Disclaimer : Naruto et ses personnages ne m'appartiennent pas. Sans blague.
J'ai bien cru que je ne le finirais pas à temps, mais si ! Yosh ! Déjà le chapitre 8 - allez, il en manque plus que 12, on y va ! Euh... j'me calme, là.
A FEU ET A SANG
Chapitre 8
- Qui êtes-vous ?
Surprise, Sakura fit volte-face, trébucha, et s'étala de tout son long sur le tapis de feuilles humides qui couvrait le sol. Son coeur battait à tout rompre, activé par le choc et une peur tenace. Elle releva la tête, essayant d'apercevoir l'homme qui l'avait ainsi interpellée mais il se tenait dans l'ombre d'un arbre. D'après sa forme sombre et immobile, il était un peu moins grand que Sasuke mais tout aussi puissament bâti. L'éclat d'une lame nue éclaira un bref instant un visage à l'apparence juvénile, mais elle n'eut pas le temps de s'en soucier : il la menaçait de la pointe de son sabre.
- Je vous ai demandé qui vous êtes.
Elle hésita, ne sachant pas quoi répondre. Si elle ne voulait pas se trahir, elle serait obligée de recourir au mensonge, mais que pouvait-elle dire, maintenant que sa chevelure avait repris sa teinte pour le moins inhabituelle ? Elle cogita à toute vitesse, essayant de peindre sur son visage une expression de terreur hébébétée. La lame appuyait de plus en plus fort sur son cou ; cependant, elle pouvait sentir comme une retenue dans le geste de son aggresseur : il n'avait pas vraiment envie de mettre sa menace à éxécution. Elle bougea la tête brusquement sur le côté et le katana suivit son mouvement, méfiant, mais sans toutefois couper la peau, faire couler le sang. Sentant son avantage, elle le défia du regard et dit :
- Je me suis perdue dans la forêt.
- Ce n'est pas ce que je vous ai demandé.
- Il ne me plaît guère de vous dévoiler mon identité.
Sakura retint sa respiration, effrayée elle-même par ses paroles ; mais avant qu'elle ne puisse faire un quelconque geste, elle vit le sabre se retirer, aussi vif qu'un renard. Elle n'eut pas le temps de s'occuper du pourquoi du comment : le bruit caractéristique de deux lames qui s'entrechoquent retentit, suivit par celui de la danse des pas de deux épéistes en plein combat. La lueur de la lune se reflétait sur l'acier poli, éclairant brièvement le visage des deux combattants ; deux jeunes hommes, dont l'un avait conservé un visage d'adolescent, rond mais déterminé, et dont l'autre – était Sasuke ! Sasuke était venu la chercher, sans doute inquiet de ne pas l'avoir vue revenir ou peut-être envoyé par Kakashi... Pour peu, elle en pleurerait de joie.
Elle se releva prestement, et s'éloigna de la zone du combat. Aucune des deux silhouettes ne semblait pouvoir prendre l'avantage sur l'autre ; ils tournaient en cercles, maniant leur armes avec une facilité déconcertante. Les yeux noirs de Sasuke semblaient fiévreux, comme atteints par l'adrénaline de la lutte ; à ce moment-là, en le regardant se battre contre quelqu'un qui lui était égal, Sakura se rendit compte que ce n'était que pendant ces moments intenses, sabre contre sabre, muscles contre muscles, homme contre homme, sueur du combat auquel un ne réchappera pas, peut-être, qu'il vivait vraiment.
Et puis, soudainement, au milieu d'une parade, son adversaire éclata de rire. C'était un rire grave, un rire d'une joie incompréhensible, animale. Sakura se sentit subitement dégoûtée par ces hommes qui ne vivent que comme ils veulent, obéissant à leurs pulsions de bêtes alors qu'ils l'interdissent aux femmes ; mais ce sentiment s'évanouit rapidement en entendant Sasuke prendre parole, d'une voix ennuyée, presque irritée :
- Qu'est-ce qui est si drôle ?
- Toi, répondit l'autre. Nous. On se bat mais on ne sait même pas pourquoi !
- Parle pour toi, dit Sasuke, sèchement (le 'vous' ne semblait pas être de mise entre eux, comme si le combat avait suffit à les rendre proches). Je sais très bien pourquoi je me bats.
- Ah oui ?
- Quand je suis arrivé, tu menaçais ma cousine de ton sabre.
Silence, avant que l'autre homme ne reprenne, cette fois avec une voix où perçait une surprise sincère.
- Je ne savais pas qui c'était. Elle m'a prise de court et puis elle a refusé de me dire qui elle était ! Je ne pouvais pas savoir.
Il hésita avant d'avouer :
- Je ne l'aurais pas vraiment égorgée et elle l'a bien compris, je crois.
- Est-ce vrai, Sakura ? demanda Sasuke.
- Oui, c'est vrai, dit-elle d'une voix qu'elle voulait neutre. D'ailleurs, si j'étais à terre, c'est parce que j'ai trébuché.
Elle n'ajouta rien d'autre et ne rougit même pas de sa maladresse bien que, de toute façon, ç'eut été impossible à voir dans la pénombre. Ni Sasuke ni son adversaire ne rirent, par politesse ou par respect elle ne saurait dire. Il lui semblait que 'l'autre' avait été assez impressionné par la manière dont elle lui avait répondu, dans ce pays où les femmes sont souvent timides et n'osent pas répondre aux hommes. 'De toute façon,' se dit-elle, 'je suis l'héritière d'un des plus puissants clans. Je n'ai pas à ramper devant le premier venu.'
Ce fut en partie pour asseoir cette autorité naissante qu'elle relança la conversation, d'une voix de fer, d'une voix qui n'admettait pas de refus :
- Et vous ? Qui êtes-vous ?
- Je suis un samourai vagabond, lança-t-il. Un rônin. Je m'appelle Naruto et je passais par là en me rendant en terre Haruno pour rendre visite à ma mère, qui est sur son lit de mort. Sakura-san m'a surpris tandis que je rendais hommage au dieu renard.
- Nous nous rendons aussi en terre Haruno, mais pour participer à l'enterrement de mon père.
Naruto ne s'arrêta qu'un instant, par respect pour le soi-disant deuil de Sasuke - et de Sakura, en direction de laquelle il inclina sa tête, signe de condoléance - avant de reprendre d'une voix posée, embrayant sur le sujet qui lui tenait de toute évidence à coeur :
- Pourquoi le sabre, alors ?
- On a toujours besoin de se protéger de brigands.
- Tu le manies plutôt bien pour quelqu'un qui veut juste 'se protéger des brigands.'
- J'ai mes raisons.
Le ton de Sasuke coupa court à la conversation naissante et laissa une Sakura déçue à s'interroger encore une fois sur l'identité de son pseudo cousin. Décidément, il était une énigme. Et quant à ce Naruto – elle ne savait pas si elle pouvait lui faire confiance. Il ne leur avait dévoilé que le strict nécessaire – d'un autre côté, c'était cohérent avec son statut de rônin. Le samourai sans maître étaient généralement peu encleints à dévoiler leur identité à des inconnus au détour d'une conversation : preuve en était faite avec Kakashi.
Une idée lui vint alors. Naruto se rendait lui aussi en terre Haruno – quoiqu'il y fasse, c'était ses affaires – et il maniait le sabre au moins aussi bien que Sasuke. Ce serait dont logique de voyager avec lui ; de plus, ce serait le meilleur moyen de le surveiller. Elle parlerait de ses doutes à Kakashi : lui saurait déterminer s'il était digne de confiance ou non.
- Faites donc un bout de route avec nous, proposa-t-elle. Il est toujours moins dangereux de voyager à plusieurs, et cela vaut pour nous comme pour vous.
Elle passa sous silence le fait qu'ils étaient peut-être recherché activement par un puissant clan, et que donc c'était plus avantageux pour eux que pour lui. Naruto, cependant, devait y voir un pari généreux – si, bien sûr, il était vraiment rônin, comme il le prétendait. Sasuke lui jeta un coup d'oeil, comme s'il pouvait lire dans ses pensées. Elle le vit jauger sa proposition, et il dut la trouver acceptable car il ajouta :
- Je ne pense pas que nous te retarderons. Nous voyageons assez léger, car nous comptons bien arriver avant les premières neiges.
- Ce n'est pas une mauvaise proposition, se prononça enfin Naruto. Voyagez-vous à pied ?
- Non, intervint Sakura, sous l'oeil calmement médusé de Sasuke qui ne l'avait jamais vue aussi décisive. Sasuke est à cheval, et notre troisième compagnon et moi sommes en charrette.
- Je vois.
Il y eut un instant de silence, et la pensée qu'eux trois complotaient dans un but différent effleura momentanément l'esprit de Sakura. Elle chassa bien vite cette idée paranoïaque : Sasuke oeuvrait pour l'aider et Naruto, bien qu'il aie sûrement, comme eux, une histoire sale et des rancoeurs tenaces, n'était qu'un rônin. Du moins, en apparence. En outre, il était important qu'ils restent solidaires entre eux. S'ils commençaient à se soupçonner mutuellement, leur petite bande se délierait, se déssoudrait et ils finiraient par se battre entre eux, mettant à mal leur mission.
- Rentrons au camp, dit-elle.
Naruto et Sasuke rangèrent leur sabres dans leur fourreaux et échangèrent un regard noir qui fit presque soupirer Sakura. Ces deux-là auraient du mal à se supporter mutuellement, elle sentait l'arnaque de là. Peut-être n'aurait-elle pas dû leur soumettre cette proposition après tout : Sasuke, de toute apparence, n'avait accepté que parce que c'était dans leurs intérêts et, commençant à le connaître, il ne se gênerait pas pour le lui faire ressentir. D'un autre côté... Elle ne pouvait oublier cette proximité soudaine entre les deux jeunes hommes lorsqu'ils avaient interrompu leur combat. Peut-être se faisait-elle des idées.
Quoiqu'il en soit, elle reprit le chemin du camp, gardant ses yeux fixés sur les dos des deux guerriers. Elle ne jeta même pas un dernier regard au petit sanctuaire, le laissant se refondre dans l'obscurité, immobile, caché, et voué à rester en paix pendant encore de nombreuses années. Quand elle aurait touché à son but – car elle réussirait, elle le sentait dans son coeur – elle reviendrait là, un jour, se recueillir sur le lieu où ils avaient rencontré Naruto. Elle ne savait pas encore pourquoi, mais elle avait la ferme impression qu'eux quatre – Kakashi, Sasuke, Naruto et elle – seraient comme liés, dans un univers où la trahison amène le pouvoir et le pouvoir la trahison, en un cycle incessant de meurtres et de complots.
- Sakura ! Dépêche-toi !
Sasuke s'était arrêté et l'attendait, un peu plus loin sur le chemin. Naruto lui sourit, un vrai sourire franc, l'opposé total de son compagnon. Elle allongea ses pas pour les rejoindre et, ensemble, ils continuèrent leur chemin, n'oubliant pas de ramasser du bois pour le feu chemin faisant – après tout, ç'avait été leur but premier. Naruto insista pour porter le fagot de Sakura, qui finit par accepter et le lui tendre.
- Père ! Nous avons rencontré Naruto dans la forêt ! annonça-t-elle en arrivant au camp.
- Ah bon ? dit-il en se tournant vers Sasuke.
- Oui. Il se dirige aussi vers le domain Haruno et nous pensions voyager ensemble. Quatre valent toujours mieux que trois, répondit celui-ci d'une voix impassible, sans quitter son 'oncle' des yeux.
Sur ses mots, Kakashi accepta la présence de leur nouveau compagnon avec une méfiance désinvolte. Il lui souhaita la bienvenue, lui posa des questions sur sa famille, en bon marchand de petite envergure, et fronça convenablement des sourcils en entendant que le jeune homme était un rônin. Les rônin, ça n'apportait jamais rien de bon, déclara-t-il (sans vouloir le vexer, bien entendu). Il raconta quelques petites anecdotes pour soutenir sa théorie, fit rire Naruto, leur faisant presque oublier la faim qui leur ténaillait le ventre - ils devaient se rationner car le prochain village était à plusieurs jours de voyage.
Le nouveau-venu avait les cheveux et les yeux les plus étranges que Sakura aie jamais vu, et elle le lui dit, jouant son rôle de vendeuse pas très fûtée à merveille. Il lui rétorqua en riant que les siens n'étaient pas plus normaux, avant de se moquer gentiment de la coupe de Sasuke, lequel ne fit qu'hausser un sourcil et tirer sa couverture de façon à ce qu'elle couvre tout son corps. Mécontent du manque de réaction du jeune homme, qu'il semblait considérer d'ors et déjà comme son rival, Naruto se coucha à son tour. Kakashi et Sakura échangèrent un regard par dessus le feu, surpris, amusés, avant de les imiter.
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Leur voyage se poursuivit à son rythme, lent mais régulier. Ils suivaient des chemins de montagne, roccailleux, parfois dangereux pour la charrette, à travers les forêts de pins et de bambous, et, lorsqu'ils redescendaient dans une vallée, serpentaient entre les champs d'orge et les rizières. Ils croisèrent à plusieurs reprises des villages abandonnés, saccagés, pillés par des armées – c'était l'endroit où la bataille décisive entre Uchiha et Uzumaki avait eu lieu. Tous sombraient alors dans le silence, renfrognés, même Naruto qui était d'ordinaire si joyeux, comme si les bannières noircies par la poussière des combats qui gisaient encore là les rendaient muets. Tout les paysans qui vivaient là avaient été tués. Les guerriers appelaient ça 'les aléas de la guerre' et Sakura 'une boucherie'. A chaque fois, son désir de régner en paix en était renforcé.
Hormis pendant ces moments de recueillement horrifié, Naruto était drôle et vif. Il semblait à Sakura qu'il avait apporté avec lui la joie de vivre. Il les entraînait tous dans ses conversations, même Sasuke, qui était pourtant récalcitrant à toute sorte de communication, rigolait, blaguait – et pas toujours dans la finesse –, se disputait avec Sakura. Il avait rapidement pris la jeune femme en affection et faisait tout pour qu'elle rie, accueillant ces éclats avec un grand sourire chaleureux dont il avait le secret.
Naruto était le ciment qui les tenait tous ensemble. Grâce à lui, ils furent bientôt très proche bien que, par un accord tacite, personne ne parle de son enfance et ne divulgue ses secrets. Avec eux, tout était faux-semblants, mais ça ne les dérangeait pas, au contraire ; il y avait comme un frisson de cette joie folle que Naruto avait laissé éclater au grand jour en se mettant à rire, au beau milieu de son combat avec Sasuke, à se mentir les uns aux autres, à garder une couverture de mystère. Souvent, Sakura se demanda s'ils étaient fous et oui, d'une certaine manière, ils l'étaient. Mais ça ne les dérangeait pas le moins du monde. Ils étaient ensemble, et ils étaient amis. Frères d'armes.
- Tous ensemble dans le même bateau, avait déclaré Naruto un jour, à ce sujet. Il va couler, mais on s'en fout ! Pour le moment, on en rit. Ca ne durera pas toujours, alors on en profite. Frères – et soeurs, avait-il ajouté en voyant le regard que Sakura lui lançait.
Sakura avait pouffé et Sasuke s'était autorisé un sourire moqueur et paresseux.
- Attention, l'imbécile à son grand moment de philosophie.
- Espèce de salaud !
- On se calme, avait lancé Kakashi.
Et ils avaient continué leur bonhomme de chemin. Ensemble. Fous. Heureux.
Bon. Voilà. Un p'tit review, ça fait toujours plaisir :)
DeliriousPen
