Présentation: Histoire pré-Naruto
Genre : général.
Rating: T
Source : Naruto
Disclaimer: les personnages de Naruto ne m´appartiennent pas et heureusement pour certains (à prendre dans les deux sens), par contre, j'ai créé des personnages, donc ils m'appartiennent. (Sérieusement, qui voudrais d'eux ?)
Couple : Implicite, ou presque. ^^
Warning : Violence, fanatisme, angts, combat, et plein d'autres choses désagréables. En bref, âmes sensibles, passez votre chemin. Sachez que l'on attaque Konoha. Sinon, eh ben, il y aura des répercussions sur les personnages. Ce ne serait pas normal sinon.
Note : Les '' indiquent les pensées des personnages. Une ligne indique un changement de point de vue/paragraphes/ personnages. Je suis désolée, pour le remplacement des lignes, par des « O », mais aux vues de certains problèmes techniques, je ne peux faire autrement. Veillez par contre m'excusez du peu d'esthétique, de la démarche.
Alors, là, c'est Jiraiya, puis Orochimaru, et enfin Tsunade. Bonne lecture^^
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Lorsque Jiraiya émergea de son rêve, il entendit à peine les rumeurs du fracas que causa la destruction des portes principales de Konoha par des ninjas ennemis. Ouvrant les yeux, il aperçut la couleur bleue grise du ciel, signifiant que le soleil ne s'était pas encore tout à fait levé. Le genin bailla, avant de s'engouffrer dans sa maigre et tiède couverture, voulant profiter encore un peu de son repos, puisqu'il faudrait bientôt qu'il aille au point de rendez-vous de l'équipe sept. Une seconde détonation l'empêcha de se rendormir, et une troisième l'intrigua assez pour qu'il se lève avec rapidité. Il s'empara de sa sacoche à shuriken et kunai qu'il avait abandonnée près de sa couche par une secourable fainéantise, et sortit de la pièce. Voyant que la porte de la chambre de sa mère était ouverte, il voulut regarder par sa fenêtre. L'enfant ouvrit trop prestement le volet, qui se cassa, s'étalant par terre, dans un bruit sinistre.
En le contemplant, le genin émit un léger grognement. De toutes façons, sa mère ne dormait que trop rarement ici. Et puis, il pourrait toujours mettre de l'argent de côté pour lui en repayer un autre. Jiraiya scruta attentivement le paysage, son visage boudeur se transformant bientôt en une face ahurie. Des volutes de fumées s'élevaient des lourds remparts de Konoha, à présent troués comme un vieux gruyère rassis. Il apercevait au loin des formes provenant de l'extérieur des murailles, pénétrant par effraction dans le village. Des civils fuyaient, et il put en voir en bas du mur, les yeux rouges, agrandis par la peur et l'angoisse. Au loin, des feux naissaient au rythme des explosions, sûrement provoquées par amusement. Après tout, la politesse veut de se faire annoncer de ses hôtes, n'est-ce pas ?
« Ah vermines ! Le temps est venu de vous exterminer ! Nous, ninjas de Konoha, allons vous sortir de nos terres sacrées et baignées de lumières, vous, ignobles guerriers de l'ombre sans aucunes considérations pour la fragile femme, et pour l'innocent orphelin apeuré. Moi, shinobi de la Scintillante Feuille Invincible, promets de vous détruire, adorateur du Mal et des Ténèbres, grâce à mon charisme effroyable, et à la plus puissante des armes : la force exceptionnelle et rare de l'Amour, avec le plus gigantesque et sublime des « A »!» récita fortement du toit de la maison de Jiraiya, un inconnu de Konoha.
C'était un type brun grand d'un mètre quatre vingt environ, le teint bruni par les années passées sous le soleil à s'entraîner, ou à clamer des imbécillités, une petite moustache ornant sa lèvre épaisse, sa combinaison jaune canari et rose fuchsia luisante au soleil, par on ne savait quel produit. En fait, il valait mieux ne pas savoir ni le nom du produit, et encore moins le nom de l'énergumène, s'amusant à prononcer des phrases alambiquées et ridicules, pendant que des gens se battaient et mourraient devant ses yeux.
'C'est qui ce boulet ?' pensa le genin, avant de reculer, l'air surpris, et un peu effrayé. Le…la chose qui était apparemment un ninja, avait d'un mouvement vif pénétré dans la chambre, et le fixait maintenant, avec une lueur inquiétante dans ses yeux bruns. Sans comprendre pourquoi, Jiraiya sut que cela n'annonçait rien de bon.
« Que vois-je ici, dans ce lieu où dort une marionnette de la luxure? Donne ton nom, petite graine pourrie, que je voie si tu es bien l'un des miens, si tu es bien du côté du Bien, et de l'Amour. Sinon, je ferais tout pour purifier cet endroit sordide, et ténébreux.»
Pendant les brèves pauses que lui avait accordées Hidoto, celui-ci lui avait inculqué quelques principes de survie de base, que tout bon ninja devait appliquer dans certaines situations à l'issue potentiellement dangereuse, voire dramatique. Le premier d'entre eux était d'éviter les fanatiques, surtout ceux du village de Konoha. Le deuxième : que si jamais il devait rencontrer un fanatique, il ne fallait pas le fixer dans les yeux (comme les chiens enragés), et s'efforcer de ne pas parler. S'il fallait cependant le faire, être poli mais distant, et chercher par tous les moyens possibles et imaginables une façon de sortir de ce pétrin. Jiraiya appliqua ces principes à la lettre ce jour là.
« Je suis Kæru Jiraiya, genin de Konoha, monsieur.» répondit en souriant le petit garçon, tout en fixant la fenêtre ouverte, et cherchant frénétiquement dans sa tête, un moyen de sortir discrètement par la porte de la chambre maternelle. Pitié, faites que ce gars s'aperçoive que les ennemis à trucider se trouvaient loin, là-bas, et non ici. Apparemment, le dit gars n'était pas de cet avis, puisqu'il reprit avec ferveur :
« Quoi ?! C'est donc toi le fils de ce traître, de ce parjure. Celui qui a souillé avec un innommable plaisir par deux fois le nom des courageux shinobi de notre village. Ceux protégeant de toutes leurs forces les vraies valeurs : l'Amour, l'Amitié, le Courage, la Loyauté, La Victoire, et les Mille-feuilles ! »
Le genin classa d'emblée le ninja excentrique dans la catégorie « frappa dingue ». Comment un fou pareil pouvait-il être shinobi ? Mince, il était encore pire que Sarutobi, ou cet autre auguste aux gros sourcils et à l'hideuse combinaison verte pistache et jaune orangée.
« Euh… Peut-on vraiment dire que les Mille-feuilles soient une valeur, monsieur ? » interrogea avec une timide politesse Jiraiya, qui se demandait quand le ninja allait s'apercevoir que le gros des ennemis se dirigeait par ici. Ce n'était pas que sa compagnie soit détestable (elle était pire), mais il commençait vraiment à avoir la chair de poule. Il recula un peu, pendant que le fou entamait son discours inspiré, tel le gourou illuminé et grotesque d'une secte absurde.
« Mais bien sûr que si, jeune impudent ! Les Mille-feuilles sont même la plus grande et la plus belle des Valeurs Humaines ! C'est l'exemple même du village parfait : aucun indidualisme, des couches parfaitement homogène, parfaites. Un exemple culinaire pour l'idéologie des vilages cachés. Exemple que Konoha représenterait presque, dans sa grandeur ! »
Il rit dès sa tirade terminée, il se lança dans un rire exubérant, ce dingue fanatique, terrifiant de plus en plus Jiraiya, qui touchait à son but. Plus que quelques pas, encore un petit peu. Le genin, malgré la chaleur presque étouffante de la pièce, avait de plus en plus froid, et sentait de la sueur couler le long de ses tempes. Devant lui, ne semblant rien remarquer, le ninja le fixait de ses yeux bruns et fous avant de reprendre, la voix de plus en plus inspirée, mais cette fois-ci d'un ton calme, et paradoxalement, encore plus angoissant.
« Malheureusement, certains fourbes entravent notre marche ! Et empêchent ainsi l'avènement d'une ère nouvelle : celle du plus puissant des villages, qui doit régner sur tous les autres, sur toute la Terre, sur tout l'Univers ! Et tu en fais partie, jeune déviant, graine impure d'un infâme déserteur et d'une ignoble séductrice. Fruit de la Perversité, et de la Luxure, tu n'as pas le droit à ce bandeau magnifique, Lien Indestructible des ninja de Konoha. Tu n'as pas même le simple droit de vivre. »
A ces mots Jiraiya fit ce que toute personne non suicidaire aurait fait à sa place : abandonnant toute notion de discrétion, il cavala vers la sortie, courant à en perdre haleine le long du corridor, avant de sauter par la fenêtre. Entre temps, il s'était pris un shuriken au bras gauche, mais il s'en fichait, tout comme de ses coupures aux joues, lui dessinant comme des moustaches, ainsi que les autres, aux bras et aux jambes.
Il était habitué à souffrir, la douleur était son lot quotidien avec son entraînement de ninja, et quelques pugilats avec des fils de son quartier, ou de sa classe. Cependant, l'autre, il voulait le tuer. Comme l'on tue quelque chose qui gêne, comme l'on tue un ennemi. Mais il était de Konoha lui aussi, non ? Apparemment, le shinobi n'était pas d'accord, puisqu'une lueur folle dansait toujours dans ses pupilles, et qu'il avait cet air sombre que les assassins affichaient avant d'abattre une de leurs victimes. Autour d'eux, les gens fuyaient, n'adressant pas un regard à l'homme et à l'enfant, et de toutes façons, la ruelle était presque déserte. Jiraiya se maudit, il avait choisi de sauter par l'ouverture qui menait à une impasse. Ce n'était pas son jour.
L'homme avançait, et le garçon le regarda pour la première fois dans les yeux avant de sortir un shuriken de sa sacoche, remerciant pour une fois Sarutobi de l'avoir suffisamment grondé pour qu'il n'oublie jamais de l'accrocher à sa jambe, avant de se lever. Il pointa l'arme métallique vers le ninja qui éclata de rire.
« Ainsi, jeune et stupide écervelé, tu crois faire tomber un initié à la plus grande des puissances, avec un simple petit kunai ? Tu es bien sot, paysan. Je n'aurai aucun regret à te tuer, tu es de toute façon inutile au village, et le seras toujours. Tu es indigne du Village de la Feuille. »
Il composa des signes, envoya une boule de feu sur le genin, qui ne réussit que de justesse à en réchapper. Un bout de son kimono fut brûlé, mais il dispersa rapidement les flammèches, avant de sauter encore une fois, pour esquiver une autre gerbe de flamme. L'irritation se lut sur la face du ninja fou, qui se tourna alors vers la maison. D'autres flammes naquirent devant les yeux du genin au visage ahuri. Sa maison brûlait. Le bois craqua sous l'assaut des flammes, à moins que ce ne fussent elles-mêmes qui firent ce bruit étrange. Le ninja, toujours de dos, conclut qu'ainsi, les ordures qu'ils étaient sa mère et lui n'auraient plus de repos, plus de lieux où séjourner. Ils seraient alors à la merci des autres, qui s'empresseraient de les tuer. Eux, les ignobles hontes de ce splendide et glorieux village qu'était Konoha.
« L'ordure, dans l'histoire, c'est vous ! » hurla Jiraiya, tout en se précipitant vers l'ennemi, lui l'assenant de coups, essayant de le pousser de toutes ses forces. Impossible. L'homme qui avait détruit sa maison était trop fort, trop grand, trop expérimenté pour lui. En clair, l'enfant ne faisait pas le poids. Il fut projeté contre le mur d'un simple coup de pied, et ne parvint à se relever que grâce à la formidable endurance et obstination dont il faisait toujours preuve, en toute situation. Sa vie difficile lui aura au moins appris ça. Cependant, aussi obstiné qu'il était, il ne pouvait rien contre cette douleur qui s'ajoutait aux autres, et qui s'amusait à parcourir son dos avec joie.
« Tu es faible, insista encore ce boulet fou et sadique à la lueur des flammes, tu es faible et inutile. petite grenouille qui se croie aussi imposante d'un boeuf. Je vais t'écraser, comme l'on aurait dû le faire, alors que tu étais encore dans le ventre de ta mère. »
« Cela vous amuse tant que ça de tuer des gens qui ne peuvent pas se défendre, alors que des types… » commença Jiraiya, mais il fut brusquement interrompu par le cri d'alarme strident des victimes de ninjas ennemis. Le shinobi ne l'écouta plus, et partit donc sauver une vie, tout en entamant un discours sur la supériorité certaine des valeurs de Konoha telles que les mille-feuilles, le soleil, les papillons, et les jus d'orange sans pulpe, ni colorant ou conservateur.
Jiraiya soupira de soulagement ; et voyant que la victime, la femme typique qui ne fait rien de mieux qu'hurler, avec son beau kimono d'un blanc douteux, et ses cheveux noirs, s'enfuyait en courant, il en déduisit que le gars était trop occupé à combattre et s'enfuit lui aussi. Un autre se serait enfui autrement qu'en sortant de l'impasse, et éviterait ainsi d'être vu par l'ennemi, mais, Jiraiya était ainsi. Il était encore plus étourdi lorsqu'il avait peur, et là, la formulation était un bel euphémisme. Et comme ce n'était pas son jour, l'ennemi du village ne le vit pas, le foutu fou, si.
Par tous les kamis, qu'est-ce que Jiraiya en avait à faire, du moment qu'il échappe à ce dingue ?!
Dans l'ensemble, seuls les quartiers moyens et pauvres avaient des problèmes « d'occupation » belliqueuse, ce qui laissait tout le loisir aux nobles d'évacuer leurs familles, et eux-mêmes, sans se préoccuper des autres. Les forces d'évacuations avaient bien du travail, du fait de la panique ambiante et du désespoir général, amplifiés par les horribles visions de cadavres gisants sur le sol, de maisons calcinées ou détruites, et du sang. partout.
Heureusement pour lui, Jiraiya ne rencontra pas, à sa connaissance, d'ennemis, et quand cela fut le cas, il passa inaperçu, tant il était petit et fragile. Au pire, ce serait un survivant qui servirait d'otage. Pas la peine de salir les armes pour si peu. Ironique, quand on pensait qu'un ninja de son propre village avait voulu le tuer plus tôt, alors que les rares_ quatre_ ennemis qui l'entraperçurent n'en virent pas l'intérêt. Jiraiya s'en fichait, du moment qu'il trouvait quelqu'un, un visage familier, au milieu de tout ce sang, cette cendre, ces cadavres, ce champ de bataille. Cet enfer.
'C'est un cauchemar' pensait encore et encore l'enfant, 'c'est un cauchemar, et je vais me réveiller. Je serai en retard, Maître Sarutobi va m'engueuler à mort, Tsunade va se moquer, Orochimaru va frimer, et maman va s'inquiéter. Elle fera ensuite un déjeuner, que j'engloutirai, je m'entraînerai pour remettre Orochimaru à sa place et tout sera normal, dans l'ordre. Réveille-toi, gros bêta, réveille-toi ! Pourquoi je n'arrive pas à me réveiller, mince ! » se répétait-il sans cesse, alors que sur son chemin des gens étaient morts, ou étaient en train de mourir, alors que des maisons étaient soit en cendres, soit en passe de l'être.
Il pensa à Orochimaru, et à la technique que celui-ci n'avait pas voulu lui apprendre. Jiraiya était plutôt content que cela soit le cas finalement. Cela lui aurait fait un point commun avec ces monstres destructeurs. Avec ce psychopathe fou qui voulait le tuer, alors qu'ils étaient du même camp.
Le petit shinobi n'avait pas fini ses pensées qu'il reçut un coup qui l'envoya valser vers l'un de ces tas de cendres où restaient encore des bouts de bois. Instinctivement, il ferma les yeux, et n'eut pas le temps de bouger d'un millimètre, qu'il sentit déjà une main prendre sa jambe, et la tordre avec violence. Il essaya de riposter, lançant des kunai, donnant des coups, rien à faire, la douleur le tenaillait avec plus de force, en même temps qu'un sourire sadique apparaissait sur le visage du fanatique.
« Je vais te tuer lentement, comme il se doit, et après, j'irai m'occuper des autres qui souillent notre village, qu'ils soient prétendument de celui-ci ou non. Sois honoré d'être le premier à mourir pour la cause, immondice dégénérée, fils de traître. »
Sa voix était rauque, son souffle tiède. Des larmes piquèrent les yeux du genin, qui s'efforça de ne pas hurler, de ne pas supplier, de ne pas pleurer.
« Je voulais depuis longtemps te tuer, toi le fils de celui qui a massacré mes frères d'armes. Je voulais te voir mort, tu comprends cela n'est-ce pas ? Cette attaque tombe à pic, tu ne trouves pas ? Je pourrai te tuer, sans être inquiété de ce que l'autre singe sénile pense. C'est une chance pour moi, n'est ce pas ? »
Le vent amenait des résidus de cendre sur le corps du genin, qui ferma les yeux. Le ninja tordit la jambe, provoquant les hurlements de l'enfant, encore et encore. Son cri était celui d'une bête blessée et désespérée. Il n'avait plus rien d'humain.
Et il hurla le ninja fou, encore et encore, des hurlements de joie, ressemblant au rire d'un monstre. Il avait baissé sa garde, pensant être seul avec sa victime. Le coup de poing l'atteignit au visage, et bien que son attaquant soit encore un enfant, il roula dans la cendre, avant de se relever. Le vent balayait la poussière noire qui envahissait le paysage morbide, faisant tousser un Jiraiya meurtri. Orochimaru, son sauveur, demeurait stoïque, et arborait un regard glacial qui aurait fait reculer n'importe qui. Pas le fou, qui rit, une fois de plus.
Entre deux toussotements, Jiraiya dévisageait avec stupéfaction son sauveur, qui était de dos, les mèches de ses cheveux noirs s'envolant au vent, se confondant avec la cendre. Celle-ci salissait son kimono d'un blanc livide. S'il avait pu le voir de face, il aurait pu discerner un pendentif vert à son cou, offert par Tsunade. Cependant, il ne l'aurait pas reconnu, et du reste, il était trop surpris qu'Orochimaru soit là.
Le ninja psychopathe s'écria : « C'est le destin qui m'offre cette chance inouïe ! Je vais à présent tuer non pas un, mais deux parasites ! Viens là, jeune abruti, viens affronter ta mort.»
Orochimaru ne répondit rien et voulut s'avancer, lorsqu'il sentit une main retenir sa manche, une main faible, la main d'un mourant. L'enfant baissa les yeux vers le visage ensanglanté de Jiraiya, aux multiples coupures, au regard noir de douleur et de surprise. Le petit génie remarqua que les lèvres bleutés esquissaient des mots. Il tendit son oreille.
« fais attention, il frappe fort. »
Les mots étaient presque inaudibles, mais heureusement, le futur maître des serpents avait une bonne ouïe.
« Tu veux dire qu'il est fort au corps-à-corps ? » demanda-t-il d'une voix froide. Il aurait pu lui parler de la météo durant un de leur entrainement, cela aurait eut un effet identique.
« Ouais… c'est ça. Il lance aussi des… boules de feu. » ajouta le blessé d'une voix faible.
« Bien, merci. Repose-toi et ne me dérange pas, abruti. »
« T'as vu… l'état… dans lequel il m'a… mis… sale… f… »
La main retomba, et d'un geste souple, Orochimaru la rattrapa, en se tournant cette fois complètement vers son équipier. Il put détailler attentivement son état. Des brûlures, des coupures, ses vêtements blancs déchirés, son visage si souriant et bronzé maintenant livide et impassible, entre ses mèches teintes de petits points noirs. Sans savoir pourquoi, Orochimaru eut mal. Il glissa sa main dans la masse de cheveux blancs et noirs. Il la sortit aussitôt. Du sang coulait entre ses doigts le long de sa paume. De la cendre était mêlée au sang. Cendre rouge. Un sourire qui ne reviendrait pas, et une douleur qui monta, monta, augmentant la fureur sourde qui prit possession du petit shinobi.
Il esquiva sans aucun mal les multiples shuriken que lui envoya le ninja, n'hésitant pas à prendre dans ses bras le petit shinobi envahi par la cendre, le seul qui lui donnait envie de rire depuis la mort de Kazan. Il voulait l'emmener loin d'ici, loin de la cendre, mais il ne le pouvait pas, pas tant que l'autre serait vivant. Du reste, cela l'arrangeait, puisque son cœur réclamait vengeance.
L'enfant se faufila un chemin à travers la cendre, le sang, la rue, et les cadavres, s'éloignant de l'ennemi qui ne cessait de le suivre, tout en lui laissant un terrain d'avance. 'Il joue ' comprit soudainement le genin, 'il joue avec nous comme un chat avec des souris. Il nous chasse doucement, avant de finalement nous égorger.' Un frisson d'appréhension noua l'estomac du gamin. S'il laissait Jiraiya ici, est-ce que cela ferait une diversion suffisante pour pouvoir s'échapper ? Un coup d'œil sur son fardeau, dormant sur son dos pendant qu'il tenait ses jambes affaiblies, le persuada que la réponse était non. Il se maudit de s'être peut-être attaché au Crétin pervers. Il avait fait pourtant tellement attention à maintenir cette distance qui le séparait de lui et des autres. Tellement attention. Il n'avait jamais ri, avait répondu quelques mots glacials et durs de temps à autre, ne l'avait jamais invité à manger avec lui et Tsunade.
Trouvant un lieu sûr, il y déposa lentement le corps, veillant à soigner du mieux qu'il le pouvait le genin, grâce à une sacoche de premier secours que sa mère_ non, Tsuki_ et Kazan lui avaient offerte pour son dernier anniversaire. Cela lui semblait remonter à une éternité. Avec soulagement, il s'aperçut que son équipier n'avait rien de vraiment grave, hormis sa jambe tordue, et quelques côtes de cassées. Par contre, il avait perdu beaucoup de sang, bien que ses blessures aient cessé de saigner. L'ennemi n'avait pas voulu le tuer tout de suite. Si l'idiot saignait de nouveau, il était mort. 'J'espère qu'il ne fera pas d'hémorragie interne, sinon, je ne pourrais rien faire pour lui' songea avec amertume Orochimaru, avant de sentir que leur prédateur approchait. Il voulut aller à sa rencontre tout de suite, mais eut l'idée d'enlever le haut de son kimono, puis de s'en servir pour couvrir le blessé. Autant qu'il ne prenne pas froid, tant qu'à faire. Il ne s'attarda pas.
Il n'était ni sentimental, ni altruiste, et ne le serait jamais.
Il escalada le mur ensuite grimpa sur le toit, et apercevant l'ennemi, il lui lança des boules de feu, plus pour qu'il le voie, que pour réellement faire mal. Celui-ci le remarqua, se dirigea vers lui, et Orochimaru en fit de même. Le fou sans bandeau ne devait pas approcher de Jiraiya. Pas même à quelques mètres.
Le petit brun changea donc brusquement de direction, veillant à s'éloigner de son équipier, et à ce que le ninja ne se doute de rien. Il sauta de toit en toit, comme d'autres le faisaient autour de lui, tant pour combattre, que pour s'enfuir. Au loin, il distinguait des géants qui combattaient, des ninja maniant le feu, comme d'autres les ombres, les armes, la terre, le vent, la foudre, et l'eau. Itomaru était peut-être avec eux, spécula-t-il, cependant, il était trop loin, et lui-même devait s'arrêter là, sur les tuiles couleurs brique usées et cassées. Il était l'heure de combattre.
Tsunade lui avait dit de faire attention, avant de lui confier un cadeau, le collier vert appartenant autrefois à son grand père. Une relique, un talisman. L'enfant le serra, en se souvenant du visage angoissé de son amie, et celui blessé de Jiraiya. Ils avaient besoin de lui. Le petit ninja ne mourra pas. Pas avant d'avoir vengé son père, ou d'avoir protégé son équipe. Promis, juré, sur ce collier offert par l'une des personnes les plus gentilles de ce village de dingues.
« Prêt à mourir, vermine ? » lui demanda avec froideur le shinobi ennemi, derrière lui.
L'enfant se retourna, l'air confiant et déterminé, et répondit avec une insolence glaciale :
« C'est à toi que je devrais demander ça, puisque c'est toi qui vas mourir. »
Auparavant, le shinobi n'avait pas pu voir le collier, car le gamin l'avait mis sous son kimono, le cachant des regards, mais céans, le bambou de jade, entre deux boules d'émeraude tranchait vivement avec la côte de maille grisâtre du garçon, ainsi que la peau que l'on entrapercevait à travers les trous. Le regard du shinobi était maintenant celui d'un prêtre qui aurait surpris un pillard en train de dérober le trésor de ses dieux.
« Où donc as-tu volé ça, sale étranger aux yeux démoniaques ? »
Ne jamais discuter avec les ennemis imbéciles qui ne comprennent rien à rien. Les tuer, point. Cela ferait un idiot de moins dans ce monde, et il ne s'en porterait que mieux.
C'était l'un des premiers enseignements concernant le ninjutsu que Kazan lui avait appris. Il l'appliqua à la lettre ce jour là, fonçant vers l'ennemi, un kunai en main, plutôt que de répondre une fois de plus à ses questions stupides. 'De quoi je me mêle d'abord, hein ?' rétorqua intérieurement Orochimaru, en enfonçant son kunai dans la peau de l'ennemi, et en évitant son poing, ses flammes. Dépité, l'adulte essaya encore et encore de toucher Orochimaru mais c'était aussi difficile que d'attraper une anguille avec une seule main. Pas impossible, juste difficile. Le combat continua ainsi quelques minutes, jusqu'à ce que l'adulte ne réussisse à saisir l'enfant.
Il le tint par les bras, crut que maintenant l'abomination allait mourir, mais le monstre prodige sortit sa langue, et l'étouffa, tout comme il l'avait fait à son premier meurtre. Sauf qu'il n'agissait plus par instinct, il savait ce qu'il faisait. Il se libéra des gros bras avec un coup de pied là où « ça fait un mal de chien mouillé aux hommes » (dixit Kazan), et poignarda sans aucun état d'âme le ninja. Il était impressionnant, mais pas vraiment fort, surtout avec un enfant comme Orochimaru, qu'il avait trop sous-estimé, gâchant ainsi de l'énergie, et un temps précieux. Le brun lui, n'avait pas une seule seconde sous-estimé son adversaire, conformément aux leçons de son père. C'était peut-être pour cela qu'il trouva l'issue du duel un peu facile. Le mourant, dans un dernier geste, le blessa à l'épaule, mais Orochimaru l'éjecta au loin, et ne reçut qu'une éraflure.
Sous le choc, le ninja se brisa la nuque contre le sol. Le génie soupira_ une bonne chose de faite_ et se rendit vers la cachette de son ami. Ironiquement, la première personne qu'il avait tuée appartenait au pays du Vent qu'il tromperait, la seconde à son propre village, dont il souhaiterait la destruction dans un futur lointain. C'était l'une des ironies de la vie. Cela ne fit rien au petit shinobi, après tout, l'adulte n'aurait jamais dû se battre contre un idiot, fut il aussi agaçant et lourd que pouvait l'être son équipier.
Doucement, Orochimaru enleva le haut de son kimono qui recouvrait son équipier, toujours endormi mais un peu moins livide. Il ôta aussi sa sandale droite, la gauche ayant servi à une technique de permutation, et l'inséra entre les plis de sa ceinture salie. Ainsi, il marcherait mieux, et la sandale pourrait toujours servir. Il installa le genin sur son dos, comme auparavant, et se rendit vers l'extérieur du village, là où se trouvaient les rescapés et les évacués. Il repensa à Tsunade, qui ne voulait pas qu'il aille chercher Jiraiya, car ils avaient appris qu'il n'habitait pas aux quartiers moyens mais aux quartiers pauvres. Les premiers touchés par l'Ennemi. Le futur maître des serpents lui avait répondu qu'il avait beau être un idiot, c'était leur équipier. Cela avait, étrangement, suffis. Après un court silence, Tsunade l'avait forcé à prendre ce collier, comme un porte bonheur. « Soit tu le prends, soit je vais avec toi ! Alors si tu ne veux pas que je risque moi aussi ma vie, prends-le. Ce sera comme si j'étais avec toi, enfin, un peu. Reviens vivant, ou je te fracasserais ta tête vide contre un mur.» Dans sa course, Orochimaru oublia de répondre que cela ne servirait à rien, car les morts ne sentent rien. Il avait juste serré dans sa main le collier pendant à son cou, avant de le cacher dans les plis de son vêtement blanc.
Pris dans ses souvenirs, l'enfant aux pieds nus glissa du toit, et ne se rattrapa que de justesse, surprenant des civils égarés et apeurés. Il n'en tint pas compte et s'essuyait le visage, couvert de poussière, lorsqu'il entendit au loin, des ninjas s'approcher. Tuant. Explosant. Portant la mort en eux, comme Orochimaru la portait depuis des lustres.
Il jaugea du regard les civils, des femmes, et quelques hommes perdus et effrayés, de ceux que les équipes d'évacuation oublient trop souvent. Normalement, un ninja courageux les aurait protégés, en plus de protéger le fardeau endormi sur son dos.
Cependant, Orochimaru n'était pas courageux.
Enfin, lorsqu'il avait le choix, et que sa vie était en jeu, il faisait preuve d'un pragmatisme froid, intéressé, et surtout égoïste. Entendant les ennemis approcher, il ne sut que faire, et analysa la situation : il était fatigué, à bout de force, blessé, Jiraiya, s'il reprenait conscience, ne pourrait sûrement pas se battre, et en plus, il faudrait encore qu'il se tape des boulets qui allaient le ralentir ? C'était carrément du suicide. A moins d'avoir un appât, quelque chose pour ralentir les autres. Et Orochimaru avait trouvé une distraction idéale pour ces sadiques du Brouillard.
Il faillit y renoncer, mais un civil l'agrippa par le col, le souleva de terre, et lui hurla dessus, lui qui était si fatigué de ce jour cauchemardesque. L'homme exigea, en l'appelant monstre, de lui montrer les shinobi les plus proches. Le gamin désigna du doigt la direction des ennemis. Orochimaru ne mentait pas, c'étaient bien des ninjas, n'est-ce pas ?
Ils partirent, sans se douter que le genin se servait d'eux, comme il se servirait des autres, bien des années plus tard. Il les regarda partir sans une once de regret. Sauf lorsqu'une femme s'arrêta à ses côtés, une femme au kimono jaune, brun, et roux, qui se mariait bien avec ses ornements, surtout au fil de perles aux couleurs ocre se balançait dans ses cheveux.
Le tout tranchant avec ses cheveux et yeux d'un noir profond. Un regard sombre qui ressemblait étrangement à celui de Jiraiya. Orochimaru se demanda où il avait pu voir cette femme, qui le regardait maintenant, l'air mi-surprise, mi-inquiète, non pas pour lui, mais pour celui qu'il portait sur son dos. S'accroupissant, elle toucha délicatement la joue de Jiraiya, qui dormait encore. Elle s'adressa quelques instants au genin brun, qui avait pourtant un don certain pour mémoriser la tête des gens mais ne pouvait se rappeler de sa vis-à-vis.
« Il ne va pas mourir ? »interrogea-t-elle avec une mine inquiète, comme l'aurait fait une mère.
« Non. Sinon, je ne l'aurais pas porté sur mon dos, et je l'aurais laissé agoniser. » répondit avec honnêteté Orochimaru. Il avait toujours le ton froid et distant qu'il utilisait couramment, ce ton qui le faisait paraître plus vieux, grave et mature. Presque insolent. Sans sentiment.
La femme inconnue orienta son regard vers son visage blafard, contemplant ainsi ses yeux si étranges_ « laids » diraient certains_ marqués par d'horribles cernes, les cheveux trop longs, sombres, qui les lui cachaient, et son visage impassible de monstre. Il n'avait pour lui que la couleur de ses yeux, jaunes, presque dorés quand il osait lever la tête, et cessait de fixer les ténèbres, sinon, il était d'une laideur insoutenable. Enfin, selon la majorité des gens.
La femme ne semblait pas le trouver laid, elle avait le regard que les personnes étourdies ont lorsqu'elles cherchent le nom d'une connaissance. Puis, la lumière se fit dans son regard :
«Mais, tu es l'enfant muet du quartier Mi-buyô ! Celui qui adore les prunes. Tu te souviens de moi ? »
« Tu as l'air si triste. C'est drôle, tu as le même regard que mon fils. Tiens, tu veux une granité ? Choisi, je te l'offre. Une prune séchée ? Oh… mon fils n'arrête pas de manger des pêches, un vrai petit gourmand. Par contre, c'est un bavard, contrairement à toi. Si l'on se revoit un jour, je te le présenterais. Comme cela vous serez amis, et vous vous sentirez moins seuls. Je n'aime pas que des enfants aussi jeunes que vous aient un regard aussi solitaire. C'est si triste. »
Orochimaru avala difficilement sa salive, son esprit refusant de faire le moindre lien, la moindre hypothèse. Sur cette femme gentille, gaie et bavarde, son enfant qui était aussi triste que lui, soit disant, et les gestes doux qu'elle avait adressés à Jiraiya.
« Oh… non alors. Tu étais si petit, c'est normal que tu ne te souviennes pas. Mais tu portes le bandeau de Konoha, maintenant. C'est horrible que vous ayez à subir ça, si jeune. Bon, tu viens ? »
Elle lui tendit la main, cependant, l'enfant ne fit rien. Pas même lorsqu'elle lui prit doucement la main. Il ne semblait pas la voir. Elle lui demanda de la regarder, et il refusa, tout en percevant malgré tout certains bruits que n'entendait pas son aînée. Les bruits d'une troupe de civils rencontrant des ninjas ennemis.
« Viens te mettre à l'abri, viens. »
Il tourna le dos à la main tendue, pendant que des cris douloureux retentissaient au loin, derrière eux, là où civils et opposants s'étaient confrontés. L'enfant pâlit, supposant être découvert. Maintenant, Tsunade ne pourrait plus prétendre qu'il n'était pas un monstre. La femme allait sans doute se mettre en colère, le haïr, l'insulter, le maudire, enlever son fils et puis partir. Elle ne fit rien de tout cela. Même lorsque les cris se firent plus stridents, rapportés avec exactitude par le vent.
« Tu es blessé, tu as peur, et en plus, tu dois protéger une autre vie que la tienne. Peu importe le prix, ou la manière dont tu réalises ton projet. Peu importe le nombre de personnes qui doit y succomber. Tu as changé, tu es devenu un vrai ninja. » constata-t-elle, avec une pointe d'amertume.
Elle n'eut pas fini sa phrase, qu'il s'empara de sa paume et se mit à cavaler, encore et encore, presque à bout de force, mais déterminé à vivre. Vivre au milieu des décombres, sans se soucier de la cendre qui gisait à ses pieds, vivre dans un monde où le moindre faux pas est synonyme de mort, vivre en portant le nom de monstre, démon, vivre pour la connaissance, le savoir, et non pour de stupides valeurs que tout le monde professe mais auxquelles personne ne croit. Vivre comme un ninja, pour lui, et comme un monstre pour tous les autres. Alors, humain ou bourreau, victime ou monstre ?
Les ennemis approchaient, comme ils s'approcheront toujours, à pas furtifs pour certains, à grandes enjambées bruyantes pour d'autres. Il les entendrait toujours, sentirait toujours leurs arômes, et l'arrière goût qu'ils auraient toujours sous leurs déguisements, leurs masques d'argiles, de fer, ou de peaux. Ces masques cachant des tueurs, tous. Sans exception. Tout ce qui peut vaincre peut tuer. Même si le symbole du bandeau est l'exacte réplique que celui gravé sur le sien, un kunai reste, et restera un kunai, un ninja restera toujours un ninja : un tueur potentiel qu'il faut surpasser, voire annihiler. Les ninjas sont tous des monstres. Et comme cette femme lui avait dit : « Tu es un ninja. » C'était vrai, il était un monstre, et le resterait. Toujours, peu importaient, et importeraient ces liens, aussi vains qu'éphémères. Pourvu qu'il sache tout, pour devenir le plus fort.
Les ennemis les rattrapèrent, cinq ninjas, aux sourires cruels, mais dont les traits exacts se perdraient dans sa mémoire. Contrairement au geste de la femme, dont il reverrait le déroulement fatidique durant ses rêves, assailli par des sentiments aussi horribles que nouveaux : la honte, la culpabilité, l'échec, l'amertume. Inlassablement. Elle se libérait de sa main. Il la regardait toujours avec le même air impassible, une lueur d'incompréhension de son regard jaune. La jeune femme sererrait toujours son enfant dans ses bras, avec une grande douceur. L'inconnue lui demanderait toujours la même chose, prononçait les mêmes paroles. Et lui, ne comprendrait qu'au dernier moment, lorsqu'elle lui suppliera de fuir, sans elle. Appât. Il comprendrait encore moins ce sentiment, cette façon d'agir, ce sacrifice aveugle et stupide pour autrui, oubliant que la veille, il n'avait souhaité rien de moins différent qu'elle.
Mais elle était une civile, et lui un ninja. Il était beaucoup plus ninja que Jiraiya, plus encore que Tsunade. Et il échouait à les protéger, parce que il avait été trop faible. Le reste du songe était flou, mais en tout point semblable aux éléments de cette journée cauchemardesque, sauf qu'il se battait, encore et encore. Se frayant pour lui et Jiraiya, un bain rouge vers la lumière, inaccessible et attirante. Il ne se souvenait que d'un genin qui ne s'éveillait pas, qui était un poids, d'un sacrifice inutile, et d'une promesse, qu'il ne voulait, ne pouvait, ne devait, tenir.
Il ne se souvenait à peine de ce sentiment de vide, de tristesse, de lassitude qui l'accablait de plus en plus, de cette douleur et cette fatigue combinées, qui parvenaient à le faire fléchir, à le faire tomber. Il pensa à son père, avant de fermer les yeux, dans les bras d'un protecteur arrivé à temps. Celui qui n'était qu'autre que Sarutobi Hiruzen. A ses côtés, une petite fille blonde récitait inlassablement les noms de ses équipiers. Surtout du plus sombre. Arrivaient ensuite le père de la fillette, en compagnie d'une femme, accourant trop tard, une fois de plus.
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« Tu devrais dormir, Tsunade. » murmura doucement la femme rousse, en couvrant l'enfant blonde de sa veste jaune et brune, comme la terre qu'elle avait parcourue avant d'atteindre le village presque en cendre.
La petite fille accroupie à côté du lit, la dévisagea interloquée, et une espèce de supplication dans le regard. La femme, Tsuki, remarqua avec tristesse que l'enfant tenait toujours la main d'un Orochimaru bandé et impassible qui ne se réveillait toujours pas. Qui peut-être ne se réveillerait jamais, tout comme son voisin de droite, un certain Jiraiya, si la kunoichi du pays des tourbillons se souvenait bien.
« Il ne fait pas encore nuit. » argumenta sans conviction la gamine, encore sous le choc, les yeux encore trop horrifiés et embués. C'était une horrible journée pour elle, tout comme pour le village de Konoha. Une horrible journée, qui serait sans doute suivie de cauchemar et de peur.
Tsuki pouvait le comprendre.
« Oui, mais regarde, le soleil est en train de se coucher. » pointa-t-elle à la genin, en désignant la fenêtre entre les deux lits, une ouverture où l'on pouvait voir le soleil atteindre presque l'horizon dans un éclat jaune, presque doré. Comme les yeux d'un être qui ne s'éveillait toujours pas. Elle se souvint avec amertume que la dernière fois qu'elle avait vu Kazan, c'était lors d'un coucher de soleil. L'image était d'un pathétique exagéré et écœurant. C'était pourtant vrai, elle se souvenait parfaitement de son étreinte, du son de sa voix, et de son arôme, qui se mêlait au sien. Et, plus loin, Orochimaru se tenait là, imperturbable, et silencieux, indifférent aurait-elle dit avec un réalisme déprimant. Indifférent à elle, comme si elle n'était qu'une ombre dans sa vie, et dans celle de son père. Pourtant, elle ne baissait jamais les bras. Comme toute bonne, et tout bon, Uzumaki qui se doit.
« Je n'ai pas envie de dormir. » avoua l'enfant.
« Tu sais ce que je risque de subir de ton père s'il voit que je t'ai pas obligé à dormir ? Ou ta mère ? Voire même Orochimaru. Avoue, tu veux que l'on me découpe en rondelles, et qu'on me jette aux chiens, c'est ça ? » lança-t-elle avec un humour gamin, presque mal placé dans ce contexte de tristesse, et d'inquiétude. Les Uzumaki ne sont pas connus pour leur tact, bien souvent d'un niveau inférieur à la moyenne. Elle reprit avec un peu plus de sérieux :
« T'inquiéter pour quelqu'un Tsunade, c'est très bien, cela prouve à quel point tu tiens à lui, ou que tu es sensible au bien être de tes proches, mais te ruiner la santé ne fera pas revenir Orochimaru de son sommeil. Et s'il était là, je pense qu'il serait d'accord avec moi sur le fait que tu doives dormir après une journée pareille. »
Elle mentait effrontément, ne savant pas ce qu'aurait fait, pensé ou dit Orochimaru dans cette situation, puisque ne savant pas comment il était. Il lui semblait un peu comme l'océan, calme, terrible, impassible, froid, et incompréhensible. Aussi serviable que dangereux. Etranger.
Pourtant, l'enfant dut la croire, puisqu'elle lui dit qu'elle affirma aller chercher un futon dans les réserves de l'hôpital, ou chez elle, puisque son domaine n'avait été qu'effleuré par rapport aux autres. Tsuki lui promit de veiller sur ses équipiers. Elle partit,et quelques minutes plus tard, Itomaru ouvrit la porte, doucement, comme si cela aurait pu faire sursauter les deux enfants. La kunoichi aux yeux gris l'informa où était sa fille/sur la localisation de sa fille, ce qui ne sembla pas surprendre Itomaru. Il avait dû la croiser en montant les escaliers, songea-t-elle alors.
« Je lui ai dit d'aller dormir à la maison, j'ai pensé que c'était mieux pour elle. Telle que je la connaisse, elle aurait pu veiller Orochimaru sans fermer l'œil, cela ne l'aurait pas dérangé. »
« Vous si. » commenta avec neutralité la kunoichi, toujours debout, en caressant du bout des doigts la main de son fils adoptif, celle qu'avait serrée Tsunade. »
« Oui, j'avoue. Elle n'était pas ravie, j'ai même cru qu'elle allait bouder ! Mais bon, elle a quand même insisté pour amener un futon. Pour toi. »
« Vous avez vraiment une gentille fille, monsieur Itomaru. »
Le compliment ne sembla pas toucher Itomaru, qui fronça les sourcils en affirmant une fois de plus que Tsuki n'était plus obligée de le vouvoyer. Ils étaient après tout à peu prés du même âge, et avaient le même grade. Le tutoiement aurait dû être naturel, presque obligatoire. Il lui avait fait au moins vingt fois la réflexion après son mariage, et elle lui servait toujours ce petit sourire enfantin, qui semblait parfois moqueur. « J'ai beaucoup de respect pour vous, et votre père. ». Le ninja n'avait jamais su comment interpréter cette phrase, que Kazan accompagnait toujours d'un rire étouffé. A croire qu'il était au courant d'un secret que même Itomaru ignorait. S'en était fatiguant à la longue.
« Elle t'aime bien, c'est tout. » fit Itomaru d'un air léger. Il fut surpris de voir la tristesse se former dans les yeux gris de la jeune femme aux vêtements jaunes safran, presque roux.
« J'aurais bien aimé qu'Orochimaru m'aime bien, aussi. Cela aurait été plus facile, pour la suite. » exprima-t-elle avec mélancolie, plus pour elle, que pour lui. Pensant qu'elle se souvenait du rire idiot d'un shinobi brun disparu, le ninja lui toucha l'épaule, comme pour la réconforter. Un geste qu'il ne faisait que rarement, qu'avec des proches, et encore, en privé, loin des regards moqueurs, jaloux, et assassins.
« Je suis certain que cela va bien se passer. De toutes façons, j'ai essayé de mettre les points sur les i, lorsqu'il a reçu ta lettre. Qu'il le veuille ou non, tu es la femme de son père. Et oui, tu pourras toujours lui raconter comment vous êtes tombés amoureux, en essayant de ne pas vous faire décapiter à cause de Kazan. Fan d'humour noir comme il est, il risque d'apprécier.»
« Dans ce cas, il faudrait plutôt que je lui raconte l'histoire de la femme qui, heureuse et enceinte de quelques semaines, retourne dans le village de celui qu'elle aime, avant de découvrir qu'il est mort depuis une semaine, et que son fils est entre la vie et la mort. Enfin, si je lui raconte cela, il ne sera plus entre la vie et la mort. »
Itomaru mit une paire de seconde avant de comprendre tout ce que venait de débiter la jeune femme, ainsi que tout ce que cela sous-entendait. Il regarda fixement ensuite le ventre plat de son amie, avant de lui demander depuis quand elle le savait. Apparemment, deux jours après qu'elle soit retournée chez elle. Itomaru resta interdit, et se souvint que Kazan lui avait récemment demandé s'il n'avait pas des missions qu'il pourrait effectuer à sa place. Comme cela, Itomaru pourrait le remplacer à son tour, lorsque sa chère Tsuki serait au village. Il réalisa soudainement que c'était après qu'il eut reçu une lettre de la kunoichi, qu'il n'avait pas lue à voix haute, contrairement à d'habitude. Le ninja avait tellement été surpris et heureux de ne pas savoir ce qu'avait mangé cousin-truc, tante-machin, et oncle-ci au dîner, qu'il avait aussitôt accepté la proposition. Sans poser la moindre question.
C'était lui et son équipe qui aurait dû avoir la mission où Kazan avait trouvé la mort.
Il n'en avait parlé à personne, sauf à Akane, et c'était pour cela que celle-ci avait accepté le garçon sous son toit, sûrement par pitié pour son mari, et Kazan. Et peut-être un peu de pitié aussi pour le petit orphelin. L'un des deux orphelins, rectifia Itomaru, en pensant à celui qui grandissait doucement dans le ventre de sa mère, et qui ne verrait jamais son père.
« Que vas-tu faire maintenant ? » demanda-t-il, sans attendre de réponse précise, juste des suppositions, des conjectures. Il avait toujours pensé que les femmes endeuillées ne savaient pas quoi faire, plus encore avec un petit qui grandissait dans le ventre, et un fils adoptif asocial, doué, et dépressif sur les bords. Heureusement, ou malheureusement, la règle implicite numéro deux des Uzumaki stipulait bien « Imprévisible, tu seras. ». La première étant « En tes rêves, et aux pouvoirs des succulents ramen, tu croiras. »
« Je vais rester à Konoha, le temps qu'Orochimaru reprenne des forces, ensuite, je l'emmènerai au village des Tourbillons, pour qu'il rencontre la famille de son futur petit frère, et ensuite, on retournera à Konoha. »
« Tu risques de te faire détester de Tsunade, tu le sais ? Par contre, je sens qu'Akane va mieux t'apprécier. Non, plus sérieusement, je te déconseille de faire cela, bien qu'il ne porte pas son bandeau, d'ailleurs, je crois qu'il l'a encore perdu, Orochimaru est un shinobi de Konoha. »
« Il est surtout un enfant. Je veux bien que Konoha ait besoin de recrues, mais je suppose qu'elle n'est pas affaiblie au point d'avoir absolument besoin de tous les gamins que comptent ses rangs de ninjas, n'est-ce pas ? En plus, j'ai déjà demandé la permission au Hokage, et il est d'accord. Il m'a juste recommandé de ne pas le convertir au bleu et au orange, soit disant que son équipier est trop voyant pour trois. »
« Entre nous, tu veux bien m'expliquer ce que tu trouvais à Kazan, parce qu'à ta place, ce crétin m'aurait dit qu'il avait juste prévu ce qu'il ferait dans les deux minutes après notre discussion, et encore, je suis certain qu'il aurait fait exactement le contraire de ce qu'il m' aurait dit. Il n'était pas aussi organisé que toi. »
« Hum… au fait c'est quoi cette histoire de « je crois qu'il a encore perdu son bandeau » ? »
« Disons que notre Orochimaru, malgré les apparences, n'est pas un fana du ménage. La seule chose qu'il ne met pas n'importe où, ce sont ses armes, et encore, il est courant de voir ses kimonos déchirés par endroits. A ton avis, pourquoi il porte toujours le même ? Parce que c'est le moins déchiré. Ensuite, pour le bandeau en lui-même, la première fois, c'était dans le lave-vaisselle, ensuite, dans le lave-linge, puis dans la poubelle. Ah non, ça c'est le livre « Comment nouer des liens sociaux ? », que lui avait offert une amie de Kazan. Cela doit être son côté artiste refoulé.»
« Je…j'ai du mal à l'imaginer ainsi… »
« Oui, moi aussi, lorsque Kazan m'en parlait j'avais du mal à le croire. Il m'a traîné ensuite à sa chambre, où il dessinait. Je n'ai jamais vu un tel bazar. Même Kazan rangeait mieux que ça. »
Elle rigola un peu, souriante et ouverte, pour la première fois depuis qu'elle était de retour dans ce village qu'elle avait appris à aimer comme le sien. Itomaru sourit, pendant qu'une Tsunade entrait en courant, un futon, une couverture, et un oreiller dans ses bras. Les deux adultes rirent tous les deux, tandis que la petite fille rougissait. Elle aimait beaucoup Tsuki, mais parfois, elle était vraiment étrange.
Dehors le soleil finissait de se coucher sur le village, où l'on comptait encore les morts. La nuit venant, Tsuki ne dormit pas. Une fois la prière pour un être disparu achevée, elle borda doucement le gamin aux cheveux incolores, que l'on disait être un véritable pervers. Pour elle, c'était juste une victime de plus. Elle borda ensuite son fils, enfin, son aîné, en lui chantonnant une berceuse qu'il aurait sûrement détestée s'il avait entendu ne serait-ce que les première paroles. C'était l'un de ses chants doux et mélancoliques, que les femmes des marins fredonnaient à leurs enfants, pris d'une brusque peur du large. Une chanson sur des vagues qui ne reviennent plus, un soleil qui se couche, et un amour qui boude. Disant qu'au final, le soleil se relèvera toujours. Même après la nuit la plus noire.
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Voila, un chapitre qui à prit plus d'empleur que prévu, j'espère que cela vous a plus.
