Hello ! Dix mille mercis pour vos nombreuses reviews qui m'ont fait un immense plaisir ! Me voici de retour pour le 23ème …et dernier chapitre de cette fic…snif… (Molly essuie furtivement une grosse larme qui risque de venir tremper son clavier déjà bien éprouvé…) Vous l'avez compris, cette histoire, et surtout, votre présence chaleureuse (bien que virtuelle), vont me manquer cruellement. En plus, je devine que cette conclusion va en frustrer plus d'un…Qui sait, peut-être va-t-elle en réjouir quelques autres… ? Quoiqu'il en soit, elle est tout droit sortie de mon esprit irrémédiablement imprégné de morale judéo-chrétienne, et comme je l'ai déjà dit à moult reprises…on est comme on est (ou comme on naît...) !
Bonne lecture !
CHAPITRE VINGT TROIS
Et la vie continue…
Londres, 25 mai 2002
Cher Severus,
J'espère que vous allez bien. Votre dernière lettre remonte au mois de décembre, vous m'annonciez la naissance de votre fille, et depuis, plus de nouvelle... ! J'imagine que vous devez être très occupé ! De mon côté, je reconnais ne pas vous avoir beaucoup écrit non plus, j'ai été débordé de travail, mais mon année de stage se termine enfin. Dans deux jours, si tout va bien, j'aurai mon diplôme en poche ! C'est ce bon Harper qui va être content, lui qui prédisait à qui voulait l'entendre que je ne l'obtiendrais jamais…
Si je vous écris, ce n'est pas pour vous parler une énième fois de mes études, qui n'ont d'intérêt que pour moi-même (et encore! ), mais plutôt pour vous informer que Ginny et moi avons programmé un voyage de quinze jours en France au mois de juillet. Eh oui, il est temps que, suivant votre exemple, nous nous aventurions enfin hors de notre île pour partir explorer le vaste monde…Nous aimerions profiter de l'occasion pour vous revoir, si toutefois cette visite vous fait plaisir et si nous trouvons le moyen de nous rencontrer, soit chez vous, soit dans un lieu de votre choix.
Je serais extrêmement heureux de vous retrouver et de faire la connaissance de votre petite famille. Quant à Ginny, cette perspective la réjouit autant que moi.
Il est prévu que nous arrivions à Paris le 3 juillet. Les parents de Fleur Delacour nous accueilleront chez eux et tiennent beaucoup à nous faire visiter la capitale. Pour la suite, rien n'est encore fixé, et nous adapterons notre programme en fonction de vos propositions.
Cher Severus, j'attends impatiemment de vos nouvelles. J'espère que vous me répondrez favorablement ! Puisque vous avez souhaité ne pas revenir en Angleterre durant ces trois (bientôt quatre) dernières années, c'est à moi de traverser la Manche pour vous revoir ! Vous savez en effet combien je tiens à notre amitié…
Bien à vous
HP
o0o0o0o0o0o
Valjoly-29 mai-23h
Que faire ? Accepter de le revoir ?… Ou refuser, sous un prétexte quelconque?
Serai-je assez fort ? Les plaies sont-elles bien cicatrisées ? Est-ce que je ne risque pas de sombrer à nouveau ?
Pourquoi agréer à sa demande ? Cette rencontre est-elle vraiment indispensable ? Certes, le garçon semble sincèrement désireux de me voir…Mais dois-je pour autant mettre en péril l'équilibre de ma vie actuelle ?
En toute honnêteté, je pense être capable aujourd'hui de rencontrer à nouveau Harry Potter sans craindre de rechuter. Je ne suis plus le même. Je vis avec une femme qui m'aime, et que j'aime en retour, je crois pouvoir l'affirmer en toute sérénité, même si cet amour n'est pas de même nature que celui que j'éprouvai autrefois pour Lily, et plus récemment, pour Harry.
Et j'avoue que c'est une perspective des plus plaisantes. Mais… l'excitation que je ressens à cette idée n'est-elle pas suspecte en elle-même ? C'est bien toute la question…
Autant j'ai délaissé ce cahier depuis de longs mois, autant j'ai écrit régulièrement au garçon, enjolivant un peu les choses au début, puis de moins en moins, au fur et à mesure que ma vie prenait d'elle-même un tour beaucoup plus heureux…Ce lien entre nous ne s'est pas rompu, ni même distendu. Le garçon ne m'a pas lâché, m'écrivant toutes les huit semaines environ, et me suppliant à chaque fois de lui envoyer de mes nouvelles, ce que je faisais consciencieusement, mais de manière plus espacée que lui.
Peu de temps après notre séparation, j'étais encore trop ému en voyant arriver son hibou. Mes mains tremblaient en dépliant ses messages, et je devais attendre que s'apaisent les battements de mon cœur pour commencer à lire ses mots pleins de gentillesse et de drôlerie. Dans mes réponses, j'évitais soigneusement d'évoquer ma détresse, la solitude que je ressentais si cruellement, avivée par cet éloignement que j'avais volontairement provoqué. Après tout, je ne pouvais m'en prendre qu'à moi-même…
Mais petit à petit, grâce à la générosité et l'efficacité de David, mon succès professionnel s'est confirmé, et le brevet a commencé à m'apporter des gains non négligeables. Peu à peu, j'ai redressé la tête. Ma vie s'est transformée, au moins matériellement. C'est durant cette période que j'ai décidé de m'installer définitivement en France…
Puis Aurélie a fait son entrée dans mon univers. Certes, elle s'est glissée par la petite porte, car au début, je la remarquai à peine. A mes yeux, elle n'était que la jeune sœur de David, simplement intriguée par les recherches que nous menions, son frère et moi. Mais elle a si bien travaillé à me conquérir qu'elle y est finalement parvenue…Moi qui n'aurais jamais imaginé pouvoir plaire à quiconque ! Quelle ironie du sort…! Sa formidable détermination a eu raison de mes dernières défenses. Avec le courage et l'insolence d'un soldat partant pour le front, un soldat qui n'a plus rien à perdre, elle a réussi à pulvériser mes redoutables protections si laborieusement échafaudées dans le but de me tenir à l'écart de toute nouvelle déflagration sentimentale…
Le jour où j'ai annoncé à Harry la naissance de Mathilde, je crois pouvoir dire que j'étais profondément heureux. J'avais parcouru un tel chemin depuis que nous nous étions quittés ! Ce fut le dernier courrier que je lui envoyai. Non que je l'eus oublié, mais la vie avec un nouveau-né est si incroyablement prenante !
Et voilà qu'il me propose de venir nous rendre visite ici, avec sa petite amie…Y a-t-il encore une place pour lui dans ma vie ?
Allez, je le reconnais, j'ai une immense envie de le voir. Et c'est une envie toute naturelle. N'est-il pas normal de vouloir rencontrer celui qui m'a autrefois arraché à la mort ? N'est-ce pas simplement humain, de désirer savoir comment a évolué ce garçon ? A l'évidence, je n'ai plus rien à redouter de lui. Je les accueillerai l'un et l'autre avec joie sous ce toit. Et Aurélie en sera ravie, j'en suis certain. Je ne lui ai jamais révélé précisément ce qui s'était passé entre Harry et moi, mais elle sait l'importance qu'il a eue dans ma vie, et je suis persuadé qu'elle sera curieuse de faire sa connaissance
Plus ou moins consciemment, j'aurais voulu oublier le passé, tirer un trait sur mon ancienne vie, celle qui ne fut que soumission, mensonge, humiliation et solitude. Revoir Harry, n'est-ce pas au contraire une manière de raviver le souvenir de ce passé trop douloureux ?
Non, c'est plutôt accepter une bonne fois pour toutes ce que j'ai été, ce que je suis.
En fait, le garçon a souffert autant que moi, si ce n'est plus, mais en sacrifiant sa propre vie pour tuer Voldemort, il s' est lui-même affranchi de ce passé trop lourd. Par cet acte héroïque et libérateur, il a ouvert une voie nouvelle, et il m'a m'entraîné dans son sillage. N'est-ce pas lui qui m'a donné la possibilité de recommencer ma vie, et qui est à l'origine de tout ce qui fait maintenant mon bonheur ?
Non seulement je peux le revoir sans me mettre en danger, mais j'aspire de tout cœur à ces retrouvailles, et nul sentiment de culpabilité ne doit venir les ternir.
Ce sera une excellente manière de vérifier si mon bonheur actuel n'est pas factice mais au contraire solide, et de m'assurer que je suis définitivement guéri…
-Je savais que votre ami avait beaucoup d'importance pour Severus, et j'étais vraiment impatiente de faire sa connaissance.
-Votre mari vous a parlé de lui ?
-Un peu. Il recevait régulièrement des lettres de Harry, et j'ai fini par lui demander qui était ce mystérieux correspondant anglais…
-Et que vous a-t-il répondu ?
-Au début, rien. Il a même pris la mouche, m'accusant de me mêler de ce qui ne me regardait pas. Mais bien plus tard, un jour où il était d'humeur sereine, je suis revenue à la charge. Et là, il m'a raconté.
Ginny fixa son interlocutrice avec curiosité.
-Que vous a-t-il raconté ? Insista-t-elle.
-Eh bien…il m'a expliqué qui était Harry Potter, l'Elu, celui qui avait été désigné pour tuer le pire Mage noir de tous les temps…Et surtout, j'ai appris que le garçon l'avait sauvé de la mort en remontant le temps et en prenant pour cela des risques incroyables …
-Oh…il vous en a parlé !
-Bien sûr ! Nous ne nous cachons rien. Ainsi, Severus doit la vie à ce jeune homme, et moi, je lui dois mon bonheur actuel…
Ginny eut un petit rire gêné. Aurélie Rogue avait beau parler parfaitement l'anglais, elle avait tendance à user d'expressions un peu trop… emphatiques.
-De notre côté, nous devons tous beaucoup à Severus, répondit la jeune anglaise d'un ton redevenu sérieux. Le rôle d'espion qu'il a joué dans la guerre a été essentiel.
Aurélie sourit et ses joues rosirent de plaisir.
-Il est si modeste et discret sur ce plan là aussi ! S'écria-t-elle avec ferveur. J'ai eu beau essayer par tous les moyens de lui soutirer des informations, il ne les donnait qu'au compte-gouttes, et bien des points demeurent encore dans l'ombre.
-Harry est comme lui, il déteste se vanter de ses exploits. Je sais qu'il a vécu certaines choses terribles dont il ne m'a jamais parlé. Mais je respecte ses silences. Tout ce qui s'est passé à l'époque est encore très présent dans nos mémoires, et les blessures ne sont pas encore totalement refermées.
Tandis que Ginny parlait, Aurélie l'observait de ses yeux bleu-gris au regard attentif et intelligent. C'était une jeune femme de trente cinq ans environ, grande, mince, distinguée. Ses cheveux bruns étaient coupés courts, et sa mâchoire carrée lui donnait un air volontaire. Devant elle, assise dans sa poussette, la petite Mathilde, un adorable bébé d'environ six mois, gazouillait joyeusement.
Ginny leva les yeux. Harry et Rogue marchaient dans l'allée de graviers, à quelques mètres en avant des deux femmes. Ils semblaient discuter tranquillement, Ginny ne pouvait entendre ce qu'ils se disaient, mais à la simple vue de leur attitude, elle devinait leur complicité et le plaisir qu'ils avaient à se trouver ensemble.
Le parc de la propriété était vaste, ombragé et verdoyant. Les deux jeunes anglais étaient arrivés chez les Rogue vers quatorze heures. Durant les premières minutes, ils s'étaient sentis affreusement intimidés, et Severus ne semblait guère plus à l'aise, mais Aurélie Rogue avait rapidement détendu l'atmosphère en leur proposant un café et en leur mettant d'office ce bébé jovial dans les bras. Il n'y avait pas eu longtemps à attendre avant que Severus lui même esquissât un sourire, et Ginny avait été étrangement émue de voir cet homme ténébreux, qu'elle connaissait si austère et rébarbatif, couvrir de baisers les joues rebondies de sa fille.
-Vous allez bien passer la nuit ici, n'est-ce pas, Ginny ? Vous pouvez constater vous-même que nous ne manquons pas de place pour vous héberger !
-Heu…je ne sais pas…je ne voudrais pas vous déranger…et votre mari ne sera…
-Severus ne demande que cela, je peux vous l'assurer ! En revanche, il n'osera peut-être pas vous le proposer.
-Ce n'est pas ce qui était prévu, il faut que j'en parle à Harry.
-Je vais lui en parler moi-même, lança la française en accélérant l'allure, ce qui fit crier de joie la petite Mathilde. Ne vous inquiétez pas, je me charge de le convaincre. Sev ! Harry ! Attendez deux minutes !
Les deux hommes s'arrêtèrent et se tournèrent vers elles, l'air interrogateur.
-Vous semblez être né pour vous occuper d'un bébé ! Dit Harry en souriant, tandis que Severus se penchait une dernière fois au dessus du berceau pour remettre en place la couverture de sa fille.
-J'avoue que je me suis découvert une seconde nature le jour de la naissance de cette enfant…, murmura l'homme en mettant en route d'un mouvement de baguette la boîte à musique accrochée au montant du lit.
Le mécanisme commença à égrener les notes cristallines de la berceuse de Brahms.
-Je vais ouvrir la fenêtre, dit Severus en fronçant les sourcils. Il fait une chaleur étouffante dans cette chambre. Connaissez-vous un sort anti-moustique, monsieur l'auror diplômé?
-Non, mais je serais curieux de l'apprendre ! Répondit Harry, tout heureux d'entendre à nouveau le ton du sarcasme colorer les propos de Severus.
-Il semblerait qu'il y ait quelques lacunes dans votre formation, n'en déplaise à vos professeurs… Repulsomosquito !…
-Pratique ! S'exclama Harry, amusé. Je tâcherai de m'en souvenir quand nous ferons du camping. Vous êtes satisfait de cette baguette, finalement… ?
Soudain pensif, Severus caressa la légendaire baguette de Sureau.
-Elle ne m'a jamais fait défaut. Bizarrement, elle me convient même mieux que l'ancienne. Mais heureusement, personne ne sait qu'elle est en ma possession…
-Ce n'est pas moi qui irai le hurler sur les toits…, assura Harry avant de se tourner à nouveau vers le bébé dont les grands yeux vifs et la bouche rieuse le fascinaient.
-Areu…, dit Mathilde en lui adressant un sourire resplendissant.
-Vous voyez ! Elle parle déjà ! S'extasia son père.
-Heu…Vous manquez d'objectivité, permettez-moi de vous le dire…, fit remarquer le garçon avec un sourire en coin.
-Vous êtes incapable de déceler un don précoce, Potter.
-C'est parce que je ne comprends pas le français, vous savez bien ! Mais… heu… dites, elle a l'air bien réveillée, là ! Elle agite les mains, elle nous fait des sourires…Elle s'endort rapidement, en général ?
-C'est très variable. Ce soir, votre visite l'a excitée, et on peut s'attendre à ce qu'elle mette un peu de temps à trouver le sommeil. Venez, éloignons-nous du berceau, notre présence la maintient éveillée.
Harry suivit Severus jusqu'à la porte-fenêtre.
-Voulez-vous sortir sur le balcon ? Proposa l'homme. Il ne fait pas froid, et nous entendrons la petite si elle se met à pleurer. Nous ne sommes pas pressés de descendre, ces dames seront ravies de se raconter tranquillement leurs histoires au salon, en tête à tête. Et nous avons toujours l'excuse de nous occuper du bébé.
Le balcon était large et spacieux. Les deux hommes sortirent et s'appuyèrent à la balustrade. Harry huma avec délice l'odeur d'herbe coupée. La nuit était belle, fraîche et claire. Dans le ciel déjà sombre, les étoiles s'allumaient une à une.
-Vous vivez au paradis…, murmura-t-il doucement.
-Je reconnais que nous sommes plutôt bien logés. Cette demeure n'a plus grand chose à voir avec la maison de mes parents, Spinner's End…
-Non, en effet. Vous ne devez pas avoir beaucoup de regrets pour votre ancienne vie.
Sans répondre, Severus conjura deux fauteuils de jardin, et fit signe à Harry de s'asseoir, avant de prendre place à ses côtés.
-Il est vrai que je possède aujourd'hui tout ce que j'aurais pu désirer avoir autrefois, dit-il finalement dans une longue expiration. Un laboratoire magnifiquement installé…Une maison confortable et accueillante…Un grand jardin qui me permet de cultiver toutes les espèces de plantes nécessaires à mes recherches…Une épouse aimante…une fille adorable…des collègues respectueux et stimulants…Et pourtant…
-Et pourtant ? Répéta prudemment Harry.
-Je vais vous dire ce qui me manque ici, dit soudain Severus d'un ton abrupt. D'ailleurs, c'est étrange, je n'en étais pas conscient avant de vous revoir et de vous parler, cet après midi et ce soir. Je m'aperçois à quel point le fait d'être loin de tout ce qui a fait ma vie antérieure me coupe de mes racines et de mon être véritable. J'ai soudain l'impression d'évoluer comme un acteur dans un décor de théâtre. Ma vraie vie n'est pas ici.
Harry sentit une inquiétude sourde le gagner. Avait-il bien fait d'insister pour venir rendre visite à Severus ?
-Votre épouse, votre fille…elles ne font pas partie de votre vraie vie ? Glissa-t-il à mi-voix.
-Si, bien sûr. Mais…Tenez, vous savez ce qui me ferait un plaisir immense ?
-Non…
-Discuter avec le portrait de Dumbledore. Souvent, je pense à lui. A propos, l'avez-vous revu ?
-Oh oui, à plusieurs reprises. Phineas Nigellus l'invite de temps en temps dans sa toile square Grimmaurd, sur ma demande évidemment.
-Si je comprends bien, vous ne vous êtes pas encore débarrassé de ce stupide portrait ?
-Non, mais si lui n'a pas bougé de sa place, j'ai moi-même changé de chambre depuis que Ginny et moi vivons ensemble… Il ne peut rien me reprocher !
Severus ricana doucement.
-Je vois… Le bonhomme est privé de son spectacle préféré…J'imagine qu'il doit être furieux !
-Ouais, on peut dire qu'il n'est pas vraiment ravi, mais ce n'est pas comme s'il avait le choix…
A cet instant, ils entendirent les pleurs de la petite Mathilde qui enflaient comme le vrombissement d'un moteur au démarrage.
-Ah…zut…, grommela son père. Je me doutais qu'elle ne se calmerait pas aussi facilement. Je vais attendre un peu, elle va peut-être finir par s'endormir.
-Faites venir le marchand de sable !
-Qu'est-ce que c'est que ça, Potter ?
-Un truc moldu. Ne cherchez pas.
-Vous êtes toujours aussi farfelu. On a beau essayer de vous éduquer, c'est peine perdue.
-Allons, ne vous désolez pas, vous n'y êtes pour rien, ricana Harry. Plus sérieusement, il n'existe aucun sort pour endormir les bébés ?
-Non, hélas, pas encore. La recherche est en panne de ce côté là. Je soupçonne bien des sorciers de faire taire leur progéniture à coup de silencio…Mais je pense de mon côté mettre au point une potion qui ne soit pas un somnifère et qu'on puisse intégrer sans risque au biberon du soir.
-Dans ce cas, dépêchez-vous, nous en aurons sûrement besoin prochainement.
-Vous pensez avoir bientôt un enfant ?
-Oui, dès que Ginny aura achevé sa formation de juriste.
-Un nouveau petit Potter…comme si un seul ne suffisait pas…
-Ron et Hermione ont déjà mis en route leur premier bébé, lança Harry d'un ton guilleret.
-Je vous déconseille vivement de chercher à concurrencer les Weasley ! Sur ce plan là, vous êtes battus d'avance. Et il me semble que vous êtes encore bien jeunes, tous les deux, pour penser à fonder une famille…
-Jeunes, mais impatients. Et votre exemple ne risque pas de nous en dissuader.
-Pourtant, ce que vous entendez ce soir risque fort de vous décourager… !
Les cris du bébé montaient par vagues, si déchirants qu'ils alourdissaient péniblement l'atmosphère. Severus se leva. Harry ne bougea pas, mais il entendit les pleurs cesser brusquement, et un instant plus tard, Severus revenait sur le balcon, la petite serrée dans ses bras.
-Elle ne risque pas de prendre froid ?
-Vous pensez sérieusement pouvoir me donner des leçons en matière d'éducation, Potter ?
-Heu…non, bien sûr, mais…
-Sachez que je lui ai jeté un sort de réchauffement.
-Ah…bien. Mais…Est-ce que vous ne l'habituez pas mal, en la prenant dans vos bras ? Ne faudrait-il pas la laisser pleurer ?
-Et vous insistez, en plus ! D'où détenez vous votre science ? C'est à l'AFDA qu'on vous apprend à pouponner ?
-Pas vraiment…Mais…
-En fait, vous avez raison, reconnut soudain Severus dans un soupir. Je devrais la laisser pleurer, mais j'avoue que c'est au dessus de mes forces. Les pleurs des bébés sont spécialement conçus pour être insupportables, surtout aux oreilles de leurs parents. Et avouez qu'une pierre se laisserait attendrir par des cris pareils…
Touché autant qu'amusé, Harry se mit à rire.
-Vous êtes un vrai papa-poule !
-C'est exactement ce que me dit Aurélie. Je serai peut-être moins attentionné avec le deuxième.
-Si je comprends bien, vous n'allez pas vous arrêter en si bon chemin…
-Non. J'aurais moi-même été beaucoup plus heureux si j'avais eu des frères et sœurs. Et Aurélie tient à avoir plusieurs enfants.
Il y eut un silence qui se prolongea jusqu'à ce que Severus se mît à fredonner doucement, tout en berçant l'enfant. Il avait une voix grave et vibrante. Quand il se tut, Harry murmura :
-Je n'aurais jamais imaginé vous entendre chanter un jour…
-Pensiez-vous honnêtement tout connaître de moi, Potter ?
-Je vous découvre…C'était une chanson française ?
-En effet.
-Comment avez vous appris cette langue ?
Severus déposa un baiser sur le front de la petite avant de répondre.
-Quand j'étais jeune, j'étais curieux de tout. Je trouvais que l'enseignement à Poudlard était largement incomplet. En plus de l'étude du latin, que je jugeai indispensable, ne fût-ce que pour comprendre les formules magiques que nous répétions comme des machines, je m'attaquai à celle du français, qui me semblait être par excellence la langue de la culture et de l'intelligence.
-Vous l'avez apprise tout seul ?
-Tout le monde ne partage pas votre tendance à la nonchalance et à la paresse, Harry. J'ai appris le français tout seul, oui. Au début, grâce à des livres que je commandais. J'ai suivi ensuite des cours par correspondance. Autant vous dire que j'en avais une connaissance plutôt livresque et que la langue parlée me donne bien du fil à retordre, aujourd'hui encore. J'ai un affreux accent anglais, mais mon épouse jure que ça ne fait que rajouter à… hum… mon charme irrésistible …
Ils rirent de concert, d'un rire léger et presque silencieux, puis Severus se leva précautionneusement et retourna dans la pièce. L'enfant s'était endormie dans ses bras. Une minute plus tard, l'homme revenait s'asseoir près de Harry.
-Espérons qu'elle ne va pas se réveiller. Elle a la fâcheuse habitude de préférer les bras de ses parents à la solitude froide de son berceau.
-Mon filleul Teddy était pareil, quand il était bébé. Sauf que forcément, ce n'étaient pas les bras de ses parents qu'il réclamait, mais ceux de sa grand mère ou de son parrain…
-Comment se porte-t-il, ce garçon ?
-Très bien. Je lui rends régulièrement visite, nous allons nous promener ensemble et il vient assister aux matchs de quidditch.
-Bref, vous avez un nouvel admirateur. Un de plus…hum…Dites moi, Harry, comment s'est terminé votre stage avec l'espèce de monstre brutal que vous me décriviez dans vos lettres?
-Pas trop mal. Au bout d'un moment, j'ai renoncé à m'opposer à lui, en admettant que ce type auquel j'étais associé était un auror compétent, à défaut d'être sympathique. Finalement, j'ai appris beaucoup de choses en le secondant.
-Comme quoi par exemple ?
-Oh, des trucs qui paraissent évidents quand on les dit, mais qui le sont beaucoup moins quand on les vit en direct. Ne pas se fier aux apparences quand on est à la recherche d'un délinquant…respecter les consignes de prudence, même lorsque tout semble acquis…Ne pas hésiter à traiter avec fermeté ou à impressionner celui dont on veut obtenir des renseignements, sans jamais céder à l'envie de recourir à la torture, bien entendu !
-Et à quel type de délinquant avez-vous eu affaire, durant ce stage ?
-Oh… tous les genres sont dans la nature. Mais c'est incroyable, de voir à quel point la Magie Noire continue à fasciner le monde sorcier. Tous les jours, un nouvel apprenti mage noir sort de l'ombre et se met à faire des siennes. Heureusement, rares sont ceux qui ont l'envergure d'un Voldemort…
-Je persiste à penser que vous avez opté pour la plus dangereuse des carrières. Votre amie ne vous en veut pas de ce choix ?
-Non. Elle est heureuse de voir que mon boulot m'intéresse.
-Elle le sera beaucoup moins le jour où on l'appellera de Ste Mangouste pour lui demander de venir vous récupérer en plusieurs morceaux.
Harry ne répondit pas. Severus agita sa baguette et un guéridon portant deux verres et une bouteille de vin rouge entamée apparut devant eux.
-Autant finir cette bonne bouteille, qu'en pensez-vous ? Dit Severus en remplissant les verres.
-Oh…j'avais déjà beaucoup bu ! Protesta Harry.
-Allez, un peu de vin français ne vous fera pas de mal.
Ils burent en silence. La tête appuyée contre le dossier de son fauteuil, Harry contemplait le ciel. Des chauve-souris passaient furtivement dans l'ombre, si rapidement qu'on se demandait si ce n'était pas une simple illusion. Le jeune homme se sentait bien.
-Je suis heureux que vous soyez venu…, dit soudain Severus à voix basse.
-Je suis heureux d'être là, avec vous…répondit Harry sur le même ton.
-J'ai hésité avant de répondre favorablement à votre lettre.
-Oh…Pourquoi ?
- J'avais peur.
-Peur ?
-Oui. Peur de vous, peur de moi. Peur de vous revoir. Peur de ma propre réaction.
Harry avala sa salive, et attendit quelques instants avant de répondre.
-Et…vous êtes rassuré ? Dit-il d'un ton hésitant.
-Oui…enfin, je ne sais pas. Je mesure à présent combien vous m'avez manqué, Harry. J'ai voulu vous oublier, vous et tout mon passé. J'avais tort.
Harry sentait le regard de l'homme posé sur lui. Il tourna les yeux vers lui et sourit dans l'obscurité.
-Au contraire, vous avez bien fait !, dit-il d'un ton ferme. Il fallait tourner le dos au passé, au moins pendant un temps. C'est ce qui vous a permis de bâtir une nouvelle vie.
-C'était sans doute une phase nécessaire, soupira Severus. Il y a trois ans, nous étions, vous comme moi, victimes du contrecoup de cette horrible guerre. Bien que vaincu et disparu, Voldemort nous poursuivait de sa haine et de sa malédiction. Mentalement et physiquement, je n'étais plus qu'une loque. Vous m'avez courageusement arraché à la mort, mais je crois que je n'étais pas prêt à vivre.
-Il est vrai que je ne vous ai pas demandé votre avis, vous avez été contraint de revivre, bon gré, mal gré.
-Vous avez agi sur un coup de tête, comme à votre habitude. Vous étiez persuadé de bien faire. Mais vous ne saviez pas à quoi vous vous exposiez. Pourtant…vous aviez lu mon journal intime…
-C'est ce journal qui m'a fait apparaître la mission de vous sauver comme une nécessité absolue. Je voulais à tout prix effacer le mal que j'avais fait en vous traitant de lâche…
Severus soupira à nouveau et vida son verre. Harry reprit :
-Pensez-vous revenir prochainement en Angleterre ? Je veux dire, pas pour y vivre, bien sûr, mais pour une simple visite.
-Je ne sais pas, Harry. Sans doute reviendrai-je un de ces jours.
-Vous me tiendrez au courant ?
-Pensez vous que cela soit souhaitable ?
Harry hésita un court instant.
-Bien sûr, dit-il doucement.
-Si vous le désirez, je viendrai vous voir. Je vous ai dit un jour que votre présence à mes côtés me rendait heureux. Eh bien, cela n'a pas chan…
-Ah ! Vous êtes là, tous les deux ? Et moi qui me demandais où était passée la bouteille !
Les deux hommes sursautèrent. Aurélie avait passé la tête par la porte-fenêtre et venait de les apercevoir sur le balcon. Harry se retourna dans son fauteuil et à travers la vitre ouverte, il jeta un coup d'œil dans la chambre. Ginny était penchée au dessus du berceau et souriait avec attendrissement au bébé endormi.
Valjoly-7 Juillet 2002-24h :
Ils sont partis ce matin, laissant un grand vide derrière eux. Aurélie m'a entouré de son affection toute la journée, et même Mathilde s'est montrée particulièrement gourmande d'attentions, comme pour détourner mes pensées du jeune couple qui nous a quittés. A croire qu'elles sentent l'une et l'autre que je ne suis pas au mieux de ma forme depuis le départ de mes anciens élèves…
Aurais-je dû refuser de le revoir ? A l'évidence, je ne suis pas totalement guéri, puisque sa présence provoque encore en moi une tempête d'émotions et de désirs contradictoires.
En quatre ans, il n'a pas beaucoup changé physiquement. Il a beau être maintenant un jeune homme de vingt deux ans, élancé et vigoureux, son visage reste juvénile et surtout, ses yeux sont du même vert, incroyablement lumineux, mis en valeur par les cils et les sourcils noirs… J'ai dû me retenir de trop le regarder, je ne voulais à aucun prix céder à cette tentation coupable qui m'a taraudé toute la durée de son (court) séjour ici.
Me suis-je trompé ? Dois-je éviter à tout prix de le rencontrer désormais ?
Non, certainement pas. En sa présence, je sais que je ressentirai toujours cette agréable et stimulante excitation, cette tension qui me rend à la fois plus réceptif et plus…vivant. Il n'y a pas lieu de s'inquiéter, je ne risque plus de me jeter sur lui ou de me mettre à dépérir en son absence. Certes, sa présence ne m'apaise pas comme le fait celle d'Aurélie, bien au contraire. Mais elle est délicieuse, et je serais trop bête de m'en priver, surtout qu'il a semblé apprécier ces retrouvailles autant que moi, et qu'il a paru désireux d'organiser de nouvelles rencontres.
La petite Weasley est charmante. Je comprends qu'il soit épris d'elle, elle a une sorte de grâce mutine et espiègle qui la rend extrêmement séduisante. A eux deux, ils forment un couple parfaitement assorti. Objectivement, on ne peut que se réjouir de les voir ensemble. Le problème, c'est que je suis tout sauf objectif, et lorsque je les ai surpris par mégarde, ce matin, en train de s'embrasser voluptueusement dans un coin de la bibliothèque, j'ai eu un douloureux pincement au cœur. En un instant, j'ai revécu ce baiser que j'avais volé à Harry alors qu'il était convalescent, square Grimmaurd. Je me suis souvenu avec une incroyable précision de ses lèvres douces contre les miennes, de sa chevelure épaisse dans ma main, de son dos souple et cambré sous ma paume…
Aurélie m'a posé beaucoup de questions sur eux, et plus particulièrement sur lui. Elle les a trouvés adorables l'un et l'autre, et elle a très envie de les revoir, elle aussi. Je pense qu'elle se doute de quelque chose. A l'époque où nous nous sommes connus, elle et moi, elle a bien compris que j'étais encore sous l'emprise d'un amour malheureux, et qu'elle devrait attendre que je sois à peu près guéri pour espérer se frayer un passage jusqu'à mon cœur. Je lui suis infiniment reconnaissant de sa patience, et du respect qu'elle a eu pour mes secrets, pour mes blessures intimes. Mais je suis persuadé qu'à présent, elle a tout compris. Surtout en voyant Harry. Elle est fine et perspicace, un peu comme l'était Granger, qui m'avait certainement percé à jour, elle aussi.
Je n'ai pas voulu en parler au garçon, mais il est prévu que j'aille en Angleterre au mois de Novembre pour un congrès de la Société des Magiciens de York (1). A cette occasion, je ferai un saut à Poudlard rendre visite à Minerva, échanger quelques mots avec Albus dans son portrait, et rencontrer ce cher Filius avec qui j'entretiens depuis quelques temps une correspondance savante extrêmement stimulante.
Et bien sûr, je passerai à Londres voir Harry Potter…
FIN
Mise à jour du 13 juin 2016 : Si vous avez aimé cette fanfiction et souhaitez lire d'autres œuvres de ma plume, je vous invite à me contacter par MP. En effet, j'ai déjà publié trois romans-ados à compte d'éditeur et je serais ravie de vous les faire connaître ! Merci !
(1) petit clin d'œil révérencieux au superbe roman :« Jonathan Stange and Mr Norell », de Susanna Clarke, pour ceux qui connaissent…
Alors, à votre avis, Severus est-il dans le refoulé ou dans le sublimé ? Voilà une question, qu'elle est intéressante… ! Quoiqu'il en soit, n'oubliez pas de me mettre une dernière review, siouplaît, pour me dire ce que vous en avez pensé (Severus en papa-gâteux, ça peut paraître incongru, non ?) , et je vous répondrai avec grand plaisir.
Je ne vous dis pas à la semaine prochaine (bouhouhouh… ! ), mais qui sait, peut-être à une autre fois sur ce site, si vous me donnez plein d'idées de nouvelles fics, parce que là, je crains d'être à sec (quoique…il y a bien une vague idée d'intrigue qui germe dans mon esprit tordu, héhéhé…) !
Merci à tous pour votre soutien dans cette aventure !
Axelle : Tu vois, j'ai piqué le titre de ce nouveau chapitre à ta review (en fait, non, je l'avais trouvé avant)…En tout cas, tu n'es pas loin d'avoir tout deviné, héhéhé (c'était pas trop difficile) ! A bientôt !
Aulandra17 : Hello ! Eh oui, Rogue part pour la France. Une page se tourne pour lui. Espérons qu'il y trouvera au moins une véritable reconnaissance professionnelle…Merci à toi pour ton soutien !
Odrey : Bonjour ! Alors toi, tu es contente que Rogue s'éloigne de Harry. Tu n'es pas très représentative de la majorité des lecteurs, mais tant mieux, toutes les opinions sont ainsi représentées ! A bientôt !
