Quelques précisions suite au commentaires (merci beaucoup en passant, vous n'imaginez pas à quel point ça fait plaisir et ça motive...)
Il n'y aura pas de magie du moins pas pour sakura/shaolan...

Rentrée

(--Japon - 6 ans auparavant--)

-- (Sakura)

J'étais entrée au lycée il y a deux ans, et je crois que je sentais quelque part en moi qu'ils s'agissaient de mes premiers pas vers la libération.

Rien de bien extraordinaire pourtant. Il s'agissait du lycée de la ville dans laquelle j'avais grandi, Tomoeda, pas loin de Kyoto.

Je m'étais retrouvée dans la classe de ma meilleure amie pendant deux années consécutives. Même si les cours me demandaient d'importants efforts pour être première, la présence de Tomoyo à mes côtés rendait la vie au lycée plus agréable.

Elle était très populaire, je l'étais beaucoup moins qu'elle mais elle ne me considérait jamais comme un fardeau.

En y repensant, je crois que nous nous supportions mutuellement, elle savait que je n'étais pas une rivale – je n'aurais pas aimé l'être – et se confiait ouvertement. Quant à moi, Tomoyo était la seule en qui j'avais réellement confiance. Nous nous étions rencontrées au collège et jamais quittées depuis.

Tomoyo avait quelque chose que je n'avais pas et je ne pouvais m'empêcher de l'envier à ce propos: elle avait une mère qui l'aimait et qui lui faisait confiance, sure qu'elle ferait les bons choix.

Encore une rentrée. La dernière avant l'université. Enfin quand je dis université, je suppose que mon père me trouvera une école de musique classique, mais il veut absolument que j'ai ce diplôme avant.

Je retrouve Tomoyo devant la grille, elle m'attend. Je me retourne pour faire un signe de la main à mon frère qui hoche la tête et je souris à mon amie.

« Prête pour une nouvelle année avec moi, ma puce. » Je ne dis rien, je me dirige en premier vers mon casier et prend mes affaires pour le premier cours. Ils ont eu la gentillesse de nous envoyer nos emplois du temps il y a deux jours. Tomoyo me rejoint rapidement.

« J'ai toujours raison. » Nous sommes donc dans la même classe.

« Je t'attends. Dépêche-toi, on va être en retard. » Elle fait la moue.

« - Dis Saki, tu pourrais au moins faire semblant d'être heureuse de te retrouver avec moi.

- C'est Sakura. Je ne sais pas combien de fois je dois te répéter que je déteste ce surnom. » Je commence à m'impatienter. Je la regarde et elle n'est pas en train de prendre ses affaires. Elle me fixe. Non elle fixe derrière moi.

« Ouh, hotties à droite. » Je me retourne mais ne vois rien. Je reçois un coup sur la tête. « L'autre droite. » Ah. Oui. Tomoyo ne sait pas différencier sa droite de sa gauche. Trois garçons sont regroupés autour d'un casier et discutent tranquillement. Je ne les ai jamais vus, ils doivent être nouveaux.

« - Tu penses qu'ils seront dans notre classe?

- Je m'en fiche. Tu te dépêches?

- C'est fou. Parfois je me demande si tu es une fille.

- Non je suis un alien descendue sur Terre pour t'amadouer afin que tu n'opposes aucune résistance lorsque mes congénères viendront te kidnapper afin de pouvoir faire des expériences sur toi. »

Elle lève les yeux au ciel en murmurant un: « Tu ne changeras jamais, ce n'est pas possible. »

Je souris légèrement, fière de moi avant de tourner la tête pour rencontrer deux yeux qui me fixent. Je baisse la tête et reporte l'attention sur Tomoyo. « Dépêche toi, on va être en retard à cause de toi. »

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Je me précipite à la cantine dès la sortie de mon cours de piano. Oui je prends des cours aussi à l'école, en plus des cours que mon père me fait donner à la maison. Heureusement que j'aime ça sinon j'en serais simplement dégoutée. C'est ce qui est arrivé à Toya pour les arts martiaux.

Normalement Tomoyo m'attends toujours pour manger, mais je ne suis pas sure, si jamais elle avait oublié.

Ouf, pas de queue. Je prends un plateau, mets dessus ce qu'on a le droit de prendre. Je me dépêche. Je ne vois qu'au dernier moment la personne devant moi. Je freine et j'arrive à garder mon plateau dans mes mains.

Je m'arrête quelques secondes afin de reprendre ma respiration. Je l'ai échappé belle. J'aperçois Tomoyo qui me fait signe, je suis donc l'inconnu devant moi qui bloque le passage. Il s'assoit à la même table que Tomoyo. A coté de Tomoyo pour être plus précise. Et je reconnais quand il relève la tête vers moi les deux yeux de ce matin.

Et bien, rien à dire, Tomoyo n'a vraiment pas perdu de temps.

« - Prends une chaise Saki

- Sakura. C'est Sakura. Tu sais, il y a une dizaine de chaises libres à environ deux pas vers la droite, je crois que je vais m'asseoir là-bas.

- Oui, mais tu ne seras pas à côté de moi. »

Je ne dis rien et vais poser mon plateau deux places plus loin. Bientôt, quelques unes des amies de Tomoyo nous rejoignent.

Dix filles et trois garçons. J'espère qu'ils ne se sentent pas trop menacés. J'ai fini de manger et je me mets à détailler les trois intrus.

Celui à côté de Tomoyo a les cheveux bruns et des yeux ambre. Un nez fin et une bouche bien dessinée. A côté de moi, l'un a les cheveux blonds mais je suis sure que c'est une couleur. Il a des yeux noirs, son sourire radoucit ses traits. Enfin le troisième est plus loin mais je vois que ses cheveux ont des reflets bleutés et qu'il porte des lunettes. En arrivant j'ai aperçu ses yeux bleus. Oui bleus. C'est peu courant. Comme ceux de Tomoyo, nous avons conclu qu'ils avaient la couleur des améthystes, après de longues discussions et de nombreuses comparaisons.

Pas un mot n'est échangé. Enfin, pour être plus réaliste, les mots fusent mais ne sortent pas de ma bouche. On apprend donc que ce sont des dernières années comme nous. Leurs noms sont Li, Hiiragizawaa et Chung. Le premier me dit quelque chose. Je suis sure l'avoir déjà croisé quelque part. Enfin.

Ils se connaissaient avant et arrivent de Chine. Le pourquoi de l'histoire reste inconnu.

La première sonnerie retentit et nous avons donc cinq minutes pour rejoindre nos classes respectives avant que la deuxième ne retentisse.

--

Tomoyo ressort des toilettes à la fin de la pause avec un bleu au niveau de la tempe et un œil au beurre noir. Je me doute que c'est à propos des trois garçons de ce midi. C'est de cette manière que tout se règle ici. Et on déguise les coups par un : « Oh, ce n'est rien, je suis tombée dans l'escalier. Mais tout va bien, aucune raison de s'inquiéter. » Les règlements de compte sont une autre raison pour laquelle j'aime ne pas me faire remarquer.

Connaissant Tomoyo, elle n'a pas dû y aller de main morte non plus. Je cours la rejoindre puisqu'elle m'a dit de « décamper » dès qu'elles sont arrivées. Ce que je me suis empressée de faire... Pas que je sois lâche de nature. Mais je ne peux pas rentrer ainsi à la maison.

J'ai été mise sous surveillance rapprochée la seule fois où c'est arrivé, car mon père furieux, avait décidé de me faire suivre par des gardes du corps, à l'école. J'avais donc du rester seule, et ignorer Tomoyo, on en a conclu que je ne le referai pas. Car la surveillance rapprochée, ce n'est pas Toya et comme mon père a d'autres choses à faire, il nomme à ce poste des personnes travaillant pour lui, que je ne connais pas, baraquées, désagréables et surtout qui rapportent le moindre petit détail lié à mon comportement à mon père.

Je marche à coté de Tomoyo qui marche plutôt vite malgré ses talons, elle garde la tête haute et n'hésite pas à lancer quelques regards noirs aux personnes qui la regardent trop fixement. Malheureusement les cours ne sont pas encore terminés. Nous sommes à peine arrivées en classe qu'il nous faut affronter le regard du professeur.

« - Mlle Daidouji, des explications?

- Non » Et elle va s'asseoir. Je reste sur la porte.

« Allez-vous asseoir Kinomoto. » Je baisse la tête et prends place à côté de Tomoyo. Je lis dans ses yeux ce qu'elle ne veut pas dire. Ce que je sais déjà. A quel point je suis faible. Mais je ne peux pas me le permettre.

Je griffonne sur mon papier un « désolé » qu'elle voit et elle hoche la tête. Elle répond : « imbécile ». Je lève les yeux au ciel et cela la fait sourire.

Ca y est, la journée est finie. Je crois que c'est bien une des seules fois où j'ai envie de retrouver ma chambre. Je m'en veux toujours d'être ainsi, de ne rien faire pour aller contre mon père. Une fois dans la cour, je vois mon frère en train de m'attendre dans sa voiture qui me sourit. Je tourne la tête rapidement et intercepte le regard de Li. Il ne faut pas que cela devienne une habitude. Mon sourire disparaît et je cours vers Toya.

-- (Toya)

Je viens d'arriver devant le lycée de ma soeur mais elle n'est toujours pas là. Comme d'habitude. Je regarde l'intérieur du lycée. Ça me rappelle mes propres années de lycée.

Je travaille maintenant avec père. Et j'ai soudain une furieuse envie de revivre ces quelques années où j'avais un peu de liberté.

Je vois Sakura arriver alors qu'elle est de l'autre côté de la cour. Je vois qu'elle me regarde, qu'elle sourit. Je crois deviner que c'est uniquement pour ne pas que je m'inquiète. Finalement ce n'était pas des années de grande liberté avec père toujours sur mon dos. Je crois cependant qu'elle le vit encore plus mal que moi. Père s'acharne vraiment sur elle, lui demande le meilleur, rien que le meilleur.

Elle tourne la tête à un moment et je remarque que son expression se décompose. Je suis sûr que c'est à cause des trois garçons un peu plus loin. Elle redevient froide, égale à la jeune adolescente que je connais.

Elle se dirige vers moi. Pas un sourire. Ses traits toujours aussi tirés. Nous ne sommes pas proches, autant ne pas se voiler la face. Nous parlons quand nous sommes ensemble, mais nous n'avons pas cette complicité que certains frères et sœurs partagent. Elle se cache. Elle est très forte d'ailleurs pour ne rien laisser paraître.

Elle monte dans la voiture après avoir dit au revoir à une de ses amies.

Je la fixe. Elle ne me regarde pas.

« - Qu'est-ce qu'il y a Toya?

- Tu n'as rien à me dire? Des ennuis quelconques ?

-Non. » Elle croise ses bras comme quand elle était plus petite, et augmente le volume de la radio. Je l'éteins et ne bouge pas. Après quelques minutes de silence, elle prend à nouveau la parole.

« - On y va?

-Non. » Elle lève les yeux au ciel. Je suis aussi têtu qu'elle, alors ça peut durer longtemps.

« - Tu sais je ne suis pas papa. C'est qui ces garçons? » Elle ne bouge pas d'un millimètre.

« Je ne vois pas de quoi tu parles. Je vais être en retard pour le cours de piano. Tu sais que papa déteste ça. » Ce n'est pas faux.

« - Alors? On en reparlera plus tard Toya, d'accord? Je n'ai pas envie d'en parler maintenant.

- Tu as gagné. Mais ne mens pas, tu sais très bien qu'on en reparlera jamais. » Je remets la musique, pour éviter le silence entre nous deux, bien trop pesant.

Une fois arrivés, alors qu'elle s'élance hors de la voiture, je murmure un « je suis désolé ». Je le suis vraiment, de ne pas avoir été plus présent, de ne pas l'avoir consolé quand papa était trop dur avec elle. Au moins maintenant, elle a un caractère très fort et peut supporter beaucoup de choses. Je suis sûr qu'elle m'a entendu car elle s'est arrêtée un instant avant de refermer la portière.

Je sors à mon tour et la suis. C'est père qui ouvre la porte.

« Sakura tu es en retard! » Sa voix est froide. Plus encore que celle de ma sœur. Et il est en colère mais se retient à cause du professeur derrière lui qui l'assure que ce n'est pas grave.

« Je n'ai pas élevé ma fille à être en retard. » Sakura me lance un regard lourd de reproches.

« C'est ma faute père, je ne suis pas arrivé à l'heure, j'ai été ralenti par un homme qui avait fait un malaise. » Bien choisir ses mots. C'est un homme qui a fait un malaise pas une femme. Il hoche la tête. Je vois qu'il n'est pas heureux que j'ai pris la défense de ma sœur. Elle me regarde comme si j'étais quelqu'un d'une autre planète. Elle ressemble à un poisson comme cela. Je souris. J'ai l'impression que ça fait une éternité que je n'ai pas souri ainsi.

Je passe à côté d'elle avant de monter dans ma chambre et lui chuchote un « travaille bien Kaijuu. Et ferme ta bouche, tu risques d'avaler des mouches ».


Voila une petite présentation de quelques personnages.
Des commentaires, ne les oubliez pas (pour me dire ce que vous en pensez...)! Merci de lire… et j'espère que ça vous plait.
Saeko