Disclaimer: Naruto appartient à Masashi Kishimoto et pas à moi, comme vous vous en seriez doutés.
Info inutile : j'ai calculé et cette fic devrait faire moins de vingt chapitres, ce qui veut dire que, en comptant les semaines où je pourrais pas poster, et en supposant que je garde mon rythme d'écriture, elle devrait être finie fin décembre. Wala wala.
A FEU ET A SANG
Chapitre 5
Pour la première fois de sa vie, Sakura fut en mesure de se rendre compte à quel point le froid était douloureux lorsqu'on n'était pas chaudement et richement habillé : il lui semblait que chaque coup de vent était une aiguille qui lui transperçait la peau, déchirant sa chair, annihilant ses sens. Elle n'avait cependant pas le temps de se répandre en regrets et elle allongea encore le pas, endurant sans se plaindre.
Elle avait laissé Naomi endormie sur le sol, ayant pris au préalable le soin de retirer les piques d'or et de d'argent de ses cheveux – elle l'aurait déshabillée toute entière si elle avait pu, car elle ne doutait pas que la jeune servante serait accusée de vol ; un kimono était un bien très précieux. Elle secoua la tête et chassa toute compassion de son cœur : elle avait fait son choix et ne pouvait plus s'en prendre qu'à elle.
Tout en remuant ces noires pensées elle passa une main dans sa chevelure. Leur texture lui paraissait étrangère, comme leur odeur, puisqu'elle était habituée à les parfumer quotidiennement ; et si la nuit profonde ne l'avait pas empêchée de les voir, leur couleur également lui aurait paru choquante : avant de partir, elle avait pris le soin de les passer dans l'encre, les rendant ainsi aussi noir que le plumage d'un corbeau. Elle n'aurait pas pu se permettre le contraire ; leur ancienne couleur aurait attiré beaucoup trop d'attention. Elle savait que cette nouvelle coloration partirait à la faveur d'un bain mais tout ce qui comptait pour le moment, c'était de sortir de la ville.
La porte Est était, heureusement, relativement proche car l'obscurité de la nuit commençait à se tacher de gris. Le soleil ne se lèverait pas tout de suite mais il fallait mieux qu'elle se dépêche : elle était sûre que, de toute façon, Sasuke et Kakashi seraient là en avance ou, du moins, pile à l'heure et elle ne pouvait supporter l'idée qu'ils la considèrent comme un poids.
Quand elle arriva, en effet, le jeune homme était déjà là, tenant la bride d'un cheval. Sakura ne put empêcher sa respiration de s'accélérer, d'exaltation ou d'admiration, elle ne savait pas. Le jour précédent, occupée comme elle l'avait été par ses machinations et ses plans, elle n'avait pas trop fait attention à Sasuke ; mais soudain son image s'imposa à elle avec une netteté étonnante et elle se souvint ce qu'elle avait ressenti face à lui. Son visage, lorsqu'il s'approcha d'elle, était noyé dans l'ombre mais il lui semblait qu'elle pouvait discerner chacun de ses traits – sa mâchoire fine mais ferme, son nez droit, ses yeux indescriptibles. Elle vit alors qu'il était comme un lac ; lisse en surface, imperturbable, tranquille mais pas pour autant à sous-estimer ; il faut se méfier de l'eau qui dort.
- Sakura-san, dit-il, la tirant de sa rêverie. Êtes-vous prête à partir ?
Elle acquiesça d'un hochement de tête puis se rendit compte qu'il n'avait sûrement pas aperçu le geste.
- Oui. Hatake-san n'est-il pas encore là ?
- Non, votre père est allé chercher notre charrette.
Sakura murmura son accord et le silence s'installa. Mortifiée, la jeune femme mordillait sa lèvre inférieure : comment avait-elle pu oublier ce que Kakashi lui avait dit ? Sasuke l'avait reprise sans une hésitation, sans une once de reproche dans sa voix – elle était en effet aussi impersonnelle que d'habitude – mais Sakura ne pouvait s'empêcher de douter de l'opinion qu'il avait d'elle. Il devait croire qu'elle n'était qu'un bibelot sans cervelle atteint de folie des grandeurs.
Elle se reprit aussitôt. Le moment n'était pas plus propice au doute qu'à la compassion : elle devait se focaliser entièrement sur son but, rester concentrée, et ne pas penser au reste. Qu'importait l'avis de Sasuke ? Il ne faisait que l'aider, rien de plus ; elle ne le connaissait pas et ne devait donc pas avoir quelque chose à faire de son estime. Elle avait compris son erreur et ne recommencerait pas, et c'était ça l'important. Le reste n'était que fioritures et dorures inutiles et elle comptait bien les déloger au plus vite de son esprit.
L'attente continua ainsi, le silence n'étant troublé que par le bruit de leur respiration. Sakura se détacha de l'emprise matérielle de son corps tandis ce que son esprit vagabondait le long de routes tortueuses qui menaient toutes au même but. Elle oublia l'instant présent en se laissant se fondre dans ses rêves, oublia la peur et l'angoisse du futur tant il lui semblait glorieux en se moment.
Elle fut tirée de cet état secondaire par l'écho distant des sabots d'un cheval. Prise au dépourvu, elle se tourna vers Sasuke, cherchant des yeux son visage qui commençait à se détacher du fond gris de laville, mais il ne semblait pas inquiet. Ce devait être Kakashi qui arrivait donc là, clopin-clopant, menant un vieil âne gris qui tirait lui-même une charrette. En effet, elle ne tarda pas à distinguer son visage que surmontait sa crinière argentée.
Elle en soupira presque de soulagement.
Le nouveau-venu leva sa main en une salutation joyeuse et leur sourit avec ses yeux, comme c'était son habitude. Sakura s'approcha de lui, suivie de Sasuke, et posa une main avec précaution sur l'encolure de l'animal. Il semblait doux mais elle avait entendu dire par les servantes que les animaux étaient souvent trompeurs : on les croyait gentils, et ils se révélaient méchants, ou vice-versa.
- Tu es à l'heure, ma fille, dit Kakashi en inclinant sa tête dans sa direction.
Elle lui sourit en gardant les yeux baissés et répondit, veillant à garder une voix douce et innocente de jeune fille :
- Cela ne devrait pas vous étonner.
- Tel père, telle fille, lança Sasuke avec une pointe de sarcasme.
Il était évident qu'il reprochait à Kakashi son retard. Celui-ci ne lui répondit pas, se contentant de le fixer avec une sorte d'ironie détachée, comme si Sasuke était un spécimen intéressant mais, dans l'absolu, si prévisible qu'il en devenait ennuyant. Sakura, que ces batailles de volonté, après l'avoir intriguée, commençaient à irriter, coupa court à leur gue-guerre.
- Ne devrions-nous pas partir ? demanda-t-elle d'une voix d'acier qu'elle ne se connaissait guère.
- En effet.
Les deux hommes détournèrent leur regards. Kakashi monta au-devant de la charrette, gardant les rênes de l'âne bien en main. Sakura elle-même l'y suivit, jetant en même temps son petit paquet dans le fond du véhicule, où il rejoignit les affaires de Kakashi et celles de Sasuke. Ce dernier était déjà à cheval et les toisait du haut de sa monture. Une mince raie de lumière se profilait à l'horizon, illuminant faiblement les bâtiments de bois et annonçant le jour.
Sasuke enfonça ses talons dans les flancs de son cheval, qui se mit à avancer d'un pas paisible pendant que Kakashi claquait de la langue et caressait le dos de l'âne de son fouet. Touts deux étaient parfaitement impassibles, mais Sakura savait à présent combien ils étaient maîtres de leurs émotions : ils pourraient très bien être en train de comploter sa mort qu'elle n'en devinerait rien.
Elle n'eut que le temps de se retourner pour apercevoir une dernière fois la ville qui l'avait vue grandir, espérer, se construire un rêve et à présent, l'accomplir.
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Sakura avait imaginé ce voyage comme une épopée épique, pleine d'action à couper le souffle, de révélations, de danger. Elle désenchanta rapidement. Plus que tout, le voyage était ennuyant. Ennuyant à en mourir. Les rizières succédaient aux rizières, vides, car la moisson était finie et les paysans s'occupaient autrement. Les arbres avaient déjà perdu leurs feuilles, et leurs longues branches dénudées s'élançaient vers le ciel gris comme si elles eussent voulu l'attraper. En outre, du fait des pluies récentes, les routes étaient boueuses et jonchées de feuilles mortes en pleine phase de décomposition. Sakura n'était jamais sortie de sa ville et la campagne lui parut morne et détestable.
La charrette avançait lentement. A chaque pas de l'âne elle tressautait, rendant le voyage inconfortable au possible, et plusieurs fois Kakashi dut descendre pour la pousser hors d'une ornière. Sakura avait l'impression qu'ils faisaient du surplace. Personne ne parlait et pourtant ce n'était pas comme si la besogne exigeait une concentration extrême. D'ailleurs, d'après l'air absent de Kakashi et celui renfermé de Sasuke, ils étaient plongés dans leurs pensées et se contentaient de laisser les animaux suivre la route à leur vitesse.
- Hatake-san – Père. Pourriez-vous m'expliquer notre trajet? demanda-t-elle enfin, poussée par l'ennui.
- Pardon ?
Il venait de se tourner vers elle et la regardait à présent avec surprise, comme s'il avait oublié qu'elle était dotée de parole. Refoulant son exaspération, elle reposa sa question, insistant bien sur le 'père'. Du coin de l'œil, elle vit Sasuke sourire – un petit sourire amusé, pas beaucoup plus qu'un tic, mais un sourire tout de même.
- Nous traversons en ce moment la pays des rizières, qui est sous domination Uchiha. C'est une plaine fertile, d'où son nom, qui approvisionne le clan en nourriture tout au long de l'année.
Il s'arrêta là un moment, et Sakura crut qu'il avait fini ; mais quelque secondes plus tard il désigna une ombre qui se dressait à l'horizon, aussi droite et austère qu'un mur de prison. Des nuages sombres s'y agglutinaient, comme si elle eut été un aimant.
- Cette chaîne de montage sépare les terres Uchiha des terres Haruno.
- Combien de temps pour y arriver ? demanda Sakura en gardant ses yeux fixés sur cette frontière naturelle.
Kakashi haussa des épaules et fit claquer son fouet, réveillant ainsi l'animal qui semblait sur le point de s'endormir. Une fois encore, la jeune femme crut qu'il ne répondrait pas mais il se tourna vers elle, les yeux pensifs.
- Une dizaine de jours au bas mot ; plus si nous sommes ralentis par le mauvais temps. Après, il nous faudra encore une bonne semaine pour atteindre la capitale des Haruno – sans compter le temps que nous prendra la traversée des montagnes, bien entendu.
- Trois semaines au total. Peut-être plus, ajouta Sasuke.
Elle se tourna vers lui mais il ne la regardait pas ; son regard était, comme le sien il y avait quelques instants, tendu vers la montagne. Elle savait que, cette année, les premières neiges ne tomberaient sans doute pas avant un mois mais elle ne pouvait s'empêcher de se sentir inquiète. Une pensée lui effleura soudainement l'esprit :
- Vous serez bloqués en terre Haruno pendant tout l'hiver.
- J'y connais des gens, répliqua Kakashi d'un air vague. Sasuke restera avec moi.
- N'est-ce pas dangereux ?
Pour la première fois, Sasuke rit. C'était un rire bas, amer, qui ne reflétait en aucun cas la joie mais plutôt une sorte d'humour sombre : gris. C'était un rire gris, un rire sans vie. Sakura en frissonna, chose qui, heureusement, échappa totalement aux deux hommes.
- Pas plus dangereux pour nous que pour vous, cousine.
Elle se tourna vers Kakashi mais il n'élabora pas, bien qu'il semblait avoir saisit ce que voulait dire son jeune compagnon.
Le silence retomba. Sakura s'assit dans une position plus confortable et, l'esprit tourmenté par cette conversation, finit par s'endormir, bercée par le bruit des sabots et le rythme de la charrette.
Quand elle se réveilla, il faisait déjà presque nuit et le chant lancinant des cigales avait débuté. Sakura écouta quelques instants avec une stupeur mêlée de joie ébahie ; elle n'avait jamais entendu rien de tel, cloîtrée dans sa ville au milieu de la sueur et de la poussière des hommes. De plus, l'obscurité lui cachait le paysage monotone et l'air de la nuit était frais et sucré. Elle prit une longue goulée d'oxygène et sentit l'angoisse oppressante qui lui serrait l'estomac relâcher peu à peu son emprise sur elle.
Sakura se tourna vers Sasuke, qui chevauchait à leurs côtés. Son visage semblait sculpté dans la roche, superbement impassible. Elle se demanda brièvement s'il lui arrivait de se relaxer, avant de se rendre compte que Kakashi et elle-même étaient constamment dans le même état. Quel trio étrange ! Un rônin pour le moindre excentrique, un jeune homme d'origine noble et une geisha, en route pour conquérir un puissant domaine. D'une certaine manière, cela lui convenait ; cette bizarrerie reflétait ce qu'elle était, femme de corps mais avec des ambitions réservées aux hommes, ignorante mais érudite.
Sans s'en rendre compte, elle avait laissé échapper un petit rire, et les deux hommes se tournèrent vers elle.
- Qu'y a-t-il, Sakura ?
Elle répondit évasivement, invoquant sa fatigue. Quelques secondes plus tard, elle sentait la charrette trembler sous ses pieds en émettant un petit couinement ; ils s'arrêtaient. Sasuke tira sur les brides de son cheval sans aucun ménagement et la bête s'immobilisa.
- Pourquoi s'arrête-t-on ? demanda-t-il.
- Tu as entendu ta cousine : elle est fatiguée. De plus, il se fait tard et nous ne voyons plus où nous allons. Nous allons nous arrêter pour la nuit.
- Nous allons dormir à la belle étoile ? le questionna-t-elle, non sans appréhension.
Elle le vit hausser des épaules dans la semi pénombre mais ne put distinguer son sourire ironique. Sasuke lui jeta un coup d'œil éclair avant de se laisser glisser à terre avec l'aise qui venait d'une longue pratique. Sakura le regarda à son tour, surprise qu'il accepte comme ça la décision de son 'oncle' ; dans le jours à venir, elle se rendrait compte qu'il considérait son aîné comme un chef d'équipe en dehors de la ville, car il savait que Kakashi avait incomparablement plus d'expérience que lui.
Elle descendit de son siège à la suite de Kakashi, tâtonnant avec précaution afin de ne pas tomber. Sasuke avait attaché son cheval à un arbre – la forêt étendait ses branches jusque là – et les deux hommes s'affairaient déjà à ramasser du bois. Elle resta un retrait, ne sachant comment aider, jusqu'à ce que Kakashi lui fasse signe de le rejoindre.
- Aide Sasuke à ramasser du bois sec pour le feu. Je vais chercher la charrette.
Elle hocha de la tête et se dépêcha dans la direction du jeune homme. Sans un mot, il lui montra les endroits où il y avait le plus de branches mortes et lui apprit comment tenir un gros fagot dans ses bras sans rien laisser tomber ; puis il s'empara du sien et revint vers l'endroit où Kakashi avait mené la charrette et était occupé à détacher l'âne, lui tapotant l'encolure.
Restée seule, Sakura essaya d'imiter les gestes de Sasuke, accroupie, les bras tendus devant elle pour attraper une branche. Elle avança ainsi à l'aveuglette, jusqu'à ce que ses doigts rencontrent quelque chose ; elle s'en saisit mais la relâcha immédiatement avec un cris de terreur stupéfaite. Le bois était trempé et ses mains étaient désormais maculées de terre, d'écorce et de sève gluante. Elle ne pouvait pas les voir, mais en les refermant elle pouvait sentir la crasse visqueuse qui les recouvrait.
- Eh, Sakura-san, murmura une voix à sa droite.
Elle se retourna en sursaut, cherchant son interlocuteur des yeux.
- Sasuke-san ? Sasuke-san ?
- Lui-même, dit la voix d'un ton légèrement amusé. Je suis venu en entendant votre cri. Que s'est-il passé ?
Sakura ne put résister à la tentation, poussée par l'humiliation dont elle venait d'être victime ; ignorant délibérément sa question, elle rétorqua :
- Pas la peine de me vouvoyer, mon cousin.
Elle goûta pour ainsi dire à sa surprise. Elle était sûre qu'il allait répondre à sa provocation : Sasuke ne lui semblait pas le genre d'homme à simplement laisser couler. La seule question était de ce qu'il allait faire. Ce fut avec un cœur battant qu'elle attendit sa réplique, sentit sa personne, toute proche, et son souffle chaud dans son oreille tandis qu'il savourait d'avance l'effet qu'aurait sa réplique.
- Pourquoi ne pas vous vouvoyer ? Personne ne peut nous entendre.
Il s'écarta d'elle et se remit à sa besogne. Sakura ne put s'empêcher un sourire. La réponse était subtile ; une phrase qui était d'habitude employée dans d'autres circonstance mais qui là prenait un sens nouveau, un sens qui convenait tout à fait à son usage. Le sous entendu était presque impossible à détecter et Sasuke prouvait ainsi son détachement.
Le jeune homme se releva, tenant dans ses bras un deuxième fagot de bois, et se dirigea vers le camp où un feu brûlait, jetant des lumières et créant des ombres inquiétantes qui dansaient sous les arbres.
- Venez-vous ? lui demanda-t-il.
Elle se leva et le suivit.
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DeliriousPen
