

-Qu'allez-vous faire…je veux dire… contre lui ?

-Il faut porter plainte, bien sûr. Vous et moi. Nous devons le faire, et vite.

Malgré lui, Harry soupira et referma les yeux.

-Je m'en chargerai, dit Severus précipitamment. Vous témoignerez quand vous aurez repris des forces.

La fatigue submergeait à nouveau le garçon. Il souleva vaguement le menton en signe d'assentiment. Son regard se voilait. Soudain, il sentit que Severus lui saisissait le poignet.

-Harry…attendez…avant de vous endormir…Il faut que vous preniez une potion fortifiante…

L'homme se leva nerveusement et versa dans un verre le contenu d'un flacon posé sur la table de nuit.

-Etes-vous capable de vous redresser ?

Harry se concentra sur cette idée, mais l'effort paraissait insurmontable.

-Non…je ne crois pas…, dit-il misérablement.

-Ne vous inquiétez pas…

Severus se pencha en avant et passa un bras sous les épaules du garçon. Il le souleva précautionneusement et porta le verre à ses lèvres, appuyant sa tête dodelinante contre son épaule.

-Allez-y. Buvez.

Le cœur au bord des lèvres, Harry se contraignit à avaler péniblement le contenu du verre. Quand il eut fini, Severus le déposa à nouveau avec douceur sur l'oreiller, puis repoussa de la main les cheveux mouillés de sueur qui tombaient dans les yeux du garçon.

-Je vais vous laisser dormir, murmura-t-il d'un ton empreint de tendresse.

Harry le regardait, mais il était obligé de lutter contre la soudaine lourdeur de ses paupières. Il savait qu'il avait quelque chose à demander à Severus. Une chose importante. Vitale. C'était en rapport avec la notion de bonheur.

Mais il n'avait plus la force.

-Merci…, chuchota-t-il simplement avant de céder une nouvelle fois à l'appel irrésistible du sommeil.

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« Mon cher Severus,

Je n'ai toujours reçu aucune réponse de ta part, et je commence à m'inquiéter sérieusement. J'espère qu'il ne t'est rien arrivé de fâcheux ! De mon côté, je n'ai pas perdu mon temps. Tous les spécialistes sont convoqués au Centre de recherches pour le mercredi 23, et j'ai déjà eu de nombreuses réponses favorables. Si je me suis ainsi dépêché de battre le rappel, c'est que je crains que tu sois pris de vitesse par d'autres chercheurs qui travaillent en ce moment même sur le rajeunissement et ne sont pas loin d'obtenir un résultat. Il serait trop dommage que tu perdes l'exclusivité de ta découverte ! Je ne saurais donc trop te supplier de t'organiser au plus vite afin de pouvoir venir me rejoindre à Paris dès lundi. Nous préparerons ainsi ta conférence et l'expertise. Il faudrait qu'à la fin de la semaine prochaine, tu sois internationalement reconnu comme l'inventeur de l'élixir de jouvence.

Réponds moi par retour du courrier ! Mon hibou s'appelle Gaspard, il est très fiable et résistant. Traverser la Manche ne lui fait pas peur ! N'oublie simplement pas de le nourrir.

Bien à toi

David Jacquot »

Severus posa le parchemin sur le bureau de Harry et soupira longuement. Perché sur le rebord de la fenêtre, le hibou Gaspard le fixait de ses grands yeux circulaires. L'homme lui dit en français de patienter et fit venir d'un accio un paquet de miamhibou qu'il ouvrit et posa devant le rapace. Puis il fit quelques pas et vint s'arrêter à côté du lit.

Le garçon dormait paisiblement. Le drap se soulevait au rythme de sa respiration. Severus le contempla plusieurs minutes sans bouger, avant de se pencher en avant et de poser la paume de sa main sur le front moite. Il resta ainsi encore un long moment. Puis il déplaça sa main, caressant légèrement la joue lisse et les sombres cheveux emmêlés. Il finit par se redresser, comme à regret.

Il revint vers le bureau, s'assit et sortit du premier tiroir un parchemin vierge et une plume.

Après avoir lâché un nouveau soupir, il murmura un sort pour encrer la plume. Inclinant la tête, il se concentra un instant, puis commença de son écriture nerveuse et serrée :

« Cher confrère… »

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Et voilà…Pas d'extrait du journal de Rogue cette fois, désolée de vous décevoir. Je me rattraperai dans le prochain chapitre. Cette histoire devrait en compter deux encore … sauf changement de dernière minute.

Surtout, n'oubliez pas de me faire part de vos impressions en mettant une review !

Mélie : Hello ! Alors toi, tu trouves que Harry n'est pas très clair dans sa tête ? Mouais, il faut dire qu'il n'est pas vraiment doué pour la gestion des affaires d'ordre sentimental, et vis à vis de Severus, il manque d'objectivité. Il veut trop son bonheur pour garder la tête froide… heureusement pour nous, héhéhé !! Merci et… à plus !

Odrey : Bonjour ! Ah, tu trouves que Harry avait l'air amoureux de Severus dans le dernier chapitre ? Ma foi, c'est vrai qu'il l'a laissé s'exprimer sans l'interrompre et qu'il n'est pas parti en courant quand Sev a commencé à avouer ses sentiments, mais il ne lui a pas non plus sauté au cou…Arf, pas facile, pour le survivant, de trouver le juste comportement vis à vis d'un homme dont il veut avant tout le bonheur…En tout cas, merci pour ta review !

Aulandra17 : Coucou ! Merci pour ton mot enthousiaste et encourageant. Voici la suite ! A bientôt !