Bagarre.

-------(Japon)(6 ans auparavant)---(Sakura)

Aujourd'hui mon frère doit me conduire plus tôt car il doit aller voir un ami d'enfance qui habitait maintenant à Tokyo, Yukito quelque chose...

Comme à chaque trajet, je regarde la ville s'éveiller à cette heure si matinale. Je passe en revue dans ma tête la journée qui va arriver, du cours de maths au cours d'arts plastiques.

La seule inconnue est de savoir si Shaolan me rejoindra ou pas à la fin de mon cours de musique pour quelques minutes, le temps de jouer un quatre mains. Alors qu'il m'apprenait tout du jazz, je lui faisais découvrir la musique classique.

Cependant en passant devant le parc pingouin, quelque chose, que je n'arrive pas à définir, semble différent des autres jours. Je le ressens, et ne comprends ce que c'est que quelques minutes plus tard. Je vois deux hommes en battre un troisième. Cela se passe très vite, tellement vite que je n'aurais rien remarqué si je n'avais pas regardé attentivement. L'école longe le parc pingouin, et Toya me dépose alors que je suis toujours profondément dans mes pensées. Il est à peine 6h du matin…

Alors que je me serais dépêchée d'entrer dans l'école et d'oublier cet incident il y a encore quelques mois, je me surprends à vérifier que Toya est suffisamment loin pour que je puisse rebrousser chemin. Au fur et à mesure que j'avance, je sens mes mains serrer plus fort la bandoulière de mon sac.

Ce que j'avais vu rapidement il y a une dizaine de minutes se dessine maintenant clairement et je constate que je connais le garçon à terre.

« Arrêtez ! Li ! » En entendant mes cris, les deux hommes se retournent, surpris, avant de s'en aller en courant. Je cours vers le corps de Shaolan.

Je pose une main sur son épaule et il lève la tête. Il ne m'avait même pas remarquée.

« - Ah je comprends mieux pourquoi il ont arrêté si rapidement...

- Ils t'ont sacrément amoché. » Je me suis baissée à son niveau, et je repousse les mèches mêlées au sang qui recouvrent son visage.

« - Tu habites loin ?

- Tu n'aurais pas dû te montrer. Ils pourront te reconnaître maintenant. J'aurais dû écouter Eriol.

- Arrête de parler. Tu te fatigues. » Il s'appuie sur moi et j'ai passé son bras autour de mon cou.

« Tu auras tout le temps pour les remords plus tard. Tu habites loin ? » Il secoue la tête.

« J'habite à environ cinq minutes d'ici. » Je hoche la mienne, lui indiquant de me montrer le chemin. Il me conduit et c'est une partie de la ville que je ne connais pas dans laquelle on se retrouve.

« Cinq minutes, mon œil. » J'ai soufflé ces mots mais il les a entendus et je vois se dessiner un sourire sur son visage.

« Je mets cinq minutes en moto normalement. » Cela fait 15 minutes que je le traîne. Heureusement qu'il reste encore pas mal de temps avant le début de l'école. « C'est bon, on est arrivé. »

« Passe-moi, tes clefs. Quel étage? » Il m'indique le numéro 5 et j'appuie sur le bouton correspondant.

« - Tu vis seul?

- Non, avec Eriol et Kyo.

- Ils sont là?

- Je ne sais pas. J'étais parti pour aller au gymnase, je ne suis pas leur mère. » Je ne réponds rien, mais je n'en pense pas moins. Si c'est comme ça qu'il me remercie, il n'y aura pas de prochaine fois. De toute façon, il n'y aura pas de prochaine fois, à quoi penses-tu Sakura ?! « Ils doivent encore être en train de dormir… »

Une fois passée la porte, il va vers la cuisine en titubant. Je le regarde faire ces quelques pas et je souris. Il a dû le sentir car à peine quelques secondes plus tard, il me lance un « Ne te moques pas. Je le sens d'ici. »

Mon visage retrouve une expression un peu plus neutre, un peu plus froide.

« La salle de bain? » Je n'essaye même pas d'être aimable.

« Au bout du couloir. » Je cherche partout un kit de premier secours. Mais je ne trouve rien.

« Pas de kit de premier secours? » Je prends son silence pour un non. Aussi je saisis dans le placard une serviette que j'humidifie, une deuxième, un désinfectant et tant pis pour les pansements.

Je reviens et je le vois la tête cachée dans ses bras, affalé sur leur table à manger. Je passe ma main dans ses cheveux et il relève la tête surpris.

« J'ai amené de quoi nettoyer tes plaies. J'ai fait avec les moyens du bord. » Je me justifie quand j'intercepte son regard étonné.

« - Il y a du sang par terre. Tu as été blessé plus profondément ?

- Un d'eux devait avoir un couteau. » Je m'arrête pour le regarder. Il est sérieux.

« - Enlève ton T-shirt.

- Non mais ça va pas!

- Li. » Il s'exécute et je me retiens pour ne pas montrer que la vue du sang me met mal à l'aise. Pour ne pas penser non plus que mes doigts effleurent le torse d'un garçon autre que Toya. Même avec Toya, ça n'est jamais arrivé !

« - Ils ne devaient pas avoir un couteau. Ils avaient un couteau. Je me demande pourquoi je ne l'ai pas remarqué avant.

- J'avais ma main dessus, pour empêcher...

- Ca risque de faire mal. » Je l'ai coupé, je le fais souvent quand je suis nerveuse. Je lui nettoie ses plaies, les désinfecte.

« - Je vais aller chercher des pansements parce...

- Laisse. J'irais sur le chemin des cours, je vais essayer de ne pas trop bouger, et puis la serviette suffira pour le moment. Comment se fait-il que tu étais au lycée si tôt ?

- Mon frère devait aller voir un ami à Tokyo pour la journée, et comme mon père est trop occupé, c'est toujours mon frère qui m'amène. Mon père refuse que j'aille… » Il m'a arrêté en posant ses lèvres sur les miennes. Dire que ça m'a surpris est très loin de la réalité. Je m'éloigne aussi vite que possible et tente de reprendre mes esprits. De quel droit a-t-il…

« - Une manière de te remercier Kinomoto. Et puis ça fait un moment que j'en ai envie, je me suis dit que les circonstances ne se représenteraient peut-être pas de sitôt...

- Un merci aurait suffi. » J'essaye de montrer que ça ne m'a pas affecté, mais les tremblements de ma voix me dénoncent. Il hausse les épaules et capture à nouveau mes lèvres. Cette fois, je me détends. Je sens une des ses mains autour de ma taille qui m'attire encore plus vers lui. Nous nous séparons brusquement lorsqu'une porte s'ouvre et que la voix d'Eriol nous parvient aux oreilles.. Je suis surement toute rouge.

« Shao, tu es déjà rentré? » Il se dirige vers le frigo torse nu, les cheveux en bataille. Très différent de l'image qu'il donne au lycée. Il se retourne et me vois. Je crois le voir sourire un instant. « Oh, je suis désolé, je dérange? » Il sourit véritablement maintenant. Un sourire que je déteste.

« - Ne sois pas ridicule Eriol.

- Je suis désolée, je vais être en retard.

- Ne sois pas ridicule Kinomoto.

- Ca serait trop de te demander de changer de rengaine ?

- Je t'emmenerai au lycée en moto, dans une heure.

- Mais…

- Non, on ne sera pas en retard. Si tu veux aller rejoindre Kyo, il est surement en train de regarder la télé. » Je ne dis rien, observe Shaolan puis Eriol. Je sens un peu de tension et je comprends qu'ils veulent rester seuls. Je vais passer la porte quand la voix d'Eriol me retient.

« - Kinomoto, tu veux quoi pour le petit déjeuner ?

- Rien merci, je ne mange pas le matin d'habitude…

- Ce n'est pas bon, je vais te préparer des œufs, c'est comme ça que les anglais commencent leur petit déjeuner… » Je ne réponds pas et m'éclipse. Shaolan avait raison, il est maintenant 6h30 du matin et Kyo est allongé sur le canapé, déjà en train de zapper.

« Tu veux bien te pousser un peu ? » Il sursaute à l'entente de ma voix, avant de sourire.

« - Bien sur Kinomoto. Tu veux regarder une chaîne en particulier ? J'avoue que j'adore les dessins animés, mais Eriol préfère les émissions de télé-réalité…

- Je ne pensais pas qu'Hiragizawaa était comme ça.

- Tu vas voir, il fait les meilleurs petits déjeuners de la terre !

- Dis, tu ne me demandes pas pourquoi je suis là ?

- Non, je m'en fiche un peu. Je te dis si Eriol a bien retenu une chose de son pensionnat en Angleterre, c'est bien le petit-déjeuner. Ah et peut-être la discipline aussi…

- Li se faisait battre à côté du lycée… » Kyo me regarde, puis hausse les épaules.

« - Bah, c'est pas comme s'il n'était pas habitué. C'était presque notre quotidien en Chine. C'est pour cette raison qu'on a décidé de venir ici. Pour tenter de se faire oublier…

- Qu'est-ce que tu lui racontes encore, Kyo. » Le regard d'Eriol est dur. Il pose devant moi une assiette.

« Eggs and bacon. Le meilleur. Ne t'occupes pas de Kyo, il aime raconter des bêtises. »

------(Shaolan)

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » Le ton d'Eriol est sérieux, et je sais que je vais devoir avouer qu'il avait raison... comme toujours.

« Domeki et Watakuni nous ont retrouvé. » Je crois que c'est comme cela qu'ils s'appellent car nous les avions entendus se chamailler un jour, quand nous étions encore en Chine. Eriol ne dit rien et s'assoit.

« Alors il faut qu'on parte. » Je secoue la tête.

« - Je n'ai pas envie.

- Tiens, tu ne serais pas en train de t'attacher?

- Je n'ai pas envie de courir pour leur échapper. Il va falloir les affronter de toute manière à un moment ou à un autre, car je n'ai pas envie de passer le reste de ma vie à jouer au chat et à la souris...

- Je ne suis pas prêt à mettre les filles en danger. Mais de toute façon, ta décision semble prise. » Je déteste quand il a ce discours moralisateur. Il a déjà sorti les œufs, la poêle, le lait, cherche dans le placard les assiettes et les verres.

« - Il faudra t'éloigner de Daidouji pour ne pas qu'elle soit impliquée.

- Et toi sauras-tu ignorer la petite Sakura? » Je grimace. Je déteste aussi quand il fait ça.

« - Alors tu as succombé? C'est vrai que 5 mois, c'est déjà quelque chose pour toi, tu n'es pas habitué à ne pas avoir tout ce que tu désires au moment où tu le veux…

- Je ne la désire pas. Sakura est différente des autres.

- Sakura hein?

- C'est bon Eriol lache moi.

- Non, vas-y je t'écoute. En quoi est-elle différente?

- Elle me ressemble assez. Je cherche à l'aider. » Eriol ne dit rien. Il fait glisser deux œufs et quelques tranches de bacon dans chaque assiette, avant de me tendre la mienne.

« Je vais vérifier que Kyo ne raconte pas n'importe quoi à Sakura. Tu veux que je l'appelle pour qu'elle t'aide à t'habiller ? » J'aurais eu quelque chose sous la main, je lui aurais balancé à la figure malgré la douleur...

L'horloge dans le salon vient de sonner 7h30, c'est une bizarrerie qu'Eriol a ramené d'Europe et je me demande comment elle peut être encore ici.

Eriol sort de sa chambre, bien habillé et la raie sur le côté. Si seulement les gens savaient comment il était réellement.

« - Kyo, c'est l'heure, éteins la télé !

- Mais, juste quelques minutes. Il ne reste presque rien de toute façon. » C'est le même cinéma tous les matins. Sakura les regarde un peu bizarrement, puis prend la télécommande des mains et l'écran devient noir. » Kyo la regarde méchamment.

« Je n'ai pas envie d'être en retard. Désolée. » Je rigole légèrement avant de me rendre compte que ça fait mal.

« - En plus, il faut s'arrêter à la pharmacie.

-On commence à y aller Eriol. Essaye de traîner Kyo comme tu peux… » Je sors suivi de Sakura. On n'échange pas un autre mot jusqu'à notre arrêt devant la pharmacie.

« - Tu es sur qu'il n'y a pas d'autres pharmacies ouvertes ?

- Pas sur le chemin en tout cas, allez dépêche-toi sinon on va être en retard. » Elle regarde l'immeuble avec appréhension avant de retirer son casque et de me le tendre. Elle le remet sur sa tête avant que j'ai pu le prendre

« - Ca va Kinomoto ?

- Oui, oui. Dépêchons nous… » Elle se comporte de manière étrange mais je n'y fais plus attention.

Elle se dirige dans les rayons et rassemble quelques affaires. Je vois que la femme la dévisage un peu, et que Sakura est très nerveuse, je règle et on sort d'ici.

Elle tremble sans pouvoir s'arrêter.

« -Eh, Kinomoto, qu'est-ce qui se passe ?

- J'espère qu'elle ne m'a pas reconnue. J'espère qu'elle ne m'a pas…

- Kinomoto !

- reconnue. J'espère qu'elle ne m'a pas reconnue. » Je l'embrasse une nouvelle fois, et elle me regarde les yeux grand ouverts. Au moins, elle ne balise plus.

« Accroche-toi. Il faut se dépêcher… » On arrive devant le lycée. Je range les casques. Les gens commencent à chuchoter à notre passage. Elle a toujours le sac dans sa main. Tomoyo vient à notre rencontre, très étonnée.

« Je ne sais pas ce qu'elle a, elle est comme ça depuis la pharmacie, tu peux t'en occuper ? J'ai besoin d'aller me soigner. » Tomoyo acquiesce de la tête.

« A tout à l'heure, Kinomoto. » Je lui prends le sac des mains car elle est toujours dans son monde. J'entends alors que j'ai à peine fait quelques pas Tomoyo crier son nom. Je me retourne rapidement, et je me sens sourire en voyant Sakura sursauter et reprendre ses esprits avant de s'engager dans une conversation passionnée avec sa meilleure amie.

-------(Sakura)

Je me suis précipitée à la sortie des cours. Tomoyo m'a suivie. En sortant, je ne reconnais pas la voiture de mon frère mais celle de mon père. Ce que j'ai ressassé pendant toute la journée est en train de se dérouler devant mes yeux. Mme Itaa, la pharmacienne, a dû prévenir mon père, d'où cette visite que je reçois à l'école.

En me voyant arriver, le chauffeur se précipite sur la portière. Je sais bien que je ne peux pas rentrer. Je reste au froid, en attendant que mon père daigne m'adresser la parole. Ce qui n'arrive pas. Je le vois sortir. Il a bien deux têtes de plus que moi et il me regarde de haut, dans les deux sens du terme.

« - Explique moi ce que tu as fait ce matin ma fille ?

- De quoi parlez-vous père ? » Peu importe que nous ne soyons pas à la maison, il m'attrape le bras rapidement et fermement. Il le presse un peu plus fort.

« Ne joues pas avec moi ma fille, j'en ai horreur. J'ai appelé le lycée, ils m'ont dit que tu n'y étais pas. Or Toya m'a affirmé qu'il t'avait déposé devant. » Je garde le silence. Je devine la silhouette de Tomoyo un peu plus loin, qui me regarde avec compassion.

« Jusqu'à ce que tu me dises la vérité, tu n'as pas le droit de mettre un pied dans ma maison, c'est compris ? » Il me gifle. « Ton professeur viendra te faire le cours ici aujourd'hui. Et s'il le faut, tu dormiras à l'infirmerie. C'est déjà arrangé. » Je ne dis rien.

Il se retourne, rentre dans la voiture sans m'adresser un autre regard. Il m'a humiliée devant l'école entière. Tomoyo se précipite à mes côtés. La fenêtre s'est ouverte légèrement.

« Mademoiselle Daidouji, vous devriez vous éloigner de ma fille. Je ne souhaite pas que vous la poussiez davantage dans la mauvaise direction. » La voiture démarre en trombe. Je ne me suis pas aperçue que mes larmes coulaient. Tomoyo prend ma main et la serre fort.

« Il n'est pas question que je te laisse. C'est compris ? Et ton père ne me fait pas peur. Okay Saks ? Ne t'inquiète pas. Je serai toujours là. Tu peux dormir chez moi ce soir, ma mère n'y verra aucun inconvénient, je te promets. » Je n'ai toujours pas dit un mot. Je sens qu'elle passe ses bras autour de moi et elle caresse mes cheveux.

Je ne sais pas si je suis contente ou triste. Cela fait un bail que je ne reconnais plus mon père. Mais je crois, que plus que jamais, j'ai besoin de Toya.

« Dis Tomoyo, tu peux m'attendre deux minutes ? J'ai besoin d'appeler mon frère. » Je vois nos trois garçons s'approcher de nous et je m'éloigne un peu.

« - Allo ?

- Toya ? C'est moi. Dis, tu es où ?

- Père n'est pas là ? Je lui ai dit que je ne pourrais pas venir. Je reste à Tokyo sûrement un ou deux jours de plus. Sakura ?

- Non, il ne m'a rien dit à propos de ça.

- Ca va ? » Je ne réponds pas.

« - Sakura ? Il s'est passé quelque chose ?

- Non, non…

- Qu'est-ce qu'il a fait, tu peux me le dire. Tu sais bien que tu peux tout me dire.

- Rien, ne t'inquiètes pas.

- Est-ce que ça a un rapport avec son coup de fil de ce matin ?

- Je t'ai dit de laisser tomber. Tu peux me couvrir ce soir ? C'est-à-dire ne rien dire à père. Je vais aller dormir chez Tomoyo, donc pas besoin de t'inquiéter.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé Sakura ? » Aucun mot ne sort de ma bouche.

« Il t'a touchée ? » Je ne pensais pas que Toya était au courant. « Tu pensais que je n'avais rien remarqué ? Il agit toujours de cette manière quand je ne suis pas là… » J'entends un bruit sourd et je suis sure qu'il est en train de se défouler.

« - Je n'aurais jamais dû partir, je suis désolé.

- Ne le sois pas. Si c'est ma chance de partir de la maison, je la prendrais. Je voulais juste te prévenir. C'est tout. Profite bien de Tokyo. Quand tu reviendras, ce sera sûrement l'enfer… » Je raccroche sans un mot de plus.

J'espère que ça vous a plu et légèrement distrait, suffisamment pour que vous vouliez la suite !!
A la prochaine. Saeko.