Charmeur, subst. masc. 1° Celui qui emploie les charmes, qui exerce un pouvoir magique. Par analogie, celui qui fascine. 2° Celui qui sait plaire, qui séduit, qui charme un cœur (Source : CNRS)
- Bien, fit Sam en s'installant autour de la table de réunion. Qu'est-ce que nous savons exactement sur nos, euh, nouveaux invités ?
Tous les regards se tournèrent vers Jennifer. Cette dernière soupira et reposa son mug de café sur la table.
- Les analyses ADN ont vérifié l'hypothèse du Colonel Sheppard. Il y a clairement des marqueurs humains dans le chat et des marqueurs propres à la race féline, quoique légèrement distincts, sans doute dus à des spécificités Pégasiennes, dans l'homme qui … je veux dire dans le corps appartenant à … euuuuh …
- Je crois que nous voyons de qui il s'agit Docteur, dit Sam. Je crois aussi que nous pouvons appeler le chat Rodney et l'homme, et bien, Alcartur, car c'est sans doute le nom auquel il répond.
Jennifer lui sourit et reprit son exposé.
- Oui, oui, vous avez raison. Euh, nous avons faits quelques tests pour évaluer le niveau d'intelligence du chat … je veux dire de Rodney, ainsi que celle de l'Alcartur. Rodney --
John l'interrompit.
- Connaît ses nombres premiers, nombres de Mersenne compris, et a passé près d'une bonne demi-heure avec Radek à « débattre » (John mima les guillemets avec ses mains) de la manière de résoudre le problème de désalinisation du tank sud-est. Ce dont on peut en déduire qu'il a gardé intact son intelligence … et son charmant caractère.
- Ouch, répondit Sam, un Rodney de mauvaise humeur avec des griffes, cela promet ! Et l'Alcartur ?
Jennifer fronça les sourcils.
- Son niveau de développement est difficile à évaluer. Il paraît capable de résoudre des problèmes élémentaires … je dirais que son niveau correspond à celui d'un enfant de 12 à 16 mois.
- Il sourit beaucoup et s'émerveille de tout ce qui l'entoure. Il a passé presque une heure au seul examen de ses doigts, précisa Teyla qui avait décidé de s'occuper du malheureux occupant du corps de Rodney. Il est juste … juste comme un enfant qui découvre le monde qui l'entoure.
Sam lui sourit maladroitement, ne sachant pas très bien quoi répondre à cela et se tourna vers John.
- Vous avez tiré quelque chose du Nólaquien, comment s'appelle t-il, Erundur ?
John grinça des dents.
- Nope, rien, pas un mot. Ce type est muet comme une tombe mais --
- Vous devriez me laisser avec lui tout seul une petite heure, grommela Ronon.
Sam se racla la gorge.
- Oui, et bien, je crois que je vais d'abord essayé de lui parler si vous le voulez bien.
Ronon haussa les épaules. Sam se tourna à nouveau vers Jennifer.
- Est-ce que l'on a la moindre idée de la manière dont ce … transfert, a pu avoir lieu ?
- Nous avons trouvé des traces de nanites dans l'organisme tant de Rodney que de l'Alcartur et --
- Al, dit soudainement John.
- Pardon ? demanda Jennifer en se tournant vers lui.
- Alcartur, ça fait un peu long. On pourrait l'appeler Al.
- Oh, oui, bien sûr, si vous voulez. Ahem, et donc, les nanites, une fois leur travail fait, « meurent », ce qui en rend l'examen impossible. Nous avons néanmoins réussi a en isoler quelques unes, nous verrons ce que nous pourrons tirer de leur examen. Quant au transfert en lui-même, à l'exception, curieuse je dois l'avouer, de la couleur de l'iris, il est total et parfait.
- Et impossible à reproduire ? demanda Sam.
Jennifer secoua la tête.
- Ca, nous l'ignorons. Radek et Simpson travaillent dessus mais --
- C'EST RIDICULE ! S'emporta John. Quel intérêt auraient eu les Travellers a récupéré un chat avec le cerveau de McKay ? S'ils sont à l'origine de cette transformation, ils ont aussi certainement le moyen de l'inverser. Ils avaient certainement l'intention de le ramener à bord de l'un de leur vaisseau et de le remettre dans le corps d'un homme.
Sam hocha la tête.
- C'est aussi mon opinion mais cela ne nous en dit pas beaucoup plus sur le procédé utilisé. John, avez vous essayé de contacter votre amie Larrin ?
Le wooooosh des portes de la salle de réunion s'ouvrant fit tourner la tête à toutes les personnes présentes. Les portes se refermèrent quelques secondes plus tard sans que personne ne soit entré.
Sam haussa les sourcils.
- Sans doute un mauvais fonctionnement. John ?
John se renfrogna.
- Larrin, n'est pas exactement mon amie. Les deux fois où nous nous sommes vus, elle m'a ficelé comme un rôti ! Cette fille n'est intéressée que par mes gènes, grogna t-il.
Un autre grognement répondit au sien. Tout le monde autour de la table se regarda, puis, cinq têtes plongèrent à l'unisson sous la table.
- Rodney !
- McKay !
Découvert, Rodney décida qu'il était inutile de continuer à se cacher sous la table. Il gratta le pantalon de John qui soupira et décala sa chaise de quelques centimètres. La place désormais préparée, Rodney sauta sur ses genoux. Seule sa tête était visible aux personnes assises autour de la table.
- Mioouuuuuuar, fit-il d'une voix ferme et énergique, en posant sa patte gauche sur la table. S'il avait eu une paire de chaussure entre les mains, John était certain qu'il en aurait frappé la table d'une manière très Krutchévienne.
- Euh, je crois qu'il veut que l'on continue, dit John, sur un ton un peu embarrassé.
Sam fixa un moment le chat … Rodney. Bon sang ! Même à l'époque de SG1, elle n'avait jamais vécu une situation aussi étrang--
- MACCELLO ! s'écria-t-elle soudain.
Rodney leva la tête.
- Meeeeeeep ? Fit-il puis il sauta sur la table et sautilla jusqu'à Sam. Meeeeeeeeeeep !! Réitéra t-il sur un ton insistant.
- Maccello ? Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Ronon.
- Pas quoi, mais qui, lui répondit Sam qui fixait le chat devant elle et posa timidement sa main sur sa tête.
- Maccello (3), expliqua Sam, était un scientifique extrêmement brillant (annonce qui lui valu ce que Sam interpréta comme un ricanement de la part de Rodney). Il a été persécuté par les Goa'ulds et a cherché toute sa vie durant, un moyen de les détruire. Il a notamment inventé un appareil qui permet d'interchanger des corps. Le Daedalus devrait arriver sur terre d'ici un jour ou deux, je vais demander au SGC d'y faire transporter l'appareil qui se trouve actuellement en Zone 51. Si jamais nous ne parvenons pas à comprendre ce qui s'est passé sur Nólaquen, nous aurons toujours ça … en roue de secours, si je puis dire.
Sam gratouillait le dessous du cou de Rodney qui se laissait faire, laissant entendre un ronronnant de plaisir. Le commandant en chef d'Atlantis était, John en était certain, à deux doigts de laisser échapper un « joli minou !», et il sentait qu'il était de sa responsabilité de lui éviter de tomber aussi bas.
- Colonel, vous êtes consciente que vous êtes en train de caresser Rodney, n'est-ce pas ? dit il d'une voix mielleuse.
La main de Sam stoppa net et elle la retira vivement, un peu gênée. Rodney se tourna vers John, son regard perçant lui promettant les pires tourments. John compatissait : ce serait sans doute la première et dernière fois que Rodney pourrait sentir sur son corps la douceur des mains de Samantha Carter …
- Ahem … euh, bien sûr, reprit Sam. Le petit inconvénient c'est qu'il faudra attendre au moins quatre bonnes semaines pour que le Daedalus soit de retour sur Atlantis. Elle s'était ressaisie et évitait désormais soigneusement de regarder Rodney lequel était pourtant difficilement « évitable » : allongé de tout son long sur le PDA de Carter, il offrait son ventre (de manière tout à fait obscène jugea John), invitant à la caresse.
Le sale petit manipulateur, pensa John.
John vit la résolution de Sam fondre comme neige au soleil et un petit sourire qui criait « ooooooooooh, c'est si mimi ! » apparaître sur le visage de la femme qui avait été à l'origine de la destruction d'une bonne demi-douzaine d'impitoyables Grands Maîtres Goa'ulds.
Une petite patte (griffes soigneusement rétractées nota John) se posa sur la main de Sam, des yeux bleus à faire pleurer Bambi de jalousie la fixaient et il ne manquait qu'un petit miaou suppliant pour rendre cette scène digne d'un dessin animé de Walt Disney. Ooooo-kay, pensa John, temps de sortir la grosse artillerie.
- Je crois que nous devrions discuter des conditions de logement de Rodney et d'Al, annonça-t-il posément.
- Meeeeeeeeeep ? Fit immédiatement Rodney. Ses yeux étaient réduits à de petites fentes bleues mais le regard qu'il lançait à John convoyait parfaitement sa méfiance.
- Puisqu'il est clair que nous ne sommes pas en mesure, dans l'immédiat, de redonner leur corps respectif à Rodney et à Al, il me semble important de déterminer qui va se charger d'eux en attendant que le Daedalus arrive ou que Zelenka nous trouve une solution miracle, précisa John sans quitter des yeux Rodney.
Les yeux du chat se rétrécirent encore un peu.
-Je crois qu'Al a confiance en moi, dit Teyla. Je serai honorée de pouvoir prendre soin de lui, le temps qu'il faudra.
A cette annonce, les oreilles de Rodney se dressèrent et il sautilla jusqu'à Teyla. Cette dernière, comme la plupart des peuples de Pégase, ignorait tout des mœurs félines et eut un mouvement de recul lorsque Rodney lui donna un petit coup de tête dans les mains.
- Je crois qu'il veut vous remercier, expliqua John un sourire sur les lèvres.
Selon Jennifer et leur xénobiologiste, le docteur Dawson, curieusement (ce qui voulait dire qu'ils ignoraient pourquoi bien entendu) le fait pour Rodney d'être dans le corps d'un chat, s'était accompagné de l'acquisition d'un certain nombre de traits et d'instincts propres à ces derniers ; tout comme de son côté, Al, développait des réactions tout ce qu'il y avait de plus humaines.
John n'était pas un « homme à chat », préférant les chiens, ce qui lui avait bien évidemment valu un exposé de la part de Rodney : de l'avantage du Chat sur le Chien.
Selon Rodney, les gens qui préfèrent les chiens (fidèles, aimant leur maître, blablabla) sont en fait des névrosés qui ont un besoin pathétique et pathologique d'être aimé. Le chien vous aime sans que vous ayez rien à faire en retour et sans retenue. Sans grand discernement non plus puisque si vous lui donnez des coups, il reviendra quand même vers vous ! Ce qui fait de lui un animal loyal jusqu'à la mort certes mais aussi le plus stupide de la Création. Les chats en revanche aiment avec discernement : frappez le et vous ne le reverrez pas. Il est autonome dans l'affection dont il a besoin (pas comme un chien qui réclame constamment des caresses) et sait réclamer sa part de câlins tout en sachant détecter le moment où vous avez besoin, vous aussi, d'affection. Bref, chat 1 et chien, 0.
Après cet incroyable argumentaire pro-chat, Rodney avait vanté les mérites respectifs de tous les chats qu'ils avaient eus depuis son départ de la maison familiale. A l'en croire, ses chats avaient tous 200 de QI … Bref, John n'était pas très à l'aise avec les chats mais, hey, on ne parlait pas vraiment d'un chat ici mais de Rodney ! Rodney qui était son coéquipier et son ami. Son meilleur ami. Rodney qui certainement n'aurait pas hésité à s'occuper de lui s'il s'était malencontreusement transformé en chien, non ? John hésita un moment puis prit sa décision.
- Je veux bien de m'occuper de lui, lâcha t-il d'une traite.
Sam se tourna vers lui.
- Pardon ? Vous voulez bien vous occupez de qui ? Demanda t-elle.
- Rodney. Je veux bien m'en occuper tant que nous n'aurons pas trouvé le moyen de lui redonner sa forme normale.
Rodney tourna la tête vers John puis avança lentement vers lui, à pas mesuré et s'arrêta juste devant lui puis baissa la tête. John fixait Rodney, mains à plat sur le bureau devant lui, sourcils froncés en signe d'interrogation.
- Je crois, dit Teyla doucement, qu'il voudrait vous remercier à votre tour.
John écarquilla les yeux et compris enfin où Teyla voulait en venir. Il baissa lui aussi la tête et lorsque son front fut au niveau de celui de Rodney, ce dernier s'avança. Ils étaient front contre front, le signe de respect des Athosiens. Ils restèrent ainsi un long moment jusqu'à ce que Sam se racle discrètement la gorge.
- Bon, et bien je crois que nous ne pouvons plus faire grand-chose, à part attendre, n'est-ce pas ? Elle récupéra son PDA et sourit à Rodney.
Ce dernier abandonna bien vite John et vint se frotter à elle puis se tint tout droit devant elle, nez en l'air, moustaches frémissantes. Sam sourit, amusée et le gratouilla entre les deux oreilles. Un bruit de moteur se fit bientôt entendre dans la salle.
- Bonsoir McKay, vous aussi Colonel, fit Sam en sortant de la pièce après un dernier gratouillis.
John avait les bras croisés sur la poitrine et fixait Rodney. Ce dernier eut droit à une caresse de la part de Keller mais aussi, quoique plus timide, de la part de Teyla. Ronon lui, grogna juste un bonsoir et sortit en évitant soigneusement l'animal perché tel un sphinx sur la table. Les natifs de Pégase n'avaient décidément pas l'amour que leurs homologues terriens professaient pour la gente féline.
Rodney poussa un soupir puis se dirigea vers John. Arrivé devant lui, il miaula bruyamment puis se mit sur ses pattes de derrière et posa ses pattes avant sur l'épaule de John.
Bah, voyons, même sous cette forme, McKay ne pouvait s'empêcher de donner des ordres !
John poussa gentiment le derrière de Rodney et celui-ci s'installa sur son épaule (4).
Ce soir là, c'est sur cet étrange spectacle du Chef scientifique d'Atlantis installé, digne et fier, sur l'épaule du Lieutenant Colonel John Sheppard, non moins fier de sa toute nouvelle responsabilité, que s'éteignirent les lumières de la Cité.
TBC …
(3) SG1, épisode 217, Transfert.
(4) Les Tonkinois aiment, comme les Siamois, s'installer sur l'épaule de leur maître (ils ont généralement un humain préféré dans la maison qui les accueille, signe distinctif des races de chats asiatiques) et se laisser balader avec un air très royal sur le visage.
Il y aura plusieurs chapitres jusqu'à ce que je décide de rendre sa forme humaine à Rodney. Chaque chapitre pourra se lire de manière autonome et un petit mot commençant par CHA en sera le fil rouge. A l'exception du dernier, ils seront plutôt écrits sur le style humoristique.
Si vous voulez me faire part de petits épisodes drôles de votre vie d'humain avec un chat, n'hésitez pas ! Plus y'en aura, mieux ce sera.
