Disclaimer: Naruto ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas, malheureusement.

A FEU ET A SANG

Chapitre 7


Naruto et Hinata ne passèrent pas la nuit ensemble. L'époque était révolue où ils prétextaient toute sorte d'obligations afin de se retrouver seuls dans un sanctuaire isolé, l'un dans les bras de l'autre, écoutant le roulement paisible des vagues sur une plage de galets en contrebas. Hinata n'était plus la jeune souveraine timide et obéissante qu'elle était alors, ni Naruto l'héritier déshonoré mais libre de ce temps-là. Certes, la jeune femme avait gardé son calme et sa tranquillité, pour ne pas dire son introversion ; mais sous l'influence de son amant elle s'épanouissait, la fleur chêtive et qui tarde à éclore avant de se révéler superbe ; la dernière, mais non la moindre. Du moins, c'était ce qu'elle se plaisait à penser.

Elle accorda à Naruto le droit de quitter un moment ses fonctions de chef de garde pour 'rendre visite à sa mère, qui était mourrante' - le jeune Uzumaki ayant en effet intégré l'armée Hyuuga, quelques années plus tôt, afin de rencontrer la jeune femme et de lui plaider sa cause, et en effet, le conseil du clan n'aurait jamais admis qu'un héritier déchu se présente à eux avec une proposition de la sorte. Hinata avait dû oeuvrer longtemps, à la fois pour leur cacher la supercherie et pour leur faire croire qu'elle avait rencontré Uzumaki Naruto pendant un pélerinage sur la tombe de son père, au lieu saint que se partageaient, non sans maugréer, les clans. Ils avaient fini par admettre cet état des choses, et elle leur avait alors soumis son plan, prenant garde à exposer et broder la part d'intérêts que le clan pourrait y trouver.

La première fois qu'elle avait vu Naruto, Hinata avait été surprise, effrayée ; elle n'avait que peu voyagé jusque là et la carnation claire ainsi que les cheveux blonds de Naruto lui étaient apparus comme étant une oeuvre démoniaque. Cependant il avait su gagner et sa confiance, et son soutien, et leur relation n'avait pas tardé à se développer jusqu'au moment où ils s'étaient retrouvés projetés l'un dans les bras de l'autre,amants et amoureux.

Au milieu des trahisons et des complots du monde politique – dans lesquels ils avaient d'ailleurs déjà noirci leurs mains – ils avaient un moment connu l'idylle, cet état proche de l'extase, lorsqu'on est jeune et plein d'espoir et que le monde semble rayonnant de possibilités. Néanmoins ils étaient chefs de clan, et leurs devoirs ne tardèrent pas à les ramener à la dure réalité du monde, non sans cependant leur offrir quelques compensations : l'attente avait été longue mais elle était désormais récompensée.

Hinata repoussa les papiers administratifs qui recouvraient son bureau et reposa son pinceau dans l'encrier. Derrière elle, sa suivante et dame de compagnie, Aoko, lui jeta un regard étonné et se racla la gorge. La jeune souveraine l'ignora : tant pis si elle s'exposait à des remontrances, que ce soit de la part d'Aoko elle-même (et dans ce cas là, elle ne pouvait s'attendre qu'à quelques questions anxieuses sur 'ce qu'il lui arrivait') ou de son cousin et général de guerre Neji, qui la surveillait de près ; elle avait grand besoin d'une pause.

Naruto devait passer, soi-disant pour la remercier de son autorisation ; il voulait en fait lui dire au revoir, car ils savaient tout deux qu'ils ne se reverraient peut-être jamais, ou bien au pied de l'échaffaud. Son impatience était vive. Aoko pouvait tousser et s'agiter autant qu'elle voulait, ça ne marcherait pas.

- Il me semble dit-elle d'une voix sucrée, que tu es bien malade, Aoko. Peut-être veux-tu prendre une congée et rentrer chez toi quelques jours ?

- Moi ? Dame Hinata se trompe : j'ai une santé de fer.

- Il me sembe pourtant t'entendre t'agiter et tousser depuis tout à l'heure. Aurais-tu de la fièvre ?

Hinata se retourna et vit la servante ouvrir la bouche comme pour répondre puis la refermer avec lenteur. Aoko n'était pas sotte : elle savait reconnaître un renvoi. Elle s'inclina et sortit à reculon de la pièce, prenant garde de ne pas lever les yeux. Arrivée à la porte, elle remercia Hinata de sa bonté – des paroles si hypocrites que la jeune fille eut envie d'en vomir – et disparut.

Hinata ne chercha même pas à réprimer le soulagement que lui procurait cette solitude subite. Être épiée toute la journée par des servantes curieuses n'était qu'un aléas de plus de la vie de noble, mais un qu'elle trouvait particulièrement pesant. Il lui semblait qu'elle était confinée toute la journée, qu'on l'empêchait de respirer, qu'elle s'asphyxiait, entourée ainsi par des quasi-étrangers, essayant vainement de démêler le mensonge de l'honnêteté, l'opportunisme du simple bon sens, l'hypocrisie des sentiments sincères. Elle s'étouffait. Cette vie l'étouffait. Elle savait combien de jeune paysanes souhaiteraient être à sa place, mais personne ne devinait qu'elle désirerait être à la leur.

Elle s'étira, lentement, et passa une main sur sa longue chevelure d'ébène. Ses cheveux lui semblaient un poid, une lourde couverture qui lui pesait sur la nuque, sur les reins, qui lui tiraillait le dos. Elle se souvint avec nostalgie de la courte coupe qu'elle avait eue dans son enfance. C'était son père qui avait insisté là-dessus – sûrement pour oublier son absence de fils, de la même manière qu'il avait choyé Neji et avait, un moment, songé à l'adopter afin de se doter d'un héritier mâle. Cependant, sa mort soudaine avait stoppé net ces projets, et ce n'était pas le conseil, repu, indolent, et fier de leur titre de membre de la Sôke, qui les poursuivrait. La haine entre les deux branches du clan était aussi vive que jamais ; Hinata avait en partie accepté la proposition de Naruto car cela permettrait de les détourner de leurs machinations. Il ne manquerait plus que le clan soit déchiré en deux.

Le sifflement d'une porte qu'on fait coulisser la sortit de sa rêverie. Les gardes postés devant son appartement relevèrent leur lances d'un mouvement brusque, presque impoli, tandis que Naruto entrait dans la pièce, son sourire contenu. Deux paires d'yeux blancs, sans pupilles, d'yeux Hyuuga, suivaient chacun de ses mouvements, méfiants. Certes, il n'était pas le premier non-Hyuuga à intégrer la garde, mais ces 'nouveaux-venus' n'inspiraient jamais la confiance et étaient en général traités froidement par les membres du clan, qui se jugeaient supérieurs à eux. Naruto, cependant, n'en avait jamais semblé blessé. Egal à lui-même, se dit Hinata, figeant d'instinct le sourire qui était prêt à étirer ses lèvres.

La porte se ferma avec un claquement brusque. Les deux amants s'autorisèrent enfin à manifester leurs émotions, quoique silencieusement ; les murs étaient trop fins pour qu'ils puissent se risquer à de grands éclats de joie.

- Je suis venu remercier Dame Hyuuga de la grande bonté dont elle a fait preuve à mon égard, dit Naruto, gardant une voix neutre.

- Votre mère est bien malade, je crois ?

- En effet. Elle m'a enjoint dans sa lettre de venir la retrouver une dernière fois, avant sa mort. En outre, mon père étant parti avant elle, leur domaine et toutes leurs possessions me reviennent de droit. Il nous faut régler les termes de l'héritage, après quoi elle pourra enfin être en paix.

Rien de plus naturel. Ce ne serait pas encore aujourd'hui que les gardes pourraient en apprendre plus, ni fomenter des soupçons, que ça soit à son égard ou à celui de Naruto. La voix sans inflection, sans émotion qu'il utilisait était celle qui était de mise en parlant de sa famille devant un supérieur. S'écrouler, en pleurs, devant Hinata, ça aurait été d'une malpolitesse inconcevable. En outre, un général de guerre comme Naruto devait pouvoir montrer une impassibilité à toute épreuve, sans quoi il serait considéré comme incompétent.

- Je vois, répondit-elle en le caressant des yeux.

Inutilement, bêtement peut-être, par simple désir de le conserver un peu plus longtemps à ses côtés, elle ajouta :

- Et serez-vous longtemps parti ?

- Aussi longtemps que nécessaire. Je ne reviendrais peut-être pas avant le printemps, d'autant plus que je risque de ne pas pouvoir voyager, à cause de la neige. De plus, on risque d'avoir besoin de moi, là-bas, pour m'occuper du domaine. Ma mère étant seule à le gérer, et impotente, je peux m'attendre à avoir beaucoup de travail. Peut-être même ne pourrais-je pas revenir avant l'été, et si oui, ce ne sera que pour un instant.

Sa voix s'était faite sourde, basse, comme voilée par un mauvais pressentiment. Hinata eut une folle envie de se mordiller la lèvre, de se triturer les doigts, comme autrefois, mais elle résista, choisissant plutôt de lui demander, dans un murmure :

- Pourquoi cela ?

Il hésita, pas plus qu'un fraction d'un instant, mais assez pour qu'elle devine qu'il cherchait le meilleur moyen de formuler sa pensée, leur pensée, leurs doutes, leur peur la plus profonde, sans que les personnes extérieures ne puissent comprendre.

- Je devrais rejoindre les miens.

Hinata ne trouva rien à répondre. Les siens, les Uzumaki, assassinés déloyalement par les Uchiha. C'était sous terre qu'il irait rejoindre les siens, un sourire doux-amer sur ses lèvres, sans se retourner, tandis qu'elle ne pourrait s'empêcher d'essayer de l'apercevoir une toute dernière fois. Alors, prise d'une de ces soudaines inspirations que la possibilité de la mort fait naître et palpiter, elle adressa une prière muette aux dieux : 'faites que je meure avec honneur, avec force, avec dignité, sans regretter mes choix, en me battant pour ce qui est juste. Accordez moi une belle mort.' Et quelque chose, dans le sourire de Naruto, lui dit qu'elle serait entendue.

- A ce moment-là, Dame Hinata.

Elle s'entendit dire, comme dans un rêve :

- A ce moment-là, Naruto-san.

Il s'approcha d'elle, esquissa un geste comme pour l'embrasser et puis, avant même qu'elle puisse l'apercevoir une toute dernière fois, l'immortaliser dans son esprit, il fut parti, ne laissant rien derrière lui, pas même une vague odeur. Et Hinata, de marbre à nouveau, se dit avec espoir que ce ne sont pas toujours ceux qui s'attendent à la mort qui l'obtiennent, en fin de compte.

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Sakura se réveilla tôt le matin suivant, toute courbaturée d'avoir dormi par terre. Sasuke et Kakashi s'étaient relayés pour garder le camp toute la nuit et, lorsqu'elle leva la tête, ses yeux rencontrèrent ceux du jeune homme. Ils se regardèrent ainsi en chiens de faïence quelques instants avant que Sakura ne sourie et que Sasuke ne détourne la tête. Rien en leur actions respectives aurait pu suggérer ce qui s'était déroulé entre eux la veille ; cependant, elle remarqua que Kakashi les observait d'un air étrange, à mi-chemin entre la pitié et l'ironie moqueuse qui lui était habituelle.

Ils s'affairèrent à de menues tâches, tous trois désireux de partir le plus vite possible, bien que sûrement pas pour les mêmes raisons. Sakura éteignit le feu qui avait brûlé toute la nuit et éparpilla les cendres afin de dissimuler leur passage. Par chance – quoiqu'elle n'arrivait pas à s'en réjouir – le ciel était uniformement gris, de ce gris sombre qui annonce la pluie torrentielle. Sasuke laissa paître un instant les bêtes, tandis que Kakashi rassemblait leurs affaires et les remettait dans la charrette. Enfin, ils furent prêts.

Cette journée de voyage s'annonçait encore pire que la précédent, et le temps y était pour quelque chose. Kakashi et Sasuke ne dévoilaient aucune émotion, quoique le rônin aie murmuré, au moment de partir, que ce n'était pas un temps pratique pour voyager ; mais Sasuke lui avait alors répondu qu'ils n'avaient pas de temps à perdre, et les deux, choisissant de s'ignorer mutuellement plutôt que de perdre du temps à se parler, avaient claqué de la langue pour faire avancer l'âne et le cheval. Sakura, partageant les craintes de Kakashi, aurait bien aimé rester à l'abris des arbres, mais elle savait que Sasuke avait raison.

Vers onze heures, la pluie se mit à tomber à grosses gouttes. Sakura ne dit rien mais se recroquevilla dans ses pauvres vêtements, n'essayant même pas de protéger ses cheveux, bien qu'elle sache que, si le mauvais temps perséverait, sa teinture disparaîtrait ; et, en effet, quelques minutes plus tard, de l'encre noir coulait sur son front, le long de la courbe de ses joues, s'accrochait à son menton comme si elle était en train de pleurer. Kakashi lui jeta un rapide coup d'oeil, mais n'élabora pas, et Sasuke ne sembla même pas le remarquer.

Ses cheveux trempés pendouillaient dans son cou et autour de sa mâchoire, lui donnant un air de chat des gouttières qui aurait horrifié Shizune. Son kimono s'aggripait à son corps. Il lui semblait qu'elle était mouillée jusqu'à la moelle. Le chemin de terre se transforma en boue rouge et gluante dans laquelle les sabots des bêtes s'enfonçaient avec un couinement de souris mourante. Ils piétinaient, mais ni Sasuke ni Kakashi – qui pourtant étaient dans le même état qu'elle – ne parlèrent de s'arrêter ; au contraire, faisant claquer son fouet, Kakashi pressa le pas et Sasuke suivit son exemple. Sakura serra les dents et ne fit aucun commentaire. Ils ne rencontrèrent personne sur la route et ne passèrent à travers aucun village, quoiqu'elle puisse voir un amas de maisons pouilleuses en contrebas. Pas un chat ne traînait au coin des rues mais, même si elle ne l'aperçut pas, elle entendit un chien japper deux ou trois fois.

Ils ne s'arrêtèrent qu'au soir. Quelques flocons épars tombaient encore, mais, au plus grand soulagement de Sakura, ils se liquéfiaient en touchant le sol. Ce n'était qu'une petite neige fine, qui ne tiendrait pas ; ce n'était pas la vraie première neige, celle qui recouvrait tout d'une blancheur ensorcelante et trompeuse, car elle se nourrissait des os des voyageurs et paysans qu'elle surprenait.

Ils s'enfoncèrent dans la forêt, cherchant refuge en dessous des arbres, et Sakura alla de nouveau chercher le bois tandis que Sasuke et Kakashi calmaient les animaux affolés – par la pluie ou un mauvais pressentiment, elle ne saurait dire. Sans trop y penser, elle s'éloigna de leur camp, à la recherche de branches sèches pour le feu. La forêt devenait de plus en plus dense au fur et à mesure qu'elle marchait ; les hauts pins cachaient le ciel, faisant baigner l'atmosphère d'une douce obscurité teinté de l'odeur lancinante de leurs épines. Et puis, soudain, entre les arbres, elle aperçut un bâtiment.

C'était un sanctuaire bâti à l'honneur du dieu-renard. Il était si petit et si ramassé qu'il semblait faire partie de la forêt ; néanmoins, elle ne put s'empêcher de lui trouver un charme particulier. L'eau ruisselait le long de son toit, brûni par le temps et les intempéries. Elle s'approcha, fascinée. Combien de personnes avaient dû participer à sa construction avant de le laisser à l'abandon ! Peut-être avait-il été construit pour éloigner les séismes et les orages, ou bien afin de calmer le dieu qu'un villageois aurait offensé.

Elle effleurait le mur du bout des doigts quand elle entendit une voix derrière elle :

- Qui êtes-vous ?


Suspense ! Qui est le mystérieux personnage qui apparaît soudainement ? Tadadadum... Bref. Ai pas relu ce chapitre, donc c'est normal s'il y a des fautes. Vous inquiétez pas, je le relirai demain, ou dans deux jours, etc., et je le reposterai. J'voulais juste le poster en temps :)

Edit Chapitre corrigé.

DeliriousPen