-Je sais que je suis née à Venise le 3 mai 1779.

Ils la regardèrent stupéfaits.

-Tu as donc… 199 ans, s'écria Peter.

-Apparemment, dit-elle en rougissant.

-On aura une bicentenaire dans le groupe l'année prochaine, dit James avec un énorme sourire.

-Bravo James, tu sais calculer, fit Lily en riant.

-Mais à Venise, demanda Sirius.

-Oui c'est vrai, dit à son tour Remus. Tu n'es pas française ?

-Oui, répondit Julia. Je suis bien française.

Quelques minutes de silence suivirent. Ils voulaient en savoir plus.

-Et ta famille, demanda Remus.

-Oui et d'où viens-tu et qu'as-tu vu ? qu'as-tu fait, fit Peter.

Julia sourit.

-Mon père était le marquis Pierre Valmont, un descendant d'une longue lignée de noble. Il a épousé Francesca Martelli, ma mère, quand il avait vingt ans. Ma mère était une cousine de Ludovico Manin, le dernier doge de Venise. Je suis bien née à Venise, tout comme mon frère Nicola, qui était de trois ans mon aîné. Lorsque j'avais deux ans, ma mère voulu que nous apprenions le Français, donc on est parti à Paris.

-Paris, dit Lily en rêvant. Tu as vu des rois et des reines ?

-Oui, oui. À dix ans, je me suis inclinée devant le roi de France… Le roi Louis XVI.

-Le roi de France, s'exclama Sirius.

-Oui ! Et à 18 ans j'ai vu Venise tomber dans les mains de Napoléon. J'ai mangé avec lui et je suis devenue amie avec sa femme.

Tous ouvrirent des grands yeux.

-Quoi Joséphine, s'écria Peter. Vraiment ??

-Tu nous prends pour des nuls, dit Sirius

Elle soupira, se leva et alla chercher un livre. Elle l'ouvrit sur une reproduction du "sacre de Napoléon" et montra du doigt un des personnages sur le balcon. Une jeune fille lui ressemblant traits pour traits.

-Là, c'est moi.

-Tu avais 24 ans à l'époque, si je ne me trompe pas, dit Remus. Pourtant tu sembles encore jeune…

-Oui c'est vrai, fit James à son tour. Tu étais déjà… Euh… Enfin…

Elle compris ce qu'il voulait dire et aquiesça.

-Qui est l'ordure qui t'a fait ça, demanda Sirius soudainement énervé.

Elle sourit tristement. Cela remontait à si loin… Et pourtant, cela lui faisait toujours aussi mal d'en parler.

-J'avais dix-huit ans. J'étais en voyage à Venise avec ma mère, on voulait faire le carnaval. Et… et…

Elle ne pouvait plus continuer… Parler de la façon dont on a été mordu était très difficile. Une espèce de blocage du langage se faisait, pourtant ses souvenirs étaient intacts. Elle voulait vraiment en parler, cela faisait des années qu'elle voulait se confier à quelqu'un.

Elle leur dit qu'elle ne pouvait pas en parler, mais qu'elle pouvait le leur montrer. Ils acceptèrent tous sans exception. Elle prit sa baguette et sortit de sa tête une forme argentée, fine et légère qui les enveloppa tous et les ramena 181 ans en arrière.

Ils se retrouvèrent à Venise, sur la place St Marc remplie de personnes déguisées et masquées. Des feux d'artifices éclataient dans le ciel, les gens dansaient, chantaient et riaient. Toute la ville était en fête.

Le petit groupe se retournèrent pour admirer tous ses costumes et virent Julia. La Julia de 1797 qui regardait les feux d'artifices, émerveillée. Remus et Sirius eurent le souffle coupé. Elle n'avait pas de frange, mais ses cheveux étaient tout aussi longs et tout aussi noirs que dans le présent et portait une robe rouge profond moulante mettant en valeur ses formes. À ses côtés se tenait un homme assez grand avec des cheveux bruns aussi longs que les siens. Il avait des yeux très clairs et était habillé tout de noir. Il posa sa main sur l'épaule de la jeune fille pour la réconforter car elle sursautait à chaque feu qui éclatait et ils se regardaient en riant de temps à autre.

-Qui est-ce, demanda James en criant pour se faire entendre.

-C'est Adam, lui répondit-elle. C'était mon professeur d'anglais et de russe.

-Du Russe, fit Lily surprise.

-Ma mère voulait que je sois cultivée…

-Vous avez l'air très complice, fit Sirius avec un petit sourire ironique.

-Nous étions assez proche… En effet.

La Julia de dix-huit ans mit son masque. Un masque simple, blanc, pareil à celui d'Adam. Ils partirent se promener dans les rues et se retrouvèrent dans une petite cour avec un balcon donnant sur le grand canal. Ils s'accoudèrent sur la rambarde en riant et cette complicité commençait à beaucoup déplaire à Sirius et Remus. Une certaine rage se lisait dans leurs yeux et ils serrèrent leurs poings jusqu'à les faire craquer lorsque'Adam invita Julia à danser.

Il la serra doucement contre elle. Ils se regardèrent dans les yeux, puis il approcha doucement sa main du masque de Julia et l'enleva puis le sien, laissant voir toute l'envie, l'amour et le désire qu'il avait pour elle. Devant tant d'émotion, elle baissa la tête gênée. Mais il lui prit le menton et approcha ses lèvres pour l'embrasser en un baiser passionné, puis descendit dans son cou en le parsemant de baisers. Malheureusement toute cette tendresse ne dura pas. Adam ouvrit plus grand la bouche et tout le groupe pu voir ses dents s'allonger.

Il empoigna fermement Julia, ce qui lui fit peur et elle le repoussa violement.

Ce ne fut pas du goût de l'homme. La méchanceté se dessina sur son visage. Elle prit peur et essaya de s'enfuir mais il la rattrapa et la plaqua contre un mur. Elle était terrorisée, et pouvait entendre les cris de la foule, mais personne ne pouvait lui venir en aide. Elle essaya plusieurs fois de crier à l'aide, mais il l'en empêchait en lui mettant la main devant la bouche. Il avait une force surhumaine, on pouvait s'en rendre compte en voyant avec quelle force il la maintenait plaquée au mur. Doucement il lui dit à l'oreille :

-Je cherche depuis si longtemps quelqu'un comme toi…

Des larmes commencèrent à couler des yeux de Julia.

-Ne pleurs pas voyons. Ce n'est qu'un moment de douleur qui sera effacé par les siècles d'amour que je te donnerai. Oui, mon amour. Un bref instant de douleur et nous serons liés l'un à l'autre à jamais.

Il lécha la gorge fragile de sa victime et planta ses dents acérées arrachant un cri effroyable. Petit à petit il la vida de son sang et elle tomba par terre, sur le point de mourir. Adam s'agenouilla à côté d'elle doucement, s'ouvrit le poignet et fit tomber quelques gouttes de son sang sur la bouche de Julia.

-Bois, mon amour, dit-il amoureusement. Bois pour vivre l'infini avec moi.

Il approcha son poignet de la bouche de la jeune fille et elle bu le sang qui en coulait avec avidité, mais il le retira rapidement pour l'arrêter. Soudain, Julia commença à crier de douleur. Elle se tordait par terre en se tenant la poitrine et demanda en pleurant ce qu'il lui arrivait.

-C'est ton corps qui meurt, lui répondit-il.Il se dessèche. C'est pour cela qu'il te faudra boire du sang frais chaque jour.

Elle s'arrêta de crier et se releva lentement.

-Que tu es belle Julia…

Le souvenir s'arrêtait là. Tout le groupe fut ramené dans le présent en quelques secondes. Tous étaient choqués. Ils se regardèrent les uns les autres.

-Eh bien…, fit James déboussolé. C'est pas rien !

Julia sourit tristement.

-Mais vous n'êtes pas resté ensemble, dit Sirius. Où est-il maintenant ?

-Je suis partie, lui répondit-elle. Il m'a appris à me nourrir, il s'est occupé de moi. Nous avons voyagé à travers la terre. Il enseignait, j'apprenais. Pendant cent ans, je l'ai suivis.

-Mais que s'est-il passé, demanda Remus. Pourquoi n'es-tu pas restée près de lui ?

-Au bout d'un certain temps, je suis devenue…folle. Enfin… Je ne supportais plus mon immortalité. J'avais vu ma famille mourir. Mes amis. Et je me sentais lasse. J'étais comme du beurre étalé sur une immense tranche de pain. J'étais vieille et épuisée. Je me suis donc enfuie, loin de lui et je me suis endormie pendant soixante ans.

-J'ai une question encore question, fit Peter. Tu as des pouvoirs, tu es une sorcière ! Tu es allée dans une école de sorcellerie ? Parce que tu as un excellent niveau…

-Oui, j'en suis bien une. J'avais eu peur d'avoir perdu mes pouvoirs lors de mon "accident". Heureusement, je les ai conservés ! Et j'ai appris à mon servir grâce à un sorcier à Paris. Après "l'accident", Adam me présenta plusieurs sorciers de renom. Après mon sommeil, j'ai eu envie de reprendre des études. C'est maintenant que j'ai décidé de revenir.

-Et tu as bien fait, dit Lily. Sinon, j'aurais été toute seule cette année ! Au milieux de tout ces horribles garçons.

-Trop aimable, Evans, dit Sirius entre ses dents.

-Y'a-t-il encore quelque chose que tu dois nous dire, demanda Remus inquiet. J'ai peur de te trouver à moitié morte quelque part dans Poudlard.

Julia se mordit la lèvre. Il y avait quelque chose d'autre, Remus avait appris à décoder son langage corporel.

-Non non, répondit-elle. Il n'y a rien d'autre.

-Ouf alors, dit Lily soulagée. Je n'aimerais pas te revoir dans un état pareil.

-Tout à fait d'accord avec toi mon cœur, dit James en déposant un baiser sur son épaule.

Il lui murmura quelque chose à l'oreille et l'embrassa tendrement dans le cou. Ils se sourirent.

-Bien, il est temps d'aller dormir, fit-il en se levant.

-Tout à fait d'accord avec toi, dit Lily à son tour.

Les autres sourirent à leur tour. Ils savaient bien qu'aux alentours de minuit, Lily se lèverait et irait dans le lit de James, pour dormir dans ses bras.

Peter bailla bruyamment et se dirigea vers le dortoir, derrière James et Remus. Lily monta elle aussi en se frottant les yeux, laissant Julia seule sur le canapé, les yeux plongés dans les flammes de la cheminée. Sirius aussi était resté et fixait la jeune fille de ses yeux gris. Elle sentit son regard sur elle et tourna les yeux vers lui. Il se tenait la tête, le bras appuyé sur l'accoudoir du fauteuil. Il respirait calmement. Pourtant, son cœur battait fort. Julia, intriguée par ce regard, l'interrogea.

-Que se passe-t-il ?

-Je réfléchis.

-À quoi ?

Il plongea ses yeux dans ceux de la jeune femme.

-Tu m'as laissé faire.

-De quoi tu parles Sirius ?

-Dans le parc, quand je t'ai embrassée. Tu m'as laissé faire.

Julia se leva et tourna le dos à Sirius.

-Sirius, arrête avec ça, je suis fatiguée.

-Dis-moi pourquoi tu t'es laissée faire.

Il se leva à son tour, s'approcha de Julia et respira son parfum. Il posa ses mains sur les épaules qui se trouvaient devant lui. Elle eut envie de se retourner mais ne pu le faire. Sirius la tenait fermement. Il s'approcha de son oreille et murmura doucement.

-Laisse Remus où il est et dis- moi que tu en avais envie aussi.

-Je… j'en avais envie.

Sirius commença à l'embrasser dans le cou.

-Mais plus maintenant tu m'entends ?

Elle se débattit, mais il la retourna violement et la plaqua au mur.

-Je sais que tu en as encore envie, dit-il d'un ton impatient.

-Non Sirius, cria-t-elle. Laisse-moi !

Il l'empêcha de crier d'avantage en imposant sa bouche contre la sienne. Elle essaya de se libérer de son emprise, mais il était trop fort. Elle allait perdre espoir quand elle entendit la voix de Remus crier.

-SIRIUS LÂCHE-LA !

L'interpellé eut à peine le temps de se retourner. Il reçut un coup de poing en pleine mâchoire qui le fit tituber. Ce n'était pas assez selon Remus. Il se précipita sur lui et se battirent pendant que Julia essayait de les séparer. Après quelques minutes, Sirius tomba à terre à moitié conscient. Remus essuya le sang qui coulait de sa lèvre en se relevant.

-Ne refais plus jamais ça, cracha-t-il.

Il leva les yeux sur Julia à bout de souffle. Elle vit de la honte dans son regard. De la honte et du soulagement. Sans dire un mot, il aida Sirius à se relever et le ramena au dortoir des garçons, laissant Julia seule, horrifiée par ce qu'elle venait de voir. Elle alla se coucher mais ne pu fermer les yeux de toute la nuit.

Le lendemain, Sirius et Remus s'étaient réconciliés, mais on pouvait sentir une certaine tension entre eux. Julia les évita autant que faire ce peut. Peter, James et Lily ne sachant pas quoi faire, s'étaient abstenus de toute question.

Vers la fin de l'après-midi, Remus s'était allongé sur son lit, les yeux rivés sur le plafond. Il ne pensait à rien. Seul dans le dortoir, il écoutait les sons étouffés de l'extérieur. Il faisait déjà nuit, mais quelques élèves s'amusaient encore dans la neige dehors. Il entendit des bruits de pas dans le noir, se releva et vit Julia qui s'asseyait près de lui.

Il regarda essayant de sonder son esprit. Que faisait-elle ici ?

-Je voulais te remercier, dit-elle en devinant la question qu'il venait de se poser. Sans toi je ne sais pas ce qu'il se serait passé.

Elle sourit et reprit en riant légèrement :

-Tu es mon héro maintenant !

Il soupira. Il n'était pas un héro. Il était un animal. Il baissa la tête, honteux, mais Julia l'arrêta en lui caressant la joue. Il posa sa main sur la sienne.

-Julia, je ne sais pas ce qu'il m'a pris. Je suis désolé. Je n'aurais pas dû…

Elle posa un doigt sur sa bouche. Il s'approcha lentement de Julia et posa ses lèvres sur les siennes. Leur baiser s'embrasa et devint plus passionné. Il l'attrapa par la taille et la coucha à côté de lui. Leurs mains parcouraient leurs corps, provoquant çà et là quelques gémissements de plaisir. N'osant aller plus loin, ils restèrent les deux allongés l'un tout contre l'autre à parler en se câlinant.

Au bout de quelques minutes, Remus lui demanda :

-Julia… Tu sais quand tu nous as dit qu'il n'y avait plus rien, enfin… Plus de raison de s'inquiéter, ce n'était pas vrai, n'est-ce pas ?

Une fois de plus, elle se mordit la lèvre.