Disclaimer: La série éponyme 'Naruto' appartient à Masashi Kishimoto, pas à moi.
Pas de chapitre la semaine prochaine, ni celle d'après je suis en vacances.
A FEU ET A SANG
Chapitre 6
Les voix des membres du conseil remplissaient la salle d'un parfum âcre d'hypocrisie. C'était dans la nature des choses ; les règles de politesse que tous respectaient (ou, du moins, faisaient semblant de respecter) ne laissaient pas beaucoup de place pour l'honnêteté. Oser proférer un opinion différent de celui de son souverain était, par exemple, d'une vulgarité non seulement hors du commun mais aussi réprouvée par ledit seigneur. Combien de conseillers un peu trop francs avaient-ils ainsi dû offrir leur tête à la lame de leur suzerain alors que leur seule faute était d'avoir fait remarquer que ses actions condamneraient le clan ?
- Hinata-hime… Les idées que vous nous avez soumises sont évidemment très sages et nous en reconnaissons la qualité ; néanmoins, en tant que conseillers de feu votre père, il nous semble que ce choix n'aurait pas été le sien, et nous savons tous combien ses décisions étaient pertinentes et admirables… !
Hinata détourna les yeux. Elle avait su avant même de réunir le conseil quelle serait leur réaction. Le clan Hyuuga, bien que rival du clan Uchiha, ne nourrissait pas de haine particulière à leur égard et la paix relative qu'il offrait était propice au commerce. En outre, une guerre contre un ennemi pareil leur serait très dommageable, d'autant plus que la proposition d'Uzumaki Naruto ne garantissait rien ; le clan Uzumaki avait été réduit à un tas de cendre et à cet héritier fauteur de troubles ; l'aide matériel qu'il pourrait offrir était donc très réduite.
La jeune femme savait que son influence au conseil était minime. Avec envie, elle se rappela la force et l'autorité de son père et la manière dont il réussissait à obtenir ce qu'il voulait, quoique ce soit. Depuis qu'elle était au pouvoir, elle se faisait mener par le bout du nez car elle était jeune, inexpérimentée et du sexe 'faible'. Elle allait devoir changer tout ça, grâce à Naruto et pour Naruto. Elle lui avait promis qu'elle l'aiderait, et elle le ferait. Il lui avait tout offert ; elle qui n'était qu'une héritière ratée, une peureuse finie, elle avait réussi, avec son aide, à retrouver son courage et à devenir une femme forte.
Elle leva une main, coupant ainsi court aux inepties du vieux conseiller.
- Il viendra un temps où le clan Uchiha aura assez de puissance pour nous renverser, et il n'hésitera pas à le faire. Je vous propose d'agir avant qu'il ne soit trop tard, avec le soutien du clan Uzumaki.
Le conseiller qu'elle avait interrompu émit un bêlement outré. Elle se tourna vers lui, dissimulant l'agacement que lui causait leur résistance constante à ses ordres - il lui semblait qu'ils faisaient de leur mieux pour saper toute son autorité naissante - et l'autorisa à parler.
- Il ne me semble pas que le clan Uzumaki soit en mesure de nous offrir un soutien appréciable, commença-t-il d'une voix chevrotante. Depuis que Uzumaki Minato nous a quitté, leur pouvoir peut être considéré comme risible. Face aux Uchiha, ils ne feront pas le poids… Je vous déconseille fortement d'agir ainsi !
Les autres membres du conseil s'agitèrent un peu, mal à l'aise face à la malpolitesse de leur collègue. Certes, ils avaient là affaire à une femme, mais elle était tout de même leur suzeraine légale et tout à fait en droit d'exiger que le fautif soit puni de son attitude. Deux ou trois personnes, cependant, réprimaient avec difficulté un sourire entendu ; ils la méprisaient, sans nul doute, ils pensaient qu'elle était trop douce pour tenir ce rôle qui était le sien et qu'ils pouvaient donc lui imposer leurs quatre volontés.
Hinata prit une profonde inspiration et s'arma de courage.
- Hayate, Genma. Emmenez-le, lança-t-elle.
Elle vit les sourires se transformer en grimace d'incompréhension, de surprise puis de peur tandis que les deux gardes traversaient la pièce à grand pas. Ils saisirent le vieil homme par les bras. Il se débattit un bref instant mais son corps âgé et bedonnant le trahit ; il tourna alors la tête et ses yeux rencontrèrent ceux de Hinata, suppliants et effrayés. Puis il disparut de sa vue, tiré sans ménagement par les deux jeunes hommes.
- Excusez-le, Hinata-hime, bredouilla précipitamment un de ses compères. Il ne voulait pas mal faire…
- Je sais, répondit-elle.
Hinata se sentait faible, comme si elle venait de courir des kilomètres. Son sang battait à ses tempes et elle prévoyait de là une affreuse migraine. Elle avait toujours été d'une constitution faible, comme sa sœur s'amusait souvent à lui faire remarquer ; de fait, elle venait de se remettre d'une forte fièvre et craignait que trop d'émotion ne cause une rechute.
- Hinata-hime ? Vous sentez-vous mal ? demanda un homme d'âge indéfini à sa droite.
Elle vit la lueur d'espoir qui illumina les yeux du conseil. De toute évidence, ça les arrangerait que la réunion prenne fin ; ainsi pourraient-ils prendre le temps de réfléchir à une nouvelle stratégie pour la convaincre de ne pas déclarer la guerre au clan Uchiha : c'était peine perdue, selon elle. Elle serait inflexible là-dessus, pour changer. Premièrement, c'était dans l'intérêt du clan ; si les Uchiha devenaient trop puissants, ils les envahiraient et les extermineraient tous. Deuxièmement, Naruto lui avait demandé son aide et elle avait accepté ; il ne lui restait donc plus qu'à aller de l'avant, comme il le ferait à sa place. De plus… Si Naruto réussissait à reconquérir ses terres, il récupèrerait du même coup son titre de seigneur – et de seigneur renommé, car le clan Uzumaki avait été prospère, puissant et respecté en son temps - il lui serait donc envisageable de l'épouser.
- Hinata-hime ? répéta le conseiller anxieusement.
- Je vais bien, merci, dit-elle, d'une voix qui se voulait assurée. Nous pouvons continuer. Quelqu'un a-t-il des objections dont il voudrait me faire part ?
A sa plus grande satisfaction, nul osa prendre la parole. Elle se sentit un moment attristée de devoir régner par la terreur, mais elle savait que n'importe quel homme aurait agit de même à sa place. Elle se devait d'être juste et tolérante sans être complaisante ou molle, et cet homme l'avait défiée plusieurs fois. Si elle continuer laisser passer et à fermer les yeux sur ses agissements il aurait sans doute finit par prendre les armes contre elle ; or le clan Hyuuga ne pouvait tolérer une querelle interne ou les Uchiha en profiteraient et fondraient sur eux tel un faucon sur une famille de rats.
Elle s'aperçut que ses mains, croisées sur ses genoux, tremblaient.
- Bien, reprit-elle. Je conviendrais donc des mesures à prendre avec Uzumaki Naruto. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser…
La jeune suzeraine se leva et son conseil s'inclina profondément tandis qu'elle sortait de la pièce. Elle ne put s'empêcher de penser que, comme toujours, cette soumission n'était qu'hypocrisie. Le rôle de conseiller lui même n'était qu'un masque pour permettre aux ambitieux de familles de rang inférieur de pouvoir gouverner – car même si, en théorie, seul le seigneur était censé avoir le droit de décider d'une mesure à prendre, il était souvent influencé par le conseil. En pratique, donc, tous avaient une part du pouvoir et nul l'avait en entier.
Hinata traversa rapidement le palais, évitant les questions sur sa santé et ignorant les regards curieux et la sollicitude de tous. Des douzaines de servantes accoururent pour lui ouvrir la porte qui menait au jardin mais elle les congédia toutes, déclarant qu'elle voulait être seule pour prier.
L'après-midi touchait à sa fin et sa dernière lumière rutilante se reflétait dans les bassins, transformant l'eau claire en or liquide. Elle se dirigea vers le petit sanctuaire qui se cachait dans l'ombre du feuillage mordoré d'un saule, s'arrêtant au passage pour admirer les colombes nacrées qui voletaient autour des toits incurvés du palais. Depuis qu'elle était toute petite, elle adorait le jardin, fruit des nombreux efforts de sa mère. Hiashi ne l'avait négligé mais sa femme avait réussi à le remettre en état, dévoilant ainsi sa beauté naturelle. Elle savait qu'elle lui ressemblait – combien de fois son père ne lui avait-il pas dit, sans cependant qu'elle réussisse à comprendre si c'était une insulte ou in compliment.
Elle reprit son chemin, abandonnant ses sandales sur les dalles de l'allée lorsqu'elle fut arrivée, et entra dans le temple. Il était petit, certes – les mauvaises langues disaient qu'il était exigu et délabré, deux mots que Hinata adorait – mais c'était le seul endroit où elle était vraiment en privée ; personne n'oserait la déranger pendant qu'elle se recueillait.
Sauf qu'elle ne venait pas ici pour se recueillir mais pour voir quelqu'un.
- Hinata !
- Bonjour, Naruto-kun.
Un jeune homme aux cheveux blonds, assis dans la demi-pénombre du temple, se leva et franchit les quelques mètres qui le séparaient de Hinata en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Le visage qui apparut à la lumière du jour était encore celui d'un garçon, avec des joues rondes et sa bouche qui s'étirait déjà en un sourire, mais sa mâchoire masculine et la détermination qui brillait au fond de ses yeux bleus dissipaient cette apparence enfantine.
Hinata essaya de lui sourire à son tour mais elle fut prise d'un soudain malaise et dut s'appuyer contre le mur afin de ne pas tomber. Ca n'avait pas échappé au dénommé Naruto ; il s'approcha d'elle et posa précautionneusement une main sur sa frêle épaule.
- Hinata ? s'inquiéta-t-il. Ca va ? Tu te sens bien ?
- Oui, oui, répondit-elle en lui souriant faiblement. Je suis juste exténuée.
- Tu n'aurais pas dû te lever ! Tu viens juste de te remettre, c'est normal que tu sois fatiguée… Cette entrevue aurait pu attendre un peu.
- Qu'aurais tu fait, à ma place, Naruto-kun ? Serais-tu resté dans ton lit sans rien faire ?
Le regard du jeune homme s'adoucit quelque peu. Hinata avait raison ; chaque jour où elle était restée clouée dans son lit à cause de sa maladie avait accordé un peu plus de liberté aux conseillers, qui avaient allègrement profité de la situation pour prendre le contrôle du clan. Naruto savait que, si son clan n'avait pas été anéanti par les Uchiha il y a des années de cela, il aurait agit de la même manière que Hinata. Tout deux tenaient les intérêts de leur clan à cœur.
- Je ne serais pas tombé malade, d'abord, dit-il en faisant mine de bouder, ce qui fit rire la jeune Hyuuga.
Naruto passa un bras autour de sa taille et l'attira à lui, respirant le parfum de sa longue chevelure, causant ainsi un afflux de sang qui teinta les joues pâles de la jeune femme de rose. Ils restèrent un moment ainsi, entrelacés, sans se soucier d'être découverts.
- Le conseil a fini par accepter, murmura Hinata après quelques instants.
Elle sentit le blond inspirer brusquement, surpris ; elle leva la tête et leur regards se rencontrèrent. Les yeux bleus du jeune homme reflétaient la joie, la surprise, et l'enthousiasme que la peur ne peut pas venir enterrer ; une détermination qui allait jusqu'au péril de sa vie. Naruto ne ferait jamais machine arrière et elle non plus. Il était désormais trop tard pour prendre en compte les risques et se terrer chez soi. Ils iraient au bout de leurs ambitions, ensemble, comme les amis, les compagnons, les amants qu'ils étaient.
- Avez-vous pris des quelconques mesures… ? demanda-t-il en un souffle.
- Non. J'ai dit que je t'en parlerais pour convenir de ce que nous ferions. Les conseillers ont peur que nous échouions, ils disent que tu ne pourras pas nous apporter un support appréciable…
- Moi-même, non. Le clan Uzumaki n'est plus que poussières, comme ils le savent très bien ; mais j'ai des alliés de taille.
Sa voix, qui s'était faite amère en parlant de son clan, avait repris son entrain habituel. Hinata se blottit contre lui et lui demanda :
- Qui ?
- Les Yamanaka m'ont promis leur soutien. Les Akimichi sont encore partagés sur la question mais je suis presque sûr qu'ils accepteront, puisque les Yamanaka l'ont fait. Et je comptais partir bientôt pour négocier avec les Haruno.
- Bientôt ? dit Hinata d'une voix étranglée.
- Avant la chute des neiges. Si je tarde plus, les Uchiha feront main basse sur le domaine, maintenant que le clan est sans seigneur et désorienté.
Il posa sa main sur la joue de sa compagne, caressant son visage aux trais encore poupins, aux cernes creusés par la maladie, aux yeux pâles et brillants comme la nacre, comme la neige. Elle, tremblante, traça du doigt les lignes qui entaillaient ses joues. Naruto n'avait jamais eu la vie facile ; sa mère était morte en accouchant de lui et son père quelques jours après en repoussant une offensive du clan Uchiha. Durant toute son enfance, il avait été traité comme un démon car il était né au moment où son clan tombait ; mais malgré tout, il s'était accroché à la vie, avait tout donné pour se trouver une place dans ce monde. Il était son inspiration. Sa force.
- Pense-tu qu'ils accepteront ? le questionna-t-elle sans le quitter des yeux.
- Qui ça ?
- Le clan Haruno. Acceptera-t-il de t'aider ?
- Hm, grogna Naruto, mais un sourire étirait ses lèvres. Je pense que seul le temps nous le dire, mais je crois qu'il y a une bonne chance qu'ils acceptent. Après tout, le clan Haruno ne s'est jamais vraiment bien entendu avec le clan Uchiha.
C'était le moins qu'on puisse dire, se dit Hinata. Maintes et maintes guerres sanglantes avaient opposé les deux clans et la haine était de mise entre eux deux. Militairement parlant, le clan Uchiha était beaucoup plus puissant que le clan Haruno, lequel puisait son influence surtout dans la richesse que lui avait apportée le commerce. Les Haruno étaient réputés en tant que gens studieux, intègres et travailleurs et, de fait, leur domaine était le plus prospère de tout le pays : selon les rumeurs, même les plus misérables y mangeaient à leur faim. Ce qui n'empêchait pas la plupart des haut-placés d'être malhonnêtes et corrompus, comme partout.
- Tu seras bloqué là-bas pendant tout l'hiver, fit remarquer Hinata.
- Je m'en doute. Je t'écrirais…
- Non, le coupa-t-elle. C'est trop dangereux ; si les Uchiha les interceptent, c'est tous tes rêves à l'eau. Des années perdues, et, en prime, ta vie de gâchée…
- Gâchée, oui… C'est une manière de le dire.
Elle sentit un frisson glacé monter le long de sa colonne vertébrale. C'était un jeu dangereux auquel ils jouaient, un jeu qui pourrait très bien se révéler fatal. Un faux pas et tout deux perdraient la vie. Ils jouaient avec le feu et, soudainement, Hinata ne fut plus très sûre qu'ils le contrôlaient vraiment – ce qui n'était encore que des braises pourrait se transformer en un incendie insatiable d'un jour à l'autre.
- Quand pars-tu ?
- La semaine prochaine. Désolé, mais tu vas devoir continuer tes négociations avec le conseil seule !
Elle lui sourit mais n'ajouta pas un mot. Elle savait que Naruto regrettait vraiment de devoir partir et qu'il l'aurait prise avec lui s'il avait pu, mais elle le connaissait. Bientôt son esprit serait obnubilé par ses alliances et ses complots. Il penserait à elle de temps en temps, bien sûr, avec remords, peut-être, mais Naruto était Naruto ; il s'engageait bien trop dans tout ce qu'il faisait pour qu'elle lui manque mortellement. D'une certaine manière, ça lui plaisait car ça lui laissait de la liberté.
Ah ! La liberté, les ambitions. La nouvelle Hinata était bien différente de l'ancienne.
- Il faut que j'y ailles, lui dit-elle. Les servantes doivent s'inquiéter et penser à venir me chercher.
- Au revoir, Hinata.
- Au revoir… Naruto.
Ahaha! La suite dans le prochain épisode... qui n'est pas pour bientôt :)
DeliriousPen
