Auteur : Meri

Traducteur : EmilieK

Bêta-reader : Yumiko

Rating : R (M)

Genre : Romance, Drama

Nombre de chapitres : 1 (très long OS)

Disclaimer : Cette fanfiction est une traduction de The Same Coin de Meri. Les personnages de cette histoire sont la propriété exclusive de l'auteur J.K. Rowling, et nous n'en tirons aucun bénéfice.

Résumé : Harry Potter retourne enseigner à Poudlard après avoir été blessé en étant Auror.

Disclaimer de l'auteur : Je sais que j'utilise les personnages et l'univers de JK Rowling sans sa permission, mais je le fais par amour de ceux-ci. Je ne retire aucun bénéfice de mes écrits.

Notes de l'auteur : Merci beaucoup à Jody, Tira Nog et Smara pour leur travail de bêta, et à Marcelle pour ses merveilleuses corrections. Les erreurs qui pourraient rester sont les miennes. « Harry Potter. Our new…celebrity » (« Harry Potter. Notre nouvelle…célébrité. ») est une citation extraite de Harry Potter à l'école des Sorciers, et est, comme le reste, empruntée sans permission.

Notes de la traductrice : Un grand merci à Meri de m'avoir si gentiment accordé la permission de traduire sa génialissime fic, et à Yumiko qui a accepté de devenir mon elfe de correction le temps de cette fic.

Pour des raisons pratiques, j'ai préféré couper cette fiction en 5 parties d'une vingtaine de pages. J'ai traduit une partie des noms des personnages par leur version française, mais certains sont beaucoup mieux en anglais. Je garde Severus Snape à la place de Rogue (si j'en trouve d'autre dans les prochaines parties, je vous préviendrai).

THE SAME COIN

(2/5)

by Meri

Peu importe qu'il déteste Snape personnellement, Harry était bien obligé d'admettre que la potion était géniale. Au bout de seulement quelques jours, il se sentait mieux qu'il ne l'avait jamais été depuis sa blessure. Pas parfait, pas même bien, mais tellement mieux qu'avant. Il gardait l'espoir de pouvoir finir le mois sans nouvelle dégradation physique.

Au bout d'une semaine, il avait utilisé presque toute la potion. Au petit-déjeuner, Snape lui demanda de le retrouver dans son bureau à la fin des cours. Quand Harry arriva, le professeur de potions sortit deux pots de son tiroir, et les posa sur sa table.

"Celui-ci contient mon premier essai de potion personnalisée," dit-il, pointant un long doigt vers le premier pot. "Et celui-là le relaxant musculaire traditionnel. Ne les mélangez pas, et ne les combinez pas. Vous devez utiliser soit l'un, soit l'autre."

"Lequel est-ce que je devrais choisir?" demanda Harry, enthousiaste à l'idée d'avoir quelque chose de plus puissant que ce qu'il employait déjà.

"C'est votre choix. Cependant, si vous choisissez la potion expérimentale, je ne peux pas vous garantir qu'elle marchera. Et si elle n'a pas d'effets, vous ne pourrez pas non plus utiliser l'autre juste après." Les paroles de Snape ressemblaient à une mise en garde.

Harry y réfléchit pendant un moment, pesant les avantages d'une potion personnalisée sur le long terme. "J'essayerai la potion expérimentale. De toute façon, c'était le but de tout ça, non ?" Harry tendit la main vers le pot. "Merci."

Snape referma ses doigts autour de ceux d'Harry avant qu'il ne puisse l'attraper. Sa paume était étrangement calleuse. "J'aimerais que vous notiez toutes les réactions à chaque prise de la potion, aussi infimes soient-elles."

Une fois sa main libérée, Harry s'empressa de mettre le pot dans sa poche, et, le sourcil levé, demanda à Snape, "pourquoi est-ce que j'ai besoin de faire ça ?"

"Avez-vous dormi pendant tous vos cours de potions ?" Le regard noir de Snape exprimait tellement de mépris qu'Harry eut envie de lui jeter un sort. "Vous êtes un imbécile."

"Vous l'avez déjà dit." Même s'il trouvait ça irritant, il pouvait supporter les insultes s'il le fallait. Maintenant qu'il savait que la potion marchait, il était d'accord pour endurer n'importe quelle humiliation de sa part. Bien sûr, il n'en détesterait Snape que plus pour ça. "Répondez à ma question, s'il vous plait."

Il secoua la tête d'un air dégoûté, mais, à la plus grande surprise d'Harry, répondit. "Chaque combinaison d'ingrédients réagit différemment. Je serai plus en mesure d'adapter la potion à vos besoins spécifiques, si je sais exactement comment vous réagissez à chaque combinaison. Ecrivez-le, c'est pour votre propre bien."

"Je ferai de mon mieux" répondit-il sur un ton neutre. Peu importe qu'il se sente frustré ou qu'il déteste Snape, il savait qu'il valait mieux ne rien laisser paraître. Ce dernier ne manquerait pas une occasion de l'utiliser contre lui, et Harry n'avait tout simplement pas l'énergie de s'en occuper.

"Ayant vu votre mieux, je m'efforcerais de faire encore mieux que ça, si j'étais vous" répliqua sèchement Snape, avant de baisser les yeux vers son livre, mettant clairement fin à la discussion.

La colère le traversant, et n'ayant d'autre choix que de partir, Harry tourna les talons et sortit.

Cette nuit-là, il appliqua la potion expérimentale. Elle réchauffait agréablement la peau, mais à sa plus grande déception, elle ne détendit pas les muscles, ni n'apporta de chaleur très longtemps. A l'aube, après une nuit inconfortable, Harry descendit en boitant jusqu'aux appartements de Snape.

"Qu'est-ce que vous voulez, Potter ?" demanda-t-il en ouvrant la porte, vêtu d'une longue robe de chambre noire.

"Comment saviez-vous que c'était moi ?" Souffrant et incapable de réfléchir, la dernière chose qu'il voulait, c'était un Snape malveillant et de mauvaise humeur. Il s'appuya sur sa canne et serra les dents. "La potion ne marche pas. Combien de temps est-ce que je dois attendre avant de pouvoir utiliser l'autre ?"

"Avez-vous noté les effets ?" Le ton de Snape était teinté de menaces, un peu le même que celui qu'il utilisait quand il demandait à Harry s'il avait fini ses devoirs.

Snape avait tellement insisté sur ce point, qu'il n'était pas assez stupide pour l'avoir oublié. Avec un faible sourire, il sortit le parchemin de sa poche et le lui tendit. "Oui, bien sûr."

Snape le parcourut rapidement, d'un air dégoûté. "Ce n'est pas très détaillé. J'avais espéré que vous auriez appris quelque chose après avoir quitté l'école. Quelle idée stupide."

Une remarque acerbe ou insultante aurait été tellement agréable à cet instant précis, mais Harry ferma les yeux et se concentra pour évacuer son énervement. Il avait besoin de Snape, et ils le savaient tous les deux. "Je ne réfléchis pas bien quand j'ai mal."

D'une manière ou d'une autre, Snape n'avait pas l'air de se sentir concerné. Il restait sur le pas de la porte, n'ayant visiblement pas l'intention d'inviter Harry à entrer. Pas qu'il se soucie à ce point des amabilités, mais il aurait aimé s'asseoir avant de refaire le long chemin jusqu'à ses appartements. "Vous ne pouvez pas utiliser l'autre potion avant ce soir."

Merde, pensa Harry, alors que ses genoux faiblissaient. Il se força à se redresser, se disant que ça aurait pu être pire. Le lancinement de sa cuisse le démentit. Irrité, il prit une inspiration et expira lentement. "Bien. J'ai besoin d'un pot de cette potion."

"Vous pourriez demander poliment." Si Snape avait grimacé un sourire, ou été condescendant, Harry aurait sérieusement pensé à lancer un impardonnable, mais il l'avait dit simplement, comme si son cœur n'y était pas. Une partie de lui voulait vraiment le ridiculiser ou le frapper, mais il savait que ce n'était pas une bonne idée.

Ca n'a pas d'importance, se dit-il en essayant de le croire. Prenant une grande inspiration, il serra les dents plus fort, et accepta l'inévitable. "S'il vous plait, pourrais-je avoir le relaxant musculaire ?"

"Je vais vous le chercher." Snape retourna dans ses appartements, laissant Harry debout dans l'embrasure de la porte ouverte.

Il attendit, mal à l'aise, damnant Snape aux sept niveaux de l'enfer. C'était quoi son problème ? Quel horrible péché avait-il commis pour qu'il veuille le torturer à ce point ? D'accord, il avait été impoli, mais est-ce qu'il n'avait pas déjà payé pour ça ?

"Voilà. A utiliser seulement deux fois par jour" indiqua-t-il en lui tendant le pot. "J'aurai une autre version prête à l'emploi pour la fin de la semaine."

Harry hocha la tête, ne faisant pas confiance à sa voix. Merlin, à quel point il pouvait détester Snape.

oOo

A la fin de la semaine, Snape lui fournit une deuxième version de la potion expérimentale. Celle-ci fonctionna mieux que la première. Elle détendait vraiment les muscles, mais elle durait seulement un court moment. Ce n'était pas encore l'idéal.

Le processus se répéta les semaines suivantes, et la potion continua à s'améliorer à chaque modification. Harry était content d'avoir plus de bons jours que de mauvais, et même les mauvais jours n'étaient plus aussi épuisants ou débilitants qu'ils ne l'avaient été. Snape n'était pas plus facile à supporter, mais Harry trouvait que les bénéfices valaient bien sa fierté.

Quelques semaines plus tard, il reçut un mot de Snape lui demandant de se présenter à son laboratoire le dimanche suivant, avant le petit-déjeuner, et sans avoir appliqué la potion ce matin-là. Il supposa que ce n'était pas aussi mauvais que d'avoir à y aller pour une retenue, mais quelque chose dans le ton de la note lui laissait une impression bizarre, comme un crissement sous la peau, pas complètement désagréable, mais agaçante. Cependant, il n'avait pas l'intention de se disputer avec lui à propos de sa potion.

Tôt le dimanche matin, il descendit jusqu'aux cachots, remarquant que la marche n'était pas aussi douloureuse qu'elle ne l'avait été ne serait-ce que deux semaines auparavant. Qu'il soit tôt le matin et qu'il n'ait encore rien appliqué sur ses muscles engourdis par le sommeil, ne voulait pas dire pour autant que c'était facile, mais c'était plus vivable que ça ne l'avait été.

"Vous vouliez me voir ?" Demanda Harry, en entrant dans le laboratoire de Snape. Il y avait une table étroite recouverte d'un drap blanc au milieu de la pièce.
"Oui." Snape lui lança un regard agacé, et indiqua la table. "Je veux que vous vous déshabilliez et que vous vous allongiez sur le dos."

Une fois de plus, Snape le surprenait. De toutes les choses qu'Harry s'attendait à l'entendre dire, ça ne faisait pas partie de ce qu'il imaginait. S'il s'était agi de quelqu'un d'autre, Harry aurait pu en faire une blague, probablement quelque chose avec un double sens flagrant, mais pas avec lui. Il laissa échapper un rire nerveux. "Pourquoi ?"

"Je veux utiliser la dernière version de la potion expérimentale sur vous. Je pense que ce serait mieux si je l'appliquais moi-même." Snape se tourna vers son bureau, et trifouilla une liasse de parchemins. Au bout d'un moment, il leva les yeux et lui jeta un regard noir. "Qu'est-ce que vous attendez?"

Sans un mot, et combattant le rougissement qu'il sentait stupidement monter, Harry ôta ses vêtements. Il s'allongea sur la table, se couvrant du drap. "C'est bon. Je suis prêt."

Il y avait plusieurs pots colorés sur la table voisine. Snape en choisit un et l'ouvrit.

"Ca sent bon." Dit Harry, utilisant la conversation futile pour cacher sa nervosité à propos de ce que le professeur allait faire. "Comme de la cardamome."

Sans répondre, Snape releva le côté du drap et l'entoura autour de la cuisse d'Harry, laissant la blessure exposée, mais sans étaler la potion. Il avait l'air d'examiner la cicatrice, mais avec lui, ce n'était pas toujours facile de dire ce qu'il était en train de faire.

Harry sentit son niveau d'agacement augmenter, face au manque d'informations fournies par Snape. "Qu'est-ce que vous allez faire ?"

"Je vais appliquer cette potion." Le ton de Snape était aussi condescendant que s'il était en train de parler à un idiot ou à un enfant. "Que pensiez-vous que j'allais faire ?"

"C'est justement ça le problème, je ne sais pas." Chaque rencontre avec lui était frustrante à l'extrême. Si le bâtard n'avait pas fait autant de progrès, ou n'avait pas été si bon dans son art, Harry aurait sans doute laissé tomber. Il soupira. "Laissez-moi reformuler : qu'est-ce que vous allez me faire, exactement, et pourquoi ?"

Snape prit sa baguette, toucha le dos de sa main, puis répéta l'opération avec l'autre main. Il marmonna quelque chose qui ressemblait à 'gantus', mais Harry n'en était pas sûr, et il ne reconnut pas le mot. "Qu'est-ce que c'était ?"

"Un sortilège pour protéger mes mains" répondit Snape en plongeant les doigts dans le pot, et en en extrayant un peu du contenu.

"Si vous avez besoin de quelque chose pour protéger vos mains, qu'est-ce qui va arriver à ma peau ?" Sa voix avait produit un cri aigu consternant. Malgré tout ça, il n'avait pas vraiment peur que Snape lui fasse mal. Depuis qu'ils avaient commencé le traitement, il n'avait jamais remis en question le fait qu'il l'aide, et l'idée même ne l'avait jamais effleuré.

"Vous auriez dû y penser avant de monter sur la table." Le sourire de Snape était mauvais, mais ça avait l'air forcé, comme si c'était juste pour sauvegarder les apparences. Il mit une bonne dose de crème dans la dentelure de la cicatrice, et l'étala sur la blessure, et sur la peau qui l'entourait directement.

La potion se réchauffa instantanément au contact de son épiderme, puis elle devint chaude. Pas assez chaude pour brûler, mais suffisamment pour qu'il sente la chaleur, alors que la potion s'infiltrait profondément. Levant sa baguette, Snape la remua au-dessus de la cuisse d'Harry. La potion commença à vibrer, et eut l'air de détendre le muscle, pas exactement de la même manière que l'ensorcèlement, mais le résultat en était proche.

"Wow! C'est génial." Harry se redressa sur un coude. "Je pensais qu'on ne pouvait pas utiliser la magie pour relaxer le muscle."

"Non, imbécile. On ne peut pas utiliser la magie pour forcer le muscle à se relaxer." Snape parlait sans le regarder. On aurait dit que toute son attention était concentrée sur la blessure.

Confus, et légèrement agacé, Harry serra les dents et essaya de laisser tomber. "Est-ce que ce n'est pas juste ce que je viens de dire ?" Parce que c'était ce qu'il lui semblait, à lui.

"Je n'ai pas ensorcelé le muscle pour le relaxer, crétin! J'ai créé une potion qui le fait." Répondit Snape, d'une façon qui ne pouvait qu'éveiller un sentiment de stupidité chez Harry.

"D'accord. Et en quoi exactement est-ce que c'est différent ?" Il ne comprenait toujours pas.

"Les muscles n'ont pas été forcés à se détendre. Ils ont été amenés doucement à le faire, par la chaleur de la potion. Voilà en quoi c'est différent, et c'est pour cela que les muscles ne seront pas abîmés dans le processus." Son ton dégoulinait de condescendance, comme s'il était en train d'expliquer quelque chose à un première année pas très futé.

Harry n'était pas encore sûr de comprendre la différence, mais vu les résultats, il n'avait pas l'intention de débattre là-dessus plus longtemps. "Merci."

Il n'y eut aucun signe montrant que Snape avait entendu ses remerciements, mais il n'en attendait aucun. Ca l'énervait au plus haut point que le professeur ne lui jette même pas un coup d'œil. "Retournez-vous sur le ventre que je finisse."

Grognant, Harry se retourna. Il serra les dents sans rien dire, essayant de contrôler son envie de gifler Snape pour le sortir de son indifférence.

Quelques minutes plus tard, ayant terminé, il remit le drap en place. "Vous pouvez revenir dimanche prochain, et je vous enduirai d'une autre dose."

"Pas plus tôt?"

"Non. Ca devrait vous suffire pour la semaine. Si ce n'est pas le cas, je veux en être informé immédiatement." Le réprimanda Snape. "Prenez des notes détaillées de chacune de vos réactions."

"Bien sûr." Comme s'il était assez stupide pour oublier quelque chose comme ça. Il savait qu'il n'aurait pas fini d'en entendre parler.

"Rhabillez-vous et sortez." Dit Snape en s'éloignant.

Même s'il savait qu'il aurait dû y être habitué depuis le temps, la façon abrupte qu'il avait de le congédier le blessait tout de même un peu. Harry soupira en se rasseyant pour attraper ses vêtements.

oOo

Pendant que les semaines s'écoulaient, Snape continua à ajuster la potion, et Harry nota consciencieusement ses réactions pour chaque nouvelle combinaison. Mettre à jour de telles notes était un inconvénient, mais il s'en acquittait minutieusement. Les résultats étaient formidables, et Harry était enchanté de se sentir si bien.

La potion avait enfin été perfectionnée à la satisfaction de Snape, et il déclarait qu'il n'y avait plus que de petits réglages minimes à faire. Après avoir utilisé la potion finale pendant une semaine, Harry retourna voir Madame Pomfresh pour discuter des résultats.

"Je suis sûre que je n'ai pas besoin de vous dire à quel point votre santé s'est améliorée." Elle avait l'air contente, mais quelque chose dans sa façon de parler l'ennuyait.

"C'est comme si les blessures commençaient à guérir, pas seulement à se détendre un moment ou deux, mais c'est vraiment comme si elles se soignaient. Je me sens plus fort que je ne me suis jamais senti depuis que j'ai été blessé." Pour la première fois, il espérait vraiment pouvoir être capable de reprendre le cours de sa vie. "Il y a des jours où je me sens bien." Ajouta-t-il avec un sourire de pur plaisir.

"C'est très bien." Elle promena sa baguette le long de sa cuisse encore une fois, et sourit des résultats. Puis elle leva les yeux vers Harry, d'un air plus sérieux. "Ne vous détrompez pas, les progrès sont entièrement dus au Professeur Snape. Ses compétences sont la seule raison pour laquelle vous vous sentez aussi bien aujourd'hui."

Il avait été là, à chaque étape du processus, avec ce cassant, grognon et talentueux bâtard, et il n'avait absolument aucun doute dans sa tête quant aux capacités de Snape. "J'apprécie ses efforts."

"Vous pourriez le montrer un peu plus" répondit-elle, secouant la tête et semblant exaspérée par Harry. "L'avez-vous remercié convenablement ?"

Harry était perplexe par sa réaction, et un peu blessé. Est-ce qu'elle ne se rendait pas compte que Snape et lui étaient à la limite de la politesse, quand il s'agissait de l'un ou de l'autre ? "Bien sûr que je l'ai fait. Etes-vous en colère contre moi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?"

"Je ne devrais pas avoir besoin de vous le dire." Reprit-elle, ressemblant beaucoup à un professeur déçu par un élève ayant fait quelque chose de stupide, quelque chose qu'il aurait dû avoir le bon sens de ne pas faire.

Il attendit, pensant qu'elle allait continuer, et s'expliquer. Comme elle ne le fit pas, il laissa passer un soupir de frustration. "Dites-le-moi, d'accord ? Visiblement je suis passé à côté de quelque chose."

"Ne pensez-vous pas que le Professeur Snape mérite vos remerciements et votre gratitude, pour les améliorations de votre santé ?" Une fois de plus, elle donnait l'impression qu'elle n'aurait pas dû avoir besoin de le lui dire.

Ca commençait à l'agacer profondément qu'elle ne laisse pas tomber. "Je l'ai remercié à plusieurs reprises." Seulement parce que Snape l'avait obligé à le faire, s'avoua-t-il à lui-même, et il avait détesté Snape pour chaque mot humiliant qu'il avait eu à prononcer.

Elle dut le voir dans ses yeux ou à son expression. "Pourquoi ne pouvez–vous pas être reconnaissant, extrêmement reconnaissant même, pour ce qu'il a fait ? Ca lui a coûté pas mal de son temps, et beaucoup d'efforts de vous aider."

Ses mots pesèrent sur la conscience d'Harry, parce qu'il était reconnaissant. Reconnaissant au-delà de ce que les mots pouvaient exprimer. Pas même dans ses rêves les plus fous, il n'aurait pu imaginer que la potion soit si efficace. Bien qu'il ne soit pas entièrement libre de toute douleur, il en était aussi proche qu'il ne pourrait jamais l'être. "Il m'a fait supplier pour chaque chose qu'il a faite pour moi."

Secouant la tête, Pomfresh eut l'air complètement dégoûtée par son comportement. "Alors, il ne mérite pas vos remerciements."

"C'est un homme empli de haine," répondit Harry, culpabilisant de dire ça, alors qu'il savait qu'elle avait raison. Mais l'idée de Snape en rajoutant une couche rendait la situation plus difficile à supporter. "Pourquoi est-ce que vous le défendez ?"

"Peut-être parce que je pense qu'il mérite que je le défende. Vous ne l'avez pas vraiment bien traité." En l'écoutant, on aurait cru que c'était lui qui avait commencé, alors que Snape était celui qui ne voulait pas laisser tomber."

"Il m'a traité moins bien que je ne l'ai jamais fait pour lui." De la façon dont elle le regarda, Harry sentit que ce n'était pas ce qu'elle voulait entendre. Mais c'était la vérité et il voulait que Pomfresh le sache, elle aussi. Il avait essayé, et avait été constamment frustré face à la mauvaise humeur, voire l'indifférence de Snape, jusqu'à ce qu'il en prenne l'habitude.

Elle secoua encore la tête, ayant l'air de plus en plus agacée par le jeune homme. "Oui, il répond énergiquement. Parfois, je vous l'accorde, avec plus de force qu'il ne devrait. Il n'a pas eu une vie facile."

Tout baignait pour Snape! " 'Harry Potter. Notre nouvelle célébrité'," rétorqua Harry, lançant un regard noir à l'infirmière. "Ce sont les premiers mots que le bâtard m'a dit." C'était toujours aussi blessant, même après des années. Harry se rappelait avoir été humilié, année après année, par les innombrables questions auxquelles il ne pouvait pas répondre, et par le professeur qui avait l'air content d'être sur son dos sans raisons.

Pomfresh soupira. "Harry, vous aviez onze ans. Vous êtes assez grand maintenant pour laisser tomber."

"Ma première nuit ici, il a répété ces mots, avec exactement le même ton que jadis." Il inspira, essayant de surmonter sa colère, mais il n'y avait pas moyen de la calmer. "Le bâtard voulait m'en foutre plein la figure. Juste comme il l'avait fait, quand j'ai commencé ma scolarité ici."

"Vous n'êtes plus un élève maintenant," répondit Pomfresh, d'un ton de moins en moins raisonnable. "Ne pouvez-vous pas laisser votre colère de côté?"

"A chaque fois que je suis avec lui, je me sens traité comme un élève, et pas comme un très intelligent encore en plus. Pourquoi le défendez-vous ? Pourquoi l'aimez-vous, d'ailleurs ?" Harry secoua la tête, dégoûté d'avoir cette conversation. Comment quelqu'un pouvait-il aimer ou défendre Snape ?

"Ce n'est pas quelqu'un de gentil, Harry. Dans aucun sens du terme." Elle le regarda avec le plus grand sérieux. "Cependant, c'est quelqu'un de bien. Il mérite un minimum d'égards."

"Je vous l'accorde, c'est quelqu'un de bien." Continua Harry, forçant son ton à être plus mesuré que ses sentiments. "Mais son attitude n'aide pas à se comporter autrement que grossièrement avec lui. Il n'a jamais montré aucun signe qu'il acceptait mes remerciements. Après un moment, j'ai simplement arrêté d'en dire."

"Pensez-vous que ce soit la bonne manière de réagir ?" Elle s'exprimait de façon aussi mesurée que lui, mais ça n'avait pas l'air aussi forcé. "Que vous devriez être moins reconnaissant ? Qu'il ne mérite aucune considération ?"

"C'est justement ça. Je suis reconnaissant." Harry la regarda d'un air implorant, voulant qu'elle le comprenne. "Mais il est tellement mauvais et laid. Et pour la considération, il ne devrait pas s'attendre à recevoir ce qu'il ne donne pas."

Pomfresh croisa les bras, et secoua la tête d'un air déçu. "Son manque d'attrait physique ne devrait rien avoir à faire là-dedans."

"Ce n'est pas le cas. Je voulais dire à l'intérieur. Je ne jugerai jamais quelqu'un sur son apparence physique." Harry lui jeta un regard noir. "Je pensais que vous le saviez."

Elle rougit, et se releva, l'air plus embarrassée qu'ennuyée. "D'accord. On en a fini pour aujourd'hui. Vous pouvez vous rhabiller." Conclut-elle en le laissant.
Le fait qu'elle ait vraiment l'air d'apprécier Snape était au-dessus de sa compréhension. Confus, et contrarié par tout ça, il se demanda s'il n'était pas passé à côté de quelque chose avec lui. Il descendit de la table, et se rhabilla.

Le fait qu'il n'ait pas convenablement remercié Snape, pour son temps consacré à faire la potion ou son aide, tourmentait sa conscience. Passer ne serait-ce que le plus petit moment en présence du professeur de potions avait tendance à faire monter un peu trop sa pression sanguine. Il expira calmement, essayant une fois de plus d'étouffer sa colère.

Peut-être qu'il n'était pas juste vis-à-vis de Snape, mais ce dernier n'était pas juste envers lui non plus. Pourquoi Snape aurait-il le droit d'être moins que juste et lui non ? Il attrapa sa canne. C'était le moment d'aller s'excuser auprès de madame Pomfresh, même s'il n'était pas sûr d'avoir à le faire.
Il frappa à la porte de son bureau, et attendit qu'elle lui dise d'entrer.

"Je suis désolé" dit-il en regardant le sol. "Je ne veux pas me disputer avec vous à propos de Snape." Harry n'ajouta pas qu'il n'en valait pas la peine.

Pomfresh s'éclaircit la voix et le regarda dans les yeux. "Moi aussi je suis désolée. C'était impoli de ma part. Cependant, je pense que le Professeur Snape vous a vraiment rendu un grand service."

"Je le sais." Il admettait, du moins en lui-même, qu'il ne pourrait sans doute jamais le remercier adéquatement pour ce qu'il avait fait. "Je ne pense pas pouvoir le lui faire comprendre."

Elle lui sourit légèrement. "Je crois que si vos remerciements viennent du coeur, il le saura."

Malgré le fait qu'il soit sincère et reconnaissant, Harry n'était pas sûr de pouvoir en avoir l'air, mais il acquiesça néanmoins. "Je peux toujours essayer."

L'expression de l'infirmière s'adoucit, et elle lui sourit. "Je pense que ça devrait être suffisant. Je vous verrai pour un autre bilan en janvier, après le début du deuxième trimestre."

"Oui madame." Il recula. "Merci."

oOo

Harry y pensa toute une journée, puis il alla voir Snape. Madame Pomfresh avait raison, et il avait repoussé cette confrontation depuis trop longtemps. Bien que ça l'énervait de l'admettre, il lui devait bien plus qu'un simple merci, plus qu'il ne pourrait lui rendre.

Il passa la tête dans l'embrasure de la porte ouverte du bureau du professeur, et frappa. "Est-ce que je pourrais vous parler un moment, Monsieur ?"

"Que voulez-vous, Potter ? Je suis assez occupé." Snape leva à peine les yeux alors qu'Harry entrait dans le bureau. Il s'approcha de lui.

Trente trois ans, et il était une fois de plus réduit à l'état de gamin de treize ans par cet homme. Merlin, comme il le détestait. "Je suis venu vous remercier pour la potion." Il s'éclaircit la voix, et essaya de mettre un peu de sincérité dans ses paroles, mais c'était difficile, l'agacement combattait la gratitude. "Pour tout le travail que vous avez effectué. J'apprécie beaucoup."

Snape ne leva pas les yeux. "Bien. Vous avez fait ce que vous étiez venu faire. Maintenant sortez."

Malgré ses bonnes intentions, son contrôle lui échappa. "Vous êtes vraiment un bâtard ! Qu'est-ce qu'il faut pour vous satisfaire ? "

Levant lentement les yeux, Snape le foudroya du regard. "Essayez la sincérité, Monsieur Potter. Ou au moins..." Il fit une pause, avant de reprendre. "Sortez."

"Non ! Bordel ! Je suis descendu jusqu'ici pour vous remercier, sincèrement, et vous me traitez comme si je vous avais insulté. Ce n'est pas le cas. Je suis vraiment reconnaissant pour tout ce que vous avez fait pour moi, espèce de stupide crétin prétentieux !" Frustré à un point inimaginable, Harry prit une grande inspiration et continua plus lentement. "Pourquoi est-ce que tout est si difficile avec vous ?"

Le bâtard lui sourit. "Je suis difficile. Faites avec et je continuerai à vous faire la potion, ou ne le faites pas, et trouvez quelqu'un d'autre pour vous la faire. Dans n'importe quel cas, sortez de mon bureau."

Harry eut envie de l'étrangler. Il voulait enrouler ses doigts autour du cou maigrelet de Snape, et serrer jusqu'à ce qu'il devienne bleu. "Vous ne pouvez pas céder, ne serait-ce qu'un peu ?"

"Non. Je ne laisse rien passer. Jamais." Il le foudroya du regard, la bouche tordue en un rictus moqueur. "Est-ce que je ne vous ai pas demandé de sortir ? Vos capacités d'écoute ne sont pas meilleures que quand vous étiez élève."

Juste au moment où il pensait ne pas pouvoir être plus en colère, Harry était ennuyé de voir qu'il avait tort. Merlin, il était prêt à crier de frustration. "Merde ! Je suis en train de vous laisser me faire ça, n'est-ce pas ?"

"Bravo, Monsieur Potter... "

"Oh, fermez-la, connard." Répondit Harry à travers ses dents serrées, sa fureur atteignant un seuil critique. "J'en ai ma claque."

"Je ne vous demande pas de rester et de m'écouter." Les yeux de Snape se rétrécirent, et ses lèvres se serrèrent avant de former une ligne fine. "En fait, ne vous ai-je pas demandé de partir ? Oui, je pense que c'est ce que j'ai fait."

"Je partirai quand je serai prêt et pas avant." L'idée venait finalement de l'effleurer que Snape était en train de le tourmenter, qu'il essayait de le faire enrager comme il l'avait toujours fait, et que ça marchait parce qu'il rentrait dans son jeu. Il n'était ni stupide, ni trouillard. Il avait fait face aux railleries des Mangemorts sans sourciller, mais quand il était avec cet homme, il perdait sa capacité de réflexion.

Harry le regarda, se concentrant sur lui. Pour la toute première fois, comme si un voile s'était levé, il le vit simplement comme un homme : quelqu'un qui était certainement de mauvaise humeur et méchant, mais aussi quelqu'un avec un grand talent, qu'il avait utilisé infatigablement au bénéfice d'Harry. Quelqu'un qui n'avait jamais reçu les accolades qu'on aurait dû lui donner, quelqu'un qui méritait sa gratitude absolue et sans réserve. Il était une personne qui méritait son respect.

Harry cligna des yeux, s'attendant presque à ce que cette image change, mais elle ne bougea pas. Pas de monstre à la place.

Snape lui rendit son regard, droit dans les yeux. Sans broncher, sans colère, semblant s'en foutre totalement.

"C'est un jeu pour vous, n'est-ce pas ?" Bien sûr que c'en était un, pensa Harry, se rappelant les paroles exactes de Snape quand tout ça avait commencé. Sa perspicacité amena un surprenant calme, et sa colère retomba.

Quelque chose passa dans les yeux de Snape, quelque chose qui n'était pas son habituel regard ennuyé ou irrité. "Fermez la porte en sortant."

Se demandant ce qu'il devait faire pendant une dizaine de secondes, Harry tourna finalement les talons, et quitta la pièce en boitant le plus dignement possible.

Si Snape voulait de la gratitude, Harry allait lui en donner. Oh oui, pensa-t-il avec détermination, il lui témoignerait sa reconnaissance.

oOo

"Minerva. Merci de me recevoir." Commença Harry en entrant dans son bureau. Il sourit au portrait de Dumbledore, qui le salua de la main, mais n'eut pas l'air intéressé par une discussion. "Je me demandais si je pourrais dire quelques mots ce soir au dîner ?"

"A quel propos ?" Alors qu'elle le regardait par-dessus ses lunettes, McGonagall réussit à avoir l'air à la fois curieuse et suspicieuse. "Je n'accorde pas d'allocutions en général."

Jetant son meilleur et plus brillant sourire 'faites-moi confiance', il lui répondit : "J'aimerais remercier publiquement le Professeur Snape pour tout le travail qu'il a fait pour cette potion qui me permet de vivre avec ma blessure."

McGonagall parut sceptique pendant qu'elle l'évaluait du regard. Elle dut apprécier ce qu'elle y vit, parce que son expression s'adoucit. "Trop peu de personnes se rendent compte à quel point c'est un maître de potions talentueux. Cependant, je ne suis pas sûre qu'il vous remercie pour la publicité."

"Il n'accepte pas mes remerciements en personne." Harry essaya de la convaincre de sa sincérité, sans trop de difficultés puisqu'il l'était. "J'ai pensé que quelque chose d'un peu grand pouvait le convaincre de ma gratitude."

"Je pense que c'est une bonne idée", les interrompit Dumbledore de son mur, les yeux pétillants comme à son habitude. "Severus apprécierait l'attention."

"Vous voulez dire que vous apprécieriez, Albus." Elle lui jeta un regard noir, mais il continua à sourire, l'air content. "Snape est un animal complètement différent. Rendormez-vous."

"Pas dans tout ce bruit." Albus paraissait complètement éveillé dans son portrait. "De plus, je pense que vous avez besoin de mes conseils. Laissez Harry dire ce qu'il a à dire."

Le jeune homme sourit à Dumbledore, reconnaissant du soutien.

"Malgré ce qu'en dit Albus, je ne suis pas persuadée que Severus apprécie des remerciements publics, peu importe que vos intentions soient bonnes." Elle détourna les yeux du portrait, se retournant vers Harry. "Cependant, si vous en ressentez le besoin, vous avez ma permission."

"Merci. Je ne parlerai pas longtemps." Juste assez pour me faire entendre de Snape, pensa-t-il alors. Il était impatient de voir comment le bâtard répondra à son petit discours.

"J'espère bien que non." Sa voix montrait de l'amusement à présent.

"Merci." Harry se leva. "Ca m'a fait plaisir de vous revoir, Professeur" lança-t-il à Dumbledore, le saluant de la main en sortant de la pièce.

oOo

Après le dîner, Harry eut à peine le temps d'arriver à son bureau, quand Snape le rattrapa, ses robes tournoyant autour de lui.

"Espèce d'imbécile! Crétin!" L'expression féroce, le regard noir, il continua : "Dites-moi donc qu'est-ce que vous espériez accomplir avec votre... exhibition."

Malgré toutes ses critiques, Snape n'avait pas du tout l'air en colère. En fait, sous ses tempêtements, on aurait dit qu'il rougissait, mais il n'avait pas l'air plus en colère que ça. Harry aurait parié qu'il était content.

S'appuyant sur son bureau, il sourit au professeur de potions aussi gentiment qu'il le pouvait, espérant qu'il n'avait pas l'air aussi fier de lui qu'il ne se sentait. "Je voulais que vous n'ayez aucun doute sur ma sincérité."

"Foutu Gryffondor." Snape s'avança vers lui. "Pensez-vous que je sois assez stupide pour croire que... que..." On aurait dit qu'il était à court de mots.

Faisant un effort considérable, Harry ravala un éclat de rire. Enfin, enfin, il avait fait quelque chose de bien. "En fait, oui. Je pensais qu'il était nécessaire de vous prouver jusqu'où je pouvais aller, pour vous montrer à quel point je suis reconnaissant de ce que vous avez fait pour moi." Prenant appui sur le meuble, il fit un pas en avant, pour être juste en face de Snape. "Je suis reconnaissant, bâtard ! Je le suis vraiment, complètement."

"Peut-être bien." Céda Snape, alors que ses lèvres pincées se soulevaient un peu, révélant des dents jaunes, un peu de travers. Harry pensa qu'il avait peut-être souri. Un vrai sourire.

Il ne savait pas s'il voulait lui jeter un sort, ou l'embrasser.

Cette dernière pensée le stoppa net. Il détestait Snape. Profondément. Il ne pouvait y avoir de baisers, là où il y avait de la haine. C'était une pensée bien trop dégoûtante. Mais il était en face de Snape qui le regardait, sans le fusiller du regard pour une fois. Sa bouche avait l'air horriblement douce... Il lui suffisait juste de lever un peu la tête...

Oh, Merlin ! Harry était complètement horrifié. "Argh..."

Heureusement, Snape recula sans avoir l'air de se rendre compte à quel point il avait été près de... Harry ne pouvait même pas y penser. Cela n'était pas arrivé. Cela n'arriverait pas.

"Aussi intelligible que jamais, Monsieur Potter." Le ton acerbe du professeur le ramena prudemment à la réalité.

Se secouant pour oublier ce qui venait presque de se passer, et l'enfouissant au plus profond de lui-même, Harry redressa la tête et le regarda. "Vous savez, vous pouvez m'appeler Harry."

L'homme lui rendit un regard plein de suspicion. "Pourquoi voudrais-je le faire ?"

"Pourquoi pas ?" Harry esquissa un sourire. "Nous sommes collègues après tout, un peu plus d'informalité est permis." Pas trop cependant, décida Harry.

"J'y penserai." A la plus grande surprise du jeune homme, Snape eut l'air un peu déconcerté par toute cette rencontre, et il s'en alla sans un mot de plus, ses robes tournoyant parfaitement derrière lui.

Les genoux d'Harry ne le soutenant plus, il s'écroula dans la chaise la plus proche. Merlin, il venait juste de penser à embrasser Snape. Snape ! Il avait besoin d'un verre.

oOo

Harry resta à l'école pendant les vacances d'hiver, malgré l'invitation d'Hermione et Ron à passer leur intégralité avec eux. Il les aimait beaucoup tous les deux – tous les quatre en comptant les enfants –, mais il voulait un peu de temps pour lui, maintenant qu'il se sentait mieux et pouvait en profiter. Il avait accepté de passer le réveillon et le jour de Noël avec eux, et bien qu'ils soient déçus, ils avaient dit qu'ils comprenaient. Il espérait que ce soit la vérité.

"Ca fait des siècles qu'on ne t'a pas vu" dit Hermione, lui offrant une bière. "Comment vont ta jambe et ton dos ?"

Pour une fois, Harry n'eut pas besoin de chercher un mensonge poli, pas que ça marche avec eux, mais en général il essayait. "En fait, je vais bien. Je souffre beaucoup moins qu'il n'y a quelques semaines."

"Ca fait plaisir à entendre, Harry." Ron s'assit sur le canapé à côté de lui, pendant qu'Hermione disparaissait dans la cuisine.

"Comment vont les enfants ?" demanda Harry. Ron et Hermione avaient deux fils, de six et huit ans. Harry était hyper fier d'être le parrain de l'aîné.

"Cet après-midi, ils sont tous les deux chez mes parents pour la fête d'anniversaire de la fille de Bill." Ron soupira. "Ils doivent les ramener ce soir pour le repas du réveillon."

"Bien. Je voulais les voir." Harry les aimait tellement tous les deux, et adorait leur faire plaisir à chaque fois qu'il le pouvait. "J'ai des cadeaux pour eux." Il sortit de sa poche le cube de cadeaux rétrécis. Il en avait également acheté pour Ron et Hermione.

Ron grommela. "Est-ce que tu as besoin de les gâter autant ?"

"Bien sûr que oui !" Harry sourit face à l'expression atterrée de Ron. "Ca fait partie de mon boulot de parrain de les gâter le plus possible."

"Tu es le parrain de James, pas celui de Daniel."

"Tu ne voudrais pas que le pauvre Daniel soit jaloux, si ?" rit le jeune homme. Il adorait les gâter. "Ca me fait plaisir. Je les adore".

Ron secoua la tête, puis sourit. "Comme si je ne le savais pas. C'est d'accord. Qu'est-ce que tu leur as pris cette année ?"

"Tu verras en même temps qu'eux." Il eut un sourire mystérieux, s'imaginant la surprise et, il l'espérait, la joie quand les paquets seraient ouverts. Il leur avait pris à tous les deux le dernier modèle de balai pour jeunes enfants, avec des sécurités parentales pour la hauteur et la vitesse. "Ca me surprend toujours quand tu parles de la fille de Bill."

Ron le regarda, un sourcil levé. "Quoi ? Qu'après avoir été si sauvage, il se soit enfin marié ? Tu sais qu'il aime sa femme."

"Oui, je sais. Ce n'est pas comme si j'avais le coeur brisé ou quoi que ce soit... mais il a eu tellement d'importance dans ma vie." Il repensa à cette période avec beaucoup de nostalgie et un peu de tristesse. "C'était seulement un été, mais..."

"Oui" répondit Ron, riant doucement. "On l'a tous su avant toi."

Harry se sentit rougir de plus en plus. Il savait qu'il y avait pire dans la vie que sa propre ignorance de lui-même, mais parfois il se demandait pourquoi il ne pouvait voir ce qui était juste sous son nez. "Si Hermione ne m'avait rien dit. Merlin, je me demande à quel âge je m'en serais aperçu."

Toujours secoué par le rire, Ron prit une grande gorgée de bière. "Je pense que tu t'en serais rendu compte à un moment ou à un autre."

"Se rendre compte de quoi ?" demanda Hermione, prenant place à côté de Ron. Lui souriant, il passa un bras autour de ses épaules, et la rapprocha de lui. Elle s'y blottit, leva la tête, et il l'embrassa.

Malgré tous ses efforts, Harry ne put s'empêcher de ressentir un pincement d'envie pure. Les voir ensemble lui rappelait ce qu'il voulait, et qu'il avait presque abandonné l'espoir de ne jamais trouver.

"Que je préférais les sorciers. Même si changer de préférence ne m'a pas aidé dans le domaine des relations." Répondit-il. Ca l'ennuyait de penser au nombre de femmes qu'il aurait pu blesser, en cherchant quelque chose qu'il n'aurait jamais trouvé en aucune d'elles.

"Tu trouveras quelqu'un, Harry." Ron en avait toujours l'air tellement persuadé. Evidement, c'était facile pour lui de dire ça. Il connaissait sa moitié depuis ses onze ans.

Cependant, ce n'était pas le cas d'Harry. Et vu l'état des choses, il n'était pas sûr de le trouver, de toute façon. Avant de devenir trop sentimental, il se força à sourire, et répondit : "Je pense que je vais faire une pause avec les rendez-vous galants. Je ne suis pas en état de chercher en ce moment."

L'expression d'Hermione montrait son inquiétude, elle tendit le bras, posant sa main sur celle d'Harry. "Tu vas beaucoup mieux. Ca fait des mois."

Neuf mois et deux semaines. "Je vais beaucoup mieux." Il regarda la jeune femme, suppliant. Parler du vide criant de sa vie faisait trop mal, et il voulait qu'elle change de sujet. "A quelle heure est le dîner ce soir ?"

"On va manger assez tard, vu la fête d'anniversaire et la quantité de nourriture que les enfants auront avalé. Comment ça se passe à l'école ?" Elle lui sourit, comprenant sans qu'il ait besoin de le dire à voix haute, comme toujours. "J'ai toujours pensé que je serais celle qui retournerait enseigner à Poudlard."

"Pourquoi est-ce que tu ne l'as pas fait ?" Il se l'était déjà demandé. Elle aurait fait un excellent professeur. "Tu aurais été la bienvenue."

"J'aurais dû abandonner mon boulot, et je l'aime suffisamment pour repousser l'enseignement à plus tard. Mais je retournerai à Poudlard un jour, j'en suis sûre." Elle toucha son épaule, et l'encouragea d'un sourire. "Qu'est-ce que ça fait d'y retourner ?"

"J'appelle presque tous les autres professeurs par leur prénom. Je pense que c'était l'habitude la plus difficile à prendre." Il rit avant d'ajouter. "Tout le monde sauf Snape, évidement."

"Bien sûr", Ron fronça les sourcils. Il détestait Snape au moins autant qu'Harry. "Est-ce que le bâtard graisseux est toujours horrible avec toi ?"

Pour être honnête, peut-être qu'il ne le détestait plus autant que Ron, maintenant. Et même, puisqu'il en était arrivé à cette conclusion, peut-être qu'il pourrait avouer ne plus le détester du tout. Cependant, admettre ça impliquerait de repenser à ses sentiments envers lui, et il y avait vraiment trop d'émotions connectées à l'homme. Il n'avait pas eu le temps d'analyser aucune de ces émotions. "Il a été horrible au début, mais je pense que c'était en réaction avec moi."

"Qu'est ce que tu veux dire ?" Ron finit sa bière, et posa la bouteille sur la table. "C'est toujours un bâtard fini, non ?"

"Parfois." Harry soupira face au regard confus de son ami. Sa propre confusion à propos de Snape rendait difficile d'expliquer ce qu'il voulait dire avec des mots. "Ce n'est pas la même chose que quand on était élèves. Quand j'ai commencé à le traiter différemment, il a fait la même chose. Pas que ce soit quelqu'un de sympa ou quoi que ce soit de ce genre, mais il n'est pas... si horrible que ça."

"Je pense que c'est sans doute le mieux que tu arriveras à en tirer." Répondit Ron. "Je ne voudrais vraiment pas avoir à le voir tous les jours."

Harry hocha la tête, mais il n'en était plus vraiment sûr non plus. "Il a fait une potion qui a aidé mes muscles à se détendre suffisamment pour qu'ils puissent guérir correctement." S'il était complètement honnête, "en fait, c'est même plus que ça. Je suis tellement plus fort que je ne l'étais il y a quelques mois que..."

"Quoi ?" demanda Ron. "Tu n'en as jamais parlé."

"Je ne l'ai pas fait ?" Harry sentit sa figure rougir d'embarras. Il savait très bien qu'il n'en avait parlé à personne alors qu'il aurait dû le faire. Il avait du mal à en parler. D'une part, il n'avait pas voulu donner de faux espoirs, d'autre part, il n'avait pas voulu parler de la façon horrible dont l'avait traité Snape.

Ron secoua la tête lentement, l'air froissé et déçu. "Non. Tu n'en as pas parlé. On se parle au moins une fois par semaine, et tu n'en as pas dit un mot."

Avec son emploi du temps à l'école et les tours de garde changeants de Ron, ils ne pouvaient plus se voir autant que quand ils travaillaient ensemble, mais ils étaient restés en contact régulièrement.

"Je suis désolé, j'aurais dû en parler plutôt. Au début, je n'étais pas sûr qu'il le fasse, et après, je n'étais pas sûr que ça marche." Harry se sentait stupide. Il ne savait pas pourquoi il n'en avait pas parlé, mais il se sentit obligé d'ajouter, "je lui en suis très reconnaissant. Je ne marcherai jamais sans boiter, mais je souffre moins et je suis en meilleure santé que je n'aurais jamais cru le devenir."

L'expression choquée d'Hermione le déconcerta un peu. Presque rien ne la surprenait comme ça. "Quoi ?" lui demanda-t-il. "Es-tu si surprise que Snape le fasse pour moi ?"

"En toute franchise, oui. Je suis très surprise."

"Pourquoi ?" Harry ne comprenait pas son attitude. "Je veux dire, oui, c'est un bâtard graisseux, mais même lui, il a un minimum de compassion." Même s'il faut la lui arracher, pensa-t-il tout bas.

"Laisse-moi reformuler" continua-t-elle lentement, pesant ses mots. "Snape a fait une potion qui t'a aidé pour tes blessures ? Et l'a si bien faite que tu es en meilleure forme que tu n'aurais jamais pensé l'être ?"

"Oui." Harry avait vraiment l'impression de passer à côté de quelque chose. "Ca lui a pris des semaines pour le faire."

"Ca je veux bien le parier !" Elle le regarda dans les yeux. "Savais-tu que Snape est l'un des meilleurs maîtres de potions de toute l'Angleterre ? Que ses services sont hautement recherchés par à peu près tout le monde ? Qu'il ne fait presque jamais rien pour un particulier ?" Hermione secoua la tête, exaspérée.

"S'il est si doué, pourquoi enseigne-t-il toujours à Poudlard ?" demanda Ron, d'une voix étonnée. "Je veux dire, après la guerre, il aurait pu aller n'importe où. Pourquoi est-ce qu'il ne l'a pas fait ?"

"Je crois que c'est parce que Poudlard est sa maison. Je sais qu'il pourrait s'installer n'importe où dans le monde sorcier. Je ne pense pas que vous vous rendez compte à quel point il est bon."

"Non, je ne le savais pas." Répondit Harry, y pensant pour la première fois. Snape avait fait quelque chose de formidable pour lui, quelque chose d'encore mieux que ce dont il aurait pu rêver. Sa conscience le titilla parce qu'il n'était pas encore assez reconnaissant. Qu'est-ce que ça prouvait... "Je suppose que c'est logique. Quand il a fini de la perfectionner, la potion a marché mieux que dans mes rêves les plus fous."

"Ca j'en suis sûre." Elle était un peu sarcastique. "Harry, il l'a juste fait pour toi ? Parce que tu le lui as demandé ? Et tu le détestes toujours ? Tu ne crois pas que c'est horriblement mesquin ?"

"Ben... c'est un bâtard plutôt méchant." Mais peut-être... Il soupira. Il était un peu trop confus quand il s'agissait de Snape.

Elle secoua la tête à nouveau, et cette fois elle avait l'air frustrée, un peu la même expression que celle que Pomfresh avait parfois.

Ron avait l'air de comprendre par contre. Il regarda Hermione. "Pourquoi est-ce qu'Harry devrait ressentir autre chose que de la haine ?" Il leva la main. "D'accord, peut-être de la gratitude aussi, mais ça ne change pas le fait que c'est un connard. Je ne lui pardonnerai jamais pour la façon dont il nous a traité à l'école."

Une sonnerie résonna et Hermione se leva. "J'aimerais souligner qu'on est sorti de l'école depuis au moins le double d'années que nous y sommes restés. Il serait temps que vous passiez à autre chose tous les deux."

Harry la regarda s'éloigner. "Je n'ai jamais été capable de penser à Snape rationnellement" commença-t-il, finissant sa bière, "mais je pense qu'elle pourrait avoir raison."

"Je ne pense pas. Je le détesterai jusqu'à ce qu'il meurt." Ron sourit à cette pensée, comme s'il aimait sa haine envers Snape.

Ce n'avait jamais été le cas d'Harry, même s'il s'y était raccroché si longtemps, probablement beaucoup plus longtemps que ce n'était sain. Il avait besoin de penser à tout ça.

oOo

Harry rentra de chez Ron et Hermione la nuit de Noël, transplanant aux portes de Poudlard. Comme il n'était pas tard, et qu'il n'avait pas envie d'aller se coucher tout de suite, il fit un détour par le terrain de Quidditch, comme à chaque fois qu'il arrivait par la porte latérale et qu'il en avait le temps. C'était juste pour... Pour faire quoi se demanda-t-il. Se rappeler de la gloire passée ? Il pouvait presque entendre la voix moqueuse de Snape lui poser la question.

Il y avait quelqu'un qui volait au-dessus du terrain. Harry s'arrêta et regarda la silhouette se découper sur le ciel nocturne. Une profonde nostalgie lui déchira le cœur, et il dut faire un effort pour se rappeler de respirer. Qui que ce soit, il savait voler. Il faisait des boucles et des courbes devant la lune presque pleine. Harry ressentait tellement d'envie qu'il pouvait à peine le supporter. Il parviendrait peut-être à revoler un jour, mais il ne pourrait plus jamais bouger comme ça sur un balai.

Des larmes lui piquèrent les yeux alors qu'il regardait une autre figure parfaite. Il ne pleurait jamais. Pas pour une seule chose. S'il devait se laisser aller au désespoir, voler n'aurait pas dû en être la cause, cela n'aurait pas dû être le plus douloureux pour lui. Tous les proches qu'il avait perdu, toutes les choses qui avaient été de travers, toutes les erreurs qu'il avait faites, et lui voulait pleurer de ne plus pouvoir voler. Snape avait raison, il était stupide.

Il resta là, regardant en l'air avec envie. L'inconnu tomba en spirale, et Harry dut plonger pour l'éviter. "Qu'est-ce qui vous prend ?" cria-t-il à la personne qui venait juste de le manquer. Il s'arrêta juste à côté de lui, et il vit que c'était Snape.

Il avait les cheveux attachés, ses joues étaient rougies par le froid, et il avait l'air d'avoir passé un bon moment. La jalousie brûla comme de l'acide dans le ventre du jeune homme.

Snape le regarda un long moment sans parler. Puis, étonnement, il recula et pencha la tête vers le balai.

"Je ne suis pas sûr de pouvoir rester dessus." Harry lui jeta un coup d'œil plein de regrets, puis il réfléchit un moment. "Si vous me tenez, je pourrai le diriger."

"Je pense que ce serait mieux de me laisser diriger," répondit-il. "Accrochez-vous."

Le coeur palpitant de peur et d'excitation, Harry posa sa canne contre le banc auprès duquel il était, et monta sur le balai. Les muscles de sa cuisse protestèrent quand il les contracta, mais ils firent ce qui leur était demandé. Il se foutait bien de payer pour ça demain. Ca en valait largement le coup.

Le bras de Snape entoura fermement sa taille, alors que son autre main tenait le balai devant les deux mains d'Harry. Ils donnèrent un coup de pied et décolèrent dans la froideur de la nuit.

Il était à nouveau en train de voler !

Il n'y eut pas de figures compliquées, pas de boucles ou de tonneaux, mais ils bougeaient suffisamment vite pour qu'Harry entende le sifflement du vent et le sente faire voler ses cheveux. Il n'y avait pas de mots pour décrire à quel point c'était merveilleux.

Une joie profonde l'envahit. C'était mieux que la première fois qu'il était monté sur un balai, parce que cette fois-ci il savait ce qu'il avait manqué. Harry pensa que son cœur pouvait exploser sous la pression d'un tel bonheur en lui.

Quand la première vague d'adrénaline diminua, il prit conscience de la pression exercée par le torse de Snape contre son dos, de sa chaleur l'enveloppant, de son bras en travers de son ventre, et de sa main pilotant le balai devant lui. Dans l'étreinte protectrice, Harry se sentait en sécurité, sans parvenir à se l'expliquer, mais bizarrement il n'avait pas envie de se demander pourquoi.

"Il faut rentrer, Potter." La voix basse de Snape lui parvint à travers le vent et ses pensées. Il hocha la tête alors que le professeur se posait délicatement.
Après être descendu, Harry se retourna pour le regarder. "Merci." Les mots avaient l'air tellement inadéquats pour qualifier ce qu'il avait fait pour lui que c'en était affligent. "C'était très important pour moi."

"Il n'y a pas de quoi." Répondit Snape, alors qu'il décollait à nouveau et disparaissait dans la nuit.

Tous les muscles des jambes d'Harry protestèrent fortement alors qu'il regagnait lentement le château. Il s'en fichait. Peu importe quelles courbatures ou raideurs il endurera demain, cela avait bien moins de valeur que la joie de voler.

oOo

Il était entièrement possible, pensa Harry alors qu'il ignorait les papiers empilés sur son bureau, qu'il ne haïsse pas Snape après tout. Soupirant, il reconnut même que le bâtard ne lui était même pas antipathique. Ce qu'il ressentait exactement, il n'en était pas sûr, et ne voulait sans doute pas le savoir. Il y avait une limite à ce qu'il pouvait encaisser en une fois.

La promenade en balai l'avait étonné. Les raisons qui avaient poussé Snape à lui témoigner une telle gentillesse, continuaient à échapper à sa compréhension. Ca allait le rendre fou. Ca n'avait pas de sens. C'était contraire à Snape, au Snape qu'il connaissait.

Ce qui voulait dire que Madame Pomfresh avait raison, et qu'il ne comprenait pas l'homme à moitié aussi bien qu'il avait toujours cru le connaître. Soit c'était ça, soit Snape était devenu fou. Des deux options, Harry supposait, comme personne d'autre ne semblait penser qu'il agissait bizarrement, qu'il n'était peut-être pas devenu subitement cinglé. Donc c'était la première supposition.

C'était troublant.

Et ce qui était encore plus troublant, le désir d'embrasser Snape était revenu, et avec plus de force que la dernière fois. Et maintenant, par-dessus le marché, l'envie de le toucher accompagnait le désir de l'embrasser, au point d'en frissonner. Mais peu importe combien il tentait de se persuader que c'était des tremblements de dégoût, il savait que ce n'était pas le cas.

Quelques jours après la promenade, observant Snape pendant le dîner, Harry ne parvenait pas à comprendre d'où lui venait cette envie. Il était laid. Quel que soit l'angle duquel on le regardait, il y avait peu, non, rien en sa faveur. Ses cheveux étaient plats et gras. Sa peau était pâle. Ses dents étaient jaunes. Il était maigre et aussi désagréable qu'un homme puisse l'être.

Qu'est-ce qui pouvait bien donner envie à Harry d'avoir quelque chose à faire avec lui ?

Levant les yeux, le professeur de potions le surprit à le regarder, et Harry lui sourit légèrement. Snape détourna les yeux, d'un air dédaigneux.

oOo

"Pourrais-je vous parler ?" demanda Harry, s'appuyant contre l'encadrement de la porte ouverte du bureau de Snape. Entre venir chercher la potion et discuter de ses résultats – Snape faisait toujours des changements de dernière minute dans la recette -, le jeune homme avait l'impression de passer un temps considérable dans les cachots. Cette fois cependant, il y était de son propre chef.

"A quel propos ?" le professeur leva brièvement les yeux avant de retourner à la pile de parchemins qu'il était en train de noter. "Comme vous pouvez le voir, je suis occupé."

Pensant à sa propre pile d'essais de fin de trimestre qu'il avait besoin de noter avant que les élèves ne reviennent de leurs vacances d'hiver, Harry hocha la tête compréhensivement. Cependant, il avait besoin de comprendre ce qui se passait, avant que ça ne le rende fou. "Je voulais encore vous remercier pour la promenade en balai."

"Je vous en prie." Snape le regarda à nouveau. "Si c'est tout ce que vous aviez à me dire... "

Il prit son courage à deux mains et se redressa, la tension s'accumulant dans son estomac. C'était encore plus dur qu'il ne l'aurait cru. "Non. En fait, j'aimerais savoir pourquoi vous l'avez fait."

"Pourquoi ?" Snape eut l'air amusé, et il haussa les épaules. "Pourquoi pas ?"

"Pour déstabiliser l'ennemi ? Est-ce que c'est ça ?" demanda Harry, pensant qu'au moins ça paraissait censé, dans le jeu auquel jouait Snape.

Un peu de l'amusement disparut du rictus de l'homme. "C'est une bonne stratégie. Cependant, je ne vous considère pas comme un ennemi. Plus comme un embarras perpétuel, pour être honnête."

"Merci, enfin je crois." Se détendant légèrement, Harry espéra que c'était une sorte de progrès. Progrès vers quoi, il ne savait pas trop, peut-être seulement vers la prochaine étape, s'éloignant un peu de l'inimitié. "Vous allez me rendre fou, vous le savez, ça ?"

"Je n'attends que ça." Les lèvres de Snape s'abaissèrent, son sourire s'effaçant. "S'il n'y a rien d'autre, Monsieur Potter, j'aimerais finir cela avant minuit."

Pendant une seconde, Harry envisagea l'idée de partir, de le laisser seul, mais quelque chose au plus profond de lui ne pouvait pas laisser tomber. Ses envies de toucher Snape ne s'en étaient pas allées, elles semblaient même empirer, allant jusqu'à envahir ses rêves. Il devait résoudre ça. "Je ne vais pas partir avant que vous ne m'ayez dit pourquoi vous l'avez fait."

Frustration et agacement irradièrent du professeur. "Ne soyez pas stupide. Il s'agissait visiblement d'un moment d'égarement de ma part. Si cela engendre ce type de réaction, soyez assuré que je n'agirai plus aussi stupidement la prochaine fois."

Harry n'avait pas pensé qu'il puisse envisager recommencer. Pour être honnête, il ne parvenait toujours pas à croire que c'était arrivé.

Snape avait dû lire ses pensées à son expression, parce qu'il lui lança un regard noir. "Si je promets de vous faire voler à nouveau, allez-vous enfin partir ?"

Le jeune homme savait reconnaître une bonne affaire quand il en voyait une. Imaginant déjà leur prochaine promenade, il sourit et hocha la tête. "Samedi après-midi, ou avez-vous un rendez-vous galant pour la première nuit de la nouvelle année ?"

"Samedi sera parfait." Il reprit sa plume, puis le regarda. "Je n'ai pas de rendez-vous."

Quelque chose dans la façon dont il l'avait dit contraria Harry. Ca avait l'air un peu trop définitif. "Personne ? Jamais ?"

"Personne. Jamais." Il lui jeta un regard noir, et le jeune homme comprit qu'il avait épuisé le peu de bienveillance qui lui était accordée.

"Je vous retrouverai au terrain de Quidditch à 16h." Dans son enthousiasme, il souriait de toutes ses dents. "Merci."

"Bien." L'expression de l'homme redevint ennuyée. "Maintenant, laissez-moi tranquille."

Harry s'en alla donc sans un mot de plus. Il allait encore voler avec Snape ! S'il avait pu, il en aurait sautillé de joie, à la fois à l'idée de voler, et il pouvait bien l'admettre, de la compagnie. Merlin, qu'est-ce qu'il était en train de penser, se demanda-t-il, puis il décida que ça n'avait pas d'importance.

oOo

Quelques minutes avant 16h ce samedi après-midi, Harry boitilla jusqu'au banc où il avait trouvé Snape la semaine précédente. Il faisait froid et le vent avait diminué. Une nouvelle chute de neige était prévue pour la semaine suivante, et il savait qu'il y aurait peu de jours aussi clairs que celui-ci avant le printemps.

L'anticipation qu'il avait ressentie les derniers jours, explosa dans sa poitrine quand il leva les yeux et vit Snape piquer vers lui, s'arrêtant juste au-dessus de sa tête, puis descendre.

Harry attendit jusqu'à ce qu'il soit suffisamment près pour qu'il puisse monter confortablement sur le balai.

"J'aimerais diriger. Si vous êtes d'accord." Demanda le jeune homme, espérant que son collègue accepte, parce qu'il voulait tellement voler de lui-même qu'il pouvait presque le sentir physiquement.

"Si vous vous en sentez capable, je n'ai pas d'objections." Il se recula suffisamment pour lui faire de la place.

Une fois sur le balai, l'excitation d'Harry monta en flèche alors qu'il s'installait près du torse de Snape, et que l'homme l'encerclait de ses bras. Le même sentiment de sécurité l'envahit, et il se rapprocha, s'en imprégnant.

Après avoir décollé, ils montèrent haut dans les airs froids de l'après-midi. Le balai répondait bien à la conduite d'Harry. Une joie indescriptible l'envahit. Il aimait tellement voler, sentir le vent froid sur sa figure, se sentir libre et sans limites.

Sur un coup de tête, il dirigea le balai dans un piqué. Snape le serra un peu plus fort, et il ne put s'empêcher de rire alors qu'il redressait. C'était merveilleux.
Quand il redescendit, il respirait fort, étourdi par l'excitation alors que son coeur battait à tout rompre de joie. "C'était génial" murmura-t-il.

"Crétin ! Et si vous étiez tombé ?" La colère de Snape était brutale et soudaine, la peur transparaissant dans chacun de ses mots durs.

Harry ne s'était même pas inquiété à cette idée. Ca avait été trop bon, après avoir été tellement longtemps sans espoir d'être capable de le faire à nouveau. "Ca en aurait valu la peine."

"Non, ça n'en aurait pas valu la peine ! Ne recommencez pas !" La peur qu'il était incapable de cacher diminua un peu la joie du jeune homme.

"Je suis désolé." Il se sentait mal, maintenant, surtout que Snape avait été tellement... Il ne trouvait pas un mot pour décrire la générosité du professeur de potions en l'emmenant voler, et ce que ça représentait pour lui. "C'était stupide de ma part de faire ça. Je suis désolé de vous avoir fait peur."

"En effet, c'était idiot." Snape le poussa légèrement, et, comprenant le signal, il vola plus haut, survolant la forêt interdite, émerveillé par chaque seconde qu'il passait dans les airs. Etonnement, la chaleur de Snape derrière lui augmentait son bonheur.

Après une heure, Harry fut déçu d'avoir à mettre un terme au vol, mais il savait qu'il était temps de rentrer. Son dos avait commencé à l'élancer à cause du froid, et ses jambes étaient déjà engourdies. Il atterrit près du banc, et ne fut pas étonné de voir à quel point il était raide quand il descendit du balai.

Levant les yeux vers Snape, il sourit largement, laissant sa joie éclater. "Merci. Je vous le revaudrai."

"Je vous en prie. Cependant, vous ne me devez rien." Il ne lui rendit pas son sourire, l'examinant d'un regard intense qui semblait content.

"Je vous dois plus que je ne serai sans doute capable de vous rendre." Répondit doucement Harry. Pendant un instant, son vœu le plus cher fut de montrer à Snape ce qu'il ressentait pour lui. Sans réfléchir plus, il posa une main sur la nuque de l'ancien Mangemort, et déposa doucement un baiser sur sa joue. "Merci."

Les yeux de Snape s'agrandirent et reflétèrent ce qui semblait être de la stupéfaction. Il cligna des yeux plusieurs fois, ayant l'air ébahi par ce qui venait juste de se passer.

Harry ne put résister à la tentation, et il leva la tête à nouveau alors qu'il rapprochait Snape, plus près cette fois, passant un bras autour de sa taille. Très doucement, il posa ses lèvres sur celles du professeur, les effleurant brièvement. Il s'éloigna presque aussitôt. Sa bouche était plus douce que ce à quoi il s'attendait.

Peur, exaltation et désir le submergèrent, son coeur battant plus vite que quand il avait plongé sur le balai, il se rapprocha encore. Il voulait désespérément goûter cette douceur à nouveau. S'approchant pour un autre baiser, il laissa ses lèvres sur celles de Snape un long moment.

Au début, il ne répondit pas, comme s'il ne pouvait croire à l'audace du jeune homme. Cependant, alors qu'Harry commençait à se reculer, craignant d'avoir offensé son aîné, Snape bougea en même temps, trop fort, plaquant ses lèvres contre les siennes.

Il posa une main contre la joue du professeur, le poussant un peu. Il rapprocha ses lèvres des siennes, doucement, fermement, ravi par le goût et la texture de la bouche de Snape, qui imita celle d'Harry et céda au baiser.

Snape gémit doucement.

Le bruit résonna tout le long du dos d'Harry, l'excitant comme peu de choses l'avaient jamais fait. Ravi, il se rapprocha de lui, approfondissant le baiser, le désir commençant à l'envahir.

De sa langue, il caressa la lèvre inférieure de Snape, la mordillant gentiment de ses dents. Quand il ouvrit la bouche, Harry y glissa sa langue. Pendant une très longue seconde, Snape resta complètement immobile. Le jeune homme était prêt à se retirer quand la langue de Snape toucha légèrement la sienne. Un choc électrique traversa Harry, descendant le long de sa colonne vertébrale, et il frissonna de plaisir.

Il glissa son autre bras autour de lui, pour le rapprocher encore. La position n'était pas bonne, pas avec Snape trop haut sur son balai. Déçu, il le prit comme un signe que ce n'était pas le bon moment, et il recula complètement.

Jetant un regard à moitié effrayé à Snape, Harry fut surpris de voir que ses yeux étaient toujours fermés, et sa respiration toujours haletante.
Avec un profond soupir, Snape passa sa langue sur sa lèvre inférieure, et ouvrit les yeux. Il avait l'air sous le choc. Non, plus que choqué, il avait l'air de ne pas savoir exactement ce qui venait juste de se passer.

Puis, juste pour compliquer les choses, il se baissa et effleura les lèvres d'Harry des siennes. "Bonne nuit Potter" dit-il, la voix rauque, et il s'envola.
Harry le suivit des yeux, frappé d'incompréhension.