CHAPITRE DEUX
Les choses ne changeraient jamais, les êtres humains continueraient à se détruire comme ils l'avaient toujours fait. C'était comme un besoin viscéral – de nos jours, les gens n'avaient même plus vraiment besoin de mobile pour tuer une personne. Non, aujourd'hui, ce n'était plus nécessaire.
Sara avait le regard perdu devant elle. Elle avait horreur qu'il fasse ça. Comme toujours, elle avait l'impression d'être prise au piège. Grissom était son supérieur mais cela ne signifiait pas qu'elle était son jouet qu'il pouvait jeter quand bon lui semblait. Ce n'était pas son genre mais parfois Sara avait bien envie de lui hurler dessus, limite le gifler.
Mais bien sûr tout cela n'était que des envies. Elle ne l'aurait jamais, au grand jamais, réellement fait, elle le respectait trop pour cela. Cependant elle lui en voulait de l'embarquer à chaque fois dans une telle bataille émotionnelle avec elle-même.
Le cœur a ses raisons que la raison ignore, hein ? Et bien, il pourrait bien s'abstenir de ressentir quoi que ce soit celui-là ! Cela éviterait bien des souffrances !
Partir, fuir, ces deux mots n'arrêtaient pas de se répéter dans la tête de Sara. Seulement, si on fuit ce que l'on veut parce que l'on est paralysé par la peur…
De plus fuir les problèmes ne sert à rien, ils finissent toujours par nous rattraper un jours ou l'autre. Fuir, partir pour s'éloigner de Grissom ? Et puis quoi ? Loin des yeux, loin du cœur ?
Oui, c'était une idée. Seulement, ce n'était jamais aussi simple. Les sentiments ne disparaissent pas simplement parce que l'on ne voit plus la personne.
Sara, tu es dans une impasse, ma chère.
Elle n'entendit pas la voix de Grissom qui l'appelait car ils étaient arrivés à destination.
Sara ? Sara ?
Humm ?
Nous y sommes.
Oh…
Tout va bien ?
Oui, pourquoi cette question ?
Parce que vous n'avez pas dit un seul mot durant tout le trajet.
Sara le regarda pendant un instant et ne répondit rien. Elle sortit simplement de la voiture et se dirigea immédiatement vers le coffre pour y pendre son kit.
Grissom la regardait, le regard triste. Il détestait la voir comme ça, mais il était incapable de lui tendre la main. Il se sentait plus à l'aise avec les morts et les petites bestioles. Les morts et les insectes ne mentent pas, ne réagissent pas. Eux ne lui feraient jamais de mal.
Ah ça oui tout va bien, Grissom, c'est certain – je suis complètement coincée dans un dédalle sentimental à me demande pourquoi je me laisse souffrir comme ça – je dois sans doute être masochiste c'est sûrement l'explication la plus logique au fait que je reste ici à Las Vegas, à me faire du mal à aimer un homme qui ne me voit que comme une excellente criminaliste, enfin je suppose. Je n'en suis même pas certaine. Il est tellement secret.
Sara se dirigeait déjà vers la maison alors que Grissom l'observait songeur pendant quelques instants avant de prendre son propre kit et de refermer la voiture.
Au premier abord la maison paraissait déserte, pas même un chien. La maison était calme – trop calme.
Sara avança doucement dans la maison, se demandant ce qu'elle allait trouver. Elle savait ce qu'elle trouverait – un corps – la question c'était dans quel état. Elle traversa le salon, rien. Rien n'avait été déplacé. La cuisine, toujours rien, aucun déplacement ni de corps. Rien ne semblait avoir été brisé non plus, ce qui pourrait vouloir dire que la victime connaissait probablement son agresseur et ne s'est donc pas méfiée.
Elle arriva ensuite à la salle de bain et c'est là qu'elle fit la macabre découverte : la jeune fille était à genoux, le torse replié en avant, sa tête tournée sur le côté et les bras le long du corps, la paume des mains vers le haut. Elle avait toujours les yeux ouverts, ce qui signifiait qu'elle était morte quasi instantanément. Les yeux n'avaient pas eu le temps de se refermer. Cependant, il n'y avait aucune trace de sang, du moins aucune visible à l'œil nu.
Grissom, dans la salle de bain !
Gil Grissom arriva quelques instants plus tard et s'arrêta lorsqu'il arriva à la porte de la salle de bain. L'expression de son visage s'assombrit instantanément « Papillons » murmura-t-il.
Sara se retourna vers lui le regard interrogateur.
Pardon ?
Papillons, cela me rappelle étrangement une autre affaire. La victime se trouvait dans la même position avec le bas du dos exposé. À la différence près que cette dernière avait été égorgée…
Grissom sentit un frisson lui parcourir le dos. Cette affaire l'avait hanté encore bien après sa résolution. Debbie Marlin avait hanté ses nuits pendant longtemps. Elle ressemblait tellement à Sara Sidle que l'on aurait pu croire que cette dernière était sa sœur jumelle.
Il se réveillait parfois en sursaut la nuit à cause d'elle. Il revoyait sans cesse la scène du crime, se voyant observer le corps de Debbie sur le sol dans cette salle de bain – composé de petits carrés blancs et noirs, – froide malgré qu'il y avait aussi des décorations en forme de papillons sur l'armoire de rangement des affaires diverses de toilette.
Il y avait une semaine cependant, les cauchemars avaient changé. Maintenant, Debbie Marlin ouvrait les yeux et le suppliait de la sauver. Et la nuit dernière, il avait refait le cauchemar mais cette fois ce n'était plus Debbie mais Sara qui lui demandait de la sauver.
Sauve-moi, s'il te plait Grissom, sauve-moi. Sauve-moi…
Il s'était réveillé en sursaut une nouvelle fois, sauf qu'à présent, il était trempé de sueur. Mais pourquoi donc rêvait-il d'elle. Pourquoi Debbie l'avait-elle hanté pendant des mois et à présent voilà que tout recommençait, à la différence que Sara remplaçait Debbie Marlin.
Dans ces instants que durait le cauchemar, le corps de Sara était positionné de la même manière que celui de la jeune Debbie qui aimait tant les papillons… Un nouveau frisson lui parcourut une nouvelle fois l'épine dorsale.
Sara avait remarqué le changement dans l'expression de Grissom : ses yeux avaient perdu un peu de leur éclat. Il y avait forcément quelque chose avec cette scène de crime qui devait le perturber. Grissom avait trop l'habitude de côtoyer la mort, il ne laissait jamais rien transparaître – il était comme ça, solitaire. Sa vie privée était vraiment privée.
Sara réalisa soudain qu'elle ne le connaissait pas vraiment. Personne ne le connaissait, ils ne voyaient tous que le Gil Grissom du travail, celui fasciné par les petites bêtes, celui connaissait beaucoup de choses mais pour ce qui était du reste, ils ne savaient rien, elle ne savait rien. C'était comme s'il ne vivait que pour le travail et rien d'autre… comme s'il n'avait aucune vie en dehors de son boulot.
A suivre…
