Boys

--(Shaolan)

« - Dis, c'est moi ou la jolie brune vient de te faire un regard meurtrier ? Qu'est-ce que tu lui as fait Shao ?

- Ta gueule, Kyo

- Quoi ? On avait pourtant dit qu'on ne se ferait pas remarquer, qu'on jouerait profil bas et tu t'attires déjà des ennemis le premier jour ?

- Les mauvaises habitudes ne se perdent pas facilement. » Cette fois, c'était Eriol. Les deux m'énervent à se foutre de moi...

Cependant, cela fait une seule journée que nous avons commencé les cours et bien que cette fille ne soit pas dans ma classe, j'ai l'impression de ne voir qu'elle : Kinomoto. Daidouji et elle sont des filles bien à part, mais si différentes. Ni l'une, ni l'autre ne nous regardent bouche bée et elles ne se mettent pas non plus à rigoler bêtement. Je me demande bien ce que j'ai fait pour qu'elle me jette un tel regard.

Mes pensées furent interrompues par le poids. Quel poids ? Celui de mon cousin Kyo qui avait décidé de faire d'Eriol et de moi-même ses porteurs, en passant un bras autour de chaque cou et en décollant ses pieds du sol.

« Descends Kyo » Mon ton était froid. Il ne fallait généralement pas me chercher longtemps. Mais Kyo était, justement Kyo, et ne savait pas où s'arrêter.

« - Allez, soyez sympas, les gars, je suis vraiment crevé après cette journée…

- Mais nous aussi Kyo ! » Avec un argument comme cela, je comprenais pourquoi Kyo arrivait à faire faire n'importe quoi à Eriol.

Nous n'avions même pas marché deux pauvres minutes en silence, que Kyo recommença à parler. Je ne savais pas ce qu'il avait contre le silence ; personnellement, il m'apaisait et je regrettais parfois que mon cousin parle constamment.

« - Dites, tu penses quoi des deux filles de midi, Eriol ?

- Il y en avait plu que deux.

- Qu'est-ce que tu penses des deux filles mignonnes, alors ? Elles avaient l'air d'être de grandes copines… » Ca y est, Kyo est parti. On ne l'arrêtera pas de sitôt.

« - Différentes

- Hein ? Quoi ?

- Elles sont différentes.

- C'est tout ce que tu trouves à dire ? » J'écoute l'échange entre mes deux cousins, et observe Eriol qui hoche la tête. Cette réponse ne suffit pas pour Kyo.

« Alors, dans ce cas, laquelle tu préfères ? » Je n'ai pas besoin d'entendre la réponse. Daidouji. Même si ce n'est pas trop son genre de filles et plutôt le mien, j'ai bien vu le regard qu'il posait sur elle.

« - Laisse-moi tranquille Kyo. J'ai d'autres choses à penser qui sont plus importantes.

- Comme ?

- Comme la manière dont on va obtenir l'argent pour payer à la fois le loyer, les frais de scolarité et le reste.

- De la même manière que d'habitude, avec l'argent des paris pour les courses de Shaolan et moi et puis avec tes talents au poker : comme on a toujours fait.

- Non. Trop dangereux avec Ichihara. » Je n'aime pas quand Eriol a raison. Je n'aime pas ce qui va sortir de sa bouche. « On devra travailler. » Kyo se tait enfin.

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Je me réveille la bouche pâteuse et des douleurs se manifestent dans le dos. Je ne reconnais l'endroit où je suis que quelques minutes après : dans le salon, Eriol est encore allongé sur le canapé. Quant à Kyo, il est par terre. Je me lève du fauteuil pour aller prendre une douche et préparer le petit-déjeuner. Je me réveille toujours une ou deux heures avant eux de toute façon.

Je repense à la soirée d'hier soir. Eriol a écumé les journaux des petites annonces et nous a trouvé un travail pour tous les trois, d'ici une semaine dans une sorte de salon de thé – restaurant – boîte, qui débute. Je ne pensais pas que ce concept était possible. Mais cela nous occupera de quatre heures de l'après-midi à onze heures du soir, avec une pause d'une demi-heure. Et jusqu'à trois heures du matin le samedi. Cela nous permettrait de couvrir nos dépenses. Je pense encore à cela quand je sors de la douche et ne me rends pas compte de la présence d'Eriol.

« A quoi tu penses ? » Je sursaute, en voyant mon cousin assis autour de la table.

« Il faudra organiser aussi un emploi du temps pour le ménage sinon ça va vite devenir comme les années précédentes. »

« - Ca ne semblait pas te déranger avant… A quoi penses-tu vraiment ?

- Je crois que je n'arrive pas à réaliser que l'on va véritablement se ranger, tu sais. Je ne suis pas sûr d'en avoir envie. » Eriol hoche la tête sans rien ajouter de plus. « Je pense que ma vie d'avant va me manquer, même si je sais qu'on est venu ici justement pout tout recommencer à zéro, le risque, la vie dangereuse qu'on menait, je ne suis pas sûr de pouvoir m'en passer.

- Pour l'instant, il faut qu'on fasse profil bas, pour éviter qu'Ichihara et ses sbires nous traquent. Une année, c'est tout, pour le moment. Après on avisera. Je suppose qu'une course de temps en temps ne peut pas faire de mal si vous le voulez vraiment. Par contre, je me chargerais de l'organisation, si ça ne t'ennuie pas…

- Dis tout de suite que je n'étais pas à la hauteur, si c'est ce que tu penses. » Il ne dit rien, me sourit simplement.

« Je vais prendre une douche. Réveille Kyo. »

Je ne pensais pas en me réveillant que cette journée serait aussi fatigante. Et tout cela à cause de deux ou trois filles de classe. Cela avait commencé à nos casiers, où des filles nous ont fixés jusqu'à ce que nous entrions dans la classe. Je sentais leurs regards posés sur nous, et comme moi, Kyo ne se sentait pas vraiment à l'aise.

« J'ai presque peur quand elle nous regardent aussi fixement. »

Cela avait continué en classe, puisqu'à peine deux minutes plus tard, nous nous sommes rendus compte que les trois étaient dans notre classe. Singh, Itou et San. Itou était la plus jolie, mais Singh paraissait la plus influente, les deux autres collées à ses basques.

Elles étaient venues parler avec nous jusqu'à l'arrivée du professeur, mais au bout de trois minutes, la voix de Singh m'exaspérait et je tentais en vain de l'ignorer. Je me mis à observer dans la cour avant qu'Itou s'accoude elle-aussi sur le rebord de la fenêtre.

« - Qu'est-ce que tu regardes ?
- Rien en particulier, j'essaye de me concentrer pour ne pas entendre la voix de ton amie. » Elle me regarde surprise. Je retourne la tête vers la cour et je vois Daidouji et Kinomoto la traverser au même moment. Encore elles. La différence entre les deux est frappante. Daidouji marche d'un pas rapide, les cheveux détachés, la tête haute. Kinomoto est plus en retrait, plus mystérieuse. Elle ne laisse rien paraître, ne dégage rien de particulier.

« Tu regardes Daidouji et l'autre fille. Je ne comprends toujours pas pourquoi elles sont amies. Mais Singh m'a mis sur la voie. Elles semblent se compléter, et la fille a besoin de Daidouji pour continuer à survivre ici… » Je ne dis rien. Je l'écoute sans le montrer, jusqu'à ce que le professeur entre dans la classe et réclame le silence.

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Je venais de poser mon plateau à côté de Kinomoto et laissait à Eriol la place à côté de Daidouji. Nous étions à peine assis que les trois filles de ce matin se manifestèrent. Singh prend la parole.

« On peut manger avec vous les garçons? » Aucun de nous trois ne répond, elle fume intérieurement parce qu'on l'ignore et je ne peux m'empêcher de sourire. Mon sourire se fige lorsque j'entends la voix de Kinomoto, alors qu'elle n'a pas dit un mot hier.

« - Tiens, je croyais que vous ne vouliez plus... Elle avait dit quoi Tomoyo déjà?

- Je crois bien que c'était quelque chose du genre s'abaisser à notre niveau. » Daidouji sourit, ce qui n'est pas le cas de Kinomoto, qui a la tête plongée dans son assiette.

« Non non, ce n'était pas aussi bien tourné. Tu as vu de qui on parle. »

Je n'avais jamais vu Daidouji sourire de cette manière ce qui la rendait encore plus attirante, il faut bien le dire. Et je ne pensais pas non plus que Kinomoto... Je tournai les yeux vers elle et ses yeux pétillaient alors qu'ils croisaient les miens rapidement.

« Je crois Ran qu'elle n'ont pas bien compris ce que tu voulais dire. » C'est au tour d'Itou, qui défend Singh. J'ai l'impression d'être dans une arène. Attention les étincelles vont commencer.

« Ce que je sous-entendais, c'est qu'il fallait que vous partiez. »

« Tu as entendu quelque chose Tomoyo? »

L'ambiance était électrique mais aucun de nous trois ne nous manifestions pour éviter que leurs griffes se retournent contre nous.

« Non non. Alors comment s'est passé ta matinée très chère? » Le ton est indéfinissable, rempli d'ironie, de mépris mais aussi d'un je-ne-sais-quoi qui me fait sourire. Singh frappe la table une fois et murmure un « dégagez... maintenant » que nos deux « amies » font mine de ne pas entendre.

« Bah très bien, les cours d'histoire sont toujours aussi intéressants et si tu voyais ce prof. » Je regardais maintenant Eriol qui ne s'abstenait pas d'admirer sa voisine et Kyo qui regardait la scène avec intérêt. Il me fit un clin d'œil et leva son pouce. Ce n'est pas vrai: qu'est-ce que je peux bien faire avec des attardés comme cela?

« Dis, tu ne trouves pas que ça sent mauvais? C'est insupportable! Surement ces filles qui ne sont pas capables…»

Kinomoto n'a pas le temps de finir sa phrase que Singh son plateau à Itou et qu'elle s'apprête à la frapper. Mais Daidouji intercepte le coup en retenant le bras de Singh dans sa main.

« Pas de coups. J'ai déjà donné. » Singh la regarde de manière hautaine avant de cracher quelques mots.

« Mais elle non. » Est-ce que c'est ce dont Itou m'a parlé ce matin.

« Elle, tu ne la touches pas. » Daidouji était redevenue froide et Kinomoto mangeait tranquillement la suite de son repas.

« Tomoyo… Ne t'inquiètes pas va. Ce n'est pas grave. Certains ne comprennent pas qu'il n'y a pas que les coups pour se battre. Ou bien... » Daidouji la regarda.

« - Sakura, s'il-te-plait, n'envenime pas plus la situation.

- Mais je ne fais rien!

- Qu'allais-tu dire Kinomoto?"

- Pas sure que tu veuilles vraiment le savoir… » Le sourire de Kinomoto était carnassier et je la trouvais belle ainsi, sans pouvoir me l'expliquer. Singh hocha la tête.

« Ou bien elles savent qu'elles ne sont pas à la hauteur... » Eriol se lève et se positionne devant Daidouji, afin que les remarques de Kinomoto n'entraînent pas plus de problèmes. Kyo l'imite. Kinomoto et moi restons assis.

« Singh, il vaudrait mieux que vous alliez vous asseoir à une autre table, la notre est déjà bien remplie. Et puis, il ne faudrait pas attirer les surveillants... » Il la regarde de manière insistante et elle finit par baisser les yeux. Oui, Eriol a ce pouvoir.

Une fois qu'ils se sont rassis, Daidouji regarde Kinomoto en secouant la tête.

« - Tu n'aurais pas dû…

- Je sais. Mais ça fait du bien de pouvoir participer d'une manière ou d'une autre. » Je ne comprends pas cet échange. « Bon il faut que j'y aille. Piano. Il va me rendre folle avec les horaires qu'il me donne. A tout à l'heure. » Elle s'éclipse rapidement. Kyo, Eriol et moi nous regardons, puis continuons à manger.

Un shaolan pov. C'est inhabituel chez moi, mais j'aime assez.
Voila qui est fait ! Des commentaires ?
Saeko.