Présentation: Histoire pré-Naruto.

Genre : Général

Rating: T

Source : Naruto

Disclaimer : Au risque de me répéter : les personnages ne sont pas à moi, ils sont à Masashi Kishimoto. Je les utilise le temps d'une histoire, c'est tout, d'ailleurs, c'est déjà bien, et ce serait encore mieux si des gens prennent plaisir à lire cette histoire, qui ne révolutionne rien, qui n'as pas le mérite d'être l'une des meilleurs, loin de là ^^

Couple : Surprise

Warning : Psychologie des personnages, tentative d'assassinat, gros mots, et sous entendus douteux. C'est tout, mais c'est pas mal, non ? ^^

Alors, j'ai séparé en deux ce chapitre, pourquoi donc ?

Parce qu'un chapitre de vingt quatre pages c'est trop. Beaucoup trop. Et je me refusais à couper l'autre paragraphe. Il y a donc deux chapitres, en même temps. Le premier est plutôt doux, l'autre est plus sombre.

Note : Les '' indiquent les pensées des personnages. Une ligne indique un changement de point de vue/paragraphes/ personnages. Je suis désolée, pour le remplacement des lignes, par des « O », mais aux vues de certains problèmes techniques, je ne peux faire autrement. Veillez par contre m'excusez du peu d'esthétique, de la démarche.

Comme d'habitude, les points de vue, cela gâche le suspense, mais comme ça, personne n'est perdus, enfin j'espère : Jiraiya et Tsunade/Orochimaru

Merci à Maeve Fantaisie et Roku Den pour leurs commentaires, merci beaucoup.

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Les balles virevoltaient, ses mains bougeaient de plus en plus vite, et ses yeux noirs étaient concentrés sur la tache à accomplir, dénués de toute bonne humeur. Trois petites boules multicolores de joueurs, bourrées de grains de riz, lisses, fermes, formant un cercle presque parfait, parfois hésitant. Jiraiya avala sa salive, en rattrapant de justesse une balle, toujours la même.

A environ cinquante centimètres devant lui, sa mère finissait de se maquiller, tout en regardant le reflet de son fils, grâce au miroir de la petite table de maquillage, qui était proche du takamura et de son futon. Le jeune shinobi avait l'habitude de l'aider à se préparer depuis qu'il était en mesure de le faire. C'était un des rares moments où ils étaient tous les deux, et Miki en profitait pour parfaire la culture de son fils, ce qui ne manquait pas de lui déplaire.

Une balle ne fut pas rattrapée à temps, et roula sur le sol, jusqu'à atteindre l'armoire, où des kimono aux couleurs vives y étaient suspendus. Une autre s'échappa, n'en laissant que trois à tournoyer dans l'atmosphère confinée de la chambre. Par la seule fenêtre de la pièce, on ne pouvait savoir si le soleil se coucher, ou se lever, tant la différence entre l'aube et le crépuscule semblait mince dans ce quartier aussi animé le jour que la nuit. Surtout la nuit.

« Qu'attends-tu pour les ramasser, Jiraiya ? »

Celui-ci soupira, et laissa tomber les balles dans un geste évident de fatigue et de lassitude. Miki ne se mit pas en colère, elle attendit les réclamations de son fils, qui ne tardèrent pas à s'élever.

« J'en ai marre de faire le bouffon, maman, je ne pourrais pas plutôt passer à des choses plus intéressantes. Je suis un ninja, je dois m'entraîner, si je veux un jour pouvoir étaler d'une seule main Orochimaru-je-suis-parfait, et cet autre frimeur de Daisuke ! »

Il avait parlé de cette voix boudeuse, enfantine et obstinée, que sa mère lui connaissait bien. Il utilisait souvent ce ton lorsqu'il évoquait son coéquipier. Parfois, elle se demandait s'il n'avait pas « copié » l'apparence de son père, pour ne garder que la personnalité de sa mère, et ses yeux noirs. Cela lui faisait parfois un peu peur.

Le futur shinobi légendaire remit en place les longues manches de son kimono noir qu'il relevait toujours pour s'entraîner à jongler. Il s'interrogeait avec une légère appréhension à propos de ce que sa mère allait lui dire, vu que celle-ci avait un don inné pour le faire culpabiliser, ou pour se faire obéir de lui ; don qu'auraient bien voulu avoir ses anciens professeurs, surtout Sarutobi Hiruzen, son professeur actuel.

Agenouillée sur un maigre coussin, sa mère était dans/portait son habituel peignoir sombre, bien ajusté sur les épaules. Elle tenait à la main l'une des six différentes brosses qu'elle utilisait d'ordinaire. Parmi ces dernières, rassemblées sur la table en bois, quelques unes étaient faites de poils dont la forme faisait penser à un éventail brun roux, tandis que les autres se composaient d'une simple touffe brune.

La table supportait aussi un pot de verre contenant un produit blanchâtre, des bâtonnets de pigment, et une brindille de bois, dont l'une des extrémités était noircie, brûlée, et un autre pot de crème jaune pâle, près d'un récipient rempli d'eau. Jiraiya, dans un moment de brusque espièglerie, prit le pot de crème jaune, qu'il soupesa, avant de le renifler, d'un air faussement méfiant. Ce genre de crème était souvent chère, dû probablement à ses ingrédients douteux : malgré le fait que celle-ci soit préparée essentiellement grâce à des plantes, Jiraiya avait frémi de dégoût en apprenant que des crèmes semblables contenaient des « restes » de volatiles.

« Je croyais que tu en avais assez de jouer au bouffon. » Ironisa habilement sa mère, tout en lui prenant doucement le pot. Pour toute réponse, le petit shinobi afficha un air contrit, tout en fronçant les sourcils, avant de les hausser, certain d'avoir trouvé une réponse adéquate.

« J'en ai marre de faire des choses qui ne me serviront pas, en tant que ninja, je veux dire. En plus, les filles ne semblent pas beaucoup apprécier les jongleurs. Non, c'est plutôt les poseurs bruns qui les font craquer. »

Avec une autre femme, il aurait eu un terrain d'avance. Pas avec sa mère. Elle le connaissait du bout des doigts, lui et ses si rares remarques pertinentes. Miki lui répondit donc, sur un ton faussement songeur, tout en ouvrant délicatement la boite en bois. Elle s'en mit un peu autour des yeux, et prit ensuite un bout de cidre qu'elle assouplit, avant de l'étaler sur son visage, son cou et sa poitrine. La femme s'essuya les mains avec un torchon que lui tendait son fils. Jiraiya ne prit pas mal le fait qu'elle finisse de se préparer, avant de lui répondre. Il était habitué depuis tout petit à regarder sa mère se préparer. Et contrairement à la rumeur, il n'en profitait jamais pour regarder.

« Alors voyons voir, les Uchiwa ne sont pas aussi doués qu'on le prétend, les Hyûga ne sont pas très généreux, les Inuzuka trop bruyants, surtout quand il vaudrait mieux être discret, et enfin, les Nara ont la fâcheuse manie de s'épuiser rapidement. Quant aux Aburame, ils n'ont pas l'habitude d'aller dans ce genre de quartiers. Voila ce que la majorité des femmes racontent sur ces familles, dont tous les individus masculins, à de rare exception près, sont bruns. Pour ma part, lorsque j'ai quelqu'un, je regarde plus la grosseur de son portefeuille, que celle de ses bijoux de famille, ou de sa tête. Quoique Hidoto et… »

« Tu n'es pas non plus obligée de me faire un catalogue des hommes avec qui tu occupes tes soirées ! Pitié maman, tu ne te souviens pas de cet horrible traumatisme que fut la découverte de ma conception ? »

« Tu parles du jour où la petite Hatsu t'a finalement expliqué que les enfants ne naissent pas dans les fleurs de cerisier ? Il fallait bien que tu le saches un jour. » Répliqua-t-elle, pragmatique.

« Maman, j'avais à peine quatre ans. »

« Tu en avais six. C'était quelques jours avant que tu n'essayes de rattraper le chat tout en gardant sur ta tête une pile de livres, soit disant que c'était un entraînement pour maîtriser ton chakra. Ne fais pas cette bouille là, tu as toi-même reconnu que c'était une bêtise après. »

Le chat n'était réapparu qu'une semaine plus tard, et pendant cette période, le petit étudiant avait eu tout le temps de s'en vouloir. Maintenant, le vieux matou pouvait couler des jours tranquilles : son maître ne l'embêtait plus avec ses lubies, et le gâtait plus qu'aucun autre ne l'aurait jamais fait.

« Mouais, n'empêche, revenons à notre principale sujet» Déclara tout à coup d'un air important Jiraiya. « Maman, je ne vois pas l'intérêt d'apprendre tous ces trucs ennuyeux : le jonglage, Le Nô, la musique, la littérature… Maman, quel est le rapport avec le ninjutsu, dit ? Encore la cuisine, pour que je mange à ma faim lorsque je serai seul en mission, d'accord, mais les autres, je ne vois pas. »

Commenta-t-il, tout penaud, curieux, espérant que sa mère lui ferait arrêter ces activités qu'il n'aimait pas, et pour lesquelles, il n'avait qu'un intérêt limité.

« Jiraiya, sort mon obi, et mets-le sur mon lit, s'il te plait. »

Le jeune shinobi eut un air surpris, mais, fit ce que lui demandait sa mère. Il prêta attention à ne pas abîmer la longue ceinture, mise en haut de l'étagère, et la plaça sur le futon décrépit, qu'il examina, avant de se remettre à sa place, de plus en plus impatient malgré son visage anormalement calme.

Sa mère avait presque fini de se maquiller, et déjà son visage était recouvert de ce blanc crayeux dont l'aspect déplaisait tellement à Jiraiya. Avec ses longs cheveux dénoués, teints en noirs, et ce visage excessivement blanc, il lui semblait trop voir Orochimaru, surtout depuis qu'il le fréquentait plus souvent, à cause des missions et des entraînements. Heureusement, elle se mit du fard à paupière rouge, ce qui amoindrit la ressemblance.

« Qu'est-ce qu'être un ninja pour toi, Jiraiya ? » Demanda la jeune femme d'un ton grave.

« C'est… » Commença avec surprise le shinobi. « C'est être super fort ! Ouais ! C'est ça ! Etre super fort pour que tout le monde puisse reconnaître ma valeur ! Et puis, après, eh ben, on quittera ce quartier pourri, et je te protégerai maman, toi, et les autres. Je serai le plus fort de tous les shinobi, je te le jure. »

Déclara l'enfant, en souriant, avec ce regard si décidé, si obstiné, qu'il semblait être capable de déplacer des montagnes. Enfin, c'était ce que cette maman attentionnée de Miki pensait, tandis qu'un autre aurait soupiré que ce n'était qu'un enfant qui prenait ses rêves pour la réalité. En fait, Miki n'était pas le genre de personne à critiquer ceux qui ont des rêves impossibles, puisqu'elle en faisait partie. Du moins autrefois.

« Pourquoi m'as-tu demandé ça ? » Questionna Jiraiya.

Elle leva les yeux vers lui_ la première fois depuis qu'il avait commencé à jongler. Ses yeux sombres étaient identiques aux siens, des yeux où l'on pouvait lire plus de joie de vivre et de rêves, que de solitude ou de pleurs. Pourtant, il savait qu'elle ne serait jamais complètement heureuse, même s'il la sortait de sa « prison », car il y aurait toujours lui. Cet homme dont il ne savait rien, que tout le monde connaissait et haïssait en cœur, ce déserteur, ce traître, ce monstre. « Crapaud pervers », « infâme déserteur », autrefois « crapaud buffle », « grand sabreur ».

« Parce que pour moi, le rôle d'une mère, c'est de protéger ses enfants. Tu ne vois pas où je veux en venir ? Très bien, je vais parler très lentement. Un shinobi doit être discret, capable d'infiltrer ses ennemis, qu'ils soient ninja, paysans, ou seigneurs. Sous peine de mort. Toi… Tu es loin d'être discret, et brillant aussi. Je dis cela pour ton intérêt. »

« J'vois pas le rapport. »

« Le rapport, mon petit Jiraiya, c'est que si tu n'acquiers pas dès maintenant des talents, pour jouer naturellement, que ce soit durant des voyages, dans des villages, voire devant des seigneurs ennemis, tu vas te faire repérer en un temps record. Le temps qu'il faudra pour qu'on fasse passer la nouvelle de ta présence et qu'on ordonne de te poignarder en vitesse. D'ici là, ça m'étonnerait que tu puisses fuir, si tu as l'intelligence de le faire. Or, moi, je n'ai aucune intention de servir le thé à un de ces vieux croûtons qui viendra annoncer ton décès avec un regard compatissant, et qui, une heure plus tard, rira de la mort d'un fils de traître. Et encore moins à ce fils de Fondateur, même pas foutu de raisonner un de ses équipiers, et qui après, se donne de grands airs. Je pense sincèrement avoir assez pleuré de ninja comme ça. Je ne veux plus en pleurer aucun. Surtout pas mon propre fils. »

Levant la main, doucement, et les yeux reflétant maintenant à la fois une amère mélancolie, une grande douceur, et une détermination sans faille. Elle enfouit sa main dans les cheveux incolores de son fils, qui la regardait, avec de grands yeux surpris. C'était la première fois qu'elle faisait allusion à sa tristesse, due à une perte ancienne, ainsi qu'à l'éventuelle mort de son fils. Etrangement, il n'y avait jamais pensé, comme tous les enfants de son âge, comme tous les genin avant lui, et ceux qui suivront, trop naïfs, inconscients, trop innocents. Miki y pensait chaque jour, sans oser le dire.

L'enfant aurait voulu dire quelque chose, qu'il ferait attention, qu'il serait un jour un grand ninja, que c'était son nindo, et d'autres paroles, promesses qu'il criait trop souvent. Il sut que cela serait inutile, sa mère s'inquiéterait toujours autant. Elle ne le croirait probablement jamais. Alors, il s'écarta d'elle et alla ramasser les balles dispersées le long de la pièce. Le futur ermite jongla, sous les yeux ahuris, puis attendris de sa mère. Finalement, elle finit de se préparer, tandis que son fils, tel un acrobate, un joueur ambulant, accumulait les figures, parfois usant de l'entraînement qu'il avait reçu en tant qu'apprenti ninja.

L'entrainement terminé, le petit shinobi aida sa mère à mettre son énorme obi, qu'elle posa sur son ventre, et choisi avec elle ses ornements, dont une broche, d'où pendait un fil de perles aux couleurs ocres, se mariant bien avec le kimono jaune, brun, et roux. Ensuite, elle lui souhaita bonne nuit, et sortit de la maison. Jiraiya se dirigea vers sa chambre, se couchant d'emblée sur son futon, l'air songeur, et le front brûlant de sueur. Il s'endormit ainsi, ne se couvrant pas, à cause de l'ambiance chaude émanant de la pièce, et n'ayant pas l'envie de se lever pour ouvrir la fenêtre, et fermer le volet. Il avait toutefois rangé ses armes dans sa sacoche, posée prés de son lit et de sa main, encore par fainéantise.

S'il avait fermé le volet, rangé ses armes dans son placard, si sa mère ne lui avait pas dit qu'elle avait un programme chargé chez des gens du quartier moyen (ce qui n'avait pas manqué de lui faire grincer des dents), s'il ne s'était pas entraîné jour et nuit, il aurait sûrement été mort le lendemain.

Pour l'instant, d'épais nuages cachaient les lueurs des étoiles, jusqu'à ce que le vent souffle, les chassant, comme l'on déloge de la poussière. Elles brillaient, et c'était si beau à regarder, que quelques enfants, adolescents, ou mêmes adultes s'autorisaient une petite contemplation tardive. C'était particulièrement le cas pour certains des nouveaux shinobi, qui n'arrivaient pas à trouver le sommeil.

C'est pourquoi Orochimaru observait avec attention le ciel étoilé, en compagnie de sa grande sœur attitrée, qui avait voulu le suivre dans ses escapades nocturnes. Histoire de garder un œil sur lui, ou d'être tout simplement là.

La brise faisait danser les brins d'herbe tendre, et l'on entendait les bruits des criquets, et des animaux nocturnes, tandis que les deux enfants se tenaient devant la stèle commémorative, derrière laquelle était planté un drapeau portant le symbole du village caché de Konoha.

Si Akane savait où se trouvait sa fille, elle serait sûrement en colère, mais elle était en mission, et Itomaru, bien que n'ayant pas été consulté, était compréhensif, et d'accord. Depuis sa discussion avec Sarutobi, Orochimaru venait ici chaque soir, parfois avant de se coucher, et d'autre fois au milieu de la nuit. Une façon à lui de montrer que les paroles du troisième Hokage l'avaient touché ? Peut-être. Il n'en avait parlé à personne.

Tsunade l'avait suivi, un soir, et depuis, elle l'accompagnait. Cela ne le dérangeait pas, puisqu'il avait pris l'habitude de prier en silence, et de temps en temps. Il trouvait que c'était un tout petit peu agréable. Il n'était toujours pas sentimental, et ne le serait jamais.

« Regarde, une étoile filante ! Orochimaru, regarde ! »

En effet, un point brillant parcourut l'horizon, finissant sa course aussi rapidement qu'il l'avait commencée. C'était très beau, presque aussi beau que le sourire de Tsunade à la lueur de la petite lanterne rouge, qu'elle tenait pour leur permettre de savoir où ils mettaient les pieds.

« Il faut faire un vœu, maintenant. » Affirma sans attendre la petite kunoichi, tout en faisant plusieurs vœux : devenir super forte, ne plus avoir de bonbons en cadeau, parce qu'elle n'aimait pas ça et qu'elle devait quand même en manger pour ne pas faire de peine, se marier avec Dan ou Daisuke, que plus personne n'embête Orochimaru, que Jiraiya ne soit plus dans leur équipe, et pleins d'autres souhaits, tout aussi gamins, innocents.

Ensuite, elle enjoignit Orochimaru de faire de même. Malheureusement, tous les souhaits de ce dernier étaient irréalisables: revenir en arrière, ressusciter un sourire, ou oublier des souvenirs. Ceux gravés dans son esprit, comme les lames ayant été jadis enfoncées dans sa chair. Des souvenirs à cause desquels, il ne supportait plus les contacts, qu'ils soient tactiles, ou purement auditifs. A cause desquels, pendant le début de sa vie d'habitant de Konoha, il n'avait pas émis le moindre son, mis à part quelques mots, après un drame, à Tsunade. Celle-ci lui avait pris doucement la main à ce moment là, si lentement qu'il n'avait pu la repousser.

Et puis, tant qu'il ne lui prenait pas la main en retour, il ne ferait pas forcement preuve de faiblesse, non ?

« Si tu n'arrives pas à choisir, ou si tu n'as pas d'idée, je peux en choisir un de souhait. Tu es d'accord ? Je te promets de t'en choisir un bien, ou si tu ne l'aimes pas, alors je ferai une offrande au Kami du ciel pour qu'il fasse pleuvoir les étoiles pendant des nuits et des nuits. Comme cela, tu auras le temps d'en trouver un. »

Des années plus tard, il n'aurait pas répondu, ou s'il l'aurait fait, c'aurait été une réponse froide et acerbe, pour mettre de la distance, pour ne pas se laisser prendre aux pièges des sentiments. Cependant, céans, il n'avait même pas huit ans, et c'était Tsunade qui parlait, devant le nom des ninja morts aux combats. Devant le nom de son père. Brusquement, il eut une idée.

'Je ne veux pas que Tsunade meure avant moi. S'il vous plaît, je souhaite juste cela, je ne souhaite même pas qu'elle sourie tout le temps, ou qu'elle soit tout le temps heureuse. Père m'a bien dit que c'est impossible pour les ninja, et que cela ne serait même plus vivre. Or, moi, je veux qu'elle vive. Parce que les vivants, contrairement aux morts, ont la chance de sourire, de jouer, d'être heureux. Je sais que c'est un peu égoïste, mais c'est ce que je souhaite. Du fond du cœur. '

Sa prière silencieuse achevée, il se tourna vers son amie, et lui avoua finalement qu'il avait fait un vœu, mais dont il ne dévoilerait pas la nature. Tsunade chercha, encore et encore, et elle ne trouva pas, à sa grande frustration. Ce n'était pas si grave, puisqu'Orochimaru avait sourit.

Elle n'aimait pas le voir triste. Cela lui faisait penser aux premières fois qu'elle l'avait vu, toujours dans l'ombre, caché par son père, ses yeux jaunes fuyants et apeurés en permanence.

Il ne ressemblait en rien à l'affreux futur monstre que tout le monde s'évertuait à détester, mépriser, et craindre. Au contraire, la première chose qu'elle avait pensée lorsqu'elle avait enfin rencontré_ après des centaines de minutes de patience_ les yeux d'Orochimaru, ce fut: le soleil. Enfin, deux soleils, ternes, presque morts, comme des bougies en train de s'éteindre.

Elle avait trouvé cela triste, alors, elle l'avait emmené voir les beaux oiseaux, dans le superbe jardin. A la lumière, loin des regards haineux, des paroles médisantes, et des gestes que certains se permettaient, sous prétexte que son père n'était pas là, et qu'il ne savait_ a priori_ pas parler. Par contre, il savait mordre, et ces gens ne le découvraient que trop tardivement.

Finalement, il avait souri, rassuré. Il était calme, mais très rigolo, un peu dégoûtant avec sa langue, mais bon, comme il ne s'en servait que rarement, tout allait pour le mieux. Ils jouèrent souvent ensemble, et parfois, elle avait l'impression d'avoir le petit frère que certains auraient bien voulu qu'elle ait.

Ces « certains » n'appréciaient pas que le chef des Senju n'ait qu'une fille pour héritière, et en plus, elle n'était pas assez « disciplinée » selon eux.

Autrement dit, c'était des ninja du clan Senju imbus de leur personne, qui voulait absolument être commandés par un homme, et si possible, pouvoir le contrôler à sa guise. Voire, voulant carrément prendre eux-mêmes le contrôle du clan, à la place de cet énergumène laxiste et bon à rien. Trop faible et trop gentil pour être un ninja.

L'un d'eux passa un jour à l'action. La meilleure façon de contraindre un chef de clan à abdiquer, n'est-t-elle pas de supprimer son héritière, sous son nez ? Il échoua.

Ce fut la première fois qu'Orochimaru tua. C'était le début du mois de novembre, le soir, alors qu'ils étaient seuls, qu'Akane était en mission, et que Kazan et Itomaru allaient de la leur. Le futur maître des serpents n'avait que six ans.

Ce soir là, la première chose qu'entendit Itomaru fut le cri de sa fille. Il se précipita vers le jardin, où elle s'entraînait depuis qu'elle était rentrée à l'académie des ninja. Il fit coulisser rapidement la porte, une main sur son sabre encore couvert de sang, et à ses côtés, Kazan faisant de même.

Il avait vu les corps des gens_ servantes et serviteurs_ qui auraient pu_ dû_ venir au secours de sa fille, dont celui de la gouvernante. Il se maudit d'avoir laissé son petit trésor à des incapables. Ce qu'il vit lui glaça le sang.

Orochimaru de profil, couvert d'un sang qui se mêlait au sien, un kunai ensanglanté dans une main, un ninja-tô dans l'autre, surplombant le cadavre d'un ninja masqué, et propriétaire_ sans aucun doute_ du sabre que tenait l'enfant. A peine six ans, et sa fille prostrée, blessée à l'épaule, pleurant à chaudes larmes. Les yeux froids d'Orochimaru, sans aucune émotion, surplombant le corps sans vie. A peine six ans, pas encore à l'académie, et déjà du sang sur les mains

Itomaru entendit un bruit derrière lui, provenant de Kazan. Celui-ci, en bon ninja, s'approcha du corps, l'inspecta, poussant un peu son fils, sans pour autant le regarder.

Pour les ninja, soit on est utile au village, soit l'on lui nuit.

En tant que supérieur hiérarchique et aîné, Itomaru pouvait donner l'ordre à Kazan de tuer Orochimaru, s'il décelait des signes de dangerosité et de malveillance chez lui. Or, il avait toujours sa main sur le sabre. Cela voulait tout dire. Et Kazan qui adorait son fils, qui le chérissait plus que tout au monde. Il n'avait même pas la force de lui dire bonjour, de le regarder, de lui sourire.

Des traces sur le cou, des traces de kunai aux environs du cœur, et de lame, de sabre à l'estomac. Le petit assassin avait été étouffé, poignardé, et probablement serré. Kazan ouvrit sa bouche, en retira une capsule, d'où un liquide perlait par de multiples fissures. Le responsable de l'étouffement, certainement. Ce genre de mercenaires, ceux du Sable avaient la manie de placer cette capsule trop près du « trou » comme le disait souvent Kazan, vu qu'il ne connaissait rien à l'anatomie humaine. Enfin, juste celle qui ne l'intéressait pas.

La mort tenait sûrement plus à une chance sordide, et à l'âge relativement jeune de l'assassin, douze/treize ans par là. Un petit aux cheveux clairs, presque blancs, avec des taches de rousseurs, et un air faussement endormi. 'Trop jeune pour mourir' pensa Kazan, avant d'ajouter en pensant à son propre petit, 'trop jeune pour tuer'. Il n'osait pas encore le regarder, bien qu'il le complimenta de s'être bien débrouillé. Il lui devait bien ça.

L'enfant ne lui répondit rien, comme d'habitude. Itomaru était en train de s'enquérir de sa fille et de la réconforter. La blessure de cette dernière était légère, et quelque part, il était heureux. Bien qu'il ait vu dans le regard d'Orochimaru, celui d'un futur tueur. D'un Monstre. Il n'osait pas le dire, mais fit signe à Kazan de dégainer son sabre, Kusanagi. Ce dernier eut l'impression que son cœur allait se briser, lorsqu'il comprit ce que sous entendait le geste.

Le shinobi se leva, regardant enfin son fils, toujours calme, si froid, pas de pleurs, rien du tout.

Si seulement il avait pu lui parler, le prendre à part, lui dire de s'enfuir, de partir loin, très loin. Mais, il était avant tout ninja, et c'était une chance qui lui était offerte de pouvoir faire le sale boulot en personne.

Au moins, il savait qu'Orochimaru ne souffrirait pas inutilement.

Les deux pères emmenèrent les enfants, leur fit raconter la scène_ enfin, Itomaru demanda à Tsunade_ Kazan étant de l'autre côté de la pièce, silencieux, comme son fils. Les servantes accoururent mais Itomaru les chassa avec plus de sévérité qu'il en avait usé de toute sa vie, de même que les membres de la famille qui accoururent trop tard. Ce qui le mettait en rage, bien qu'il garda son calme.

Une fois les enfants soignés, Kazan fit un regard complice à son ami, puis désigna de la tête le garçon. Itomaru lui envoya son regard le plus froid dont il était capable, plus fixa encore plus sombrement le « sauveur » de sa fille, qui avait le même regard que le cousin maudit, celui dont on ne devait jamais parler.

Kazan devant accomplir sa tâche, Itomaru emmena sa fille. Normalement, c'était à ce moment que le futur genin aurait dû mourir. Tsunade en décida autrement, elle alla lui faire un câlin, le plus gros qu'elle ne lui ait jamais fait. Le regard des deux pères furent étonnés, bien que froids. Puis, Orochimaru parla. « Pourquoi pleures-tu ? Pourquoi ne souris-tu plus ? »

C'était une voix anormalement grave, presque rouillée, la voix d'un enfant qui n'avait pas encore fini de grandir, mais qui semblait plus vieux que personne. La voix d'un être solitaire, qui n'aimait pas parler, et ne l'avait pas fait depuis une éternité.

A un autre moment, Kazan en aurait pleuré de joie, mais là, c'était presque dérisoire. Les ordres étaient les ordres, aussi injustes soient-t-ils. L'héritier du clan Senju demeurait froid, sa décision était prise, et s'il avait bel et bien discerné de la malveillance, et un peu de plaisir mêlé à de l'incompréhension, de la peur dans les prunelles dorées. Cela ne l'empêcha pas d'être surpris par la prise de parole du gamin.

Seule Tsunade ne le paraissait pas, puisqu'elle répondit avec une innocence et une confiance presque insupportable : « Bah, parce que j'ai eu peur pour toi. Il était vraiment méchant ce monsieur. Maintenant, il faut te reposer, c'est ça ce que font les héros après avoir protégé les autres dans les histoires. »

« C'est obligé ? Je ne peux pas venir jouer avec toi ? »

'Par toutes les divinités du ciel, mon petit Ishida parle comme un petit seigneur! Encore mieux que l'autre cadet de ce frimeur d'Uchiwa, bien que sa voix soit beaucoup trop froide pour une voix de gosse, n'empêche.' Pendant que Kazan faisait ce constat, Itomaru scrutait le garçon, son regard, ses gestes. Il restait toujours calme, pas de gestes inutiles, excellent pour un ninja, mais un peu inquiétant pour un gosse de cet âge. Par contre, il y avait comme une lueur dans ses yeux, pendant que sa fille enserrait son sauveur. Quelque chose que personne n'avait vue auparavant.

« Papa, il ne peut pas venir avec nous ? S'il te plait. » Avait supplié Tsunade.

Kazan avait répondu à sa place, disant qu'il voulait parler à son héros de fils. Un sourire, encore un. Son regard qui se durcit, en croisant le père de la fillette.

Encore une étreinte, l'enfant rougit, semblant moins froid, plus humain. Kazan lui caressa doucement les cheveux, les yeux tristes, presque désespérés.

« Qu'y a-t-il monsieur Kazan ? »

Monsieur...

« Rien, je suis juste fatigué par la mission… »

Pourquoi ne parle-t-il que maintenant ? Pourquoi ses premiers mots ne lui étaient-t-ils pas adressés ? Pourquoi pas « papa », au lieu de « monsieur » ?

« Ce soir, on dînera chez Ichiraku, la nouvelle échoppe de ramen, ne soyez pas en retard vous deux. » Avait déclaré Itomaru, d'un air détendu, souriant. Le message avait mis du temps à passer chez Kazan, et il avait failli se prosterner devant le shinobi. Il s'était retenu de peu.

Le soir venu, il avait serré son fils de toutes ses forces, malgré ses petites protestations drôlement mignonnes. Il avait eu trop peur de le perdre pour en tenir compte, et puis, il fallait bien qu'il regrette de ne pas avoir parlé plus tôt.

Lorsqu'il lui demanda, en privé, pourquoi il avait épargné son fils, le shinobi blond se contenta de dire qu'il avait eu un pressentiment, et puis, ce n'était pas humain de prendre la vie d'un enfant si jeune, et un gâchis de perdre un génie pareil.

Deux jours plus tard, grâce à ses multiples relations, Orochimaru alla à l'académie. Pour faire bonne figure, un des membres du conseil proposa d'inscrire également un fils de ninja, le seul qu'il ne soit pas inscrit : Jiraiya. Ce qui provoqua un vague mouvement de protestation ; l'on argumenta que si un étranger pouvait s'inscrire, pourquoi pas un fils de ninja, même traître ? C'eut été pire si seul Orochimaru avait été inscrit. L'on inscrivit, avec un peu plus de retard, un petit-fils de ninja par sa mère, et d'origine paysanne par son père : Kuro Hanzô.

Depuis ce jour, Itomaru et Kazan veillèrent à ce que les enfants soient souvent ensemble, surtout Itomaru. Pour que la lumière qu'il avait entrevue ne s'éteigne pas. Le signe du yin et du yang était simple : deux gouttes identiques, l'une blanche avec une tache noire, l'autre noire avec une tache blanche. Orochimaru, c'était un peu la goutte noire. Le tout était de chercher ce qui pouvait amener la tache blanche à se former, à grandir peu à peu.

Pour qu'au final, le noir puisse disparaisse complètement.

« On rentre ? » Demanda Tsunade, tenant toujours la main du genin. Celui-ci lui répondit par un simple « oui ». Caché derrière un arbre, Itomaru, chef du clan Senju et fils du premier Hokage, souriait. Il ne regrettait pas de l'avoir épargné celui là, il y a longtemps, lorsque les petits ne comprenaient pas que le méchant monsieur ne se relèverait jamais. Il espérait juste qu'un jour, leurs rêves se réalisent. Il le souhaitait de tout son cœur. En attendant…

« Je veillerai sur lui, ne t'en fais pas Kazan. Il ne lui arrivera rien. » Murmura-t-il en regardant les étoiles. Une légende voulait que les esprits des disparus veillent les vivants des étoiles éternelles. « Je te le promets. »

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Voui terminé ! Maintenant bonne lecture pour la seconde partie ^^