L'auteur s'excuse de ce chapitre très court.
Right Kind of Wrong
Chapitre 5
La tension entre les deux hommes qui se fixaient en silence était si épaisse que Sirius était vaguement étonné qu'ils n'aient pas encore suffoqué tous les deux.
Il se déplaça d'un pied sur l'autre, mal à l'aise, et avec le sentiment d'être inconfortablement jeune.
Je t'aime, voulait-il dire. Ne dis pas que c'est fini. Ne pars pas. Ne me quitte pas. Je t'aime.
Dans la lumière mourante, les yeux ambrés de Remus brillaient.
Je t'aime. Je t'aime. Je t'aime. Les mots étaient sur le bout de la langue de Sirius mais il les retint. Il avait déjà ouvert son cœur auparavant. Ça l'avait conduit ici. Il ne pensait pas pouvoir survivre à un autre coup si peu de temps après le premier.
Il inspira profondément et prit sa décision dans le silence de plomb. Il ne le redirait pas jusqu'à ce que Remus l'ait dit à son tour. Remus savait où il en était. Bien qu'il ne sache pas comment, Sirius savait, profondément ancré en lui, que Remus ressentait la même chose – quelque chose dans ses yeux ambrés peut-être. Les yeux sont le miroir de l'âme. Du moins, Sirius l'espérait.
Il lui fallu toute sa volonté pour marcher vers le devant de la classe, prendre la mallette en mauvais état, et se diriger vers l'homme qui se tenait devant la porte. Il la leva.
« Votre mallette, professeur Lupin. »
Le châtain recula, comme s'il avait été frappé. Puis, automatiquement, il prit le sac tendu. « Sirius – » commença-t-il.
Mais Sirius l'avait déjà dépassé pour sortir de la pièce. Sur le moment, il ne se faisait pas assez confiance pour retenir les mots qu'il brûlait de crier. Il devait partir.
La porte claqua derrière lui et se rouvrit presque immédiatement. Sirius lutta contre le besoin de se retourner. Au lieu de ça, il accéléra et tourna au coin, mettant le plus de distance possible entre lui et la personne dont il avait conscience du regard posé sur lui alors qu'il s'éloignait.
– – – – –
« Mais putain, où étais-tu passé ? » demanda fortement James au moment où Sirius entrait dans la salle commune de Gryffondor à travers le passage du portrait.
Sirius, qui aurait simplement voulu monter au dortoir pour se plonger dans le sommeil, se tourna pour faire face à son ami.
James le fixa d'un air choqué, puis se leva à moitié. « Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? » demanda-t-il, d'une voix beaucoup plus basse.
La main de Sirius se leva automatiquement vers son visage et il balaya rapidement l'humidité qui subsistait sur ses joues. « Rien, » murmura-t-il. « Je vais dormir. » Il se tourna et se précipita dans l'escalier en colimaçon et pénétra dans le dortoir au sommet des marches.
Il ferma doucement la porte derrière lui, résistant au désir de la claquer puis laissa son corps fléchir lourdement contre le bois solide.
Qu'est-ce que je suis en train de faire ? se demanda-t-il. Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? Ça n'était pas supposé se passer comme ça. C'était supposé être seulement pour l'été. Il savait que je partais. Je savais que je partais. Nous voulions juste, tous les deux...Il ferma les yeux. Non, se rappela-t-il fermement. Il ne pouvait plus se mentir à propos de tout ça. Non. Je n'ai jamais juste voulu...Je n'ai simplement pas réalisé...Mais je savais que je l'aimais. Je lui ai dit que je l'aimais. Il ne me l'a jamais dit. Qu'est-ce que lui voulait ? Qu'est-ce qu'il veut ? Est-ce qu'il est content de m'avoir revu ? Est-ce qu'il était triste quand je suis parti ? Est-ce qu'il était simplement...
Alors la panique l'envahit.
Et s'il part ? Est-ce qu'il partira ? Il ne peut pas partir. Il ne peut pas partir. Il ne partira pas. Je ne le laisserai pas partir. Je ne le laisserai pas me quitter. Il restera. Il voudra rester. Je lui donnerai envie de rester. Je sais qu'il...J'espère qu'il...Il doit... Sirius secoua la tête, confus, plein d'espoir et effrayé.
J'ai besoin d'un plan, pensa-t-il, en essayant de se convaincre lui-même, mais en n'y croyant qu'à moitié. C'est tout. J'ai juste besoin d'un plan, et tout rentrera dans l'ordre.
Il s'éloigna de la porte et se prépara à dormir.
La question, réalisa-t-il, en se forçant à se concentrer sur cette nouvelle idée plutôt que sur sa désastreuse rencontre avec son nouveau professeur, était si il pouvait oui ou non en parler à James. Un autre point de vue pourrait faire toute la différence, et James avait toujours été son partenaire dans tous les méfaits. Il n'y avait aucune chance qu'il le dise à Peter, le garçon plus petit ne savait rien des – préférences – de Sirius et il n'avait pas l'intention de l'éclairer. James était vraiment la seule personne à laquelle Sirius pouvait considérer demander de l'aide, mais...et s'il demandait et que James refusait ? James n'avait jamais eu de problème auparavant avec l'infraction des règles, mais ici, ce n'était pas juste une règle, c'était une loi. Et si James désapprouvait ? Quand Sirius lui avait fait son coming out, l'autre garçon avait dit qu'il était ok avec ça et, jusqu'ici, il l'avait été. Mais à présent c'était différent, il s'agissait d'un professeur.
Je dois prendre le risque, pensa Sirius, à la fois soulagé d'être parvenu à une décision et terrifié à l'idée des conséquences. Il est le seul en qui je puisse avoir confiance et je ne pourrais pas tenir plus longtemps. J'ai besoin de son aide. J'ai besoin de son soutien. J'ai besoin de savoir qu'il sera toujours mon ami.
Sirius fixa pendant un long moment son reflet dans le miroir au-dessus du lavabo, la brosse à dents coincée entre ses dents.
Ce soir, décida-t-il. Je dois en parler à James ce soir.
– – – – –
Sirius venait juste de s'enfoncer dans son lit avec un bouquin en attendant James quand le garçon en question entra dans le dortoir avec une expression déterminée sur ses traits.
James balaya rapidement la chambre du regard, repéra Sirius, et marcha vers lui.
« Ecoute, » commença James, la voix puissante, avant même que Sirius puisse ouvrir la bouche. « Je réalise que ce n'est probablement pas mes affaires, ou, du moins, que tu ne penses probablement pas que c'est mes affaires, et je respecte que tu ne penses probablement pas que ce soit mes affaires, mais tu n'es pas dans ton assiette depuis que tu es revenu de Paris. Je ne sais pas de quoi il s'agit mais je sais qu'il y a eu quelque chose et je sais que quelque chose s'est passé quand que tu es parti. Et je sais aussi que quelque chose s'est passé ce soir. »
« James, » débuta Sirius, mais il fut aussitôt coupé.
« Et je m'en fous si tu penses que ce n'est pas mes affaires. Ça te tracasse énormément et tu es mon ami et ça, c'est mes affaires. »
Sirius réessaya. « James – »
« Et je veux savoir, est-ce que c'est tes parents ou... ? Est-ce qu'ils ont fait quelque chose en France ? Est-ce qu'ils savent ? Est-ce qu'ils ont dit quelque chose ? Tu as reçu un hibou après le cours ? C'est pour ça que tu as disparu ? Où es-tu parti ? Est-ce que... »
« James ! » Sirius saisit son ami par les épaules et le secoua violemment. « Est-ce que tu vas la fermer ? »
James se calma, l'air étourdi.
« Merci, » Sirius soupira de soulagement et relâcha le garçon aux yeux noisette. Alors, il soupira à nouveau, un bruit plus anxieux, la perspective de réellement tout dire à James le rendait un peu nerveux. « Ecoute, » dit-il, puis il s'arrêta, pour rassembler ses idées. Il n'avait pas vraiment imaginé la façon de décrire un peu de sa sordide histoire à son meilleur ami, de telle manière que ledit meilleur ami ne panique pas, ne l'abandonne pas, et ne le fasse pas enfermer...ou pire, enfermer Remus. « Ecoute, » répéta-t-il, en essayant de garder ses nerfs sous contrôle. « Il ne s'agit pas de mes parents – ou ma famille du tout – pour une fois. C'est...Cet été, je... »
« Tu as rencontré quelqu'un, » proposa brusquement James.
Sirius le fixa. « Je...Tu...Comment as-tu... ? »
« Su ? » demanda James.
Sirius hocha la tête, incapable parler.
« Pas de fille, » lui rappela James.
« Oh. » Le déjeuner. « D'accord. »
« Et tu es amoureux de lui, » continua James.
La mâchoire de Sirius tomba légèrement sous le choc. Ça n'avait pas été une question.
« Tu as le même air que moi à chaque fois que je pense à Lily Evans, » expliqua James en réponse à l'expression stupéfaite de Sirius.
Sirius referma sa mâchoire. « J'imagine que ça fait de nous deux rejetés dans ce cas, » dit-il au garçon aux cheveux en bataille.
James garda le silence pendant un long moment, le souci évident dans ses yeux noisette. Finalement, il demanda : « Qu'est-ce qu'il s'est passé ? C'était qui ? »
Nous y voilà, pensa Sirius. Il en sait déjà trop. Et j'ai besoin de lui dire le reste, pour mon bien. J'ai besoin de son soutien et j'ai besoin de son aide pour faire rester Remus. Mais d'abord...il lui fallu demander :« Tu es sûr que tu veux savoir ? »
TBC
Comme toujours, merci à Tayplayrock pour les corrections ;)
Sorn
