Dédié à Gimli (14 ans, décédé le 22 octobre 2007) et Dialou (16 ans, décédé le 20 août dernier), mes deux amours de chats.
Chahut, subst. masc. 1 °À Paris, vers les années 1830, dans les guinguettes et les bastringues, danse excentrique et un peu folle, voisine du branle et du cancan, dont les improvisations gestuelles hardies, les figures indécentes s'accompagnaient souvent de cris et de rires. 2°P. extension, grand vacarme, tapage. 3 ° P. extension, manifestation bruyante contre une autorité (notamment, sans les salles de classe !) (Source : CNRS).
- Ouch ! Hey, McKay, doucement avec les griffes ! Grinça Sheppard.
Peuh, pensa Rodney. Il aimerait bien voir le grand John Sheppard dans sa position, à savoir, installé sur l'épaule de quelqu'un … et puis de toute manière, c'était de sa faute : ce type n'avait que la peau sur les os ! S'il était un peu plus rembourré, Rodney aurait plus de place et n'aurait donc pas besoin de « s'accrocher ». Il décida qu'il avait raison et que Sheppard avait tort et lui fit comprendre en enfonçant davantage ses griffes dans la veste de ce dernier.
- Argh ! Nondenon ! McKay !!
Rodney resta sourd aux récriminations de son « véhicule » et s'installa le plus confortablement possible. Il mordilla l'oreille de Sheppard lorsque celui-ci décida de pratiquement jogger jusqu'au transporteur. Rodney n'aimait pas qu'il aille trop vite, ça lui donnait la nausée. Après une énième plainte de Sheppard (et dire que c'était Rodney que l'on trouvait chochotte !), ils entrèrent dans le transporteur et Rodney observa Sheppard choisir leur destination.
L'infirmerie.
Rodney aurait volontiers enfoncé complètement ses griffes dans la peau de Sheppard mais cela n'aurait pas été très juste. Sheppard n'y était pour rien après tout … en revanche, Rodney pourrait peut-être mordre Keller ? Ou alors Biro ? Ca leur apprendrait à vouloir le vider de son sang ! Il se mit à trembler en pensant aux grandes, vraiment très grandes seringues qui ne manqueraient certainement pas de l'attendre une fois arrivé à leur destination.
La main de Sheppard se posa immédiatement sur son dos et Rodney donna un petit coup de tête à la joue de Sheppard. La main continua sa caresse.
- Hey, Rodney, ça va aller ? Demanda Sheppard sur un ton rassurant.
Rodney redonna un petit coup de tête à Sheppard et plongea son nez dans l'oreille qu'il venait de mordre. La sensation de froid du museau de Rodney fit glousser Sheppard. Ce type était vraiment trop facile. Ca marchait à chaque fois !
Quant à répondre à sa question : est-ce qu'il allait bien ? A part pour ce qui était évident, à savoir la perte de son corps, Rodney n'aurait pas su le dire.
C'était si curieux ce nouveau monde. Rodney se sentait comme déchiré, partagé entre son moi chat et son moi humain. Autour de lui, tout était trop grand, trop bruyant, trop, trop, trop … Mais il y avait aussi quelque chose d'excitant à être dans le corps d'un chat. Il pouvait courir le cent mètres en moins d'une minute sans être essoufflé (5), faire des bonds dignes d'un athlète olympique (6) ! Les odeurs étaient aussi très différentes, plus intenses (7), quant à sa vision nocturne, wouaou ! Merci le Tapetum Lucidum (8) ! Et puis, plus de couleur rouge qu'il détestait (sauf sur Sam bien entendu) (9).
- Nous y voilà, dit Sheppard sur un ton guilleret quelque peu forcé.
Rodney aurait volontiers levé les yeux au ciel s'il avait pu : Sheppard était encore plus nerveux que lui à l'idée de venir à l'infirmerie ! Il faut dire qu'il prenait très au sérieux sa décision de s'occuper de lui. Un peu trop peut-être … Rodney passait son temps à le rassurer (à grand renfort de coups de tête) et à le détendre (en lui flanquant son museau dans l'oreille, bizarre mais efficace).
Ils faillirent entrer en collision avec Keller qui sortait, visiblement légèrement paniquée, de l'infirmerie.
- Oh, Colonel, Rodney ! Vous tombez à pic. Nous avons un petit problème.
oOo
L'infirmerie était en effet en effervescence. Juste avant que John n'arrive, trois techniciens avaient été victimes d'une explosion dans un des laboratoires de recherche. L'un d'eux avait été gravement touché au visage, les deux autres aux mains, et tout le personnel de Keller s'affairait autour des malheureux blessés.
John allait demander à Keller quel était son « petit problème » lorsque Rodney sauta brusquement de son épaule, se faufila, entre les jambes des infirmières (élicitant quelques cris) et entra dans une des alcôves.
- Rodney ! Cria John qui n'avait qu'une peur : que quelqu'un, dans la panique, ne piétine son ami !
John se précipita à la suite de Rodney et stoppa net au spectacle qui s'offrait à lui.
Derrière le paravent qui protégeait les occupants des petites alcôves du reste de l'infirmerie, c'était le chaos : ustensiles médicaux à terre, draps déchirés, lit renversé … John vit Rodney disparaître sous la couverture qui pendait par terre, juste au dessus du lit.
- John, je crois que nous devrions laisser Rodney faire, dit Teyla sur un ton calme mais ferme, sa main posée sur l'épaule de John.
John, qui n'avait même pas remarqué que l'athosienne était là, fronça les sourcils.
- Mais enfin, est-ce que quelqu'un pourrait m'expliquer ce qui se passe ici ! S'emporta t-il.
Ses cris furent immédiatement suivis d'un écho plaintif. La tête de Rodney réapparut de sous le lit. Il émit un miaulement courroucé en direction de John (genre « la ferme ! »), puis fila à nouveau dans sa cachette. Sauf que sa queue dépassait. Et elle frappait un furieux staccato sur le sol. Oula, pensa John, message reçu cinq sur cinq : Rodney était sérieusement en colère !
Keller, qui les avait suivis, répondit à sa question, en murmurant.
- Teyla nous a amenés Al pour le soumettre à un petit check-up mais … Elle fit une petite grimace. Nous avons eu une urgence comme vous avez pu le voir. Lawson, Grünwald et Wollinski sont arrivés il y a une petite demi-heure de cela. Lawson hurlait … ses cris ont fini par faire peur à Al. Il a paniqué et comme un chat l'aurait fait, il a voulu se « cacher ».
Keller désignait le lit renversé.
- Teyla a bien essayé de le calmer mais pas moyen de le faire sortir de là. J'ai pensé que Rodney aurait plus de chance que nous.
John cligna des yeux un moment, secoua la tête et s'agenouilla devant le lit. Il souleva doucement les pans de la couverture … et écarquilla les yeux en découvrant l'étrange spectacle qu'offraient Rodney et Al.
Al était mi à genoux mi couché sur le ventre dans une position imitant parfaitement celle du sphinx (quoique le « cul » en l'air ôtait un peu de sa dignité à cette version de la créature fantastique de la mythologie grecque). Il offrait son sourcil gauche à Rodney qui apparemment avait décidé de lui faire sa toilette et mettait toute la concentration du scientifique chevronné qu'il était dans cette tâche, passant encore et encore sur le même espace de chair. La peau commençait à montrer les signes du passage de la langue râpeuse de Rodney. Cela ne semblait guère gêner Al qui poussait de petits soupirs de contentement, yeux fermés et visiblement calmé. Il rouvrit brusquement les yeux ayant vraisemblablement senti qu'il était observé. Une paire d'yeux ambre se fixèrent sur John et Rodney abandonna sa tâche quelques minutes pour venir cracher sur John. Ce dernier soupira. Message reçu : pas de visiteurs !
John se releva et fit un large sourire à Jennifer qui s'était elle aussi agenouillée par terre près du lit.
- Tout va bien, lui annonça John. Je crois que nous pouvons dire que Rodney à la situation bien en main … ou en pattes, euh, bref, Al est sous le charme et a l'air d'aller beaucoup mieux.
Jennifer fronça les sourcils et pencha la tête sous le lit.
- Mais qu'est-ce qu'ils font la dessous ? Demanda Jennifer qui souleva à son tour la couverture. Ooooh ! S'exclama t-elle avant de ressortir de sous le lit, un large sourire sur le visage. C'est trop mimi !
Humpf, pensa John, bras croisés sur la poitrine. Il ne trouvait pas particulièrement mimi le fait d'observer un chat faire la toilette d'autrui.
- L'allotoilettage est un comportement fréquent chez les félins Colonel, précisa Jennifer. Il peut être la réponse à un besoin d'être rassuré, de se sentir en sécurité en rappelant à l'animal la langue de sa mère lorsque celle-ci le lavait. Quoiqu'il en soit, il est toujours le signe d'une solide amitié, si vous me permettez cet anthropomorphisme, entre les deux protagonistes. Les chats ne lavent pas n'importe qui ! Ajouta t-elle sur un ton taquin.
John était jaloux : lui, il avait juste droit au museau froid et mouillé de Rodney dans son oreille ! Quand ce n'était pas ses fichues griffes acérées … Cedi dit, la langue des chats était pire qu'une râpe à fromage et franchement, John n'était pas si pressé que cela d'y goûter.
Keller s'était relevée et discutait avec Teyla.
- Nous allons les laisser là tous les deux, le temps que -- hiiiiii ! Couina soudain la jeune femme, déséquilibrée par la petite torpille qui venait de sortir de sous le lit.
Teyla rattrapa Jennifer avant qu'elle ne tombe.
- Hey ! Cria John.
Il allait se lancer à la poursuite de la torpille lorsque celle-ci – après un superbe dérapage contrôlé sur le sol de l'infirmerie et quelques cris de la part des infirmières ayant eu le malheur de se trouver sur son chemin – exécuta un demi-tour et revint, toujours à vitesse maximum, vers eux et fila sous le lit pour en ressortir quelques secondes plus tard et recommencer son parcours.
- Oula, gloussa Jennifer, quart d'heure de folie !
John se tourna vers elle, en prenant le soin d'écarter les jambes : Rodney ne semblant pas trop se soucier des obstacles sur son passage. Il passait, repassait, en courant. Quart d'heure de folie, en effet.
- Mais, mais pourquoi est-ce qu'il fait ça ? demanda John un peu dépassé par la tournure que prenait ce petit check up médical.
- Aucune idée, répondit Jennifer. Tous les chats que j'ai connus faisaient ça : piquer un sprint en ligne droite. Quart d'heure de folie …
Clap, clap, clap, clap !
John, Jennifer et Teyla se tournèrent à l'unisson vers l'origine du bruit.
Al était sorti de sa cachette sans qu'ils s'en aperçoivent et s'était assis en tailleur sur le lit. Il tapait de manière enthousiaste dans ses mains à chaque passage de Rodney. Ce dernier fit une dernière embardée et sauta sur le lit, renversant un Al hilare puis, après avoir fait quelques cercles sur son ventre, il s'installa. Al se mit à le caresser timidement. Rodney l'encouragea en donnant de vigoureux coups de tête dans la main d'Al. Lorsqu'il sentit qu'Al était en confiance, Rodney descendit de son perchoir. Il miaula et Al s'installa en chien de fusil sur le lit. Rodney était assis devant lui, tel un garde. Al lui caressait gentiment le dos et la tête puis ses mouvements se firent plus lents, ses yeux se fermèrent doucement, sa main retomba mollement sur le lit.
Teyla eut un moment de panique.
- Jennifer, est-ce qu'il va bien ?
Keller avait immédiatement retrouvé son professionnalisme et, sans déranger Rodney qui suivait ses gestes comme un vautour observe une proie potentielle, elle vérifia le pouls de son patient. Elle tourna un visage souriant vers Teyla.
- Nope, tout va bien murmura t-elle. Il dort.
Rodney miaula.
- Oui, Rodney, merci beaucoup pour votre aide, répondit Jennifer sur un ton sarcastique, ce qui lui valut un petit « prrrriout » de dédain de la part de Rodney. Ce dernier, sa mission accomplie, rejoignit John et se planta devant lui. Il miaula à nouveau, sur un ton impérieux et John soupira mais obtempéra. Il se baissa et Rodney sauta sur son épaule.
John sourit. Tant pis si Rodney ne le lavait pas de la tête aux pieds, il savait que leur amitié n'avait pas besoin de ça pour s'exprimer. Après tout, John était le seul à qui Rodney mordillait l'oreille, ça devait bien compter pour quelque chose, non ?
(5) Le chat met 9 secondes pour courir un cent mètres, mais il n'est pas un coureur de fond et se fatigue vite (Source : Wikipédia).
(6) Le chat peut sauter à une hauteur cinq fois supérieure à sa taille (source : précitée).
(7) L'odorat du chat est plus performant que celui de l'humain : il possède vingt millions de terminaux olfactifs, contre cinq millions chez les humains (source : précitée).
(8) La nuit, l'aspect brillant des yeux du chat est dû à une couche de cellules de la rétine, appelée tapetum lucidum, qui agit comme un miroir et renvoie la lumière perçue, ce qui la fait passer une seconde fois dans la rétine et multiplie ainsi par deux son acuité visuelle par rapport à celle l'homme. Le chat ne voit donc pas dans le noir mais voit mieux que les humains dans la pénombre (source : précitée).
(9) Le chat ne perçoit pas les couleurs de la même façon que l'homme : il semblerait notamment (mais cela est encore discuté) qu'il ne perçoive pas la couleur rouge (source : précitée).
