Disclaimer: Naruto appartient à Masashi Kishimoto, pas à moi.
Ithildine: tu peux tout à fait conseiller cette fic sur la tienne, du moment que tu dis de qui elle est, où tu l'as trouvée, etc., ce que tu aurais fait de toute façon je pense :)
A FEU ET A SANG
Chapitre 3
L'homme aux cheveux argentés était déjà assis lorsque le jeune héritier du clan Uchiha entra dans la pièce. Sasuke croisa le regard de son vieux professeur et comprit que ce n'était pas une visite de santé ; pour une fois, il n'affectait pas un air amiable et inoffensif, laissant transparaître l'homme qu'il était vraiment, aussi dangereux et impitoyable que la lame d'un sabre. Hatake Kakashi était un homme de contrastes, imprévisible par nature et qui excellait au déguisement et à la ruse, ce qui faisait de lui un informateur hors pair. Sasuke se demanda, non pas pour la première fois, jusqu'où allait sa loyauté envers le clan Uchiha.
Les gardes fixaient son visiteur avec une admiration teintée de peur et détournaient les yeux dès qu'ils rencontraient son regard. Sasuke leur ordonna de partir, ce qu'ils firent immédiatement, fermant la porte derrière eux. Puis le jeune Uchiha prit la parole en premier, comme c'était la coutume.
- Bonjour, Kakashi-san.
L'homme se prosterna devant lui, mais sans grande formalité. C'était lui qui avait enseigné à Sasuke tout ce qu'il connaissait de l'art de manier le sabre, mais aussi des tactiques de guerre et de politique, et ce depuis qu'il était enfant. Il était pour Sasuke la personne qui ressemblait le plus à un père, puisque Uchiha Fugaku, le seigneur du clan et son père biologique, ne s'était jamais occupé de lui. Malgré ça, le jeune homme ne lui faisait nullement confiance.
Hatake Kakashi était le fils du grand guerrier Hatake Sakumo, chef de la famille Hatake, qui s'était opposé au clan Uchiha lorsque celui-ci était monté au pouvoir. Mais Sakumo fut battu lors d'une terrible bataille et, préférant une mort noble à une vie déshonorante, se suicida. Le reste de la famille fut exterminée, sauf Kakashi qui, alors âgé de neuf ans, fut envoyé vivre parmi les Uchiha.
Rapidement, il se révéla être intelligent, bon guerrier et déterminé et gagna respect et réputation. A vingt ans, il était le général de guerre le plus proéminent du clan. Puis il renonça brusquement à ce poste prestigieux, sans que personne ne sache pourquoi. Il disparut alors dans la nature, réapparaissant seulement de temps en temps, jusqu'au jour où Uchiha Fugaku, qui n'avait pas oublié les hauts faits de sa jeunesse, le nomma tuteur de son fils cadet et héritier, Sasuke. Une fois sa tâche accomplie, cependant, il avait repris ses vagabondages.
De temps en temps, sire Uchiha tentait de le contacter, mais il était alors introuvable, et les messagers revenaient bredouilles. Décidément, rien n'avait d'emprise sur cet homme : ni le temps, ni le devoir, ni la loyauté, ni l'amour, ni l'argent. Sasuke avait entendu dire qu'il était en ville depuis quelques jours, mais n'avait pas prêté attention à ces rumeurs. Et voilà que Kakashi lui rendait visite, et, semblait-il, dans un autre but que de boire quelques verres de saké et de parler du passé.
Kakashi répondit à son salut, égrenant machinalement les politesses d'usage, mais Sasuke le coupa. Il n'était pas d'humeur à écouter ces fadaises, et voulait en venir au vif du sujet : la raison de sa présence ici.
- Alors ?
- Comme vous le savez sûrement, j'étais en ville ces jours-ci, commença-t-il.
- Oui. Sur le moment, pourtant, je n'ai pas prêté attention à ces rumeurs.
Son professeur rit doucement mais, en voyant l'expression de son visage, se reprit. Malgré tout, le sourire ne quitta pas ses yeux tandis qu'il le sermonnait.
- Vous devriez prêter attention aux rumeurs ; elles ont toujours un noyau de vérité. Je suppose qu'on vous a raconté comme j'ai fait pour connaître les plans de l'ennemi à l'avance, au moment de la bataille de Sekigahara ?
- Les superstitieux prétendent que vous êtes dotés de pouvoirs surnaturels ; les cyniques disent qu'une de vos maîtresses du camp adverse vous a servi d'espion ; mais père a toujours déclaré que vous saviez simplement faire la part des choses entre la rumeur et la réalité.
- Sire Uchiha a raison. Le général adverse n'avait pas été assez discret, et la rumeur a couru qu'il attaquerait à l'aube, au moment où notre armée serait fatiguée d'avoir veillé toute la nuit. En outre, c'était logique. Je m'y attendais.
Sasuke le scruta un moment, mais son masque affable était comme un rempart, en apparence plein de failles mais en réalité inébranlable. Sentant qu'il ne tirerait rien de cette conversation, il rangea le conseil de son aîné dans un coin de sa tête et revint au sujet initial en cachant son impatience. Après tout, Kakashi lui avait aussi appris à maîtriser ses émotions, lequel talent pouvait se révéler très utile quand on savait comme l'utiliser.
- Vous étiez donc bien en ville, dit-il.
- En effet. Je ne serais pas passé par le château, mais au détour d'une maison de thé j'ai rencontré une jeune femme – une geisha - totalement surprenante.
Il marqua une pause et Sasuke attendit qu'il continue. Il savait que si Kakashi lui parlait de cette fille, c'est qu'elle avait une importance dans la suite de son histoire. De plus, ce n'était pas souvent que Kakashi était surpris par une femme, et il se sentait intrigué.
- Elle prétendait être la fille illégitime de Haruno Shoichi.
Le Uchiha haussa un sourcil mais, à part ça, ne laissa transparaître aucune émotion. C'était certes inattendu, mais cette héritière impromptue ne pourrait rien faire pour les empêcher de saisir le domaine Haruno. Après tout, c'était une geisha, et elle ne devait pas avoir d'alliés pour l'aider. L'idée qu'elle puisse prendre possession de son héritage lui paraissait ridicule. Il n'était même pas certain qu'elle soit vraiment la fille de Shoichi, de toute façon ; elle aurait pu raconter n'importe quoi, juste pour captiver l'attention de son client.
Mais en même temps, un doute s'insinua dans son esprit. Si Kakashi lui racontait ça, c'est qu'il devait avoir eu l'impression qu'elle pourrait représenter une hypothétique menace. Dans quel cas, tout changeait. Sasuke le connaissait assez bien pour savoir qu'il ne croirait pas n'importe qui comme ça, sur parole.
- Haruno Shoichi n'a pas d'héritiers, fit-il remarquer.
- Justement. Elle m'a fait savoir qu'elle comptait bien faire valoir ses droits, et que pour ce faire elle avait besoin de mon aide.
- Et qu'avez-vous répondu ?
- J'ai accepté, évidemment. Puis j'ai décidé d'aller vous mettre au courant.
Ils restèrent silencieux. Sasuke commençait déjà à se demander comment il pourrait au mieux profiter de la situation ; quant à Kakashi il semblait plongé dans ses propres pensées. Un instant, il se sentit douter des intentions de son professeur : peut-être ne cherchait-il en vérité que la vengeance envers le clan Uchiha, qui avait détruit tout ce qu'il avait de plus cher. Dans ce cas là, il aurait accepté la proposition de cette jeune femme parce qu'elle pourrait servir à ses fins. Mais de quelle manière… ?
- Après tout, cela ne nous dérange pas tant que ça, dit-il après quelques instants de réflexion.
Kakashi lui jeta un regard en biais, si vif qu'il crut l'imaginer.
- En effet, si on sait comment en prendre partie.
- Oui, reprit Sasuke. Tout nous laisse supposer que le clan Haruno ne verra pas d'un si bon œil l'arrivée de cette fille, dont ils ignoraient l'existence et qui prétend revendiquer leur domaine. D'un autre côté, ils ne voudront pas non plus que nous envahissions leur terres.
- Evidemment, murmura Kakashi.
- Le mieux pour nous serait, finalement, qu'ils l'acceptent. Nous pourrions alors leur proposer une alliance matrimoniale, en tout bien tout honneur – après tout, nous désirons plus que tout que la paix règne entre nos deux clans.
Il laissa une trace d'ironie pointer dans sa voix. S'ils mariaient un membre du clan Uchiha à cette héritière du clan Haruno, alors les Uchiha prendraient effectivement le contrôle de leur domaine, et ce sans qu'un bain de sang soit nécessaire. Restait à savoir si le clan Haruno accepterait ce mariage.
- Ils risquent de prendre mouche et de refuser si le prétendant n'est pas assez haut placé dans le clan, fit observer son professeur.
- Oui.
Il se tut, puis annonça :
- Il faut que j'aille soumettre cette idée à mon père. Avez-vous fixé un rendez-vous avec cette fille ? Que lui avez vous promis ?
- Je ne lui ai rien promis de particulier – juste que je l'aiderai. Puis je lui ai dit que je la contacterai, mais sans donner de date.
- Vous avez bien fait de venir nous mettre au courant, en tout cas.
Il se leva, et Kakashi fit de même. Leur regards se croisèrent, et Sasuke vit que son maître souriait, ironique comme toujours, mais aussi avec une émotion moins facilement définissable. Quant à lui, il savait que son expression était devenue brièvement hostile, soupçonneuse, et que Kakashi l'avait ressenti : il était nécessaire de lui rappeler qu'il ne lui faisait pas totalement confiance, et qu'au moindre signe de déloyauté il n'hésiterait pas à le faire exécuter.
Le guerrier s'inclina et Sasuke fit de même, quoique abruptement ; l'entrevue n'avait pas durée une demi-heure au total mais l'atmosphère avait été tendue presque tout du long, et il se sentait vaguement irrité. Il se leva, appela les gardes, et s'en alla sans accorder un dernier regard à son maître.
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Son père était en pleine conversation avec l'un de ses conseillers lorsqu'il arriva et sans doute ne lui aurait-il pas prêté attention s'il n'avait pas exigé de lui parler immédiatement, et ce en privé. Uchiha Fugaku leva la tête de ses plans et aperçu son fils cadet agenouillé devant lui, une ombre d'impatience dans ses yeux noirs. Il ordonna à l'homme de les quitter et, dès que le bruit de ses pas se furent évanouis, lui demanda posément :
- Que se passe-t-il, Sasuke ?
- Je suis désolé de vous interrompre, père, mais il fallait que je vous parle.
Il s'interrompit et Fugaku le fixa avec une attention redoublée. D'habitude, Sasuke attendait qu'il mette fin lui-même à ses rendez-vous avant de prendre la parole. C'était donc non seulement un manquement au code de politesse des guerriers, mais aussi terriblement rare de sa part ; il voulait donc s'entretenir avec lui d'un sujet grave. Il songea avec une pointe d'ennui qu'il n'avait fait que ça depuis quelques jours : d'abord à propos des Haruno ; puis il avait eut vent d'une révolte plus au sud, et avait décidé d'agir immédiatement, craignant de voir son autorité s'amoindrir ; et maintenant, ceci.
- Dis moi, dit-il.
- Hatake Kakashi vient de se présenter au château et a demandé à me parler. Il était en ville depuis quelques temps, et a entendu certaines choses qui l'ont assez inquiétées pour qu'il juge nécessaire de nous en prévenir. Apparemment, une femme lui aurait dit être l'héritière des Haruno et prétend aller réclamer son domaine. Hatake-san a proposé de l'aider puis s'est rendu ici pour nous mettre au courant.
Le chef du clan se retint de justesse de pousser un soupir – de soulagement ou d'ennui, il n'était pas sûr. L'apparition de cette fille serait comme une épine dans son pied, qui l'empêcherait de tout mouvement important ; mais, d'un autre côté, il doutait qu'elle ne réussisse à obtenir aucun pouvoir véritable, surtout qu'elle ne pouvait pas être la fille légitime de feu Haruno Shoichi ; il en aurait entendu parler.
- Bien. Continue.
- Si nous la laissions prendre possession de son domaine, le clan Haruno ne serait pas convaincu, il chercherait à la marier. A ce moment là, le clan Uchiha proposerait une alliance matrimoniale.
- Il est possible qu'ils décident de la marier à quelqu'un de leur clan, répondit Fugaku.
- Une alliance avec le clan Uchiha les arrangeraient aussi. Ils y gagneraient un allié contre leurs voisins, qui profitent sans doute de l'occasion pour les attaquer, en ce moment même.
- Ne sous-estime pas la puissance de la haine, le conseilla-t-il. Ils seraient capables de refuser. C'est un pari assez risqué que tu me proposes.
Son ton n'était pourtant pas très convaincu ; Sasuke savait qu'en ce moment même il devait être en train de peser les pour et les contre de sa proposition, et était sur le point d'accepter. De fait, il reprit la parole quelques instants après :
- Ce n'est pas une mauvaise idée. Nous pourrions nous permettre de prendre leur domaine par la force, mais ils opposeraient sans doute une résistance vigoureuse. Cela m'inquiétait, mais je vois que tu y as trouvé une solution.
Sasuke accepta ses éloges sans un mot.
- Nous devrions envoyer un messager avec elle, fit-il remarquer. Elle partira sans doute avant les premières chutes de neige ; si nous attendons plus, le messager sera bloqué ici par les intempéries et le clan Haruno risquerait de prendre une décision… inconsidérée.
Fugaku, qui s'était replongé dans la lecture d'un rapport d'un de ses généraux, considérant sans doute que le sujet était clos, releva les yeux. Il cachait bien sa surprise, mais Sasuke pouvait la voir briller au fond de ses prunelles. Il passa une main dans ses cheveux grisonnants, gardant ses yeux fixés sur son fils, qui soutenait son regard sans faillir.
- Hatake-san n'était-il pas censé l'accompagner ?
- Je n'ai pas confiance en lui, lança Sasuke abruptement. Il n'a que faire des serments d'allégeances, et je ne doute pas qu'il nous trahirait si cela était dans ses intérêts.
- Je vois…
Le silence retomba. Fugaku regardait son rapport sans le lire, visiblement plongé dans ses pensées. Sasuke l'observait impassiblement, en se demandant quelle serait sa réaction. S'il réfutait ses accusations, alors Sasuke n'aurait pas d'autre choix que d'envoyer un messager du clan Uchiha au plus vite, endossant lui-même cette responsabilité. Ce serait un affront terrible mais nécessaire vis-à-vis de son père.
- Dans ce cas, reprit le seigneur, je pense qu'il faudrait mieux que tu les accompagnes.
- Moi ?
- Oui. Tu seras comme une preuve de notre bonne volonté auprès du clan Haruno, sans compter que ce sera pour eux un honneur immense. L'héritier du clan Uchiha qui vient en personne leur proposer une alliance !
Ce n'était pas faux, mais Sasuke ne put s'empêcher d'être étonné de cette décision. Un héritier sur les routes avec une geisha et un rônin, voyageant tel un vulgaire messager… Sans compter qu'il serait une 'monnaie d'échange' et que si les négociations ne se déroulaient pas conformément à la volonté du clan Uchiha, les Haruno le prendraient sans nul doute en otage. Il songea vaguement que cela arrangerait son père : lui mort, rien n'empêcherait Itachi, son fils préféré, de monter à la tête du clan. Le conseil s'y était opposé par le passé – Itachi n'était, après tout, que le fils d'une concubine, et non pas de la femme officielle – mais quelle objection pourraient-ils y trouver une fois l'héritier légitime disparu ?
Il chassa rapidement ces pensées de son esprit. Oui, Fugaku était fier d'Itachi, de son talent de guerrier - dans le passé, combien de fois lui avait-il répété 'tu es bien mon fils', phrase que Sasuke désirait désespérément se voir adressée ? - mais dernièrement, Fugaku s'était éloigné de son fils aîné, se rapprochant ainsi du cadet.
- Quand dois-je partir ? demanda-t-il.
- Avant les chutes des premières neiges, certainement. Demande à Hatake-san de fixer une date avec sa jeune protégée, et ne lui fais pas part de ta mission.
- Bien.
Sasuke s'inclina profondément devant son père, sans pouvoir s'empêcher de se demander quelle part de traîtrise et d'intérêt motivait les décision de chacun, à commencer par les siennes.
La bataille de Sekigahara est une bataille historique de l'histoire du Japon qui a marqué le début de l'ère Tokugawa. Ca n'a pas vraiment quelque chose à voir, mébon ;)
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