Bonne lecture !

Le marché

------ (Chine_ Présent) (Sakura)

« Sakura! Tu as fini ton piano? Tu m'accompagnes en ville? » La voix d'Eriol me tira de mes rêveries. Je délaissai le piano et marcha lentement vers l'entrée.

« - Je t'attends!

- A tout à l'heure ma tante. Sakura et moi partons chercher de quoi préparer les prochains repas. On prend Sattia. Kyo reste ici, n'hésitez pas à le déranger si vous en avez besoin. »

Sattia, quel nom pour un cheval. Yelan nous avait rejoints sur le porche de la maison.

« - Je ne pense pas que les menaces de Ichiha...

- On n'est jamais assez trop prudent ma tante.

- Prend plutôt soin de Sakura et de mon petit-fils. » Eriol hocha la tête, et partit préparer la charrette qui nous mènerait à la ville la plus proche où se tenait le marché.

Cette vie contrastait énormément avec celle que j'avais vécue au Japon, aux côtés de père, puis de Shaolan.

« - Faites attention, ma fille. Ménagez-vous, cela ne sert à rien de faire arriver l'enfant plutôt que prévu.

- Il ne reste plus que deux semaines normalement. Et on ne pourra pas accuser le surmenage. Vous me laissez trop de liberté pendant que vous vous occupez de toutes les tâches de la maison. » Je m'inclinais avant de rejoindre Eriol.

Je ne comprenais pas pourquoi Shaolan avait fui la maison familiale, car Yelan est tellement différente de ce qu'il m'avait décrit. Quand j'ai su que j'étais enceinte, nous avions décidé de renouer avec nos parents, mais tout a commencé à tourner mal. Et voila où j'en suis maintenant.

Eriol me sourit en me voyant arriver.

« - Si Sattia n'existait pas, on serait à la ville après la nuit tombée.

- Tu exagères, je ne marche pas si lentement que ça ! Au fait, Sattia c'est vraiment nul comme prénom je n'ai jamais osé te le dire.

- Ce n'est pas moi qui ai choisi, c'est Shaolan. » Il y eut un moment de silence comme à chaque fois que son prénom était prononcé.

« - Tu peux donc t'estimer heureuse. Ce n'est pas ton gosse qui s'appellera comme ça.

- Il est nul ton humour.

- Je sais. » Il m'aide à monter dans la charrette. Et nous voila parti en direction de la ville. Il est pourtant tôt. Mais la vie a un autre rythme ici. On se lève et on se couche avec le soleil.

« A quoi tu penses? » Cette phrase qui était la préférée de Shaolan, est devenue la mienne. Eriol ne me répond pas. Et je recommence à me perdre dans mes pensées quand la voix d'Eriol me ramène vers lui.

« Je me demande si tu me verras un jour comme autre chose que le cousin de celui que tu aimes. Je me demande aussi si tu me permettrais d'être le père de l'enfant que tu portes. » Il me regarde brièvement et reporte son attention sur la route. Je l'observe un moment. Il attend ma réponse.

« La réponse à tes deux questions est non Eriol, je suis désolée. » Il se contente de regarder la route. « Même si nous avons tous les deux perdu ... Tu sais bien qu'il n'y aura que Shaolan dans ma tête et je n'ai pas envie que tu me regardes en ayant l'impression que je suis Tomoyo. » Il ne dit toujours rien.

« - Et puis, j'aurais l'impression de les trahir, tous les deux.

- Tu as raison, je divague. » Le reste du trajet se fait dans le silence.

Il est vrai que ces derniers mois, Eriol et moi nous sommes rapprochés. Je le laissais m'approcher, me toucher, sans rien dire. J'avais bien l'impression que d'une certaine manière, cela lui permettait d'oublier un peu. Et ce serait mentir si je niais le fait que sa présence me faisait du bien, me permettait d'avancer. Mais j'aurais dû faire plus attention, faire en sorte de ne pas arriver à cette situation.

Je crois que nous nous comprenons beaucoup plus que Kyo et moi car nous avons perdu chacun les deux personnes les plus chères à nos yeux, et je ne veux vraiment pas lui faire du mal…

« Arrête d'y penser Sakura. Je suis désolé, ça ne se reproduira pas. Un moment de faiblesse de ma part. » Je ne réponds pas. Et il continue.

« - Ne m'ignore pas non plus. Je ne le supporterais pas.

- Est-ce que tu penses au passé?

- A ton avis?

- Non ce que je veux dire... J'ai l'impression de vivre dans le passé. Je pense constamment à mes moments avec Shaolan. Comme une obsession.

- Je crois que c'est normal étant donné ce par quoi on est passé tous les deux... Néanmoins, ça va bientôt changer. Tu auras quelqu'un que tu devras aimer, protéger. Tu seras obligée de laisser un peu du passé pour vivre dans le présent.

- Je crois que j'ai peur du futur. J'ai peur de ne pas être une bonne mère, c'est vrai, je suis encore jeune.

- Moi je ne me fais pas de souci. Je suis même sûr que tu as tout prévu, jusqu'à la manière dont tu lui parleras de son père. Je me trompe?

- Non, tu commences à bien me connaître.

- Je suis même persuadé que tu iras au bout de tes rêves. Parce que tu as toujours été au bout de tout ce que tu devais faire. Tu as cette force de caractère: celle de ne jamais abandonner. Regarde avec Shaolan. Il y a tellement de fois où tu aurais pu tout quitter, tout lâcher, mais tu es restée, même quand il t'a fait du mal. »

On est arrivé en ville et il arrête Sattia. Il vient m'aider à me lever.

« Merci Eriol. Pour tout. » Il me sourit. Sincèrement. Et c'est comme si tous mes soucis s'envolaient.

« Ah Sakura-san! Mon dieu, ce que tu as grossi. Pourquoi te déplaces-tu, tu devrais rester allongée chez toi! » Je reconnais la voix de Mei, une jeune fille de 18 ans avec qui je me suis liée d'amitié pendant les 6 mois passées chez Yelan.

« Mei! Dis tout de suite que tu ne veux pas me voir. » Je vois le regard d'Eriol devenir plus sombre, plus froid, et je le frappe légèrement pour qu'il arrête. Mei, le même prénom de celle qui a causé tous nos malheurs. Je vois qu'Eriol est en train d'y penser.

Je lui glisse un « Ce n'est pas Meiling. Arrête-toi. Pas devant Mei. » Je vois bien que la jeune fille nous regarde bizarrement. « Tu es bien jolie aujourd'hui, quelle est l'occasion ? » Mei rougit, et ne dit rien.

« Rien de particulier Sakura-san. Parlons plutôt de toi. Tu as des idées pour le nom de ton enfant? » Je suis son regard et voit un jeune homme qui la regarde également.

« Quelle cachotière tu fais Mei! Je te rejoins tout à l'heure. Il faut qu'Eriol et moi nous mettions en route. Tu devines qu'avec ma lenteur... Je viendrais te trouver avant de repartir. » La jeune fille me sourit et hoche la tête.

Sur le chemin du retour, Eriol décide de prendre la parole. Il est resté bien silencieux toute cette matinée.

« - Cette Mei ne m'inspire pas trop confiance. Je ne veux pas que tu l'approches.

- Tout ça parce qu'elle porte le même prénom que ta cousine?

- Ce n'est pas ma cousine. » Il est borné, il ne l'était pas autant auparavant, ou bien tellment peu par rapport à Shaolan qu'on ne le remarquait pas.

« - C'était la cousine de Shao et comme Shao était ton cousin, cela fait bien d'elle ta cousine.

- Je ne la considère pas comme telle. Comment peux-tu encore la défendre ? » Parfois je me pose moi-même la question, mais la réponse vient d'elle-même.

« - Parce que tout ce qu'elle a fait, elle l'a fait par amour.

- Même si elle t'a fait souffrir. Je ne comprends pas.

- Elle aimait ce Kurogane, elle a tout fait pour lui. Elle s'est battue pour lui. Il n'y a rien de mal.

- Pour toi, la trahison et la mort de Shao et Tomoyo ne sont rien de mal? » Nous sommes en train de rouvrir des plaies à peine cicatrisées.

« - Tu t'emportes.

- Vraiment ? Elle est la cause de tous nos malheurs. De plus, je suis incapable de lui pardonner sa trahison. Au service de Ichihara, alors qu'elle savait que c'était notre ennemie. Sans elle...

- Mais elle est morte Eriol. C'est du passé, rien ne changera maintenant. S'en prendre à une morte n'aidera pas à ramener Tomoyo et Shao. De plus, je ne sais pas si je n'aurais pas fait la même chose si je m'étais retrouvée à sa place. »

Eriol ne répond pas et ne m'adresse pas la parole pendant tout le reste du trajet.

Le soleil se rapproche maintenant de son zénith. Malgré les soubresauts de la charrette liés à l'état de la route, le silence favorise mes réflexions que je devrais plutôt qualifier de rêves, ce que je passe mon temps à faire, car de cette manière, je me sens plus proche de Shaolan. Ce sont ces souvenirs, comme ceux de ce matin, qui m'encouragent à aller de l'avant.

Je repense à Shaolan, je reprends là où je m'étais arrêtée. Je me passe notre histoire en boucle dans ma tête depuis sa mort. Je revois dans mon esprit ce qui a été l'événement déclencheur de notre relation. En tout cas, pour moi…

J'espère que ce chapitre comme le précédent vous a plu! N'hésitez pas à dire ce que vous pensez réellement!!
Enfin, pas mal d'indices sur ce qui s'est passé sont dans ce chapitre...
Kaeso